saura-t-on jamais ce qu'il en est du poeme? Maurice Gross : une refondation de la linguistique au crible de l'analyse automatique analyse automatique Amr Helmy IBRAHIM Qu'il s'adresse ? un Prix Nobel ou ? un ?tudiant de premi?re ann?e Maurice Gross ne craignait jamais d'?tre trop ?l?mentaire . C'?tait ? chaque fois comme si, entreprenant d'?crire un livre de math?matiques il ne pouvait rien d?montrer avant d'avoir reconstruit les donn?es les plus primitives du calcul et du raisonnement qui l'accompagne . Et il arrivait souvent que ceux qui l'?coutaient ou le lisaient pour la premi?re fois, manquant par leur impatience le d?tail qui faisait que ses ?vidences n'avaient rien d'?vident, s'imaginent qu'il les prenait pour des imb?ciles . Parce qu'il avait l'expression litt?raire et philosophique, la langue du style, la forme de l'?motion, dans les tripes - il pouvait citer sans discontinuer des po?tes fran?ais ou anglais du XVIe si?cle ? nos jours et discuter longuement des formulations exactes d'un Ren? Descartes ou d'un Charles Sanders Pierce, deux de ses deux philosophes pr?f?r?s - il n'a jamais fait recette aupr?s des litt?raires, des psycho-socios, des s?mio-machins, des politiques et des pouvoirs acad?miques chez qui le raccourci, la connotation, le clin d'oeil, dont tout le monde a oubli? sur quelles complicit?s exactes ils se fondent, tiennent lieu de d?couverte quand ce n'est pas de pens?e . La complexit? qui l'int?ressait ?tait d'une tout autre nature et autrement plus complexe . Elle avait pour horizon la phrase simple . phrase simple M?me pas l'?nonc?, juste la phrase . Et simple c'est-?-dire constitu?e d'une seule proposition . Contrairement ? ceux qui voyaient dans les processus de r?cursivit? propositionnelle - relatives notamment -- une source de complexit? et de cr?ativit?, il y voyait un m?canisme tr?s banal1 . La vraie complexit?, celle qu'aucune machine construite ? ce jour ne contr?le vraiment, il l'a expos?e avec une simplicit? d?sarmante en un peu moins de deux pages au d?but de M?thodes en syntaxe (1975: 17-19) dans le chapitre intitul? La cr?ativit? du langage . Elle porte sur les combinaisons possibles ou impossibles au sein d'une structure de neuf constituants formant une phrase simple . phrase simple Mais ces possibilit?s "limit?es ? 1050 cas" et qui peuvent donc "?tre consid?r?es comme intuitivement infinies" sans qu'il soit n?cessaire "de faire appel ? des m?canismes infinis pour rendre compte de leur richesse" ne sont qu'un horizon virtuel . 1. Taxinomies, Compl?tives et Classes d'?quivalence L'oeuvre de Maurice Gross et son enseignement s'emploieront ? r?v?ler et ? d?crire le fonctionnement d'un autre niveau de complexit? qui limite cette combinatoire virtuelle sans pour autant la simplifier et auquel on ne peut acc?der qu'? travers une taxinomie (ou taxonomie) . Mais cette taxinomie n'est pas celle dont les classements b?tes et m?chants sont h?rit?s d'un distributionalisme primitif conceptuellement ant?rieur ? la r?volution introduite dans la pens?e scientifique et dans la pens?e tout court par la d?couverte du principe de conservation de la mati?re . principe de conservation Cette taxinomie, soumise ? l'imp?ratif cat?gorique de conservation de la mati?re, est motiv?e, orient?e et au besoin corrig?e par l'obligation de d?couvrir et de reconstruire toutes les classes d'?quivalence qui existent au sein d'une langue et par del? parmi toutes les langues et au sein du langage humain . Le principe universel de conservation de la mati?re, celui-l? m?me qui gouverne la m?canique newtonienne et dont la reformulation par Lavoisier constitue le fondement non seulement de la chimie mais de toute pens?e dynamique moderne ? savoir que "Rien ne se cr?e, ni dans les op?rations de l'art, ni dans celles de la nature, et l'on peut poser en principe que, dans toute op?ration, il y a une ?gale quantit? de mati?re avant et apr?s l'op?ration; que la qualit? et la quantit? des principes sont les m?mes et qu'il n'y a que des changements, desmodifications" , ce principe est aussi, dans l'?conomie g?n?rale de sa m?thode, tout ? la fois un principe d'organisation et un principe de s?lection des propri?t?s classificatoires qui sont susceptibles de devenir des propri?t?s pertinentes, c'est-?