[Lutecium-group] décès de Rosine Lefort
Voici le mail en clair. === BdF === Rosine Lefort Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours. Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle. Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis. Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches. Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007. Judith Miller
merci BdF... ----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, March 02, 2007 10:31 PM Subject: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici le mail en clair. === BdF ===
Rosine Lefort
Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours.
Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle.
Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis.
Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches.
Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007.
Judith Miller
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort utilis?e pour alimenter une pol?mique. Liliane Fainsilber. ----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM Subject: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici le mail en clair. === BdF ===
Rosine Lefort
Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours.
Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle.
Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis.
Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches.
Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007.
Judith Miller
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Voici un r?cit de Rosine Lefort qui a ?t? pr?sent? au cours d?une s?ance du s?minaire des Ecrits techniques de Freud du 10 mars 1954 ? Ch?re Rosine, je vous c?de la parole, exposez-nous le cas de Robert, avec les questions qui ont permis d?j? comme d'?laborer, hier soir, les poser, et en lais?ser certaines pendantes. Mme LEFORT - Robert est un petit gar?on, n? le 4 mars 1948. Son histoire a ?t? reconstitu?e difficilement, et c'est surtout gr?ce au mat?riel apport? en s?ances qu'on a pu savoir les traumatismes subis. Son p?re est inconnu. Sa m?re est actuellement intern?e comme parano?aque. Elle l'a eu avec elle jusqu'? l'?ge de 5 mois, errant de maison maternelle en mai?son maternelle. Elle n?gligea les soins essentiels jusqu'? oublier de le nourrir on devait sans cesse rappeler ? cette femme les soins ? donner ? son enfant, et surtout le biberon. Il a ?t? tellement n?glig? qu'il a r?ellement souffert de la faim. Il a d? ?tre hospitalis? ? l'?ge de 5 mois dans un grand ?tat d'hypotrophie et de d?nutrition. A peine hospitalis?, il a fait une otite bilat?rale qui a n?cessit? une masto?dectomie double. Il a ?t? ensuite envoy? ? Paul-Parquet, dont tout le monde conna?t le caract?re strict de prophylaxie. Il est isol?, ne voyant pas les autres enfants, nourri ? la sonde ? cause de son anorexie ; et il est rendu de force ? sa m?re pendant deux mois. On ne sait rien de sa vie durant ce temps-l?. Puis ? 11 mois sa m?re le d?pose au d?p?t de l'Assistance publique, et quelques mois plus tard il est immatricul?, sa m?re ne l'ayant pas revu. A dater de cette ?poque, il a 11 mois, jusqu'? l'?ge de 3 ans 9 mois, cet enfant a subi 25 changements de r?sidence, institutions d'enfants ou h?pi?taux, jamais de placement nourricier proprement dit ? cause de son ?tat. Ces hospitalisations ont ?t? n?cessit?es par les maladies infantiles, par une ad??no?dectomie, et par des examens neurologiques, ventriculographie, ?lec?troenc?phalographie, examens normaux. On rel?ve des ?valuations sanitaires, m?dicales, qui indiquent de profondes perturbations somatiques. Puis, le somatique ?tant am?lior?, des d?t?riorations psychologiques. La der?ni?re ?valuation de Denfert, ? 3 ans et demi, propose un internement qui ne pouvait ?tre que d?finitif, avec ?tat para-psychotique non franchement d?fini. Le test de Gesell donne un QD de 43. Il arrive donc, ? 3 ans 9 mois, ? l'institution qui est une d?pendance du d?p?t de Denfert, o? je l'ai pris en traitement. A ce moment, il se pr?sente de la mani?re suivante Au point de vue staturo-pond?ral, en tr?s bon ?tat, ? part une otorrh?e bila?t?rale chronique. Au point de vue moteur, il avait une d?marche pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une hyperagitation constante. Au point de vue du langage, absence totale de parole coordonn?e, cris fr?quents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire que deux mots qu'il criait ? madame ?, et ? le loup ?. Ce mot, ? le loup ?, il le r?p?tait ? longueur de journ?e, ce qui fait que je l'ai surnomm? ? l'enfant-loup ?, c'?tait vraiment la repr?sentation qu'il avait de lui-m?me. Au point de vue comportement, il ?tait hyperactif, tout le temps agit? de mouvements brusques et d?sordonn?s, sans but ; activit? de pr?hension incoh??rente : il jetait son bras en avant pour prendre un objet et, s'il ne l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier et devait recommencer le mouvement d?s le d?part. Troubles vari?s du sommeil. Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive, sans convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements d?chirants, ? l'occasion des sc?nes routini?res de sa vie : le pot, et surtout le vidage du pot, le d?sha?billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne pouvait supporter, ni l'obs?curit?, ni les cris des autres enfants, et, ainsi que nous le verrons, les changements de pi?ces. Plus rarement, il avait des crises diam?tralement oppos?es o? il ?tait com?pl?tement prostr?, regardant sans but, ? type d?pressif. Avec l'adulte, il ?tait hyperagit? ; non diff?renci?, sans vrai contact ; avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand l'un d'eux criait ou pleurait, il entrait dans une crise convulsive. Dans ces moments de crises, il devenait dangereux, il devenait fort, il ?tranglait les autres enfants, et on a d? le s?parer des autres pour la nuit et pour les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni aucune ?motion ressentie. Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons apr?s, car nous ne savions pas tr?s bien dans quelle cat?gorie le ranger. On a quand m?me tent? un traite?ment tout en se demandant si on arriverait ? quelque chose. je vais vous parler de la premi?re ann?e du traitement. Ensuite, il a ?t? arr?t? pendant un an. Il peut se diviser en plusieurs parties Une phase pr?liminaire dans laquelle il a eu le comportement qu'il avait dans la vie, cris gutturaux, il entrait dans la pi?ce, courant sans arr?t, hurlant, sautant en l'air et retombant accroupi, se prenant la t?te entre les mains, ouvrant et fer?mant la porte, allumant et ?teignant la lumi?re. Les objets, il les prenait, ou les rejetait, ou les entassait sur moi, prognathisme tr?s marqu?. Cependant, la seule chose que j'ai pu d?gager de ces premi?res s?ances a ?t? qu'il n'osait pas s'approcher du biberon qui ?tait sur la table, il n'osait s'en approcher que si la table ?tait vide, auquel cas il ne la touchait pas, mais souf?flait dessus. Et aussi un autre int?r?t pour la cuvette qui, pleine d'eau, semblait d?clencher une v?ritable crise de panique. A la fin de cette phase pr?liminaire, ? une s?ance, apr?s avoir tout entass? sur moi dans un ?tat de grande agitation, il a fil?, et je l'ai entendu au haut de l'es?calier qu'il ne savait pas descendre tout seul, dire sur un ton path?tique, sur une tonalit? tr?s basse qui n'?tait pas son genre : ? maman ?, face au vide. Cette phase pr?liminaire s'est termin?e ; en dehors du traitement, un soir apr?s le coucher, debout sur son lit, avec des ciseaux en plastique il a essay? de couper son p?nis devant les petites filles terrifi?es. Dans la seconde partie, il a commenc? ? exposer ce qu'?tait pour lui ? le loup ?. Il criait cela tout le temps, et je ne me repr?sentais pas tr?s bien ce que c'?tait pour lui. Il a commenc?, un jour, par essayer d'?trangler une petite fille que j'avais en traitement. On a d? les s?parer et le mettre dans une autre pi?ce. Sa r?action fut violente, sous la forme d'une agitation intense. J'ai d? venir et le ramener dans la pi?ce o? il vivait d'habitude. D?s qu'il y a ?t?, il a hurl? ? le loup ? et a tout jet? ? travers la pi?ce, c'?tait le r?fectoire, nourriture et assiettes. Les jours suivants, chaque fois qu'il passait dans la pi?ce o? il avait ?t? mis, il hurlait ? le loup ?. Et ce th?me m'avait beaucoup frapp?e. Et cela ?claire aussi le comportement qu'il avait envers les portes qu'il ne pouvait supporter ouvertes. Il passait son temps en s?ance ? les ouvrir pour me les faire refermer et hurler ? le loup ! ?. Si l'on se souvient de son histoire, les changements de lieux et aussi les changements de pi?ces ?taient pour lui une destruction, puisqu'il avait chang? sans arr?t de lieux et d'adultes. C'?tait devenu pour lui un v?ritable principe de destruction qui avait marqu? intens?ment le fondement des mani?festations primordiales de sa vie d'ingestion et d'excr?tion. Il l'a exprim? prin?cipalement dans deux sc?nes : l'une avec le biberon et l'autre avec le pot. Il avait fini par prendre le biberon. Et un jour il est all? ouvrir la porte et a tendu le biberon ? quelqu'un d'imaginaire, car, lorsqu'il ?tait seul avec un adulte dans une pi?ce, il continuait ? se comporter comme s'il y avait d'autres enfants autour de lui. Il a tendu le biberon. Il est revenu en arrachant la t?tine, et me l'a fait remettre, a retendu le biberon dehors, a laiss? la porte ouverte, m'a tourn? le dos, a aval? deux gorg?es de lait, et face ? moi a arrach? la t?tine, renvers? la t?te en arri?re, s'est inond? de lait, a vers? le reste sur moi. Et, pris de panique, il est parti, inconscient et aveugle. J'ai d? le ramasser dans l'escalier o? il com?men?ait ? rouler. J'ai eu l'impression qu'il avait aval? la destruction ? ce moment-l? o? la porte ouverte et le lait ?taient li?s. La sc?ne du pot qui a suivi ?tait marqu?e du m?me caract?re de destruction. Il se croyait oblig?, au d?but du traitement, de faire caca en s?ance, en pensant que s'il me donnait quelque chose il me gardait. Il ne pouvait le faire que serr? contre moi, s'asseyant sur le pot, tenant d'une main mon tablier, de l'autre main le biberon ou un crayon, dans un grand ?tat de peur. Il mangeait apr?s, et sur?tout avant. Et pour le pipi il buvait. L'intensit? ?motionnelle t?moignait d'une grande peur. Et la derni?re de ces sc?nes a ?clair? la relation pour lui entre la d?f?cation et la destruction par les changements. Au cours de cette sc?ne, il avait commenc? par faire caca, assis ? c?t? de moi. Puis, son caca ? c?t? de lui, il feuilletait les pages d'un livre, tournant les pages. Puis il a entendu un bruit ? l'ext?rieur. Fou de peur, il est sorti, a pris son pot et l'a d?pos? devant la porte de la personne qui venait d'entrer dans la pi?ce ? c?t?. Puis il est revenu dans la pi?ce o? j'?tais et s'est plaqu? contre la porte, en hur?lant ? le loup ! le loup ! ?. J'ai eu l'impression d'un rite propitiatoire. Ce caca, il ?tait incapable de me le donner. Il savait dans une certaine mesure que je ne l'exigeais pas. Il est all? le mettre ? l'exp?diteur, il savait bien qu'il allait ?tre jet?, donc d?truit. Je le lui ai expliqu?. L?-dessus, il est all? chercher le pot, l'a remis dans la pi?ce, ? c?t? de moi, l'a cach? avec un papier, comme pour n'?tre pas oblig? de le donner. Alors il commen?a d'?tre agressif contre moi, comme si en lui donnant la per?mission de se poss?der ? travers ce caca dont il pouvait disposer, je lui avais donn? la possibilit? d'?tre agressif. Evidemment, jusque-l?, ne pouvant pas pos?s?der, il n'avait pas le sens de l'agressivit?, mais de l'autodestruction, ce qui expliquait d'ailleurs son comportement avec les autres enfants. A partir de ce jour, il ne s'est plus cru oblig? de faire caca en s?ance, il a employ? des substituts symboliques : le sable. Il a montr? la repr?sentation confuse qu'il avait de lui-m?me. Son ?tat d'anxi?t?, d'agitation devenait de plus en plus grand dans la vie ; il devenait intenable. Moi-m?me, j'assistais en s?ance ? de v?ritables tourbillons avec lesquels j'avais assez de peine d'intervenir. Ce jour-l?, apr?s avoir bu un peu de lait, il en a renvers? par terre, puis a jet? du sable dans la cuvette d'eau, a rempli le biberon avec du sable et de l'eau, a fait pipi dans le pot, a mis du sable dedans. Puis ramassa du lait m?lang? de sable et d'eau, ajouta le tout dans le pot, mettant par-dessus le poupon en caoutchouc et le biberon. Et il m'a confi? le tout. A ce moment-l?, il est all? ouvrir la porte, et est revenu la figure convuls?e de peur, a repris le biberon qui ?tait dans le pot et l'a cass?, s'acharnant dessus jusqu'? le r?duire en petites miettes. Puis il les ramassa soigneusement et les a enfouies dans le sable du pot. Il ?tait dans un tel ?tat qu'il a fallu que je le redescende, sentant que je ne pouvais plus rien pour lui. Il a emport? ce pot. Une parcelle de sable est tom?b?e par terre, d?clenchant chez lui une invraisemblable panique. Il a fallu qu'il ramasse la moindre bribe de sable, comme si c'?tait un morceau de lui-m?me, et il hurlait ? Le loup ! le loup ! ? Il n'a pas pu supporter de rester dans la collectivit?, il n'a pu supporter qu'aucun autre enfant s'approche. On dut le coucher dans un ?tat de tension intense, qui ne c?da de fa?on spectaculaire qu'apr?s une d?b?cle diar?rh?ique, qu'il ?tendit partout avec ses mains dans son lit ainsi que sur les murs. Toute cette sc?ne ?tait si path?tique, v?cue avec une telle angoisse, que j'?tais tr?s inqui?te, et j'ai commenc? ? r?aliser l'id?e qu'il avait de lui-m?me. Il l'a pr?cis? le lendemain, o? j'avais d? le frustrer, il a couru ? la fen?tre, l'a ouverte, a cri? ? le loup ! ?, et voyant son image dans la vitre, l'a frapp?e en criant ? le loup ! le loup ! ?. Robert se repr?sentait ainsi, il ?tait le loup, donc ce prin?cipe de destruction qu'il frappe dans sa propre image, ou qu'il ?voque avec tant de tension. Ce pot o? il a mis ce qui entre en lui-m?me et ce qui en sort, le pipi et le caca, puis une image humaine, la poup?e, puis les d?bris du biberon, c'?tait vraiment une image de lui-m?me, semblable ? celle du loup, comme a t?moign? la panique lorsqu'un peu de sable ?tait tomb? par terre. Successivement et ? la fois il est tous ces ?l?ments qu'il a mis dans le pot, les morceaux du biberon cass?, qui restent la derni?re image de lui-m?me juste apr?s avoir reli? cette action de le casser avec la porte, l'ext?rieur, les changements. Il n'?tait qu'une s?rie d'objets par lesquels il entrait en contact avec la vie quotidienne, symboles des contenus de son corps : le sable est le symbole des f?ces, l'eau, celui de l'urine, et le lait, celui qui entre dans son corps. Mais la sc?ne du pot montre qu'il diff?renciait tr?s peu tout cela. Pour lui, tous les contenus sont unis dans un m?me sentiment de destruction permanente de son corps qui, par opposition ? ces contenus, repr?sente le contenant, et que Robert a symbo?lis? par le biberon cass?. A la phase suivante, il exorcisait le loup. Exorcisme, car cet enfant me don?nait l'impression d'?tre un poss?d? et que, gr?ce ? ma permanence, il a pu exor?ciser, avec un peu de lait qu'il avait bu, les sc?nes de la vie quotidienne qui lui faisaient tant de mal. A ce moment-l?, mes interpr?tations ont surtout tendu ? diff?rencier les contenus de son corps au point de vue affectif : le lait est ce qu'on re?oit. Le caca est ce qu'on donne, et sa valeur d?pend du lait qu'on a re?u. Le pipi est agressif. De nombreuses s?ances se sont d?roul?es. A ce moment-l?, o? il faisait pipi dans le pot, et ensuite il m'annon?ait ? pas caca, c'est pipi ?, il ?tait d?sol?. Je le rassurais lui disant qu'il avait trop peu re?u pour pouvoir donner quelque chose sans que cela le d?truise. Cela le rassurait. Il pouvait alors aller vider le pot aux cabinets. Le vidage du pot s'entourait de beaucoup de rites de protection. Il commen?a par vider l'urine dans le lavabo des W.