[Lutecium-group] un texte de Roger Money -Kyrle
Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
Oui, j'ai ce texte quelque part sous une pile "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations chez Lacan", mais l'?diteur est Ivoire Clair : c'est en libre diffusion sur Internet ; il suffit de taper "d?viation" et "Lacan" sur Google, c'est gratuit. Bonne soir?e M.R. ----- Original Message ----- From: Liliane.Fainsilber To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, December 01, 2005 9:11 AM Subject: un texte de Roger Money -Kyrle Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane. --------------------------------------------------------------------------------------- Wanadoo vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.
Ch?re Liliane, Voici le texte que vous rechercher. R?f. : www.ecole-lacanienne.net LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL ET CERTAINES DE SES D?VIATIONS INTRODUCTION Le contre-transfert est un ancien concept psychanalytique qui a r?cemment ?t? ?largi et enrichi. Autrefois, on pensait que c'?tait surtout une perturbation per?sonnelle que l'on devait ?liminer de soi-m?me par l'analyse. Maintenant on pense aussi qu'il a ses causes et ses effets dans le patient et que c'est par cons??quent une indication de quelque chose ? analyser en lui (1). Je crois que cet aspect plus r?cemment explor? du contre-transfert peut ?tre utilis? de la fa?on d?crite, par exemple, par Paula Heimann (2), pour r?aliser une importante avanc?e technique. Bien s?r, la d?couverte que le contre-transfert peut servir utilement n'implique pas qu'il ait jamais cess? d'?tre un s?rieux obstacle. Et comme l'un et l'autre aspects existent en fait, nous pouvons conjec?turer qu'il pourrait y avoir un probl?me, quant ? leurs similitudes et ? leurs dif?f?rences, qui m?rite qu'on s'y penche encore. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les perturbations et par l?-m?me, peut-?tre, les utiliser pour pous?ser plus loin une analyse ? LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL Quant ? l'attitude normale ou juste de l'analyste ? l'?gard du patient, il y a un certain nombre de points de vue qui ont ?t? cit?s ? la fois dans des articles et dans des d?bats. Freud parlait d'une ? neutralit? bienveillante ?. Pour moi, cela veut dire que l'analyste est soucieux de l'int?r?t de son patient sans s'impliquer ?motionnellement dans les conflits de ce dernier. Cela veut dire aussi, je pense, que l'analyste en vertu de sa compr?hension du d?terminisme psychique a une certaine forme de tol?rance qui est l'oppos? de la condamnation et cependant en aucune fa?on la m?me chose que l'indulgence ou l'indiff?rence. De nombreux analystes ont mis l'accent sur l'aspect de curiosit? scientifique et il est certain que nous n'irions pas loin sans cette sublimation. Mais, ? elle seule, elle semble un peu trop impersonnelle. Le souci de l'int?r?t du patient vient, je pense, de la fusion de deux autres pulsions (drives)2 fondamentales: la r?parative3 qui neutralise la destructivit? latente en chacun de nous et la paren?tale. Naturellement si elles sont trop intenses, elles trahissent une excessive 1. The International Journal of' Psycho-analysis, vol. XXXVII, 1956. Traduction ?tablie par A. Fontaine, J. Germond et D. Paulin pour st?criture. 2. Nous traduirons syst?matiquement drive par pulsion et laisserons osciller la traduction de impulse (cf. premi?re occurrence p. XI) selon le contexte pulsion ou impulsion. A certains moments Money-Kyrie semble ne pas distinguer drive et impulse. 3. Nous transposons le terme directement de n?ologisme qui nous semble pr?f??rable - pour indexer un concept - ? sa forme adjectivale fran?aise, comme le fait Lacan. VI 363 culpabilit? ? propos d'une agressivit? insuffisamment sublim?e qui peut ?tre la cause d'angoisses tr?s perturbantes. Mais dans une certaine mesure, l'une et l'autre sont s?rement normales. Les satisfactions r?paratives de l'analyse sont ?vi?dentes et on en parle souvent. Ainsi, dans une certaine mesure, le patient doit repr?senter les objets endommag?s' du propre fantasme inconscient de l'ana?lyste, objets qui sont toujours mis en danger par l'agression et ont toujours besoin de soin et de r?paration. L'aspect parental a ?t? mentionn? dans des d?bats par Paula Heimann (3). Personne ne sugg?rerait que le patient repr?sente seulement un enfant et pas un semblable (sibling) ou m?me un parent. Mais c'est par l'enfant inconscient dans le patient que l'analyste est le plus concern?; et c'est parce que cet enfant si souvent traite l'analyste comme un tarent. que l'inconscient de l'analyste peut difficilement ?viter de r?agir, dans une certaine mesure, en consid?rant le patient comme un enfant. Alors, pour un parent, un enfant, au moins en partie, repr?sente un aspect pr?coce de son self. Et ceci me semble important. Car c'est pr?cis?ment parce que l'analyste peut reconna?tre son propre self pr?coce (qui a d?j? ?t? analys?)' dans le patient, qu'il peut analyser le patient (4). Son empathie et son insight, distincts de son savoir th?orique, d?pendent de cette sorte d'identification par?tielle (5). Mais l'identification peut prendre deux formes: introjective et projective - distinction d?j? pr?sente dans le concept de Freud, dont la signification a ?t? r?cemment produite par M?lanie Klein (6). Nous pouvons par cons?quent nous attendre ? trouver les deux formes dans l'identification partielle de l'analyste ? son patient. Je vais essayer de formuler ce qui a l'air de se passer quand l'analyse avance bien. Je crois qu'il y a une assez rapide oscillation entre introjection et projec?tion. Alors que le patient parle, l'analyste, en quelque sorte, s'identifiera par introjection ? lui et, l'ayant compris de l'int?rieur, le reprojettera et interpr?tera. Mais je pense que ce dont l'analyste est le plus conscient c'est de la phase projec?tive, ? savoir, la phase pendant laquelle le patient repr?sente une partie ant?rieu?rement immature ou malade de lui-m?me comprenant ses objets endommag?s, qu'il peut maintenant comprendre et par cons?quent traiter par l'interpr?tation, dans le monde externe. Pendant ce temps le patient re?oit des interpr?tations op?rantes qui l'aident ? trouver de nouvelles associations qui, elles, peuvent ?tre comprises. Aussi long?temps que l'analyste les comprend, cette relation satisfaisante que j'appellerai ?normale?, persistera. En particulier, les sentiments contre-transf?rentiels de l'analyste se borneront ? ce sentiment d'empathie avec le patient, sur lequel son insight se fonde. LES P?RIODES DE NON-COMPR?HENSION Chacun, l'analyste pas moins que le patient, serait heureux si la situation que je viens de d?crire et d'appeler ? normale ?, persistait d'un bout ? l'autre du cours d'une analyse. Malheureusement, elle n'est normale que dans le sens d'?tre un id?al. Elle d?pend quant ? sa continuit? du maintien de la compr?hension chez l'analyste. Cependant il n'est pas omniscient, en particulier sa compr?hension fait d?faut chaque fois que le patient correspond de trop pr?s ? un quelconque aspect de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre. En outre, certains 4. Nous adoptons la traduction de damaged propos?e par V. Smirnoff: M. Klein, Envie et gratitude. coll. ?Tel?. 1968. 5 Parenth?ses ajout?es par nous. Vil 364 patients sont beaucoup moins coop?rants que d'autres. Il y a des patients avec lesquels les meilleurs des analystes trouvent une grande difficult? ? maintenir le contact - avec lesquels la relation ? normale ? est l'exception plut?t que la r?gle. Et m?me avec des patients coop?rants elle est sujette ? d'assez fr?quentes ruptures. Nous reconnaissons tout de suite ces ruptures par notre impression que le mat?riel est devenu obscur et que nous avons d'une fa?on ou d'une autre perdu le fil. Alors, quel que soit ce qui en fait a ?t? rat?, le fait de l'avoir rat? cr?e une situation nouvelle qui peut ?tre ressentie comme une tension, aussi bien par l'analyste que par le patient. Bien s?r, quelques analystes - par exemple ceux qui d?sirent le plus vivement la r?assurance d'un succ?s constant - ressentent de telles tensions de fa?on plus aigu? que d'autres. Mais, ? part des diff?rences indi?viduelles, il y a une particularit? de la nature m?me de la technique analytique qui doit nous imposer ? tous une certaine exigence - sp?cialement au moment o? nous ne pouvons pas aider un patient qui est dans une d?tresse ?vidente. Car, si mon argument jusqu'ici est juste, nous avons tous un certain besoin de satis?faire nos pulsions (drive) parentales et r?paratives pour contrecarrer l'instinct de mort; mais nous sommes beaucoup plus limit?s dans les moyens de le faire que ne le sont un vrai parent, un ?ducateur ou n'importe quelle autre sorte de th?ra?peute. Nous sommes r?duits ? donner des interpr?tations (7) et notre capacit? de les donner d?pend du fait que nous continuons ? comprendre notre patient. Si cette compr?hension fait d?faut, comme cela doit ?tre le cas de temps en temps, nous n'avons pas d'autre th?rapie sur laquelle nous rabattre. Voil? donc une situation particuli?re ? l'analyse lorsque le manque de compr?hension est susceptible de provoquer de l'angoisse, consciente ou inconsciente, et l'angoisse de diminuer plus encore la compr?hension. C'est ? l'origine de cette sorte de cer?cle vicieux que je suis amen? ? imputer toute d?viation du sentiment contre ?transf?rentiel normal. Si l'analyste est en fait perturb?, il est aussi vraisemblable que le patient a inconsciemment contribu? ? ce r?sultat, et en est ? son tour perturb?. Nous avons alors trois facteurs ? consid?rer: d'abord le trouble de l'analyste, car il se peut qu'il ait ? y faire face, silencieusement en lui-m?me, avant de pouvoir s'en d?gager suffisamment pour comprendre les deux autres; ensuite le r?le du patient ? le faire surgir, et enfin son effet sur lui. Il va de soi que ces facteurs peuvent ?tre tous les trois reconnus en quelques secondes et alors le contre? transfert fonctionne comme un d?licat r?cepteur. Mais je vais discuter du pre?mier temps d'abord comme si c'?tait un processus qui a une certaine dur?e - ce qui arrive quelquefois. LE R?LE DU SURMOI DE L'ANALYSTE La mesure dans laquelle un analyste est troubl? par des p?riodes de non-compr??hension d?pendra probablement en premier lieu d'un autre facteur: la s?v?rit? de son propre surmoi. Car l'analyse est aussi une sorte de travail exig? de nous par cette figure interne - qu'incidemment un patient exigeant peut quelquefois venir ? repr?senter. Si notre surmoi est surtout amical et secourable, nous pou?vons tol?rer nos propres limitations sans d?tresse excessive et, n'?tant pas trou?bl?s, nous aurons plus de chances de retrouver rapidement le contact avec le patient. Mais s'il est s?v?re, nous pouvons prendre conscience d'un sentiment d'?chec comme l'expression d'une culpabilit? pers?cutive ou d?pressive, incons?ciente. Ou alors, comme d?fense contre de tels sentiments, nous risquons d'en accuser le patient. Le choix de l'une ou l'autre de ces alternatives me semble d?terminer quel?que chose d'autre, aussi bien. Car, lorsque cette interaction entre introjection et VIII 365 projection, qui caract?rise le processus de l'analyse, s'effondre, l'analyste est susceptible de rester coinc? dans l'une ou l'autre de ces deux positions et ce qu'il fait de sa culpabilit? peut d?terminer la position dans laquelle il reste coinc?. S'il accepte la culpabilit? il risque fort de rester coinc? avec un patient introject?. S'il la projette, le patient demeure une figure incompr?hensible du monde externe. EXEMPLES D'UNE INTROJECTION ET D'UNE PROJECTION PROLONG?ES Un exemple de la premi?re alternative, soit l'introjective, peut ?tre rencontr? quand l'analyste vient ? se soucier excessivement, ? la fois pour lui-m?me et pour son patient, d'une s?ance qui s'est mal pass?e. Il peut avoir l'impression d'avoir retrouv? certains de ses anciens probl?mes et d'?tre charg? quasi physi?quement de ceux de son patient, aussi bien. C'est seulement en distinguant l'un de l'autre qu'il peut voir ce qu'il a rat? et ? nouveau extraire de lui-m?me, le patient. Souvent, vers la fin d'une s?ance ou d'une semaine, c'est quelque chose qu'il pense avoir rat? et alors il a en lui tout ce que l'on peut supposer de la frustra?tion du patient. Ceci peut para?tre comme une autopunition pour avoir incons?ciemment cherch? ? blesser le patient. Mais on peut se demander si le patient n'a pas contribu? ? la d?tresse de l'analyste, si le fait de laisser son analyste avec un probl?me non r?solu ? son propos n'est pas sa fa?on de se projeter dans l'ana?lyste ? la fois pour le punir de la s?paration redout?e et l'?viter. En d'autres termes, il pourra y avoir symbiose entre la tendance de l'analyste ? prolonger l'introjection d'un patient qu'il ne peut ni comprendre ni aider et la tendance du patient ? projeter des parties de lui-m?me dans l'analyste qui n'est pas en train de l'aider, comme l'a d?crit M?lanie Klein. (Ceci peut ?tre parti?culi?rement g?nant si c'est de sa propre destructivit? que le patient est le plus anxieux de se d?barrasser.) Dans de tels cas la raison premi?re de la lenteur de l'analyste ? comprendre et ? reprojeter le patient est peut-?tre le fait que le patient repr?sente quelque chose de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre rapidement. S'il n'y arrive toujours pas et qu'il ne peut pas supporter l'impression d'?tre accabl? par le patient, comme par une figure non r?parable ou pers?cutrice en lui, il est pro?bable qu'il aura recours ? une reprojection de type d?fensif qui exclut le patient et cr?e un obstacle suppl?mentaire ? la compr?hension. S'il en est ainsi une nouvelle complication peut surgir si l'analyste, en proje?tant le patient, projette aussi certains aspects de lui-m?me. Il aura alors l'occa?sion d'explorer ? l'int?rieur de lui-m?me la mise en oeuvre de ces m?canismes d'identification projective que, sous l'influence de M?lanie Klein, Rosenfeld et d'autres ont explor? avec tant de profit chez des patients schizophr?nes (8). Nous n'avons pas ? en ?tre ?tonn?s, car la d?couverte de m?canismes pathologi?ques dans la maladie mentale est habituellement suivie du rep?rage de leur exis?tence, moins ?vidente, aussi chez les gens normaux. Un exemple ? au ralenti ? du type de processus auquel je pense peut se retrouver dans l'exp?rience assez banale d'un week-end. Pour un court moment, apr?s avoir fini son travail de la semaine, l'analyste peut ?tre consciemment pr?occup? par un certain probl?me non r?solu de ses patients. Puis il les oublie; mais apr?s la p?riode de souci conscient vient une p?riode d'apathie pendant laquelle il est d?tach? des int?r?ts personnels qui meublent habituellement son temps libre. Je fais l'hypoth?se que ceci est d? ? ce que dans le fantasme il a projet? avec ses patients des parties de lui-m?me et doit attendre en quelque sorte que ceux-ci lui reviennent. IX 366 Quand cette perte partielle du self a lieu pendant une s?ance, elle est souvent ressentie comme une perte de puissance intellectuelle. L'analyste se sent stupide. Le patient a, probablement, bien contribu? ? ce r?sultat. Peut-?tre, frustr? en ne recevant pas imm?diatement une interpr?tation, a-t-il inconsciemment souhait? castrer son analyste et, en le traitant comme s'il l'?tait, a contribu? ? ce qu'il se sente castr? (9). Un exemple compliqu? extrait de ma propre exp?rience pourrait illustrer l'op?ration simultan?e de tous ces processus. Car alors que le th?me dominant ?tait mon introjection' d'un patient qui souhaitait projeter sa maladie en moi, je ressentis ?galement l'impression qu'il m'avait d?rob? mes esprits. Un patient n?vros? chez qui pr?dominaient des m?canismes parano?des et schizo?des arriva ? une s?ance dans une angoisse consid?rable n'ayant pas pu tra?vailler ? son bureau. ?galement il s'?tait aussi senti ind?cis sur le chemin comme s'il pouvait se perdre ou se faire ?craser. Il se m?prisait d'?tre inutile. Me souve?nant d'un ?pisode semblable, pendant lequel il s'?tait senti d?personnalis? tout un week-end et avait r?v? qu'il avait laiss? son ? radar ? pos? dans un magasin et qu'il ne pourrait pas le r?cup?rer avant le lundi, je pensais qu'il avait, dans son fantasme, laiss? en moi des parties de son good self. Mais je n'?tais pas tr?s s?r de ceci ni d'autres interpr?tations que je commen?ais ? donner. Quant ? lui, il se mit rapidement ? les rejeter toutes avec un sentiment de col?re grandissant et en m?me temps me maltraitant parce que je ne l'aidais pas. A la fin de la s?ance il n'?tait plus d?personnalis?, mais en revanche tr?s en col?re et m?prisant. C'?tait moi qui me sentais inutile et m?dus?. Quand par la suite je reconnus que l'?tat dans lequel j'?tais ? la fin de la s?ance ressemblait ? celui qu'il avait d?crit comme le sien au d?but, je pus presque sentir le soulagement d'une reprojection. Mais avant que cela n'arrive la s?ance ?tait d?j? finie. Il ?tait de la m?me humeur au d?but de la s?ance suivante - encore tr?s en col?re et m?prisant. Je lui dis alors que je pensais qu'il sentait qu'il m'avait r?duit ? l'?tat de vague inutilit? qu'il avait lui-m?me ?prouv? et qu'il sentait qu'il avait fait ceci en me mettant ? sur la sellette ? - posant des questions et rejetant les r?ponses - comme l'avait fait son p?re l?gal. Sa r?ac?tion fut frappante. Pour la premi?re fois en deux jours il se tranquillisa et devint pensif. Il dit alors que cela expliquait pourquoi il avait ?t? si en col?re contre moi la veille: il avait l'impression que toutes mes interpr?tations se rapportaient ? ? ma maladie ? et non ? la sienne. ' Je fais l'hypoth?se que, comme dans un film au ralenti, nous pouvons voir ici plusieurs processus distincts qui, dans une phase analytique id?ale ou ?nor?male ?, devraient se d?rouler extr?mement rapidement. Je pense que j'ai com?menc?, en quelque sorte, ? accueillir en moi mon patient et ? m'identifier introjectivement ? lui aussit?t qu'il s'est allong? et a parl? de sa d?tresse tr?s vive. Mais je n'ai pas pu aussit?t la reconna?tre comme