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Il s'agit d'une Table ronde de Jacques Lacan sur "Place de la psychanalyse dans la m?decine" extraits des Cahiers de la biblioth?que de m?decine avec J. Aubrey. Le doc date de 1966. Il a fait scandale dans les milieux m?dicaux. Y aurait-il un pdf dans l'air, il serait le bienvenu. D'avance merci Olivier
Voil? le texte en copi?-coll? et en attach?, trouv? dans "pas-tout Lacan", disponible sur le site de l'ELP au format word. Ce fichier vaut d'?tre t?l?charg?. Bien cordialement 1966-02-16 La place de la psychanalyse dans la m?decine Conf?rence et d?bat du Coll?ge de M?decine ? La Salpetri?re : Cahiers du Coll?ge de M?decine 1966, pp. 761 ? 774. (761) Mme AUBRY ? C?est volontairement qu?il ne sera pas question de psychiatrie au cours des expos?s et discussions que vous allez entendre aujourd?hui. La place de la psychanalyse dans la psychiatrie est actuellement peut-?tre encore contest?e ? mais peut-?tre pas contestable ? et je veux plut?t vous dire par quel cheminement nous avons ?t? conduits ? la r?union d?aujourd?hui. Quelle ?tait ma vis?e lorsqu?il y a trois ans, j?ai pris en tant que psychanalyste et autrefois p?diatre, un service aux Enfants Malades ? Elle ?tait double : je voulais introduire dans la mesure du possible, une collaboration entre p?diatres et psychanalystes de bonne volont?, travaillant dans une m?me ?quipe et d?sireux de communiquer entre eux. Il s?agissait de voir ce que la psychanalyse pourrait apporter aux p?diatres et inversement. J??tais ?galement pr?te, disponible, pour r?pondre ? toute demande que je pourrais recevoir de la part des autres ?quipes m?dicales de l?h?pital. En premier lieu, j?ai essay? d?introduire dans mon service une certaine ?coute analytique des parents et aussi des enfants, ?coute qui modifie peut-?tre la d?marche de l?investigation s?m?iologique et, ?ventuellement, la th?rapeutique. Apr?s trois ans l??quipe est l? ; elle se porte bien, les enfants aussi et je pense qu?en d?pit des difficult?s inh?rentes ? la vie d?un groupe, nous pourrons encore progresser pendant longtemps. J?ai rencontr? plus de difficult?s ? r?pondre aux demandes qui me parvenaient des m?decins des autres (762)services, car il r?gne une grande confusion sur ce qu?est la psychanalyse. Les premi?res demandes qui m?ont ?t? adress?es ?taient du domaine de la psychologie et de la psychom?trie, ce qui n?a rien ? voir avec la psychanalyse. Il est certain que le r?le du psychanalyste n?est pas de fournir des donn?es chiffr?es ? des machines ?lectroniques. Il s?agit d?autre chose et nous parlons d?une autre place. Progressivement, j?ai pu obtenir que des questions pr?cises me soient pos?es pour chaque cas qu?il s?agissait d?adresser au psychanalyste, ou au psy? on ne savait pas quoi. Bien plus, des demandes d?un autre registre me sont parvenues et je crois que j?ai pu ?tablir, avec nos amis Royer et Klotz, une collaboration qui vise plus loin. Ce n?est pas par hasard que ces demandes sont venues d?un service de n?phrologie, o? le m?decin est confront? avec les probl?mes de la vie et de la mort, du d?sir de vie et du d?sir de mort, qui concernent les psychanalystes au premier chef. Ce n?est pas non plus par hasard qu?une collaboration s?est ?tablie avec Klotz, puisqu?aussi bien les troubles endocriniens sont bien souvent des troubles fonctionnels dont la cause n?est pas toujours une l?sion organique, mais qui posent fr?quemment des probl?mes d?un autre ordre. Quelle va ?tre la place de la psychanalyse dans la m?decine ? C?est ce que nous allons essayer de discuter aujourd?hui. Je vous propose d?abord de demander ? MM. Royer et Klotz quels sont, sur le plan th?orique, les probl?mes, les questions qu?ils d?sirent poser aux analystes et sur quels crit?res ils se baseraient ?ventuellement pour donner une place ? la psychanalyse dans la m?decine. Puis nous passerons au champ d?applications pratiques et verrons comment, dans la vie quotidienne, les psychanalystes s?ins?rent parmi les ?quipes de m?decins. Je demanderai ? Mme Raimbault de nous faire part de la mani?re dont elle a ?t? int?gr?e dans l??quipe de M. Royer et ? M. Lacan, qui nous fait l?honneur d??tre l? aujourd?hui, comment il pense pouvoir r?pondre ? ces questions. Je donne maintenant la parole ? M. Klotz, pour les probl?mes th?oriques. M. KLOTZ ? Ce n?est pas tous les jours qu?on a la chance de pouvoir interroger des analystes de la classe de ceux qui sont ? cette table. Je vais donc entrer tout de suite dans le vif du sujet et poser ? mon coll?gue Lacan quelques questions pr?liminaires. Ma premi?re question est la suivante : Ne croit-il pas que les m?decins verraient d?un meilleur ?il le recours ? la psychanalyse, si la pratique de celle-ci ?tait d?mocratis?e ? Je sais bien que les consultations de sp?cialistes sont toutes fort co?teuses, mais chaque sp?cialiste accepte de dispenser sa science ou son talent dans des consultations hospitali?res. Au contraire le caract?re dispendieux des consultations est consid?r? par la plupart des analystes comme une des conditions n?cessaires du succ?s de la cure psychanalytique. Ils en font une question de principe. A priori on est toujours tent? de douter de la valeur d?un principe trop commode ou trop avantageux. ? ce propos d?ailleurs il est int?ressant de citer ce texte proph?tique de Freud, qui ?crit : ? les maladies n?vrotiques ne devant pas ?tre abandonn?es aux efforts impuissants de charitables particuliers, on ?difiera des ?tablissements, des cliniques, ayant ? leur t?te des m?decins psychanalystes qualifi?s o? l?on s?efforcera, ? l?aide de l?analyse, de conserver leur r?sistance et leur activit? ? des hommes, qui sans cela s?abandonneraient ? la boisson, ? des femmes qui succombent sous le poids de frustrations, ? des enfants qui n?ont le choix qu?entre la d?pravation et la n?vrose. Ces traitements seront gratuits. Peut-?tre faudra-t-il longtemps avant que l??tat reconnaisse l?urgence de ces obligations, les conditions actuelles peuvent retarder notablement ces innovations et il est probable que les premiers instituts de ce genre seront dus ? l?initiative priv?e, mais il faudra bien qu?un jour ou l?autre la n?cessit? en soit reconnue ?. Ma deuxi?me question est la suivante : Ne croyez-vous pas que, pour rapprocher l?enseignement de la psychanalyse de l?enseignement de la m?decine et par cons?quent pour rapprocher ces deux disciplines, il convient de d?mocratiser l?enseignement de la psychanalyse ? Actuellement une psychanalyse didactique co?te ? l??l?ve environ 100.000 anciens francs par mois et cela pendant un temps variable qui va de 2 ? 