-dire des propri?t?s qui contribuent ? rendre "intelligible" le fonctionnement de la langue . principe universel de conservation principe de organisation De la m?me mani?re que les propri?t?s li?es aux syst?mes de reproduction justifient les classements de Carl von Linn? . Maurice Gross qui donnait volontiers comme mod?le m?thodologique ? ses ?tudiants l'oeuvre du fondateur de l'histoire naturelle moderne aurait en effet pu appliquer ? la description des langues cette d?finition de Linn? dans sa Philosophia botanica de 1751: "La description est l'ensemble des caract?res naturels de la plante; elle en fait conna?tre toutes les parties ext?rieures; elle doit comprendre pour chaque organe le nombre, la forme, la proportion et la position; ?tre faite dans l'ordre de succession des organes; ?tre divis?e en autant de paragraphes s?par?s qu'il y a de parties distinctes et n'?tre ni trop longue ni trop succinte" puis, plus loin, cette petite remarque conclusive qui, au terme de tr?s longs et fastidieux inventaires deviendra l'une des d?couvertes majeures de l'histoire naturelle "la disposition des v?g?taux la plus recommandable doit ?tre tir?e du nombre, de la figure, de la proportion et de la situation de toutes les parties diff?rentes de la fructification" . description du langue Et l'on pourrait dire de Maurice Gross, ? une ou deux substitutions pr?s, ce qui a ?t? dit de Carl von Linne2: son "g?nie se situe dans le positivisme du regard qu'il porte sur la cr?ation [la langue]; il est le don de percevoir les ?tres [les unit?s de la langue] dans leur sp?cificit? mais aussi dans leurs rapports r?ciproques . Par la vertu du regard, la classification, fond?e sur le choix de rep?res artificiels, semble rejoindre un ordre naturel . La syst?matique appara?t ainsi comme une ph?nom?nologie et une morphologie . Nommer un ?tre [une unit? de la langue] c'est le mettre en place dans l'ensemble des ?tres . La taxinomie n'est pas une mn?motechnique, mais une v?ritable science." Mais quel ?tait, ? l'instar du nombre, de la figure, de la proportion et de la situation de toutes les parties diff?rentes de la fructification de Linn?, le fil directeur de l'entreprise classificatrice de Maurice Gross mat?rialis?e par ces fameuses tables de propri?t?s o? l'on voit des listes de verbes sur la gauche, des propri?t?s structurelles qui se succ?dent, parfois en escalier et en lignes serr?es sur le haut et cette myriade de plus et de moins ? l'intersection des deux? table de propri?t? propri?t? structurel C'?tait la nature de la s?quence en position de compl?ment d'objet direct des quelque six mille verbes transitifs du fran?ais . compl?ment de objet objet direct verbe transitif Plus pr?cis?ment l'observation qu'une distribution du type: /coupure/ pr?sente une une gamme de possiblit?s qu'il est indispensable de pouvoir relier puisqu'elles remplissent toutes la m?me fonction par rapport au verbe principal conjugu? et qu'elles sont toutes d?rivables, au minimum deux ? deux, l'une de l'autre . verbe principal conjuguer verbe principal Mais on voit vite que d'une part l'ensemble des ?l?ments de la gamme n'appartiennent pas au m?me paradigme distributionnel, d'autre part qu'il est tr?s difficile de les relier par une r?gle transformationnelle stricto sensu du fait de l'h?t?rog?n?it? des param?tres qui gouvernent l'?quivalence: nature du verbe principal, cor?f?rence ou non de l'agent du noyau pr?dicatif principal et du noyau pr?dicatif compl?ment, contraintes sur la possibilit? ou non de nominaliser le noyau pr?dicatif compl?ment, relation de la proposition subordonn?e compl?tive ? sa transform?e infinitive ou nominale, ?quivalence ou non de cette compl?tive avec un type particulier de relatives, nature du sujet du verbe principal, ? savoir s'il s'agit ou non du r?sultat d'une mont?e du sujet du noyau pr?dicatif compl?ment ou de son extraposition, nature des contraintes d'ordre dans la succession des deux noyaux pr?dicatifs et corr?lation de ces contraintes avec la possibilit? ou non de nominaliser ces deux noyaux, enfin, last but not least, la question de savoir si les variations de temps, d'interpr?tation aspectuelle et d'assignation des d?terminants appropri?s sont, au cours de ces changements, d?terminantes ou secondaires, c'est-?