[Lutecium-group] Pour Chantal
_____ From: Liliane FAINSILBER [mailto:liliane.fainsilber at orange.fr] Sent: 09 October 2007 15:15 To: bdf at deflorence.com Subject: Bonjour Chantal, Je suis vraiment d?sol?e de vous avoir ennuy?e ? ce point. Mais je dois vous dire que vous avez mis le doigt sur ce qui ?tait ma plus grande crainte. J?ai en effet perdu, il y a maintenant plus d?un an, deux de mes amies ? qui je pouvais parler de mon travail avant de le faire partager ? un plus large public et elles m?ont fait dans la pr?paration de cet expos? cruellement d?faut. En effet en litt?rature c?est devenu un lieu commun de dire que ? la critique est ais?e mais l?art est difficile ?. Par contre en psychanalyse j?inverserai presque la formule, l?art dont t?moigne l?inconscient est ais? car il travaille pour ainsi dire tout seul, par contre la critique, celle qui consiste ? interpr?ter ce qu?il en est de l??mergence de ce savoir inconscient est beaucoup plus difficile car pour cela nous avons toujours besoin d?un tiers, d?un interlocuteur attentif. Je pense que c?est peut-?tre cela qui m?a manqu?, un tiers exigeant qui vous pousse dans vos derniers retranchements, qui vous engage par son questionnement ? aller plus loin. L?, je pense, o? vos reproches sont injustifi?s c?est dans le fait que vous auriez eu dans cette discussion une part congrue, car rien ne vous emp?chait d?en prendre une plus grosse part et je trouve dommage que vous n?ayez pas soulev?e cette question de l?ennui que vous ?prouviez sur le moment m?me, cela aurait certainement entra?n? la discussion sur d?autres chemins que vous auriez peut-?tre trouv?s plus int?ressants. D?ailleurs je vais peut-?tre vous surprendre mais je suis d?accord avec vous sur le fait que d?s que nous sommes plus de cinq ou six, nous ne pouvons plus ?changer spontan?ment sur les questions qui nous int?ressent au plus haut point. Cela est li? aux effets de groupe et pas forc?ment ? nos incomp?tences singuli?res. C?est la raison pour laquelle je n?ai jamais travaill? qu?en cartel. C?est ? mon avis le seul endroit avec l?analyse et la supervision o? on peut vraiment y parler de psychanalyse. Je regrette aussi pour ma part que vous ne soyez pas venue me dire ? bonjour Liliane, voila je suis Chantal Collet ? et j?aurais ?t? ravie d??changer juste un petit mot avec vous, en attente d?autres plus nombreux, ? l?occasion d?une autre rencontre. Mais comme vous le dites ce f?t une rencontre manqu?e mais ce n?est peut-?tre pas encore ? une mauvaise rencontre ?. Amicalement. Liliane.
Liliane, ... Ne vous inqui?tez pas davantage du mal-?tre que j'ai ressenti par la forme de la soir?e, rue Raspail. J'y r?fl?chis encore et je sais bien que j'y ai ma part de responsabilit?. En v?rit?, il n'y a eu personne pour me faire taire. J'ai sans doute choisi le silence et mon ennui par difficult? d'oser ouvrir la bouche. Je ne suis pas en apparence timide, mais victime de la crainte d'appara?tre ridicule. J'attendais quelque chose qui n'?tait pas ? trouver dans ce lieu. Du moins l'ai-je pens? en quittant le grand b?timent de la maison de l'Homme. Mais le savez-vous... vous dites exactement ce qui donne valeur et profit ? cette apparence de rencontre manqu?e, puisque ce ne peut-?tre ? une mauvaise rencontre ? dans le domaine psychanalytique. Cordialement Chantal Le 9/10/07 22:04, ??BdF?? <bdf at deflorence.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- _____
From: Liliane FAINSILBER [mailto:liliane.fainsilber at orange.fr] Sent: 09 October 2007 15:15 To: bdf at deflorence.com Subject:
Bonjour Chantal,
Je suis vraiment d?sol?e de vous avoir ennuy?e ? ce point. Mais je dois vous dire que vous avez mis le doigt sur ce qui ?tait ma plus grande crainte. J?ai en effet perdu, il y a maintenant plus d?un an, deux de mes amies ? qui je pouvais parler de mon travail avant de le faire partager ? un plus large public et elles m?ont fait dans la pr?paration de cet expos? cruellement d?faut.
En effet en litt?rature c?est devenu un lieu commun de dire que ? la critique est ais?e mais l?art est difficile ?. Par contre en psychanalyse j?inverserai presque la formule, l?art dont t?moigne l?inconscient est ais? car il travaille pour ainsi dire tout seul, par contre la critique, celle qui consiste ? interpr?ter ce qu?il en est de l??mergence de ce savoir inconscient est beaucoup plus difficile car pour cela nous avons toujours besoin d?un tiers, d?un interlocuteur attentif.
Je pense que c?est peut-?tre cela qui m?a manqu?, un tiers exigeant qui vous pousse dans vos derniers retranchements, qui vous engage par son questionnement ? aller plus loin.
L?, je pense, o? vos reproches sont injustifi?s c?est dans le fait que vous auriez eu dans cette discussion une part congrue, car rien ne vous emp?chait d?en prendre une plus grosse part et je trouve dommage que vous n?ayez pas soulev?e cette question de l?ennui que vous ?prouviez sur le moment m?me, cela aurait certainement entra?n? la discussion sur d?autres chemins que vous auriez peut-?tre trouv?s plus int?ressants.
D?ailleurs je vais peut-?tre vous surprendre mais je suis d?accord avec vous sur le fait que d?s que nous sommes plus de cinq ou six, nous ne pouvons plus ?changer spontan?ment sur les questions qui nous int?ressent au plus haut point. Cela est li? aux effets de groupe et pas forc?ment ? nos incomp?tences singuli?res. C?est la raison pour laquelle je n?ai jamais travaill? qu?en cartel. C?est ? mon avis le seul endroit avec l?analyse et la supervision o? on peut vraiment y parler de psychanalyse.