4 ans en moyenne. Ind?pendamment du fait que cette forme d?enseignement est fondamentalement antid?mocratique, j?y vois un autre ?cueil. Un ?tre humain qui se sera impos? un pareil sacrifice financier (763)qui devra parfois se livrer ? une deuxi?me occupation subalterne pour remplir ses obligations envers son analyste ne peut pas ne pas ?tre marqu? par ces circonstances jusque dans son ?thique m?me, et dans la position personnelle qu?il aura envers cet instrument de connaissance et de traitement qu?il a si ch?rement acquis. Cet enseignement si peu d?mocratique est-il d?ailleurs un enseignement ? Les liens qui s??tablissent entre le candidat psychanalyste et son psychanalyste ?ducateur, qu?il voit 3 ? 4 fois par semaine, dans la position du divan, ne sont pas ceux qui unissent un ?l?ve et un ma?tre, mais bien plut?t les liens ?sot?riques et rituels qui unissent un n?ophyte et un initi?. Il ne s?agit pas d?un enseignement mais d?une ordination, et longtemps l?initiateur exercera sur son initi? une emprise psychologique tr?s particuli?re. Ne croyez vous pas qu?il faut chercher et trouver les bases d?un enseignement, v?ritablement scientifique de la psychanalyse ? J?en arrive maintenant ? des donn?es plus fondamentales. Toute entreprise humaine risque de se p?trifier, qui prend ses moyens pour son but. Ne croyez-vous pas qu?il y a l? un danger certain pour la psychanalyse ? Certes l?apport de la psychanalyse freudienne para?t capital pour la compr?hension du d?veloppement de la personnalit?, de la naissance ? l??ge adulte, et, ne les ayant pas moi-m?me ?tudi?s, je ne vois aucune raison de mettre en doute le caract?re scientifique des stades oraux, anaux, pr?g?nitaux, g?nitaux de la s?mantique psychanalytique. Mais ? c?t? de ces donn?es il y a toutes celles de la biologie, de la sociologie, toutes les influences des conditions culturelles et de travail qui ne sont pas sans retentir sur l??quilibre psychique des individus. Ne croyez-vous pas qu?en se fermant ? toutes ces influences, et en se limitant volontairement au sch?ma de la dynamique psychanalytique, c?est-?-dire aux conflits et aux complexes classiques, nombre de psychanalystes dits orthodoxes d?veloppent en eux une certaine paresse de l?imagination, freinant tout ?lan cr?ateur ? Cette monotonie des r?ponses et des concepts psychanalytiques d??oit un certain nombre d?internistes d?sireux de confier leur malade ? un analyste, et je suis d?autant plus ? mon aise pour poser cette question au Docteur Lacan que pr?cis?ment il appartient au contraire ? la cat?gorie des novateurs. Derni?re question : si la psychanalyse instrument de connaissance m?rite toute notre attention, c?est en fait ? la psychanalyse instrument de th?rapeutique que veulent s?adresser les m?decins. Or de ce point de vue, du point de vue de la th?rapeutique, les m?decins se demandent si c?est vraiment un enrichissement pour un psychoth?rapeute d?inspiration analytique de ne rien conna?tre ou de ne rien vouloir conna?tre des autres armes de la psychiatrie et de la psychoth?rapie. Y a-t-il vraiment int?r?t ? limiter l?activit? de l?analyste ? sa technique pure et n?est-il pas, par certains cot?s, lui aussi un psychiatre, amput? ? En r?sum? si les m?decins h?sitent encore ? recourir plus souvent ? l?analyse psychologique des causes des maladies internes, c?est peut-?tre parce que, pour certaines des raisons expos?es ci-dessus, la psychanalyse leur para?t ne pas ?tre sortie de la phase magique de son d?veloppement historique ; il faut l?aider ? s?acheminer vers sa phase scientifique. N?est-il pas n?cessaire pour ce faire, de favoriser l?int?gration des donn?es psychanalytiques ; valables dans le cadre d?une m?thode d?analyse psychique qui serait, elle v?ritablement globale, ouverte, pluri-factorielle et authentiquement scientifique ? Mme AUBRY ? Je crois que pour les probl?mes th?rapeutiques qui rel?vent de l?application de l?analyse, nous r?pondrons plut?t dans un deuxi?me stade. Si M. Royer veut bien prendre la parole ? M. ROYER ? Si Klotz avoue qu?il n?est pas psychanalyste, il est certain que ma pr?sence ici est encore plus paradoxale. En effet, un certain nombre d?entre vous n?ignorent pas que je suis un p?diatre, orient? vers les probl?mes de biologie et de biochimie. Je suis cependant ? heureux d??tre ici aujourd?hui, tout d?abord parce que j?ai trouv? beaucoup d?encouragements aupr?s de Mmes Aubry et Raimbault et aussi parce que la question que je vais poser me para?t avoir d?j? ? peu pr?s re?ue sa r?ponse dans le travail de notre groupe. Le probl?me qui se posait ? nous ?tait le suivant : Nous avons un service de n?phrologie infantile qui comporte surtout des malades chroniques, atteints les (764)uns d?affections ayant une issue lointaine favorable, d?autres probablement d?favorable, d?autres enfin certainement d?favorable. Les enfants y viennent plusieurs fois par an pendant des ann?es, pour de courtes hospitalisations. Ils appartiennent ? la vie de notre groupe, ce sont un peu nos enfants, ceux des m?decins, des infirmi?res et de tout le personnel. Nous connaissons tr?s bien leur famille et je crois que nous remplissons maintenant int?gralement le r?le qui ?tait autrefois d?volu au m?decin de famille. Il s?est cr?? de cette fa?on entre nos malades, nos m?decins, nos infirmi?res, des rapports d?un type que je juge nouveau pour l?h?pital d?apr?s ce que j?ai connu il y a 10 ou 15 ans. Ceci n?est qu?un exemple et je suis certain que nombre de mes coll?gues ont, dans d?autres domaines, les m?mes probl?mes. Il nous a fallu bien peu de temps pour nous apercevoir que nous ?tions maladroits dans le maniement des rapports humains et que nous semions ainsi autour de nous beaucoup de malheur. C?est pourquoi je cherchais depuis longtemps quelqu?un en possession de techniques psychologiques adapt?es ? ma demande. Je n?avais a priori aucune pr?f?rence en faveur de la psychanalyse plut?t que d?autres techniques, ?tant fort ignorant de ces m?thodes, et cherchais simplement quelqu?un qui veuille bien poursuivre simultan?ment plusieurs ?tudes sur mes malades. Je ne lui demandais pas d?efforts th?rapeutiques, mais une recherche et des renseignements. Je voulais tout d?abord savoir comment se construisait et se transformait l?image de la maladie dans l?esprit des m?res et des p?res de famille et dans celui de mes jeunes malades eux-m?mes, au cours d?une affection chronique ? ?volution ? peu pr?s certainement ou certainement mortelle. Mon id?e premi?re ?tait en effet que nos r?actions, nos conversations avec les malades ?taient enti?rement construites sur