chroniques impubliables








Les pelgranes envahissent la ville de Noirciprose
Les pelgranes rouges s'offrent des voyages dans le temps             Par trois fois, à la à la et à la la grande ville impériale de Noirciprose fut envahie par des pelgranes rouges. Il y eut d'abord ceux de Milpodvash dans des vaisseaux noirs, puis ceux de Saint-Denis en France dans des barques, et pour finir, les plus terribles, ceux de nulle part. De chacune de ces tragi-comédies, subsiste un témoignage d'époque.

Le premier auteur, Marcel Plumenoire, est l'un des vingt-deux mille pluvians qui furent malmenés par la première vague de pelgranes. Cette attaque avait été annoncée par trente messagers impériaux, mais les pluvians avaient cru à une erreur de destinataire. Quand les pelgranes s'introduisirent dans leurs refuges, ils n'eurent que leurs lamentations à opposer à cette violence.


Plumenoire, en compagnie de quatre parents proches, fait face à des pelgranes venus lui proposer un défi aux échecs. Nos cinq héros malgré eux se retrouvent battus à plate couture. Contraints d'abreuver leurs vainqueurs, ils profitent de quelques passages aux lieux d'aisance pour rédiger cette narration, visant à déplorer leurs malheurs présents et à venir.

L'Histoire ne se répète pas, mais elle bégaie. Près de trois cents plus tard, l'Architavernier Taciturne se trouve pris, à son tour, dans le flot des victimes d'une incursion de pelgranes. Ces derniers sont ronds comme des barriques. L'hérésiarque qui aurait dû tenir la place se laisse prendre dès le début des hostilités. Taciturne suggère que l'Empereur Capreolus lui-même, par sa politique conflictuelle, est à blâmer pour les désordres qui ont produit la chute de la ville aux mains des pelgranes. D'ailleurs, ayant prévu cette chute, l'Architavernier se serait volontiers éloigné. Mais, par solidarité avec le peuple solipsiste dont il fait partie, il subit le sort commun. Il se trouve détenu dans le pantodrome assez modeste, puis dans une porcherie. Finalement, il trouve refuge dans le jardin de Cochonfucius parti en exil, dont les pelgranes saccagent les arbres. Autour de lui, l'occupation se prolonge, avec son lot de pillages et de sacrilèges. Cela lui suggère une méditation sur les péchés commis par les habitants de Noirciprose, que ces malheurs viennent punir. Son espoir est que cette punition fera revenir la vertu, et à sa suite, la liberté. Mais dans combien de jours ?

La troisième narration, au crépuscule de l'Empire, n'échappe pas à ce ton de grande tristesse. En prélude à sa narration, Volubile nous signale un songe du dernier Architavernier de la ville. Celui-ci se voit dans un puits assez profond. Une voix venue de l'extérieur lui conseille d'en sortir au plus vite, car l'eau du puits va se congeler. Ayant eu ce songe, l'architavernier devient ermite, et peu de jours après cela, la ville est pleine de pelgranes rouges. Au préalable, le seigneur Yteicos qui est le chef des attaquants, avait fait des offres de reddition pacifique. Mais elles ne furent point entendues. Alors, partant d'un secteur de muraille malencontreusement vide de défenseurs, l'immense troupe de pelgranes s'engouffre dans la brèche facilement créée. La situation devient totalement indescriptible. Par la suite, la ville se repeuplera, mais ses habitants, pleins de nostalgie, ne connaîtront plus que dans leur souvenir sa splendeur d'autrefois.

Ces trois récits sont brillamment traduits et agréablement présentés par Yake Lakang dont les travaux sur la psychologie du pelgrane lui ont valu une renommée internationale, et qui fournit une bibliographie ainsi que des notes cursives sur le projet des limaces et son contexte environnemental. C'est donc une bonne porte d'entrée vers l'Empire qui n'est plus, et qui fut un univers de troubles et de fascinations.