correspondant ? quelque chose que j'avais d?j? compris de moi-m?me et, pour cette raison, j'ai ?t? lent ? m'en d?barrasser gr?ce ? un processus d'explication et, ce faisant, de la soulager en lui. Pour sa part, il se sentait frustr? de ne pas obtenir d'interpr?tation effi?cace et r?agit en projetant sur moi la conscience de son impuissance, se compor?tant en m?me temps comme s'il m'avait pris ce qu'il ressentait avoir perdu l'intelligence vive mais agressive de son p?re avec laquelle il attaquait en moi son self impuissant. A ce point il ?tait ?videmment inutile d'essayer de reprendre le fil l? o? je l'avais auparavant perdu. Une nouvelle situation avait surgi qui nous avait affect?s tous les deux. Et avant que le r?le de mon patient dans 6. Une autre source donne projection. Money-Kyrle, Collected papers, Ed. by Donald Meltzer with the assistance of Mrs Edna U Shaughnessy, The Roland Harris Educational Trust, first published in 1978. Clame Press Strath Tay, Perthshire. X 367 l'?mergence de celle-ci puisse ?tre interpr?t?, j'ai d? faire un peu d'autoanalyse silencieuse, mettant en jeu la distinction de deux choses que l'on peut ressentir comme tr?s semblables: mon propre sentiment d'incomp?tence du fait d'avoir perdu le fil et le m?pris de mon patient pour son self impuissant, qu'il sentait ?tre en moi. M'?tant fait cette interpr?tation, je pouvais faire part de la seconde moiti? ? mon patient et ce faisant restaurer la situation analytique normale. Selon Bion (10), la capacit? de faire cette sorte de distinction (et ceci beau?coup plus rapidement que dans l'exemple cit?)' est une part importante de l'usage que l'on peut faire de son contre-transfert dans l'int?r?t de l'analyse. LE CONTRE-TRANSFERT POSITIF ET N?GATIF Pour en venir maintenant au contre-transfert dans le sens ?troit d'un sentiment positif ou n?gatif, excessif, il s'agit souvent d'un r?sultat indirect des frustrations qui surviennent lorsqu'un patient en d?tresse n'est pas compris et qu'aucune interpr?tation efficace ne peut ?tre donn?e. Car l'analyste dont la pulsion (impulse) r?parative est d?tourn?e de son issue analytique normale peut incons?ciemment ?tre enclin soit ? offrir en ?change une certaine forme d'amour, soit ? devenir hostile ? son patient. Pendant ce temps, le patient peut faciliter le pro?cessus en essayant de provoquer l'un ou l'autre de ces affects chez son analyste qui a d'autant plus de chance de r?pondre ? l'humeur de son patient justement parce qu'il a perdu son empathie avec cette humeur. Maintenant, quelque scrupuleusement que nous puissions r?primer un exc?s de sentiment positif ou n?gatif de ce type, le patient vraisemblablement le sen?tira inconsciemment. Il surgit alors une nouvelle situation dans laquelle il se pourra sans doute qu'il faille interpr?ter sa r?ponse ? notre humeur. Si, par exemple, le contre-transfert est trop positif, le patient peut r?pondre ? notre int?r?t ?motionnel accru en se plaignant que nous n'avons aucun int?r?t ?motionnel. Nous ne le contredisons pas comme il pourrait le souhaiter. Mais il serait peut-?tre appropri? de lui dire qu'il croit nous attirer et doit le d?nier pour ?viter la responsabilit? de la s?duction car il peut s'agir d'un pattern pr?coce important. ?tant enfant, il a peut-?tre pu se rendre compte inconsciemment de l'embarras qu'il provoquait chez un de ses parents, par exemple chez sa m?re qui aurait craint d'?tre excit?e par ses caresses. Le sentiment d'?tre rejet? pourrait avoir empoisonn? toute sa vie, en tant qu'il ?tait devenu n?cessaire pour neutra?liser sa culpabilit? d'avoir essay? de la s?duire. S'il en est ainsi, l'interpr?tation de la r?p?tition de son pattern dans le transfert peut permettre au patient de se r?a?juster non seulement ? l'attitude de son analyste, mais aussi ? l'attitude de son parent r?el. Mais si cela passe inaper?u et qu'on n'en pointe pas les effets, l'offre incons?ciente d'amour au lieu d'interpr?tations efficaces peut perturber l'analyse de plusieurs fa?ons. L'analyste, par exemple, peut entretenir le clivage, directement dans son esprit et indirectement dans celui de son patient, entre lui-m?me comme bon parent et les vrais parents comme mauvais. Alors le patient ne pourra probablement jamais prendre conscience de sa culpabilit? vis-?-vis d'eux - une culpabilit? qui, assez paradoxalement, risque d'?tre d'autant plus grande s'ils ?taient vraiment mauvais car elle est proportionnelle ? sa propre ambiva?lence. Si cette culpabilit? n'est pas reprise dans l'analyse, le patient ne peut pas perlaborer (work-through) cette phase pr?coce d?crite comme position d?pres?sive par M?lanie Klein, phase pendant laquelle l'enfant qui se d?veloppe com?mence ? se rendre compte et ? ?tre malheureux du conflit entre sa haine et son amour. 7. Parenth?ses ajout?es par nous. XI 368 Quant aux attitudes n?gatives envers un patient qui r?sulteraient d'une d?faillance temporaire de sa compr?hension, elles appara?traient plus sp?cialement quand le patient devient pers?cuteur, parce qu'on le ressent comme incurable. Alors, comme auparavant, la triple t?che de l'analyste est d'abord de devenir conscient de ce m?canisme de d?fense en lui-m?me, puis de la part qu'a eue son patient ? le susciter et enfin de ses effets sur lui. Pour reprendre d'abord ce dernier point: le patient de type parano?de dont j'ai fait ?tat plus haut qui m'a ha? pendant des ann?es et semblait ne faire aucun progr?s notable, peut facilement tenir lieu des propres objets pers?cuteurs et mauvais de chacun dont on aimerait ? se d?barrasser. De tels sentiments se tra?hissent eux-m?mes dans le soupir de soulagement apr?s la derni?re s?ance de la semaine, ou avant des vacances. La premi?re impulsion (impulse) peut ?tre de r?primer de tels sentiments hostiles, mais si l'on ne se permet pas d'en prendre conscience on peut passer ? c?t? de leur influence sur l'inconscient du patient. Par exemple, il m'est arriv? de ressentir que les occasions o? ce patient me reje?tait avec une violence plus qu'ordinaire suivaient plut?t que pr?c?daient des moments o? j'aurais ?t? vraiment heureux de m'en d?barrasser. Mon interpr?ta?tion que c'?tait lui qui se sentait rejet? eut alors plus de succ?s. J'ai aussi vu plus clairement que les fois o? j'?tais conscient de ne pas l'aimer suivaient des moments o? j'avais d?sesp?r? de l'aider. Et je commen?ais ? me demander si lui, de son c?t?, ne me poussait pas ? d?sesp?rer et, si c'?tait le cas, quelles ?taient ses raisons. Plusieurs ?taient en jeu dont la plus importante ?tait peut-?tre que, dans son fantasme, aller mieux ?quivalait au renoncement ? une composante homosexuelle interne non reconnue. Il souhaitait inconsciemment me prouver que ceci ne pouvait pas ?tre fait. En attendant il s'attaquait ? moi consciemment parce que je ne le gu?rissais pas, c'est-?-dire parce que je ne le d?barrassais pas de cette pulsion (impulse) et, inconsciemment, parce que je ne la satisfaisais pas. CONCLUSION Si ce que j'ai dit jusqu'ici ne touche que la frange d'un sujet extr?mement compliqu?, cela permet au moins d'?baucher des r?ponses aux questions avec les?quelles j'ai commenc?: Qu'est-ce que le contre-transfert ? normal ? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les pertur?bations et, par l?-m?me, peut-?tre les utiliser pour pousser plus loin une analyse? La motivation de l'analyste est un m?lange de curiosit? et de pulsions (drive) parentales et r?paratives. Ses outils consistent ? la fois en son savoir th?orique sur l'inconscient et en la connaissance personnelle qu'il a des manifestations de l'inconscient acquises dans sa propre analyse. Mais c'est avec l'usage de celle-ci que nous sommes ici pr?occup?s, c'est-?-dire avec son insight, lequel consiste dans sa capacit?, gr?ce ? une identification partielle ? son patient, de mettre ? l'?uvre la connaissance de son propre inconscient pour interpr?ter le comporte?ment de son patient. Quand tout va bien cette identification para?t osciller entre ces formes introjectives et projectives. L'analyste, en quelque sorte, absorbe l'?tat d'esprit du patient gr?ce aux associations qu'il entend et aux attitudes qu'il observe, le reconna?t comme l'expression d'un certain pattern de son pro?pre monde fantasmatique inconscient et reprojette le patient dans l'acte de formuler son interpr?tation. Dans cette phase il se peut qu'il ressente le senti?ment de comprendre utilement son patient de l'int?rieur ce qui satisfait ? la fois sa curiosit? et ses pulsions (drive) r?paratives. Jusqu'? un certain point son int??r?t est aussi parental car, pour le parent, l'enfant est son self pr?coce et c'est avec ce m?me enfant dans le patient que l'analyste est le plus pr?occup?. Son XII 369 sentiment de pouvoir communiquer avec lui, son empathie, incluent son senti?ment contre-transf?rentiel ?normal?. Ce qui permet au processus de se poursuivre, ce sont les actes r?p?t?s de rep?rage par l'analyste dans la phase introjective que tel et tel pattern d'?motion absorb?e expriment tel et tel fantasme de son propre inconscient. Et ce qui fait rupture dans cette relation est un ?chec dans ce rep?rage. La cause d'un ?chec peut ?tre quelque chose qui est encore craint parce que pas encore pleinement compris dans l'analyste dont le patient s'est trop rappro?ch?. Mais le r?sultat peut ne pas ?tre autre qu'un retard dans le processus analy?tique qui nous permet d'autant mieux d'observer ces phases distinctes. Ceci arrive en particulier quand c'est la premi?re - ou phase introjective - qui est ralentie. L'analyste se sent alors accabl? par le patient aussi bien que par quelque chose de son ancien self immature. Il doit alors faire plus lentement ce qu'? d'autres moments il fait aussit?t: prendre conscience des fantasmes qui sont en lui, reconna?tre leur origine, distinguer ceux du patient des siens propres et ainsi l'objectiver ? nouveau. Mais l'analyste peut aussi avoir ? traiter de deux autres facteurs qui sont beaucoup moins en ?vidence quand le processus va tr?s vite. Ceux-ci sont la part qu'apporte le patient - en particulier son usage de l'identification projective - ? la perturbation des ?motions de l'analyste, et l'effet que celles-ci pourraient avoir ? leur tour sur le patient. Il peut se faire cependant que l'analyste ne r?ussisse pas ? trier tout cela en lui-m?me avant de reprojeter le patient comme quelque chose d'incompris ou d'?tranger dans le monde ext?rieur. Alors, puisque ses pulsions (impulse) r?para?tives ne peuvent trouver d'issue dans des interpr?tations efficaces, il pourrait ?tre tent? de se rabattre sur une certaine forme de r?assurance ? la place. Ou bien, s'il d?sesp?re de ses pouvoirs r?paratifs, il pourrait se d?fendre contre la d?pression en se mettant en col?re contre son patient. Quel que soit le cas, son intuition l'a provisoirement l?ch? et donc toute interpr?tation qu'il fera ne pourra se fonder que sur sa connaissance de la th?orie qui par elle-m?me a de fortes chances d'?tre un substitut st?rile d'une combinaison par ailleurs f?conde des deux. Si nous ?tions des analystes omniscients le seul contre-transfert dont nous aurions l'exp?rience serait celui appartenant ? ces p?riodes intuitives quand tout va bien. En fait, les ?tats moins satisfaisants que j'ai essay? de d?crire, dans les?quels nos sentiments sont perturb?s au moins jusqu'? un certain point, prennent probablement beaucoup plus de temps analytique que nous sommes pr?ts ? admettre et ? nous en souvenir. Cependant c'est pr?cis?ment dans ces ?tats, je pense, que l'analyste, en analysant en silence ses propres r?actions, peut augmen?ter son insight, diminuer ses difficult?s et en apprendre davantage sur son patient. NOTES ET R?F?RENCES (1) L'usage du contre-transfert comme un ? instrument de recherche? a ?t? sp?cialement ?tudi? par Paula Heimann (? On counter-transference?, Int. J. Psycho-Anal., 1950, 31). C'est-?-dire qu'elle a insist? sur ses causes chez le patient, tandis que Margaret Little (?counter-transference and the Patient's Response to it? Int. J. Psycho-Anal., 1951, 32) a soulign? ses effets sur lui. Ceci aussi est ?videmment un aspect important. Mais en interpr?tant la r?action du patient ? notre contre-transfert. les opinions varient quant au fait, comme elle le pense. que nous devrions parfois ?tre pr?ts ? lui avouer ce que fut notre contre-transfert - au lieu de nous limiter a interpr?ter ce qu'il a ? l'esprit, et nom?m?ment ses croyances au sujet de notre attitude. (2) Heimann, Paula, ibid. (3) Clifford Scott et Paula Heimann ont insist? respectivement sur la sublimation de la curiosit? et des pulsions (impulse) parentales dans les d?bats scientifiques de la British Psycho-Analytical Society. Mais je n'ai trouv? aucune r?f?rence sp?cifique ? ces points particuliers dans aucun de leurs articles publi?s. Dans ? Problems of the training ana?lysis? (Int. J. Psycho-Anal., 1954, 35) cependant, Paula Heimann fait implicitement r?f?rence aux dangers d'un exc?s de sublimation parentale. XIII 370 (4) inversement. en d?couvrant de nouveaux patterns chez un patient, l'analyste peut faire un progr?s ? postuniversitaire ? dans sa propre analyse. (5) Annie Reich Parle d'une ?identification de courte dur?e? (?On Counter-Transference?, In t. J. Psycho-Anal., 1951, 32), et Paula Heimann d'identification dans des formes ? la fois introjective et projective dans ? Problems of the Training analysis ? cit? plus haut. (6) Klein, M?lanie. ? Notes on some Schizo?d Mechanisms ?, Int. J. Psycho-Anal., 1946, 27, et dans Developments in Psycho-Analysis, 1952. Je pense que la distinction entre iden?tification introjective et projective est implicite bien que pas tr?s clairement sp?cifi?e dans l'article de Freud ? Group Psychology and the Analysis of the Ego ?. (7) Le degr? auquel nous sommes en fait r?duits ? de pures interpr?tations d?pend, dans une certaine mesure, de notre ?cole. Nous sommes tous d'accord sur le fait que notre r?le principal est de donner des interpr?tations. Personne ne nie que nous am?nageons un certain cadre dans lequel nous les donnons: nous fournissons le confort physique d'un divan et nous pr?servons une certaine biens?ance avec des variations mineures selon les exigences des diff?rents patients, certains souhaitant serrer la main avant ou apr?s chaque s?ance, d'autres pas et ainsi de suite. Mais les opinions diff?rent sur le fait qu'une fois ?tabli, le cadre devrait ?tre d?lib?r?ment remani?. Ainsi Winnicot, si je le comprends bien, a d?montr? que certains patients psychotiques ne pouvaient qu'?tablir une relation ? un objet id?al qu'ils n'ont jamais eu et que l'analyste peut avoir ? jouer ce r?le avant que l'analyse proprement dite puisse d?marrer. En d'autres termes cela en soi n'est pas suffisant pour interpr?ter les efforts que fait le patient pour lui imposer ce r?le. (N.d.t. ?) (8) Klein, M?lanie, Ibid. Rosenfeld, H., ? Transference Phenomena and Transference Analy?sis in an Acute Catatonic Schizophrenic Patient ?, Int. J. Psychol.-Anal., 1952, 33. (9) S'il en est ainsi, le patient risque aussi de l'introjecter dans cet ?tat et ensuite d'avoir plus d?sesp?r?ment besoin que jamais d'aide ext?rieure. A de tels moments, l'analyste peut prendre conscience de fa?on d?sagr?able que le patient exige instamment ce qu'il est le moins capable de donner, consciemment une bonne interpr?tation, inconsciem?ment un sein ou un p?nis que ni l'un ni l'autre n'ont actuellement l'impression de poss?der. (10) Bion, W.R., ? Language and the Schizophrenic ?, chap. 9, dans New Directions in Psycho?Analysis, 1955. ?dit? par M?lanie Klein, Paula Heimann et R.E.Money-Kyrle. Comment exactement un patient r?ussit ? imposer un fantasme et son affect correspondant ? son analyste en vue de le nier en lui-m?me est un probl?me tr?s int?ressant. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'admettre une certaine forme de communication extrasenso?rielle. En revanche la communication peut ?tre de type pr?verbale ou archa?que - sem?blable peut-?tre ? celle employ?e par les animaux gr?gaires chez qui la posture ou l'appel d'un seul d'entre eux suscitera l'affect correspondant chez les autres. Dans la situation analytique un trait distinctif de communication de ce type est que, ? premi?re vue, elle ne semble pas du tout avoir ?t? produite par le patient. L'analyste ressent l'affect comme ?tant sa propre r?ponse ? quelque chose. Ce qui est exig? est de diff?rencier la contribution du patient de la sienne propre. XIV 371 NOTE D'?DITION Notre interrogation sur les modalit?s d'?tablissement de ?l'alg?bre? de Lacan se poursuit. Apr?s les questions surgies avec le A et le a, c'est ? celles du grand et du petit phi que nous sommes maintenant confront?s. Jusqu'o? la syst?matisation d'une ?criture propre aux ? petites lettres ? de l'appareil conceptuel lacanien peut-elle ?tre pouss?e? Faute d'avoir tranch? sur cette question, ce sont des consid?rations de lisibilit? qui ont pr?valu. Ainsi nous ?crivons Nous introduisons les lettres grecques sans crochets dans le texte, de la place du transcripteur; mais nous maintenons ? la suite la trace de ce qu'a entendu la st?notypiste: le nom de ces lettres, tel que Lacan l'a prononc?.. III 372 Bien cordialement, Guy. Le 1/12/05 22:52, ??Psychanalyse?? <psychanalyse at wanadoo.fr> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui, j'ai ce texte quelque part sous une pile "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations chez Lacan", mais l'?diteur est Ivoire Clair : c'est en libre diffusion sur Internet ; il suffit de taper "d?viation" et "Lacan" sur Google, c'est gratuit.
Bonne soir?e M.R. ----- Original Message ----- From: Liliane.Fainsilber To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, December 01, 2005 9:11 AM Subject: un texte de Roger Money -Kyrle
Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
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Tout ? fait d'accord : qu'est-ce que le contre-transfert normal et qu'est-ce que le transfert de l'analyste? Qui fixe la normalit?? En vertu de quelle ?chelle d'?valuation? M.R. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ?
