chroniques impubliables




Hybridation entre une martre et un dindon





les choses sont de plus en plus confuses         Nous aborderons maintenant une question essentielle des fondements de la science, à savoir, la possibilité d'une hybridation entre une martre et un dindon.
       
En examinant ce dossier, nous nous donnerons la liberté de poser toutes les questions qui vous viendront à l'esprit, sur une véritable éthologie du dindon-martre, sur les manifestations de la vie dans la nature, sur l'omniprésence de l'hybridation, et sur les explications qu'en donnent les érudits de Finipurée.

Nous observons, chez ces auteurs de systèmes explicatifs, une ambition excessive. Ils oublient qu'il y a de l'inconnaissable partout dans le monde. Lorsque Cochonfucius entend au loin sonner une horloge, il n'obtient pas, de ce seul fait, la connaissance de ses rouages. Dans la nature, les combinaisons et assemblages de substances s'opèrent avec lenteur et subtilité, donc leur mécanisme peut échapper à l'observateur le plus méticuleux.

Cette même ambition de tout comprendre fait adopter aux érudits des principes faux, comme, par exemple, l'idée que l'inexistence du dindon-martre soit une évidence. En effet, le vrai peut quelquefois différer de ce qui est vraisemblable et correct. Chercher à décrire les hybridations entre animaux, c'est, premièrement, accepter tout ce que nous en observons, vraisemblable ou non. Et deuxièmement, ne pas recourir à des constructions mentales purement imaginaires pour rendre raison de l'observable.

Ainsi, lorsque l'érudit Tigris nous dit qu'il y a dans la martre une intelligence omnisciente et parfaite, il ne la tire que de sa propre intelligence, par une assez forte extrapolation. Lui qui se veut apôtre du bon sens, il se retrouve ainsi en compagnie des penseurs spiritualistes, pour qui les êtres et les choses baignent dans un océan de pinard mystique.

Exit donc Tigris, mais aussi Napaj le verbeux, qui pense le dindon incapable de toute action personnelle, ce qui le conduit à décrire Cochonfucius comme un montreur de marionnettes, dont les innombrables mains animent les représentants de cette espèce, tous autant qu'ils sont, et même, chose peu croyable, leurs descendants hybrides et glorieux. Nous soulignons que cela tient du fantasme. Parfois, la construction mentale que bâtit un érudit sur un mot du vocabulaire n'a plus guère de rapport avec un usage raisonnable de ce terme.

Dans bien des cas, la métaphysique porte tort à la rigueur scientifique.

Quand elle aura réglé leur compte aux faiseurs de systèmes, la pensée matérialiste pourra proposer (sans garantie d'aucune sorte) sa propre vision du monde. Pour la résumer, il n'y a pas plus de magie dans un dindon-martre que dans une martre ou dans un dindon. Les parties de l'animal hybride n'ont rien de plus ou de moins que celles de ses parents, car on pourrait bien démonter leur assemblage et en ranger les éléments de manière à former le corps hybride. Autrement dit, l'hybride et le représentant d'une espèce reconnue sont des aspects d'une même chose qui est le corps animal.

En apparence, ce corps préfère ne pas être trop hybride. Mais cela n'a rien d'absolu. C'est encore une des évidences trompeuses dont la Science doit s'affranchir, ainsi que de celles qui affirment l'existence d'une planète où les phénomènes graviteraient autour d'un majestueux Dindon-Martre primordial. La Science doit s'en affranchir, mais elle doit, rappelons-le, se soumettre à la noble assemblée de Cluny en ces matières.

C'est ainsi que pourra s'affirmer l'autonomie de la recherche vis-à-vis des doctrines établies.