-C. en laissant le robinet d'eau couler de fa?on ? pouvoir remplacer l'urine par l'eau. Il remplissait le pot le faisant d?bor?der largement, comme si un contenant n'avait d'existence que par son contenu et devait d?border comme pour le contenir ? son tour. Il y a l? une vision syn?cr?tique de l'?tre dans le temps, comme contenant et en m?me temps comme contenu, comme dans la vie intra-ut?rine. Il retrouve ici cette image confuse qu'il avait de lui-m?me. Il vidait ce pipi, et essayait de le rattraper, persuad? que c'?tait lui qui s'en allait. Il hurlait ? le loup ! ?, et le pot ne pouvait avoir pour lui de r?alit? que plein. Toute mon atti?tude fut de lui montrer la r?alit? du pot qui restait apr?s avoir ?t? vid? de son pipi, comme lui Robert restait apr?s avoir fait pipi, comme le robinet n'?tait pas entra?n? par l'eau qui coule, mais ?tait toujours l?, m?me quand l'eau ne coulait pas. A travers ces interpr?tations et ma permanence, Robert progressivement introduisit un d?lai entre le vidage et le remplissage, jusqu'au jour o? il a pu revenir triomphant avec un pot vide dans son bras. Il avait visiblement gagn? l'id?e de permanence de son corps. Parall?lement, il menait une autre exp?rience de son corps. Ses v?tements ?taient pour lui son contenant, et lorsqu'il en ?tait d?pouill?, c'?tait la mort cer?taine. La sc?ne du d?shabillage ?tait pour lui l'occasion de v?ritables crises ; la derni?re avait dur? trois heures, pendant laquelle le personnel le d?crivait comme ? poss?d? ?, il hurlait ? le loup ! ?, courant d'une chambre ? l'autre, ?ta?lant les f?ces qu'il trouvait dans les pots sur les autres enfants ; il n'avait pu se calmer qu'attach?. Le lendemain de cette sc?ne, il est venu en s?ance, a commenc? ? se d?sha?biller dans un grand ?tat d'anxi?t?, et tout nu il est mont? dans le lit. Il a fallu trois s?ances pour qu'il arrive ? boire un peu de lait tout nu dans le lit. Il mon?trait la fen?tre et la porte, et frappait son image en hurlant ?le loup ! ?. Parall?lement, dans la vie quotidienne, le d?shabillage a ?t? facile, mais suivi alors d'une grande d?pression ; il se mettait ? sangloter le soir sans raison, et il des?cendait se faire consoler par la surveillante en bas, et il s'endormait dans ses bras. En conclusion de cette phase, il a exorcis? avec moi le vidage du pot, ainsi que la sc?ne du d?shabillage, il l'a fait au travers de ma permanence qui avait rendu le lait un ?l?ment constructeur. Mais Robert, pouss? par la n?cessit? de construire un minimum, n'a pas touch? au pass?, il n'a compt? qu'avec le pr??sent de sa vie quotidienne, comme s'il ?tait priv? de m?moire. Dans la phase suivante, c'est moi qui suis devenu le loup. Et il profite du peu de construction qu'il a fait pour projeter sur moi tout le mal qu'il avait bu, et en quelque sorte retrouver ainsi la m?moire. Il va pouvoir devenir progressivement agressif. Cela va devenir tragique. Pouss? par le pass?, il faut qu'il soit agressif contre moi, en m?me temps) e suis dans le pr?sent celle dont il a besoin. Je dois le rassurer par mes interpr?tations, lui parler du pass? qui l'oblige ? ?tre agres?sif, ce qui n'entra?ne pas ma disparition ni son changement de lieu, ce qui ?tait pris par lui comme une punition. Comme il avait ?t? agressif contre moi, il essayait de se d?truire, il se repr??sentait par un biberon non cass? et il essayait de le casser. Je le lui retirais des mains, il n'?tait pas en ?tat de supporter de le casser. Il reprenait le cours de la s?ance et de son agressivit? contre moi. A ce moment-l?, il m'a fait jouer le r?le de sa m?re affamante, m'a oblig? ? m'asseoir sur une chaise o? il y avait sa timbale de lait, afin que je renverse ce lait, le privant ainsi de sa nourriture bonne. Alors il s'est mis ? hurler ? le loup ! ?, a pris le berceau et le b?b? et les a jet?s dehors par la fen?tre, dans un ?tat furieux d'accusation contre moi. Il s'est retourn? alors contre moi et m'a fait ingurgiter de l'eau sale dans une grande violence, en hurlant ? le loup ! le loup ! ?. Ce bibe?ron repr?sentait la mauvaise nourriture ? cause de la s?paration et de tous les changements, apr?s une mauvaise m?re qui l'avait priv? de nourriture. Parall?lement, il m'a charg?e d'un autre aspect de la mauvaise m?re, celle qui part. Il m'a vue partir un soir de l'institution. Le lendemain il a r?agi, il m'avait d?j? vu partir d'autres fois, mais sans ?tre capable d'exprimer l'?motion qu'il pouvait en ressentir. Ce jour-l?, il a fait pipi sur moi dans un grand ?tat d'agres?sivit? et aussi d'anxi?t?. Cette sc?ne n'?tait que le pr?lude ? une sc?ne finale qui eut pour r?sultat de me charger d?finitivement de tout le mal qu'il avait subi et de projeter en moi ? le loup ! ?. J'avais donc ingurgit? le biberon avec l'eau sale, re?u le pipi agressif sur moi parce que je partais. J'?tais donc le loup. Robert s'en s?para au cours d'une s?ance en m'enfermant aux cabinets, pendant que lui retournait dans la pi?ce de s?ance, seul, montait dans le lit vide et se mettait ? g?mir. Il ne pouvait pas m'ap?peler, et il fallait bien que je revienne, puisque j'?tais la personne permanente. Je suis revenue. Robert ?tait ?tendu, le visage path?tique, le pouce maintenu ? deux centim?tres de sa bouche. Et, pour la premi?re fois dans une s?ance, il m'a tendu les bras et s'est fait consoler. A partir de cette s?ance, on assiste dans sa vie ? un changement total de com?portement. Cet enfant qui agressait les autres, les ?tranglait, d?chirait avec les dents, est devenu l'?tre le plus doux qui soit, d?fendant les petits, les consolant, les faisant manger. J'ai eu l'impression qu'il avait exorcis? le loup. A partir de ce moment, il n'en a plus parl?, et il a pu alors passer ? la phase suivante : la r?gression corps, cette construction de l'ego-body qu'il n'avait jamais pu faire. Pour employer la dialectique qu'il avait toujours employ?e, des contenus?contenants, Robert devait, pour se construire, ?tre mon contenu, mais il devait s'assurer de ma possession, c'est-?-dire son futur contenant. Il a commenc? cette p?riode en prenant un seau plein d'eau, dont l'anse ?tait une corde. Cette corde, il ne pouvait absolument pas supporter qu'elle soit atta?ch?e aux deux extr?mit?s. Il fallait qu'elle pende d'un c?t?. J'avais ?t? frapp? de ce que, lorsque j'avais ?t? oblig?e de la resserrer pour porter le seau, cela le mettait dans un ?tat de douleur presque physique. Jusqu'au jour o?, dans une sc?ne, il a mis le seau plein d'eau entre ses jambes, a pris la corde et l'a attach?e ? son ombi?lic. J'ai eu alors l'impression que le seau ?tait moi, et il se rattachait ? moi par une corde, cordon ombilical. Ensuite, il renversait le contenu du seau d'eau, se met?tait tout nu, puis s'allongeait dans cette eau, en position f?tale, recroquevill?, s'?tirant de temps en temps, et allant jusqu'? ouvrir sa bouche et la refermer sur le liquide, comme un f?tus boit le liquide amniotique, ainsi que l'ont montr? les derni?res exp?riences am?ricaines. Toutes ces activit?s ?taient le calque ?vident de l'activit? f?tale. Et j'avais l'impression qu'il se construisait, gr?ce ? ?a. Au d?but excessivement agit?, puis il prit conscience d'une certaine r?alit? de plaisir, et tout aboutit ? deux sc?nes capitales agies avec un recueillement extra?ordinaire et un ?tat de pl?nitude ?tonnant ?tant donn? son ?ge et son ?tat. Dans la premi?re de ces sc?nes, Robert, tout nu, face ? moi, a ramass? de l'eau dans ses mains jointes, et l'a port?e ? hauteur de ses ?paules et l'a fait couler le long de son corps. Il a recommenc? ainsi plusieurs fois, puis m'a dit alors dou?cement ?Robert, Robert?, prenant conscience de son corps. Ce bapt?me par l'eau - car c'?tait un bapt?me, ?tant donn? le recueillement qu'il y mettait - fut suivi d'un bapt?me par le lait. Il avait commenc? par jouer dans l'eau avec plus de plaisir que de recueille?ment. Ensuite, il a pris son verre de lait et le but. Puis il a remis la t?tine et a com?menc? ? faire couler le lait du biberon le long de son corps. Comme ?a n'allait pas assez vite, il a enlev? la t?tine et a recommenc?, faisant couler le lait sur sa poitrine, son ventre et le long de son p?nis avec un sentiment intense de plaisir. Puis il s'est tourn? vers moi, et m'a montr? ce p?nis, le prenant dans sa main, l'air ravi. Ensuite il a bu du lait, s'en mettant ainsi dessus et dedans, de fa?on que le contenu soit ? la fois contenu et contenant, retrouvant l? cette sc?ne qu'il jouait avec l'eau. Dans les phases qui suivirent, il va passer au stade de construction orale. Ce stade est extr?mement difficile et tr?s complexe. D'abord, il a 4 ans et il vit le plus primitif des stades. De plus, les autres enfants que je prends alors en trai?tement dans cette institution sont des filles, ce qui est un probl?me pour lui. Enfin les patterns de comportement de Robert n'ont pas totalement disparu et ont tendance ? revenir chaque fois qu'il y a frustration. Dans les s?ances qui ont suivi ce bapt?me par l'eau et par le lait, Robert a commenc? par vivre cette symbiose qui caract?rise la relation primitive m?re? enfant. Mais lorsque l'enfant le vit vraiment, il n'existe normalement aucun pro?bl?me de sexe, au moins dans le sens du nouveau-n? vers sa m?re. Tandis que l? il y en avait un. Et Robert devait faire la symbiose, soit avec une m?re phallique, telle qu'il ?tait pr?t ? l'accepter, soit avec une m?re f?minine, ce qui posait alors le probl?me de castration, le probl?me ?tait d'arriver ? lui faire recevoir la nour?riture sans que cela entra?ne sa castration. Il a d'abord v?cu cette symbiose dans une forme simple. Assis sur mes genoux, il mangeait. Ensuite, il prenait ma bague et ma montre et se les mettait, ou bien il prenait un crayon dans ma blouse et le cassait avec ses dents. Alors je le lui ai interpr?t?. Cette identification ? une m?re phallique castratrice resta alors sur le plan du pass?, et s'accompagna alors d'une agressivit? r?actionnelle qui ?volua dans ses motivations. Il ne cassait plus la mine de son crayon que par autopunition de cette agressivit?. Par la suite, il put boire le lait au biberon, allong? dans mes bras, mais c'est lui-m?me qui tenait le biberon, et ce n'est que plus tard qu'il a pu le recevoir directement, moi tenant le biberon, comme si tout le pass? lui interdisait de recevoir en lui par moi le contenu d'un objet aussi essentiel. Son d?sir de symbiose ?tait encore en conflit avec ce qu'on vient de voir. C'est pourquoi il prit le biais de se donner le biberon ? lui-m?me. Mais ? mesure que Robert faisait l'exp?rience, au travers d'autres nourritures, comme bouillies et g?teaux, que la nourriture qu'il recevait de moi ? travers cette symbiose ne l'identifiait pas ? moi au point d'?tre une fille, il put alors recevoir de moi. Il a d'abord tent? de se diff?rencier de moi en partageant avec moi, il me donnait ? manger et disant, se palpant ? Robert ?, puis me palpant ? pas Robert ?. je me suis beaucoup servi de ?a dans mes interpr?tations pour l'aider ? diff?rencier tr?s rapidement. La situation cessa d'?tre seulement entre lui et moi, et il fit intervenir les petites filles que j'avais en traitement. C'?tait un probl?me de castration, puisqu'il savait qu'avant lui et apr?s lui une petite fille montait en s?ance avec moi. Et la logique ?motionnelle voulait qu'il se fasse fille, puisque c'?tait une fille qui rompait la symbiose avec moi dont il avait besoin. La situation ?tait conflictuelle. Il l'a jou?e de diff?rentes fa?ons, faisant pipi assis sur le pot, ou bien le faisant debout en se montrant r?ellement agressif. Robert ?tait donc maintenant capable de recevoir, et capable de donner ; il me donna alors son caca sans crainte d'?tre ch?tr? par ce don. Nous arrivons alors ? un palier du traitement qu'on peut r?sumer ainsi : le contenu de son corps n'est plus destructeur, mauvais, il est capable d'exprimer son agressivit? par le pipi fait debout, sans que l'existence et l'int?grit? du conte?nant, c'est-?-dire du corps, soient mises en cause. Le QD au Gesell est pass? de 43 ? 80, et au Terman-Merill il a un QI de 75. Le tableau clinique a chang?, les troubles moteurs ont disparu, le prognathisme aussi. Avec les autres enfants il est devenu amical. On peut commencer ? l'int??grer ? des activit?s de groupe. Seul le langage reste rudimentaire, il ne fait jamais de phrases, n'emploie que les mots essentiels. Puis, je pars en vacances, suis absente pendant deux mois. Lorsque je suis revenue, il a jou? une sc?ne int?ressante montrant la coexistence en lui des patterns du pass? et de la construction faite dans le pr??sent. Pendant mon absence, son comportement est rest? tel qu'il ?tait, c?est-?-dire qu'il a exprim? sur son ancien mode, d'une fa?on tr?s riche en raison de l'acquis, ce que la s?paration repr?sentait pour lui, et qu'il craignait de me perdre. Lorsque je suis revenue, il a vid?, comme pour les d?truire, le lait, son pipi, son caca, puis a enlev? son tablier et l'a jet? dans l'eau. Il a donc d?truit ainsi ses anciens contenus et son ancien contenant, retrouv?s par le traumatisme de mon absence. Le lendemain, d?bord? par sa r?action psychologique, Robert s'exprimait sur le plan somatique : diarrh?e profuses, vomissement, syncope. Robert se vidait compl?tement de son image pass?e. Seule ma permanence pouvait faire la liaison avec une nouvelle image de lui-m?me, comme une nouvelle naissance. A ce moment-l?, il a acquis cette nouvelle image de lui-m?me. Nous le voyons en s?ance rejouer des anciens traumatismes que nous ignorions. Un sur?tout : Robert avait bu le biberon et il a mis la t?tine dans son oreille, il en a rebu, il a ensuite cass? le biberon dans un ?tat de violence tr?s grande. Il a ?t? capable de le faire sans que l'int?grit? de son corps en ait souffert. Il s'?tait s?par? de son symbole du biberon et pouvait s'exprimer par le biberon en tant qu'objet. Cette s?ance ?tait tellement frappante, il l'a r?p?t?e deux fois, que j'ai fait une enqu?te pour savoir comment s'?tait pass?e son antrotomie subie ? 