Ora pro vobis ! ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" <psychanalyse at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, December 02, 2005 12:31 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Re: un texte de Roger Money -Kyrle lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tout ? fait d'accord : qu'est-ce que le contre-transfert normal et qu'est-ce que le transfert de l'analyste? Qui fixe la normalit?? En vertu de quelle ?chelle d'?valuation? M.R. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ? _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Cher Guy, un grand merci. Ce texte est tr?s important surout si on lui fait prendre place dans la s?rie de textes sur lesquels Lacan a pris appui pour en d?gager dans le s?minaire de l'Angoisse, cettte fonction de l'objet a comme cause du d?sir mais aussi sa math?matisation. C'est dans ce s?minaire du transfert que se dessine en effet une fabuleuse filiation, ? partir du banquet de Platon, avec l'agalma de Socrate : Lacan reprend en effet l'amour partiel d'Abraham, le bon et le mauvais objet kleinien. Puis dans cette observation de Money-Kyrle, il rep?re comment l'analyste se trouve fort encombr? de l'objet partiel de son analysant qu'il avait en quelque sorte ingurgit?. il reprend enfin la c?l?bre observation de Bouvet o? cette fois-ci c'est l'analyste qui offre en pature ? son analysante son objet partiel, sous la forme du phallus. J'ai un peu forc? la note mais je vais l'?crire sous une forme plus rigoureuse, ?a vaut la peine, parce que c'est ? partir de cette ?laboration autour de l'objet a dans ce s?minaire de l'angoisse, que Lacan y mettra en jeu, et justement ? partir de cette notion du contre-transfert qu'il remet radicalement en cause (avec cet objet a), qu'il d?gage ce qu'il en est de cette sorte de d?sir privil?gi? ou encore averti qu'est le d?sir du psychanalyste. Amicalement. Liliane. Le go?t de la psychanalyse : http://perso.wanadoo.fr/liliane.fainsilber/ ----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, December 01, 2005 11:59 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Re: un texte de Roger Money -Kyrle lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Liliane, Voici le texte que vous rechercher. R?f. : www.ecole-lacanienne.net LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL ET CERTAINES DE SES D?VIATIONS INTRODUCTION Le contre-transfert est un ancien concept psychanalytique qui a r?cemment ?t? ?largi et enrichi. Autrefois, on pensait que c'?tait surtout une perturbation per?sonnelle que l'on devait ?liminer de soi-m?me par l'analyse. Maintenant on pense aussi qu'il a ses causes et ses effets dans le patient et que c'est par cons??quent une indication de quelque chose ? analyser en lui (1). Je crois que cet aspect plus r?cemment explor? du contre-transfert peut ?tre utilis? de la fa?on d?crite, par exemple, par Paula Heimann (2), pour r?aliser une importante avanc?e technique. Bien s?r, la d?couverte que le contre-transfert peut servir utilement n'implique pas qu'il ait jamais cess? d'?tre un s?rieux obstacle. Et comme l'un et l'autre aspects existent en fait, nous pouvons conjec?turer qu'il pourrait y avoir un probl?me, quant ? leurs similitudes et ? leurs dif?f?rences, qui m?rite qu'on s'y penche encore. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les perturbations et par l?-m?me, peut-?tre, les utiliser pour pous?ser plus loin une analyse ? LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL Quant ? l'attitude normale ou juste de l'analyste ? l'?gard du patient, il y a un certain nombre de points de vue qui ont ?t? cit?s ? la fois dans des articles et dans des d?bats. Freud parlait d'une ? neutralit? bienveillante ?. Pour moi, cela veut dire que l'analyste est soucieux de l'int?r?t de son patient sans s'impliquer ?motionnellement dans les conflits de ce dernier. Cela veut dire aussi, je pense, que l'analyste en vertu de sa compr?hension du d?terminisme psychique a une certaine forme de tol?rance qui est l'oppos? de la condamnation et cependant en aucune fa?on la m?me chose que l'indulgence ou l'indiff?rence. De nombreux analystes ont mis l'accent sur l'aspect de curiosit? scientifique et il est certain que nous n'irions pas loin sans cette sublimation. Mais, ? elle seule, elle semble un peu trop impersonnelle. Le souci de l'int?r?t du patient vient, je pense, de la fusion de deux autres pulsions (drives)2 fondamentales: la r?parative3 qui neutralise la destructivit? latente en chacun de nous et la paren?tale. Naturellement si elles sont trop intenses, elles trahissent une excessive 1. The International Journal of' Psycho-analysis, vol. XXXVII, 1956. Traduction ?tablie par A. Fontaine, J. Germond et D. Paulin pour st?criture. 2. Nous traduirons syst?matiquement drive par pulsion et laisserons osciller la traduction de impulse (cf. premi?re occurrence p. XI) selon le contexte pulsion ou impulsion. A certains moments Money-Kyrie semble ne pas distinguer drive et impulse. 3. Nous transposons le terme directement de n?ologisme qui nous semble pr?f??rable - pour indexer un concept - ? sa forme adjectivale fran?aise, comme le fait Lacan. VI 363 culpabilit? ? propos d'une agressivit? insuffisamment sublim?e qui peut ?tre la cause d'angoisses tr?s perturbantes. Mais dans une certaine mesure, l'une et l'autre sont s?rement normales. Les satisfactions r?paratives de l'analyse sont ?vi?dentes et on en parle souvent. Ainsi, dans une certaine mesure, le patient doit repr?senter les objets endommag?s' du propre fantasme inconscient de l'ana?lyste, objets qui sont toujours mis en danger par l'agression et ont toujours besoin de soin et de r?paration. L'aspect parental a ?t? mentionn? dans des d?bats par Paula Heimann (3). Personne ne sugg?rerait que le patient repr?sente seulement un enfant et pas un semblable (sibling) ou m?me un parent. Mais c'est par l'enfant inconscient dans le patient que l'analyste est le plus concern?; et c'est parce que cet enfant si souvent traite l'analyste comme un tarent. que l'inconscient de l'analyste peut difficilement ?viter de r?agir, dans une certaine mesure, en consid?rant le patient comme un enfant. Alors, pour un parent, un enfant, au moins en partie, repr?sente un aspect pr?coce de son self. Et ceci me semble important. Car c'est pr?cis?ment parce que l'analyste peut reconna?tre son propre self pr?coce (qui a d?j? ?t? analys?)' dans le patient, qu'il peut analyser le patient (4). Son empathie et son insight, distincts de son savoir th?orique, d?pendent de cette sorte d'identification par?tielle (5). Mais l'identification peut prendre deux formes: introjective et projective - distinction d?j? pr?sente dans le concept de Freud, dont la signification a ?t? r?cemment produite par M?lanie Klein (6). Nous pouvons par cons?quent nous attendre ? trouver les deux formes dans l'identification partielle de l'analyste ? son patient. Je vais essayer de formuler ce qui a l'air de se passer quand l'analyse avance bien. Je crois qu'il y a une assez rapide oscillation entre introjection et projec?tion. Alors que le patient parle, l'analyste, en quelque sorte, s'identifiera par introjection ? lui et, l'ayant compris de l'int?rieur, le reprojettera et interpr?tera. Mais je pense que ce dont l'analyste est le plus conscient c'est de la phase projec?tive, ? savoir, la phase pendant laquelle le patient repr?sente une partie ant?rieu?rement immature ou malade de lui-m?me comprenant ses objets endommag?s, qu'il peut maintenant comprendre et par cons?quent traiter par l'interpr?tation, dans le monde externe. Pendant ce temps le patient re?oit des interpr?tations op?rantes qui l'aident ? trouver de nouvelles associations qui, elles, peuvent ?tre comprises. Aussi long?temps que l'analyste les comprend, cette relation satisfaisante que j'appellerai ?normale?, persistera. En particulier, les sentiments contre-transf?rentiels de l'analyste se borneront ? ce sentiment d'empathie avec le patient, sur lequel son insight se fonde. LES P?RIODES DE NON-COMPR?HENSION Chacun, l'analyste pas moins que le patient, serait heureux si la situation que je viens de d?crire et d'appeler ? normale ?, persistait d'un bout ? l'autre du cours d'une analyse. Malheureusement, elle n'est normale que dans le sens d'?tre un id?al. Elle d?pend quant ? sa continuit? du maintien de la compr?hension chez l'analyste. Cependant il n'est pas omniscient, en particulier sa compr?hension fait d?faut chaque fois que le patient correspond de trop pr?s ? un quelconque aspect de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre. En outre, certains 4. Nous adoptons la traduction de damaged propos?e par V. Smirnoff: M. Klein, Envie et gratitude. coll. ?Tel?. 1968. 5 Parenth?ses ajout?es par nous. Vil 364 patients sont beaucoup moins coop?rants que d'autres. Il y a des patients avec lesquels les meilleurs des analystes trouvent une grande difficult? ? maintenir le contact - avec lesquels la relation ? normale ? est l'exception plut?t que la r?gle. Et m?me avec des patients coop?rants elle est sujette ? d'assez fr?quentes ruptures. Nous reconnaissons tout de suite ces ruptures par notre impression que le mat?riel est devenu obscur et que nous avons d'une fa?on ou d'une autre perdu le fil. Alors, quel que soit ce qui en fait a ?t? rat?, le fait de l'avoir rat? cr?e une situation nouvelle qui peut ?tre ressentie comme une tension, aussi bien par l'analyste que par le patient. Bien s?r, quelques analystes - par exemple ceux qui d?sirent le plus vivement la r?assurance d'un succ?s constant - ressentent de telles tensions de fa?on plus aigu? que d'autres. Mais, ? part des diff?rences indi?viduelles, il y a une particularit? de la nature m?me de la technique analytique qui doit nous imposer ? tous une certaine exigence - sp?cialement au moment o? nous ne pouvons pas aider un patient qui est dans une d?tresse ?vidente. Car, si mon argument jusqu'ici est juste, nous avons tous un certain besoin de satis?faire nos pulsions (drive) parentales et r?paratives pour contrecarrer l'instinct de mort; mais nous sommes beaucoup plus limit?s dans les moyens de le faire que ne le sont un vrai parent, un ?ducateur ou n'importe quelle autre sorte de th?ra?peute. Nous sommes r?duits ? donner des interpr?tations (7) et notre capacit? de les donner d?pend du fait que nous continuons ? comprendre notre patient. Si cette compr?hension fait d?faut, comme cela doit ?tre le cas de temps en temps, nous n'avons pas d'autre th?rapie sur laquelle nous rabattre. Voil? donc une situation particuli?re ? l'analyse lorsque le manque de compr?hension est susceptible de provoquer de l'angoisse, consciente ou inconsciente, et l'angoisse de diminuer plus encore la compr?hension. C'est ? l'origine de cette sorte de cer?cle vicieux que je suis amen? ? imputer toute d?viation du sentiment contre ?transf?rentiel normal. Si l'analyste est en fait perturb?, il est aussi vraisemblable que le patient a inconsciemment contribu? ? ce r?sultat, et en est ? son tour perturb?. Nous avons alors trois facteurs ? consid?rer: d'abord le trouble de l'analyste, car il se peut qu'il ait ? y faire face, silencieusement en lui-m?me, avant de pouvoir s'en d?gager suffisamment pour comprendre les deux autres; ensuite le r?le du patient ? le faire surgir, et enfin son effet sur lui. Il va de soi que ces facteurs peuvent ?tre tous les trois reconnus en quelques secondes et alors le contre? transfert fonctionne comme un d?licat r?cepteur. Mais je vais discuter du pre?mier temps d'abord comme si c'?tait un processus qui a une certaine dur?e - ce qui arrive quelquefois. LE R?LE DU SURMOI DE L'ANALYSTE La mesure dans laquelle un analyste est troubl? par des p?riodes de non-compr??hension d?pendra probablement en premier lieu d'un autre facteur: la s?v?rit? de son propre surmoi. Car l'analyse est aussi une sorte de travail exig? de nous par cette figure interne - qu'incidemment un patient exigeant peut quelquefois venir ? repr?senter. Si notre surmoi est surtout amical et secourable, nous pou?vons tol?rer nos propres limitations sans d?tresse excessive et, n'?tant pas trou?bl?s, nous aurons plus de chances de retrouver rapidement le contact avec le patient. Mais s'il est s?v?re, nous pouvons prendre conscience d'un sentiment d'?chec comme l'expression d'une culpabilit? pers?cutive ou d?pressive, incons?ciente. Ou alors, comme d?fense contre de tels sentiments, nous risquons d'en accuser le patient. Le choix de l'une ou l'autre de ces alternatives me semble d?terminer quel?que chose d'autre, aussi bien. Car, lorsque cette interaction entre introjection et VIII 365 projection, qui caract?rise le processus de l'analyse, s'effondre, l'analyste est susceptible de rester coinc? dans l'une ou l'autre de ces deux positions et ce qu'il fait de sa culpabilit? peut d?terminer la position dans laquelle il reste coinc?. S'il accepte la culpabilit? il risque fort de rester coinc? avec un patient introject?. S'il la projette, le patient demeure une figure incompr?hensible du monde externe. EXEMPLES D'UNE INTROJECTION ET D'UNE PROJECTION PROLONG?ES Un exemple de la premi?re alternative, soit l'introjective, peut ?tre rencontr? quand l'analyste vient ? se soucier excessivement, ? la fois pour lui-m?me et pour son patient, d'une s?ance qui s'est mal pass?e. Il peut avoir l'impression d'avoir retrouv? certains de ses anciens probl?mes et d'?tre charg? quasi physi?quement de ceux de son patient, aussi bien. C'est seulement en distinguant l'un de l'autre qu'il peut voir ce qu'il a rat? et ? nouveau extraire de lui-m?me, le patient. Souvent, vers la fin d'une s?ance ou d'une semaine, c'est quelque chose qu'il pense avoir rat? et alors il a en lui tout ce que l'on peut supposer de la frustra?tion du patient. Ceci peut para?tre comme une autopunition pour avoir incons?ciemment cherch? ? blesser le patient. Mais on peut se demander si le patient n'a pas contribu? ? la d?tresse de l'analyste, si le fait de laisser son analyste avec un probl?me non r?solu ? son propos n'est pas sa fa?on de se projeter dans l'ana?lyste ? la fois pour le punir de la s?paration redout?e et l'?viter. En d'autres termes, il pourra y avoir symbiose entre la tendance de l'analyste ? prolonger l'introjection d'un patient qu'il ne peut ni comprendre ni aider et la tendance du patient ? projeter des parties de lui-m?me dans l'analyste qui n'est pas en train de l'aider, comme l'a d?crit M?lanie Klein. (Ceci peut ?tre parti?culi?rement g?nant si c'est de sa propre destructivit? que le patient est le plus anxieux de se d?barrasser.) Dans de tels cas la raison premi?re de la lenteur de l'analyste ? comprendre et ? reprojeter le patient est peut-?tre le fait que le patient repr?sente quelque chose de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre rapidement. S'il n'y arrive toujours pas et qu'il ne peut pas supporter l'impression d'?tre accabl? par le patient, comme par une figure non r?parable ou pers?cutrice en lui, il est pro?bable qu'il aura recours ? une reprojection de type d?fensif qui exclut le patient et cr?e un obstacle suppl?mentaire ? la compr?hension. S'il en est ainsi une nouvelle complication peut surgir si l'analyste, en proje?tant le patient, projette aussi certains aspects de lui-m?me. Il aura alors l'occa?sion d'explorer ? l'int?rieur de lui-m?me la mise en oeuvre de ces m?canismes d'identification projective que, sous l'influence de M?lanie Klein, Rosenfeld et d'autres ont explor? avec tant de profit chez des patients schizophr?nes (8). Nous n'avons pas ? en ?tre ?tonn?s, car la d?couverte de m?canismes pathologi?ques dans la maladie mentale est habituellement suivie du rep?rage de leur exis?tence, moins ?vidente, aussi chez les gens normaux. Un exemple ? au ralenti ? du type de processus auquel je pense peut se retrouver dans l'exp?rience assez banale d'un week-end. Pour un court moment, apr?s avoir fini son travail de la semaine, l'analyste peut ?tre consciemment pr?occup? par un certain probl?me non r?solu de ses patients. Puis il les oublie; mais apr?s la p?riode de souci conscient vient une p?riode d'apathie pendant laquelle il est d?tach? des int?r?ts personnels qui meublent habituellement son temps libre. Je fais l'hypoth?se que ceci est d? ? ce que dans le fantasme il a projet? avec ses patients des parties de lui-m?me et doit attendre en quelque sorte que ceux-ci lui reviennent. IX 366 Quand cette perte partielle du self a lieu pendant une s?ance, elle est souvent ressentie comme une perte de puissance intellectuelle. L'analyste se sent stupide. Le patient a, probablement, bien contribu? ? ce r?sultat. Peut-?tre, frustr? en ne recevant pas imm?diatement une interpr?tation, a-t-il inconsciemment souhait? castrer son analyste et, en le traitant comme s'il l'?tait, a contribu? ? ce qu'il se sente castr? (9). Un exemple compliqu? extrait de ma propre exp?rience pourrait illustrer l'op?ration simultan?e de tous ces processus. Car alors que le th?me dominant ?tait mon introjection' d'un patient qui souhaitait projeter sa maladie en moi, je ressentis ?galement l'impression qu'il m'avait d?rob? mes esprits. Un patient n?vros? chez qui pr?dominaient des m?canismes parano?des et schizo?des arriva ? une s?ance dans une angoisse consid?rable n'ayant pas pu tra?vailler ? son bureau. ?galement il s'?tait aussi senti ind?cis sur le chemin comme s'il pouvait se perdre ou se faire ?craser. Il se m?prisait d'?tre inutile. Me souve?nant d'un ?pisode semblable, pendant lequel il s'?tait senti d?personnalis? tout un week-end et avait r?v? qu'il avait laiss? son ? radar ? pos? dans un magasin et qu'il ne pourrait pas le r?cup?rer avant le lundi, je pensais qu'il avait, dans son fantasme, laiss? en moi des parties de son good self. Mais je n'?tais pas tr?s s?r de ceci ni d'autres interpr?tations que je commen?ais ? donner. Quant ? lui, il se mit rapidement ? les rejeter toutes avec un sentiment de col?re grandissant et en m?me temps me maltraitant parce que je ne l'aidais pas. A la fin de la s?ance il n'?tait plus d?personnalis?, mais en revanche tr?s en col?re et m?prisant. C'?tait moi qui me sentais inutile et m?dus?. Quand par la suite je reconnus que l'?tat dans lequel j'?tais ? la fin de la s?ance ressemblait ? celui qu'il avait d?crit comme le sien au d?but, je pus presque sentir le soulagement d'une reprojection. Mais avant que cela n'arrive la s?ance ?tait d?j? finie. Il ?tait de la m?me humeur au d?but de la s?ance suivante - encore tr?s en col?re et m?prisant. Je lui dis alors que je pensais qu'il sentait qu'il m'avait r?duit ? l'?tat de vague inutilit? qu'il avait lui-m?me ?prouv? et qu'il sentait qu'il avait fait ceci en me mettant ? sur la sellette ? - posant des questions et rejetant les r?ponses - comme l'avait fait son p?re l?gal. Sa r?ac?tion fut frappante. Pour la premi?re fois en deux jours il se tranquillisa et devint pensif. Il dit alors que cela expliquait pourquoi il avait ?t? si en col?re contre moi la veille: il avait l'impression que