[Lutecium-group] Fwd: [Psychanalyse] La mutation du lien social
bonjour, Voici une piste ? la r?flexion de sven ? propos de "l'humanisme" qui il me semble ne cesse pas de "muter" de Fromm ? Zizek ,que sais-je ? cordial ft ---------- Forwarded message ---------- From: http://www.qwarkpsy.eur.st/ <frans.tassigny at gmail.com> Date: 3 avr. 2007 00:56 Subject: [Psychanalyse] La mutation du lien social To: frans.tassigny at gmail.com [http://1libertaire.free.fr/MutationduSocial01.html] Origine : http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?id_article=00621 ------------------------------ Nous ferons ici (1) l'hypoth?se que nous assistons depuis une - ou tout au plus deux - dizaine d'ann?es ? une mutation in?dite de l'organisation du lien social. Ce serait cette subversion sans pr?c?dent ? quoi nous pouvons attribuer la responsabilit? de la perte des rep?res ? laquelle nous assistons, de m?me que les difficult?s de r?ajustement dont nous avons sans cesse des ?chos au travers des avatars de la vie collective. Identifier la structure de cette mutation devrait nous permettre d'?viter aussi bien le mirage des lendemains qui chantent que l'illusion pessimiste de ceux qui voient dans nos changements les signes de notre d?cadence. Nous pensons en effet qu'optimisme et pessimisme sont aujourd'hui deux belv?d?res cyclop?ens qui restent en-de?a des enjeux que nous avons ? prendre en compte, faute de quoi nous resterons sans moyens pour relever le d?fi auquel notre monde nous convoque. Car - et c'est une premi?re remarque - cette mutation est d'abord un fait dont nous pouvons bien s?r nous tenir pour responsables, dans la mesure o? elle est la suite logique d'une ?volution dans nos propres fonctionnements collectifs, amorc?e depuis maintenant plusieurs si?cles, mais dont il faut surtout rep?rer le caract?re ac?phale, car elle n'est pas tributaire d'une quelconque volont? d?lib?r?e. Nous tenterons en revanche de faire percevoir ? quel point cette mutation contamine l'ensemble du champ social et, faute d'?tre identifi?e laisse par exemple les enseignants mettre en cause les parents et vice versa, alors qu'ils sont tous deux emport?s par elle, ceci n'emp?chant d'ailleurs nullement certains de profiter habilement de cette nouvelle donne pour en faire une modalit? de fonctionnement ?conomique et une abondante source de profits. Une seconde remarque s'impose pour indiquer que si nous ?voquons ici le terme presque galvaud? - tant il est utilis? - de mutation, c'est en r?f?rence ? la th?orie des catastrophes, o? la mutation proc?de non d'une coupure radicale, mais r?sulte surtout du cumul de changements minimaux entra?nant subitement la transformation compl?te de la perception. Il n'emp?che qu'en fin du compte, cette mutation op?re, et le changement de perception est ? ce point important et d?terminant que nous pouvons le comparer, par exemple, au d?placement de lecture qu'a entra?n? le fait de prendre en compte que c'?tait la terre qui tournait autour du soleil et non l'inverse. Une troisi?me remarque pr?liminaire pour pr?ciser en quoi tout ceci concerne le psychanalyste. Il pourrait en effet ne pas aller de soi que, quittant ainsi le cabinet et sa pratique du divan, ce pr?tendu sp?cialiste de la psyche - de l'inconscient et du transfert - extrapole ses concepts pour appr?hender ce qui se passe dans la soci?t? qui est la sienne. Les r?serves ne manqueront d?s lors pas, certaines d'ailleurs justifi?es et m?ritant notre attention, d'autres, en revanche, davantage signes de frilosit?, visant d?s lors surtout ? mettre du plomb dans l'aile ? ce qui pourrait venir d?ranger les habitus de penser. N?anmoins, en quelques mots, pr?cisons ? cet ?gard deux points d'une importance majeure. D'abord, que ce qui autorise l'analyste ? s'int?resser autrement ? cette question du social, c'est sans aucun doute le fait de constater que si Freud avait une conception, dont nous pouvons dire dans l'apr?s coup qu'elle ?tait celle d'un inconscient familial - oedipien -, Lacan nous a amen?s ? rep?rer en quoi la d?couverte de Freud ?tait pure et simple cons?quence du fait que nous sommes des ?tres parlants - des parl?tres, comme il le disait. Ceci aboutit ? lire l'inconscient dans un registre beaucoup large que celui de la famille. Nous pouvons ainsi le suivre lorsqu'il avance que ? l'inconscient, c'est le social ?. Mais, si tel est le cas, il va alors de soi que nous sommes contraints ? prendre la mesure