Je regrette aussi pour ma part que vous ne soyez pas venue me dire ? bonjour Liliane, voila je suis Chantal Collet ? et j?aurais ?t? ravie d??changer juste un petit mot avec vous, en attente d?autres plus nombreux, ? l?occasion d?une autre rencontre. Mais comme vous le dites ce f?t une rencontre manqu?e mais ce n?est peut-?tre pas encore ? une mauvaise rencontre ?. Amicalement. Liliane.
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LES PEAUX NUMERIQUES. Devenez un mot. Voila la proposition que fait Shelley Jackson. Et pour qui ignorerait encore qu'il s'agit l? d'une affaire s?rieuse, la proposition est en sous-titre de PEAU : UNE OEUVRE D'ART MORTELLE. Dans ce ? travail ?, chaque participant accepte de tatouer sur son corps un mot (avec parfois une ponctuation) extrait d'une nouvelle de Shelley Jackson. Le texte ne sera imprim? nulle part ailleurs, et Shelley Jackson en interdit par avance qu?il soit ? r?sum?, cit?, d?crit, mis en musique ou adapt? pour le cin?ma, le th??tre, la t?l?vision ou tout autre m?dium ? [1] <#_ftn1>. Le texte int?gral ne sera connu que des seuls participants qui peuvent, quoi que cela ne soit pas souhait? par l?auteur, communiquer entre eux. Si le nombre de participants s?av?rait insuffisant, la version incompl?te sera consid?r?e comme d?finitive. S?il se trouvait que personne ne r?ponde, l?appel lui-m?me vaudra comme travail. Les r?serves de Shelley Jackson s?av?reront non fond?es. Lanc? en octobre 2003 sur cabinetmagazine.org, l?appel sera repris par des grands sites comme celui du New York Post, USA today, Newsweek. Il sort des fronti?res des USA et on le retrouve bient?t au Canada, en Angleterre, en Su?de, en Argentine, en Pologne que ce soit sur le r?seau Internet ou sur des m?dias hors ligne. Il est blogg?, parodi?, et bien ?videment, des communaut?s en ligne se forment autour de ce projet. En d?cembre 2006, Shelley Jackson compte 1850 participants, et ?9616 demandes non trait?es. Elle se r?serve le premier mot de la nouvelle : peau. Chaque participant choisit le lieu du tatouage, ? l?exception des mots de parties du corps qui ne doivent pas ?tre tatou?s sur la partie du corps correspondante. L?encre du tatouage doit ?tre noire, et la forme des lettres ?tre classique. Chaque participant doit accepter le mot qui lui est propos? : le refus vaut comme abandon du travail. Chaque participant vaut comme ? mot ?. Ils ne sont pas, pr?cise Shelley Jackson, des ?porteurs ou des agents des textes qu?ils soutiennent, mais leur encorporation (intextuation ?). De ce fait, les attaques faites au texte, telles que la dermabraison, la chirurgie au laser, le recouvrement par d?autres tatouages ou la perte de parties du corps, ne sont pas consid?r?es comme alt?rant le travail. Seul la mort des mots les efface du texte. L?histoire change au fil de la mort des mots ; l?histoire meurt avec le dernier mot. L?auteur fera tout son possible pour assister aux fun?railles de ses mots ? La traduction du corps du texte au texte des corps ne se fait pas sans une perte. Comme le fait remarquer Shelley Jackson, ce qui fait un parcours de lecture dispara?t et les espaces entre les mots ou les paragraphes ne peuvent ?tre repr?sent?s que par les espaces entre les personnes Shelley Jackson dit avec son acuit? d?artiste ce que d?autres mettent plus p?niblement en ?vidence : les ?quivalences entre le corps et l??criture, les transmission dans ce qu?elles sont de violent et d?ali?nant, la duplicit? du langage que l?on tient d?un autre, et m?me de plus d?un autre, et qui est aussi ce que nous avons pour dire ce que nous avons de plus intime, la tension entre l?exigence d??tre ? ? soi m?me sa propre fin ? et ? le maillon d?une cha?ne ? (Freud, 1915), le fait d??tre les interpr?tes aveugle de mots d?un discours qui nous d?passe, les blessures que cela ne manque pas de provoque et les pr?te nom dans lesquels, parfois, nous vivons une vie. Nos corps sont des lieux de pouvoir et des lieux d??criture de ce pouvoir qu?il soit sacr? - c?est dans les c?urs de chacun que l?Eternel ?crit sa loi [2] <#_ftn2> - ou profane ? c?est ? sur le dos de ses sujets ? (Michel de Certeau, 2007) que s??crit la loi. Shelley retrouve ici Shakespeare ? Si ma peau ?tait un parchemin et vos coups de l'encre, votre propre ?criture attesterait ce que je pense ? : les mots s?inscrivent dans la peau, s?enfoncent dans la chair, ils se font chair, m?me. En un mot, ils sont incarn?s, ? la fois plaie, prise de possession du corps ; ils broient ou r?parent. Mais les mots ordonnent, arrangent, d?limitent, articulent : ils sont une intextuation (Michel de Certeau, 2007). Nous sommes des porte mots : nous portons les mots de ceux qui nous pr?c?dent et nous les apportons ? ceux qui nous suivent Ce qui s??crit peut aussi se lire. Les enfants ne manquent jamais de pr?ter attention aux diff?rentes marques qui pars?ment la peau de leurs parents. La peau du parent, son grain, sa couleur, ses irr?gularit?s, ses plis sont explor?s par l?enfant par le regard et la main, et lorsque cela lui devient possible par le langage. Il arrive qu?une cicatrice marque un traumatisme, et que le parent se refuse ? en parler parce que cela suscite chez lui g?ne, honte ou angoisse. L?enfant alors souvent se tait, et enferme dans les plis de la peau du parent un silence qui pourra accueillir une g?n?ration plus loin une crypte. Lecteurs inconscients, nous s?lectionnons, d?pla?ons, modifions des fragments d?un texte