toutes mes interpr?tations se rapportaient ? ? ma maladie ? et non ? la sienne. ' Je fais l'hypoth?se que, comme dans un film au ralenti, nous pouvons voir ici plusieurs processus distincts qui, dans une phase analytique id?ale ou ?nor?male ?, devraient se d?rouler extr?mement rapidement. Je pense que j'ai com?menc?, en quelque sorte, ? accueillir en moi mon patient et ? m'identifier introjectivement ? lui aussit?t qu'il s'est allong? et a parl? de sa d?tresse tr?s vive. Mais je n'ai pas pu aussit?t la reconna?tre comme correspondant ? quelque chose que j'avais d?j? compris de moi-m?me et, pour cette raison, j'ai ?t? lent ? m'en d?barrasser gr?ce ? un processus d'explication et, ce faisant, de la soulager en lui. Pour sa part, il se sentait frustr? de ne pas obtenir d'interpr?tation effi?cace et r?agit en projetant sur moi la conscience de son impuissance, se compor?tant en m?me temps comme s'il m'avait pris ce qu'il ressentait avoir perdu l'intelligence vive mais agressive de son p?re avec laquelle il attaquait en moi son self impuissant. A ce point il ?tait ?videmment inutile d'essayer de reprendre le fil l? o? je l'avais auparavant perdu. Une nouvelle situation avait surgi qui nous avait affect?s tous les deux. Et avant que le r?le de mon patient dans 6. Une autre source donne projection. Money-Kyrle, Collected papers, Ed. by Donald Meltzer with the assistance of Mrs Edna U Shaughnessy, The Roland Harris Educational Trust, first published in 1978. Clame Press Strath Tay, Perthshire. X 367 l'?mergence de celle-ci puisse ?tre interpr?t?, j'ai d? faire un peu d'autoanalyse silencieuse, mettant en jeu la distinction de deux choses que l'on peut ressentir comme tr?s semblables: mon propre sentiment d'incomp?tence du fait d'avoir perdu le fil et le m?pris de mon patient pour son self impuissant, qu'il sentait ?tre en moi. M'?tant fait cette interpr?tation, je pouvais faire part de la seconde moiti? ? mon patient et ce faisant restaurer la situation analytique normale. Selon Bion (10), la capacit? de faire cette sorte de distinction (et ceci beau?coup plus rapidement que dans l'exemple cit?)' est une part importante de l'usage que l'on peut faire de son contre-transfert dans l'int?r?t de l'analyse. LE CONTRE-TRANSFERT POSITIF ET N?GATIF Pour en venir maintenant au contre-transfert dans le sens ?troit d'un sentiment positif ou n?gatif, excessif, il s'agit souvent d'un r?sultat indirect des frustrations qui surviennent lorsqu'un patient en d?tresse n'est pas compris et qu'aucune interpr?tation efficace ne peut ?tre donn?e. Car l'analyste dont la pulsion (impulse) r?parative est d?tourn?e de son issue analytique normale peut incons?ciemment ?tre enclin soit ? offrir en ?change une certaine forme d'amour, soit ? devenir hostile ? son patient. Pendant ce temps, le patient peut faciliter le pro?cessus en essayant de provoquer l'un ou l'autre de ces affects chez son analyste qui a d'autant plus de chance de r?pondre ? l'humeur de son patient justement parce qu'il a perdu son empathie avec cette humeur. Maintenant, quelque scrupuleusement que nous puissions r?primer un exc?s de sentiment positif ou n?gatif de ce type, le patient vraisemblablement le sen?tira inconsciemment. Il surgit alors une nouvelle situation dans laquelle il se pourra sans doute qu'il faille interpr?ter sa r?ponse ? notre humeur. Si, par exemple, le contre-transfert est trop positif, le patient peut r?pondre ? notre int?r?t ?motionnel accru en se plaignant que nous n'avons aucun int?r?t ?motionnel. Nous ne le contredisons pas comme il pourrait le souhaiter. Mais il serait peut-?tre appropri? de lui dire qu'il croit nous attirer et doit le d?nier pour ?viter la responsabilit? de la s?duction car il peut s'agir d'un pattern pr?coce important. ?tant enfant, il a peut-?tre pu se rendre compte inconsciemment de l'embarras qu'il provoquait chez un de ses parents, par exemple chez sa m?re qui aurait craint d'?tre excit?e par ses caresses. Le sentiment d'?tre rejet? pourrait avoir empoisonn? toute sa vie, en tant qu'il ?tait devenu n?cessaire pour neutra?liser sa culpabilit? d'avoir essay? de la s?duire. S'il en est ainsi, l'interpr?tation de la r?p?tition de son pattern dans le transfert peut permettre au patient de se r?a?juster non seulement ? l'attitude de son analyste, mais aussi ? l'attitude de son parent r?el. Mais si cela passe inaper?u et qu'on n'en pointe pas les effets, l'offre incons?ciente d'amour au lieu d'interpr?tations efficaces peut perturber l'analyse de plusieurs fa?ons. L'analyste, par exemple, peut entretenir le clivage, directement dans son esprit et indirectement dans celui de son patient, entre lui-m?me comme bon parent et les vrais parents comme mauvais. Alors le patient ne pourra probablement jamais prendre conscience de sa culpabilit? vis-?-vis d'eux - une culpabilit? qui, assez paradoxalement, risque d'?tre d'autant plus grande s'ils ?taient vraiment mauvais car elle est proportionnelle ? sa propre ambiva?lence. Si cette culpabilit? n'est pas reprise dans l'analyse, le patient ne peut pas perlaborer (work-through) cette phase pr?coce d?crite comme position d?pres?sive par M?lanie Klein, phase pendant laquelle l'enfant qui se d?veloppe com?mence ? se rendre compte et ? ?tre malheureux du conflit entre sa haine et son amour. 7. Parenth?ses ajout?es par nous. XI 368 Quant aux attitudes n?gatives envers un patient qui r?sulteraient d'une d?faillance temporaire de sa compr?hension, elles appara?traient plus sp?cialement quand le patient devient pers?cuteur, parce qu'on le ressent comme incurable. Alors, comme auparavant, la triple t?che de l'analyste est d'abord de devenir conscient de ce m?canisme de d?fense en lui-m?me, puis de la part qu'a eue son patient ? le susciter et enfin de ses effets sur lui. Pour reprendre d'abord ce dernier point: le patient de type parano?de dont j'ai fait ?tat plus haut qui m'a ha? pendant des ann?es et semblait ne faire aucun progr?s notable, peut facilement tenir lieu des propres objets pers?cuteurs et mauvais de chacun dont on aimerait ? se d?barrasser. De tels sentiments se tra?hissent eux-m?mes dans le soupir de soulagement apr?s la derni?re s?ance de la semaine, ou avant des vacances. La premi?re impulsion (impulse) peut ?tre de r?primer de tels sentiments hostiles, mais si l'on ne se permet pas d'en prendre conscience on peut passer ? c?t? de leur influence sur l'inconscient du patient. Par exemple, il m'est arriv? de ressentir que les occasions o? ce patient me reje?tait avec une violence plus qu'ordinaire suivaient plut?t que pr?c?daient des moments o? j'aurais ?t? vraiment heureux de m'en d?barrasser. Mon interpr?ta?tion que c'?tait lui qui se sentait rejet? eut alors plus de succ?s. J'ai aussi vu plus clairement que les fois o? j'?tais conscient de ne pas l'aimer suivaient des moments o? j'avais d?sesp?r? de l'aider. Et je commen?ais ? me demander si lui, de son c?t?, ne me poussait pas ? d?sesp?rer et, si c'?tait le cas, quelles ?taient ses raisons. Plusieurs ?taient en jeu dont la plus importante ?tait peut-?tre que, dans son fantasme, aller mieux ?quivalait au renoncement ? une composante homosexuelle interne non reconnue. Il souhaitait inconsciemment me prouver que ceci ne pouvait pas ?tre fait. En attendant il s'attaquait ? moi consciemment parce que je ne le gu?rissais pas, c'est-?-dire parce que je ne le d?barrassais pas de cette pulsion (impulse) et, inconsciemment, parce que je ne la satisfaisais pas. CONCLUSION Si ce que j'ai dit jusqu'ici ne touche que la frange d'un sujet extr?mement compliqu?, cela permet au moins d'?baucher des r?ponses aux questions avec les?quelles j'ai commenc?: Qu'est-ce que le contre-transfert ? normal ? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les pertur?bations et, par l?-m?me, peut-?tre les utiliser pour pousser plus loin une analyse? La motivation de l'analyste est un m?lange de curiosit? et de pulsions (drive) parentales et r?paratives. Ses outils consistent ? la fois en son savoir th?orique sur l'inconscient et en la connaissance personnelle qu'il a des manifestations de l'inconscient acquises dans sa propre analyse. Mais c'est avec l'usage de celle-ci que nous sommes ici pr?occup?s, c'est-?-dire avec son insight, lequel consiste dans sa capacit?, gr?ce ? une identification partielle ? son patient, de mettre ? l'?uvre la connaissance de son propre inconscient pour interpr?ter le comporte?ment de son patient. Quand tout va bien cette identification para?t osciller entre ces formes introjectives et projectives. L'analyste, en quelque sorte, absorbe l'?tat d'esprit du patient gr?ce aux associations qu'il entend et aux attitudes qu'il observe, le reconna?t comme l'expression d'un certain pattern de son pro?pre monde fantasmatique inconscient et reprojette le patient dans l'acte de formuler son interpr?tation. Dans cette phase il se peut qu'il ressente le senti?ment de comprendre utilement son patient de l'int?rieur ce qui satisfait ? la fois sa curiosit? et ses pulsions (drive) r?paratives. Jusqu'? un certain point son int??r?t est aussi parental car, pour le parent, l'enfant est son self pr?coce et c'est avec ce m?me enfant dans le patient que l'analyste est le plus pr?occup?. Son XII 369 sentiment de pouvoir communiquer avec lui, son empathie, incluent son senti?ment contre-transf?rentiel ?normal?. Ce qui permet au processus de se poursuivre, ce sont les actes r?p?t?s de rep?rage par l'analyste dans la phase introjective que tel et tel pattern d'?motion absorb?e expriment tel et tel fantasme de son propre inconscient. Et ce qui fait rupture dans cette relation est un ?chec dans ce rep?rage. La cause d'un ?chec peut ?tre quelque chose qui est encore craint parce que pas encore pleinement compris dans l'analyste dont le patient s'est trop rappro?ch?. Mais le r?sultat peut ne pas ?tre autre qu'un retard dans le processus analy?tique qui nous permet d'autant mieux d'observer ces phases distinctes. Ceci arrive en particulier quand c'est la premi?re - ou phase introjective - qui est ralentie. L'analyste se sent alors accabl? par le patient aussi bien que par quelque chose de son ancien self immature. Il doit alors faire plus lentement ce qu'? d'autres moments il fait aussit?t: prendre conscience des fantasmes qui sont en lui, reconna?tre leur origine, distinguer ceux du patient des siens propres et ainsi l'objectiver ? nouveau. Mais l'analyste peut aussi avoir ? traiter de deux autres facteurs qui sont beaucoup moins en ?vidence quand le processus va tr?s vite. Ceux-ci sont la part qu'apporte le patient - en particulier son usage de l'identification projective - ? la perturbation des ?motions de l'analyste, et l'effet que celles-ci pourraient avoir ? leur tour sur le patient. Il peut se faire cependant que l'analyste ne r?ussisse pas ? trier tout cela en lui-m?me avant de reprojeter le patient comme quelque chose d'incompris ou d'?tranger dans le monde ext?rieur. Alors, puisque ses pulsions (impulse) r?para?tives ne peuvent trouver d'issue dans des interpr?tations efficaces, il pourrait ?tre tent? de se rabattre sur une certaine forme de r?assurance ? la place. Ou bien, s'il d?sesp?re de ses pouvoirs r?paratifs, il pourrait se d?fendre contre la d?pression en se mettant en col?re contre son patient. Quel que soit le cas, son intuition l'a provisoirement l?ch? et donc toute interpr?tation qu'il fera ne pourra se fonder que sur sa connaissance de la th?orie qui par elle-m?me a de fortes chances d'?tre un substitut st?rile d'une combinaison par ailleurs f?conde des deux. Si nous ?tions des analystes omniscients le seul contre-transfert dont nous aurions l'exp?rience serait celui appartenant ? ces p?riodes intuitives quand tout va bien. En fait, les ?tats moins satisfaisants que j'ai essay? de d?crire, dans les?quels nos sentiments sont perturb?s au moins jusqu'? un certain point, prennent probablement beaucoup plus de temps analytique que nous sommes pr?ts ? admettre et ? nous en souvenir. Cependant c'est pr?cis?ment dans ces ?tats, je pense, que l'analyste, en analysant en silence ses propres r?actions, peut augmen?ter son insight, diminuer ses difficult?s et en apprendre davantage sur son patient. NOTES ET R?F?RENCES (1) L'usage du contre-transfert comme un ? instrument de recherche? a ?t? sp?cialement ?tudi? par Paula Heimann (? On counter-transference?, Int. J. Psycho-Anal., 1950, 31). C'est-?-dire qu'elle a insist? sur ses causes chez le patient, tandis que Margaret Little (?counter-transference and the Patient's Response to it? Int. J. Psycho-Anal., 1951, 32) a soulign? ses effets sur lui. Ceci aussi est ?videmment un aspect important. Mais en interpr?tant la r?action du patient ? notre contre-transfert. les opinions varient quant au fait, comme elle le pense. que nous devrions parfois ?tre pr?ts ? lui avouer ce que fut notre contre-transfert - au lieu de nous limiter a interpr?ter ce qu'il a ? l'esprit, et nom?m?ment ses croyances au sujet de notre attitude. (2) Heimann, Paula, ibid. (3) Clifford Scott et Paula Heimann ont insist? respectivement sur la sublimation de la curiosit? et des pulsions (impulse) parentales dans les d?bats scientifiques de la British Psycho-Analytical Society. Mais je n'ai trouv? aucune r?f?rence sp?cifique ? ces points particuliers dans aucun de leurs articles publi?s. Dans ? Problems of the training ana?lysis? (Int. J. Psycho-Anal., 1954, 35) cependant, Paula Heimann fait implicitement r?f?rence aux dangers d'un exc?s de sublimation parentale. XIII 370 (4) inversement. en d?couvrant de nouveaux patterns chez un patient, l'analyste peut faire un progr?s ? postuniversitaire ? dans sa propre analyse. (5) Annie Reich Parle d'une ?identification de courte dur?e? (?On Counter-Transference?, In t. J. Psycho-Anal., 1951, 32), et Paula Heimann d'identification dans des formes ? la fois introjective et projective dans ? Problems of the Training analysis ? cit? plus haut. (6) Klein, M?lanie. ? Notes on some Schizo?d Mechanisms ?, Int. J. Psycho-Anal., 1946, 27, et dans Developments in Psycho-Analysis, 1952. Je pense que la distinction entre iden?tification introjective et projective est implicite bien que pas tr?s clairement sp?cifi?e dans l'article de Freud ? Group Psychology and the Analysis of the Ego ?. (7) Le degr? auquel nous sommes en fait r?duits ? de pures interpr?tations d?pend, dans une certaine mesure, de notre ?cole. Nous sommes tous d'accord sur le fait que notre r?le principal est de donner des interpr?tations. Personne ne nie que nous am?nageons un certain cadre dans lequel nous les donnons: nous fournissons le confort physique d'un divan et nous pr?servons une certaine biens?ance avec des variations mineures selon les exigences des diff?rents patients, certains souhaitant serrer la main avant ou apr?s chaque s?ance, d'autres pas et ainsi de suite. Mais les opinions diff?rent sur le fait qu'une fois ?tabli, le cadre devrait ?tre d?lib?r?ment remani?. Ainsi Winnicot, si je le comprends bien, a d?montr? que certains patients psychotiques ne pouvaient qu'?tablir une relation ? un objet id?al qu'ils n'ont jamais eu et que l'analyste peut avoir ? jouer ce r?le avant que l'analyse proprement dite puisse d?marrer. En d'autres termes cela en soi n'est pas suffisant pour interpr?ter les efforts que fait le patient pour lui imposer ce r?le. (N.d.t. ?) (8) Klein, M?lanie, Ibid. Rosenfeld, H., ? Transference Phenomena and Transference Analy?sis in an Acute Catatonic Schizophrenic Patient ?, Int. J. Psychol.-Anal., 1952, 33. (9) S'il en est ainsi, le patient risque aussi de l'introjecter dans cet ?tat et ensuite d'avoir plus d?sesp?r?ment besoin que jamais d'aide ext?rieure. A de tels moments, l'analyste peut prendre conscience de fa?on d?sagr?able que le patient exige instamment ce qu'il est le moins capable de donner, consciemment une bonne interpr?tation, inconsciem?ment un sein ou un p?nis que ni l'un ni l'autre n'ont actuellement l'impression de poss?der. (10) Bion, W.R., ? Language and the Schizophrenic ?, chap. 9, dans New Directions in Psycho?Analysis, 1955. ?dit? par M?lanie Klein, Paula Heimann et R.E.Money-Kyrle. Comment exactement un patient r?ussit ? imposer un fantasme et son affect correspondant ? son analyste en vue de le nier en lui-m?me est un probl?me tr?s int?ressant. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'admettre une certaine forme de communication extrasenso?rielle. En revanche la communication peut ?tre de type pr?verbale ou archa?que - sem?blable peut-?tre ? celle employ?e par les animaux gr?gaires chez qui la posture ou l'appel d'un seul d'entre eux suscitera l'affect correspondant chez les autres. Dans la situation analytique un trait distinctif de communication de ce type est que, ? premi?re vue, elle ne semble pas du tout avoir ?t? produite par le patient. L'analyste ressent l'affect comme ?tant sa propre r?ponse ? quelque chose. Ce qui est exig? est de diff?rencier la contribution du patient de la sienne propre. XIV 371 NOTE D'?DITION Notre interrogation sur les modalit?s d'?tablissement de ?l'alg?bre? de Lacan se poursuit. Apr?s les questions surgies avec le A et le a, c'est ? celles du grand et du petit phi que nous sommes maintenant confront?s. Jusqu'o? la syst?matisation d'une ?criture propre aux ? petites lettres ? de l'appareil conceptuel lacanien peut-elle ?tre pouss?e? Faute d'avoir tranch? sur cette question, ce sont des consid?rations de lisibilit? qui ont pr?valu. Ainsi nous ?crivons Nous introduisons les lettres grecques sans crochets dans le texte, de la place du transcripteur; mais nous maintenons ? la suite la trace de ce qu'a entendu la st?notypiste: le nom de ces lettres, tel que Lacan l'a prononc?.. III 372 Bien cordialement, Guy. Le 1/12/05 22:52, ? Psychanalyse ? <psychanalyse at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui, j'ai ce texte quelque part sous une pile "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations chez Lacan", mais l'?diteur est Ivoire Clair : c'est en libre diffusion sur Internet ; il suffit de taper "d?viation" et "Lacan" sur Google, c'est gratuit.
Bonne soir?e M.R. ----- Original Message ----- From: Liliane.Fainsilber To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, December 01, 2005 9:11 AM Subject: un texte de Roger Money -Kyrle
Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
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Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Bonsoir Liliane, J'ai l'impression que vous avez trouv? quelque chose de tr?s bien. Pourriez-vous d?ployer un peu les fils, sur Lut?cium ou sur sur votre site? Je pense en particulier ? la passe, non pas comme "institution", mais plut?t comme instituition, c'est ? savoir comment ?a peut passer, ?ventuellement par un bord incognito qui dirait peut-?tre "champs de l'objet a", donc moins partiel que les occurrences. Est-ce lisible? amicalement, Sven Le 2 d?c. 05, ? 12:00, Liliane.Fainsilber a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cher Guy, un grand merci.
