Chacun son métier, les fouines seront bien gardées
Dans le grenier de Cochonfucius, un morceau de buvard
porte l'explication d'un proverbe du bon vieux temps.
Platon gardait un jour les fouines de son père ;
Platon avait fini sa bière,
Et s'ennuyait tout seul. Falbala sort du bois,
Disant : depuis longtemps, je cours dans cette plaine
Après un vieux cochon que j'ai manqué deux fois
Comme en une
fable
vilaine.
Il vient de passer par là-bas,
Lui répondit Platon : si votre corps est las,
Reposez-vous, gardez mes fouines à ma place,
Et j'irai faire votre chasse ;
Je réponds du cochon. - Ma foi, je le veux bien.
Voici le roi Sargon, il servira de chien ;
Va donc chasser. Platon s'apprête,
S'arme, appelle Sargon, et lui, quoiqu'à regret,
Suivit Platon vers la forêt.
Le roi bat les buissons ; il va, vient, sent, arrête,
Et voilà le cochon... Platon impatient
Tire aussitôt, manque la bête,
Le coup blesse Sargon au flanc.
A la suite du roi qui crie,
Platon revient à la prairie.
Il trouve Falbala ronflant ;
De fouines, point, qui s'étaient envolées.
Le malheureux Platon, s'arrachant les cheveux,
Parcourt en gémissant les monts et les vallées ;
Il ne voit rien. Le soir, sans fouines, tout honteux,
Platon retourne chez son père,
Et lui conte en tremblant l'affaire.
Celui-ci, saisissant un bâton pour luthier,
Corrige son cher fils de ses folles idées,
Puis lui dit : chacun son métier,
Les fouines seront bien gardées.
Un érudit fit un bref commentaire.
Je sais comment
ce roi en est venu à se prendre pour un chien.
Ce n'est certes pas un cadeau, mais c'est quand même mieux
que s'il croyait être un cochon-fouine.