notre propre personnalit? et notre propre conception nosologique de la maladie, et pas du tout en fonction de l?image qu?enfants et familles pouvaient avoir de cette maladie. D?o? ce th?me, que nous exploitons beaucoup avec Mme Raimbault, de l?opposition d?une maladie ? exog?ne ?, telle que la con?oit le m?decin, et d?une maladie ? endog?ne ? telle que peuvent l??laborer le petit enfant et sa m?re. Il est bien ?vident que ce n?est pas la m?me chose pour les deux et je voulais une ?tude objective de cette maladie ? endog?ne ?. En second lieu, je d?sirais qu?? partir des documents que nous fournirait un psychiatre ? cet ?gard, nous puissions changer la nature des rapports, des conversations et des directions d?esprit que nous donnons pendant des ann?es ? nos relations avec les familles et les enfants malades et voir si, peu ? peu, nous pouvions ?laborer une doctrine ou des habitudes d?esprit compl?tement diff?rentes de celles que nous avions jusque-l?. Enfin je voulais ?galement que le psychiatre analyse soigneusement le retentissement que ces maladies chroniques, concernant des enfants auxquels un attachement naturel nous lie au bout de quelques ann?es, pouvait avoir ? surtout au moment de l?issue fatale ? sur les m?decins de mon groupe et les infirmi?res. Il y avait donc une s?rie de questions pour lesquelles j??tais demandeur d?une ?tude psychologique qu?aucun d?entre nous ne pouvait mener ? bien. La premi?re de ces questions, que je repose aujourd?hui, est la suivante : consid?rez-vous, Mme Aubry et M. Lacan, que les techniques psychanalytiques soient adapt?es ? une ?tude de ce genre ? Je crois personnellement que les progr?s que nous avons faits en 18 mois dans ce domaine sont tr?s encourageants et que votre r?ponse sera probablement positive. Toutefois j?aimerais savoir si vous pensez que ces techniques sont enti?rement ou partiellement adapt?es au r?sultat final, qui est d?avoir une conception claire de tous ces probl?mes. La deuxi?me question rejoint une de celles pos?es par Klotz. Mme Raimbault est attach?e ? l?INSERM. Elle pratique donc ces techniques psychanalytiques d?une fa?on d?sint?ress?e, en quelque sorte ? fonctionnaris?e ?, c?est-?-dire tout ? fait diff?rente de celle expos?e tout ? l?heure par Klotz. Dans quelle mesure peut-on int?grer des psychanalystes, ? des groupes ou ? des unit?s de recherche pour des travaux de ce genre qui, s?ils s?av?rent fructueux, devront ? mon avis ?tre r?pandus dans d?autres domaines de la m?decine ? C?est une question pr?cise que je vous pose, car inutile de dire que mon id?e de faire entrer un psychanalyste dans un groupe de biologie clinique n?a pas rencontr? un enthousiasme extraordinaire aupr?s de l?administration de l?INSERM. Cet exemple pose une question nouvelle, qui est celle du psychanalyste de recherche et sur ce point aussi j?aimerais avoir votre opinion. Mme AUBRY ? Avant de poursuivre le d?bat sur la place de la psychanalyse dans la m?decine et les applications pratiques que l?exp?rience de Mme Raimbault mettra en ?vidence, je tiens ? dire un mot des probl?mes de formation des analystes et du mode d?enseignement de la psychanalyse, bien que cela ne concerne pas tout ? fait le sujet qui nous pr?occupe aujourd?hui. La r?ponse de Royer est en m?me temps une r?ponse ? M. Klotz ; nous trouverons des possibilit?s non dispendieuses d?exercice de la psychanalyse dans la mesure o? une place sera faite ? la psychanalyse. Il y a aux Enfants Malades environ 25 psychanalystes qui travaillent ? titre vacataire car je leur ai donn? la possibilit? de le faire et les locaux de ma consultation sont occup?s ? plein temps, bien que mon service soit dit ? ? temps partiel ?. Six cents enfants environ y passent chaque mois. Dans le cadre hospitalier un tr?s grand nombre d??tablissements permettent, tout au moins en ce qui concerne les enfants de faire de tels traitements ; il y a maintenant des (765)instituts m?dico-p?dagogiques o? la psychanalyse a trouv? sa place, des consultations, des h?pitaux de jour : la mutuelle des ?tudiants et la M.G.E.N. ont fait des efforts consid?rables, ainsi que les h?pitaux psychiatriques. Il me semble que ce n?est un probl?me que dans la mesure o? on ne donne pas sa place ? la psychanalyse. En ce qui concerne le mode d?enseignement, je crois que nous n?avons jamais refus? pour des motifs d?ordre p?cuniaire de former un sujet valable. D?autre part, je ne crois pas qu?on puisse pr?tendre qu?il est facile de faire des ?tudes quelles qu?elles soient quand on n?a pas d?argent, ce serait une mauvaise plaisanterie et nous savons tous que les fils d?ouvriers sont tr?s peu nombreux dans les Facult?s et l?enseignement sup?rieur. C?est par cons?quent un probl?me qui d?borde largement celui de la psychanalyse et, dans le cas particulier, je crois que cela n?entre pas en ligne de compte. M. Lacan, vous qui ?tes le promoteur d?un mouvement important dans la psychanalyse, pensez-vous que la psychanalyse soit fig?e ? <IMAGE ABSENTE> (765)M. LACAN ? Vous me permettrez, sur certaines des questions qui viennent d??tre pos?es de m?en tenir aux r?ponses de Mme Aubry qui me semblent tr?s suffisamment pertinentes. Je ne vois pas que d?mocratiser l?enseignement de la psychanalyse pose d?autre probl?me que celui de la d?finition de notre d?mocratie. C?en est une, mais il y en a plusieurs esp?ces concevables et l?avenir nous m?ne vers une autre. Ce que je croyais avoir ? apporter ? une r?union comme celle-ci caract?ris?e par qui la convoque, c?est ? dire le Coll?ge de M?decine, c??tait tr?s pr?cis?ment d?aborder un sujet que je n?ai jamais eu ? traiter dans mon enseignement, celui de la place de la psychanalyse dans la m?decine. Actuellement cette place est marginale et comme je l?ai ?crit ? plusieurs reprises, extra-territoriale. Elle est marginale du fait de la position de la m?decine vis-?-vis de la psychanalyse, qui l?admet comme une sorte d?aide ext?rieure, comparable ? celle des psychologues et de diff?rents autres assistants th?rapeutiques. Elle est extra-territoriale du fait des psychanalystes qui, sans doute, ont leurs raisons pour vouloir conserver cette extra-territorialit?. Ce ne sont pas les miennes, mais ? la v?rit?, je ne pense pas que mon seul v?u l? dessus suffira ? changer les choses. Elles trouveront place en leur temps, c?est-?