de cette mutation du lien social, puisque les changements qui op?rent ? l'intersection de la singularit? subjective et du social ne peuvent qu'avoir des effets sur la construction de la subjectivit? et donc, ?videmment, sur la clinique. Ensuite, que si la psychanalyse a la pr?tention de lire l'appareil psychique, elle ne peut exclure d'appr?hender comment et en quoi une soci?t? quelconque interf?re - ou pas - dans la construction de ce dit appareil. Avan?ons ici simplement que chaque soci?t? a toujours eu la charge de construire la fiction qui soutient chacun de ses membres dans la possibilit? de transmettre les conditions n?cessaires pour pouvoir y prendre sa place. Ainsi, les rituels de passage ? l'?ge adulte n'ont jamais eu d'autre fonction que d'instituer des moments o? chaque sujet, individuellement, se voyait reconnu dans son trajet par l'organisation collective ? laquelle il appartenait. Nous verrons comment il n'est pas impossible que notre soci?t? se dispense de cette t?che et contrevienne de ce fait ? ce dispositif s?culaire. Tentons maintenant d'articuler cette mutation. Nous avancerons la th?se selon laquelle nous assistons effectivement, et bien qu'elle se passe majoritairement ? notre insu, ? une mutation in?dite du lien social, dans la mesure o? celui-ci ?tait organis? par la pr?sence, ? tous les endroits du syst?me, d'une position d'ext?riorit?, d'une place d'exception, d'une transcendance. Que ce soit l'Etat, le chef, le p?re, le roi, le pr?sident, le ma?tre..., ce qui caract?risait l'organisation collective d'hier, - et sans bien s?r annuler les modifications consid?rables qui ont pr?valu aux grands changements sociaux enregistr?s dans l'Histoire -, c'?tait la permanence de la reconnaissance collective - par le collectif aussi bien que par chacun de ses membres - d'une place diff?rente, ext?rieure ? l'ensemble, et pr?valente de ce fait, conf?rant donc les oripeaux de l'autorit? ? celui ou celle qui occupait cette place, et lui assurant d'embl?e la l?gitimit?. Celle-ci allait donc de soi, m?me si le fait d'occuper cette place pouvait ?tre l'objet de litiges incessants. . Nous dirions volontiers avec Marcel Gauchet (2) que nous avons quitt?, au cours de cette derni?re d?cennie, un mod?le de soci?t? o? la place d'ext?riorit? - la transcendance - ?tait inscrite - soit parce qu'elle ?tait en conformit? avec le mod?le religieux de l'h?t?ronomie, soit parce que, bien que ce mod?le f?t combattu et en d?clin, la place restait encore inscrite, vu que son empreinte continuait ? persister suffisamment dans le collectif. Nous sommes aujourd'hui, en revanche, pass?s - sans rupture apparente, presqu'insensiblement - ? un fonctionnement collectif qui s'est ?mancip? de la r?f?rence ? une position d'ext?riorit? ou de transcendance, signant ainsi ce que d'aucuns ont appel? "l'acte de d?c?s d'une soci?t? hi?rarchique" (3). Un tel mode de fonctionnement porte ?videmment ? cons?quences. Ce n'est pas le lieu ici de les d?crire exhaustivement. Mais indiquons simplement que, de ce fait, c'est la diff?rence de places elle-m?me qui appara?t comme devenue incongrue. Si d'embl?e la lecture de l'organisation sociale ne reconna?t plus comme allant de soi l'existence d'une place transcendante, toute position qui pr?tendrait relever de cette place et s'en l?gitimer se trouve ?videmment devenue obsol?te. Mais dans un second temps, c'est tout discernement entre des places diff?rentes - qui risquerait toujours d'impliquer un tant soit peu une hi?rarchie - qui se voit invalid?. Cette fin de la transcendance n'est pas pour autant synonyme d'anomie, car nous pouvons rep?rer que c'est un autre r?gime symbolique de la vie collective qui est en train de se constituer aujourd'hui. En effet, dans le m?me mouvement, se substitue au r?gime d'hier un autre type de lien social. Pour saisir la structure de ce changement, nous proposons de reprendre le paradoxe de Russell, et d'avancer que nous sommes pass?s d'un mode de fonctionnement qui se pr?sentait comme consistant et incomplet, pour nous organiser selon un r?gime qui se veut complet et qui est de ce fait inconsistant. Rappelons rapidement que jusqu'? G?del, tous les scientifiques croyaient pouvoir mettre le monde en th?or?mes, en raisonnements sans faille, comme on pratique en math?matique ordinaire. Mais en 1931, G?del d?montre, d'une part, qu'il se peut que, dans certains cas, on puisse d?montrer une chose et son contraire, ce qu'il d?finit