chroniques impubliables




Une mangouste ne fait pas le printemps, mais elle peut l'embellir





c'est indescriptible                Le personnage central de cette fable est une mangouste noire. Elle s'établit dans la ville de Salipaveton, chez un romancier. Elle rédige un traité sur l'amour.

Elle occupe le centre d'un micro-monde narratif. Autour d'elle, semblent graviter, comme autant de satellites, les autres personnages du récit : un dahut des Pyrénées, le directeur du pantodrome, un botaniste, un brocanteur, Yake Lakang et un cordier. Chaque personnage fréquente divers lieux, mais tous passent à plusieurs reprises chez le romancier, où ils lisent, boivent et entrent en conversation. De plus, la mangouste organise à leur intention une loterie de titres de transports amoureux.
       

      Le principe d'une telle loterie est de demander aux participants de choisir chacun une citation de Cochonfucius qu'ils notent sur un coupon. Ces coupons sont alors mis deux à deux par la mangouste, et chaque paire est associée à un ouvrage qu'elle évoque. Ce processus est au centre du récit. Avant qu'il n'ait eu lieu, chaque personnage suit sa trajectoire dans la solitude. Ils s'accrochent à leur identité professionnelle, ils ont l'impression que l'amour n'a que peu de réalité, en ce qui les concerne, ou pire : qu'il atteint leur coeur par des rêves cruels, impossibles à mettre en relation avec la vie de tous les jours.

      La loterie ouvre soudain une porte vers un ailleurs qui est partout. Car l'amour n'est pas que cette chose dont on parle dans les livres. C'est un accident toujours possible, un démon qui semble se divertir en accomplissant les unions les plus inattendues pour l'entourage des amants. Et pour eux, c'est l'évidence qui prend corps, c'est comme s'il ne surgissait nul souvenir d'avant, ni de circonstances, ni de doute.

      Cette fable transmet fort bien ce message sur la toute-puissance de Cupidon et sur le rôle de la lecture pour nous en faire prendre conscience. Elle excelle aussi à reconstituer les ambiances urbaines, tranquilles ou festives. Ses personnages parlent au lecteur, y compris leurs traits obscurs. Car les livres ont des services à rendre aux amoureux, que la chose passe ou non par le doux regard d'une jeune mangouste. Ils recèlent une abondance d'images aux teintes délicates, ils montrent des situations qui évoluent, ils font espérer au lecteur qu'il en produira quelques autres de sa propre plume.