-dire rectrices ou d?pendantes des propri?t?s pr?c?dentes . verbe principal proposition subordonner type particulier sujet du verbe verbe principal Maurice Gross voit vite que toutes ces questions peuvent ?tre pos?es d'une mani?re extr?mement pr?cise et efficace ? travers l'analyse d'une petite structure qui a la forme: /coupure/ ? la condition expresse que cette analyse soit exhaustive et qu'elle soit centr?e en priorit? sur une propri?t?, ? savoir la relation de cette structure ? la structure structure ? le structure /coupure/ autrement dit c'est le R?gime des constructions compl?tives sous-titre de M?thodes en syntaxe qui sera positivement ou par d?faut, le point de d?part, le principe organisateur du lexique-grammaire, l'?quivalent du syst?me de fructification qui organise l'ensemble de la taxinomie de Carl von Linn? . Tout linguiste qu'il soit chercheur ou enseignant s'en rendra vite compte s'il prend la peine de construire un exercice d'analyse transformationnelle ? partir de ces deux structures avec un public de jeunes pr?alablement entra?n?s ? un minimum de manipulations syntaxiques: la quasi totalit? de la grammaire de la langue y passe . Un tr?s grand nombre des vrais probl?mes de syntaxe avec les probl?mes s?mantiques qui s'y attachent et qui ont donn? lieu ? de nombreux articles et livres ?crits dans toutes sortes de perspectives th?oriques sont clairement pos?s et pour certains expliqu?s par les diff?rences de comportement de ces deux structures selon les unit?s lexicales ? valeur pr?dicative qui s'y ins?rent . unit? lexical On voit ainsi d?montr? avec une rigueur et une simplicit? sans pr?c?dent dans l'histoire de la linguistique comment et pourquoi il est impossible de ne pas faire partir les m?canismes g?n?raux, en nombre fini et de nature simple de la grammaire ou de la syntaxe des diff?renciations tr?s complexes et a priori non finies du lexique . nombre finir On comprend alors mieux l'affirmation de Maurice Gross selon laquelle la moyenne de r?gularit? - c'est-?-dire le nombre moyen d'unit?s ayant exactement le m?me comportement au sein d'une classe - des classes verbales du fran?ais est d'un verbe et demi . On comprend mieux aussi les raisons de ce pav? dans la mare, "On the failure of generative grammar" qu'il publie en 1979 (Vo . 55, n?4, pp. 859-885) dans l'une des plus grandes revues de linguistique du monde, Language, l'organe de la Linguistic Society of America, ? un moment o? la grammaire g?n?rative est encore au mieux de sa forme . grammaire g?n?ratif La justification de ce choix, ? savoir de faire de l'?tude du groupe objet et ? l'int?rieur de ce groupe du r?gime des compl?tives le pivot d'une taxinomie qui devait progressivement couvrir toutes les unit?s de la langue est expos?e dans un ouvrage qu'un grand historien de la grammaire fran?aise qui est aussi le meilleur sp?cialiste de l'histoire de la notion d'objet, Jean-Claude Chevalier, consid?re comme l'un des deux meilleurs livres de linguistique qu'il connaisse: Grammaire transformationnelle du fran?ais: le verbe publi? chez Larousse en 1968 . grammaire fran?ais grammaire transformationnel du fran?ais La date a ici une importance particuli?re . importance particulier La m?me ann?e para?t aux presses du MIT The Grammar of English Predicate Complement Constructions de P.S. Rosenbaum qui reprend une th?se soutenue au MIT en 1965 sous la direction de Noam Chomsky . th?se soutenir D'octobre 1964 ? juin 1965 Maurice Gross est charg? de cours ? l'Universit? de Pennsylvanie chez Zellig Sabbetai Harris, fondateur du premier d?partement de linguistique aux Etats-Unis et professeur de Noam Chomsky . La diff?rence de traitement du m?me sujet dans les deux ouvrages s?pare d?j? et s?pare encore aujourd'hui ceux pour qui, comme pour Maurice Gross, les r?gles de la grammaire ne peuvent pas exister en dehors de propri?t?s lexicales tr?s sp?cifiques de tous ceux qui pensent que des r?gles d'une forme X peuvent ?tre assez g?n?rales pour accueillir les unit?s lexicales ind?pendammant de leurs particularit?s . r?gle de le grammaire propri?t? lexical unit? lexical Objecterait-on ? cette comparaison que l'entreprise de Maurice Gross, quelque g?niale qu'elle puisse ?tre, ne s'est appliqu?e qu'? une langue parmi quelques milliers de langues parl?es encore ? ce jour sur notre plan?te que je r?pondrais que nous sommes aujourd'hui quelques dizaines de chercheurs qu'il a form?s de par le monde ? affirmer qu'elle a ?t? appliqu?e avec succ?s et qu'elle restera longtemps applicable ? toutes les langues que nous connaissons . langue parler S'il existe une approche qui, dans son universalit?, soit aux langues, ce que les approches de Newton, de Lavoisier ou de Linn? ont ?t? aux sciences exactes qui fondent la dignit? de notre esp?ce, c'est bien celle de Maurice Gross . Une combinatoire virtuellement infinie mais effectivement corrig?e et pour ainsi dire reconfigur?e par une taxinomie elle-m?me gouvern?e et hi?rarchis?e par la s?lection de propri?t?s centrales dont on peut d?montrer, via un mode particulier de gestion des classes d'?quivalence, la pertinence . Voil? l'infrastructure de la m?thode . Pour se la repr?senter plus pr?cis?ment, il faut maintenant savoir ce que nous entendons pr?cis?ment par un mode particulier de gestion des classes d'?quivalence . Il est g?n?ralement admis qu'en langue une transformation qui v?rifie le principe de conservation de la mati?re est un changement structurel et lexical qui pr?serve une ?quivalence fonctionnelle ou s?mantique voire fonctionnelle et s?mantique entre l'?nonc? source et l'?nonc? transform? . principe de conservation Il est d'autre part implicitement admis, sans qu'il y ait r?ellement une th?orisation et une mod?lisation qui le prouvent, que le calcul des ?quivalences, toujours plus difficile en langue que dans d'autres domaines du monde physique, ne peut se faire s?rieusement qu'? la condition expresse que les transformations ne portent que sur des changements de structure ou des changements morpho-acoustiques dont la tra?abilit? -- ou la reconstructibilit? -- est garantie par des constantes d?rivationnelles ou des associations fig?es consign?es dans le dictionnaire . Ainsi tout le monde acceptera qu'il y a ?quivalence entre /coupure/ Ces restrictions n'ont rien d'absurde et ne doivent pas ?tre confondues avec on ne sait quelle m?fiance vis-?-vis des intuitions s?mantiques . Il n'y a pas d'analyse reproductible de la langue comme d'ailleurs de n'importe quel autre objet qui ne porte sur des formes pr?cis?ment identifiables . Pas d'analyse fiable dont la tra?abilit? des op?rations, leur reconstruction, ne soit pas parfaite . analyse fiable Les ?quivalences dict?es par l'intuition s?mantique sont fondamentales mais elles doivent ?tre trait?es avec une grande d?licatesse et une conscience aigue de la totalit? de leurs effets . Maurice Gross y a toujours fait appel, dans son enseignement comme dans ses ?crits . Pas pour les exclure ou les disqualifier mais au contraire pour en expliciter toute la gamme . Pour montrer que si on n'est pas, en la mati?re, exhaustif, on ne peut que se tromper sur la part qu'on a retenue arbitrairement . Une l?gende qui a la peau dure parce qu'elle est r?guli?rement aliment?e par des s?manticiens jaloux d'en avoir fait moins avec leur s?mantique pour le d?veloppement de la s?mantique que n'en a fait Maurice avec le seul lexique-grammaire, voudrait que Maurice Gross, dans le sillage d'un certain nombre de distributionalistes et de g?n?rativistes ait exclu m?thodologiquement la s?mantique de ses analyses . C'est absolument faux . L'un des principaux articles de Maurice et celui que je consid?re personnellement comme l'un des plus importants pour qui veut vraiment comprendre l'orientation qu'il a donn?e au Lexique-grammaire , l'article livre (45 pages) qu'il a publi? en 1981 dans le num?ro 63 de la revue Langages pr?par? sous la direction d'Alain Guillet et Christian Lecl?re sur le th?me Formes syntaxiques et pr?dicats s?mantiques s'intitulait "Les bases empiriques de la notion de pr?dicat s?mantique" . forme syntaxique De la premi?re ? la derni?re page, cet article discute la question majeure qui agite, depuis Aristote, la r?flexion sur le rapport exact entre la disposition de formes appartenant ? un nombre fini de cat?gories et le d?ploiement de l'information qui en r?sulte et qui construit le sens en langue . nombre finir Il le fait en d?ployant les diff?rentes configurations d'une relation g?n?rale op?rateur / argument ? travers laquelle on reconna?t la quasi totalit? des probl?mes soulev?s par les s?mantiques de l'actance, des niveaux d'?nonciation, des grammaires de cas, de r?les et j'en passe . Il montre ensuite comment en fonction du nombre et de la nature des arguments coupl?s ? la nature