5 mois. On apprit alors que, dans le service d'O.R.L. o? il avait ?t? op?r?, il n'avait pas ?t? anes?th?si?, et que pendant cette op?ration douloureuse, on lui maintenait dans la bouche un biberon d'eau sucr?e. Cet ?pisode traumatique a ?clair? l'image que Robert avait construite d'une m?re affamante, parano?aque, dangereuse qui certainement l'attaquait ; puis cette s?paration ; un biberon maintenu de force lui faisant avaler ses cris et le mal qu'on lui faisait, le gavage par tube ; et 25 changements successifs. Robert ne pouvait pas avoir d'autre image de lui-m?me. J'ai eu l'impression que le drame de Robert ?tait que tous les fantasmes oraux-sadiques qu'il avait pu avoir s'?taient r?alis?s par ces conditions d'existence, ces fantasmes ?taient devenus la r?alit?. Derni?rement, j'ai d? le confronter avec une r?alit?. J'ai ?t? absente pendant un an, et je suis revenue enceinte de huit mois. Il m'a vue enceinte. Il a com?menc? par jouer des fantasmes de destruction de cet enfant. J'ai disparu pour l'accouchement. Pendant mon absence, mon mari l'a pris en traitement, et il a jou? la destruction de cet enfant. Lorsque je suis revenue, il m'a vue plate, et sans enfant. Il ?tait donc persuad?, ?tant toujours ? ce stade, que ses fantasmes ?taient devenus r?alit?, qu'il avait tu? cet enfant, donc que j'allais le tuer. Il a ?t? extr?mement agit? pendant ces 15 derniers jours, jusqu'au jour o? il a pu me le dire. Alors l? je l'ai confront? avec la r?alit?, je lui ai amen? ma fille, de fa?on ? ce qu'il puisse maintenant faire la coupure. Son ?tat d'agitation est tomb? net, et quand je l'ai repris en s?ance le lendemain, il a commenc? ? m'ex?primer enfin un sentiment de jalousie, il s'attachait ? quelque chose de vivant et non pas ? la mort. Cet enfant est toujours rest? au stade o? les fantasmes ?taient r?alit?. La r?a?lit? lui avait impos? ses fantasmes. Gr?ce ? ses fantasmes de construction intra-?ut?rine, qui, dans le traitement, ont ?t? r?alit?, il a pu faire cette construction ?tonnante. S'il avait d?pass? ce stade, je n'aurais pas pu obtenir cette construc?tion de lui-m?me. Comme je le disais hier, j'ai eu l'impression que cet enfant avait sombr? sous le r?el, qu'il n'y avait chez lui au d?but traitement, aucune fonction symbolique, et encore moins de fonction imaginaire. LACAN - Il avait quand m?me deux mots. HYPPOLITE - C'est sur le mot ? le loup ? que je voudrais poser une question. D'o? est venu ? le loup ? ? Mme LEFORT - Dans les institutions d'enfants, on voit souvent les infir?mi?res faire peur avec le loup. Dans l'institution o? je l'ai pris en traitement, un jour o? les enfants ?taient insupportables, on les a enferm?s au jardin d'enfants, et une infirmi?re est all?e ? l'ext?rieur faire le cri du loup pour les rendre sages. Il a donn? cette forme qu'il a concr?tis?e. HYPPOLITE - Il resterait ? expliquer pourquoi cette histoire du loup dont la peur s'est fix?e sur lui, comme sur tant d'autres enfants. Mme LEFORT - Le loup ?tait ?videmment la m?re d?vorante, en partie. HYPPOLITE - Croyez-vous que le loup est toujours la m?re d?vorante ? Mme LEFORT - Dans les histoires enfantines, on dit toujours que le loup va manger. Au stade sadique-oral, l'enfant a envie de manger sa m?re, donc il pense que sa m?re va le manger, et ce loup dont on le menace va le manger, donc sa m?re va le manger, elle devient le loup. je crois que c'est probablement la gen?se. je ne suis pas s?re. Il y a dans l'histoire de cet enfant des tas de choses ignor?es, que je n'ai pas pu savoir. je crois que c'est gr?ce ? ?a qu'il a donn? cette image, le loup. Quand il voulait ?tre agressif contre moi, il ne se mettait jusqu'? pr?sent pas ? quatre pattes, et n'aboyait pas. Maintenant il le fait. Maintenant il sait qu'il est un humain, mais il a besoin, de temps en temps, de s'identifier ? un animal, comme le fait un enfant de 18 mois. Et quand il veut ?tre agressif il se met ? quatre pattes, et fait ? ouh, ouh ?, sans la moindre angoisse. Puis il se rel?ve et continue le cours de la s?ance. 11 ne peut encore exprimer son agressivit? qu'? ce stade. HYPPOLITE - Oui, il surmonte ainsi... C'est entre zwingen et bezwingen. C'est toute la diff?rence entre le mot o? il y a la contrainte et celui o? il n'y a pas la contrainte. La contrainte, Zwang, qui est le loup qui lui donne l'angoisse, et l'angoisse surmont?e, Bezwingung, le moment o? il joue le loup. Mme LEFORT - Oui, je suis bien d'accord. LACAN - ? Le loup ? naturellement pose tous les probl?mes du symbolisme, qui n'est pas du tout limitable, puisque vous voyez bien que nous sommes for?c?s d'en chercher l'origine dans une symbolisation g?n?rale. Pourquoi le loup ? Ce n'est pas un personnage qui nous reste tellement familier, dans nos contr?es tout au moins. Le fait que ce soit le loup qui soit choisi pour produire ces effets nous relie directement avec une fonction plus large, sur le plan mythique, folk?lorique, religieux primitif. Nous voyons jouer au loup un r?le. Et le fait qu'il se rattache ainsi ? toute une filiation, par quoi nous arrivons aux soci?t?s secr?tes, avec ce qu'elles comportent d'initiatique dans l'adoption soit d'un totem, soit d'une fa?on plus pr?cise de l'organisation de ce style de communaut?, identifi?cation ? un personnage. Nous ne pouvons pas faire ces distinctions de plan ? propos d'un ph?nom?ne aussi ?l?mentaire. Mais ce Surmoi... je voulais attirer votre attention, vous ver?rez que des questions qui se poseront ? nous par la suite, c'est la fonction r?ci?proque, la diff?rence entre ce qu'on doit appeler Surmoi, dans le d?terminisme du refoulement et ce qu'on doit appeler id?al du Moi. Je ne sais pas si vous vous ?tes aper?us de ceci : qu'il y a l? deux conceptions qui, d?s qu'on les fait inter?venir dans une dialectique quelconque pour expliquer un comportement de malade, paraissent dirig?es exactement dans un sens contraire. Le Surmoi ?tant simplement contraignant, l'id?al du Moi ?tant exaltant?. ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: <bdf at deflorence.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 7:22 AM Subject: Re: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort utilis?e pour alimenter une pol?mique. Liliane Fainsilber.
----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM Subject: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici le mail en clair. === BdF ===
Rosine Lefort
Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours.
Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle.
Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis.
Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches.
Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007.
Judith Miller
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
bonjour depuis qq jours les textes que je re?ois sont justifi?s ? droite. Avant, ils ?taient justifi?s ? gauche. un signe?;) jp
moi je te lis toujours align? ? gauche, d'ailleurs comme tous les autres messages alors peut-?tre pour toi ?a signe-fie quelque chose... ----- Original Message ----- From: "Jacques Ponzio" <jacques.ponzio at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 4:47 AM Subject: [Lutecium-group] justification. lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- bonjour depuis qq jours les textes que je re?ois sont justifi?s ? droite. Avant, ils ?taient justifi?s ? gauche. un signe?;) jp _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
C'est le ton du si?cle non ? -------Message original------- De : Jacques Ponzio Date : 03/03/2007 18:47:06 A : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sujet : [Lutecium-group] justification lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- bonjour depuis qq jours les textes que je re?ois sont justifi?s ? droite. Avant, ils ?taient justifi?s ? gauche. un signe?;) jp _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Oui c'est fini :) -------Message original------- De : claudecostiou at free.fr Date : 04/03/2007 19:55:57 A : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sujet : Re: [Lutecium-group] R?f. : justification lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Parceque la justification est al?atoire,ind?termin?e mais finie. Claude Selon "augustina.b" <augustina.b at free.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
j'ai fait mon observation visant mettre un peu de lumi?re sur le fait que, quand une certaine chose signifie quelque chose pour quelqu'un, cela appartient ? ce quelqu'un... soit-il analysant ou analys?... ----- Original Message ----- From: "augustina.b" <augustina.b at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Monday, March 05, 2007 8:07 AM Subject: [Lutecium-group] R?f. : Re: R?f. : justification
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
---------------------------------------------------------------------------- ----
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Et sans conna^^itre les aboutissants ni le syst?me maus tout sera justifi? avant...(quitte ? changer le sens des mots ou m^^eme des id?es). Claude Selon "augustina.b" <augustina.b at free.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
peut-?tre, si vous voulez en faire une th?orie politique... ----- Original Message ----- From: <claudecostiou at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Monday, March 05, 2007 12:14 PM Subject: Re: [Lutecium-group]R?f. : Re: R?f. : justification lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et sans conna^^itre les aboutissants ni le syst?me maus tout sera justifi? avant...(quitte ? changer le sens des mots ou m^^eme des id?es). Claude Selon "augustina.b" <augustina.b at free.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
??? Augustina -------Message original------- De : claudecostiou at free.fr Date : 05/03/2007 16:15:00 A : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sujet : Re: [Lutecium-group]R?f. : Re: R?f. : justification Lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et sans conna^^itre les aboutissants ni le syst?me maus tout sera justifi? avant...(quitte ? changer le sens des mots ou m^^eme des id?es). Claude Selon "augustina.b" <augustina.b at free.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici un r?cit de Rosine Lefort qui a ?t? pr?sent? au cours d?une s?ance du s?minaire des Ecrits techniques de Freud du 10 mars 1954
? Ch?re Rosine, je vous c?de la parole, exposez-nous le cas de Robert, avec les questions qui ont permis d?j? comme d'?laborer, hier soir, les poser, et en lais?ser certaines pendantes. Mme LEFORT - Robert est un petit gar?on, n? le 4 mars 1948. Son histoire a ?t? reconstitu?e difficilement, et c'est surtout gr?ce au mat?riel apport? en s?ances qu'on a pu savoir les traumatismes subis. Son p?re est inconnu. Sa m?re est actuellement intern?e comme parano?aque. Elle l'a eu avec elle jusqu'? l'?ge de 5 mois, errant de maison maternelle en mai?son maternelle. Elle n?gligea les soins essentiels jusqu'? oublier de le nourrir on devait sans cesse rappeler ? cette femme les soins ? donner ? son enfant, et surtout le biberon. Il a ?t? tellement n?glig? qu'il a r?ellement souffert de la faim. Il a d? ?tre hospitalis? ? l'?ge de 5 mois dans un grand ?tat d'hypotrophie et de d?nutrition. A peine hospitalis?, il a fait une otite bilat?rale qui a n?cessit? une masto?dectomie double. Il a ?t? ensuite envoy? ? Paul-Parquet, dont tout le monde conna?t le caract?re strict de prophylaxie. Il est isol?, ne voyant pas les autres enfants, nourri ? la sonde ? cause de son anorexie ; et il est rendu de force ? sa m?re pendant deux mois. On ne sait rien de sa vie durant ce temps-l?. Puis ? 11 mois sa m?re le d?pose au d?p?t de l'Assistance publique, et quelques mois plus tard il est immatricul?, sa m?re ne l'ayant pas revu. A dater de cette ?poque, il a 11 mois, jusqu'? l'?ge de 3 ans 9 mois, cet enfant a subi 25 changements de r?sidence, institutions d'enfants ou h?pi?taux, jamais de placement nourricier proprement dit ? cause de son ?tat. Ces hospitalisations ont ?t? n?cessit?es par les maladies infantiles, par une ad??no?dectomie, et par des examens neurologiques, ventriculographie, ?lec?troenc?phalographie, examens normaux. On rel?ve des ?valuations sanitaires, m?dicales, qui indiquent de profondes
somatiques. Puis, le somatique ?tant am?lior?, des d?t?riorations psychologiques. La der?ni?re ?valuation de Denfert, ? 3 ans et demi,
un internement qui ne pouvait ?tre que d?finitif, avec ?tat
non franchement d?fini. Le test de Gesell donne un QD de 43. Il arrive donc, ? 3 ans 9 mois, ? l'institution qui est une d?pendance du d?p?t de Denfert, o? je l'ai pris en traitement. A ce moment, il se
de la mani?re suivante Au point de vue staturo-pond?ral, en tr?s bon ?tat, ? part une otorrh?e bila?t?rale chronique. Au point de vue moteur, il avait une d?marche pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une hyperagitation constante. Au point de vue du langage, absence totale de parole coordonn?e, cris fr?quents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire que deux mots qu'il criait ? madame ?, et ? le loup ?. Ce mot, ? le loup ?, il le r?p?tait ? longueur de journ?e, ce qui fait que je l'ai surnomm? ? l'enfant-loup ?, c'?tait vraiment la repr?sentation qu'il avait de lui-m?me. Au point de vue comportement, il ?tait hyperactif, tout le temps agit? de mouvements brusques et d?sordonn?s, sans but ; activit? de pr?hension incoh??rente : il jetait son bras en avant pour prendre un objet et, s'il ne l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier et devait recommencer le mouvement d?s le d?part. Troubles vari?s du sommeil. Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive, sans convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements d?chirants, ? l'occasion des sc?nes routini?res de sa vie : le pot, et surtout le vidage du pot, le d?sha?billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne pouvait supporter, ni l'obs?curit?, ni les cris des autres enfants, et, ainsi que nous le verrons, les changements de pi?ces. Plus rarement, il avait des crises diam?tralement oppos?es o? il ?tait com?pl?tement prostr?, regardant sans but, ? type d?pressif. Avec l'adulte, il ?tait hyperagit? ; non diff?renci?, sans vrai contact ; avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand l'un d'eux criait ou pleurait, il entrait dans une crise convulsive. Dans ces moments de crises, il devenait dangereux, il devenait fort, il ?tranglait les autres enfants, et on a d? le s?parer des autres pour la nuit et pour les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni aucune ?motion ressentie. Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons apr?s, car nous ne savions pas tr?s bien dans quelle cat?gorie le ranger. On a quand m?me tent? un traite?ment tout en se demandant si on arriverait ? quelque chose. je vais vous parler de la premi?re ann?e du traitement. Ensuite, il a ?t? arr?t? pendant un an. Il peut se diviser en plusieurs parties Une phase pr?liminaire dans laquelle il a eu le comportement qu'il avait dans la vie, cris gutturaux, il entrait dans la pi?ce, courant sans arr?t, hurlant, sautant en l'air et retombant accroupi, se prenant la t?te entre les mains, ouvrant et fer?mant la porte, allumant et ?teignant la lumi?re. Les objets, il les prenait, ou les rejetait, ou les entassait sur moi, prognathisme tr?s marqu?. Cependant, la seule chose que j'ai pu d?gager de ces premi?res s?ances a ?t? qu'il n'osait pas s'approcher du biberon qui ?tait sur la table, il n'osait s'en approcher que si la table ?tait vide, auquel cas il ne la touchait
mais souf?flait dessus. Et aussi un autre int?r?t pour la cuvette qui, pleine d'eau, semblait d?clencher une v?ritable crise de panique. A la fin de cette phase pr?liminaire, ? une s?ance, apr?s avoir tout entass? sur moi dans un ?tat de grande agitation, il a fil?, et je l'ai entendu au haut de l'es?calier qu'il ne savait pas descendre tout seul, dire sur un ton path?tique, sur une tonalit? tr?s basse qui n'?tait pas son genre : ? maman ?, face au vide. Cette phase pr?liminaire s'est termin?e ; en dehors du traitement, un soir apr?s le coucher, debout sur son lit, avec des ciseaux en plastique il a essay? de couper son p?nis devant les petites filles terrifi?es. Dans la seconde partie, il a commenc? ? exposer ce qu'?tait pour lui ? le loup ?. Il criait cela tout le temps, et je ne me repr?sentais pas tr?s bien ce que c'?tait pour lui. Il a commenc?, un jour, par essayer d'?trangler une petite fille que j'avais en traitement. On a d? les s?parer et le mettre dans une autre pi?ce. Sa r?action fut violente, sous la forme d'une agitation intense. J'ai d? venir et le ramener dans la pi?ce o? il vivait d'habitude. D?s qu'il y a ?t?, il a hurl? ? le loup ? et a tout jet? ? travers la pi?ce, c'?tait le r?fectoire, nourriture et assiettes. Les jours suivants, chaque fois qu'il passait dans la pi?ce o? il avait ?t? mis, il hurlait ? le loup ?. Et ce th?me m'avait beaucoup frapp?e. Et cela ?claire aussi le comportement qu'il avait envers les portes qu'il ne
supporter ouvertes. Il passait son temps en s?ance ? les ouvrir pour me les faire refermer et hurler ? le loup ! ?. Si l'on se souvient de son histoire, les changements de lieux et aussi les changements de pi?ces ?taient pour lui une destruction, puisqu'il avait chang? sans arr?t de lieux et d'adultes. C'?tait devenu pour lui un v?ritable principe de destruction qui avait marqu? intens?ment le fondement des mani?festations primordiales de sa vie d'ingestion et d'excr?tion. Il l'a exprim? prin?cipalement dans deux sc?nes : l'une avec le biberon et l'autre avec le pot. Il avait fini par prendre le biberon. Et un jour il est all? ouvrir la
et a tendu le biberon ? quelqu'un d'imaginaire, car, lorsqu'il ?tait seul avec un adulte dans une pi?ce, il continuait ? se comporter comme s'il y avait d'autres enfants autour de lui. Il a tendu le biberon. Il est revenu en arrachant la t?tine, et me l'a fait remettre, a retendu le biberon dehors, a laiss? la porte ouverte, m'a tourn? le dos, a aval? deux gorg?es de lait, et face ? moi a arrach? la t?tine, renvers? la t?te en arri?re, s'est inond? de lait, a vers? le reste sur moi. Et, pris de panique, il est parti, inconscient et aveugle. J'ai d? le ramasser dans l'escalier o? il com?men?ait ? rouler. J'ai eu l'impression qu'il avait aval? la destruction ? ce moment-l? o? la porte ouverte et le lait ?taient li?s.
