Io Kanaan
Io Kanaan n'est pas seulement un orthotroll, c'est aussi un personnage du grand Oscar Wilde
qui a le plus vif succès auprès de la jeune Salomé.
Il voudrait imiter la noble sagesse de Cochonfucius en ce siècle, mais il ne parvient presque
jamais
aux mêmes conclusions, et ne sait pas tendre des
pièges aux animaux. Sur ce sujet, il accepte
volontiers
le verdict
de Georges Perros qui préconise
l'absence stupéfaite d'un miroir
sans équivalent, ou celui que rend
Erri De Luca
lorsqu'il découvre, en se préparant à planter un jeune pommier,
que le moteur qui fait aller la sève jusqu'aux feuilles les plus hautes, c'est la beauté du monde.
Io Kanaan ne sait pas si les épaules
du bouddha du
lac Xuanwu
ont une hauteur plus grande que
la tour Eiffel à Paris.
Antipsaume 23 (hommage à
Clément Marot)
Dieu ne va plus la tête haute,
Car il se sent un peu en faute.
Il se souvient que des herbages,
Avant Adam, et des rivages,
Avant cette invasion humaine,
La vie était bien plus sereine.
S'il avait su qu'on en viendrait
A ce gâchis, jamais n'aurait
Fait vivre l'homme, pas une heure.
A présent Dieu s'inquiète, il pleure
Car il lui devient nécessaire
D'être pour l'homme un adversaire.
Ah, cette affaire n'est pas bonne,
Adam, quel souci tu me donnes !
Quelle nature est donc la tienne ?
Ne sais à quoi les choses tiennent,
Tu as trahi mon espérance,
Et je n'ai de toi que souffrance.
Io Kanaan se croit un poète et un barde.
Il ne sait pas si sa main droite
ignore ce que fait sa main gauche. Pour jouer au flipper, c'est mieux, pour applaudir,
c'est moins bien. Dans un tout autre domaine, il se
demande si les femmes sont des poissons d'avril et si le
roi des arbres est un buisson,
il se pose quelques questions sur le
protecteur des vieux arbres
et il ne sait pas si nos illusions ne nous gouvernent pas en permanence,
par exemple en matière de mariage ainsi que
de vie familiale et de bonne eau chaude à boire.
Nous ressemblons à ces ouistitis qui
saisissent un caillou dans un vase solidement fixé à un tronc d'arbre,
et ne peuvent plus en libérer leur main se refermant inutilement sur cette chose désirable.
Si responsable fut le
prince de sa rose,
Pourquoi la plongea-t-il dans la mélancolie ?
Il ne lui écrivit,
ni en vers, ni en prose,
Et sans un mot pour elle, il a perdu la vie.
Nous ressemblons à ces chiens qui voudraient que le ciel soit une personne,
que la pluie sache où sont les arbres, et que le vent souhaite faire une belle musique. Faites de beaux rêves, bande de chiens. Ou si vous
faites un cauchemar de votre vie, que ce soit un
cauchemar à plusieurs ainsi que nous le montrent Alice et le roi rouge
(ou encore, le roi blanc qui, en songe, devient le roi rouge).
N'en déplaise à
Louis Aragon :
Aimer n'est pas un tour de force
Aimer n'est pas si dur qu'on croit
Ce n'est pas un chemin de croix
Ni une épreuve qui vous broie
Ni un parcours vers le divorce
Aimer c'est se livrer sans armes
Aimer c'est choisir son destin
C'est chanter
dans le clair matin
Même dans les temps incertains
C'est chanter au travers des larmes
Ne plus aimer c'est déchirure
Et c'est son propre coeur blesser
Et c'est maudire son passé
Et sa propre âme détresser
Moi j'en connais qui en moururent
D'aimer il n'est jamais trop tard
Battent deux coeurs à l'unisson
Et tremblent du même frisson
Et chantent la même chanson
Jouant sur la même guitare
Cependant, nos amours et nos amitiés ne doivent pas nous
faire oublier le labeur quotidien...
Pâle reine des nuits où règne le silence,
Tu fais de
l'océan
sourdre un flot colossal,
Lui qui, aussi longtemps que dure ta présence,
De ses plus hautes eaux se fait ton fier vassal.
Quand le vaisseau lunaire a pris trop d'altitude,
Quand il s'est enfui loin des grands flots écumants,
L'océan à grands flots pleure sa solitude,
Et de ses basses eaux il marque son tourment.
Toi qui as dans mon coeur fait brûler la passion,
De te chérir, j'avais douce réjouissance,
Et dans les basses eaux de la séparation
De précédents retours m'aide la souvenance.
Retours, éloignements sont choses qui arrivent,
Hautes et basses eaux en mon coeur s'entresuivent.
...ni les miracles innombrables qui s'accomplissent
dans le vaste monde.
L'épouvantail s'est senti lourd,
Et las de rester au soleil.
Hélas, que de temps sans sommeil,
Sans promenade et sans amour.
Planté là dans le vent marin,
Sans jamais parler à personne ;
Sans qu'heure joyeuse ne sonne,
Planté là
comme
un mandarin.
Sans pouvoir manger un seul fruit.
Enviant moineaux et moinelles
Et plus encore une hirondelle :
Heureux qui dans les airs s'enfuit !
Son rôle lui a tant pesé
Que l'épouvantail en révolte
Cessa de garder la récolte,
En corbeau métamorphosé.
Et peut-être que, mort, le Petit Prince arrose
La fleur que de revoir il eut soudain envie.
Ou alors, il lui lit des vers et de la prose
Pour montrer que vraiment, il est encore en vie.
Plutôt que d'achever des litres, Io Kanaan
préfère acheter des livres (c'est
pour les partager avec les camarades), ou aller au théâtre
en Chine, afin d'entendre quelques
paroles de Neige qui sont souvent une inspiration poétique.
Un instant de joie, au début d'avril
de la neuvième fructification
Le printemps commence à peine,
Je n'entends rien à la mort.
Que six mille autres jours viennent,
Chacun rend mon coeur plus fort.
Dans les églises, Io Kanaan se souvient de son cousin
qui fut le fils d'un charpentier, et il prie :
In Memoriam Nazareni
Le fils du charpentier est le dieu des poètes.
Il a vécu sa vie comme un songe étonnant
Dans lequel il était Créateur et prophète,
Père, Fils et Esprit sur le monde tonnant.
Jean-Baptiste, qui fut un fier anachorète,
Vit en lui un Seigneur, et, un jour lui donnant
Un peu d'eau sur son front lors d'une grande fête,
Reçut la confession qu'il fit en fredonnant.
Cloué par les soldats sur le bois de justice,
Il dit de retenir la date du solstice
Pour marquer sa naissance et le règne du Bien.
Tous ses mots recueillis par ses mille disciples
Font un livre qui dit la gloire du dieu triple ;
Ce livre est excellent, mais ce n'est pas le mien.