Ce texte est tr?s important surout si on lui fait prendre place dans la s?rie de textes sur lesquels Lacan a pris appui pour en d?gager dans le s?minaire de l'Angoisse, cettte fonction de l'objet a comme cause du d?sir mais aussi sa math?matisation. C'est dans ce s?minaire du transfert que se dessine en effet une fabuleuse filiation, ? partir du banquet de Platon, avec l'agalma de Socrate : Lacan reprend en effet l'amour partiel d'Abraham, le bon et le mauvais objet kleinien. Puis dans cette observation de Money-Kyrle, il rep?re comment l'analyste se trouve fort encombr? de l'objet partiel de son analysant qu'il avait en quelque sorte ingurgit?. il reprend enfin la c?l?bre observation de Bouvet o? cette fois-ci c'est l'analyste qui offre en pature ? son analysante son objet partiel, sous la forme du phallus. J'ai un peu forc? la note mais je vais l'?crire sous une forme plus rigoureuse, ?a vaut la peine, parce que c'est ? partir de cette ?laboration autour de l'objet a dans ce s?minaire de l'angoisse, que Lacan y mettra en jeu, et justement ? partir de cette notion du contre-transfert qu'il remet radicalement en cause (avec cet objet a), qu'il d?gage ce qu'il en est de cette sorte de d?sir privil?gi? ou encore averti qu'est le d?sir du psychanalyste. Amicalement. Liliane. Le go?t de la psychanalyse : http://perso.wanadoo.fr/liliane.fainsilber/
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, December 01, 2005 11:59 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Re: un texte de Roger Money -Kyrle
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Liliane, Voici le texte que vous rechercher. R?f. : www.ecole-lacanienne.net
LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL ET CERTAINES DE SES D?VIATIONS
INTRODUCTION
Le contre-transfert est un ancien concept psychanalytique qui a r?cemment ?t? ?largi et enrichi. Autrefois, on pensait que c'?tait surtout une perturbation per?sonnelle que l'on devait ?liminer de soi-m?me par l'analyse. Maintenant on pense aussi qu'il a ses causes et ses effets dans le patient et que c'est par cons??quent une indication de quelque chose ? analyser en lui (1).
Je crois que cet aspect plus r?cemment explor? du contre-transfert peut ?tre utilis? de la fa?on d?crite, par exemple, par Paula Heimann (2), pour r?aliser une importante avanc?e technique. Bien s?r, la d?couverte que le contre-transfert peut servir utilement n'implique pas qu'il ait jamais cess? d'?tre un s?rieux obstacle. Et comme l'un et l'autre aspects existent en fait, nous pouvons conjec?turer qu'il pourrait y avoir un probl?me, quant ? leurs similitudes et ? leurs dif?f?rences, qui m?rite qu'on s'y penche encore. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les perturbations et par l?-m?me, peut-?tre, les utiliser pour pous?ser plus loin une analyse ?
LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL
Quant ? l'attitude normale ou juste de l'analyste ? l'?gard du patient, il y a un certain nombre de points de vue qui ont ?t? cit?s ? la fois dans des articles et dans des d?bats. Freud parlait d'une ? neutralit? bienveillante ?. Pour moi, cela veut dire que l'analyste est soucieux de l'int?r?t de son patient sans s'impliquer ?motionnellement dans les conflits de ce dernier. Cela veut dire aussi, je pense, que l'analyste en vertu de sa compr?hension du d?terminisme psychique a une certaine forme de tol?rance qui est l'oppos? de la condamnation et cependant en aucune fa?on la m?me chose que l'indulgence ou l'indiff?rence.
De nombreux analystes ont mis l'accent sur l'aspect de curiosit? scientifique et il est certain que nous n'irions pas loin sans cette sublimation. Mais, ? elle seule, elle semble un peu trop impersonnelle. Le souci de l'int?r?t du patient vient, je pense, de la fusion de deux autres pulsions (drives)2 fondamentales: la r?parative3 qui neutralise la destructivit? latente en chacun de nous et la paren?tale. Naturellement si elles sont trop intenses, elles trahissent une excessive
1. The International Journal of' Psycho-analysis, vol. XXXVII, 1956. Traduction ?tablie par A. Fontaine, J. Germond et D. Paulin pour st?criture.
2. Nous traduirons syst?matiquement drive par pulsion et laisserons osciller la traduction de impulse (cf. premi?re occurrence p. XI) selon le contexte pulsion ou impulsion. A certains moments Money-Kyrie semble ne pas distinguer drive et impulse.
3. Nous transposons le terme directement de n?ologisme qui nous semble pr?f??rable - pour indexer un concept - ? sa forme adjectivale fran?aise, comme le fait Lacan.
VI
363
culpabilit? ? propos d'une agressivit? insuffisamment sublim?e qui peut ?tre la cause d'angoisses tr?s perturbantes. Mais dans une certaine mesure, l'une et l'autre sont s?rement normales. Les satisfactions r?paratives de l'analyse sont ?vi?dentes et on en parle souvent. Ainsi, dans une certaine mesure, le patient doit repr?senter les objets endommag?s' du propre fantasme inconscient de l'ana?lyste, objets qui sont toujours mis en danger par l'agression et ont toujours besoin de soin et de r?paration. L'aspect parental a ?t? mentionn? dans des d?bats par Paula Heimann (3). Personne ne sugg?rerait que le patient repr?sente seulement un enfant et pas un semblable (sibling) ou m?me un parent. Mais c'est par l'enfant inconscient dans le patient que l'analyste est le plus concern?; et c'est parce que cet enfant si souvent traite l'analyste comme un tarent. que l'inconscient de l'analyste peut difficilement ?viter de r?agir, dans une certaine mesure, en consid?rant le patient comme un enfant.
Alors, pour un parent, un enfant, au moins en partie, repr?sente un aspect pr?coce de son self. Et ceci me semble important. Car c'est pr?cis?ment parce que l'analyste peut reconna?tre son propre self pr?coce (qui a d?j? ?t? analys?)' dans le patient, qu'il peut analyser le patient (4). Son empathie et son insight, distincts de son savoir th?orique, d?pendent de cette sorte d'identification par?tielle (5).
Mais l'identification peut prendre deux formes: introjective et projective - distinction d?j? pr?sente dans le concept de Freud, dont la signification a ?t? r?cemment produite par M?lanie Klein (6). Nous pouvons par cons?quent nous attendre ? trouver les deux formes dans l'identification partielle de l'analyste ? son patient.
Je vais essayer de formuler ce qui a l'air de se passer quand l'analyse avance bien. Je crois qu'il y a une assez rapide oscillation entre introjection et projec?tion. Alors que le patient parle, l'analyste, en quelque sorte, s'identifiera par introjection ? lui et, l'ayant compris de l'int?rieur, le reprojettera et interpr?tera. Mais je pense que ce dont l'analyste est le plus conscient c'est de la phase projec?tive, ? savoir, la phase pendant laquelle le patient repr?sente une partie ant?rieu?rement immature ou malade de lui-m?me comprenant ses objets endommag?s, qu'il peut maintenant comprendre et par cons?quent traiter par l'interpr?tation, dans le monde externe.
Pendant ce temps le patient re?oit des interpr?tations op?rantes qui l'aident ? trouver de nouvelles associations qui, elles, peuvent ?tre comprises. Aussi long?temps que l'analyste les comprend, cette relation satisfaisante que j'appellerai ?normale?, persistera. En particulier, les sentiments contre-transf?rentiels de l'analyste se borneront ? ce sentiment d'empathie avec le patient, sur lequel son insight se fonde.
LES P?RIODES DE NON-COMPR?HENSION
Chacun, l'analyste pas moins que le patient, serait heureux si la situation que je viens de d?crire et d'appeler ? normale ?, persistait d'un bout ? l'autre du cours d'une analyse. Malheureusement, elle n'est normale que dans le sens d'?tre un id?al. Elle d?pend quant ? sa continuit? du maintien de la compr?hension chez l'analyste. Cependant il n'est pas omniscient, en particulier sa compr?hension fait d?faut chaque fois que le patient correspond de trop pr?s ? un quelconque aspect de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre. En outre, certains
4. Nous adoptons la traduction de damaged propos?e par V. Smirnoff: M. Klein, Envie et gratitude. coll. ?Tel?. 1968.
5 Parenth?ses ajout?es par nous.
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patients sont beaucoup moins coop?rants que d'autres. Il y a des patients avec lesquels les meilleurs des analystes trouvent une grande difficult? ? maintenir le contact - avec lesquels la relation ? normale ? est l'exception plut?t que la r?gle. Et m?me avec des patients coop?rants elle est sujette ? d'assez fr?quentes ruptures.
Nous reconnaissons tout de suite ces ruptures par notre impression que le mat?riel est devenu obscur et que nous avons d'une fa?on ou d'une autre perdu le fil. Alors, quel que soit ce qui en fait a ?t? rat?, le fait de l'avoir rat? cr?e une situation nouvelle qui peut ?tre ressentie comme une tension, aussi bien par l'analyste que par le patient. Bien s?r, quelques analystes - par exemple ceux qui d?sirent le plus vivement la r?assurance d'un succ?s constant - ressentent de telles tensions de fa?on plus aigu? que d'autres. Mais, ? part des diff?rences indi?viduelles, il y a une particularit? de la nature m?me de la technique analytique qui doit nous imposer ? tous une certaine exigence - sp?cialement au moment o? nous ne pouvons pas aider un patient qui est dans une d?tresse ?vidente. Car, si mon argument jusqu'ici est juste, nous avons tous un certain besoin de satis?faire nos pulsions (drive) parentales et r?paratives pour contrecarrer l'instinct de mort; mais nous sommes beaucoup plus limit?s dans les moyens de le faire que ne le sont un vrai parent, un ?ducateur ou n'importe quelle autre sorte de th?ra?peute. Nous sommes r?duits ? donner des interpr?tations (7) et notre capacit? de les donner d?pend du fait que nous continuons ? comprendre notre patient. Si cette compr?hension fait d?faut, comme cela doit ?tre le cas de temps en temps, nous n'avons pas d'autre th?rapie sur laquelle nous rabattre. Voil? donc une situation particuli?re ? l'analyse lorsque le manque de compr?hension est susceptible de provoquer de l'angoisse, consciente ou inconsciente, et l'angoisse de diminuer plus encore la compr?hension. C'est ? l'origine de cette sorte de cer?cle vicieux que je suis amen? ? imputer toute d?viation du sentiment contre ?transf?rentiel normal.
Si l'analyste est en fait perturb?, il est aussi vraisemblable que le patient a inconsciemment contribu? ? ce r?sultat, et en est ? son tour perturb?. Nous avons alors trois facteurs ? consid?rer: d'abord le trouble de l'analyste, car il se peut qu'il ait ? y faire face, silencieusement en lui-m?me, avant de pouvoir s'en d?gager suffisamment pour comprendre les deux autres; ensuite le r?le du patient ? le faire surgir, et enfin son effet sur lui. Il va de soi que ces facteurs peuvent ?tre tous les trois reconnus en quelques secondes et alors le contre? transfert fonctionne comme un d?licat r?cepteur. Mais je vais discuter du pre?mier temps d'abord comme si c'?tait un processus qui a une certaine dur?e - ce qui arrive quelquefois.
LE R?LE DU SURMOI DE L'ANALYSTE
La mesure dans laquelle un analyste est troubl? par des p?riodes de non-compr??hension d?pendra probablement en premier lieu d'un autre facteur: la s?v?rit? de son propre surmoi. Car l'analyse est aussi une sorte de travail exig? de nous par cette figure interne - qu'incidemment un patient exigeant peut quelquefois venir ? repr?senter. Si notre surmoi est surtout amical et secourable, nous pou?vons tol?rer nos propres limitations sans d?tresse excessive et, n'?tant pas trou?bl?s, nous aurons plus de chances de retrouver rapidement le contact avec le patient. Mais s'il est s?v?re, nous pouvons prendre conscience d'un sentiment d'?chec comme l'expression d'une culpabilit? pers?cutive ou d?pressive, incons?ciente. Ou alors, comme d?fense contre de tels sentiments, nous risquons d'en accuser le patient.
Le choix de l'une ou l'autre de ces alternatives me semble d?terminer quel?que chose d'autre, aussi bien. Car, lorsque cette interaction entre introjection et
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projection, qui caract?rise le processus de l'analyse, s'effondre, l'analyste est susceptible de rester coinc? dans l'une ou l'autre de ces deux positions et ce qu'il fait de sa culpabilit? peut d?terminer la position dans laquelle il reste coinc?. S'il accepte la culpabilit? il risque fort de rester coinc? avec un patient introject?. S'il la projette, le patient demeure une figure incompr?hensible du monde externe.
EXEMPLES D'UNE INTROJECTION ET D'UNE PROJECTION PROLONG?ES
Un exemple de la premi?re alternative, soit l'introjective, peut ?tre rencontr? quand l'analyste vient ? se soucier excessivement, ? la fois pour lui-m?me et pour son patient, d'une s?ance qui s'est mal pass?e. Il peut avoir l'impression d'avoir retrouv? certains de ses anciens probl?mes et d'?tre charg? quasi physi?quement de ceux de son patient, aussi bien. C'est seulement en distinguant l'un de l'autre qu'il peut voir ce qu'il a rat? et ? nouveau extraire de lui-m?me, le patient.
Souvent, vers la fin d'une s?ance ou d'une semaine, c'est quelque chose qu'il pense avoir rat? et alors il a en lui tout ce que l'on peut supposer de la frustra?tion du patient. Ceci peut para?tre comme une autopunition pour avoir incons?ciemment cherch? ? blesser le patient. Mais on peut se demander si le patient n'a pas contribu? ? la d?tresse de l'analyste, si le fait de laisser son analyste avec un probl?me non r?solu ? son propos n'est pas sa fa?on de se projeter dans l'ana?lyste ? la fois pour le punir de la s?paration redout?e et l'?viter.
En d'autres termes, il pourra y avoir symbiose entre la tendance de l'analyste ? prolonger l'introjection d'un patient qu'il ne peut ni comprendre ni aider et la tendance du patient ? projeter des parties de lui-m?me dans l'analyste qui n'est pas en train de l'aider, comme l'a d?crit M?lanie Klein. (Ceci peut ?tre parti?culi?rement g?nant si c'est de sa propre destructivit? que le patient est le plus anxieux de se d?barrasser.)
Dans de tels cas la raison premi?re de la lenteur de l'analyste ? comprendre et ? reprojeter le patient est peut-?tre le fait que le patient repr?sente quelque chose de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre rapidement. S'il n'y arrive toujours pas et qu'il ne peut pas supporter l'impression d'?tre accabl? par le patient, comme par une figure non r?parable ou pers?cutrice en lui, il est pro?bable qu'il aura recours ? une reprojection de type d?fensif qui exclut le patient et cr?e un obstacle suppl?mentaire ? la compr?hension.
S'il en est ainsi une nouvelle complication peut surgir si l'analyste, en proje?tant le patient, projette aussi certains aspects de lui-m?me. Il aura alors l'occa?sion d'explorer ? l'int?rieur de lui-m?me la mise en oeuvre de ces m?canismes d'identification projective que, sous l'influence de M?lanie Klein, Rosenfeld et d'autres ont explor? avec tant de profit chez des patients schizophr?nes (8). Nous n'avons pas ? en ?tre ?tonn?s, car la d?couverte de m?canismes pathologi?ques dans la maladie mentale est habituellement suivie du rep?rage de leur exis?tence, moins ?vidente, aussi chez les gens normaux.
Un exemple ? au ralenti ? du type de processus auquel je pense peut se retrouver dans l'exp?rience assez banale d'un week-end. Pour un court moment, apr?s avoir fini son travail de la semaine, l'analyste peut ?tre consciemment pr?occup? par un certain probl?me non r?solu de ses patients. Puis il les oublie; mais apr?s la p?riode de souci conscient vient une p?riode d'apathie pendant laquelle il est d?tach? des int?r?ts personnels qui meublent habituellement son temps libre. Je fais l'hypoth?se que ceci est d? ? ce que dans le fantasme il a projet? avec ses patients des parties de lui-m?me et doit attendre en quelque sorte que ceux-ci lui reviennent.
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Quand cette perte partielle du self a lieu pendant une s?ance, elle est souvent ressentie comme une perte de puissance intellectuelle. L'analyste se sent stupide. Le patient a, probablement, bien contribu? ? ce r?sultat. Peut-?tre, frustr? en ne recevant pas imm?diatement une interpr?tation, a-t-il inconsciemment souhait? castrer son analyste et, en le traitant comme s'il l'?tait, a contribu? ? ce qu'il se sente castr? (9).
Un exemple compliqu? extrait de ma propre exp?rience pourrait illustrer l'op?ration simultan?e de tous ces processus. Car alors que le th?me dominant ?tait mon introjection' d'un patient qui souhaitait projeter sa maladie en moi, je ressentis ?galement l'impression qu'il m'avait d?rob? mes esprits.
Un patient n?vros? chez qui pr?dominaient des m?canismes parano?des et schizo?des arriva ? une s?ance dans une angoisse consid?rable n'ayant pas pu tra?vailler ? son bureau. ?galement il s'?tait aussi senti ind?cis sur le chemin comme s'il pouvait se perdre ou se faire ?craser. Il se m?prisait d'?tre inutile. Me souve?nant d'un ?pisode semblable, pendant lequel il s'?tait senti d?personnalis? tout un week-end et avait r?v? qu'il avait laiss? son ? radar ? pos? dans un magasin et qu'il ne pourrait pas le r?cup?rer avant le lundi, je pensais qu'il avait, dans son fantasme, laiss? en moi des parties de son good self. Mais je n'?tais pas tr?s s?r de ceci ni d'autres interpr?tations que je commen?ais ? donner. Quant ? lui, il se mit rapidement ? les rejeter toutes avec un sentiment de col?re grandissant et en m?me temps me maltraitant parce que je ne l'aidais pas. A la fin de la s?ance il n'?tait plus d?personnalis?, mais en revanche tr?s en col?re et m?prisant. C'?tait moi qui me sentais inutile et m?dus?.
Quand par la suite je reconnus que l'?tat dans lequel j'?tais ? la fin de la s?ance ressemblait ? celui qu'il avait d?crit comme le sien au d?but, je pus presque sentir le soulagement d'une reprojection. Mais avant que cela n'arrive la s?ance ?tait d?j? finie. Il ?tait de la m?me humeur au d?but de la s?ance suivante - encore tr?s en col?re et m?prisant. Je lui dis alors que je pensais qu'il sentait qu'il m'avait r?duit ? l'?tat de vague inutilit? qu'il avait lui-m?me ?prouv? et qu'il sentait qu'il avait fait ceci en me mettant ? sur la sellette ? - posant des questions et rejetant les r?ponses - comme l'avait fait son p?re l?gal. Sa r?ac?tion fut frappante. Pour la premi?re fois en deux jours il se tranquillisa et devint pensif. Il dit alors que cela expliquait pourquoi il avait ?t? si en col?re contre moi la veille: il avait l'impression que toutes mes interpr?tations se rapportaient ? ? ma maladie ? et non ? la sienne. '
Je fais l'hypoth?se que, comme dans un film au ralenti, nous pouvons voir ici plusieurs processus distincts qui, dans une phase analytique id?ale ou ?nor?male ?, devraient se d?rouler extr?mement rapidement. Je pense que j'ai com?menc?, en quelque sorte, ? accueillir en moi mon patient et ? m'identifier introjectivement ? lui aussit?t qu'il s'est allong? et a parl? de sa d?tresse tr?s vive. Mais je n'ai pas pu aussit?t la reconna?tre comme correspondant ? quelque chose que j'avais d?j? compris de moi-m?me et, pour cette raison, j'ai ?t? lent ? m'en d?barrasser gr?ce ? un processus d'explication et, ce faisant, de la soulager en lui. Pour sa part, il se sentait frustr? de ne pas obtenir d'interpr?tation effi?cace et r?agit en projetant sur moi la conscience de son impuissance, se compor?tant en m?me temps comme s'il m'avait pris ce qu'il ressentait avoir perdu l'intelligence vive mais agressive de son p?re avec laquelle il attaquait en moi son self impuissant. A ce point il ?tait ?videmment inutile d'essayer de reprendre le fil l? o? je l'avais auparavant perdu. Une nouvelle situation avait surgi qui nous avait affect?s tous les deux. Et avant que le r?le de mon patient dans
6. Une autre source donne projection. Money-Kyrle, Collected papers, Ed. by Donald Meltzer with the assistance of Mrs Edna U Shaughnessy, The Roland Harris Educational Trust, first published in 1978. Clame Press Strath Tay, Perthshire.