-dire extr?mement vite ? consid?rer la sorte d?acc?l?ration que nous vivons quant ? la part de la science dans la vie commune. Cette place de la psychanalyse dans la m?decine, je voudrais aujourd?hui la consid?rer du point de vue du m?decin et du tr?s rapide changement qui est en train de se produire dans ce que j?appellerai la fonction du m?decin, et dans son personnage puisqu?aussi bien c?est l? un ?l?ment important de sa fonction. Pendant toute la p?riode de l?Histoire que nous connaissons et pouvons qualifier comme telle, cette fonction, ce personnage du m?decin sont rest?s d?une grande constance jusqu?? une ?poque r?cente. Il faut cependant remarquer que la pratique de la m?decine n?est jamais all?e sans un grand accompagnement de doctrines. Que pendant un temps assez court, au 19e si?cle, les doctrines se soient r?clam?es de la science, ne les a pas rendues plus scientifiques pour autant. Je veux dire que les doctrines scientifiques invoqu?es dans la m?decine ?taient toujours, jusqu?? une ?poque r?cente, reprises de quelque acquis scientifique, mais avec un retard de vingt ans au moins. Ceci montre bien que ce recours n?a fonctionn? que comme substitut et pour masquer ce qu?ant?rieurement il faut bien plut?t rep?rer comme une sorte de philosophie. ? consid?rer l?histoire du m?decin ? travers les ?ges, le grand m?decin, le m?decin type ?tait un homme de prestige et d?autorit?. Ce qui se passe entre le m?decin et le malade, facilement illustr? maintenant par des remarques comme celle de Balint, que le m?decin en prescrivant se prescrit lui-m?me, s?est toujours pass? : ainsi l?empereur Marc-Aur?le convoquait Galien pour qu?il f?t vers? de ses mains la th?riaque. C?est d?ailleurs Galien qui a ?crit le trait? ? ?????????????????????????????????? ?, que le m?decin, dans son meilleur, est aussi un philosophe, o? ce mot ne se limite pas au sens tardif de philosophie de la nature. Mais donnez ? ce mot le sens que vous voudrez, la question qu?il s?agit de situer s??clairera d?autres rep?res. Je pense qu?ici, bien que dans une assistance en majorit? m?dicale, on ne me demande pas d?indiquer ce que M. Foucault nous apporte, dans son grand ouvrage, d?une m?thode historico-critique pour situer la responsabilit? de la m?decine dans la grande crise ?thique (c?est-?-dire touchant la d?finition de l?homme) qu?il centre autour de l?isolation de la folie ; non plus que d?introduire cet autre ouvrage ? Naissance de la clinique ? en (766)tant qu?y est fix? ce que comporte la promotion par Bichat d?un regard qui se fixe sur le champ du corps dans ce court temps o? il subsiste comme rendu ? la mort, c?est-?-dire le cadavre. Les deux franchissements sont ainsi marqu?s, par quoi la m?decine consomme pour sa part la fermeture des portes d?un antique Janus, celui qui redoublait irretrouvablement tout geste humain d?une figure sacr?e. La m?decine est une corr?lation de ce franchissement. Le passage de la m?decine sur le plan de la science et m?me le fait que l?exigence de la condition exp?rimentale ait ?t? induite dans la m?decine par Claude Bernard et ses consorts, ce n?est pas cela qui compte ? soi seul, la balance est ailleurs. La m?decine est entr?e dans sa phase scientifique, pour autant qu?un monde est n? qui d?sormais exige les conditionnements n?cessit?s dans la vie de chacun ? mesure de la part qu?il prend ? la science, pr?sente ? tous en ses effets. Les fonctions de l?organisme humain ont toujours fait l?objet d?une mise ? l??preuve selon le contexte social. Mais d??tre prises en fonction serve dans les organisations hautement diff?renci?es qui ne seraient pas n?es sans la science, elles s?offrent au m?decin dans le laboratoire d?j? constitu? en quelque sorte, voire d?j? fourni des cr?dits sans limites, qu?il va employer ? r?duire ces fonctions ? des montages ?quivalents ? ceux de ces autres organisations, c?est-?-dire ayant statut de subsistance scientifique. Citons simplement ici pour ?clairer notre lanterne, ce que doit notre progr?s dans la formalisation fonctionnelle de l?appareil cardio-vasculaire et de l?appareil respiratoire non seulement ? la n?cessit? de l?op?rer, mais ? l?appareil m?me de leur inscription, en tant qu?ils s?imposent ? partir du logement des sujets de ces r?actions dans des ? satellites ? ; soit ce qu?on peut consid?rer comme de formidables poumons d?acier, dont la construction elle-m?me est li?e ? leur destination de supports de certaines orbites, orbites qu?on aurait bien tort d?appeler cosmiques, puisque ces orbites, le cosmos ne les ? connaissait ? pas. Pour tout dire, c?est du m?me pas dont se r?v?le la surprenante tol?rance de l?homme ? des conditions acosmiques, voire le paradoxe qui l?y fait appara?tre en quelque sorte ? adapt? ?, qu?il s?av?re que cet acosmisme est ce que la science construit. Qui pouvait imaginer que l?homme supporterait tr?s bien l?apesanteur, qui pouvait pr?dire ce qu?il adviendrait de l?homme dans ces conditions, ? s?en tenir aux m?taphores philosophiques, ? celle par exemple de Simone Weill qui faisait de la pesanteur une des dimensions d?une telle m?taphore ? C?est dans la mesure o? les exigences sociales sont conditionn?es par l?apparition d?un homme servant les conditions d?un monde scientifique que, nanti de pouvoirs nouveaux d?investigation et de recherche, le m?decin se trouve affront? ? des probl?mes nouveaux. Je veux dire que le m?decin n?a plus rien de privil?gi? dans l?ordre de cette ?quipe de savants diversement sp?cialis?s dans les diff?rentes branches scientifiques. C?est de l?ext?rieur de sa fonction, nomm?ment dans l?organisation industrielle, que lui sont fournis les moyens en m?me temps que les questions pour introduire les mesures de contr?le quantitatif, les graphiques, les ?chelles, les donn?es statistiques par o? s??tablissent jusqu?? l??chelle microscopique les constantes biologiques et que s?instaure dans son domaine ce d?collement de l??vidence de la r?ussite, qui est la condition de l?av?nement des faits. La collaboration m?dicale sera consid?r?e comme la bienvenue pour programmer les op?rations n?cessaires ? maintenir le fonctionnement de tel ou tel appareil de l?organisme humain, dans des conditions d?termin?es, mais apr?s tout, en quoi cela a-t-il ? faire avec ce que nous appellerons la position traditionnelle du m?decin ? Le m?decin est requis dans la fonction du savant physiologiste mais il subit d?autres appels encore : le monde scientifique d?verse entre ses mains le nombre infini de ce qu?il peut produire comme agents th?rapeutiques nouveaux chimiques ou biologiques, qu?il met ? la disposition du public et il demande au m?decin, comme ? un agent distributeur, de les mettre ? l??preuve. O? est la limite o? le m?decin doit agir et ? quoi doit-il r?pondre ? A quelque chose qui s?appelle la demande ? Je dirai que c?est dans la mesure de ce glissement, de cette ?volution, qui change la position