invisible pour le partager ou le r?server Les fourrures du w3 [une premi?re version de cette partie a ?t? mise en ligne sur le bloghttp:// yann.leroux.free.fr] Un article du journal Lib?ration <http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/281711.FR.php> rapporte ?l?invasion? des sites communautaires par la loutre. Elle aurait commenc? au creux de l??t?, et serait en passe de d?passer le chaton comme figure incontest?e du ?mignon petit animal?. A ce raz-de-mar?e en images, Il y a plusieurs raisons, dont certaines sont approch?es par Sebastien Delahaye. Nous avons le go?t de ce petit animal parce que ses traits (grands yeux rapproch?s, grande face, petit nez) appuient sur des ressorts g?n?tiques qui produisent une inhibition de l?agressivit? assurant aux petits une relative protection vis ? vis des a?n?s. Nous l?aimons ensuite parce que ses cabrioles ne sont pas sans faire penser ? des ?bats sexuels. Enfin, nous l?aimons parce qu?elle permet de porter un discours id?ologique : en elle, chacun dit aussi aimer les valeurs ?cologiste dont elle est le porte drapeau. Mais cela ne suffit pas expliquer le go?t pour cet animal, surtout si l?on garde en t?te que le chaton, le caneton et le poussin sont eux aussi tr?s pl?biscit?s. Face aux m?tamorphoses, internes et externes, auxquelles nous sommes sans cesse confront?s, il nous faut revenir ? une situation ou notre s?curit? de base est assur?e. Dans le meilleur des cas, et fort heureusement le plus banal, cette s?curit? nous ram?ne a la situation de portage par une m?re bienveillante, dans un contact peau ? peau, et ?il ? ?il. L?enveloppement s?curisant est aussi bien tactile (fermet? du maintient, douceur des caresses), sonore (les mots dits par la m?re) que visuel (le regard qui se fait doux et caressant) Le web est un environnement particulier au sens que nous ne pouvons y interagir que repr?sent? par des avatars. Le mot avatar a plusieurs sens : le premier est celui de l?incarnation du dieu Vishnou. C?est sur ce sens que s?appuie Serge Tisseron dans ?Le striptease de l?avatar? <http://squiggle.be/serge-tisseron/le-striptease-de-l-avatar.html> et dans lequel il montre que l?avatar un assemblage d?objets partiels Le second sens est celui d?un ?changement, transformation ou m?tamorphose d?une personne ou d?une chose qui en a d?j? subi d?autres (dans l?aspect physique, les opinions etc.)? ; ? Ennui, changement survenu ? la suite de p?rip?ties, incidents ?. C?est sur celui-l? que je m?appuie. La loutre et le chaton sont des animaux a fourrure. On peut faire l?hypoth?se que c?est cette qualit? qui en fait d?excellents candidats au titre d?ic?nes du web. Le plumage duveteux des canetons et autres canards attire en effet les m?me commentaires laudatifs : leur plumage duveteux a pour l??il les m?me qualit?s que la fourrure : il appelle une main caressante. Tous ces animaux permettent d?introduire quelque chose qui manque fondamentalement ? l?Internet : le tactile. Ainsi se trouve r?introduite la vieille alliance main-(bouche)-l?oeil. Entre ces trois organes, il existe des ponts fantasmatiques dont le langage rend compte : on ?d?vore du regard? comme de la bouche, et quand l?une et l?autre sont vides de satisfaction, on risque de ?crever les mains vides?; au contraire, on dormira ?? poings ferm?s? apr?s un bon repas. Les syncin?sies de la psychologie du d?veloppement t?moignent ?galement de ces ponts : l?enfant qui ferme les yeux ferme aussi les poings. Ce qui est en jeu ici c?est moins Sade que Kafka, moins l??rotisme de la fourrure que la recherche d?un point ou s?accrocher lorsque tout semble se d?rober. C?est sur l?image de la dame ?v?tue uniquement de fourrure? que Gregor trouve un refuge temporaire et un soulagement au grand chambardement auquel se livrent sa m?re et sa soeur : sa commode est vid?e, son bureau et les souvenirs qui lui sont attach?s est ?arrach?? du sol et d?plac?. De la m?me fa?on, dans cet environnement vide de tactile qu?est le r?seau, l?image de la fourrure (ou de quelque chose s?en rapprochant) nous sont tr?s utile pour r?introduire la dimension du toucher, du rapproch?, et de faire ainsi lien en partageant, un moment, les m?me images, et les m?me fils de commentaires. Les ?lolpets?[3] <#_ftn3> ont une fonction phatique. L?avatar, ici, ce n?est pas une image id?alis?e de l?internaute, mais, apr?s quelques transformations, celles d?une m?re salvatrice donnant prise au cramponnement. Peau num?rique Jusqu?? pr?sent, on pensait le mouvement de l??criture en lien avec les premi?res traces, c?est ? dire que le geste m?me d??crire est en soi une symbolisation et ce avant m?me que le sens de ce qui est ?crit intervienne. Car si l??criture est une mise ? distance qui permet une re-pr?sentation, elle l?est aussi par les actes moteurs que n?cessite l??criture et leurs cons?quences sur la surface d?inscription : la trace laiss?e par le style sur la surface de d?p?t; par l?appuis que l?on peut prendre sur elle; et par le cadre qu?elle d?coupe. Ainsi, les mondes num?riques reprennent quelques caract?ristiques de ce que R. Roussillon appelle un ? m?dium mall?able ? : sensibilit? extr?me, disponible inconditionnellement, et indestructible, pr?visible et fid?le. Ils ne connaissent pas l??rosion du temps, et les objets qu?ils contiennent semblent avoir les vertus d?une longue conservation et de possibilit? de changement infinis Toute trace nous ram?ne aux qualit?s de la surface d?inscription qui l?accueille. De ce point de vue, le monde num?rique fonctionne d?une mani?re particuli?re puisqu?il articule la double promesse de conserver ind?finiment tout ce qu?on peut lui confier et de ne garder aucune trace des op?rations d?effacement qu?il subit. Il assure des fonctions de d?p?t, de contenance et de diff?renciation. Mais il fonctionne de fa?on diff?rente des autres surfaces d?inscription qui l?ont pr?c?d?. La trace ?lectronique et son support ont des caract?ristiques sp?cifiques. 