Les moineaux noirs psalmodient
autour de Cochonfucius
Notre vie est grandiose,
En ce pays mou
des morts,
C'est nous les vieux moineaux-porcs.
Allons vers l'apothéose
Des vaches et des guirlandes,
Et des boulettes de viande,
Et des raisins mûrs qui pendent
Dans la lumière du soir.
C'est nous les vieux moineaux noirs.
Picolons
dans les crevasses,
Et quand notre esprit rêvasse,
Brusquement chacun se marre.
Nous disons des mots bizarres.
Joyeux comme des cadavres
Dans une ivresse transie,
À Cluny
est notre havre,
Dans cette auberge moisie.
Nous aimons la pourriture,
Subissant la dictature
D'une vache aux grands yeux d'or.
C'est nous les moineaux nocturnes,
Abrutis et taciturnes.
Partisans du moindre effort.
Neigeuse est notre pensée,
Une foi décomposée.
Quelques-uns sont
sentencieux,
Leur esprit crache le feu.
Pure, radieuse et nouvelle
Est leur extatique ardeur,
À grands coups de manivelle,
Ils luttent contre l'horreur.
Par un effort torrentiel,
Ils font de loquet un ciel.
Ils mangent du pain gothique,
Se torchent avec leurs doigts,
Roupillent les bras en croix,
Boivent du pinard mystique,
Aux vaches font les yeux doux
Et transpirent de partout,
Sentencieux et méphitiques.
Dans notre jardin le soir,
Auprès d'un espalier noir,
Est enterré notre espoir.
Cette vie est vénéneuse.
Attendons la moissonneuse
Qui calmera notre fièvre.
Elle apporte le Sabbat,
Le silence sur nos lèvres
Et la fin de nos tracas.
Qui voyage par les plaines
Ne voit jamais de baleine.
Planter rosiers en quinconce
Ne fait pousser que des ronces.
Pourriture est souveraine.
Assoiffés de la beauté,
Affolés de volupté,
Passant une vie entière
Enfoncés dans la misère,
Et la vache aux grands yeux d'or
S'amuse de nos efforts.
Aux villages de la plaine,
Jamais de tendresse humaine.
Rien ne nous sert de chercher
Quels ont été nos péchés,
Rien ne sert de revenir
Sur les malheurs du désir.
Rien n'est bleu comme la lune,
Les fleurs mourront une à une.
Rien, comme une vie d'horreur,
Ne conduit à la splendeur
Immense et phosphorescente.
Pourriture est incessante,
Pourriture est infinie.
Les moineaux n'ont nulle foi,
Ils n'appliquent pas la loi.
Leur esprit, c'est le flambeau
Brûlant de leur ironie
Au-dessus de leur tombeau.
Un érudit fit un bref commentaire.
Quand les moineaux ont soif, ils font n'importe quoi.