du m?decin au regard de ceux qui s?adressent ? lui, que vient ? s?individualiser, ? se sp?cifier, ? se mettre r?troactivement en valeur, ce qu?il y a d?original dans cette demande au m?decin. Ce d?veloppement scientifique inaugure et met de plus en plus au premier plan ce nouveau droit de l?homme ? la sant?, qui existe et se motive d?j? dans une organisation mondiale. Dans la mesure o? le registre du rapport m?dical ? la sant? se modifie, o? cette sorte de pouvoir g?n?ralis? qu?est le pouvoir de la science, donne ? tous la possibilit? de venir demander au m?decin son ticket de bienfait dans un but pr?cis imm?diat, nous voyons se dessiner l?originalit? d?une dimension que j?appelle la demande. C?est dans le registre du mode de r?ponse ? la demande du malade qu?est la chance de survie de la position proprement m?dicale. R?pondre que le malade vient vous demander la gu?rison n?est rien r?pondre du tout, car chaque fois que la t?che pr?cise, qui est ? accomplir d?urgence ne r?pond pas purement et simplement ? une possibilit? qui se trouve ? port?e de la main, mettons un appareillage chirurgical ou l?administration d?antibiotiques ? et m?me dans ces cas il reste ? savoir ce qui en r?sulte pour l?avenir ? il y a hors du champ de ce qui est modifi? par le bienfait th?rapeutique quelque chose qui reste constant et tout m?decin sait bien de quoi il s?agit. Quand le malade est envoy? au m?decin ou quand il l?aborde, ne dites pas qu?il en attend purement et simplement la gu?rison. Il met le m?decin ? l??preuve (767)de le sortir de sa condition de malade ce qui est tout ? fait diff?rent, car ceci peut impliquer qu?il est tout a fait attach? ? l?id?e de la conserver. Il vient parfois nous demander de l?authentifier comme malade, dans bien d?autres cas il vient, de la fa?on la plus manifeste, vous demander de le pr?server dans sa maladie, de le traiter de la fa?on qui lui convient ? lui, celle qui lui permettra de continuer d??tre un malade bien install? dans sa maladie. Ai-je besoin d??voquer mon exp?rience la plus r?cente : un formidable ?tat de d?pression anxieuse permanente, durant d?j? depuis plus de 20 ans, le malade venait me trouver dans la terreur que je fis la moindre chose. ? la seule proposition de me revoir 48 heures plus tard, d?j?, la m?re, redoutable, qui ?tait pendant ce temps camp?e dans mon salon d?attente avait r?ussi ? prendre des dispositions pour qu?il n?en f?t rien. Ceci est d?exp?rience banale, je ne l??voque que pour vous rappeler la signification de la demande, dimension o? s?exerce ? proprement parler la fonction m?dicale, et pour introduire ce qui semble facile ? toucher et pourtant n?a ?t? s?rieusement interrog? que dans mon ?cole, ? ? savoir la structure de la faille qui existe entre la demande et le d?sir. D?s qu?on a fait cette remarque, il appara?t qu?il n?est pas n?cessaire d??tre psychanalyste, ni m?me m?decin, pour savoir que lorsque quiconque, notre meilleur ami, qu?il soit du sexe m?le ou femelle nous demande quelque chose, ce n?est pas du tout identique et m?me parfois diam?tralement oppos? ? ce qu?il d?sire. Je voudrais reprendre ici les choses ? un autre point et faire remarquer que s?il est concevable que nous parvenions ? une extension de plus en plus efficace de nos proc?d?s d?interventions concernant le corps humain, sur la base des progr?s scientifiques, le probl?me ne saurait ?tre r?solu au niveau de la psychologie du m?decin, d?une question qui rafra?chirait le terme de psychosomatique. Permettez-moi d??pingler plut?t comme faille ?pist?mo-somatique, l?effet que va avoir le progr?s de la science sur la relation de la m?decine avec le corps. L? encore la situation est pour la m?decine subvertie du dehors. Et c?est pourquoi, ce qui, avant certaines ruptures restait confus, voil?, m?l?, embrouill?, appara?t avec ?clat. Car ce qui est exclu du rapport ?pist?mo-somatique, est justement ce qui va proposer ? la m?decine le corps dans son registre purifi? ; ce qui se pr?sente ainsi se pr?sente en pauvre ? la f?te o? le corps rayonnait tout ? l?heure d??tre enti?rement photographi?, radiographi?, calibr?, diagrammatis? et possible ? conditionner, ?tant donn? les ressources vraiment extraordinaires qu?il rec?le, mais peut-?tre aussi ce pauvre lui apporte-t-il une chance qui revient de loin, ? savoir de l?exil o? a proscrit le corps la dichotomie cart?sienne de la pens?e et de l??tendue, laquelle laisse compl?tement choir de sa saisie, ce qu?il en est non pas du corps qu?elle imagine, mais du corps vrai dans sa nature. Ce corps n?est pas simplement caract?ris? par la dimension de l??tendue : un corps est quelque chose qui est fait pour jouir, jouir de soi-m?me. La dimension de la jouissance est compl?tement exclue de ce que j?ai appel? le rapport ?pist?mo-somatique. Car la science n?est pas incapable de savoir ce qu?elle peut, mais elle, pas plus que le sujet qu?elle engendre, ne peut savoir ce qu?elle veut. Du moins ce qu?elle veut surgit-il d?une avanc?e dont la marche acc?l?r?e, de nos jours, nous permet de toucher qu?elle d?passe ses propres pr?visions. Pouvons-nous en pr?juger, par exemple de ce que notre espace, qu?il soit plan?taire ou transplan?taire pullule de quelque chose qu?il faut bien appeler des voix humaines, animant le code qu?elles trouvent en des ondes dont l?entrecroisement nous sugg?re une toute autre image de l?espace que celle o? les tourbillons cart?siens faisaient leur m?nage ? Pourquoi ne pas parler aussi du regard qui est maintenant omnipr?sent, sous la forme d?appareils qui voient pour nous aux m?mes lieux : soit quelque chose qui n?est pas un ?il et qui isole le regard comme pr?sent. Tout ceci, nous pouvons le mettre ? l?actif de la science, mais cela nous fait-il atteindre ce qui l? nous concerne, je ne dirai pas comme ?tre humain, car en v?rit?, Dieu sait ce qu?on agite derri?re ce fantoche qu?on appelle l?homme, l??tre humain, ou la dignit? humaine ou quelle que soit la d?nomination sous laquelle chacun met ce qu?il entend de ses propres id?ologies plus ou moins r?volutionnaires ou r?actionnaires? Nous demanderons plut?t en quoi est-ce que cela concerne ce qui existe, ? savoir nos corps ? Des voix, des regards qui se prom?nent, c?est bien quelque chose qui vient des corps, mais ce sont de curieux prolongements qui, au premier aspect et m?me au second ou au troisi?me, n?ont que peu de rapports avec ce que j?appelle la dimension de la jouissance. Il est important de la placer comme p?le oppos?, car l? aussi la science est en train de d?verser certains effets qui ne sont pas sans comporter quelques enjeux. Mat?rialisons les