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l'?mergence de celle-ci puisse ?tre interpr?t?, j'ai d? faire un peu d'autoanalyse silencieuse, mettant en jeu la distinction de deux choses que l'on peut ressentir comme tr?s semblables: mon propre sentiment d'incomp?tence du fait d'avoir perdu le fil et le m?pris de mon patient pour son self impuissant, qu'il sentait ?tre en moi. M'?tant fait cette interpr?tation, je pouvais faire part de la seconde moiti? ? mon patient et ce faisant restaurer la situation analytique normale.
Selon Bion (10), la capacit? de faire cette sorte de distinction (et ceci beau?coup plus rapidement que dans l'exemple cit?)' est une part importante de l'usage que l'on peut faire de son contre-transfert dans l'int?r?t de l'analyse.
LE CONTRE-TRANSFERT POSITIF ET N?GATIF
Pour en venir maintenant au contre-transfert dans le sens ?troit d'un sentiment positif ou n?gatif, excessif, il s'agit souvent d'un r?sultat indirect des frustrations qui surviennent lorsqu'un patient en d?tresse n'est pas compris et qu'aucune interpr?tation efficace ne peut ?tre donn?e. Car l'analyste dont la pulsion (impulse) r?parative est d?tourn?e de son issue analytique normale peut incons?ciemment ?tre enclin soit ? offrir en ?change une certaine forme d'amour, soit ? devenir hostile ? son patient. Pendant ce temps, le patient peut faciliter le pro?cessus en essayant de provoquer l'un ou l'autre de ces affects chez son analyste qui a d'autant plus de chance de r?pondre ? l'humeur de son patient justement parce qu'il a perdu son empathie avec cette humeur.
Maintenant, quelque scrupuleusement que nous puissions r?primer un exc?s de sentiment positif ou n?gatif de ce type, le patient vraisemblablement le sen?tira inconsciemment. Il surgit alors une nouvelle situation dans laquelle il se pourra sans doute qu'il faille interpr?ter sa r?ponse ? notre humeur.
Si, par exemple, le contre-transfert est trop positif, le patient peut r?pondre ? notre int?r?t ?motionnel accru en se plaignant que nous n'avons aucun int?r?t ?motionnel. Nous ne le contredisons pas comme il pourrait le souhaiter. Mais il serait peut-?tre appropri? de lui dire qu'il croit nous attirer et doit le d?nier pour ?viter la responsabilit? de la s?duction car il peut s'agir d'un pattern pr?coce important. ?tant enfant, il a peut-?tre pu se rendre compte inconsciemment de l'embarras qu'il provoquait chez un de ses parents, par exemple chez sa m?re qui aurait craint d'?tre excit?e par ses caresses. Le sentiment d'?tre rejet? pourrait avoir empoisonn? toute sa vie, en tant qu'il ?tait devenu n?cessaire pour neutra?liser sa culpabilit? d'avoir essay? de la s?duire. S'il en est ainsi, l'interpr?tation de la r?p?tition de son pattern dans le transfert peut permettre au patient de se r?a?juster non seulement ? l'attitude de son analyste, mais aussi ? l'attitude de son parent r?el.
Mais si cela passe inaper?u et qu'on n'en pointe pas les effets, l'offre incons?ciente d'amour au lieu d'interpr?tations efficaces peut perturber l'analyse de plusieurs fa?ons. L'analyste, par exemple, peut entretenir le clivage, directement dans son esprit et indirectement dans celui de son patient, entre lui-m?me comme bon parent et les vrais parents comme mauvais. Alors le patient ne pourra probablement jamais prendre conscience de sa culpabilit? vis-?-vis d'eux - une culpabilit? qui, assez paradoxalement, risque d'?tre d'autant plus grande s'ils ?taient vraiment mauvais car elle est proportionnelle ? sa propre ambiva?lence. Si cette culpabilit? n'est pas reprise dans l'analyse, le patient ne peut pas perlaborer (work-through) cette phase pr?coce d?crite comme position d?pres?sive par M?lanie Klein, phase pendant laquelle l'enfant qui se d?veloppe com?mence ? se rendre compte et ? ?tre malheureux du conflit entre sa haine et son amour.
7. Parenth?ses ajout?es par nous.
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Quant aux attitudes n?gatives envers un patient qui r?sulteraient d'une d?faillance temporaire de sa compr?hension, elles appara?traient plus sp?cialement quand le patient devient pers?cuteur, parce qu'on le ressent comme incurable. Alors, comme auparavant, la triple t?che de l'analyste est d'abord de devenir conscient de ce m?canisme de d?fense en lui-m?me, puis de la part qu'a eue son patient ? le susciter et enfin de ses effets sur lui.
Pour reprendre d'abord ce dernier point: le patient de type parano?de dont j'ai fait ?tat plus haut qui m'a ha? pendant des ann?es et semblait ne faire aucun progr?s notable, peut facilement tenir lieu des propres objets pers?cuteurs et mauvais de chacun dont on aimerait ? se d?barrasser. De tels sentiments se tra?hissent eux-m?mes dans le soupir de soulagement apr?s la derni?re s?ance de la semaine, ou avant des vacances. La premi?re impulsion (impulse) peut ?tre de r?primer de tels sentiments hostiles, mais si l'on ne se permet pas d'en prendre conscience on peut passer ? c?t? de leur influence sur l'inconscient du patient. Par exemple, il m'est arriv? de ressentir que les occasions o? ce patient me reje?tait avec une violence plus qu'ordinaire suivaient plut?t que pr?c?daient des moments o? j'aurais ?t? vraiment heureux de m'en d?barrasser. Mon interpr?ta?tion que c'?tait lui qui se sentait rejet? eut alors plus de succ?s.
J'ai aussi vu plus clairement que les fois o? j'?tais conscient de ne pas l'aimer suivaient des moments o? j'avais d?sesp?r? de l'aider. Et je commen?ais ? me demander si lui, de son c?t?, ne me poussait pas ? d?sesp?rer et, si c'?tait le cas, quelles ?taient ses raisons. Plusieurs ?taient en jeu dont la plus importante ?tait peut-?tre que, dans son fantasme, aller mieux ?quivalait au renoncement ? une composante homosexuelle interne non reconnue. Il souhaitait inconsciemment me prouver que ceci ne pouvait pas ?tre fait. En attendant il s'attaquait ? moi consciemment parce que je ne le gu?rissais pas, c'est-?-dire parce que je ne le d?barrassais pas de cette pulsion (impulse) et, inconsciemment, parce que je ne la satisfaisais pas.
CONCLUSION
Si ce que j'ai dit jusqu'ici ne touche que la frange d'un sujet extr?mement compliqu?, cela permet au moins d'?baucher des r?ponses aux questions avec les?quelles j'ai commenc?: Qu'est-ce que le contre-transfert ? normal ? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les pertur?bations et, par l?-m?me, peut-?tre les utiliser pour pousser plus loin une analyse?
La motivation de l'analyste est un m?lange de curiosit? et de pulsions (drive) parentales et r?paratives. Ses outils consistent ? la fois en son savoir th?orique sur l'inconscient et en la connaissance personnelle qu'il a des manifestations de l'inconscient acquises dans sa propre analyse. Mais c'est avec l'usage de celle-ci que nous sommes ici pr?occup?s, c'est-?-dire avec son insight, lequel consiste dans sa capacit?, gr?ce ? une identification partielle ? son patient, de mettre ? l'?uvre la connaissance de son propre inconscient pour interpr?ter le comporte?ment de son patient. Quand tout va bien cette identification para?t osciller entre ces formes introjectives et projectives. L'analyste, en quelque sorte, absorbe l'?tat d'esprit du patient gr?ce aux associations qu'il entend et aux attitudes qu'il observe, le reconna?t comme l'expression d'un certain pattern de son pro?pre monde fantasmatique inconscient et reprojette le patient dans l'acte de formuler son interpr?tation. Dans cette phase il se peut qu'il ressente le senti?ment de comprendre utilement son patient de l'int?rieur ce qui satisfait ? la fois sa curiosit? et ses pulsions (drive) r?paratives. Jusqu'? un certain point son int??r?t est aussi parental car, pour le parent, l'enfant est son self pr?coce et c'est avec ce m?me enfant dans le patient que l'analyste est le plus pr?occup?. Son
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sentiment de pouvoir communiquer avec lui, son empathie, incluent son senti?ment contre-transf?rentiel ?normal?.
Ce qui permet au processus de se poursuivre, ce sont les actes r?p?t?s de rep?rage par l'analyste dans la phase introjective que tel et tel pattern d'?motion absorb?e expriment tel et tel fantasme de son propre inconscient. Et ce qui fait rupture dans cette relation est un ?chec dans ce rep?rage.
La cause d'un ?chec peut ?tre quelque chose qui est encore craint parce que pas encore pleinement compris dans l'analyste dont le patient s'est trop rappro?ch?. Mais le r?sultat peut ne pas ?tre autre qu'un retard dans le processus analy?tique qui nous permet d'autant mieux d'observer ces phases distinctes. Ceci arrive en particulier quand c'est la premi?re - ou phase introjective - qui est ralentie. L'analyste se sent alors accabl? par le patient aussi bien que par quelque chose de son ancien self immature. Il doit alors faire plus lentement ce qu'? d'autres moments il fait aussit?t: prendre conscience des fantasmes qui sont en lui, reconna?tre leur origine, distinguer ceux du patient des siens propres et ainsi l'objectiver ? nouveau.
Mais l'analyste peut aussi avoir ? traiter de deux autres facteurs qui sont beaucoup moins en ?vidence quand le processus va tr?s vite. Ceux-ci sont la part qu'apporte le patient - en particulier son usage de l'identification projective - ? la perturbation des ?motions de l'analyste, et l'effet que celles-ci pourraient avoir ? leur tour sur le patient.
Il peut se faire cependant que l'analyste ne r?ussisse pas ? trier tout cela en lui-m?me avant de reprojeter le patient comme quelque chose d'incompris ou d'?tranger dans le monde ext?rieur. Alors, puisque ses pulsions (impulse) r?para?tives ne peuvent trouver d'issue dans des interpr?tations efficaces, il pourrait ?tre tent? de se rabattre sur une certaine forme de r?assurance ? la place. Ou bien, s'il d?sesp?re de ses pouvoirs r?paratifs, il pourrait se d?fendre contre la d?pression en se mettant en col?re contre son patient. Quel que soit le cas, son intuition l'a provisoirement l?ch? et donc toute interpr?tation qu'il fera ne pourra se fonder que sur sa connaissance de la th?orie qui par elle-m?me a de fortes chances d'?tre un substitut st?rile d'une combinaison par ailleurs f?conde des deux.
Si nous ?tions des analystes omniscients le seul contre-transfert dont nous aurions l'exp?rience serait celui appartenant ? ces p?riodes intuitives quand tout va bien. En fait, les ?tats moins satisfaisants que j'ai essay? de d?crire, dans les?quels nos sentiments sont perturb?s au moins jusqu'? un certain point, prennent probablement beaucoup plus de temps analytique que nous sommes pr?ts ? admettre et ? nous en souvenir. Cependant c'est pr?cis?ment dans ces ?tats, je pense, que l'analyste, en analysant en silence ses propres r?actions, peut augmen?ter son insight, diminuer ses difficult?s et en apprendre davantage sur son patient.
NOTES ET R?F?RENCES
(1) L'usage du contre-transfert comme un ? instrument de recherche? a ?t? sp?cialement ?tudi? par Paula Heimann (? On counter-transference?, Int. J. Psycho-Anal., 1950, 31). C'est-?-dire qu'elle a insist? sur ses causes chez le patient, tandis que Margaret Little
(?counter-transference and the Patient's Response to it? Int. J. Psycho-Anal., 1951, 32) a soulign? ses effets sur lui. Ceci aussi est ?videmment un aspect important. Mais en interpr?tant la r?action du patient ? notre contre-transfert. les opinions varient quant au fait, comme elle le pense. que nous devrions parfois ?tre pr?ts ? lui avouer ce que fut notre contre-transfert - au lieu de nous limiter a interpr?ter ce qu'il a ? l'esprit, et nom?m?ment ses croyances au sujet de notre attitude.
(2) Heimann, Paula, ibid.
(3) Clifford Scott et Paula Heimann ont insist? respectivement sur la sublimation de la curiosit? et des pulsions (impulse) parentales dans les d?bats scientifiques de la British Psycho-Analytical Society. Mais je n'ai trouv? aucune r?f?rence sp?cifique ? ces points
particuliers dans aucun de leurs articles publi?s. Dans ? Problems of the training ana?lysis? (Int. J. Psycho-Anal., 1954, 35) cependant, Paula Heimann fait implicitement r?f?rence aux dangers d'un exc?s de sublimation parentale.
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(4) inversement. en d?couvrant de nouveaux patterns chez un patient, l'analyste peut faire un progr?s ? postuniversitaire ? dans sa propre analyse.
(5) Annie Reich Parle d'une ?identification de courte dur?e? (?On Counter-Transference?, In t. J. Psycho-Anal., 1951, 32), et Paula Heimann d'identification dans des formes ? la fois introjective et projective dans ? Problems of the Training analysis ? cit? plus haut. (6) Klein, M?lanie. ? Notes on some Schizo?d Mechanisms ?, Int. J. Psycho-Anal., 1946, 27, et dans Developments in Psycho-Analysis, 1952. Je pense que la distinction entre iden?tification introjective et projective est implicite bien que pas tr?s clairement sp?cifi?e dans l'article de Freud ? Group Psychology and the Analysis of the Ego ?.
(7) Le degr? auquel nous sommes en fait r?duits ? de pures interpr?tations d?pend, dans une certaine mesure, de notre ?cole. Nous sommes tous d'accord sur le fait que notre r?le principal est de donner des interpr?tations. Personne ne nie que nous am?nageons un certain cadre dans lequel nous les donnons: nous fournissons le confort physique d'un divan et nous pr?servons une certaine biens?ance avec des variations mineures selon les exigences des diff?rents patients, certains souhaitant serrer la main avant ou apr?s chaque s?ance, d'autres pas et ainsi de suite. Mais les opinions diff?rent sur le fait qu'une fois ?tabli, le cadre devrait ?tre d?lib?r?ment remani?. Ainsi Winnicot, si je le comprends bien, a d?montr? que certains patients psychotiques ne pouvaient qu'?tablir une relation ? un objet id?al qu'ils n'ont jamais eu et que l'analyste peut avoir ? jouer ce r?le avant que l'analyse proprement dite puisse d?marrer. En d'autres termes cela en soi n'est pas suffisant pour interpr?ter les efforts que fait le patient pour lui imposer ce r?le. (N.d.t. ?)
(8) Klein, M?lanie, Ibid. Rosenfeld, H., ? Transference Phenomena and Transference Analy?sis in an Acute Catatonic Schizophrenic Patient ?, Int. J. Psychol.-Anal., 1952, 33.
(9) S'il en est ainsi, le patient risque aussi de l'introjecter dans cet ?tat et ensuite d'avoir plus d?sesp?r?ment besoin que jamais d'aide ext?rieure. A de tels moments, l'analyste peut prendre conscience de fa?on d?sagr?able que le patient exige instamment ce qu'il est le moins capable de donner, consciemment une bonne interpr?tation, inconsciem?ment un sein ou un p?nis que ni l'un ni l'autre n'ont actuellement l'impression de poss?der.
(10) Bion, W.R., ? Language and the Schizophrenic ?, chap. 9, dans New Directions in Psycho?Analysis, 1955. ?dit? par M?lanie Klein, Paula Heimann et R.E.Money-Kyrle. Comment exactement un patient r?ussit ? imposer un fantasme et son affect correspondant ? son analyste en vue de le nier en lui-m?me est un probl?me tr?s int?ressant. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'admettre une certaine forme de communication extrasenso?rielle. En revanche la communication peut ?tre de type pr?verbale ou archa?que - sem?blable peut-?tre ? celle employ?e par les animaux gr?gaires chez qui la posture ou l'appel d'un seul d'entre eux suscitera l'affect correspondant chez les autres. Dans la situation analytique un trait distinctif de communication de ce type est que, ? premi?re vue, elle ne semble pas du tout avoir ?t? produite par le patient. L'analyste ressent l'affect comme ?tant sa propre r?ponse ? quelque chose. Ce qui est exig? est de diff?rencier la contribution du patient de la sienne propre.
XIV
371
NOTE D'?DITION Notre interrogation sur les modalit?s d'?tablissement de ?l'alg?bre? de Lacan se poursuit.
Apr?s les questions surgies avec le A et le a, c'est ? celles du grand et du petit phi que nous sommes maintenant confront?s. Jusqu'o? la syst?matisation d'une ?criture propre aux ? petites lettres ? de l'appareil conceptuel lacanien peut-elle ?tre pouss?e?
Faute d'avoir tranch? sur cette question, ce sont des consid?rations de lisibilit? qui ont pr?valu.
Ainsi nous ?crivons
Nous introduisons les lettres grecques sans crochets dans le texte, de la place du transcripteur; mais nous maintenons ? la suite la trace de ce qu'a entendu la st?notypiste: le nom de ces lettres, tel que Lacan l'a prononc?..
III
372
Bien cordialement, Guy.
Le 1/12/05 22:52, ? Psychanalyse ? <psychanalyse at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui, j'ai ce texte quelque part sous une pile "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations chez Lacan", mais l'?diteur est Ivoire Clair : c'est en libre diffusion sur Internet ; il suffit de taper "d?viation" et "Lacan" sur Google, c'est gratuit.
Bonne soir?e M.R. ----- Original Message ----- From: Liliane.Fainsilber To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, December 01, 2005 9:11 AM Subject: un texte de Roger Money -Kyrle
Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
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Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
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Cher Sven, il me faut un peu de temps car c'est plus une piste de travail qu'une ?laboration pour l'instant. Mais en tout cas ?a m'int?resse beaucoup. Je vous en donne des nouvelles dans quelques jours. en tout cas c'est vrai que ?a ?claire de fa?on tout ? fait inattendue et renouvel?e toute la d?marche de Lacan autour de la passe. amicalement. liliane. ----- Original Message ----- From: "sven" <svenroc at freesurf.fr> To: "Liliane.Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, December 02, 2005 11:28 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Re: un texte de Roger Money -Kyrle lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonsoir Liliane, J'ai l'impression que vous avez trouv? quelque chose de tr?s bien. Pourriez-vous d?ployer un peu les fils, sur Lut?cium ou sur sur votre site? Je pense en particulier ? la passe, non pas comme "institution", mais plut?t comme instituition, c'est ? savoir comment ?a peut passer, ?ventuellement par un bord incognito qui dirait peut-?tre "champs de l'objet a", donc moins partiel que les occurrences. Est-ce lisible? amicalement, Sven Le 2 d?c. 05, ? 12:00, Liliane.Fainsilber a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cher Guy, un grand merci.
