TR: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
Merci beaucoup Jean Paul Kornobis pour les informations sur le texte de E. Roudinesco sur le ??Livre noir de la psychanalyse??. Nous allons donc ensemble reprendre du service et aff?ter nos plumes pour informer le public. Soyons confiants : contrairement ? la plupart des auteurs du livre et contrairement aux journalistes de l'Obs, nous avons : 1) fait l'exp?rience d'une psychanalyse 2 ) nous appuyons notre travail sur une pratique clinique. Le corpus th?orique avec lequel nous travaillons ne vient qu'en troisi?me position - et seulement en tant qu'il est articul? ? la clinique, apr?s une cure analytique. C'est notre force et notre ?thique. C'est aussi ce qui nous permet d'affirmer la validit? de la pratique analytique. Cette affirmation vient d'un v?cu. Nous l'avons ?prouv?. Nous pouvons t?moigner de cette exp?rience. Car avant d'?tre un corpus th?orique, la psychanalyse est une exp?rience. La m?thodologie de l'article de l'Obs est inverse ? la n?tre :? donc on a 3), puis 2) puis 1). L'article est en effet articul? de cette mani?re : D'abord l'auteur part d'une th?orie (1) puis 2) : la th?orie estime que la technique clinique des TCC est valide, donc c'est vrai. On va mettre au point les exp?riences et les mesures construits pour montrer que c'est v?rifi?. Et enfin 3 (notre point 1) : ...ah tiens, le 3) est absent : pas d'introspection, pas de sujet qui t?moigne de ce que lui ont apport? les TCC: le patient vient se faire gu?rir par un Ma?tre des troubles qu'il "a" : cela fonctionne et ce sont les mesures construites apr?s administration de la th?rapie qui vont mesurer le r?sultat. Nul besoin que le sujet dise l'effet que cela a produit sur lui. En effet, les TCC ?radiquent un trouble qui fait souffrir. Le th?rapeute gu?rit le patient. Point final. Le sympt?me n'a rien ? apprendre sur le patient. La d?monstration repose sur un parti pris th?orique affirm? d'entr?e de jeu, d?s le titre. L'angle de vue y est r?sum? : "Faut-il en finir avec la psychanalyse ?".? Puisqu'il s'agit d'une science, les TCC, qui entend d?montrer sa validit?, le lecteur s'attendrait ? une enqu?te journalistique, et donc un titre posant une question du genre : que peut-on dire aujourd'hui de la validit?, des m?thodes ou bien des recherches de la psychanalyse / versus celles des TCC (ou TCC versus psychanalyse). Je n'y suis pas ! Car ? la lecture de l'Obs, on comprend la probl?matique est situ?e par l'auteur un cran plus loin : le postulat de d?part de l'Obs, c'est que la psychanalyse ne vaut rien, ce point ?tant acquis d'entr?e de jeu. Et que donc elle est d?j? finie. Le questionnement ne porte donc que sur le point suivant : faut-il laisser les psychanalystes travailler?? ou vaut-il mieux en finir avec leur discipline, donc avec eux, tout de suite. Voil? ce que signifie le titre de Une: "Faut-il en finir avec la psychanalyse". ? Ah?! s?il fallait en finir avec tout ce qui ne marche pas, o? irait-on ma bonne dame?! un exemple?: faut-il en finir avec le rapport sexuel ? Apr?s tout, les patients d?montrent sans arr?t que le rapport sexuel "?a ne marche pas", "?a rate" tout le temps, et avec l?autre sexe, l??tre parlant rencontre bien des ??troubles du sommeil??, ??troubles anxieux??, ??d?ficits de l?attention?? et des tas de ??troubles du sommeil?? (cat?gories du DSM-IV) : ils consultent beaucoup ? ce sujet, ces patients. Eh oui, Lacan l?a th?oris? par la formule du "non-rapport sexuel??. Alors, faudrait il interdire, ce rapport sexuel, qui rate ? Et bien quelqu'un y avait pens? et avait explicitement propos? de ne l'autoriser qu'? des personnes s?lectionn?es auparavant ? l'aide de tests : il s'agit de Francis Galton, le fondateur de l'eug?nisme... -----Message d'origine----- De?: lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy??: dimanche 4 septembre 2005 15:53 ??: Armelle.Gaydon at wanadoo.fr; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Objet?: Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Armelle Gaydon Ce texte a ?t? adress? par E. Roudinesco directement ? un correspondant argentin pour ?tre diffus? largement sur Internet. Voici le texte qui accompagnait la PJ : "Voil? maintenant l'information sur ce livre que personne n'a encore lu en France. Les psychanalystes ne sont pas pr?venus et ?a va leur tomber sur la t?te. A partir de demain, je fais circuler partout cette note d'information. Les grands m?dias feront un ?cho ? ce livre et je veux simplement pour le moment que les gens soient inform?s. Cette note n'est pas destin?e ? une publication dans la presse mais ? une information sur les sites internet. Je souhaite que vous la fassiez circuler en Argentine aupr?s des gens que vous connaissez. Vezzetti bien s?r, mais tout le monde. L'Argentine est particuli?rement mal trait?e dans ce livre. Bien entendu, il sera descendu en flammes dans de nombreux journaux mais ? partir du moment o? le Nouvel Observateur fait la une, le combat ne peut plus ?tre ?vit?. Ma note est purement informative avec un commentaire, mais c'est aux psys de se d?brouiller. Comme vous verrez on est au coeur de l'historiographie r?visionniste, de la mythologie du complot et de la dinguerie comportementaliste. Amiti?s ??lisabeth." ----- Original Message ----- From: "A. Gaydon" <armelle.gaydon at neuf.fr> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sunday, September 04, 2005 2:02 PM Subject: RE: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant, Amicalement, Armelle Gaydon -----Message d'origine----- De : lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy? : dimanche 4 septembre 2005 09:52 ? : alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire? du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005 1 - Contenu de l'ouvrage Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ?? la proposition "d'aller mieux sans Freud",? elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie. Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne.? On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas ?Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e? . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif? dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier,? favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s? ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances? en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras,? le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?". 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes. 3 - Diffamations Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations. 4- Les Ar?nes Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le? Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc. 5 - Commentaire Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique. _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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