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Intelligence des blaireaux.






encore une leçon d'éthologie                Corax rédigea un traité sur l'étrange relation qui s'établit entre les érudits de Demiplumard et les blaireaux à qui ils ont appris à effectuer des calculs. Chacune de ces deux familles d'agents peut être considérée comme bien pourvue en intelligence, mais dans des sens différents.

La rationalité des blaireaux repose essentiellement sur leur tendance à anticiper les conséquences de leurs interventions diverses. De façon subsidiaire, ils ont aussi l'habitude d'évaluer les résultats qui sont communiqués à leur personne par d'autres blaireaux ou par une truite blanche, et peuvent donc exercer (comme l'a noté Cochonfucius autrefois) plusieurs fonctions de remise en cause des calculs.
       

On peut parler métaphoriquement de « rationalité » des érudits, dans la mesure où, routiniers comme ils sont, ils en deviennent fort prévisibles. De plus, ils peuvent être formés, par un patient dressage, à traduire les démarches traditionnelles de raisonnement par induction et par abduction via lesquelles les fourmiliers catégorisent les données auxquelles ils sont confrontés.

Revenant à la première observation : « comment pensent les blaireaux », Corax en fait la matière d'un premier chapitre, où sont rappelés les fondements logiques, linguistiques et philosophiques de la connaissance (très incomplète) que nous avons de ce domaine. En particulier, il rappelle le rôle essentiel des démarches d'apprentissage, et donc de la gestion d'une connaissance imparfaite ; ainsi qu'une remarque fondamentale (mais peut-être pas absolument originale) de Yake Lakang selon laquelle un prédicat ne peut être produit qu'à propos d'un sujet présupposé, ce qui implique la capacité des blaireaux à se référer à des « objets », dont le statut sera abordé par la suite.

Le deuxième chapitre s'appuie principalement sur des exemples gastronomiques et didactiques, qui en facilitent l'assimilation. Une table où se trouvent des tablettes de chocolat en abondance est donc représentée en double page centrale, pour aider l'imagination du lecteur à construire les métaphores les plus efficaces cognitivement.

Le troisième chapitre décrit une « pensée symbiotique » constituée par la conjonction, dans un même contexte, des deux modes de raisonnement évoqués dans les deux chapitres précédents. Cette activité conjointe permet notamment la catégorisation d'entités formelles, à partir d'un jeu subtil sur les exemples, les contre-exemples et les non-exemples. Des illustrations sont tirées de divers domaines d'application. Un langage d'aphorismes est proposé pour assurer la communication entre les divers agents rationnels. Il sert par ailleurs à ponctuer les développements de l'ensemble du traité, puisque le lecteur est lui aussi assimilé à une sorte d'agent intelligent.

Comme l'auteur en fait la remarque dès le départ, sa construction théorique ne répond ni à une demande évidente des blaireaux (qui arrivent à vivre sans les raffinements d'une telle métaphysique), ni à une démarche naturelle chez les érudits de Demiplumard. C'est précisément ce qui lui donne son ton bien particulier, certes parfois ésotérique, mais toujours vivant et stimulant pour l'imagination.


Cela me donne envie d'en faire une chanson, dit le gyrovague, ces braves blaireaux méritent bien cela.