par inconsistance, d'autre part qu'il existe des v?rit?s math?matiques qu'il est impossible de d?montrer, et c'est alors l'incompl?tude. Russell, quant ? lui, s'est int?ress? ? la contradiction que g?n?re la th?orie des ensembles, et plus particuli?rement de l'ensemble de tous les ensembles qui ne se contiennent pas eux-m?mes. Ainsi en est-il de la phrase bien connue selon laquelle "tous les cr?tois sont des menteurs". Si Epim?nide qui la prononce est lui-m?me un cr?tois, il faut en tirer la conclusion qu'il est un menteur, mais alors quelle valeur a la phrase qu'il a ?nonc?e ? Ce que ce type de paradoxes a fait ?merger, c'est que nous devions faire forc?ment un choix entre un ensemble consistant mais qui supposait l'incompl?tude, puisqu'un de ses ?l?ments devait en ?tre exclu, (Epim?nide ne peut ?tre un menteur lorsqu'il prononce la formule), ou un ensemble complet mais alors frapp? d'inconsistance, dans lequel des v?rit?s se contredisent radicalement. (Epim?nide est un menteur selon la formule, mais il n'est pas un menteur quand il l'?nonce). Choix forc? donc entre incompl?tude et consistance d'une part, ou compl?tude et inconsistance d'autre part, voil? ce que nous ass?ne la logique moderne et son ?tude des paradoxes. Signalons surtout qu'il n'y a pas d'autre mani?re de sortir de ce paradoxe qu'en passant ? un syst?me m?ta, qu'en se situant dans un domaine o? l'on parle des ?l?ments du domaine sans ?tre dans le domaine lui-m?me, ce que Russell a appel? sa "th?orie simple des types". Ce point est ?videmment essentiel, puisque cette sortie oblig?e d?montre la n?cessit? d'une ext?riorit?, fut-elle seulement potentielle, au travers d'une incontournable hi?rarchisation des niveaux logiques pour sortir le paradoxe de l'impasse. Autrement dit, du seul point de vue logique, une transcendance s'av?re toujours n?cessaire. Profitons de cette mise ? plat pour situer l'enjeu de notre mutation in?dite : le passage d'une soci?t? hi?rarchique - donc consistante mais incompl?te, puisqu'elle tire sa consistance de son incompl?tude, de la place du chef, du ma?tre, du roi, du p?re, de l'?tat, en un mot de la place de l'exception - ? une organisation sociale qui, au contraire, pr?tend ? la compl?tude, mais au prix de l'inconsistance. Une telle mutation n'a ?t? possible que, pr?cis?ment, parce que nous nous sommes ?mancip?s de la transcendance substantielle - religieuse - et c'est bien dans ce mouvement que s'est accomplie la d?mocratie. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas tant d'un choix d?lib?r?, que de la cons?quence d'un choix forc? : tant que nous avons poursuivi le dialogue avec la place de l'exception - soit parce que nous ?tions dans un r?gime o? le religieux organisait le social, soit parce qu'accomplissant le travail de nous en lib?rer - nous reconnaissions toujours l'existence de cette ext?riorit?, nous ent?rinions de nous trouver dans un monde marqu? par l'incompl?tude. Mais lorsque nous nous sommes vraiment ?mancip?s de cette transcendance, lorsque tous les membres se sont lib?r?s de cette h?t?ronomie, lorsque toute r?f?rence au religieux est devenue strictement priv?e, nous avons - f?t-ce ? notre insu - bascul? dans un monde sans ext?riorit?, donc organis? de mani?re compl?te et inconsistante. C'est dans ce passage que nous identifions la mutation in?dite de l'?tre ensemble, auquel nous sommes aujourd'hui confront?s. Et c'est ce changement de r?gime symbolique qui bouleverse enti?rement nos rep?res traditionnels. Ainsi, par exemple notre repr?sentation de la mani?re de d?cider n'est plus du tout la m?me qu'hier. Il allait en effet de soi que c'?tait ? partir de cette position d'ext?riorit?, soi-disant ?vidente mais en tout cas reconnue par tous, ? partir de ce point exog?ne, autrement dit, de la place de l'exception, que la d?cision ?tait prise. Pour le dire de mani?re imag?e, il allait de soi que le commandement venait d'en haut ou d'ailleurs (?voquons ici un r?gime symbolique essentiellement vertical). Aujourd'hui, au contraire, on estime que la d?cision doit venir d'une confrontation des avis, d'une discussion entre les protagonistes, apr?s ?changes entre les interlocuteurs (donc un r?gime symbolique horizontal). Ce n'est donc plus ce qui est ? l'ext?rieur qui a la pr?s?ance, mais c'est la totalit? de l'ensemble lui-m?me qui doit pr?valoir. C'est donc toute la repr?sentation de la vie collective qui a bascul?. Celle-ci ne se soutient plus d'un