Les habitants de l'Ouest et les animaux
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Le religieux de la Montagne de l'Est disait à
Cochonfucius : « Les habitants de l'Ouest
disent que les animaux sont
donnés par le Ciel, et que pour cela, il faut lui en restituer. Mais par
restituer, ils veulent dire massacrer
l'animal. »
Cochonfucius demanda respectueusement :
« En est-il des exemples ? »
« Plusieurs, répondit le religieux. L'autre semaine, un patriarche, vivant
dans une région aride, crut qu'il était de son devoir de massacrer son
enfant innocent. Mais sur le point d'effectuer son geste meurtrier, il vit un
bélier qui se trouvait là par la volonté du Ciel. Il versa donc
le sang de cet
animal. »
« L'animal, interrompit le Maître, aurait pu être un porc. Et
qu'aurait fait le patriarche ? »
« Il aurait dit Hoc est porcus
et l'aurait immolé de même. »
« Les habitants de l'Ouest ne montrent-ils jamais nulle bienveillance envers un
animal ? »
« Ils en montrent parfois, mais l'animal
n'est pas sauf pour autant. Ainsi, non
loin de l'endroit où le patriarche rencontra un bélier, une bergère vit un
tigre minuscule, que dans ces étranges contrées, on nomme "chat". Ce sont
des animaux de compagnie ; mais celui-là, étant fort jeune,
réclamait sa mère.
La bergère s'en saisit et l'installa contre sa poitrine. Il s'alimenta du
lait de cette femme, ce qu'elle permit avec bienveillance.
Mais les habitants de son village, du moins les hommes et les jeunes
garçons, en la voyant agir ainsi, se mirent à négliger les
devoirs de leurs charges. Ni le chef du village, ni le messager impérial, ni
même l'aubergiste ne surent rester fidèles aux fonctions que le Ciel leur
avait imparties.
Il advint même un sacrilège. Un jour tous les sept jours, leur
sorcier a coutume d'opérer une double transmutation, par laquelle un aliment
devient le corps d'un homme d'autrefois, tandis qu'une coupe de vin devient un calice
empli de son sang versé au supplice. Ils en font un repas solennel. Mais cette
transmutation nécessite que dans le sanctuaire, soient présents de
très jeunes garçons qui jouent un rôle auxiliaire. Lorsque la
bergère se mit à nourrir son animal à proximité de ce
sanctuaire, les jeunes garçons en question quittèrent les lieux pour
admirer un tel spectacle. Au repas solennel des habitants de l'Ouest, ils ont
préféré celui que la bergère offrait
au tigre minuscule. »
« Le sacrilège, fit remarquer Cochonfucius, appelle un
châtiment. »
« Le châtiment, poursuivit le religieux, vint des épouses et des
vierges de ce village. En troupe nombreuse, et munies d'armes redoutables, elles
massacrèrent l'animal, qui fut ainsi, selon leurs termes, restitué au
Ciel. La bergère devint elle-même une épouse. Les habitants de
l'Ouest n'instituèrent pas de commémoration pour
cet épisode. »
« Ils ne le pouvaient pas, conclut le maître. La victime étant un
animal de compagnie, son immolation est entachée d'impureté. De plus,
s'il fallait instituer une commémoration pour chaque animal qui se fait
injustement massacrer, on n'en verrait pas la fin. »