Cochonfucius se remémora le premier vers
(et presque le deuxième) d'un nombre important
de poèmes, dont une version assez proche de l'original figure
dans ses vieux papiers manuscrits,
ainsi que dans les pages
d'un de ses livres et dans son petit
herbier artisanal, qu'il consacre
à la sagesse des huîtres,
à la beauté des
couleuvres printanières, aux éclipses des
vouivres d'antan et aux
rois mélancoliques
se prenant pour des chiens de chasse.
En récitant les rimes
de ces textes
obscurs et sombres, il cherchait à retrouver
son innocence primordiale,
sans renoncer pour autant à grandir et à se perfectionner,
ni à ce que le
vieillissement lui apporte comme immenses ressources
cognitives et morales, d'où il tira de nombreux
paragraphes en son temps, et même
des chapitres sapientiaux, sans parler
d'un portulan polychrome, à consulter
quand tombent les averses violentes,
tout en descendant du pinard
qui tache et qui troue, l'esprit occupé par
rien de rien,
comme cela se produit au cours d'une
insomnie épisodique,
ou chez certains mandarins en présence de leurs
doctorants timides,
ou chez une héroïne en fin de
combustion et en pleine exaltation mystique.
A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Je dirai quelque jour vos
Un
érudit
fit un bref commentaire, disant que les deuxièmes
vers étaient certes un peu déformés, mais
que cela se voyait à peine.
Yake Lakang
proposa une interprétation selon laquelle le
fait que les premiers vers soient intacts dénotait l'innocence
et la candeur enfantine heureusement préservées chez
le vieux
Cochonfucius. Toutefois, les altérations visibles
sur les deuxièmes vers, et probablement sur les suivants,
ne pouvaient être que la marque d'un fort déclin
intellectuel et moral chez ce personnage, d'ailleurs enclin aux
errances de toutes sortes.
Le gyrovague
exprima l'espoir qu'on ne travestirait pas ses propres
couplets nostalgiques. Sois tranquille, dit Lakang, nul ne déforme
une déformation. Au lieu de nous tourmenter,
buvons donc
dans la paix du soir,
et, pourquoi pas, jusqu'au
matin lumineux,
dans notre
établissement
de prédilection, où la beuverie finit toujours par
des chansons.