1. Ecrire dans le monde num?rique se fait sans contact entre un outil scripteur et une surface d?inscription. Cela donne ? l?exp?rience de l??criture ?lectronique une sensation de facilit?. Laisser une marque se fait sans aucune r?sistance. Mieux : toute les marques se font avec la m?me force physique. La dynamique inconsciente de l??criture en est modifi?e. Plus que jamais, la surface d?inscription se fait s?ductrice, elle est ?facile ? tout en restant innocente de tout contact. De ce qui la touche, elle ne saura jamais rien, ni dans ce que le toucher a en exc?s ni dans ce qu?il a en d?faut. Car voil? son paradoxe : elle est marqu?e par un rien, mais rien ne semble jamais d?finitivement la marquer. Sur elle, tout glisse, et les sauvegardes par lesquelles quelque chose peut ?tre pr?serv? se font hors d?elle. 2. L??criture se fait sans ajout ni suppression de mati?re. Les registres de l?en-moins et de l?en-trop, par lesquels jusqu?? pr?sent nous jouions avec la mati?re [4] <#_ftn4> ne sont plus de mise. L?encre est toujours en quantit? suffisante et la surface d?inscription est toujours pr?te ? en recevoir davantage. Que l?on retire quelque chose et imm?diatement elle prend les dimensions qui permettent le meilleur ajustement. 3. Le temps n?a aucune prise sur les. 4. La duplication d?une forme, quelque elle soit, est parfaitement identique ? l?original, ? tel point qu?il devient impossible de les distinguer. Si l?imprimerie a permis de multiplier le livre, c?est l??crit que le num?rique permet de multiplier. L?imaginaire actif est ici celui du double, et non plus celui de la matrice et de son produit, qui lui introduit la question de la g?n?ration, du temps, et donc de la mort. 5. La main produit exactement la forme qui est attendue. L??crit est ici parfaitement contr?l? - du point de vue de la forme, du moins - c?est-?-dire que la trace trouve d?embl?e un contenant parfait. On n?a pas les h?sitations et idiosyncrasies que prend toujours une ?criture; chaque lettre ? la forme normale et r?guli?re que l?on attend d?elle. Pour le dire autrement, le travail de mise en forme et de canalisation de la pulsion ne joue pas ici. Par exemple, le fait ?d??crire droit?, de rester avec le sol que constitue la ligne, de ne pas en d?coller ou au contraire de ne pas plonger sous elle, ne se pose plus puisque cette fonction est prise en charge par le dispositif d??criture. 6. Enfin, l?effacement ne laisse aucune trace. Le texte se pr?sente toujours comme premier texte. Les ?mauvais gestes?, les ?erreurs?, les ?repentirs? ne trouvent plus de lieu ou s?inscrire. Cette absence de trac?s de contacts (TISSERON, 2001) a deux cons?quences. Du point de vue de la symbolisation de la s?paration d?abord, puisqu?il ne peut y avoir d?ombre de l?objet : aucun creux ne viendra jamais dire le contact pass? d?un objet avec son support. Du point de vue de la l?agressivit?, puisque finalement rien ne saurait marquer quoi que ce soit. 7. La coupure ne laisse ni trace, ni cicatrice. Contrairement ? ce qui se passe ailleurs, le ? couper ? ne donne pas lieux ? deux morceaux dont les pleins et les creux des bordures s?appellent r?ciproquement, mais fait dispara?tre du regard ce que l?on a coup?. Le support num?rique se donne ici comme ne pouvant subir aucune entaille. De ce qui pr?c?de, nous pouvons faire l?hypoth?se d?une peau num?rique, nouvelle enveloppe a ajouter aux enveloppes psychiques. Cette enveloppe num?rique fonctionne comme un immense bloc-notes magique qui tiendrait vraiment ses promesses. On se souvient que Freud avait en 1925 pris appui sur un jouet d?enfant, le bloc-notes magique, pour rendre compte du fonctionnement de l?appareil psychique. L?un comme l?autre est capable de recevoir de nouvelles traces tout en gardant ind?finiment les traces les plus anciennes. Les enveloppes num?riques poss?dent ?galement ce double aspect. Chacun, en fonction de son ?conomie du moment, l?investira en faisant fonctionner de fa?on pr?valente l?appareil Pcs-Cs ou ou l?appareil m?moire. Par exemple, on ?crira et r??crira un texte d?autant plus facilement que l?on n?aura pas ? se soucier de la ? noirceur ? du travail de l??criture (Tisseron, 2000). L?enveloppe num?rique est ici plus tissu que papier. Une fois le texte achev?, ? mis au propre ? on aura soin de le ? sauvegarder ? c'est-?-dire le mettre de cot?, dans ? un autre syst?me ? (Freud, 1925). L?, il sera conserv? ind?finiment ? l?abri de toute modification involontaire. Ces ? traces durables ? peuvent ?tre r?investies et r?utilis?es ? volont?. Contrairement au bloc-notes magiques, et d?une mani?re comparable ? notre m?moire, il est possible d?utiliser ? nouveau les anciennes traces : il suffit d? ? ouvrir ? le texte ? nouveau pour le remettre sur l??tabli d??criture. Enfin, il est possible de partager le texte avec un autre ou avec plusieurs autres. Ce qui vaut ici pour le texte vaut pour tous les objets num?riques. Tous sont ?ditables, modifiables et partageables ? volont? avec une ?conomie d??nergie telle que nous n?en avons encore jamais connu. La duplicit? de l?enveloppe num?rique vis-?