sous la forme des divers produits qui vont des tranquillisants jusqu?aux hallucinog?nes. Cela complique singuli?rement le probl?me de ce qu?on a jusque l? qualifi? d?une mani?re purement polici?re de toxicomanie. Pour peu qu?un jour nous soyons en possession d?un produit qui nous permette de recueillir des informations sur le monde ext?rieur, je vois mal comment une contention polici?re pourrait s?exercer. Mais quelle sera la position du m?decin pour d?finir ces effets ? propos desquels jusqu?ici il a montr? une audace nourrie surtout de pr?textes, car du point de vue de la jouissance, qu?est-ce qu?un usage ordonn? de ce qu?on appelle plus ou moins proprement des toxiques, peut avoir de r?pr?hensible, sauf si le m?decin entre franchement dans ce qui est la deuxi?me dimension caract?ristique de sa pr?sence au monde, ? savoir la dimension ?thique. Ces remarques qui peuvent sembler banales ont tout de m?me l?int?r?t de d?montrer que la dimension ?thique est celle qui s??tend dans la direction de la jouissance. (768)Voil? donc deux rep?res, premi?rement la demande du malade, deuxi?mement la jouissance du corps. D?une fa?on elle confinent sur cette dimension ?thique, mais ne les confondons pas trop vite, car ici intervient ce que j?appellerai tout simplement la th?orie psychanalytique, qui vient ? temps et non pas bien s?r par hasard, au moment de l?entr?e en jeu de la science, avec ce l?ger devancement qui est toujours caract?ristique des inventions de Freud. De m?me que Freud a invent? la th?orie du fascisme avant qu?il paraisse, de m?me, trente ans avant, il a invent? ce qui devait r?pondre ? la subversion de la position du m?decin par la mont?e de la science. J?ai tout ? l?heure suffisamment indiqu? la diff?rence qu?il y a entre la demande et le d?sir. Seule la th?orie linguistique peut rendre compte d?une pareille aperception, et elle le peut d?autant plus facilement que c?est Freud qui de la fa?on la plus vivante et la plus inattaquable en a pr?cis?ment montr? la distance au niveau de l?inconscient. C?est dans la mesure o? il est structur? comme un langage qu?il est l?inconscient d?couvert par Freud. J?ai lu avec ?tonnement dans un ?crit fort bien patronn? que l?inconscient ?tait monotone. Je n?invoquerai pas ici mon exp?rience, je prie simplement qu?on ouvre les trois premi?res oeuvres de Freud, les plus fondamentales et qu?on voie si c?est la monotonie qui caract?rise l?analyse des r?ves, les actes manqu?s et les lapsus. Bien au contraire l?inconscient me para?t non seulement extr?mement particularis?, plus encore que vari?, d?un sujet ? un autre, mais encore tr?s fut? et spirituel, puisque c?est justement l? que le mot d?esprit a r?v?l? ses v?ritables dimensions et ses v?ritables structures. Il n?y a pas un inconscient parce qu?il y aurait un d?sir inconscient obtus, lourd, caliban, voire animal, d?sir inconscient lev? des profondeurs, qui serait primitif et aurait ? s??lever au niveau sup?rieur du conscient. Bien au contraire il y a un d?sir parce qu?il y a de l?inconscient, c?est-?-dire du langage qui ?chappe au sujet dans sa structure et ses effets, et qu?il y a toujours au niveau du langage quelque chose qui est au-del? de la conscience, et c?est l? que peut se situer la fonction du d?sir. C?est pourquoi il est n?cessaire de faire intervenir ce lieu que j?ai appel? le lieu de l?Autre, concernant tout ce qui est du sujet. C?est en substance le champ o? se rep?rent ces exc?s de langage dont le sujet tient une marque qui ?chappe ? sa propre ma?trise. C?est dans ce champ que se fait la jonction avec ce que j?ai appel? le p?le de la jouissance. Car s?y valorise ce qu?a introduit Freud ? propos du principe du plaisir et dont on ne s?est jamais avis?, ? savoir que le plaisir est une barri?re ? la jouissance, en quoi Freud reprend les conditions dont de tr?s vieilles ?coles de pens?e avaient fait leur loi. Que nous dit-on du plaisir ? Que c?est la moindre excitation, ce qui fait dispara?tre la tension, la temp?re le plus, donc ce qui nous arr?te n?cessairement ? un point d??loignement, de distance tr?s respectueuse de la jouissance. Car ce que j?appelle jouissance au sens o? le corps s??prouve, est toujours de l?ordre de la tension, du for?age, de la d?pense, voire de l?exploit. Il y a incontestablement jouissance au niveau o? commence d?appara?tre la douleur, et nous savons que c?est seulement ? ce niveau de la douleur que peut s??prouver toute une dimension de l?organisme qui autrement reste voil?e. Qu?est-ce que le d?sir ? Le d?sir est en quelque sorte le point de compromis, l??chelle de la dimension de la jouissance, dans la mesure o? d?une certaine fa?on il permet de porter plus loin le niveau de la barri?re du plaisir. Mais c?est l? un point fantasmatique, je veux dire o? intervient le registre de la dimension imaginaire qui fait que le d?sir est suspendu ? quelque chose dont il n?est pas de sa nature d?exiger v?ritablement la r?alisation. Pourquoi est-ce que je viens parler ici de ce qui de toutes fa?ons n?est qu?un ?chantillonnage minuscule de cette dimension que je d?veloppe depuis 15 ans dans mon s?minaire ? C?est pour ?voquer l?id?e d?une topologie du sujet. C?est par rapport ? ses surfaces, ? ses limites fondamentales, ? leurs relations r?ciproques, ? la fa?on dont elles s?entrecroisent et dont elles se nouent que peuvent se poser des probl?mes, qui ne sont pas non plus de purs et simples probl?mes d?interpsychologie, mais bien ceux d?une structure concernant le sujet dans son double rapport avec le savoir. Le savoir continue ? rester pour lui marqu? d?une valeur nodale, pour ceci dont on oublie le caract?re central dans la pens?e, c?est que le d?sir sexuel dans la psychanalyse n?est pas l?image que nous devons nous faire d?apr?s un mythe de la tendance organique : c?est quelque chose d?infiniment plus ?lev? et nou? d?abord pr?cis?ment au langage, en tant que c?est le langage qui lui fait d?abord sa place, et que sa premi?re apparition dans le d?veloppement de l?individu se manifeste au niveau du d?sir de savoir. Si on ne voit pas que c?est l? le point central qui enracine la th?orie de la libido de Freud on perd tout simplement la corde. C?est perdre la corde que de vouloir rejoindre les cadres pr?form?s d?une pr?tendue psychologie g?n?rale, ?labor?e au cours des si?cles pour r?pondre ? des besoins extr?mement divers, mais qui constitue le d?chet de la suite des th?ories philosophiques. C?est perdre la corde aussi que de ne pas voir quelle reperspectivation, quel changement total de point de vue est introduit par la th?orie de Freud, car on en perd alors ? la fois la pratique et la f?condit?. Tel de mes ?l?ves, ext?rieur au champ de l?analyse m?a bien souvent demand? : croyez-vous qu?il suffise d?expliquer cela aux philosophes, qu?il vous suffise de poser sur un tableau le sch?ma de votre graphe pour qu?ils r?agissent et comprennent. Je n?avais l?