La sc?ne du pot qui a suivi ?tait marqu?e du m?me caract?re de destruction. Il se croyait oblig?, au d?but du traitement, de faire caca en s?ance, en pensant que s'il me donnait quelque chose il me gardait. Il ne pouvait le faire que serr? contre moi, s'asseyant sur le pot, tenant d'une main mon tablier, de l'autre main le biberon ou un crayon, dans un grand ?tat de peur. Il mangeait apr?s, et sur?tout avant. Et pour le pipi il buvait. L'intensit? ?motionnelle t?moignait d'une grande peur. Et la derni?re de ces sc?nes a ?clair? la relation pour lui entre la d?f?cation et la destruction par les changements. Au cours de cette sc?ne, il avait commenc? par faire caca, assis ? c?t? de moi. Puis, son caca ? c?t? de lui, il feuilletait les pages d'un livre, tournant les pages. Puis il a entendu un bruit ? l'ext?rieur. Fou de peur, il est sorti, a pris son pot et l'a d?pos? devant la porte de la personne qui venait d'entrer dans la pi?ce ? c?t?. Puis il est revenu dans la pi?ce o? j'?tais et s'est plaqu? contre la porte, en hur?lant ? le loup ! le loup ! ?. J'ai eu l'impression d'un rite propitiatoire. Ce caca, il ?tait incapable de me le donner. Il savait dans une certaine mesure que je ne l'exigeais pas. Il est all? le mettre ? l'exp?diteur, il savait bien qu'il allait ?tre jet?, donc d?truit. Je le lui ai expliqu?. L?-dessus, il est all? chercher le
l'a remis dans la pi?ce, ? c?t? de moi, l'a cach? avec un papier, comme
n'?tre pas oblig? de le donner. Alors il commen?a d'?tre agressif contre moi, comme si en lui donnant la per?mission de se poss?der ? travers ce caca dont il pouvait disposer, je lui avais donn? la possibilit? d'?tre agressif. Evidemment, jusque-l?, ne pouvant pas pos?s?der, il n'avait pas le sens de l'agressivit?, mais de l'autodestruction, ce qui expliquait d'ailleurs son comportement avec les autres enfants. A partir de ce jour, il ne s'est plus cru oblig? de faire caca en s?ance, il a employ? des substituts symboliques : le sable. Il a montr? la repr?sentation confuse qu'il avait de lui-m?me. Son ?tat d'anxi?t?, d'agitation devenait de plus en plus grand dans la vie ; il devenait intenable. Moi-m?me, j'assistais en s?ance ? de v?ritables tourbillons avec lesquels j'avais assez de peine d'intervenir. Ce jour-l?, apr?s avoir bu un peu de lait, il en a renvers? par terre,
merci beaucoup Liliane... l'as-tu connu? et en termes plus g?n?raus (g?n?reux) quand on pense ? la contribution psychanalytique dans les institutions publiques, un r?cit comme celui-l? peut nous mener ? conclure que les choses ont ?volu?? et sinon, pourquoi, n'est-ce pas? alors en ce moment qu'en France se discute la "normatisation" de la psychanalyse par le Minist?re de la Sant?, cette discussion ne devrait pas reprendre ce th?me? (ou ce t'aimes, car c'est du domaine de l'Amour dans son sens plus touchant, non?) ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 4:09 AM Subject: Re: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort perturbations propose para-psychotique pr?sente pas, pouvait porte pot, pour puis
a jet? du sable dans la cuvette d'eau, a rempli le biberon avec du sable et de l'eau, a fait pipi dans le pot, a mis du sable dedans. Puis ramassa du
lait m?lang? de sable et d'eau, ajouta le tout dans le pot, mettant par-dessus le poupon en caoutchouc et le biberon. Et il m'a confi? le tout. A ce moment-l?, il est all? ouvrir la porte, et est revenu la figure convuls?e de peur, a repris le biberon qui ?tait dans le pot et l'a cass?, s'acharnant dessus jusqu'? le r?duire en petites miettes. Puis il les ramassa soigneusement et les a enfouies dans le sable du pot. Il ?tait dans un tel ?tat qu'il a fallu que je le redescende, sentant que je ne pouvais plus rien pour lui. Il a emport? ce pot. Une parcelle de sable est tom?b?e par terre, d?clenchant chez lui une invraisemblable panique. Il a fallu qu'il ramasse la moindre bribe de sable, comme si c'?tait un morceau de lui-m?me, et il hurlait ? Le loup ! le loup ! ? Il n'a pas pu supporter de rester dans la collectivit?, il n'a pu supporter qu'aucun autre enfant s'approche. On dut le coucher dans un ?tat de tension intense, qui ne c?da de fa?on spectaculaire qu'apr?s une d?b?cle diar?rh?ique, qu'il ?tendit partout avec ses mains dans son lit ainsi que sur les murs. Toute cette sc?ne ?tait si path?tique, v?cue avec une telle angoisse, que j'?tais tr?s inqui?te, et j'ai commenc? ? r?aliser l'id?e qu'il avait de lui-m?me. Il l'a pr?cis? le lendemain, o? j'avais d? le frustrer, il a couru ? la fen?tre, l'a ouverte, a cri? ? le loup ! ?, et voyant son image dans la vitre, l'a frapp?e en criant ? le loup ! le loup ! ?. Robert se repr?sentait ainsi, il ?tait le loup, donc ce prin?cipe de destruction qu'il frappe dans sa propre image, ou qu'il ?voque avec tant de tension. Ce pot o? il a mis ce qui entre en lui-m?me et ce qui en sort, le pipi et le caca, puis une image humaine, la poup?e, puis les d?bris du biberon, c'?tait vraiment une image de lui-m?me, semblable ? celle du loup, comme a t?moign? la panique lorsqu'un peu de sable ?tait tomb? par terre. Successivement et ? la fois il est tous ces ?l?ments qu'il a mis dans le pot, les morceaux du biberon cass?, qui restent la derni?re image de lui-m?me juste apr?s avoir reli? cette action de le casser avec la porte, l'ext?rieur, les changements. Il n'?tait qu'une s?rie d'objets par lesquels il entrait en contact avec la vie quotidienne, symboles des contenus de son corps : le sable est le symbole des f?ces, l'eau, celui de l'urine, et le lait, celui qui entre dans son corps. Mais la sc?ne du pot montre qu'il diff?renciait tr?s peu tout cela. Pour lui, tous les contenus sont unis dans un m?me sentiment de destruction permanente de son corps qui, par opposition ? ces contenus, repr?sente le contenant, et que Robert a symbo?lis? par le biberon cass?. A la phase suivante, il exorcisait le loup. Exorcisme, car cet enfant me don?nait l'impression d'?tre un poss?d? et que, gr?ce ? ma permanence, il a pu exor?ciser, avec un peu de lait qu'il avait bu, les sc?nes de la vie quotidienne qui lui faisaient tant de mal. A ce moment-l?, mes interpr?tations ont surtout tendu ? diff?rencier les contenus de son corps au point de vue affectif : le lait est ce qu'on re?oit. Le caca est ce qu'on donne, et sa valeur d?pend du lait qu'on a re?u. Le pipi est agressif. De nombreuses s?ances se sont d?roul?es. A ce moment-l?, o? il faisait pipi dans le pot, et ensuite il m'annon?ait ? pas caca, c'est pipi ?, il ?tait d?sol?. Je le rassurais lui disant qu'il avait trop peu re?u pour pouvoir donner quelque chose sans que cela le d?truise. Cela le rassurait. Il pouvait alors aller vider le pot aux cabinets. Le vidage du pot s'entourait de beaucoup de rites de protection. Il commen?a par vider l'urine dans le lavabo des W.-C. en laissant le robinet d'eau couler de fa?on ? pouvoir remplacer l'urine par l'eau. Il remplissait le pot le faisant d?bor?der largement, comme si un contenant n'avait d'existence que par son contenu et devait d?border comme pour le contenir ? son tour. Il y a l? une vision syn?cr?tique de l'?tre dans le temps, comme contenant et en m?me temps comme contenu, comme dans la vie intra-ut?rine. Il retrouve ici cette image confuse qu'il avait de lui-m?me. Il vidait ce pipi, et essayait de le rattraper, persuad? que c'?tait lui qui s'en allait. Il hurlait ? le loup ! ?, et le pot ne pouvait avoir pour lui de r?alit? que plein. Toute mon atti?tude fut de lui montrer la r?alit? du pot qui restait apr?s avoir ?t? vid? de son pipi, comme lui Robert restait apr?s avoir fait pipi, comme le robinet n'?tait pas entra?n? par l'eau qui coule, mais ?tait toujours l?, m?me quand l'eau ne coulait pas. A travers ces interpr?tations et ma permanence, Robert progressivement introduisit un d?lai entre le vidage et le remplissage, jusqu'au jour o? il a pu revenir triomphant avec un pot vide dans son bras. Il avait visiblement gagn? l'id?e de permanence de son corps. Parall?lement, il menait une autre exp?rience de son corps. Ses v?tements ?taient pour lui son contenant, et lorsqu'il en ?tait d?pouill?, c'?tait la mort cer?taine. La sc?ne du d?shabillage ?tait pour lui l'occasion de v?ritables crises ; la derni?re avait dur? trois heures, pendant laquelle le personnel le d?crivait comme ? poss?d? ?, il hurlait ? le loup ! ?, courant d'une chambre ? l'autre, ?ta?lant les f?ces qu'il trouvait dans les pots sur les autres enfants ; il n'avait pu se calmer qu'attach?. Le lendemain de cette sc?ne, il est venu en s?ance, a commenc? ? se d?sha?biller dans un grand ?tat d'anxi?t?, et tout nu il est mont? dans le lit. Il a fallu trois s?ances pour qu'il arrive ? boire un peu de lait tout nu dans le lit. Il mon?trait la fen?tre et la porte, et frappait son image en hurlant ?le loup ! ?. Parall?lement, dans la vie quotidienne, le d?shabillage a ?t? facile, mais suivi alors d'une grande d?pression ; il se mettait ? sangloter le soir sans raison, et il des?cendait se faire consoler par la surveillante en bas, et il s'endormait dans ses bras. En conclusion de cette phase, il a exorcis? avec moi le vidage du pot, ainsi que la sc?ne du d?shabillage, il l'a fait au travers de ma permanence qui avait rendu le lait un ?l?ment constructeur. Mais Robert, pouss? par la n?cessit? de construire un minimum, n'a pas touch? au pass?, il n'a compt? qu'avec le pr??sent de sa vie quotidienne, comme s'il ?tait priv? de m?moire. Dans la phase suivante, c'est moi qui suis devenu le loup. Et il profite du peu de construction qu'il a fait pour projeter sur moi tout le mal qu'il avait bu, et en quelque sorte retrouver ainsi la m?moire. Il va pouvoir devenir progressivement agressif. Cela va devenir tragique. Pouss? par le pass?, il faut qu'il soit agressif contre moi, en m?me temps) e suis dans le pr?sent celle dont il a besoin. Je dois le rassurer par mes interpr?tations, lui parler du pass? qui l'oblige ? ?tre agres?sif, ce qui n'entra?ne pas ma disparition ni son changement de lieu, ce qui ?tait pris par lui comme une punition. Comme il avait ?t? agressif contre moi, il essayait de se d?truire, il se repr??sentait par un biberon non cass? et il essayait de le casser. Je le lui retirais des mains, il n'?tait pas en ?tat de supporter de le casser. Il reprenait le cours de la s?ance et de son agressivit? contre moi. A ce moment-l?, il m'a fait jouer le r?le de sa m?re affamante, m'a oblig? ? m'asseoir sur une chaise o? il y avait sa timbale de lait, afin que je renverse ce lait, le privant ainsi de sa nourriture bonne. Alors il s'est mis ? hurler ? le loup ! ?, a pris le berceau et le b?b? et les a jet?s dehors par la fen?tre, dans un ?tat furieux d'accusation contre moi. Il s'est retourn? alors contre moi et m'a fait ingurgiter de l'eau sale dans une grande violence, en hurlant ? le loup ! le loup ! ?. Ce bibe?ron repr?sentait la mauvaise nourriture ? cause de la s?paration et de tous les changements, apr?s une mauvaise m?re qui l'avait priv? de nourriture. Parall?lement, il m'a charg?e d'un autre aspect de la mauvaise m?re, celle qui part. Il m'a vue partir un soir de l'institution. Le lendemain il a r?agi, il m'avait d?j? vu partir d'autres fois, mais sans ?tre capable d'exprimer l'?motion qu'il pouvait en ressentir. Ce jour-l?, il a fait pipi sur moi dans un grand ?tat d'agres?sivit? et aussi d'anxi?t?. Cette sc?ne n'?tait que le pr?lude ? une sc?ne finale qui eut pour r?sultat de me charger d?finitivement de tout le mal qu'il avait subi et de projeter en moi ? le loup ! ?. J'avais donc ingurgit? le biberon avec l'eau sale, re?u le pipi agressif sur moi parce que je partais. J'?tais donc le loup. Robert s'en s?para au cours d'une s?ance en m'enfermant aux cabinets, pendant que lui retournait dans la pi?ce de s?ance, seul, montait dans le lit vide et se mettait ? g?mir. Il ne pouvait pas m'ap?peler, et il fallait bien que je revienne, puisque j'?tais la personne permanente. Je suis revenue. Robert ?tait ?tendu, le visage path?tique, le pouce maintenu ? deux centim?tres de sa bouche. Et, pour la premi?re fois dans une s?ance, il m'a tendu les bras et s'est fait consoler. A partir de cette s?ance, on assiste dans sa vie ? un changement total de com?portement. Cet enfant qui agressait les autres, les ?tranglait, d?chirait avec les dents, est devenu l'?tre le plus doux qui soit, d?fendant les petits, les consolant, les faisant manger. J'ai eu l'impression qu'il avait exorcis? le loup. A partir de ce moment, il n'en a plus parl?, et il a pu alors passer ? la phase suivante : la r?gression corps, cette construction de l'ego-body qu'il n'avait jamais pu faire. Pour employer la dialectique qu'il avait toujours employ?e, des contenus?contenants, Robert devait, pour se construire, ?tre mon contenu, mais il devait s'assurer de ma possession, c'est-?