-vis de la trace ? conserver ? la fois trace de tout et de rien ? ouvre des boulevards a des positions parano?des et perverses. D?un cot?, les mondes num?riques seront d?cri?s pour la facilit? avec lesquelles les objets sont modifiables ? et donc falsifiables ? et parce qu?ils constituent un dispositif panoptique par lequel le comportement d?individu peut ?tre suivi litt?ralement ? la trace, et ce sur des ann?es. De l?autre, les jeux du pseudonymat permettent le rel?chement de bien des inhibitions au pr?texte que ? c?est du virtuel ?, c'est-?-dire que l?on peut y faire n?importe quoi puisque finalement rien ne marque. L?enveloppe num?rique est la peau commune par laquelle nous pouvons mettre en commun des objets ou des lieux. Sur le r?seau, ces fonctions de contenance et d?inscription sont mis en ?uvre par des dispositifs tels que les wikis ou les programmes d??change P2P [5] <#_ftn5> ou les wikis [6] <#_ftn6>. Les premiers construisent un espace commun et partag? dans lesquels les ressources et les objets peuvent ?tre partag?s tandis que les seconds mettent en commun un espace d??criture. Le plus connus des wikis est sans doute Wikipedia, qui a un projet d??criture collective dans un but encyclop?dique. La mise en place d?un espace commun et partag? par les enveloppes num?rique permet des transmissions non plus d?sir?es mais craintes. Les vecteurs en sont le pourriel, les virus, les trojans et autres logiciels malveillants. Ce sont l? autant des ?l?ments qui menacent les enveloppe num?riques et donc chaque se prot?ge par la mise en place de dispositifs pare-excitateurs (pare-feu, filtres pour le courrier ?lectronique) permettant d??viter d??tre submerg? par des ?l?ments non-d?sir? ou infect?. Ces caract?ristiques imposent ? la pens?e un travail particulier lorsqu?elle se confronte aux mondes num?riques. En effet, la difficult? ? faire fonctionner le double interdit du toucher augmente la charge de travail impos?e ? l?appareil psychique qui est priv? de points d?appuis pr?cieux pour se diff?rencier d?avec l?environnement et les autres et pour accepter. La difficult? ? jouer avec l?absence nous ?loigne d?un fonctionnement bas? sur une chronologie historique, - en un mot, du monde de la n?vrose ? pour nous rapprocher d?un monde ou l?on est invit? ? voir tout ce que l?on d?sire. Cela peut ?tre un enfermement dans des strates de d?ni et de clivage ou une occasion de la cr?ativit?. ------------------------------------------------------------------------ [1] <#_ftnref1> ://www.ineradicablestain.com/skin-status.html [2] <#_ftnref2> J?r?mie 31 [3] <#_ftnref3> On appelle ainsi les animaux qui font rire (lol : Laugthing out loud, rire aux ?clats ? pet : petit animal) [4] <#_ftnref4> Sigmund Freud, La technique psychanalytique [5] <#_ftnref5> Les r?seaux P2P sont des r?seaux Pair ? Pair permettant l??change de fichiers. Parmi les plus connus : eMule, Torrent, Kazaa [6] <#_ftnref6> Un Wiki est un dispositif invent? par Ward Cunnigam en 1995. C?est un gestionnaire de contenu dans lequel tous les utilisateurs autoris?s peuvent modifier des pages
Pouvez-vous me d?sinscrire de cette liste s'il vous pla?t ? Merci Le 12/10/07, Yann Leroux <yann.leroux at laposte.net> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- LES PEAUX NUMERIQUES. Devenez un mot. Voila la proposition que fait Shelley Jackson. Et pour qui ignorerait encore qu'il s'agit l? d'une affaire s?rieuse, la proposition est en sous-titre de PEAU : UNE OEUVRE D'ART MORTELLE. Dans ce ? travail ?, chaque participant accepte de tatouer sur son corps un mot (avec parfois une ponctuation) extrait d'une nouvelle de Shelley Jackson. Le texte ne sera imprim? nulle part ailleurs, et Shelley Jackson en interdit par avance qu'il soit ? r?sum?, cit?, d?crit, mis en musique ou adapt? pour le cin?ma, le th??tre, la t?l?vision ou tout autre m?dium ? [1] <#_ftn1>. Le texte int?gral ne sera connu que des seuls participants qui peuvent, quoi que cela ne soit pas souhait? par l'auteur, communiquer entre eux. Si le nombre de participants s'av?rait insuffisant, la version incompl?te sera consid?r?e comme d?finitive. S'il se trouvait que personne ne r?ponde, l'appel lui-m?me vaudra comme travail. Les r?serves de Shelley Jackson s'av?reront non fond?es. Lanc? en octobre 2003 sur cabinetmagazine.org, l'appel sera repris par des grands sites comme celui du New York Post, USA today, Newsweek. Il sort des fronti?res des USA et on le retrouve bient?t au Canada, en Angleterre, en Su?de, en Argentine, en Pologne que ce soit sur le r?seau Internet ou sur des m?dias hors ligne. Il est blogg?, parodi?, et bien ?videment, des communaut?s en ligne se forment autour de ce projet. En d?cembre 2006, Shelley Jackson compte 1850 participants, et ?9616 demandes non trait?es. Elle se r?serve le premier mot de la nouvelle : peau. Chaque participant choisit le lieu du tatouage, ? l'exception des mots de parties du corps qui ne doivent pas ?tre tatou?s sur la partie du corps correspondante. L'encre du tatouage doit ?tre noire, et la forme des lettres ?tre classique. Chaque participant doit accepter le mot qui lui est propos? : le refus vaut comme abandon du travail. Chaque participant vaut comme ? mot ?. Ils ne sont pas, pr?cise Shelley Jackson, des ?porteurs ou des agents des textes qu'ils soutiennent, mais leur encorporation (intextuation ?). De ce fait, les attaques faites au texte, telles que la dermabraison, la chirurgie au laser, le recouvrement par d'autres tatouages ou la perte de parties du corps, ne sont pas consid?r?es comme alt?rant le travail. Seul la mort des mots les efface du texte. L'histoire change au fil de la mort des mots ; l'histoire meurt avec le dernier mot. L'auteur fera tout son possible pour assister aux fun?railles de ses mots ? La traduction du corps du texte au texte des corps ne se fait pas sans une perte. Comme le fait remarquer Shelley Jackson, ce qui fait un parcours de lecture dispara?t et les espaces entre les mots ou les paragraphes ne peuvent ?tre repr?sent?s que par les espaces entre les personnes