-dessus, bien s?r, pas la moindre illusion et trop de preuves du contraire. Malgr? cela, les id?es se prom?nent et (769)dans la position o? nous sommes par rapport ? la diffusion du langage et le minimum d?imprim?s n?cessaire pour qu?une chose dure, cela suffit. Il suffit que cela ait ?t? dit quelque part et qu?une oreille sur 200 l?ait entendu pour que dans un avenir assez proche ses effets soient assur?s. Ce que j?indique en parlant de la position que peut occuper le psychanalyste, c?est qu?actuellement c?est la seule d?o? le m?decin puisse maintenir l?originalit? de toujours de sa position, c?est-?-dire de celui qui a ? r?pondre ? une demande de savoir, encore qu?on ne puisse le faire qu?? amener le sujet ? tourner du c?t? oppos? aux id?es qu?il ?met pour pr?senter cette demande. Si l?inconscient est ce qu?il est, non pas une chose monotone, mais au contraire une serrure aussi pr?cise que possible et dont le maniement n?est rien d?autre que d?ouvrir de la fa?on inverse d?une cl? ce qui est au-del? d?un chiffre, cette ouverture ne peut que servir le sujet dans sa demande de savoir. Ce qui est inattendu, c?est que le sujet avoue lui-m?me sa v?rit? et qu?il l?avoue sans le savoir. L?exercice et la formation de la pens?e sont les pr?liminaires n?cessaires ? une telle op?ration : il faut que le m?decin soit rompu ? poser les probl?mes au niveau d?une s?rie de th?mes dont il doit conna?tre les connections, les n?uds et qui ne sont pas les th?mes courants de la philosophie et de la psychologie. Ceux qui sont en cours dans une certaine pratique investigatrice qui s?appelle psychotechnique, o? les r?ponses sont d?termin?es en fonction de certaines questions elles-m?mes registr?es sur un plan utilitaire, ont leur prix et leur valeur dans des limites d?finies qui n?ont rien ? faire avec le fond de ce qu?il en est dans la demande du malade. Au bout de cette demande, la fonction du rapport au sujet suppos? savoir, r?v?le ce que nous appelons le ? transfert ?. Dans la mesure o? plus que jamais la science a la parole, plus que jamais se supporte ce mythe du sujet suppos? savoir, et c?est cela qui permet l?existence du ph?nom?ne du transfert en tant qu?il renvoie au plus primitif, au plus enracin? du d?sir de savoir. Dans l??ge scientifique, le m?decin se trouve dans une double position : d?une part il a affaire ? un investissement ?nerg?tique dont il ne soup?onne pas le pouvoir si on ne le lui explique pas, d?autre part il doit mettre cet investissement entre parenth?ses en raison m?me des pouvoirs dont il dispose, de ceux qu?il doit distribuer, du plan scientifique o? il est situ?. Qu?il le veuille ou non, le m?decin est int?gr? ? ce mouvement mondial de l?organisation d?une sant? qui devient publique et de ce fait, de nouvelles questions lui seront pos?es. Il ne saura en aucun cas motiver le maintien de sa fonction proprement m?dicale au nom d?un ? priv? ?, qui serait du ressort de ce qu?on appelle le secret professionnel, et ne parlons pas trop de la fa?on dont il est observ?, je veux dire dans la pratique de la vie ? l?heure o? on boit le cognac. Mais ce n?est pas cela le ressort du secret professionnel, car si c??tait de l?ordre du priv?, ce serait de l?ordre des m?mes fluctuations qui socialement ont accompagn? la g?n?ralisation dans le monde de la pratique de l?imp?t sur le revenu. C?est d?autre chose qu?il s?agit ; c?est proprement de cette lecture par laquelle le m?decin est capable de conduire le sujet ? ce qu?il en est d?une certaine parenth?se, celle qui commence ? la naissance, qui finit ? la mort et qui comporte les questions que comportent l?une et l?autre. Au nom de quoi les m?decins auront-ils ? statuer du droit au non ? la naissance ? Comment r?pondront-ils aux exigences qui conflueront tr?s rapidement aux exigences de la productivit? ? Car si la sant? devient l?objet d?une organisation mondiale, il s?agira de savoir dans quelle mesure elle est productive. Que pourra opposer le m?decin aux imp?ratifs qui feraient de lui l?employ? de cette entreprise universelle de la productivit? ? Il n?a d?autre terrain que ce rapport par lequel il est le m?decin, ? savoir la demande du malade. C?est ? l?int?rieur de ce rapport ferme o? se produisent tant de choses qu?est la r?v?lation de cette dimension dans sa valeur originelle, qui n?a rien d?id?aliste mais qui est exactement ce que j?ai dit : le rapport ? la jouissance du corps. Qu?avez-vous ? dire, m?decins, sur le plus scandaleux de ce qui va suivre ? Car s?il ?tait exceptionnel, le cas o? l?homme jusqu?ici prof?rait ? Si ton ?il te scandalise, arrache-le ?, que direz-vous du slogan : ? Si ton ?il se vend bien, donne-le ?. Au nom de quoi, aurez-vous ? parler, sinon pr?cis?ment de cette dimension de la jouissance de son corps et de ce qu?elle commande de participation ? tout ce qu?il en est dans le monde ? Si le m?decin doit rester quelque chose, qui ne saurait ?tre l?h?ritage de son antique fonction qui ?tait une fonction sacr?e, c?est pour moi, ? poursuivre et ? maintenir dans sa vie propre la d?couverte de Freud. C?est toujours comme missionnaire du m?decin que je me suis consid?r? : la fonction du m?decin comme celle du pr?tre ne se limite pas au temps qu?on y emploie. Mme AUBRY ? M. Royer, avez-vous quelques mots ? dire avant l?expos? de Mme Raimbault ? M. ROYER ? Je m?excuse de reprendre la parole apr?s la ? br?ve ? intervention de M. Lacan. Je pense que l?expos? qu?il vient de faire de ce qu?il a appel? un ? minuscule ?chantillonnage ? de ses ?uvres est assez choquant pour les m?decins qui sont dans cette assembl?e et il me para?t bon de le dire, car si j?ai bien compris et si aucun pi?ge ne m?a ?t? tendu, nous sommes ici pour discuter de la place de la psychanalyse dans la m?decine en g?n?ral (770)et plus particuli?rement des rapports entre psychanalystes et g?n?ralistes au sein d?un m?me h?pital. Le probl?me m?avait ?t? pos? ainsi et j?ai le sentiment d??tre un peu tomb? dans un traquenard. Nous venons d?entendre un expos? qui contient beaucoup de banalit?s ? c?est l?auteur lui-m?me qui l?a dit ? et je n?ai pas ?t? tr?s sensible, je dois l?avouer aux arguments qu?il a d?velopp?s. Nous sommes ici me semble-t-il pour des choses plus s?rieuses. M. Lacan, nous avons eu, M. Klotz et moi-m?me l?honn?tet? de dire, au d?but de cette table ronde que