-dire son futur contenant. Il a commenc? cette p?riode en prenant un seau plein d'eau, dont l'anse ?tait une corde. Cette corde, il ne pouvait absolument pas supporter qu'elle soit atta?ch?e aux deux extr?mit?s. Il fallait qu'elle pende d'un c?t?. J'avais ?t? frapp? de ce que, lorsque j'avais ?t? oblig?e de la resserrer pour porter le seau, cela le mettait dans un ?tat de douleur presque physique. Jusqu'au jour o?, dans une sc?ne, il a mis le seau plein d'eau entre ses jambes, a pris la corde et l'a attach?e ? son ombi?lic. J'ai eu alors l'impression que le seau ?tait moi, et il se rattachait ? moi par une corde, cordon ombilical. Ensuite, il renversait le contenu du seau d'eau, se met?tait tout nu, puis s'allongeait dans cette eau, en position f?tale, recroquevill?, s'?tirant de temps en temps, et allant jusqu'? ouvrir sa bouche et la refermer sur le liquide, comme un f?tus boit le liquide amniotique, ainsi que l'ont montr? les derni?res exp?riences am?ricaines. Toutes ces activit?s ?taient le calque ?vident de l'activit? f?tale. Et j'avais l'impression qu'il se construisait, gr?ce ? ?a. Au d?but excessivement agit?, puis il prit conscience d'une certaine r?alit? de plaisir, et tout aboutit ? deux sc?nes capitales agies avec un recueillement extra?ordinaire et un ?tat de pl?nitude ?tonnant ?tant donn? son ?ge et son ?tat. Dans la premi?re de ces sc?nes, Robert, tout nu, face ? moi, a ramass? de l'eau dans ses mains jointes, et l'a port?e ? hauteur de ses ?paules et l'a fait couler le long de son corps. Il a recommenc? ainsi plusieurs fois, puis m'a dit alors dou?cement ?Robert, Robert?, prenant conscience de son corps. Ce bapt?me par l'eau - car c'?tait un bapt?me, ?tant donn? le recueillement qu'il y mettait - fut suivi d'un bapt?me par le lait. Il avait commenc? par jouer dans l'eau avec plus de plaisir que de recueille?ment. Ensuite, il a pris son verre de lait et le but. Puis il a remis la t?tine et a com?menc? ? faire couler le lait du biberon le long de son corps. Comme ?a n'allait pas assez vite, il a enlev? la t?tine et a recommenc?, faisant couler le lait sur sa poitrine, son ventre et le long de son p?nis avec un sentiment intense de plaisir. Puis il s'est tourn? vers moi, et m'a montr? ce p?nis, le prenant dans sa main, l'air ravi. Ensuite il a bu du lait, s'en mettant ainsi dessus et dedans, de fa?on que le contenu soit ? la fois contenu et contenant, retrouvant l? cette sc?ne qu'il jouait avec l'eau. Dans les phases qui suivirent, il va passer au stade de construction orale. Ce stade est extr?mement difficile et tr?s complexe. D'abord, il a 4 ans et il vit le plus primitif des stades. De plus, les autres enfants que je prends alors en trai?tement dans cette institution sont des filles, ce qui est un probl?me pour lui. Enfin les patterns de comportement de Robert n'ont pas totalement disparu et ont tendance ? revenir chaque fois qu'il y a frustration. Dans les s?ances qui ont suivi ce bapt?me par l'eau et par le lait, Robert a commenc? par vivre cette symbiose qui caract?rise la relation primitive m?re? enfant. Mais lorsque l'enfant le vit vraiment, il n'existe normalement aucun pro?bl?me de sexe, au moins dans le sens du nouveau-n? vers sa m?re. Tandis que l? il y en avait un. Et Robert devait faire la symbiose, soit avec une m?re phallique, telle qu'il ?tait pr?t ? l'accepter, soit avec une m?re f?minine, ce qui posait alors le probl?me de castration, le probl?me ?tait d'arriver ? lui faire recevoir la nour?riture sans que cela entra?ne sa castration. Il a d'abord v?cu cette symbiose dans une forme simple. Assis sur mes genoux, il mangeait. Ensuite, il prenait ma bague et ma montre et se les mettait, ou bien il prenait un crayon dans ma blouse et le cassait avec ses dents. Alors je le lui ai interpr?t?. Cette identification ? une m?re phallique castratrice resta alors sur le plan du pass?, et s'accompagna alors d'une agressivit? r?actionnelle qui ?volua dans ses motivations. Il ne cassait plus la mine de son crayon que par autopunition de cette agressivit?. Par la suite, il put boire le lait au biberon, allong? dans mes bras, mais c'est lui-m?me qui tenait le biberon, et ce n'est que plus tard qu'il a pu le recevoir directement, moi tenant le biberon, comme si tout le pass? lui interdisait de recevoir en lui par moi le contenu d'un objet aussi essentiel. Son d?sir de symbiose ?tait encore en conflit avec ce qu'on vient de voir. C'est pourquoi il prit le biais de se donner le biberon ? lui-m?me. Mais ? mesure que Robert faisait l'exp?rience, au travers d'autres nourritures, comme bouillies et g?teaux, que la nourriture qu'il recevait de moi ? travers cette symbiose ne l'identifiait pas ? moi au point d'?tre une fille, il put alors recevoir de moi. Il a d'abord tent? de se diff?rencier de moi en partageant avec moi, il me donnait ? manger et disant, se palpant ? Robert ?, puis me palpant ? pas Robert ?. je me suis beaucoup servi de ?a dans mes interpr?tations pour l'aider ? diff?rencier tr?s rapidement. La situation cessa d'?tre seulement entre lui et moi, et il fit intervenir les petites filles que j'avais en traitement. C'?tait un probl?me de castration, puisqu'il savait qu'avant lui et apr?s lui une petite fille montait en s?ance avec moi. Et la logique ?motionnelle voulait qu'il se fasse fille, puisque c'?tait une fille qui rompait la symbiose avec moi dont il avait besoin. La situation ?tait conflictuelle. Il l'a jou?e de diff?rentes fa?ons, faisant pipi assis sur le pot, ou bien le faisant debout en se montrant r?ellement agressif. Robert ?tait donc maintenant capable de recevoir, et capable de donner ; il me donna alors son caca sans crainte d'?tre ch?tr? par ce don. Nous arrivons alors ? un palier du traitement qu'on peut r?sumer ainsi : le contenu de son corps n'est plus destructeur, mauvais, il est capable d'exprimer son agressivit? par le pipi fait debout, sans que l'existence et l'int?grit? du conte?nant, c'est-?-dire du corps, soient mises en cause. Le QD au Gesell est pass? de 43 ? 80, et au Terman-Merill il a un QI de
Le tableau clinique a chang?, les troubles moteurs ont disparu, le prognathisme aussi. Avec les autres enfants il est devenu amical. On peut commencer ? l'int??grer ? des activit?s de groupe. Seul le langage reste rudimentaire, il ne fait jamais de phrases, n'emploie que les mots essentiels. Puis, je pars en vacances, suis absente pendant deux mois. Lorsque je suis revenue, il a jou? une sc?ne int?ressante montrant la coexistence en lui des patterns du pass? et de la construction faite dans le pr??sent. Pendant mon absence, son comportement est rest? tel qu'il ?tait, c?est-?-dire qu'il a exprim? sur son ancien mode, d'une fa?on tr?s riche en raison de l'acquis, ce que la s?paration repr?sentait pour lui, et qu'il craignait de me perdre. Lorsque je suis revenue, il a vid?, comme pour les d?truire, le lait, son pipi, son caca, puis a enlev? son tablier et l'a jet? dans l'eau. Il a donc d?truit ainsi ses anciens contenus et son ancien contenant, retrouv?s par le traumatisme de mon absence. Le lendemain, d?bord? par sa r?action psychologique, Robert s'exprimait sur le plan somatique : diarrh?e profuses, vomissement, syncope. Robert se vidait compl?tement de son image pass?e. Seule ma permanence pouvait faire la liaison avec une nouvelle image de lui-m?me, comme une nouvelle naissance. A ce moment-l?, il a acquis cette nouvelle image de lui-m?me. Nous le voyons en s?ance rejouer des anciens traumatismes que nous ignorions. Un sur?tout : Robert avait bu le biberon et il a mis la t?tine dans son oreille, il en a rebu, il a ensuite cass? le biberon dans un ?tat de violence tr?s grande. Il a ?t? capable de le faire sans que l'int?grit? de son corps en ait souffert. Il s'?tait s?par? de son symbole du biberon et pouvait s'exprimer par le biberon en tant qu'objet. Cette s?ance ?tait tellement frappante, il l'a r?p?t?e deux fois, que j'ai fait une enqu?te pour savoir comment s'?tait pass?e son antrotomie subie ? 5 mois. On apprit alors que, dans le service d'O.R.L. o? il avait ?t? op?r?, il n'avait pas ?t? anes?th?si?, et que pendant cette op?ration douloureuse, on lui maintenait dans la bouche un biberon d'eau sucr?e. Cet ?pisode traumatique a ?clair? l'image que Robert avait construite d'une m?re affamante, parano?aque, dangereuse qui certainement l'attaquait ; puis cette s?paration ; un biberon maintenu de force lui faisant avaler ses cris et le mal qu'on lui faisait, le gavage par tube ; et 25 changements successifs. Robert ne pouvait pas avoir d'autre image de lui-m?me. J'ai eu l'impression que le drame de Robert ?tait que tous les fantasmes oraux-sadiques qu'il avait pu avoir s'?taient r?alis?s par ces conditions d'existence, ces fantasmes ?taient devenus la r?alit?. Derni?rement, j'ai d? le confronter avec une r?alit?. J'ai ?t? absente pendant un an, et je suis revenue enceinte de huit mois. Il m'a vue enceinte. Il a com?menc? par jouer des fantasmes de destruction de cet enfant. J'ai disparu pour l'accouchement. Pendant mon absence, mon mari l'a pris en traitement, et il a jou? la destruction de cet enfant. Lorsque je suis revenue, il m'a vue plate, et sans enfant. Il ?tait donc persuad?, ?tant toujours ? ce stade, que ses fantasmes ?taient devenus r?alit?, qu'il avait tu? cet enfant, donc que j'allais le tuer. Il a ?t? extr?mement agit? pendant ces 15 derniers jours, jusqu'au jour o? il a pu me le dire. Alors l? je l'ai confront? avec la r?alit?, je lui ai amen? ma fille, de fa?on ? ce qu'il puisse maintenant faire la coupure. Son ?tat d'agitation est tomb? net, et quand je l'ai repris en s?ance le lendemain, il a commenc? ? m'ex?primer enfin un sentiment de jalousie, il s'attachait ? quelque chose de vivant et non pas ? la mort. Cet enfant est toujours rest? au stade o? les fantasmes ?taient r?alit?. La r?a?lit? lui avait impos? ses fantasmes. Gr?ce ? ses fantasmes de construction intra-?ut?rine, qui, dans le traitement, ont ?t? r?alit?, il a pu faire cette construction ?tonnante. S'il avait d?pass? ce stade, je n'aurais pas pu obtenir cette construc?tion de lui-m?me. Comme je le disais hier, j'ai eu l'impression que cet enfant avait sombr? sous le r?el, qu'il n'y avait chez lui au d?but traitement, aucune fonction symbolique, et encore moins de fonction imaginaire. LACAN - Il avait quand m?me deux mots. HYPPOLITE - C'est sur le mot ? le loup ? que je voudrais poser une question. D'o? est venu ? le loup ? ? Mme LEFORT - Dans les institutions d'enfants, on voit souvent les infir?mi?res faire peur avec le loup. Dans l'institution o? je l'ai pris en traitement, un jour o? les enfants ?taient insupportables, on les a enferm?s au jardin d'enfants, et une infirmi?re est all?e ? l'ext?rieur faire le cri du loup pour les rendre sages. Il a donn? cette forme qu'il a concr?tis?e. HYPPOLITE - Il resterait ? expliquer pourquoi cette histoire du loup dont la peur s'est fix?e sur lui, comme sur tant d'autres enfants. Mme LEFORT - Le loup ?tait ?videmment la m?re d?vorante, en partie. HYPPOLITE - Croyez-vous que le loup est toujours la m?re d?vorante ? Mme LEFORT - Dans les histoires enfantines, on dit toujours que le loup va manger. Au stade sadique-oral, l'enfant a envie de manger sa m?re, donc il pense que sa m?re va le manger, et ce loup dont on le menace va le manger, donc sa m?re va le manger, elle devient le loup. je crois que c'est probablement la gen?se. je ne suis pas s?re. Il y a dans l'histoire de cet enfant des tas de choses ignor?es, que je n'ai pas pu savoir. je crois que c'est gr?ce ? ?a qu'il a donn? cette image, le loup. Quand il voulait ?tre agressif contre moi, il ne se mettait jusqu'? pr?sent pas ? quatre pattes, et n'aboyait pas. Maintenant il le fait. Maintenant il sait qu'il est un humain, mais il a besoin, de temps en temps, de s'identifier ? un animal, comme le fait un enfant de 18 mois. Et quand il veut ?tre agressif il se met ? quatre pattes, et fait ? ouh, ouh ?, sans la moindre angoisse. Puis il se rel?ve et continue le cours de la s?ance. 11 ne peut encore exprimer son agressivit? qu'? ce stade. HYPPOLITE - Oui, il surmonte ainsi... C'est entre zwingen et bezwingen. C'est toute la diff?rence entre le mot o? il y a la contrainte et celui o? il n'y a pas la contrainte. La contrainte, Zwang, qui est le loup qui lui donne l'angoisse, et l'angoisse surmont?e, Bezwingung, le moment o? il joue le loup. Mme LEFORT - Oui, je suis bien d'accord. LACAN - ? Le loup ? naturellement pose tous les probl?mes du symbolisme, qui n'est pas du tout limitable, puisque vous voyez bien que nous sommes for?c?s d'en chercher l'origine dans une symbolisation g?n?rale. Pourquoi le loup ? Ce n'est pas un personnage qui nous reste tellement familier, dans nos contr?es tout au moins. Le fait que ce soit le loup qui soit choisi pour produire ces effets nous relie directement avec une fonction plus large, sur le plan mythique, folk?lorique, religieux primitif. Nous voyons jouer au loup un r?le. Et le fait qu'il se rattache ainsi ? toute une filiation, par quoi nous arrivons aux soci?t?s secr?tes, avec ce qu'elles comportent d'initiatique dans l'adoption soit d'un totem, soit d'une fa?on plus pr?cise de l'organisation de ce style de communaut?, identifi?cation ? un personnage. Nous ne pouvons pas faire ces distinctions de plan ? propos d'un ph?nom?ne aussi ?l?mentaire. Mais ce Surmoi... je voulais attirer votre attention, vous ver?rez que des questions qui se poseront ? nous par la suite, c'est la fonction r?ci?proque, la diff?rence entre ce qu'on doit appeler Surmoi, dans le d?terminisme du refoulement et ce qu'on doit appeler id?al du Moi. Je ne sais pas si vous vous ?tes aper?us de ceci : qu'il y a l? deux conceptions qui, d?s qu'on les fait inter?venir dans une dialectique quelconque pour expliquer un comportement de malade, paraissent dirig?es exactement dans un sens contraire. Le Surmoi ?tant simplement contraignant, l'id?al du Moi ?tant exaltant?.