Shelley Jackson dit avec son acuit? d'artiste ce que d'autres mettent plus p?niblement en ?vidence : les ?quivalences entre le corps et l'?criture, les transmission dans ce qu'elles sont de violent et d'ali?nant, la duplicit? du langage que l'on tient d'un autre, et m?me de plus d'un autre, et qui est aussi ce que nous avons pour dire ce que nous avons de plus intime, la tension entre l'exigence d'?tre ? ? soi m?me sa propre fin ? et ? le maillon d'une cha?ne ? (Freud, 1915), le fait d'?tre les interpr?tes aveugle de mots d'un discours qui nous d?passe, les blessures que cela ne manque pas de provoque et les pr?te nom dans lesquels, parfois, nous vivons une vie. Nos corps sont des lieux de pouvoir et des lieux d'?criture de ce pouvoir qu'il soit sacr? - c'est dans les c?urs de chacun que l'Eternel ?crit sa loi [2] <#_ftn2> - ou profane ? c'est ? sur le dos de ses sujets ? (Michel de Certeau, 2007) que s'?crit la loi. Shelley retrouve ici Shakespeare ? Si ma peau ?tait un parchemin et vos coups de l'encre, votre propre ?criture attesterait ce que je pense ? : les mots s'inscrivent dans la peau, s'enfoncent dans la chair, ils se font chair, m?me. En un mot, ils sont incarn?s, ? la fois plaie, prise de possession du corps ; ils broient ou r?parent. Mais les mots ordonnent, arrangent, d?limitent, articulent : ils sont une intextuation (Michel de Certeau, 2007). Nous sommes des porte mots : nous portons les mots de ceux qui nous pr?c?dent et nous les apportons ? ceux qui nous suivent Ce qui s'?crit peut aussi se lire. Les enfants ne manquent jamais de pr?ter attention aux diff?rentes marques qui pars?ment la peau de leurs parents. La peau du parent, son grain, sa couleur, ses irr?gularit?s, ses plis sont explor?s par l'enfant par le regard et la main, et lorsque cela lui devient possible par le langage. Il arrive qu'une cicatrice marque un traumatisme, et que le parent se refuse ? en parler parce que cela suscite chez lui g?ne, honte ou angoisse. L'enfant alors souvent se tait, et enferme dans les plis de la peau du parent un silence qui pourra accueillir une g?n?ration plus loin une crypte. Lecteurs inconscients, nous s?lectionnons, d?pla?ons, modifions des fragments d'un texte invisible pour le partager ou le r?server
Les fourrures du w3 [une premi?re version de cette partie a ?t? mise en ligne sur le bloghttp:// yann.leroux.free.fr]
Un article du journal Lib?ration <http://www.liberation.fr/actualite/ecrans/281711.FR.php> rapporte "l'invasion" des sites communautaires par la loutre. Elle aurait commenc? au creux de l'?t?, et serait en passe de d?passer le chaton comme figure incontest?e du "mignon petit animal". A ce raz-de-mar?e en images, Il y a plusieurs raisons, dont certaines sont approch?es par Sebastien Delahaye. Nous avons le go?t de ce petit animal parce que ses traits (grands yeux rapproch?s, grande face, petit nez) appuient sur des ressorts g?n?tiques qui produisent une inhibition de l'agressivit? assurant aux petits une relative protection vis ? vis des a?n?s. Nous l'aimons ensuite parce que ses cabrioles ne sont pas sans faire penser ? des ?bats sexuels. Enfin, nous l'aimons parce qu'elle permet de porter un discours id?ologique : en elle, chacun dit aussi aimer les valeurs ?cologiste dont elle est le porte drapeau. Mais cela ne suffit pas expliquer le go?t pour cet animal, surtout si l'on garde en t?te que le chaton, le caneton et le poussin sont eux aussi tr?s pl?biscit?s.
Face aux m?tamorphoses, internes et externes, auxquelles nous sommes sans cesse confront?s, il nous faut revenir ? une situation ou notre s?curit? de base est assur?e. Dans le meilleur des cas, et fort heureusement le plus banal, cette s?curit? nous ram?ne a la situation de portage par une m?re bienveillante, dans un contact peau ? peau, et ?il ? ?il. L'enveloppement s?curisant est aussi bien tactile (fermet? du maintient, douceur des caresses), sonore (les mots dits par la m?re) que visuel (le regard qui se fait doux et caressant) Le web est un environnement particulier au sens que nous ne pouvons y interagir que repr?sent? par des avatars. Le mot avatar a plusieurs sens : le premier est celui de l'incarnation du dieu Vishnou. C'est sur ce sens que s'appuie Serge Tisseron dans "Le striptease de l'avatar" <http://squiggle.be/serge-tisseron/le-striptease-de-l-avatar.html> et dans lequel il montre que l'avatar un assemblage d'objets partiels Le second sens est celui d'un "changement, transformation ou m?tamorphose d'une personne ou d'une chose qui en a d?j? subi d'autres (dans l'aspect physique, les opinions etc.)" ; ? Ennui, changement survenu ? la suite de p?rip?ties, incidents ?. C'est sur celui-l? que je m'appuie.
