Incantation du Crapaud
Mon esprit est neigeux, c'est carrément la zone.
Cochonfucius me guide au vieux palais d'hiver.
Le roi Sargon, assis sur ses jarrets de fer,
Regarde resplendir un lavabo tout jaune.
Les vaches, les criquets, les forêts et les rocs
Dorment inertement sous leur blême suaire,
Et
Leconte de Lisle
invente un ossuaire
Immense, cave ou plat, ou bossué par blocs.
Tandis qu'éblouissant les horizons funèbres,
Le lavabo glacé luit dans le morne azur,
L'angoisse du vieux roi rend son esprit obscur,
Un âpre frisson court le long de ses vertèbres.
Sa vache blanche, aux yeux flambants, et les petits
Lapins qui ne font rien qu'à se remplir le ventre
Éclusent du pinard mystique au fond de l'antre.
A la bouteille tierce, ils sont un peu partis.
Le roi médite seul sur la neige livide,
Au seuil de son palais où tout le monde boit.
Les grands criquets en fête ou la vache aux abois,
Que lui fait tout cela, puisque le monde est vide ?
Lui, roi de Milpodvash,
se sent brusquement nain.
Au loin sonnent les voix de vingt buveurs de bière
Accroupis près du feu de tourbe et de bruyère
Où l'eau
sinistre bout dans le chaudron d'airain.
Son esprit est neigeux et sa peine est profonde.
Dans son crâne résonne un
poème
à la flan
Dont il retouche un vers, parfois, en grommelant,
Le délire entre ses oreilles brûle et gronde.
Il se demande où sont les jours de nos aïeux,
Quand, faisant leur marché, d'énergiques femelles
Matraquaient un gendarme
à grands coups de mamelles.
Il regrette son corps d'archange furieux.
On lui dit, à présent : Sois pas trop énergique !
Et lorsqu'il veut se battre, on lui répond
Des clous !
Il est devenu chien, lui qui était un loup,
Buvant une potion qui n'a rien de magique.
Un érudit fit un bref commentaire.
Les rois, lorsque leur mort approche,
se prennent pour des chiens.
On peut alors s'en servir
à la
chasse,
mais ce n'est pas fort efficace.