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: <bdf at deflorence.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 7:22 AM Subject: Re: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort utilis?e pour alimenter une pol?mique. Liliane Fainsilber.
----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM Subject: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici le mail en clair. === BdF ===
Rosine Lefort
Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours.
Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle.
Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis.
Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches.
Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007.
Judith Miller
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
merci liliane, c'est exactement ? ce passage que je songeais: au loup (? propos de Lou sur la liste psychanalyse) qui m'a bcp fait r?fl?chir chez d'autres enfants aussi, pas tous psychotiques ? propos de cauchemars et erreurs nocturnes. mais pourquoi parlez vous de "pol?mique" dans votre mail pr?c?dent? parceque c'est judith qui a signe? c'est vrai qu'? la fin de l'?cole freudienne j'ai ?t? ?tonn?e que les Leforts suivent Miller, plut?t que Mannoni, c'est dans le s?minaire de Maud que j'avais rencontr? Robert, et autrement aussi. L'?cole de Bonneuil , l'on connait ce petit film o? l'on aper?oit Lacan qui visite. la pol?mique est aussi de cr?er la nouveaut?, ce que faisait Maud, avec son ?cole. pour Rosine je ne sache pas qu'elle en ai fait une, mais s'est ralli? ? une autre, qui se voulait Cause. donc ? l'?poque j'ai ?t? touch?e par l'abandon des Leforts de (feu) Maud Mannoni qui avait cr?? sa propre institution, plus ou moins d?mantel?e depuis. pas assez parisienne je me trompe peut-?tre dans ces pol?miques qui continuent, mais au moins Liliane nous partageons une certaine horreur des institutions et des deuils de transferts. cordiale danielle Le 3 mars 07 ? 08:09, liliane a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici un r?cit de Rosine Lefort qui a ?t? pr?sent? au cours d?une s?ance du s?minaire des Ecrits techniques de Freud du 10 mars 1954
? Ch?re Rosine, je vous c?de la parole, exposez-nous le cas de Robert, avec les questions qui ont permis d?j? comme d'?laborer, hier soir, les poser, et en lais?ser certaines pendantes. Mme LEFORT - Robert est un petit gar?on, n? le 4 mars 1948. Son histoire a ?t? reconstitu?e difficilement, et c'est surtout gr?ce au mat?riel apport? en s?ances qu'on a pu savoir les traumatismes subis. Son p?re est inconnu. Sa m?re est actuellement intern?e comme parano?aque. Elle l'a eu avec elle jusqu'? l'?ge de 5 mois, errant de maison maternelle en mai?son maternelle. Elle n?gligea les soins essentiels jusqu'? oublier de le nourrir on devait sans cesse rappeler ? cette femme les soins ? donner ? son enfant, et surtout le biberon. Il a ?t? tellement n?glig? qu'il a r?ellement souffert de la faim. Il a d? ?tre hospitalis? ? l'?ge de 5 mois dans un grand ?tat d'hypotrophie et de d?nutrition. A peine hospitalis?, il a fait une otite bilat?rale qui a n?cessit? une masto?dectomie double. Il a ?t? ensuite envoy? ? Paul-Parquet, dont tout le monde conna?t le caract?re strict de prophylaxie. Il est isol?, ne voyant pas les autres enfants, nourri ? la sonde ? cause de son anorexie ; et il est rendu de force ? sa m?re pendant deux mois. On ne sait rien de sa vie durant ce temps-l?. Puis ? 11 mois sa m?re le d?pose au d?p?t de l'Assistance publique, et quelques mois plus tard il est immatricul?, sa m?re ne l'ayant pas revu. A dater de cette ?poque, il a 11 mois, jusqu'? l'?ge de 3 ans 9 mois, cet enfant a subi 25 changements de r?sidence, institutions d'enfants ou h?pi?taux, jamais de placement nourricier proprement dit ? cause de son ?tat. Ces hospitalisations ont ?t? n?cessit?es par les maladies infantiles, par une ad??no?dectomie, et par des examens neurologiques, ventriculographie, ?lec?troenc?phalographie, examens normaux. On rel?ve des ?valuations sanitaires, m?dicales, qui indiquent de profondes perturbations somatiques. Puis, le somatique ?tant am?lior?, des d?t?riorations psychologiques. La der?ni?re ?valuation de Denfert, ? 3 ans et demi, propose un internement qui ne pouvait ?tre que d?finitif, avec ?tat para- psychotique non franchement d?fini. Le test de Gesell donne un QD de 43. Il arrive donc, ? 3 ans 9 mois, ? l'institution qui est une d?pendance du d?p?t de Denfert, o? je l'ai pris en traitement. A ce moment, il se pr?sente de la mani?re suivante Au point de vue staturo-pond?ral, en tr?s bon ?tat, ? part une otorrh?e bila?t?rale chronique. Au point de vue moteur, il avait une d?marche pendulaire, une grande incoordination de mouvements, une hyperagitation constante. Au point de vue du langage, absence totale de parole coordonn?e, cris fr?quents, rires gutturaux et discordants. Il ne savait dire que deux mots qu'il criait ? madame ?, et ? le loup ?. Ce mot, ? le loup ?, il le r?p?tait ? longueur de journ?e, ce qui fait que je l'ai surnomm? ? l'enfant-loup ?, c'?tait vraiment la repr?sentation qu'il avait de lui-m?me. Au point de vue comportement, il ?tait hyperactif, tout le temps agit? de mouvements brusques et d?sordonn?s, sans but ; activit? de pr?hension incoh??rente : il jetait son bras en avant pour prendre un objet et, s'il ne l'atteignait pas, il ne pouvait pas rectifier et devait recommencer le mouvement d?s le d?part. Troubles vari?s du sommeil. Sur ce fond permanent, il avait des crises d'agitation convulsive, sans convulsions vraies, avec rougeur de la face, hurlements d?chirants, ? l'occasion des sc?nes routini?res de sa vie : le pot, et surtout le vidage du pot, le d?sha?billage, la nourriture, les portes ouvertes qu'il ne pouvait supporter, ni l'obs?curit?, ni les cris des autres enfants, et, ainsi que nous le verrons, les changements de pi?ces. Plus rarement, il avait des crises diam?tralement oppos?es o? il ?tait com?pl?tement prostr?, regardant sans but, ? type d?pressif. Avec l'adulte, il ?tait hyperagit? ; non diff?renci?, sans vrai contact ; avec les enfants, il semblait parfaitement les ignorer, mais quand l'un d'eux criait ou pleurait, il entrait dans une crise convulsive. Dans ces moments de crises, il devenait dangereux, il devenait fort, il ?tranglait les autres enfants, et on a d? le s?parer des autres pour la nuit et pour les repas. On ne sentait alors aucune manifestation d'angoisse ni aucune ?motion ressentie. Au point de vue diagnostic, nous en reparlerons apr?s, car nous ne savions pas tr?s bien dans quelle cat?gorie le ranger. On a quand m?me tent? un traite?ment tout en se demandant si on arriverait ? quelque chose. je vais vous parler de la premi?re ann?e du traitement. Ensuite, il a ?t? arr?t? pendant un an. Il peut se diviser en plusieurs parties Une phase pr?liminaire dans laquelle il a eu le comportement qu'il avait dans la vie, cris gutturaux, il entrait dans la pi?ce, courant sans arr?t, hurlant, sautant en l'air et retombant accroupi, se prenant la t?te entre les mains, ouvrant et fer?mant la porte, allumant et ?teignant la lumi?re. Les objets, il les prenait, ou les rejetait, ou les entassait sur moi, prognathisme tr?s marqu?. Cependant, la seule chose que j'ai pu d?gager de ces premi?res s?ances a ?t? qu'il n'osait pas s'approcher du biberon qui ?tait sur la table, il n'osait s'en approcher que si la table ?tait vide, auquel cas il ne la touchait pas, mais souf?flait dessus. Et aussi un autre int?r?t pour la cuvette qui, pleine d'eau, semblait d?clencher une v?ritable crise de panique. A la fin de cette phase pr?liminaire, ? une s?ance, apr?s avoir tout entass? sur moi dans un ?tat de grande agitation, il a fil?, et je l'ai entendu au haut de l'es?calier qu'il ne savait pas descendre tout seul, dire sur un ton path?tique, sur une tonalit? tr?s basse qui n'?tait pas son genre : ? maman ?, face au vide. Cette phase pr?liminaire s'est termin?e ; en dehors du traitement, un soir apr?s le coucher, debout sur son lit, avec des ciseaux en plastique il a essay? de couper son p?nis devant les petites filles terrifi?es. Dans la seconde partie, il a commenc? ? exposer ce qu'?tait pour lui ? le loup ?. Il criait cela tout le temps, et je ne me repr?sentais pas tr?s bien ce que c'?tait pour lui. Il a commenc?, un jour, par essayer d'?trangler une petite fille que j'avais en traitement. On a d? les s?parer et le mettre dans une autre pi?ce. Sa r?action fut violente, sous la forme d'une agitation intense. J'ai d? venir et le ramener dans la pi?ce o? il vivait d'habitude. D?s qu'il y a ?t?, il a hurl? ? le loup ? et a tout jet? ? travers la pi?ce, c'?tait le r?fectoire, nourriture et assiettes. Les jours suivants, chaque fois qu'il passait dans la pi?ce o? il avait ?t? mis, il hurlait ? le loup ?. Et ce th?me m'avait beaucoup frapp?e. Et cela ?claire aussi le comportement qu'il avait envers les portes qu'il ne pouvait supporter ouvertes. Il passait son temps en s?ance ? les ouvrir pour me les faire refermer et hurler ? le loup ! ?. Si l'on se souvient de son histoire, les changements de lieux et aussi les changements de pi?ces ?taient pour lui une destruction, puisqu'il avait chang? sans arr?t de lieux et d'adultes. C'?tait devenu pour lui un v?ritable principe de destruction qui avait marqu? intens?ment le fondement des mani?festations primordiales de sa vie d'ingestion et d'excr?tion. Il l'a exprim? prin?cipalement dans deux sc?nes : l'une avec le biberon et l'autre avec le pot. Il avait fini par prendre le biberon. Et un jour il est all? ouvrir la porte et a tendu le biberon ? quelqu'un d'imaginaire, car, lorsqu'il ?tait seul avec un adulte dans une pi?ce, il continuait ? se comporter comme s'il y avait d'autres enfants autour de lui. Il a tendu le biberon. Il est revenu en arrachant la t?tine, et me l'a fait remettre, a retendu le biberon dehors, a laiss? la porte ouverte, m'a tourn? le dos, a aval? deux gorg?es de lait, et face ? moi a arrach? la t?tine, renvers? la t?te en arri?re, s'est inond? de lait, a vers? le reste sur moi. Et, pris de panique, il est parti, inconscient et aveugle. J'ai d? le ramasser dans l'escalier o? il com?men?ait ? rouler. J'ai eu l'impression qu'il avait aval? la destruction ? ce moment- l? o? la porte ouverte et le lait ?taient li?s.