La loutre et le chaton sont des animaux a fourrure. On peut faire l'hypoth?se que c'est cette qualit? qui en fait d'excellents candidats au titre d'ic?nes du web. Le plumage duveteux des canetons et autres canards attire en effet les m?me commentaires laudatifs : leur plumage duveteux a pour l'?il les m?me qualit?s que la fourrure : il appelle une main caressante. Tous ces animaux permettent d'introduire quelque chose qui manque fondamentalement ? l'Internet : le tactile. Ainsi se trouve r?introduite la vieille alliance main-(bouche)-l'oeil. Entre ces trois organes, il existe des ponts fantasmatiques dont le langage rend compte : on "d?vore du regard" comme de la bouche, et quand l'une et l'autre sont vides de satisfaction, on risque de "crever les mains vides"; au contraire, on dormira "? poings ferm?s" apr?s un bon repas. Les syncin?sies de la psychologie du d?veloppement t?moignent ?galement de ces ponts : l'enfant qui ferme les yeux ferme aussi les poings. Ce qui est en jeu ici c'est moins Sade que Kafka, moins l'?rotisme de la fourrure que la recherche d'un point ou s'accrocher lorsque tout semble se d?rober. C'est sur l'image de la dame "v?tue uniquement de fourrure" que Gregor trouve un refuge temporaire et un soulagement au grand chambardement auquel se livrent sa m?re et sa soeur : sa commode est vid?e, son bureau et les souvenirs qui lui sont attach?s est "arrach?" du sol et d?plac?. De la m?me fa?on, dans cet environnement vide de tactile qu'est le r?seau, l'image de la fourrure (ou de quelque chose s'en rapprochant) nous sont tr?s utile pour r?introduire la dimension du toucher, du rapproch?, et de faire ainsi lien en partageant, un moment, les m?me images, et les m?me fils de commentaires. Les "lolpets"[3] <#_ftn3> ont une fonction phatique. L'avatar, ici, ce n'est pas une image id?alis?e de l'internaute, mais, apr?s quelques transformations, celles d'une m?re salvatrice donnant prise au cramponnement.
Peau num?rique Jusqu'? pr?sent, on pensait le mouvement de l'?criture en lien avec les premi?res traces, c'est ? dire que le geste m?me d'?crire est en soi une symbolisation et ce avant m?me que le sens de ce qui est ?crit intervienne. Car si l'?criture est une mise ? distance qui permet une re-pr?sentation, elle l'est aussi par les actes moteurs que n?cessite l'?criture et leurs cons?quences sur la surface d'inscription : la trace laiss?e par le style sur la surface de d?p?t; par l'appuis que l'on peut prendre sur elle; et par le cadre qu'elle d?coupe. Ainsi, les mondes num?riques reprennent quelques caract?ristiques de ce que R. Roussillon appelle un ? m?dium mall?able ? : sensibilit? extr?me, disponible inconditionnellement, et indestructible, pr?visible et fid?le. Ils ne connaissent pas l'?rosion du temps, et les objets qu'ils contiennent semblent avoir les vertus d'une longue conservation et de possibilit? de changement infinis
Toute trace nous ram?ne aux qualit?s de la surface d'inscription qui l'accueille. De ce point de vue, le monde num?rique fonctionne d'une mani?re particuli?re puisqu'il articule la double promesse de conserver ind?finiment tout ce qu'on peut lui confier et de ne garder aucune trace des op?rations d'effacement qu'il subit. Il assure des fonctions de d?p?t, de contenance et de diff?renciation. Mais il fonctionne de fa?on diff?rente des autres surfaces d'inscription qui l'ont pr?c?d?.
La trace ?lectronique et son support ont des caract?ristiques sp?cifiques. 1. Ecrire dans le monde num?rique se fait sans contact entre un outil scripteur et une surface d'inscription. Cela donne ? l'exp?rience de l'?criture ?lectronique une sensation de facilit?. Laisser une marque se fait sans aucune r?sistance. Mieux : toute les marques se font avec la m?me force physique. La dynamique inconsciente de l'?criture en est modifi?e. Plus que jamais, la surface d'inscription se fait s?ductrice, elle est ?facile ? tout en restant innocente de tout contact. De ce qui la touche, elle ne saura jamais rien, ni dans ce que le toucher a en exc?s ni dans ce qu'il a en d?faut. Car voil? son paradoxe : elle est marqu?e par un rien, mais rien ne semble jamais d?finitivement la marquer. Sur elle, tout glisse, et les sauvegardes par lesquelles quelque chose peut ?tre pr?serv? se font hors d'elle. 2. L'?criture se fait sans ajout ni suppression de mati?re. Les registres de l'en-moins et de l'en-trop, par lesquels jusqu'? pr?sent nous jouions avec la mati?re [4] <#_ftn4> ne sont plus de mise. L'encre est toujours en quantit? suffisante et la surface d'inscription est toujours pr?te ? en recevoir davantage. Que l'on retire quelque chose et imm?diatement elle prend les dimensions qui permettent le meilleur ajustement. 3. Le temps n'a aucune prise sur les. 4. La duplication d'une forme, quelque elle soit, est parfaitement identique ? l'original, ? tel point qu'il devient impossible de les distinguer. Si l'imprimerie a permis de multiplier le livre, c'est l'?crit que le num?rique permet de multiplier. L'imaginaire actif est ici celui du double, et non plus celui de la matrice et de son produit, qui lui introduit la question de la g?n?ration, du temps, et donc de la mort. 5. La main produit exactement la forme qui est attendue. L'?crit est ici parfaitement contr?l? - du point de vue de la forme, du moins - c'est-?-dire que la trace trouve d'embl?e un contenant parfait. On n'a pas les h?sitations et idiosyncrasies que prend toujours une ?criture; chaque lettre ? la forme normale et r?guli?re que l'on attend d'elle. Pour le dire autrement, le travail de mise en forme et de canalisation de la pulsion ne joue pas ici. Par exemple, le fait "d'?crire droit", de rester avec le sol que constitue la ligne, de ne pas en d?coller ou au contraire de ne pas plonger sous elle, ne se pose plus puisque cette fonction est prise en charge par le dispositif d'?criture. 6. Enfin, l'effacement ne laisse aucune trace. Le texte se pr?sente toujours comme premier texte. Les "mauvais gestes", les "erreurs", les "repentirs" ne trouvent plus de lieu ou s'inscrire. Cette absence de trac?s de contacts (TISSERON, 2001) a deux cons?quences. Du point de vue de la symbolisation de la s?paration d'abord, puisqu'il ne peut y avoir d'ombre de l'objet : aucun creux ne viendra jamais dire le contact pass? d'un objet avec son support. Du point de vue de la l'agressivit?, puisque finalement rien ne saurait marquer quoi que ce soit. 7. La coupure ne laisse ni trace, ni cicatrice. Contrairement ? ce qui se passe ailleurs, le ? couper ? ne donne pas lieux ? deux morceaux dont les pleins et les creux des bordures s'appellent r?ciproquement, mais fait dispara?tre du regard ce que l'on a coup?. Le support num?rique se donne ici comme ne pouvant subir aucune entaille.
