[Lutecium-group] Traduire : déplacement ou création de sens
Il y a quelques temps d?j?, quelques lut?ciens (Natalia Milopolsky-Costiou, Notert, D. Th?paud, L. Fainsilber et d'autres que j'ai sans doute oubli?s) s'?taient interess?s ? la traduction au point que j'avais fait une mise au point " Traduction et cr?ativit? " : http://www.jf-doucet.com/Traduction-et-creativite-une suite ? des questions de cet ordre de la part de participants ? l' Universit? Virtuelle. De plus, lors d'une rencontre avec D. Notert, nous avions abord? la question des "intraduisibles" ? commencer par le terme anglais "serendipity" dont il n'existe pas d'?quivalent francais. Sans doute frustr? de participations lut?ciennes, quelques pr?cisions se sont pr?sent?es r?cemment ? mon esprit. Optant r?solument pour une conception du signifiant un peu en marge de celle pr?suppos?e (cybern?tique de Shannon) par le flux actuel d'informations, je concevais alors la traduction comme un d?placement de sens. Ainsi, un traducteur serait celui qui, connaissant bien le tr?sor d'une communaut? linguistique, y puise les signifiants ? traduire et, gardant en r?serve ces organisations signifiantes, cherchent ? reconstruire un sens ? partir du tr?sor linguistique d'une autre communaut?. A remarquer que ce traducteur, plut?t transducteur d'ailleurs - le c... entre deux chaises - se place dans tous les cas au beau milieu des conventions de sens pass?es par les 2 communaut?s linguistiques. Sa traduction est alors un passage de conventions linguistiques sur la d?signation de la r?alit? ? d'autres conventions ? l'aide d'emprunt de signifiants. Ce passage est in?vitablement une trahison ("Traduttore , tradittore !" ) dans la mesure o? il s'accompagne des substitutions de signifiants sans que pour autant le sens de signifiants traduits d'une langue ? l'autre couvrent des sens ?quivalents. Si je reprend l'exemple freudien de la carte des lacs italiens fournie ? chaque enfant pour son ?ducation, tout se passe comme si le traducteur ?tait un promeneur francais pr?parant un voyage autour des lacs italiens sur une carte francaise. Une fois arriv? sur place, il est probable que sa carte italienne aura utilis? d'autres conventions (couleurs, courbes de niveau, ombres, rep?res etc )qui ne correspondent pas n?cessairement aux conventions utilis?es pour les cartes francaises. Notre promeneur devra donc transposer les donn?es qu'il a utilis?es pour la planification de sa promenade au terrain dont sa carte italienne lui donne une repr?sentation. L'exemple de "serendipity" anglais ?tudi? par D. Notert est ? cet ?gard probant : il n'existe pas de terme fran?ais correspondant ? serendipity. Le traducteur est alors oblig? de tenir compte du contexte pour utiliser une p?riphrase ad?quate comme : ? d?couverte heureuse ou inattendue ?; ? don de faire des trouvailles ?. La compr?hension du terme anglais "serendipity" sans laquelle -il est inutile de le rappeler ici -, il n'y a pas de traduction possible, oblige ? se tourner vers l'?thymologie. "Serendipity" fait allusion au roi de Serendip dont les trois fils envoy?s ? l'?tranger font de nombreuses d?couvertes "par hasard ". Sans avoir vu de chameau, par exemple, un des fils peut ainsi croire qu'un chameau est borgne parce qu'il d?couvre un endroit o? l'herbe n'est rong?e que d'un cot? alors que l'herbe est fra?che de l'autre cot?. Ainsi les d?couvertes font plus appel ? leur sagacit? qu'? leur d?duction logique sans faille. Dans ce contexte, le terme "serendipity" pour ?tre traduit oblige ? l'examen de l'origine de son sens. Le traducteur non seulement passe d'une convention de sens anglo-saxonne r?sum?e par le signifiant " serendipity" ? une autre, mais fait appel pour conserver le signifi? ? un contexte qu'il compare ? celui de l'?thymologie du mot. La traduction dans le d?placement de conventions qu'elle pr?suppose fait appara?tre l'importance (pragmatique) du contexte. De l? vient sans doute le qualificatif d' "intraduisible" qu'affectionne D. Notert. Ces "intraduisibles" sont alors ceux des mots dont les champs s?mantiques d'une langue ? l'autre sont disjoints (ou vide) ? tel point qu'on doive faire appel au contexte pour les traduire. Or il est une autre cat?gorie d'organisations signifiantes qui ne font pas seulement appel au contexte ? proprement parl? mais oblige le traducteur ? une compr?hension de la situation v?cue des expressions. Ces expressions dites imag?es ne sont traduisibles qu'? ce prix dans la mesure o? les signifiants qui expriment les conventions pass?es sont purement conventionnelles (sans possibilit? de compr?hension litt?rale). Ainsi traduire l'expression norv?gienne: "Det gikk i boks" o? "Det" est un pronom d?monstratif (=Ca, Ce), "gikk" la forme conjugu?e de "G?" (=allait) et "boks"un substantif signifiant "bo?te" n' est possible que si l'on connait la situation dans laquelle elle est utilis?e. A d?faut, les expressions francaises utilisant les m?mes mots conduisent ? des contresens. Ainsi, le sens figur? des expressions utilisant le mot "bo?te " comme " mettre en bo?te " ne conduit pas au sens de l' expression norv?gienne m?me si le sens d'introduire quelque chose dans un bo?te est commun au sens des expressions dans les 2 langues. C'est que pour un locuteur norv?gien, mettre quelque chose en bo?te ne signifie pas limiter au point de r?duire quelqu'un ? rien, c'est-?-dire se moquer de lui, mais parvenir ? mettre tous les ingr?dients d'une action ou d'un projet dans un espace limit?. A d?faut d'?tre tr?s diff?rentes, les "bo?tes" norv?giennes et francaises prennent des sens bien particulier, les unes (francaises) ?tant vues comme un contenant peu valorisant tandis que les autres (norv?giennes) sont un objectif qu'on peut atteindre avec un peu d'habilet?. La traduction alors cherche non pas ? d?placer un sens mais ? le cr?er, non pas en tenant compte du contexte mais en faisant appel au v?cu dans lequel l'expression s'emploie. A leur sujet, deux questions se posent alors : 1.-doit-on distinguer les "intraduisibles" des " intraductibles ", dont la compr?hension ne fait pas seulement appel au contexte mais ? une repr?sentation de l'?nonc? ? 2.-le d?placement dont il est question dans la traduction (d'une convention de sens ? une autre) est-il identique ? ce que la psychanalyse d?signe sous le terme de "d?placement" dans l'analyse des r?ves ? bien cordialement Jean-francois Doucet -- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives
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