Six petits traités d'éthologie comparée

chroniques impubliables








l'éthologie, c'est imbitable de chez imbitable, même en cherchant avec Elgoog              Dans ces six opuscules, Cochonfucius nous instruit respectivement sur la lucidité divine des mygales imperceptibles, sur la mesquinerie navrante des paroles anonymes et sur la levée de ce sombre anonymat, avec un commentaire sur la circulation terrifiante des hermines aquatiques, et pourquoi il faut tenir compte de la friponnerie cruciale des mangoustes anthropomorphes, et autres sujets dignes d'intérêt ; enfin, pour finir dignement, il signale le bannissement d'un hérésiarque sulfureux.
       

L'éthologie comparative, du moins celle qui sous-tend l'écriture de ces six traités, provoque l'ébahissement du lecteur lambda devant les prodiges de la nature. Le premier de ces documents rend compte de la lucidité des mygales par l'immense largeur et l'insondable profondeur des gouffres qui les abritent. Cette lucidité contraste avec la maladresse du premier homme, à qui l'on demandait de créer un écosystème durable, et qui nous fit un monde de culpabilité malsaine.

Quant à la friponnerie des mangoustes anthropomorphes, il en existe également une explication : la première mangouste vola du pinard mystique pour le consommer avec d'autres animaux qui parlent, et glissa ensuite dans d'autres malversations du même tonneau.

Le document suivant exalte la diversité des formes et des expressions de ce que Roland Barthes appelle le ragot. Ce ne sont que mots à bâtons rompus -- excusables surtout chez ceux qui sont devenus amnésiques dans leur dortoir. Pour lever l'anonymat de ces troubles échanges, certains auteurs recommandent de les soumettre à la sagesse d'un quelconque animal sentencieux et lourdingue.

Un autre petit traité nous régale de son jargon topographique par lequel, selon lui, une hermine aquatique peut codifier sa propre circulation. Ce document en bonne forme contient une description fort minutieuse du parcours suivi et de ses étapes, au cours desquelles le petit animal tient successivement des rôles de prédateur et de proie.

La pièce finale n'est autre qu'un discours autocritique de l'hérésiarque Azonips qui est une digne figure de la gloutonnerie ayant cours au sein du peuple solipsiste. Pressé par le Religieux de la Montagne de l'Est, il avoue les crimes d'oisiveté, d'incitation à des festins, de remplissage des boyaux et de piperie. Sans compter le braconnage, le gaspillage, le marivaudage et les atteintes à l'ordre public. L'ivresse, les injures, et maintes folies lui sont encore à charge. Pour toutes ces raisons, il se fait bannir du royaume, mais on craint son retour, car la sagesse et la vertu ne sauraient prévaloir qu'à titre temporaire.

De l'ensemble surgit l'immense jubilation de la parole débridée. Une note instructive, due à Yake Lakang lui-même, nous rappelle que l'éthologie (surtout comparative) cela prend grave la tête. On a bien raison de lui préférer parfois la luxure et la goinfrerie.