La sc?ne du pot qui a suivi ?tait marqu?e du m?me caract?re de destruction. Il se croyait oblig?, au d?but du traitement, de faire caca en s?ance, en pensant que s'il me donnait quelque chose il me gardait. Il ne pouvait le faire que serr? contre moi, s'asseyant sur le pot, tenant d'une main mon tablier, de l'autre main le biberon ou un crayon, dans un grand ?tat de peur. Il mangeait apr?s, et sur?tout avant. Et pour le pipi il buvait. L'intensit? ?motionnelle t?moignait d'une grande peur. Et la derni?re de ces sc?nes a ?clair? la relation pour lui entre la d?f?cation et la destruction par les changements. Au cours de cette sc?ne, il avait commenc? par faire caca, assis ? c?t? de moi. Puis, son caca ? c?t? de lui, il feuilletait les pages d'un livre, tournant les pages. Puis il a entendu un bruit ? l'ext?rieur. Fou de peur, il est sorti, a pris son pot et l'a d?pos? devant la porte de la personne qui venait d'entrer dans la pi?ce ? c?t?. Puis il est revenu dans la pi?ce o? j'?tais et s'est plaqu? contre la porte, en hur?lant ? le loup ! le loup ! ?. J'ai eu l'impression d'un rite propitiatoire. Ce caca, il ?tait incapable de me le donner. Il savait dans une certaine mesure que je ne l'exigeais pas. Il est all? le mettre ? l'exp?diteur, il savait bien qu'il allait ?tre jet?, donc d?truit. Je le lui ai expliqu?. L?-dessus, il est all? chercher le pot, l'a remis dans la pi?ce, ? c?t? de moi, l'a cach? avec un papier, comme pour n'?tre pas oblig? de le donner. Alors il commen?a d'?tre agressif contre moi, comme si en lui donnant la per?mission de se poss?der ? travers ce caca dont il pouvait disposer, je lui avais donn? la possibilit? d'?tre agressif. Evidemment, jusque- l?, ne pouvant pas pos?s?der, il n'avait pas le sens de l'agressivit?, mais de l'autodestruction, ce qui expliquait d'ailleurs son comportement avec les autres enfants. A partir de ce jour, il ne s'est plus cru oblig? de faire caca en s?ance, il a employ? des substituts symboliques : le sable. Il a montr? la repr?sentation confuse qu'il avait de lui-m?me. Son ?tat d'anxi?t?, d'agitation devenait de plus en plus grand dans la vie ; il devenait intenable. Moi-m?me, j'assistais en s?ance ? de v?ritables tourbillons avec lesquels j'avais assez de peine d'intervenir. Ce jour-l?, apr?s avoir bu un peu de lait, il en a renvers? par terre, puis a jet? du sable dans la cuvette d'eau, a rempli le biberon avec du sable et de l'eau, a fait pipi dans le pot, a mis du sable dedans. Puis ramassa du lait m?lang? de sable et d'eau, ajouta le tout dans le pot, mettant par-dessus le poupon en caoutchouc et le biberon. Et il m'a confi? le tout. A ce moment-l?, il est all? ouvrir la porte, et est revenu la figure convuls?e de peur, a repris le biberon qui ?tait dans le pot et l'a cass?, s'acharnant dessus jusqu'? le r?duire en petites miettes. Puis il les ramassa soigneusement et les a enfouies dans le sable du pot. Il ?tait dans un tel ?tat qu'il a fallu que je le redescende, sentant que je ne pouvais plus rien pour lui. Il a emport? ce pot. Une parcelle de sable est tom?b?e par terre, d?clenchant chez lui une invraisemblable panique. Il a fallu qu'il ramasse la moindre bribe de sable, comme si c'?tait un morceau de lui-m?me, et il hurlait ? Le loup ! le loup ! ? Il n'a pas pu supporter de rester dans la collectivit?, il n'a pu supporter qu'aucun autre enfant s'approche. On dut le coucher dans un ?tat de tension intense, qui ne c?da de fa?on spectaculaire qu'apr?s une d?b?cle diar?rh?ique, qu'il ?tendit partout avec ses mains dans son lit ainsi que sur les murs. Toute cette sc?ne ?tait si path?tique, v?cue avec une telle angoisse, que j'?tais tr?s inqui?te, et j'ai commenc? ? r?aliser l'id?e qu'il avait de lui-m?me. Il l'a pr?cis? le lendemain, o? j'avais d? le frustrer, il a couru ? la fen?tre, l'a ouverte, a cri? ? le loup ! ?, et voyant son image dans la vitre, l'a frapp?e en criant ? le loup ! le loup ! ?. Robert se repr?sentait ainsi, il ?tait le loup, donc ce prin?cipe de destruction qu'il frappe dans sa propre image, ou qu'il ?voque avec tant de tension. Ce pot o? il a mis ce qui entre en lui-m?me et ce qui en sort, le pipi et le caca, puis une image humaine, la poup?e, puis les d?bris du biberon, c'?tait vraiment une image de lui-m?me, semblable ? celle du loup, comme a t?moign? la panique lorsqu'un peu de sable ?tait tomb? par terre. Successivement et ? la fois il est tous ces ?l?ments qu'il a mis dans le pot, les morceaux du biberon cass?, qui restent la derni?re image de lui-m?me juste apr?s avoir reli? cette action de le casser avec la porte, l'ext?rieur, les changements. Il n'?tait qu'une s?rie d'objets par lesquels il entrait en contact avec la vie quotidienne, symboles des contenus de son corps : le sable est le symbole des f?ces, l'eau, celui de l'urine, et le lait, celui qui entre dans son corps. Mais la sc?ne du pot montre qu'il diff?renciait tr?s peu tout cela. Pour lui, tous les contenus sont unis dans un m?me sentiment de destruction permanente de son corps qui, par opposition ? ces contenus, repr?sente le contenant, et que Robert a symbo?lis? par le biberon cass?. A la phase suivante, il exorcisait le loup. Exorcisme, car cet enfant me don?nait l'impression d'?tre un poss?d? et que, gr?ce ? ma permanence, il a pu exor?ciser, avec un peu de lait qu'il avait bu, les sc?nes de la vie quotidienne qui lui faisaient tant de mal. A ce moment-l?, mes interpr?tations ont surtout tendu ? diff?rencier les contenus de son corps au point de vue affectif : le lait est ce qu'on re?oit. Le caca est ce qu'on donne, et sa valeur d?pend du lait qu'on a re?u. Le pipi est agressif. De nombreuses s?ances se sont d?roul?es. A ce moment-l?, o? il faisait pipi dans le pot, et ensuite il m'annon?ait ? pas caca, c'est pipi ?, il ?tait d?sol?. Je le rassurais lui disant qu'il avait trop peu re?u pour pouvoir donner quelque chose sans que cela le d?truise. Cela le rassurait. Il pouvait alors aller vider le pot aux cabinets. Le vidage du pot s'entourait de beaucoup de rites de protection. Il commen?a par vider l'urine dans le lavabo des W.-C. en laissant le robinet d'eau couler de fa?on ? pouvoir remplacer l'urine par l'eau. Il remplissait le pot le faisant d?bor?der largement, comme si un contenant n'avait d'existence que par son contenu et devait d?border comme pour le contenir ? son tour. Il y a l? une vision syn?cr?tique de l'?tre dans le temps, comme contenant et en m?me temps comme contenu, comme dans la vie intra-ut?rine. Il retrouve ici cette image confuse qu'il avait de lui-m?me. Il vidait ce pipi, et essayait de le rattraper, persuad? que c'?tait lui qui s'en allait. Il hurlait ? le loup ! ?, et le pot ne pouvait avoir pour lui de r?alit? que plein. Toute mon atti?tude fut de lui montrer la r?alit? du pot qui restait apr?s avoir ?t? vid? de son pipi, comme lui Robert restait apr?s avoir fait pipi, comme le robinet n'?tait pas entra?n? par l'eau qui coule, mais ?tait toujours l?, m?me quand l'eau ne coulait pas. A travers ces interpr?tations et ma permanence, Robert progressivement introduisit un d?lai entre le vidage et le remplissage, jusqu'au jour o? il a pu revenir triomphant avec un pot vide dans son bras. Il avait visiblement gagn? l'id?e de permanence de son corps. Parall?lement, il menait une autre exp?rience de son corps. Ses v?tements ?taient pour lui son contenant, et lorsqu'il en ?tait d?pouill?, c'?tait la mort cer?taine. La sc?ne du d?shabillage ?tait pour lui l'occasion de v?ritables crises ; la derni?re avait dur? trois heures, pendant laquelle le personnel le d?crivait comme ? poss?d? ?, il hurlait ? le loup ! ?, courant d'une chambre ? l'autre, ?ta?lant les f?ces qu'il trouvait dans les pots sur les autres enfants ; il n'avait pu se calmer qu'attach?. Le lendemain de cette sc?ne, il est venu en s?ance, a commenc? ? se d?sha?biller dans un grand ?tat d'anxi?t?, et tout nu il est mont? dans le lit. Il a fallu trois s?ances pour qu'il arrive ? boire un peu de lait tout nu dans le lit. Il mon?trait la fen?tre et la porte, et frappait son image en hurlant ?le loup ! ?. Parall?lement, dans la vie quotidienne, le d?shabillage a ?t? facile, mais suivi alors d'une grande d?pression ; il se mettait ? sangloter le soir sans raison, et il des?cendait se faire consoler par la surveillante en bas, et il s'endormait dans ses bras. En conclusion de cette phase, il a exorcis? avec moi le vidage du pot, ainsi que la sc?ne du d?shabillage, il l'a fait au travers de ma permanence qui avait rendu le lait un ?l?ment constructeur. Mais Robert, pouss? par la n?cessit? de construire un minimum, n'a pas touch? au pass?, il n'a compt? qu'avec le pr??sent de sa vie quotidienne, comme s'il ?tait priv? de m?moire. Dans la phase suivante, c'est moi qui suis devenu le loup. Et il profite du peu de construction qu'il a fait pour projeter sur moi tout le mal qu'il avait bu, et en quelque sorte retrouver ainsi la m?moire. Il va pouvoir devenir progressivement agressif. Cela va devenir tragique. Pouss? par le pass?, il faut qu'il soit agressif contre moi, en m?me temps) e suis dans le pr?sent celle dont il a besoin. Je dois le rassurer par mes interpr?tations, lui parler du pass? qui l'oblige ? ?tre agres?sif, ce qui n'entra?ne pas ma disparition ni son changement de lieu, ce qui ?tait pris par lui comme une punition. Comme il avait ?t? agressif contre moi, il essayait de se d?truire, il se repr??sentait par un biberon non cass? et il essayait de le casser. Je le lui retirais des mains, il n'?tait pas en ?tat de supporter de le casser. Il reprenait le cours de la s?ance et de son agressivit? contre moi. A ce moment-l?, il m'a fait jouer le r?le de sa m?re affamante, m'a oblig? ? m'asseoir sur une chaise o? il y avait sa timbale de lait, afin que je renverse ce lait, le privant ainsi de sa nourriture bonne. Alors il s'est mis ? hurler ? le loup ! ?, a pris le berceau et le b?b? et les a jet?s dehors par la fen?tre, dans un ?tat furieux d'accusation contre moi. Il s'est retourn? alors contre moi et m'a fait ingurgiter de l'eau sale dans une grande violence, en hurlant ? le loup ! le loup ! ?. Ce bibe?ron repr?sentait la mauvaise nourriture ? cause de la s?paration et de tous les changements, apr?s une mauvaise m?re qui l'avait priv? de nourriture. Parall?lement, il m'a charg?e d'un autre aspect de la mauvaise m?re, celle qui part. Il m'a vue partir un soir de l'institution. Le lendemain il a r?agi, il m'avait d?j? vu partir d'autres fois, mais sans ?tre capable d'exprimer l'?motion qu'il pouvait en ressentir. Ce jour-l?, il a fait pipi sur moi dans un grand ?tat d'agres?sivit? et aussi d'anxi?t?. Cette sc?ne n'?tait que le pr?lude ? une sc?ne finale qui eut pour r?sultat de me charger d?finitivement de tout le mal qu'il avait subi et de projeter en moi ? le loup ! ?. J'avais donc ingurgit? le biberon avec l'eau sale, re?u le pipi agressif sur moi parce que je partais. J'?tais donc le loup. Robert s'en s?para au cours d'une s?ance en m'enfermant aux cabinets, pendant que lui retournait dans la pi?ce de s?ance, seul, montait dans le lit vide et se mettait ? g?mir. Il ne pouvait pas m'ap?peler, et il fallait bien que je revienne, puisque j'?tais la personne permanente. Je suis revenue. Robert ?tait ?tendu, le visage path?tique, le pouce maintenu ? deux centim?tres de sa bouche. Et, pour la premi?re fois dans une s?ance, il m'a tendu les bras et s'est fait consoler. A partir de cette s?ance, on assiste dans sa vie ? un changement total de com?portement. Cet enfant qui agressait les autres, les ?tranglait, d?chirait avec les dents, est devenu l'?tre le plus doux qui soit, d?fendant les petits, les consolant, les faisant manger. J'ai eu l'impression qu'il avait exorcis? le loup. A partir de ce moment, il n'en a plus parl?, et il a pu alors passer ? la phase suivante : la r?gression corps, cette construction de l'ego-body qu'il n'avait jamais pu faire. Pour employer la dialectique qu'il avait toujours employ?e, des contenus?contenants, Robert devait, pour se construire, ?tre mon contenu, mais il devait s'assurer de ma possession, c'est-?-dire son futur contenant. Il a commenc? cette p?riode en prenant un seau plein d'eau, dont l'anse ?tait une corde. Cette corde, il ne pouvait absolument pas supporter qu'elle soit atta?ch?e aux deux extr?mit?s. Il fallait qu'elle pende d'un c?t?. J'avais ?t? frapp? de ce que, lorsque j'avais ?t? oblig?e de la resserrer pour porter le seau, cela le mettait dans un ?tat de douleur presque physique. Jusqu'au jour o?, dans une sc?ne, il a mis le seau plein d'eau entre ses jambes, a pris la corde et l'a attach?e ? son ombi?lic. J'ai eu alors l'impression que le seau ?tait moi, et il se rattachait ? moi par une corde, cordon ombilical. Ensuite, il renversait le contenu du seau d'eau, se met?tait tout nu, puis s'allongeait dans cette eau, en position f?tale, recroquevill?, s'?tirant de temps en temps, et allant jusqu'? ouvrir sa bouche et la refermer sur le liquide, comme un f?tus boit le liquide amniotique, ainsi que l'ont montr? les derni?res exp?riences am?ricaines. Toutes ces activit?s ?taient le calque ?vident de l'activit? f?tale. Et j'avais l'impression qu'il se construisait, gr?ce ? ?a. Au d?but excessivement agit?, puis il prit conscience d'une certaine r?alit? de plaisir, et tout aboutit ? deux sc?nes capitales agies avec un recueillement extra?ordinaire et un ?tat de pl?nitude ?tonnant ?tant donn? son ?ge et son ?tat. Dans la premi?re de ces sc?nes, Robert, tout nu, face ? moi, a ramass? de l'eau dans ses mains jointes, et l'a port?e ? hauteur de ses ?paules et l'a fait couler le long de son corps. Il a recommenc? ainsi plusieurs fois, puis m'a dit alors dou?cement ?Robert, Robert?, prenant conscience de son corps. Ce bapt?me par l'eau - car c'?tait un bapt?me, ?tant donn? le recueillement qu'il y mettait - fut suivi d'un bapt?me par le lait. Il avait commenc? par jouer dans l'eau avec plus de plaisir que de recueille?ment. Ensuite, il a pris son verre de lait et le but. Puis il a remis la t?tine et a com?menc? ? faire couler le lait du biberon le long de son corps. Comme ?a n'allait pas assez vite, il a enlev? la t?tine et a recommenc?, faisant couler le lait sur sa poitrine, son ventre et le long de son p?nis avec