de l'op?rateur on passe progressivement et selon un continuum dont la complexit? refl?te magistralement les m?andres emprunt?s par les langues naturelles pour nuancer et modaliser l'expression de l'information, ? une inversion de la relation pr?dicative dont le foyer devient le nom et le verbe un simple support du pr?dicat nominal . langue naturel La d?monstration de Maurice Gross dans cet article n'est possible, reproductible et cr?dible que parce que l'assise formelle des ?quivalences auxquelles elle a recours respecte scrupuleusement la fronti?re que vous avons signal?e plus haut entre d'une part les ?quivalences qui ne retiennent que les transformations de structure et les modifications morpho-acoustiques qui s'appuient sur des constantes d?rivationnelles inscrites dans la structure du lexique, d'autre part les ?quivalences fonctionnelles ou s?mantiques plus g?n?rales qui se contentent d'une ad?quation situationnelle . Mais sa d?monstration ne serait pas non plus possible s'il n'y avait pas recours de mani?re quasi syst?matique ? un concept formellement nouveau: celui de restructuration . 2. Les restructurations Maurice Gross les mentionne pour la premi?re fois dans M?thodes en syntaxe (1975 : 142-143) parmi les transformations nouvelles qu'il propose pour "condenser en une seule entr?e de nombreuses paires de constructions qui autrement devraient ?tre consid?r?es comme non apparent?es" . Il signale qu'elles ont leur origine conceptuelle dans la transformation de mont?e du sujet [raising]: /coupure/ Il ajoute que cette relation pourrait ?tre ?tendue ? des phrases "s?mantiquement voisines" comme Paul ch?tie Marie d'avoir faut? et Paul ch?tie la faute de Marie et qu' "une partie de la diversit? que l'on observe dans les contraintes s?mantiques entre les N et les V pourrait donc ?tre d?crite au moyen de telles transformations et non pas au moyen de r?gles de s?lection" et poursuit: " Nous aurions pour nos exemples : contrainte s?mantique /coupure/ A l'?poque il remarquait que si "de telles op?rations modifient consid?rablement la structure des phrases sur lesquelles elles op?rent", "leurs d?tails de fonctionnement sont encore mal connus" . structure du phrase De fait, ces m?canismes avaient fait l'objet d'un grand d?bat aux Etats-Unis, amorc? en grande partie par la circulation plus ou moins informelle, dans un prolongement critique de Aspects of the the Theory of Syntax de Noam Chomsky, paru en 1965, de ce qu'on appelle outre-atlantique un underground classic: le texte de George Lakoff On the Nature of Syntactic Irregularity3 . Con?u au d?part comme une r?flexion strictement interne aux hypoth?ses chomskyennes, le texte, selon l'expression utilis?e par James Mc Cawely dans la pr?face, "pr?sente un large ?ventail d'analyses autoris?es par Aspects (...) mais qui conduisent ? postuler des structures profondes consid?rablement plus transparentes s?mantiquement que celles qui avaient ?t? propos?es jusque l?" et aboutit ? au moins quatre conclusions: structure profond (1) Le sens d'un ?nonc? de surface peut ?tre reconstruit enti?rement ? partir de sa structure profonde ? condition que les faits d'interpr?tation s?mantique soient trait?s sur un pied d'?galit? avec les jugements de grammaticalit?. (2) Le recours aux faits d'interpr?tation s?mantique permet de maintenir au strict minimum le nombre de cat?gories grammaticales que les analyses transformationnelles avaient tendance ? multiplier. (3) La notion d'exception, m?me relative - celle qu'on traiterait aujourd'hui sous la forme d'une r?gle ou d'une grammaire "locale" --, peut et doit dispara?tre avec l'int?gration ? la grammaire des g?n?ralisations d'ordre s?mantique. (4) Certaines entr?es lexicales doivent ?tre consid?r?es comme "complexes" . sens de un ?nonc? structure profond interpr?tation s?mantique interpr?tation s?mantique cat?gorie grammatical entr?e lexical Ainsi un verbe comme entrer doit ?tre trait? "as a verb synonymus with in but obligatorly combined with the inchoative pro-verb (or whatever the basic inchoative element is called) . Ce pro-verb "is part of the meaning of enter and still have clauses with enter derived through an application of the inchoative transformation or rather the more general transformation of "predicate raising" of which "inchoative" and "causative" are special