ordre pr??tabli qui transmet des r?gles, mais d'un ordre qui doit ?merger des partenaires eux-m?mes. On voit d'ailleurs d'embl?e l'int?r?t de cette mutation : les acteurs sont impliqu?s, ils ne sont plus seulement des assujettis, mais peuvent davantage s'engager comme sujets, et le savoir propre ? chacun peut contribuer ? la r?alisation du projet collectif. Mais on peut aussi voir d'embl?e une difficult? : comment concilier tous ces avis singuliers, et forc?ment diff?rents, comment faire pour que tous ces particularismes marchent encore de concert. Il ne devra d?s lors pas nous ?tonner que, dans un tel r?gime, l'individualisme soit pr?valent, ce qui devra simplement ?tre lu comme la cons?quence logique de cette mutation, sans aucune volont? d?lib?r?e et sans un quelconque voeu moral. Ce qui donc caract?rise la mutation du lien social, c'est qu'? partir de la disparition de la transcendance religieuse, tout se passe comme si nous nous ?tions ?mancip?s de toute transcendance. Or, nous venons de voir que celle-ci, paradoxalement, n'est pas tributaire seulement de son lien au religieux, mais qu'elle est toujours n?cessaire d'un seul point de vue logique. Avant d'aller plus loin dans les cons?quences que cette mutation entra?ne, prenons un moment le temps de voir comment elle se pr?sente ? nous et comment elle contamine l'enti?ret? du champ social. Nous avons d?j? ?voqu? que la fin d'un lien social organis? autour d'une place d'exception implique le d?menti de la diff?rence des places. En effet, celle-ci ne se justifie plus dans un monde o? l'on pense s'?tre ?mancip? de toute transcendance. De la m?me fa?on, est frapp?e de soup?on toute loi qui devrait valoir pour tous, d'un devoir qui va de soi ? partir d'une position d'h?t?ronomie. Ceci introduit une subversion sans pr?c?dent qu'il faut bien distinguer d'un changement de figure d'exception. Ainsi, par exemple, passer d'un roi ? un pr?sident n'est pas un mince changement mais, il n'a rien ? voir avec passer d'un groupe avec chef ? un groupe sans chef. Mais cela va bien au-del? de ces figures connues. Prenons par exemple la r?gle qui valait pour tous les m?decins, selon laquelle ce dernier se consacrait sans aucune ambiguit? au maintien de la vie. A partir du moment o? l'euthanasie prend droit de cit? et ne constitue plus en soi une transgression - et ceci se passe dans les esprits bien plus que seulement dans les textes l?gif?rants - se voit compl?tement ?branl? le recours ? cette valeur commune. Le m?decin, toujours au service de la vie, se voit, du seul fait d'accepter la possibilit? de l'euthanasie, pouvoir devenir un tueur. Entendons-nous bien, il ne s'agit pas ici de discr?diter cette modification ?ventuelle de la loi, mais de prendre la mesure du raz de mar?e que provoque l'introduction de ce changement, et de constater qu'il constitue un v?ritable retournement anthropologique. Car de ce fait, plus de possibilit? de faire appel ? ce qui va de soi, ? ce qui hier d?terminait ce qu'on appelait "le bon sens". Tout doit ?tre ren?goci? et est chaque fois susceptible d'?tre ?tre remani?. Donc, plus de temporalit? non plus pour d?canter et pour constituer un socle tiers auquel les interlocuteurs peuvent se r?f?rer, sans passer pour exercer arbitrairement leur autorit?, et donc passer pour autoritaires. Dans un tel contexte, chacun ne peut, au mieux, que t?cher de se constituer sa propre tierc??t?. Nous n'aurons plus d?s lors ? nous ?tonner de ce que, par exemple, aller au tableau noir pour y r?citer sa le?on ne fasse plus l'arri?re-plan qui va de soi dans les rapports entre l'enseignant et l'?l?ve. En revanche, la formule de plus en plus utilis?e "mais de quel droit me demandez-vous cela?" adress?e par l'enseign? ? l'enseignant, rel?ve tout ? fait logiquement de cette nouvelle donne. Remarquons aussi qu'en lisant cette mutation comme un changement de r?gime symbolique, nous r?futons d'embl?e la lecture - que l'on dit habituellement et ? tort, de droite - qui conclut ? l'?volution vers l'anomie, autrement dit, ? notre d?cadence. Et que nous ne partageons pas plus pour autant la lecture - soi-disant de gauche - selon laquelle il suffira de s'affranchir davantage de l'h?t?ronomie pour atteindre un suppl?ment de justice et de d?mocratie, car ce serait m?conna?tre que cette mutation g?n?re une confusion in?dite. En effet, le passage du mod?le vertical au mod?le horizontal - pour le dire ici tr?s rapidement - pr?cis?ment peut ?tre