Ce texte est tr?s important surout si on lui fait prendre place dans la s?rie de textes sur lesquels Lacan a pris appui pour en d?gager dans le s?minaire de l'Angoisse, cettte fonction de l'objet a comme cause du d?sir mais aussi sa math?matisation. C'est dans ce s?minaire du transfert que se dessine en effet une fabuleuse filiation, ? partir du banquet de Platon, avec l'agalma de Socrate : Lacan reprend en effet l'amour partiel d'Abraham, le bon et le mauvais objet kleinien. Puis dans cette observation de Money-Kyrle, il rep?re comment l'analyste se trouve fort encombr? de l'objet partiel de son analysant qu'il avait en quelque sorte ingurgit?. il reprend enfin la c?l?bre observation de Bouvet o? cette fois-ci c'est l'analyste qui offre en pature ? son analysante son objet partiel, sous la forme du phallus. J'ai un peu forc? la note mais je vais l'?crire sous une forme plus rigoureuse, ?a vaut la peine, parce que c'est ? partir de cette ?laboration autour de l'objet a dans ce s?minaire de l'angoisse, que Lacan y mettra en jeu, et justement ? partir de cette notion du contre-transfert qu'il remet radicalement en cause (avec cet objet a), qu'il d?gage ce qu'il en est de cette sorte de d?sir privil?gi? ou encore averti qu'est le d?sir du psychanalyste. Amicalement. Liliane. Le go?t de la psychanalyse : http://perso.wanadoo.fr/liliane.fainsilber/
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, December 01, 2005 11:59 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Re: un texte de Roger Money -Kyrle
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Liliane, Voici le texte que vous rechercher. R?f. : www.ecole-lacanienne.net
LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL ET CERTAINES DE SES D?VIATIONS
INTRODUCTION
Le contre-transfert est un ancien concept psychanalytique qui a r?cemment ?t? ?largi et enrichi. Autrefois, on pensait que c'?tait surtout une perturbation per?sonnelle que l'on devait ?liminer de soi-m?me par l'analyse. Maintenant on pense aussi qu'il a ses causes et ses effets dans le patient et que c'est par cons??quent une indication de quelque chose ? analyser en lui (1).
Je crois que cet aspect plus r?cemment explor? du contre-transfert peut ?tre utilis? de la fa?on d?crite, par exemple, par Paula Heimann (2), pour r?aliser une importante avanc?e technique. Bien s?r, la d?couverte que le contre-transfert peut servir utilement n'implique pas qu'il ait jamais cess? d'?tre un s?rieux obstacle. Et comme l'un et l'autre aspects existent en fait, nous pouvons conjec?turer qu'il pourrait y avoir un probl?me, quant ? leurs similitudes et ? leurs dif?f?rences, qui m?rite qu'on s'y penche encore. Peut-?tre ce probl?me peut-il ?tre mis sous la forme de trois questions li?es: Qu'est-ce que le contre-transfert ?normal? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les perturbations et par l?-m?me, peut-?tre, les utiliser pour pous?ser plus loin une analyse ?
LE CONTRE-TRANSFERT NORMAL
Quant ? l'attitude normale ou juste de l'analyste ? l'?gard du patient, il y a un certain nombre de points de vue qui ont ?t? cit?s ? la fois dans des articles et dans des d?bats. Freud parlait d'une ? neutralit? bienveillante ?. Pour moi, cela veut dire que l'analyste est soucieux de l'int?r?t de son patient sans s'impliquer ?motionnellement dans les conflits de ce dernier. Cela veut dire aussi, je pense, que l'analyste en vertu de sa compr?hension du d?terminisme psychique a une certaine forme de tol?rance qui est l'oppos? de la condamnation et cependant en aucune fa?on la m?me chose que l'indulgence ou l'indiff?rence.
De nombreux analystes ont mis l'accent sur l'aspect de curiosit? scientifique et il est certain que nous n'irions pas loin sans cette sublimation. Mais, ? elle seule, elle semble un peu trop impersonnelle. Le souci de l'int?r?t du patient vient, je pense, de la fusion de deux autres pulsions (drives)2 fondamentales: la r?parative3 qui neutralise la destructivit? latente en chacun de nous et la paren?tale. Naturellement si elles sont trop intenses, elles trahissent une excessive
1. The International Journal of' Psycho-analysis, vol. XXXVII, 1956. Traduction ?tablie par A. Fontaine, J. Germond et D. Paulin pour st?criture.
2. Nous traduirons syst?matiquement drive par pulsion et laisserons osciller la traduction de impulse (cf. premi?re occurrence p. XI) selon le contexte pulsion ou impulsion. A certains moments Money-Kyrie semble ne pas distinguer drive et impulse.
3. Nous transposons le terme directement de n?ologisme qui nous semble pr?f??rable - pour indexer un concept - ? sa forme adjectivale fran?aise, comme le fait Lacan.
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363
culpabilit? ? propos d'une agressivit? insuffisamment sublim?e qui peut ?tre la cause d'angoisses tr?s perturbantes. Mais dans une certaine mesure, l'une et l'autre sont s?rement normales. Les satisfactions r?paratives de l'analyse sont ?vi?dentes et on en parle souvent. Ainsi, dans une certaine mesure, le patient doit repr?senter les objets endommag?s' du propre fantasme inconscient de l'ana?lyste, objets qui sont toujours mis en danger par l'agression et ont toujours besoin de soin et de r?paration. L'aspect parental a ?t? mentionn? dans des d?bats par Paula Heimann (3). Personne ne sugg?rerait que le patient repr?sente seulement un enfant et pas un semblable (sibling) ou m?me un parent. Mais c'est par l'enfant inconscient dans le patient que l'analyste est le plus concern?; et c'est parce que cet enfant si souvent traite l'analyste comme un tarent. que l'inconscient de l'analyste peut difficilement ?viter de r?agir, dans une certaine mesure, en consid?rant le patient comme un enfant.
Alors, pour un parent, un enfant, au moins en partie, repr?sente un aspect pr?coce de son self. Et ceci me semble important. Car c'est pr?cis?ment parce que l'analyste peut reconna?tre son propre self pr?coce (qui a d?j? ?t? analys?)' dans le patient, qu'il peut analyser le patient (4). Son empathie et son insight, distincts de son savoir th?orique, d?pendent de cette sorte d'identification par?tielle (5).
Mais l'identification peut prendre deux formes: introjective et projective - distinction d?j? pr?sente dans le concept de Freud, dont la signification a ?t? r?cemment produite par M?lanie Klein (6). Nous pouvons par cons?quent nous attendre ? trouver les deux formes dans l'identification partielle de l'analyste ? son patient.
Je vais essayer de formuler ce qui a l'air de se passer quand l'analyse avance bien. Je crois qu'il y a une assez rapide oscillation entre introjection et projec?tion. Alors que le patient parle, l'analyste, en quelque sorte, s'identifiera par introjection ? lui et, l'ayant compris de l'int?rieur, le reprojettera et interpr?tera. Mais je pense que ce dont l'analyste est le plus conscient c'est de la phase projec?tive, ? savoir, la phase pendant laquelle le patient repr?sente une partie ant?rieu?rement immature ou malade de lui-m?me comprenant ses objets endommag?s, qu'il peut maintenant comprendre et par cons?quent traiter par l'interpr?tation, dans le monde externe.
Pendant ce temps le patient re?oit des interpr?tations op?rantes qui l'aident ? trouver de nouvelles associations qui, elles, peuvent ?tre comprises. Aussi long?temps que l'analyste les comprend, cette relation satisfaisante que j'appellerai ?normale?, persistera. En particulier, les sentiments contre-transf?rentiels de l'analyste se borneront ? ce sentiment d'empathie avec le patient, sur lequel son insight se fonde.
LES P?RIODES DE NON-COMPR?HENSION
Chacun, l'analyste pas moins que le patient, serait heureux si la situation que je viens de d?crire et d'appeler ? normale ?, persistait d'un bout ? l'autre du cours d'une analyse. Malheureusement, elle n'est normale que dans le sens d'?tre un id?al. Elle d?pend quant ? sa continuit? du maintien de la compr?hension chez l'analyste. Cependant il n'est pas omniscient, en particulier sa compr?hension fait d?faut chaque fois que le patient correspond de trop pr?s ? un quelconque aspect de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre. En outre, certains
4. Nous adoptons la traduction de damaged propos?e par V. Smirnoff: M. Klein, Envie et gratitude. coll. ?Tel?. 1968.
5 Parenth?ses ajout?es par nous.
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patients sont beaucoup moins coop?rants que d'autres. Il y a des patients avec lesquels les meilleurs des analystes trouvent une grande difficult? ? maintenir le contact - avec lesquels la relation ? normale ? est l'exception plut?t que la r?gle. Et m?me avec des patients coop?rants elle est sujette ? d'assez fr?quentes ruptures.
Nous reconnaissons tout de suite ces ruptures par notre impression que le mat?riel est devenu obscur et que nous avons d'une fa?on ou d'une autre perdu le fil. Alors, quel que soit ce qui en fait a ?t? rat?, le fait de l'avoir rat? cr?e une situation nouvelle qui peut ?tre ressentie comme une tension, aussi bien par l'analyste que par le patient. Bien s?r, quelques analystes - par exemple ceux qui d?sirent le plus vivement la r?assurance d'un succ?s constant - ressentent de telles tensions de fa?on plus aigu? que d'autres. Mais, ? part des diff?rences indi?viduelles, il y a une particularit? de la nature m?me de la technique analytique qui doit nous imposer ? tous une certaine exigence - sp?cialement au moment o? nous ne pouvons pas aider un patient qui est dans une d?tresse ?vidente. Car, si mon argument jusqu'ici est juste, nous avons tous un certain besoin de satis?faire nos pulsions (drive) parentales et r?paratives pour contrecarrer l'instinct de mort; mais nous sommes beaucoup plus limit?s dans les moyens de le faire que ne le sont un vrai parent, un ?ducateur ou n'importe quelle autre sorte de th?ra?peute. Nous sommes r?duits ? donner des interpr?tations (7) et notre capacit? de les donner d?pend du fait que nous continuons ? comprendre notre patient. Si cette compr?hension fait d?faut, comme cela doit ?tre le cas de temps en temps, nous n'avons pas d'autre th?rapie sur laquelle nous rabattre. Voil? donc une situation particuli?re ? l'analyse lorsque le manque de compr?hension est susceptible de provoquer de l'angoisse, consciente ou inconsciente, et l'angoisse de diminuer plus encore la compr?hension. C'est ? l'origine de cette sorte de cer?cle vicieux que je suis amen? ? imputer toute d?viation du sentiment contre ?transf?rentiel normal.
Si l'analyste est en fait perturb?, il est aussi vraisemblable que le patient a inconsciemment contribu? ? ce r?sultat, et en est ? son tour perturb?. Nous avons alors trois facteurs ? consid?rer: d'abord le trouble de l'analyste, car il se peut qu'il ait ? y faire face, silencieusement en lui-m?me, avant de pouvoir s'en d?gager suffisamment pour comprendre les deux autres; ensuite le r?le du patient ? le faire surgir, et enfin son effet sur lui. Il va de soi que ces facteurs peuvent ?tre tous les trois reconnus en quelques secondes et alors le contre? transfert fonctionne comme un d?licat r?cepteur. Mais je vais discuter du pre?mier temps d'abord comme si c'?tait un processus qui a une certaine dur?e - ce qui arrive quelquefois.
LE R?LE DU SURMOI DE L'ANALYSTE
La mesure dans laquelle un analyste est troubl? par des p?riodes de non-compr??hension d?pendra probablement en premier lieu d'un autre facteur: la s?v?rit? de son propre surmoi. Car l'analyse est aussi une sorte de travail exig? de nous par cette figure interne - qu'incidemment un patient exigeant peut quelquefois venir ? repr?senter. Si notre surmoi est surtout amical et secourable, nous pou?vons tol?rer nos propres limitations sans d?tresse excessive et, n'?tant pas trou?bl?s, nous aurons plus de chances de retrouver rapidement le contact avec le patient. Mais s'il est s?v?re, nous pouvons prendre conscience d'un sentiment d'?chec comme l'expression d'une culpabilit? pers?cutive ou d?pressive, incons?ciente. Ou alors, comme d?fense contre de tels sentiments, nous risquons d'en accuser le patient.
Le choix de l'une ou l'autre de ces alternatives me semble d?terminer quel?que chose d'autre, aussi bien. Car, lorsque cette interaction entre introjection et
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projection, qui caract?rise le processus de l'analyse, s'effondre, l'analyste est susceptible de rester coinc? dans l'une ou l'autre de ces deux positions et ce qu'il fait de sa culpabilit? peut d?terminer la position dans laquelle il reste coinc?. S'il accepte la culpabilit? il risque fort de rester coinc? avec un patient introject?. S'il la projette, le patient demeure une figure incompr?hensible du monde externe.
EXEMPLES D'UNE INTROJECTION ET D'UNE PROJECTION PROLONG?ES
Un exemple de la premi?re alternative, soit l'introjective, peut ?tre rencontr? quand l'analyste vient ? se soucier excessivement, ? la fois pour lui-m?me et pour son patient, d'une s?ance qui s'est mal pass?e. Il peut avoir l'impression d'avoir retrouv? certains de ses anciens probl?mes et d'?tre charg? quasi physi?quement de ceux de son patient, aussi bien. C'est seulement en distinguant l'un de l'autre qu'il peut voir ce qu'il a rat? et ? nouveau extraire de lui-m?me, le patient.
Souvent, vers la fin d'une s?ance ou d'une semaine, c'est quelque chose qu'il pense avoir rat? et alors il a en lui tout ce que l'on peut supposer de la frustra?tion du patient. Ceci peut para?tre comme une autopunition pour avoir incons?ciemment cherch? ? blesser le patient. Mais on peut se demander si le patient n'a pas contribu? ? la d?tresse de l'analyste, si le fait de laisser son analyste avec un probl?me non r?solu ? son propos n'est pas sa fa?on de se projeter dans l'ana?lyste ? la fois pour le punir de la s?paration redout?e et l'?viter.
En d'autres termes, il pourra y avoir symbiose entre la tendance de l'analyste ? prolonger l'introjection d'un patient qu'il ne peut ni comprendre ni aider et la tendance du patient ? projeter des parties de lui-m?me dans l'analyste qui n'est pas en train de l'aider, comme l'a d?crit M?lanie Klein. (Ceci peut ?tre parti?culi?rement g?nant si c'est de sa propre destructivit? que le patient est le plus anxieux de se d?barrasser.)
Dans de tels cas la raison premi?re de la lenteur de l'analyste ? comprendre et ? reprojeter le patient est peut-?tre le fait que le patient repr?sente quelque chose de lui-m?me qu'il n'a pas encore appris ? comprendre rapidement. S'il n'y arrive toujours pas et qu'il ne peut pas supporter l'impression d'?tre accabl? par le patient, comme par une figure non r?parable ou pers?cutrice en lui, il est pro?bable qu'il aura recours ? une reprojection de type d?fensif qui exclut le patient et cr?e un obstacle suppl?mentaire ? la compr?hension.
S'il en est ainsi une nouvelle complication peut surgir si l'analyste, en proje?tant le patient, projette aussi certains aspects de lui-m?me. Il aura alors l'occa?sion d'explorer ? l'int?rieur de lui-m?me la mise en oeuvre de ces m?canismes d'identification projective que, sous l'influence de M?lanie Klein, Rosenfeld et d'autres ont explor? avec tant de profit chez des patients schizophr?nes (8). Nous n'avons pas ? en ?tre ?tonn?s, car la d?couverte de m?canismes pathologi?ques dans la maladie mentale est habituellement suivie du rep?rage de leur exis?tence, moins ?vidente, aussi chez les gens normaux.
Un exemple ? au ralenti ? du type de processus auquel je pense peut se retrouver dans l'exp?rience assez banale d'un week-end. Pour un court moment, apr?s avoir fini son travail de la semaine, l'analyste peut ?tre consciemment pr?occup? par un certain probl?me non r?solu de ses patients. Puis il les oublie; mais apr?s la p?riode de souci conscient vient une p?riode d'apathie pendant laquelle il est d?tach? des int?r?ts personnels qui meublent habituellement son temps libre. Je fais l'hypoth?se que ceci est d? ? ce que dans le fantasme il a projet? avec ses patients des parties de lui-m?me et doit attendre en quelque sorte que ceux-ci lui reviennent.
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Quand cette perte partielle du self a lieu pendant une s?ance, elle est souvent ressentie comme une perte de puissance intellectuelle. L'analyste se sent stupide. Le patient a, probablement, bien contribu? ? ce r?sultat. Peut-?tre, frustr? en ne recevant pas imm?diatement une interpr?tation, a-t-il inconsciemment souhait? castrer son analyste et, en le traitant comme s'il l'?tait, a contribu? ? ce qu'il se sente castr? (9).
Un exemple compliqu? extrait de ma propre exp?rience pourrait illustrer l'op?ration simultan?e de tous ces processus. Car alors que le th?me dominant ?tait mon introjection' d'un patient qui souhaitait projeter sa maladie en moi, je ressentis ?galement l'impression qu'il m'avait d?rob? mes esprits.
Un patient n?vros? chez qui pr?dominaient des m?canismes parano?des et schizo?des arriva ? une s?ance dans une angoisse consid?rable n'ayant pas pu tra?vailler ? son bureau. ?galement il s'?tait aussi senti ind?cis sur le chemin comme s'il pouvait se perdre ou se faire ?craser. Il se m?prisait d'?tre inutile. Me souve?nant d'un ?pisode semblable, pendant lequel il s'?tait senti d?personnalis? tout un week-end et avait r?v? qu'il avait laiss? son ? radar ? pos? dans un magasin et qu'il ne pourrait pas le r?cup?rer avant le lundi, je pensais qu'il avait, dans son fantasme, laiss? en moi des parties de son good self. Mais je n'?tais pas tr?s s?r de ceci ni d'autres interpr?tations que je commen?ais ? donner. Quant ? lui, il se mit rapidement ? les rejeter toutes avec un sentiment de col?re grandissant et en m?me temps me maltraitant parce que je ne l'aidais pas. A la fin de la s?ance il n'?tait plus d?personnalis?, mais en revanche tr?s en col?re et m?prisant. C'?tait moi qui me sentais inutile et m?dus?.