cases" . R?trospectivement on voit bien que si les deux premi?res conclusions sont ? la fois tr?s g?n?rales et tr?s d?pendantes du cadre th?orique et m?thodologique choisi, donc d'une port?e relativement limit?e dans la r?solution des probl?mes universels de la description des langues, les deux derni?res, quoique d'une apparence beaucoup plus technique, exc?dent largement le champ des pol?miques propres au champ transformationnel . cadre th?orique et m?thodologique description du langue Les questions qu'elles ont soulev?es sont d'ailleurs aujourd'hui au coeur de pratiquement toutes les approches qui se proposent une description unifi?e des langues et du langage . description unifier du langue et du langage description unifier du langue Et ce n'est pas un hasard si l'oeuvre de Maurice Gross y apporte des r?ponses claires . L'ensemble des travaux de Maurice Gross s'oppose nettement ? la troisi?me conclusion: aucune g?n?ralisation d'ordre s?mantique ne peut ?tre int?gr?e ? la grammaire de telle sorte qu'on n'ait pas besoin de postuler l'existence de ces micro-climats que sont les grammaires locales . grammaire local Pour Maurice Gross la notion m?me d'une grammaire universelle des langues naturelles ?trang?re aux exceptions, qu'elle soit exprim?e en termes purement formels - on dirait aujourd'hui purement linguistiques - ou en termes formels et s?mantiques - on dirait aujourd'hui cognitifs et gestaltiens - est l'?ternel miroir aux alouettes qui a entrav? les progr?s r?els d'une science authentique du langage m?me si les th?ories formul?es dans cette direction ont pu parfois donner l'impression d'avoir accompli une r?volution ?pist?mologique . grammaire universel langue naturel terme purement formel terme formel Sur ce point, comme sur quelques autres mais de moindre importance, ses recherches l'opposeront toujours tout aussi bien ? Noam Chomsky et ? tous ceux qui se maintiennent dans sa perspective strictement computationnelle qu'? George Lakoff et ? tous les tenants pass?s ou pr?sents d'une s?mantique g?n?rative ou d'un cognitivisme strict . Je ne sais pas si Maurice Gross a lu l'ouvrage de Steven Pinker Words and Rules (1999) produit, si l'on en croit son auteur, d'une douzaine d'ann?es de recherches sur les seuls verbes irr?guliers de l'anglais et de l'allemand dans le but de s'expliquer comment se fait-il que les enfants qui ont pour langue maternelle ces deux langues ma?trisent assez rapidement cette jungle d'irr?gularit?s et comment doit-on s'expliquer les erreurs qu'ils commettent et que commettent les adultes en les utilisant, comment se fait-il que ces verbes ont, dans les deux langues, une fr?quence d'occurrence beaucoup plus ?lev?e que celle des verbes r?guliers mais qu'aussi bien les verbes rares que les n?ologismes y sont, par contre, form?s sur le mod?le des verbes r?guliers et enfin, surtout, comment se fait-il qu'il existe, pour peu qu'on prenne la peine d'y regarder de plus pr?s, une constante dans la formation des irr?guliers, que ce soit en allemand, en anglais ou dans six autres langues: une r?gle de placement d'un infixe...(Pinker 99: 211-239) . fr?quence de occurrence Autrement dit que le fonctionnement des langues s'accomode parfaitement bien de la coexistence de "a mental dictionary of memorized words and a mental grammar of creative rules" . Je pense qu'ayant pass? sa vie ? ?tablir dans leurs moindres d?tails les modalit?s de cette cohabitation il aurait tout au moins appr?ci? que le probl?me soit pos? en ces termes . Reste ? d?terminer naturellement la configuration sous laquelle les mots sont m?moris?s et la nature des constantes qui permettent d'acc?der ? cette configuration . C'est-?-dire les conditions qui rendent possible un traitement formel automatisable . Et ceci nous m?ne tout naturellement ? la position de Maurice Gross vis-?