lu de deux fa?ons diff?rentes : soit comme la fin pure et simple de la place de l'ext?riorit? et de toute hi?rarchie, soit comme la fin d'une des mani?res possibles - m?me si le fait qu'elle ?tait la seule en vigueur jusqu'? une p?riode tr?s r?cente pouvait laisser croire qu'il n'en existait pas d'autre - de rendre pr?sente et d'occuper cette place d'ext?riorit?. Autrement dit, il pourrait y avoir diff?rents niveaux d'ext?riorit?, comme, pour Russell, il y avait ? distinguer des "types" pour sortir de son paradoxe. Si l'on refuse de se poser cette question, la suite est ?videmment simple. En effet, il s'agit alors purement et simplement de poursuivre le mouvement d'?mancipation, d'accomplir jusqu'? son terme la lib?ration du mod?le ant?rieur. Mais, au contraire si une ext?riorit? en recouvrait une autre, si la hi?rarchie du patriarcat n'avait ?t? qu'une des mani?res d'actualiser la place de l'ext?riorit? ou de la transcendance, mais que celle-ci restait un invariant logiquement n?cessaire, l'interrogation quant ? l'avenir demeurerait enti?re et ne pourrait aucunement se r?gler par une telle volont? libertaire. Cette question est donc corr?l?e ? celle de savoir si le trait qui caract?rise le mod?le que nous quittons - une place d'exception qui permet ? la collectivit? d'exister ensemble - est un irr?ductible n?cessaire pour l'existence du lien social. Mais si, comme nous le pensons, ce trait s'av?rait n?cessaire, reste la question de savoir si le r?gime de la soci?t? hi?rarchique model? sur la religion monoth??ste serait le seul susceptible de lui donner sa place. Ne serait-il pas plut?t simple contingence historique ? Nous pouvons donc lire cette mutation de deux fa?ons diff?rentes, l'une qui va introduire une confusion majeure, l'autre qui nous ouvre une nouvelle voie. Reprenons pour bien nous faire entendre : nous ?tions dans un monde de verticalit?, dont la pyramide hi?rarchique ?tait le paradigme ; la norme ?tait h?t?rog?ne, transcendante, donc donn?e de l'ext?rieur, et ce syst?me ?tait toujours incomplet, mais c'est ce qui lui donnait sa consistance. La modernit? nous a mis en mesure de d?masquer le caract?re fictif d'une telle organisation : tout cela n'?tait qu'une fiction, c'?tait un stratag?me gr?ce auquel nous avons pu fonctionner, mais ce n'?tait jamais qu'un stratag?me. Les effets de cette destitution induite par la modernit? ne nous ont pas atteints d'embl?e ; il a fallu plusieurs si?cles pour que cette nouvelle donne marque l'ensemble des individus et aboutisse ? ce que la place d'ext?riorit? ne dispose plus de sa l?gitimit? spontan?e. De ce fait, aujourd'hui, c'est un lien social nouveau, organis? seulement ? partir des sujets eux-m?mes et des interactions entre eux, qui se met en place, essentiellement horizontal. Mais on peut le lire de deux fa?ons : on peut dire que cette horizontalit? qui est en train d'?merger s'?mancipe compl?tement de la verticalit?, ou au contraire que cette horizontalit? pr?domine d?sormais mais continue ? se r?f?rer ? une verticalit?, sous une autre modalit? que celle substantielle et d?terminante de la r?f?rence ? la tradition de la soci?t? th?ologico-politique. La premi?re lecture ? horizontalit? compl?tement ?mancip?e de la verticalit? ? ne laisse d'autres cons?quences que de poursuivre sans fin l'effort d?mocratique en visant la fin de toute diff?rence des places - la dissolution de la hi?rarchie - ou de se lamenter de ce dont nous ne disposons plus comme hier - ceux qui crient ? la d?cadence. La seconde, elle, ne va pas ?lider la diff?rence des places, m?me si elle n'accepte plus de reproduire purement et simplement les places d'antan et la fa?on dont elles ?taient occup?es ; elle s'autorise par exemple, ? exiger de ceux qui l'occupent de ne pas se consid?rer pour autant hors la loi. La premi?re lecture, nous l'appellerons la lecture de l'ext?riorit? absente, perdue ou ? disparition programm?e, et, du coup, nous nous apercevons que se retrouvent du m?me c?t? ceux qui croient qu'elle est perdue, les pessimistes, et ceux qui croient qu'elle est ? perdre, ? faire dispara?tre, les optimistes. La seconde lecture, en revanche, accepte et souligne la fa?on diff?rente dont il nous faut d?sormais prendre en compte la diff?rence des places. Nous l'appellerons l'ext?riorit? situ?e. Car - nous ne pouvons le d?montrer ici, ce serait trop vaste, mais c'est pr?cis?ment le socle de la d?couverte freudienne telle que l'a relue Lacan - c'est du fait du langage, donc de ce qui nous caract?rise sp?cifiquement comme ?tres humains qu'il y a, et l'incompl?tude incontournable, et la diff?rence des places. Le fait que la fiction - religieuse en l'occurrence - par laquelle le social d'hier en a figur? la n?cessit? soit p?rim?e, ne fait pas dispara?tre pour autant ni l'incompl?tude, ni l'existence de la diff?rence de places. Simplement, c'est la fa?on dont hier elle ?tait organis?e qui est aujourd'hui devenue obsol?te. Autrement dit, pour faire face ? la grande confusion dans laquelle nous sommes, et ? ses effets d?l?t?res, il ne s'agit pas de regretter la transcendance disparue, pas plus que de promouvoir la disparition de toute transcendance, mais il s'agira plut?t de substituer ? une transcendance substantielle une transcendance seulement logique, reconnue comme irr?ductible - un imminimisable minime minimum disait Becket - parce qu'elle tient ? notre aptitude ? la parole. Par contre, si nous confondons ces deux mani?res de lire la mutation d'aujourd'hui, si nous pensons que la fin d'un r?gime symbolique incomplet va nous autoriser ? ne plus transmettre ni la n?cessit? de l'incompl?tude ni la n?cessit? de la diff?rence de places, nous invalidons ? et c'est bien ce qui se passe souvent aujourd'hui ? tout qui occupe la place de l'exception, en l'occurrence, aussi bien les parents, les ?ducateurs, les enseignants que les directeurs ou les politiques. Et n'est-ce pas la difficult? actuelle : toutes ces personnes ne sont plus reconnues comme pouvant l?gitimement occuper cette place. Difficult? qui tient ? cette lame de fond qui a subverti notre perception de la n?cessit? d'une transcendance, f?t-elle immanente. Et ne croyons pas que ceci ne concerne que les chefs, n'a d'effets qu'aupr?s de ceux qui ont les oripeaux habituels de l'autorit?? Un exemple tout ? fait banal : une jeune m?re, son enfant dans les bras, affirmait r?cemment qu'elle savait bien qu'il fallait le frustrer, qu'il ne fallait pas tout lui donner, mais en m?me temps, comme elle le nourrissait, ? chaque fois qu'il pleurait, elle se demandait s'il ne fallait pas quand m?me pas lui donner? Question tout ? fait commune, mais en m?me temps, question dans laquelle toute sa singularit? ?tait engag?e ; mais curieusement, ce qui prenait le dessus n'?tait pas le fait de savoir ? quoi elle se r?f?rait, elle, et comment, d?j? tr?s t?t, elle pouvait transmettre ? son enfant la supportabilit? de ne pas ?tre rassasi? imm?diatement, comment, en l'entourant de ses mots et de sa voix, elle pouvait le lui faire entendre. Ce n'?tait pas ?a qui lui importait, ce qui comptait, c'?tait de savoir si elle devait ?tre frustrante ou pas. Ce qui n'est absolument pas l'enjeu ! L'important aurait ?t? pour elle de retourner ? son savoir propre pour ?tre capable de faire entendre ? cet enfant que, bien s?r, il avait des raisons de pleurer, puisque il devait avaler la couleuvre de la d?ception fondamentale attenante ? sa condition d'humain, mais qu'elle ?tait aussi l? pour lui t?moigner que ce n'?tait pas pour autant mortel ! Que m?me au contraire, c'est ce qui lui permettrait de d?sirer? Sur cette affaire, cette jeune m?re a une longueur d'avance sur son enfant, mais encore faut-il qu'elle se la reconnaisse comme l?gitime. C'est pourquoi, en tout ?tat de cause, il nous faut prendre la mesure de ce sympt?me in?dit dans l'histoire, ? savoir l'?mergence d'une g?n?ration de parents qui ne se sentent plus la l?gitimit? de prescrire une perte de jouissance - une soustraction toujours n?cessaire - ? leurs enfants, qui se trouvent dans le malaise - ou l'impossibilit? - ? faire accepter par leur enfant une limite ? leur toute-puissance. Autrement dit, lorsqu'ils soutiennent et la diff?rence des places et l'irr?ductible incompl?tude. Bien s?r, le cas de figure n'est pas g?n?ralisable, mais il est suffisamment fr?quent que pour qu'il doive ?tre reconnu. En une g?n?ration, nous avons vu ?merger dans les consultations des parents qui ne s'autorisent plus ? dire "Non" ? leurs enfants, non pas un "Non" qui seulement interdit, mais un "Non" qui, du fait d'interdire, autorise et ouvre ? du possible. En revanche, ils se voient de plus en plus mis ? mal du fait de ne pouvoir ?tre des pourvoyeurs pour leurs enfants. Le tableau est sans aucune trace d'ant?c?dent dans l'Histoire, et suffisamment repr?sentatif aujourd'hui que pour ?tre ?pingl?. Nul doute que si nous voyons aujourd'hui des enseignants