Quand par la suite je reconnus que l'?tat dans lequel j'?tais ? la fin de la s?ance ressemblait ? celui qu'il avait d?crit comme le sien au d?but, je pus presque sentir le soulagement d'une reprojection. Mais avant que cela n'arrive la s?ance ?tait d?j? finie. Il ?tait de la m?me humeur au d?but de la s?ance suivante - encore tr?s en col?re et m?prisant. Je lui dis alors que je pensais qu'il sentait qu'il m'avait r?duit ? l'?tat de vague inutilit? qu'il avait lui-m?me ?prouv? et qu'il sentait qu'il avait fait ceci en me mettant ? sur la sellette ? - posant des questions et rejetant les r?ponses - comme l'avait fait son p?re l?gal. Sa r?ac?tion fut frappante. Pour la premi?re fois en deux jours il se tranquillisa et devint pensif. Il dit alors que cela expliquait pourquoi il avait ?t? si en col?re contre moi la veille: il avait l'impression que toutes mes interpr?tations se rapportaient ? ? ma maladie ? et non ? la sienne. '
Je fais l'hypoth?se que, comme dans un film au ralenti, nous pouvons voir ici plusieurs processus distincts qui, dans une phase analytique id?ale ou ?nor?male ?, devraient se d?rouler extr?mement rapidement. Je pense que j'ai com?menc?, en quelque sorte, ? accueillir en moi mon patient et ? m'identifier introjectivement ? lui aussit?t qu'il s'est allong? et a parl? de sa d?tresse tr?s vive. Mais je n'ai pas pu aussit?t la reconna?tre comme correspondant ? quelque chose que j'avais d?j? compris de moi-m?me et, pour cette raison, j'ai ?t? lent ? m'en d?barrasser gr?ce ? un processus d'explication et, ce faisant, de la soulager en lui. Pour sa part, il se sentait frustr? de ne pas obtenir d'interpr?tation effi?cace et r?agit en projetant sur moi la conscience de son impuissance, se compor?tant en m?me temps comme s'il m'avait pris ce qu'il ressentait avoir perdu l'intelligence vive mais agressive de son p?re avec laquelle il attaquait en moi son self impuissant. A ce point il ?tait ?videmment inutile d'essayer de reprendre le fil l? o? je l'avais auparavant perdu. Une nouvelle situation avait surgi qui nous avait affect?s tous les deux. Et avant que le r?le de mon patient dans
6. Une autre source donne projection. Money-Kyrle, Collected papers, Ed. by Donald Meltzer with the assistance of Mrs Edna U Shaughnessy, The Roland Harris Educational Trust, first published in 1978. Clame Press Strath Tay, Perthshire.
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l'?mergence de celle-ci puisse ?tre interpr?t?, j'ai d? faire un peu d'autoanalyse silencieuse, mettant en jeu la distinction de deux choses que l'on peut ressentir comme tr?s semblables: mon propre sentiment d'incomp?tence du fait d'avoir perdu le fil et le m?pris de mon patient pour son self impuissant, qu'il sentait ?tre en moi. M'?tant fait cette interpr?tation, je pouvais faire part de la seconde moiti? ? mon patient et ce faisant restaurer la situation analytique normale.
Selon Bion (10), la capacit? de faire cette sorte de distinction (et ceci beau?coup plus rapidement que dans l'exemple cit?)' est une part importante de l'usage que l'on peut faire de son contre-transfert dans l'int?r?t de l'analyse.
LE CONTRE-TRANSFERT POSITIF ET N?GATIF
Pour en venir maintenant au contre-transfert dans le sens ?troit d'un sentiment positif ou n?gatif, excessif, il s'agit souvent d'un r?sultat indirect des frustrations qui surviennent lorsqu'un patient en d?tresse n'est pas compris et qu'aucune interpr?tation efficace ne peut ?tre donn?e. Car l'analyste dont la pulsion (impulse) r?parative est d?tourn?e de son issue analytique normale peut incons?ciemment ?tre enclin soit ? offrir en ?change une certaine forme d'amour, soit ? devenir hostile ? son patient. Pendant ce temps, le patient peut faciliter le pro?cessus en essayant de provoquer l'un ou l'autre de ces affects chez son analyste qui a d'autant plus de chance de r?pondre ? l'humeur de son patient justement parce qu'il a perdu son empathie avec cette humeur.
Maintenant, quelque scrupuleusement que nous puissions r?primer un exc?s de sentiment positif ou n?gatif de ce type, le patient vraisemblablement le sen?tira inconsciemment. Il surgit alors une nouvelle situation dans laquelle il se pourra sans doute qu'il faille interpr?ter sa r?ponse ? notre humeur.
Si, par exemple, le contre-transfert est trop positif, le patient peut r?pondre ? notre int?r?t ?motionnel accru en se plaignant que nous n'avons aucun int?r?t ?motionnel. Nous ne le contredisons pas comme il pourrait le souhaiter. Mais il serait peut-?tre appropri? de lui dire qu'il croit nous attirer et doit le d?nier pour ?viter la responsabilit? de la s?duction car il peut s'agir d'un pattern pr?coce important. ?tant enfant, il a peut-?tre pu se rendre compte inconsciemment de l'embarras qu'il provoquait chez un de ses parents, par exemple chez sa m?re qui aurait craint d'?tre excit?e par ses caresses. Le sentiment d'?tre rejet? pourrait avoir empoisonn? toute sa vie, en tant qu'il ?tait devenu n?cessaire pour neutra?liser sa culpabilit? d'avoir essay? de la s?duire. S'il en est ainsi, l'interpr?tation de la r?p?tition de son pattern dans le transfert peut permettre au patient de se r?a?juster non seulement ? l'attitude de son analyste, mais aussi ? l'attitude de son parent r?el.
Mais si cela passe inaper?u et qu'on n'en pointe pas les effets, l'offre incons?ciente d'amour au lieu d'interpr?tations efficaces peut perturber l'analyse de plusieurs fa?ons. L'analyste, par exemple, peut entretenir le clivage, directement dans son esprit et indirectement dans celui de son patient, entre lui-m?me comme bon parent et les vrais parents comme mauvais. Alors le patient ne pourra probablement jamais prendre conscience de sa culpabilit? vis-?-vis d'eux - une culpabilit? qui, assez paradoxalement, risque d'?tre d'autant plus grande s'ils ?taient vraiment mauvais car elle est proportionnelle ? sa propre ambiva?lence. Si cette culpabilit? n'est pas reprise dans l'analyse, le patient ne peut pas perlaborer (work-through) cette phase pr?coce d?crite comme position d?pres?sive par M?lanie Klein, phase pendant laquelle l'enfant qui se d?veloppe com?mence ? se rendre compte et ? ?tre malheureux du conflit entre sa haine et son amour.
7. Parenth?ses ajout?es par nous.
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Quant aux attitudes n?gatives envers un patient qui r?sulteraient d'une d?faillance temporaire de sa compr?hension, elles appara?traient plus sp?cialement quand le patient devient pers?cuteur, parce qu'on le ressent comme incurable. Alors, comme auparavant, la triple t?che de l'analyste est d'abord de devenir conscient de ce m?canisme de d?fense en lui-m?me, puis de la part qu'a eue son patient ? le susciter et enfin de ses effets sur lui.
Pour reprendre d'abord ce dernier point: le patient de type parano?de dont j'ai fait ?tat plus haut qui m'a ha? pendant des ann?es et semblait ne faire aucun progr?s notable, peut facilement tenir lieu des propres objets pers?cuteurs et mauvais de chacun dont on aimerait ? se d?barrasser. De tels sentiments se tra?hissent eux-m?mes dans le soupir de soulagement apr?s la derni?re s?ance de la semaine, ou avant des vacances. La premi?re impulsion (impulse) peut ?tre de r?primer de tels sentiments hostiles, mais si l'on ne se permet pas d'en prendre conscience on peut passer ? c?t? de leur influence sur l'inconscient du patient. Par exemple, il m'est arriv? de ressentir que les occasions o? ce patient me reje?tait avec une violence plus qu'ordinaire suivaient plut?t que pr?c?daient des moments o? j'aurais ?t? vraiment heureux de m'en d?barrasser. Mon interpr?ta?tion que c'?tait lui qui se sentait rejet? eut alors plus de succ?s.
J'ai aussi vu plus clairement que les fois o? j'?tais conscient de ne pas l'aimer suivaient des moments o? j'avais d?sesp?r? de l'aider. Et je commen?ais ? me demander si lui, de son c?t?, ne me poussait pas ? d?sesp?rer et, si c'?tait le cas, quelles ?taient ses raisons. Plusieurs ?taient en jeu dont la plus importante ?tait peut-?tre que, dans son fantasme, aller mieux ?quivalait au renoncement ? une composante homosexuelle interne non reconnue. Il souhaitait inconsciemment me prouver que ceci ne pouvait pas ?tre fait. En attendant il s'attaquait ? moi consciemment parce que je ne le gu?rissais pas, c'est-?-dire parce que je ne le d?barrassais pas de cette pulsion (impulse) et, inconsciemment, parce que je ne la satisfaisais pas.
CONCLUSION
Si ce que j'ai dit jusqu'ici ne touche que la frange d'un sujet extr?mement compliqu?, cela permet au moins d'?baucher des r?ponses aux questions avec les?quelles j'ai commenc?: Qu'est-ce que le contre-transfert ? normal ? ? Comment et dans quelles conditions est-il perturb?? Comment peut-on en corriger les pertur?bations et, par l?-m?me, peut-?tre les utiliser pour pousser plus loin une analyse?
La motivation de l'analyste est un m?lange de curiosit? et de pulsions (drive) parentales et r?paratives. Ses outils consistent ? la fois en son savoir th?orique sur l'inconscient et en la connaissance personnelle qu'il a des manifestations de l'inconscient acquises dans sa propre analyse. Mais c'est avec l'usage de celle-ci que nous sommes ici pr?occup?s, c'est-?-dire avec son insight, lequel consiste dans sa capacit?, gr?ce ? une identification partielle ? son patient, de mettre ? l'?uvre la connaissance de son propre inconscient pour interpr?ter le comporte?ment de son patient. Quand tout va bien cette identification para?t osciller entre ces formes introjectives et projectives. L'analyste, en quelque sorte, absorbe l'?tat d'esprit du patient gr?ce aux associations qu'il entend et aux attitudes qu'il observe, le reconna?t comme l'expression d'un certain pattern de son pro?pre monde fantasmatique inconscient et reprojette le patient dans l'acte de formuler son interpr?tation. Dans cette phase il se peut qu'il ressente le senti?ment de comprendre utilement son patient de l'int?rieur ce qui satisfait ? la fois sa curiosit? et ses pulsions (drive) r?paratives. Jusqu'? un certain point son int??r?t est aussi parental car, pour le parent, l'enfant est son self pr?coce et c'est avec ce m?me enfant dans le patient que l'analyste est le plus pr?occup?. Son
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sentiment de pouvoir communiquer avec lui, son empathie, incluent son senti?ment contre-transf?rentiel ?normal?.
Ce qui permet au processus de se poursuivre, ce sont les actes r?p?t?s de rep?rage par l'analyste dans la phase introjective que tel et tel pattern d'?motion absorb?e expriment tel et tel fantasme de son propre inconscient. Et ce qui fait rupture dans cette relation est un ?chec dans ce rep?rage.
La cause d'un ?chec peut ?tre quelque chose qui est encore craint parce que pas encore pleinement compris dans l'analyste dont le patient s'est trop rappro?ch?. Mais le r?sultat peut ne pas ?tre autre qu'un retard dans le processus analy?tique qui nous permet d'autant mieux d'observer ces phases distinctes. Ceci arrive en particulier quand c'est la premi?re - ou phase introjective - qui est ralentie. L'analyste se sent alors accabl? par le patient aussi bien que par quelque chose de son ancien self immature. Il doit alors faire plus lentement ce qu'? d'autres moments il fait aussit?t: prendre conscience des fantasmes qui sont en lui, reconna?tre leur origine, distinguer ceux du patient des siens propres et ainsi l'objectiver ? nouveau.
Mais l'analyste peut aussi avoir ? traiter de deux autres facteurs qui sont beaucoup moins en ?vidence quand le processus va tr?s vite. Ceux-ci sont la part qu'apporte le patient - en particulier son usage de l'identification projective - ? la perturbation des ?motions de l'analyste, et l'effet que celles-ci pourraient avoir ? leur tour sur le patient.
Il peut se faire cependant que l'analyste ne r?ussisse pas ? trier tout cela en lui-m?me avant de reprojeter le patient comme quelque chose d'incompris ou d'?tranger dans le monde ext?rieur. Alors, puisque ses pulsions (impulse) r?para?tives ne peuvent trouver d'issue dans des interpr?tations efficaces, il pourrait ?tre tent? de se rabattre sur une certaine forme de r?assurance ? la place. Ou bien, s'il d?sesp?re de ses pouvoirs r?paratifs, il pourrait se d?fendre contre la d?pression en se mettant en col?re contre son patient. Quel que soit le cas, son intuition l'a provisoirement l?ch? et donc toute interpr?tation qu'il fera ne pourra se fonder que sur sa connaissance de la th?orie qui par elle-m?me a de fortes chances d'?tre un substitut st?rile d'une combinaison par ailleurs f?conde des deux.
Si nous ?tions des analystes omniscients le seul contre-transfert dont nous aurions l'exp?rience serait celui appartenant ? ces p?riodes intuitives quand tout va bien. En fait, les ?tats moins satisfaisants que j'ai essay? de d?crire, dans les?quels nos sentiments sont perturb?s au moins jusqu'? un certain point, prennent probablement beaucoup plus de temps analytique que nous sommes pr?ts ? admettre et ? nous en souvenir. Cependant c'est pr?cis?ment dans ces ?tats, je pense, que l'analyste, en analysant en silence ses propres r?actions, peut augmen?ter son insight, diminuer ses difficult?s et en apprendre davantage sur son patient.
NOTES ET R?F?RENCES
(1) L'usage du contre-transfert comme un ? instrument de recherche? a ?t? sp?cialement ?tudi? par Paula Heimann (? On counter-transference?, Int. J. Psycho-Anal., 1950, 31). C'est-?-dire qu'elle a insist? sur ses causes chez le patient, tandis que Margaret Little
(?counter-transference and the Patient's Response to it? Int. J. Psycho-Anal., 1951, 32) a soulign? ses effets sur lui. Ceci aussi est ?videmment un aspect important. Mais en interpr?tant la r?action du patient ? notre contre-transfert. les opinions varient quant au fait, comme elle le pense. que nous devrions parfois ?tre pr?ts ? lui avouer ce que fut notre contre-transfert - au lieu de nous limiter a interpr?ter ce qu'il a ? l'esprit, et nom?m?ment ses croyances au sujet de notre attitude.
(2) Heimann, Paula, ibid.
(3) Clifford Scott et Paula Heimann ont insist? respectivement sur la sublimation de la curiosit? et des pulsions (impulse) parentales dans les d?bats scientifiques de la British Psycho-Analytical Society. Mais je n'ai trouv? aucune r?f?rence sp?cifique ? ces points
particuliers dans aucun de leurs articles publi?s. Dans ? Problems of the training ana?lysis? (Int. J. Psycho-Anal., 1954, 35) cependant, Paula Heimann fait implicitement r?f?rence aux dangers d'un exc?s de sublimation parentale.
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(4) inversement. en d?couvrant de nouveaux patterns chez un patient, l'analyste peut faire un progr?s ? postuniversitaire ? dans sa propre analyse.
(5) Annie Reich Parle d'une ?identification de courte dur?e? (?On Counter-Transference?, In t. J. Psycho-Anal., 1951, 32), et Paula Heimann d'identification dans des formes ? la fois introjective et projective dans ? Problems of the Training analysis ? cit? plus haut. (6) Klein, M?lanie. ? Notes on some Schizo?d Mechanisms ?, Int. J. Psycho-Anal., 1946, 27, et dans Developments in Psycho-Analysis, 1952. Je pense que la distinction entre iden?tification introjective et projective est implicite bien que pas tr?s clairement sp?cifi?e dans l'article de Freud ? Group Psychology and the Analysis of the Ego ?.
(7) Le degr? auquel nous sommes en fait r?duits ? de pures interpr?tations d?pend, dans une certaine mesure, de notre ?cole. Nous sommes tous d'accord sur le fait que notre r?le principal est de donner des interpr?tations. Personne ne nie que nous am?nageons un certain cadre dans lequel nous les donnons: nous fournissons le confort physique d'un divan et nous pr?servons une certaine biens?ance avec des variations mineures selon les exigences des diff?rents patients, certains souhaitant serrer la main avant ou apr?s chaque s?ance, d'autres pas et ainsi de suite. Mais les opinions diff?rent sur le fait qu'une fois ?tabli, le cadre devrait ?tre d?lib?r?ment remani?. Ainsi Winnicot, si je le comprends bien, a d?montr? que certains patients psychotiques ne pouvaient qu'?tablir une relation ? un objet id?al qu'ils n'ont jamais eu et que l'analyste peut avoir ? jouer ce r?le avant que l'analyse proprement dite puisse d?marrer. En d'autres termes cela en soi n'est pas suffisant pour interpr?ter les efforts que fait le patient pour lui imposer ce r?le. (N.d.t. ?)
(8) Klein, M?lanie, Ibid. Rosenfeld, H., ? Transference Phenomena and Transference Analy?sis in an Acute Catatonic Schizophrenic Patient ?, Int. J. Psychol.-Anal., 1952, 33.
(9) S'il en est ainsi, le patient risque aussi de l'introjecter dans cet ?tat et ensuite d'avoir plus d?sesp?r?ment besoin que jamais d'aide ext?rieure. A de tels moments, l'analyste peut prendre conscience de fa?on d?sagr?able que le patient exige instamment ce qu'il est le moins capable de donner, consciemment une bonne interpr?tation, inconsciem?ment un sein ou un p?nis que ni l'un ni l'autre n'ont actuellement l'impression de poss?der.
(10) Bion, W.R., ? Language and the Schizophrenic ?, chap. 9, dans New Directions in Psycho?Analysis, 1955. ?dit? par M?lanie Klein, Paula Heimann et R.E.Money-Kyrle. Comment exactement un patient r?ussit ? imposer un fantasme et son affect correspondant ? son analyste en vue de le nier en lui-m?me est un probl?me tr?s int?ressant. Je ne pense pas que nous ayons besoin d'admettre une certaine forme de communication extrasenso?rielle. En revanche la communication peut ?tre de type pr?verbale ou archa?que - sem?blable peut-?tre ? celle employ?e par les animaux gr?gaires chez qui la posture ou l'appel d'un seul d'entre eux suscitera l'affect correspondant chez les autres. Dans la situation analytique un trait distinctif de communication de ce type est que, ? premi?re vue, elle ne semble pas du tout avoir ?t? produite par le patient. L'analyste ressent l'affect comme ?tant sa propre r?ponse ? quelque chose. Ce qui est exig? est de diff?rencier la contribution du patient de la sienne propre.
XIV
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NOTE D'?DITION Notre interrogation sur les modalit?s d'?tablissement de ?l'alg?bre? de Lacan se poursuit.
Apr?s les questions surgies avec le A et le a, c'est ? celles du grand et du petit phi que nous sommes maintenant confront?s. Jusqu'o? la syst?matisation d'une ?criture propre aux ? petites lettres ? de l'appareil conceptuel lacanien peut-elle ?tre pouss?e?
Faute d'avoir tranch? sur cette question, ce sont des consid?rations de lisibilit? qui ont pr?valu.
Ainsi nous ?crivons
Nous introduisons les lettres grecques sans crochets dans le texte, de la place du transcripteur; mais nous maintenons ? la suite la trace de ce qu'a entendu la st?notypiste: le nom de ces lettres, tel que Lacan l'a prononc?..
III
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Bien cordialement, Guy.
Le 1/12/05 22:52, ? Psychanalyse ? <psychanalyse at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui, j'ai ce texte quelque part sous une pile "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations chez Lacan", mais l'?diteur est Ivoire Clair : c'est en libre diffusion sur Internet ; il suffit de taper "d?viation" et "Lacan" sur Google, c'est gratuit.
Bonne soir?e M.R. ----- Original Message ----- From: Liliane.Fainsilber To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, December 01, 2005 9:11 AM Subject: un texte de Roger Money -Kyrle
Quelqu'un pourrait-il me dire si le texte de Roger Money-Kyrle, "Le contre-transfert normal et certaines de ses d?viations" se trouve en ballade sur internet et donc d?j? tout scann?. Lacan en parle dans le s?minaire du transfert et il figurait dans les fascicules de St?criture. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
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