-vis de la quatri?me conclusion . Maurice Gross n'a jamais rejet? l'id?e qu'il puisse exister des entr?es de dictionnaire qui synth?tisent des entr?es plus simples . entr?e de dictionnaire Il n'a donc jamais rejet? l'id?e qu'une entr?e de dictionnaire ayant une forme simple soit en fait une entr?e complexe mais il n'a jamais accept? la forme de complexit? postul?e par la s?mantique g?n?rative . entr?e de dictionnaire Il a vu imm?diatement ce que tout le monde, y compris les promoteurs de l'id?e finiront par voir, ? savoir l'absence d'isotopie entre les pr?dicats s?mantiques simples plus ou moins g?n?riques et abstraits et leur r?alisation effective dans une langue et a fortiori dans difff?rentes langues . s?mantique simple plus_ou_moins g?n?rique En effet, contrairement aux relations d'encha?nement ou aux relations combinatoires entre op?rateurs autonomes o? rien ne s'oppose ? l'existence d'une s?mantique universelle dans la mesure o? l'universalit? concerne la relation ou la fonction elle-m?me, les unit?s lexicales, m?me quand elles sont interpr?tables en termes de relations ou d'encha?nements entre op?rateurs constituent, ? chaque fois, une capture et un figement particuliers non seulement de cette relation ou de cet encha?nement mais aussi de l'historique, de la g?n?alogie tr?s particuli?re et tout ? fait al?atoire de cette capture . unit? lexical C'est ce qui explique que deux mots d'une m?me langue et de sens tr?s proches voire identiques - par exemple: se rappeler et se souvenir dans Je me (rappelle + souviens) de lui comme si c'?tait hier -- restent tout ? fait distincts dans certaines constructions sans que ce qui a expliqu? leur sens par d?composition s?mantique g?n?rique puisse expliquer la diff?rence - par exemple ?a me rappelle quelque chose oppos? ? *?a me souvient quelque chose et Il me souvient de te l'avoir d?j? dit oppos? ? *Il me rappelle de te l'avoir d?j? dit . d?composition s?mantique s?mantique g?n?rique Et ce qui est vrai ? l'int?rieur de la m?me langue l'est encore plus entre plusieurs langues . Dans le cadre du lexique-grammaire de Maurice Gross ce type de diff?rence s'explique ? la fois plus naturellement et plus formellement par le fait qu'? un Je me souviens de peut correspondre un J'ai le souvenir de alors que pour un Je me rappelle de il n'existe pas un *J'ai le rappel de correspondant et que, parall?lement, il existe une ?quivalence naturelle entre Nous lui avons ?crit pour lui rappeler que pass? le 30 avril ce serait le tribunal s'il ne s'ex?cutait pas et Nous lui avons envoy? un rappel comme quoi pass? le 30 avril ce serait le tribunal s'il ne s'ex?cutait pas mais qu'on ne retrouverait pas d'?quivalence comparable avec souvenir si l'?nonc? de d?part, au demeurant tout ? fait plausible, ?tait Nous lui avons ?crit pour qu'il se souvienne que pass? le 30 avril ce serait le tribunal s'il ne s'ex?cutait pas . Enfin qu'il est clair que dans une langue comme le fran?ais il y a syntaxiquement et s?mantiquement une m?moire qui revient et qui construit le champ lexico-grammatical du souvenir et une m?moire qu'on sollicite et qui construit le champ lexico-grammatical du rappel, qu'il peut y avoir intersection entre les d?riv?s verbaux et certaines de leurs constructions mais que l'?conomie g?n?rale de l'imbrication des deux champs n'a pas ?t? donn?e par la logique de leur interpr?tation s?mantique mais par l'historique des figements partiels et asym?triques, des sp?cialisations, dict?s par l'usage . interpr?tation s?mantique Ce qui est n?anmoins remarquable c'est l'existence, partout et toujours au sein de ces ph?nom?nes de classes d'?quivalences et de points de neutralisation des contraintes . A condition de respecter les faits de langue et de ne n?gliger aucun des ?tats, aucune des transformations possibles d'une forme, il existera toujours un lieu d'?quivalence s?mantique entre deux formes morpho-syntaxiquement diff?rentes o? ces deux formes s'?quilibreront - ou se neutraliseront -- montrant du m?me coup le ou les param?tre(s), parmi leurs constituants et les conditions de stabilit? de la configuration, dont une l?g?re variation entra?ne une importante diff?rence de sens . forme morpho-syntaxiquement diff?rent D'o? l'importance cruciale des restructurations . importance crucial La quatri?me conclusion du texte de George Lakoff fait ?tat d'une transformation inchoative qui ne serait qu'un cas particulier d'une transformation plus g?n?rale de mont?e du sujet celle-l? m?me donc dans laquelle Maurice Gross voit l'origine conceptuelle des restructurations comme nous l'avons signal? plus haut . Cette convergence entre deux auteurs et deux ?coles qui, par ailleurs, divergent sur presque tout n'est ni inconsciente ni fortuite et permet de tracer tr?s pr?cis?ment la ligne de d?marcation qui les s?pare et qui repose enti?rement sur la