en difficult? dans l'exercice de leur autorit? ou des parents en attente du consentement de leurs enfants pour leur poser des interdits, c'est parce que la reconnaissance symbolique de leur l?gitimit? ne leur est plus spontan?ment fournie par le social, et cela ? cause de cette mutation que nous indiquons ; il ne leur reste alors qu'? se tourner vers la reconnaissance toute imaginaire venant de ceux ? qui ils sont cens?s interdire, ce qui bien s?r pose quelques probl?mes. Par ailleurs, du c?t? des enfants, des futurs sujets eux-m?mes, tout se passe comme si, pour ancrer la limite, ils ne pouvaient plus compter sur l'interdit qui leur vient d'ailleurs, sur l'arrimage de ce "Non!" dans le social, dans l'Autre du corps social. Au mieux, il ne leur reste alors qu'? s'interdire, mais ce "Non!" par ailleurs pleinement justifi? qu'ils s'infligent ? eux-m?mes, n'en reste pas moins ?minemment pr?caire, puisque son destin n'a pas ?t? retir? de leurs mains. Il persiste en leur seul pouvoir et, ? ce titre, est toujours susceptible d'?tre remis en question, si pas d?savou?, et donc sans cesse ? r?inscrire. Leur "Non!" reste non seulement comme toujours ? refaire, mais ? r?p?titivement refonder, dans un contexte social o? tout fondement est discr?dit? comme vestige m?taphysique. C'est en ce sens que nous pouvons dire que le futur sujet est laiss? en plan par la carence du social ? rendre visibles les conditions n?cessaires de son fonctionnement symbolique. Le risque, dans un tel contexte, c'est que l'enfant ne soit ni pouss?, ni aspir? ? grandir psychiquement, encore moins ? prendre sa place dans le social comme homme ou comme femme. Si en revanche, nous ne faisons pas cette confusion, nous pouvons alors rep?rer que la l?gitimit? de pouvoir se soutenir d'une diff?rence de places et d'introduire l'incompl?tude ne tient ni au patriarcat, ni au syst?me social dans lequel nous fonctionnons, mais tient au fait que nous sommes des ?tres parlant. Ce qui a ?videmment de tout autres cons?quences et je pense que nous devons ? Lacan d'avoir rep?r? qu'? cet ?gard, l'inconscient freudien qui reste un inconscient familial, est insuffisant ? rendre compte de ce qui se passe. Si les cons?quences de tout ce que Freud a d?couvert ne sont rien d'autre que des cons?quences du fait que nous sommes des ?tres parlants, cela nous restitue la l?gitimit? pour intervenir comme nous le pouvons et le devons ? cet endroit : rappeler que la diff?rence des places et la perte de jouissance - l'incompl?tude - sont toujours de mise, m?me si d?sormais elles sont davantage le r?sultat d'une proc?dure qui doit profiter de l'interaction de ceux qui y sont confront?s, l? o? hier il suffisait d'endosser les habitudes de la tradition. Car, reste la question cruciale de Kant de savoir ? quel moment un homme est m?r pour la libert?. Nous voudrions ainsi amener pour conclure, que s'il s'agit, dans l'?ducation, d'?ducare, d'ex-ducere, de conduire au dehors, si ? cet ?gard, la l?gitimit? de la diff?rence des g?n?rations a toujours sa place, et cela au-del? de la mutation du social, s'il est toujours n?cessaire d'?tre engag? comme adulte dans sa parole, il nous faut bien reconna?tre que la d?mocratie trop vite et mal comprise rabote ce dispositif lorsqu'elle fait tout d?pendre de la n?gociation ! Si nous poussons la confusion induite par la mutation du lien social, si nous vivons la compl?tude et annulons toute transcendance, f?t-elle seulement logique, il n'y aura effectivement plus de raisons de consid?rer qu'il y ait une diff?rence de places entre les parents et les enfants. Nous pouvons penser alors sur quel terrain extr?mement dangereux nous risquons de nous trouver. C'est pourquoi sans doute la question de l'?ducation va devoir reprendre aujourd'hui une connotation politique parce que, spontan?ment, nous ne voyons pas comment nous allons ?chapper ? cette confusion, ce qui ne peut qu'avoir des effets d?l?t?res sur la possibilit? m?me de l'?ducation, pour des motifs qui ne tiennent nullement, comme certains tendent ? le croire, ? l'?mergence de mauvais parents, mais ? la mutation de la structure du lien social que nous venons de d?crire. Raisons purement logiques, ?tant donn? que ceux qui devraient pouvoir prendre appui sur la reconnaissance collective de l'incompl?tude et de la diff?rence des places se retrouvent orphelins de l'appui du social et, de ce fait, ne savent plus d'o? ils auraient la l?gitimit? qui leur