nous n??tions pas psychanalyste et que nous ne d?sirions pas juger la psychanalyse. Il eut ?t? honn?te de votre part, me semble-t-il, de reconna?tre que vous ne connaissiez ni les m?decins ni la m?decine. Vous avez ?mis un certain nombre de jugements sur les m?decins qui sont inacceptables et, je me permets de vous le dire ? vous faites de nous de simples ? distributeurs de m?dicaments ? fournis par les firmes pharmaceutiques, cela prouve que vous n??tes certainement pas au courant des innombrables probl?mes avec lesquels nous sommes confront?s et que nous essayons de r?soudre. J??tais venu ici dans l?espoir que nous pourrions trouver un langage commun, puisque vous vous int?ressez aux probl?mes de linguistique. Or il est impossible de le trouver sur ce terrain et je dois avouer que je consid?re cette r?union comme un ?chec complet. Mme AUBRY ? Je ne crois pas que nous ayons jamais consid?r? M. Royer comme un distributeur de m?dicaments et si j?essaie de pr?ciser la pens?e de M. Lacan, il a probablement voulu dire que c??tait un danger qui guettait le m?decin. M. LACAN ? Non, ce n?est pas ?? que j?ai dit : j?ai parl? de la demande du malade. Mme AUBRY ? Je crois, M. Royer que la mani?re dont la psychanalyse a ?t? mise au service de votre ?quipe de recherche ?clairera cette discussion et j?aimerais que Mme Raimbault nous en dise quelques mots. [?] M. LACAN ? Je ne crois pas que Mme Raimbault, quoiqu?en un style diff?rent et qui peut ?tre plus plaisant ? certaines oreilles, ait dit des choses essentiellement diff?rentes de celles que j?ai ?nonc?es tout ? l?heure. Je voulais tout de m?me dire ce simple mot ? M. Royer : c?est que j?aurais cru un accueil meilleur donn? ? mes propos. Bien que j?aie fait de l?abondance de l?arsenal th?rapeutique le seul crit?re du passage de la m?decine ? l??re scientifique, l?essentiel de ma distinction me semblait, mais sans doute est-ce une erreur, recouvrir la dimension dont, avant mon discours, il avait dit lui-m?me s?inqui?ter, ? savoir ce qu?il a nomm? dans son vocabulaire ? lui, qui est de son registre, la maladie endog?ne comme oppos?e ? la maladie exog?ne. Si j?ai bien compris, la maladie exog?ne, c?est celle qui est vue de l?ext?rieur, par le m?decin, de ce point de vue que j?ai appel? tout ? l?heure scientifique. La maladie endog?ne recouvre tous ces probl?mes que j?indiquais, ceux de la demande et du fond qu?elle rec?le. Pour pouvoir les r?soudre et y intervenir (772)d?une fa?on appropri?e il ne suffit pas de s?y avancer dans une formation h?tive. ? consid?rer la diffusion actuelle de la th?orie de la relation m?decin-malade, vue d?une fa?on plus ou moins approximative comme psychanalytique et ce qu?elle permet dans certains cas d?interventions intempestives, parfois une non initiation vaut mieux qu?une trop grande. [?] M. LACAN ? Je suis tr?s content de l?intervention de M. Wolff. Quoiqu?il en soit de mon inconscience, il faut employer ce terme au sens courant du mot, et ce n?est pas de l?inconscient freudien qu?il s?agit, c?est toujours une grande inconscience que de servir ? comme ?a ? une tranche plus ou moins transversale de quelque chose qui demande ? ?tre expos? avec toutes sortes d??tages. Je relirai l?enregistrement de ce que j?ai dit tout ? l?heure. Je croyais avoir bien pr?cis? au d?but que je prenais au pied de la lettre la question de la place de la psychanalyse dans la m?decine. Je vais grossir encore ma th?se et peut-?tre arrivera-t-elle ainsi ? passer. La m?decine se maintiendra pour autant que le m?decin sera plus qu?? l?aise, ? inform? comme il peut l??tre ?,dans ce que j?ai appel? la topologie du sujet. Il en existe des sch?mas que je n?ai pas voulu vous imposer ce soir et j?ai voulu seulement vous tenir un discours qui implique la dimension o? j?entendais porter le d?bat. Il ne s?agit nullement et ? aucun moment de savoir si la cure psychanalytique est indiqu?e dans tel ou tel cas ou si elle doit ?tre plus ou moins r?pandue. Quant ? penser que, dans ses rapports avec son malade, un psychanalyste doit ?tre substitu? au m?decin, je veux bien qu?on me coupe la t?te si j?ai dit quelque chose qui en approche si peu que ce soit. Il me semblait simplement, ?tant donn? les donn?es acquises, et j?ai expr?s pr?cis? qu?elles n??taient pas toutes diffus?es, qu?il serait temps que quelque part, elles soient sinon diffus?es ou enseign?es, mais au moins mises au jour de l?exp?rience dans le cadre d?une Facult? de M?decine. (774)Le caract?re purement didactique de modulation que j?ai plus ou moins, selon mes habitudes, donn? dans cette occasion ? ma voix, ne marque nullement la tension d?une passion personnelle, m?me au nom d?une authenticit? ou d?une sinc?rit? quelconque ; et justement je n?ai pas voulu ?mettre un v?u qui dans cette occasion aurait pu avoir l?air d?une telle passion, v?u qui resterait tr?s gratuit d?ailleurs, car les r?ponses que j?ai re?ues montrent qu?il est ?vident que de grands obstacles s?opposent ? l?admission d?une id?e semblable, celle par exemple d?enseigner aux ?tudiants en m?decine, ce que veut dire un signifiant et un signifi?, alors que tout le monde parle de linguistique, sauf les ?tudiants en m?decine pour la simple raison qu?on ne le leur apprend pas. Quant au caract?re ?sot?rique de mon enseignement, les portes en ont toujours ?t? grandes ouvertes, contrairement ? ce qui se pratique dans d?autres lieux de la psychanalyse et il n?a jamais ?t? interdit ? qui que ce soit, en tout cas pas par moi, d?assister ? ce qu?il serait exag?r? d?appeler mon cours mais ? mes communications et ? mon s?minaire. -----Message d'origine----- De : lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de olivierboumendil at aol.com Envoy? : samedi 29 octobre 2005 19:40 ? : lutecium-group at lutecium.org Objet : [Lutecium-group] recherche article lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Il s'agit d'une Table ronde de Jacques Lacan sur "Place de la psychanalyse dans la m?decine" extraits des Cahiers de la biblioth?que de m?decine avec J. Aubrey. Le doc date de 1966. Il a fait scandale dans les milieux m?dicaux. Y aurait-il un pdf dans l'air, il serait le bienvenu. D'avance merci Olivier _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group -- Ce message entrant est certifi? sans virus connu. Analyse effectu?e par Anti-virus AVG. Version: 7.1.362 / Base de donn?es virus: 267.12.6/151 - Date: 28/10/2005 -- Ce message est certifi? sans virus connu. Analyse effectu?e par Anti-virus AVG. Version: 7.1.362 / Base de donn?es virus: 267.12.6/152 - Date: 31/10/2005
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