chroniques impubliables



Au commencement était la
ou peut-être un autre animal






"Au Commencement Était Cette Créature"         Le gyrovague fit une tentative pour rétablir la comme entité fondatrice de la philosophie. Cela ne va pas de soi, car la ne veut pas que l'on philosophe sur elle, mais qu'on lui apporte à manger.

     Comment sortir de cette aporie ? Quand la est affamée, elle n'autorise aucune quête abstraite, seulement la quête de nourriture. Mais si, quand elle est bien nourrie, le philosophe l'interroge sur la divine des servantes brumeuses, elle n'est plus d'humeur à en parler.

    Sans relever de la philosophie, plusieurs productions littéraires ont entrevu la nature de ce problème. Par exemple, les que l'on trouve dans les fables de La Fontaine sont souvent poussées par la faim, vers l'action, mais aussi vers le discours.
       

      En particulier, le dialogue entre le moineau et le jobard est fort instructif. Sans cet échange, le récit serait par trop minimaliste : Un jobard voit un moineau et lui vole son voyage. Telle qu'elle est dite, au contraire, la fable est riche d'images et d'associations, que soulignent certains choix de rimes : en disant il faut que je me venge, le jobard dit presque il faut que je mange.

      C'est une première découverte, à savoir, que la faim est fondatrice de nécessité, qui, selon un autre poète, fait gens méprendre, et faim saillir le loup du bois. Mais comment approfondir ces premières notions ? C'est au tour de l'illustre Gaston Chaissac de nous dire le mystère de la connaissance du monde par la faim. Elle est en effet le premier filtre par lequel l'individu discerne entre ce qu'il veut assimiler, introduire en lui, et ce qui lui restera extérieur dans le processus. Selon Cochonfucius : Que sont les

      D'autres enseignements se trouvent dans la légende d'Eliwlod, sur la goinfrerie, et surtout dans Yake Lakang, sur les aliments vus en rêve. Tous les auteurs consultés ici contribuent à une anthropologie de la faim, au niveau de son ressenti individuel par la

Mais comment en explorer la dimension étiologique, autrement dit, en quoi la faim est-elle fondatrice de l'univers et des groupes sociaux ? Deux grands mythes lui sont associés : l'invention du casse-dalle pour la route, et bien entendu, celle du pinard mystique.

      Mais la faim n'est autre que l'ambition de recevoir ce qui donne sens à la vie. Donc l'affamé crée l'univers en ayant faim de lui. Ou alors, la faim se suffit à elle-même, étant sa propre fin.

       Ce qui ressort de tout cela, c'est que la métaphysique reste un exercice bien périlleux. Ici, elle donne lieu à quelques fort belles intuitions, qu'il faut laborieusement extraire d'une gangue de lourde érudition. Comme beaucoup d'intellectuels, Cochonfucius a les yeux plus gros que le ventre, et souhaite faire figurer au menu de son festin discursif un très grand nombre de mets appétissants. Leur accumulation l'est un peu moins. Cependant, il y a là une réelle tentative de construction purement phénoménologique, qui peut intéresser les amateurs d'épistémologie cognitive et empirique.