permette de tenir leur place. Or, c'est un point nodal parce que dans la structure, c'est le m?me point - cette n?cessit? de l'incompl?tude - qui fonde aussi bien l'appareil psychique du sujet que la vie collective. Sans consentement ? la perte et ? la diff?rence de places, au nom de quoi y aurait-il une vie collective ? Et s'il n'y a pas de perte, il n'y a pas de possibilit? de singularit? subjective non plus ! Nous ne pouvons donc pas traiter de la m?me fa?on des sujets virtuellement d?j? construits et des enfants pas encore sujets. Si l'enjeu de la d?mocratie ? bien pens?e cette fois-ci ? est effectivement de mettre tout le monde au travail dans la possibilit? d'?changer, d'interagir, d'intervenir, il s'agit aussi de reconna?tre qu'il y a une place logique d'exception irr?ductible, et que celle-ci n'est pas p?rim?e du fait que la tradition patriarcale d'hier n'est plus l? pour la transmettre. Bien au contraire, il s'agit toujours, au-del? des proc?dures d'?changes mises en place par les proc?dures d?mocratiques, de reconna?tre la n?cessit? de cette transcendance immanente, ainsi que la n?cessit? que quelqu'un puisse, ? cette place d'exception, engager sa singularit? sans honte ni gloire. D'o? que l'?ducation doit assumer la mise en place de cette n?cessit? logique pour lui permettre d'avoir encore un droit de cit? dans la vie collective d'aujourd'hui. Car, si c'est ? partir de cette incompl?tude que singulier et collectif op?rent, il faut prendre la mesure de ce que le processus y est diff?remment agenc? : dans le collectif, il est suppos? acquis, tandis que pour le singulier, c'est la t?che de l'?ducation de permettre ? l'enfant de l'acqu?rir. Mais quand vient ? manquer collectivement la reconnaissance de l'incompl?tude, c'est ?videmment la l?gitimit? de sa transmission qui est remise en question, et c'est alors l'?ducation elle-m?me, dans sa t?che sp?cifique, qui risque de passer ? la trappe. Devons-nous dire de ce fait - pour reprendre la formule de Malraux dans les Antim?moires - qu'il n'y a plus de grandes personnes ? Lacan avait ?pingl? du terme d' ? enfant g?n?ralis? ? ce trait qui caract?risait d?j? notre monde. Il n'y a plus de grandes personnes, parce que la Grande Personne a disparu. Entendons ici ?videmment les effets de la mort de Dieu sur le lien collectif, sur la fiction qui a organis? la vie collective pendant des si?cles. Aujourd'hui, ce n'est pas que nous assistions ? l'?mergence d'une nouvelle fiction, c'est que nous assumons les cons?quences de ce que la structure - et non son contenu - de la fiction a ?t? d?masqu?e. Mais la fin de la fiction, si elle prive les sujets d'un appui cons?quent, elle n'autorise pour autant nullement de d?clarer la t?che de l'?ducation obsol?te. Cette derni?re reste enti?rement de mise, puisque ce qui la l?gitime, ce ne sont pas les fictions d'hier, mais ce ? quoi ces fictions avaient la charge de donner forme, ? savoir les contraintes logiques du langage que nous habitons. Voil? d'ailleurs pourquoi nous soutiendrons volontiers qu'il s'agit l? de notre responsabilit? politique de psychanalyste. ------------------------------ 1. Article publi? in num?ro sp?cial du CREAI, Centre interr?gional pour l'enfance et l'adolescence inadapt?e Provence, Alpes, C?te d'azur et Corse, consacr? ? "Le lien social en question", novembre 2003. 2. M. GAUCHET, La religion dans la d?mocratie, Gallimard, 1998 et La d?mocratie contre elle-m?me, Gallimard 2002. 3. P. ROSANVALLON, I. THERY, et al., France : Les r?volutions invisibles, Calmann-Levy, 1998 ------------------------------ Origine : http://www.freud-lacan.com/articles/article.php?id_article=00621 PSYCHASOC organise dans le cadre du s?minaire ? Psychanalyse et travail social ? anim? par Joseph ROUZEL, une rencontre avec Jean-Pierre Lebrun , psychanalyste ? Namur, auteur de ? La perversion ordinaire ? (Deno?l) autour des *Mutations dans le social.* Le vendredi 15 juin ? 20h30, dans les locaux de PSYCHASOC, 11, Grand rue Jean Moulin ? Montpellier. L'entr?e est gratuite. Les places seront limit?es. Veuillez vous inscrire au : 04 67 54 91 97. Ou : rouzel at psychasoc.com -- Envoy? par http://www.qwarkpsy.eur.st/ dans Psychanalyse <http://psychanalyse.blogspot.com/2007/04/la-mutation-du-lien-social.html>le 4/03/2007 10:54:00 AM -- Tassigny Frans Sint Fransiscusstraat 25 8400 Ostende BELGIQUE 0496 85 56 82 nv site : www.qwarkpsy.eur.st/
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