De ce qui pr?c?de, nous pouvons faire l'hypoth?se d'une peau num?rique, nouvelle enveloppe a ajouter aux enveloppes psychiques. Cette enveloppe num?rique fonctionne comme un immense bloc-notes magique qui tiendrait vraiment ses promesses. On se souvient que Freud avait en 1925 pris appui sur un jouet d'enfant, le bloc-notes magique, pour rendre compte du fonctionnement de l'appareil psychique. L'un comme l'autre est capable de recevoir de nouvelles traces tout en gardant ind?finiment les traces les plus anciennes. Les enveloppes num?riques poss?dent ?galement ce double aspect. Chacun, en fonction de son ?conomie du moment, l'investira en faisant fonctionner de fa?on pr?valente l'appareil Pcs-Cs ou ou l'appareil m?moire. Par exemple, on ?crira et r??crira un texte d'autant plus facilement que l'on n'aura pas ? se soucier de la ? noirceur ? du travail de l'?criture (Tisseron, 2000). L'enveloppe num?rique est ici plus tissu que papier. Une fois le texte achev?, ? mis au propre ? on aura soin de le ? sauvegarder ? c'est-?-dire le mettre de cot?, dans ? un autre syst?me ? (Freud, 1925). L?, il sera conserv? ind?finiment ? l'abri de toute modification involontaire. Ces ? traces durables ? peuvent ?tre r?investies et r?utilis?es ? volont?. Contrairement au bloc-notes magiques, et d'une mani?re comparable ? notre m?moire, il est possible d'utiliser ? nouveau les anciennes traces : il suffit d' ? ouvrir ? le texte ? nouveau pour le remettre sur l'?tabli d'?criture. Enfin, il est possible de partager le texte avec un autre ou avec plusieurs autres. Ce qui vaut ici pour le texte vaut pour tous les objets num?riques. Tous sont ?ditables, modifiables et partageables ? volont? avec une ?conomie d'?nergie telle que nous n'en avons encore jamais connu.
La duplicit? de l'enveloppe num?rique vis-?-vis de la trace ? conserver ? la fois trace de tout et de rien ? ouvre des boulevards a des positions parano?des et perverses. D'un cot?, les mondes num?riques seront d?cri?s pour la facilit? avec lesquelles les objets sont modifiables ? et donc falsifiables ? et parce qu'ils constituent un dispositif panoptique par lequel le comportement d'individu peut ?tre suivi litt?ralement ? la trace, et ce sur des ann?es. De l'autre, les jeux du pseudonymat permettent le rel?chement de bien des inhibitions au pr?texte que ? c'est du virtuel ?, c'est-?-dire que l'on peut y faire n'importe quoi puisque finalement rien ne marque. L'enveloppe num?rique est la peau commune par laquelle nous pouvons mettre en commun des objets ou des lieux. Sur le r?seau, ces fonctions de contenance et d'inscription sont mis en ?uvre par des dispositifs tels que les wikis ou les programmes d'?change P2P [5] <#_ftn5> ou les wikis [6] <#_ftn6>. Les premiers construisent un espace commun et partag? dans lesquels les ressources et les objets peuvent ?tre partag?s tandis que les seconds mettent en commun un espace d'?criture. Le plus connus des wikis est sans doute Wikipedia, qui a un projet d'?criture collective dans un but encyclop?dique. La mise en place d'un espace commun et partag? par les enveloppes num?rique permet des transmissions non plus d?sir?es mais craintes. Les vecteurs en sont le pourriel, les virus, les trojans et autres logiciels malveillants. Ce sont l? autant des ?l?ments qui menacent les enveloppe num?riques et donc chaque se prot?ge par la mise en place de dispositifs pare-excitateurs (pare-feu, filtres pour le courrier ?lectronique) permettant d'?viter d'?tre submerg? par des ?l?ments non-d?sir? ou infect?.
Ces caract?ristiques imposent ? la pens?e un travail particulier lorsqu'elle se confronte aux mondes num?riques. En effet, la difficult? ? faire fonctionner le double interdit du toucher augmente la charge de travail impos?e ? l'appareil psychique qui est priv? de points d'appuis pr?cieux pour se diff?rencier d'avec l'environnement et les autres et pour accepter. La difficult? ? jouer avec l'absence nous ?loigne d'un fonctionnement bas? sur une chronologie historique, - en un mot, du monde de la n?vrose ? pour nous rapprocher d'un monde ou l'on est invit? ? voir tout ce que l'on d?sire. Cela peut ?tre un enfermement dans des strates de d?ni et de clivage ou une occasion de la cr?ativit?.
------------------------------------------------------------------------ [1] <#_ftnref1> ://www.ineradicablestain.com/skin-status.html [2] <#_ftnref2> J?r?mie 31 [3] <#_ftnref3> On appelle ainsi les animaux qui font rire (lol : Laugthing out loud, rire aux ?clats ? pet : petit animal) [4] <#_ftnref4> Sigmund Freud, La technique psychanalytique [5] <#_ftnref5> Les r?seaux P2P sont des r?seaux Pair ? Pair permettant l'?change de fichiers. Parmi les plus connus : eMule, Torrent, Kazaa [6] <#_ftnref6> Un Wiki est un dispositif invent? par Ward Cunnigam en 1995. C'est un gestionnaire de contenu dans lequel tous les utilisateurs autoris?s peuvent modifier des pages
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