un sentiment intense de plaisir. Puis il s'est tourn? vers moi, et m'a montr? ce p?nis, le prenant dans sa main, l'air ravi. Ensuite il a bu du lait, s'en mettant ainsi dessus et dedans, de fa?on que le contenu soit ? la fois contenu et contenant, retrouvant l? cette sc?ne qu'il jouait avec l'eau. Dans les phases qui suivirent, il va passer au stade de construction orale. Ce stade est extr?mement difficile et tr?s complexe. D'abord, il a 4 ans et il vit le plus primitif des stades. De plus, les autres enfants que je prends alors en trai?tement dans cette institution sont des filles, ce qui est un probl?me pour lui. Enfin les patterns de comportement de Robert n'ont pas totalement disparu et ont tendance ? revenir chaque fois qu'il y a frustration. Dans les s?ances qui ont suivi ce bapt?me par l'eau et par le lait, Robert a commenc? par vivre cette symbiose qui caract?rise la relation primitive m?re? enfant. Mais lorsque l'enfant le vit vraiment, il n'existe normalement aucun pro?bl?me de sexe, au moins dans le sens du nouveau-n? vers sa m?re. Tandis que l? il y en avait un. Et Robert devait faire la symbiose, soit avec une m?re phallique, telle qu'il ?tait pr?t ? l'accepter, soit avec une m?re f?minine, ce qui posait alors le probl?me de castration, le probl?me ?tait d'arriver ? lui faire recevoir la nour?riture sans que cela entra?ne sa castration. Il a d'abord v?cu cette symbiose dans une forme simple. Assis sur mes genoux, il mangeait. Ensuite, il prenait ma bague et ma montre et se les mettait, ou bien il prenait un crayon dans ma blouse et le cassait avec ses dents. Alors je le lui ai interpr?t?. Cette identification ? une m?re phallique castratrice resta alors sur le plan du pass?, et s'accompagna alors d'une agressivit? r?actionnelle qui ?volua dans ses motivations. Il ne cassait plus la mine de son crayon que par autopunition de cette agressivit?. Par la suite, il put boire le lait au biberon, allong? dans mes bras, mais c'est lui-m?me qui tenait le biberon, et ce n'est que plus tard qu'il a pu le recevoir directement, moi tenant le biberon, comme si tout le pass? lui interdisait de recevoir en lui par moi le contenu d'un objet aussi essentiel. Son d?sir de symbiose ?tait encore en conflit avec ce qu'on vient de voir. C'est pourquoi il prit le biais de se donner le biberon ? lui-m?me. Mais ? mesure que Robert faisait l'exp?rience, au travers d'autres nourritures, comme bouillies et g?teaux, que la nourriture qu'il recevait de moi ? travers cette symbiose ne l'identifiait pas ? moi au point d'?tre une fille, il put alors recevoir de moi. Il a d'abord tent? de se diff?rencier de moi en partageant avec moi, il me donnait ? manger et disant, se palpant ? Robert ?, puis me palpant ? pas Robert ?. je me suis beaucoup servi de ?a dans mes interpr?tations pour l'aider ? diff?rencier tr?s rapidement. La situation cessa d'?tre seulement entre lui et moi, et il fit intervenir les petites filles que j'avais en traitement. C'?tait un probl?me de castration, puisqu'il savait qu'avant lui et apr?s lui une petite fille montait en s?ance avec moi. Et la logique ?motionnelle voulait qu'il se fasse fille, puisque c'?tait une fille qui rompait la symbiose avec moi dont il avait besoin. La situation ?tait conflictuelle. Il l'a jou?e de diff?rentes fa?ons, faisant pipi assis sur le pot, ou bien le faisant debout en se montrant r?ellement agressif. Robert ?tait donc maintenant capable de recevoir, et capable de donner ; il me donna alors son caca sans crainte d'?tre ch?tr? par ce don. Nous arrivons alors ? un palier du traitement qu'on peut r?sumer ainsi : le contenu de son corps n'est plus destructeur, mauvais, il est capable d'exprimer son agressivit? par le pipi fait debout, sans que l'existence et l'int?grit? du conte?nant, c'est-?-dire du corps, soient mises en cause. Le QD au Gesell est pass? de 43 ? 80, et au Terman-Merill il a un QI de 75. Le tableau clinique a chang?, les troubles moteurs ont disparu, le prognathisme aussi. Avec les autres enfants il est devenu amical. On peut commencer ? l'int??grer ? des activit?s de groupe. Seul le langage reste rudimentaire, il ne fait jamais de phrases, n'emploie que les mots essentiels. Puis, je pars en vacances, suis absente pendant deux mois. Lorsque je suis revenue, il a jou? une sc?ne int?ressante montrant la coexistence en lui des patterns du pass? et de la construction faite dans le pr??sent. Pendant mon absence, son comportement est rest? tel qu'il ?tait, c?est-?-dire qu'il a exprim? sur son ancien mode, d'une fa?on tr?s riche en raison de l'acquis, ce que la s?paration repr?sentait pour lui, et qu'il craignait de me perdre. Lorsque je suis revenue, il a vid?, comme pour les d?truire, le lait, son pipi, son caca, puis a enlev? son tablier et l'a jet? dans l'eau. Il a donc d?truit ainsi ses anciens contenus et son ancien contenant, retrouv?s par le traumatisme de mon absence. Le lendemain, d?bord? par sa r?action psychologique, Robert s'exprimait sur le plan somatique : diarrh?e profuses, vomissement, syncope. Robert se vidait compl?tement de son image pass?e. Seule ma permanence pouvait faire la liaison avec une nouvelle image de lui-m?me, comme une nouvelle naissance. A ce moment-l?, il a acquis cette nouvelle image de lui-m?me. Nous le voyons en s?ance rejouer des anciens traumatismes que nous ignorions. Un sur?tout : Robert avait bu le biberon et il a mis la t?tine dans son oreille, il en a rebu, il a ensuite cass? le biberon dans un ?tat de violence tr?s grande. Il a ?t? capable de le faire sans que l'int?grit? de son corps en ait souffert. Il s'?tait s?par? de son symbole du biberon et pouvait s'exprimer par le biberon en tant qu'objet. Cette s?ance ?tait tellement frappante, il l'a r?p?t?e deux fois, que j'ai fait une enqu?te pour savoir comment s'?tait pass?e son antrotomie subie ? 5 mois. On apprit alors que, dans le service d'O.R.L. o? il avait ?t? op?r?, il n'avait pas ?t? anes?th?si?, et que pendant cette op?ration douloureuse, on lui maintenait dans la bouche un biberon d'eau sucr?e. Cet ?pisode traumatique a ?clair? l'image que Robert avait construite d'une m?re affamante, parano?aque, dangereuse qui certainement l'attaquait ; puis cette s?paration ; un biberon maintenu de force lui faisant avaler ses cris et le mal qu'on lui faisait, le gavage par tube ; et 25 changements successifs. Robert ne pouvait pas avoir d'autre image de lui-m?me. J'ai eu l'impression que le drame de Robert ?tait que tous les fantasmes oraux-sadiques qu'il avait pu avoir s'?taient r?alis?s par ces conditions d'existence, ces fantasmes ?taient devenus la r?alit?. Derni?rement, j'ai d? le confronter avec une r?alit?. J'ai ?t? absente pendant un an, et je suis revenue enceinte de huit mois. Il m'a vue enceinte. Il a com?menc? par jouer des fantasmes de destruction de cet enfant. J'ai disparu pour l'accouchement. Pendant mon absence, mon mari l'a pris en traitement, et il a jou? la destruction de cet enfant. Lorsque je suis revenue, il m'a vue plate, et sans enfant. Il ?tait donc persuad?, ?tant toujours ? ce stade, que ses fantasmes ?taient devenus r?alit?, qu'il avait tu? cet enfant, donc que j'allais le tuer. Il a ?t? extr?mement agit? pendant ces 15 derniers jours, jusqu'au jour o? il a pu me le dire. Alors l? je l'ai confront? avec la r?alit?, je lui ai amen? ma fille, de fa?on ? ce qu'il puisse maintenant faire la coupure. Son ?tat d'agitation est tomb? net, et quand je l'ai repris en s?ance le lendemain, il a commenc? ? m'ex?primer enfin un sentiment de jalousie, il s'attachait ? quelque chose de vivant et non pas ? la mort. Cet enfant est toujours rest? au stade o? les fantasmes ?taient r?alit?. La r?a?lit? lui avait impos? ses fantasmes. Gr?ce ? ses fantasmes de construction intra-?ut?rine, qui, dans le traitement, ont ?t? r?alit?, il a pu faire cette construction ?tonnante. S'il avait d?pass? ce stade, je n'aurais pas pu obtenir cette construc?tion de lui-m?me. Comme je le disais hier, j'ai eu l'impression que cet enfant avait sombr? sous le r?el, qu'il n'y avait chez lui au d?but traitement, aucune fonction symbolique, et encore moins de fonction imaginaire. LACAN - Il avait quand m?me deux mots. HYPPOLITE - C'est sur le mot ? le loup ? que je voudrais poser une question. D'o? est venu ? le loup ? ? Mme LEFORT - Dans les institutions d'enfants, on voit souvent les infir?mi?res faire peur avec le loup. Dans l'institution o? je l'ai pris en traitement, un jour o? les enfants ?taient insupportables, on les a enferm?s au jardin d'enfants, et une infirmi?re est all?e ? l'ext?rieur faire le cri du loup pour les rendre sages. Il a donn? cette forme qu'il a concr?tis?e. HYPPOLITE - Il resterait ? expliquer pourquoi cette histoire du loup dont la peur s'est fix?e sur lui, comme sur tant d'autres enfants. Mme LEFORT - Le loup ?tait ?videmment la m?re d?vorante, en partie. HYPPOLITE - Croyez-vous que le loup est toujours la m?re d?vorante ? Mme LEFORT - Dans les histoires enfantines, on dit toujours que le loup va manger. Au stade sadique-oral, l'enfant a envie de manger sa m?re, donc il pense que sa m?re va le manger, et ce loup dont on le menace va le manger, donc sa m?re va le manger, elle devient le loup. je crois que c'est probablement la gen?se. je ne suis pas s?re. Il y a dans l'histoire de cet enfant des tas de choses ignor?es, que je n'ai pas pu savoir. je crois que c'est gr?ce ? ?a qu'il a donn? cette image, le loup. Quand il voulait ?tre agressif contre moi, il ne se mettait jusqu'? pr?sent pas ? quatre pattes, et n'aboyait pas. Maintenant il le fait. Maintenant il sait qu'il est un humain, mais il a besoin, de temps en temps, de s'identifier ? un animal, comme le fait un enfant de 18 mois. Et quand il veut ?tre agressif il se met ? quatre pattes, et fait ? ouh, ouh ?, sans la moindre angoisse. Puis il se rel?ve et continue le cours de la s?ance. 11 ne peut encore exprimer son agressivit? qu'? ce stade. HYPPOLITE - Oui, il surmonte ainsi... C'est entre zwingen et bezwingen. C'est toute la diff?rence entre le mot o? il y a la contrainte et celui o? il n'y a pas la contrainte. La contrainte, Zwang, qui est le loup qui lui donne l'angoisse, et l'angoisse surmont?e, Bezwingung, le moment o? il joue le loup. Mme LEFORT - Oui, je suis bien d'accord. LACAN - ? Le loup ? naturellement pose tous les probl?mes du symbolisme, qui n'est pas du tout limitable, puisque vous voyez bien que nous sommes for?c?s d'en chercher l'origine dans une symbolisation g?n?rale. Pourquoi le loup ? Ce n'est pas un personnage qui nous reste tellement familier, dans nos contr?es tout au moins. Le fait que ce soit le loup qui soit choisi pour produire ces effets nous relie directement avec une fonction plus large, sur le plan mythique, folk?lorique, religieux primitif. Nous voyons jouer au loup un r?le. Et le fait qu'il se rattache ainsi ? toute une filiation, par quoi nous arrivons aux soci?t?s secr?tes, avec ce qu'elles comportent d'initiatique dans l'adoption soit d'un totem, soit d'une fa?on plus pr?cise de l'organisation de ce style de communaut?, identifi?cation ? un personnage. Nous ne pouvons pas faire ces distinctions de plan ? propos d'un ph?nom?ne aussi ?l?mentaire. Mais ce Surmoi... je voulais attirer votre attention, vous ver?rez que des questions qui se poseront ? nous par la suite, c'est la fonction r?ci?proque, la diff?rence entre ce qu'on doit appeler Surmoi, dans le d?terminisme du refoulement et ce qu'on doit appeler id?al du Moi. Je ne sais pas si vous vous ?tes aper?us de ceci : qu'il y a l? deux conceptions qui, d?s qu'on les fait inter?venir dans une dialectique quelconque pour expliquer un comportement de malade, paraissent dirig?es exactement dans un sens contraire. Le Surmoi ?tant simplement contraignant, l'id?al du Moi ?tant exaltant?.
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: <bdf at deflorence.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 7:22 AM Subject: Re: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- C'est triste de voir la mort de Rosine et de Robert Lefort utilis?e pour alimenter une pol?mique. Liliane Fainsilber.
----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, March 03, 2007 2:31 AM Subject: [Lutecium-group] d?c?s de Rosine Lefort
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici le mail en clair. === BdF ===
Rosine Lefort
Nous avons appris que Rosine Lefort s'est ?teinte ce dimanche 25 f?vrier 2007, douze jours apr?s Robert. Ils ?taient les ins?parables pour tous ceux qui les ont, comme moi connus. Et le sont rest?s jusqu'? leurs derniers jours.
Rosine et Robert Lefort, form?s par Jacques Lacan, lui sont rest?s in?branlablement fid?les, dans tous les moments d?cisifs travers?s par le mouvement analytique dans la seconde moiti? du XXe si?cle.
Ils sont de ceux qui ont poursuivi avec Lacan au moment de la dissolution de son Ecole. Ils n'ont pas h?sit? ? faire exister l'Ecole de la Cause freudienne, t?moignant ainsi d'une confiance enti?re et vigilante ? l'endroit de plus jeunes qu'eux, parce qu'ils sont rest?s soucieux de l'avenir de leur praxis.
Ils furent des voyageurs infatigables, et des cliniciens rigoureux. Leurs travaux continuent de contribuer aux avanc?es de la psychanalyse, dont ils ont toujours affirm? l'unit?. Ils ont notamment su faire entendre que l'enfant dans le discours analytique est un sujet ? part enti?re, notamment ? partir du Cereda (Centre d'Etude et de Recherche sur l'Enfant dans le Discours Analytique ) dont r?sulte le Nouveau R?seau Cereda et ses trois Diagonales (francophone, hispanophone et am?ricaine). Le d?sir dont ils ont, chacun et ensemble, fait la preuve dans leur ?uvre et leur pratique reste ? mes yeux pour tous exemplaire. Le Champ freudien dans le monde entier se joindra ? moi pour dire sa sympathie et adresser ses condol?ances aux enfants et petits enfants de Robert et Rosine Lefort ainsi qu'? tous leurs proches.
Les obs?ques de Rosine Lefort ont lieu ? Nogent-le-Roi, le vendredi 2 mars 2007.
Judith Miller
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
participants (7)
-
augustina.b@free.fr -
bdf@deflorence.com -
claudecostiou@free.fr -
jacques.ponzio@free.fr -
liliane.fainsilber@wanadoo.fr -
mariadsouza@terra.com.br -
notert@club-internet.fr