conception que chaque camp se fait de la nature du lexique et de son r?le dans les processus classes de verbes qui l'autorisent mais ces classes n'appartiennent pas, loin de l?, ? un ensemble s?mantiquement homog?ne . classe de verbe ensemble s?mantiquement homog?ne Elles n'appartiennent pas non plus ? un ensemble grammaticalement coh?rent qui d?finirait une forme ou une autre de grammaire locale ou de classe linguistiquement naturelle sous quelque forme que ce soit . grammaire local L'ensemble des verbes qui autorisent une mont?e du sujet se retrouvent dans diff?rentes tables de construction et la mont?e du sujet n'est une propri?t? d?finitoire pour aucune de ces tables . On a donc affaire ? un m?canisme assez paradoxal: ? la fois lexicalement d?pendant et s?mantiquement ind?pendant de ce lexique dont il d?pend . Ce n'est pas le moindre des m?rites de Maurice Gross d'avoir compris ? quel point ce paradoxe ?tait constitutif des langues naturelles et n'avait aucun ?quivalent en dehors d'elles . langue naturel C'est un autre de ses m?rites, qu'il doit ? sa formation math?matique, d'avoir compris qu'? condition de ne pas s'appuyer sur une base logique ou cognitive, l'analyse formelle des langues naturelles et l'analyse automatique qui en d?coule, pouvaient surmonter ce paradoxe . langue naturel analyse automatique Plut?t que d'essayer de d?passer le paradoxe linguistique en l'incluant dans une probl?matique cognitive qui lui est ext?rieure m?me si elle le subsume - ce que faisait George Lakoff ? l'?poque et qu'il continue encore ? faire aujourd'hui en incluant tous les m?canismes de la langue ? l'int?rieur d'une forme de m?taphore g?n?ralis?e - Maurice Gross va construire deux espaces linguistiques ? la fois distincts et ?troitement d?pendants: d'une part, un dictionnaire dont l'architecture est le produit d'une entreprise de classement de tr?s longue haleine et o? les crit?res de classement d?coulent tous d'une mani?re particuli?re de construire des classes d'?quivalence; d'autre part un algorithme auquel on a appris ? utiliser le dictionnaire avec des outils exclusivement linguistiques c'est-?-dire avec les structures et les contraintes de la grammaire et avec elles seules . crit?re de classement contrainte de le grammaire Que l'analyse descriptive vise ? extraire de l'information ou ? traduire elle adopte la forme d'un itin?raire d'applications ordonn?es d'op?rateurs ? des arguments . Lorsque ces applications ne sont pas, dans la r?alit? des usages des langues naturelles, lin?aires, ce qui est fr?quemment le cas, l'algorithme doit les lin?ariser par une d?composition des contraintes via la construction de classes d'?quivalences . langue naturel construction de classe Concr?tement cela implique soit un retour au dictionnaire pour y trouver les composants les plus ?l?mentaires dont la combinatoire non contrainte ou fig?e donnera l'?quivalent de la contrainte complexe ? analyser, soit, lorsque le dictionnaire ne r?pond pas, la construction d'un parcours lin?aire simple ?quivalent au parcours non lin?aire complexe . Mais dans le second cas, l'algorithme ne pouvant inventer l'?quivalence elle doit avoir ?t? pr?vue par le programme . C'est l'une des raisons pour -, une transformation ?troitement li?e aux grammaticaux et dans l'interpr?tation s?mantique qui en d?coule . interpr?tation s?mantique En effet, la transformation de mont?e du sujet [raising] est, malgr? l'extension de son domaine d'application - l'existence d'une litt?rature abondante et ancienne dans et sur diff?rentes langues n'emp?che pas qu'on lui trouve encore de nouveaux champs d'application4 lesquelles il est imp?ratif de conna?tre dans chaque langue toutes les restructurations possibles . Cette approche, tr?s fortement marqu?e par l'enseignement de Zellig Sabbetai Harris ? l'?poque o? il ?labore Mathematical Structures of Language qui para?t en 1968 mais dont la pr?paration co?ncide en partie avec la pr?sence de Maurice Gross ? l'Universit? de Pennsylvanie, ne se confond cependant pas avec l'approche harrisienne . Il l'?crit clairement dans M?thodes en syntaxe : "Le point de vue que nous avons adopt? pour l'objet des descriptions est encore diff?rent de celui de Harris . Harris consid?re que le sens ou l'information sont limit?s aux phrases noyaux, et que les variations de formes (i.e. les transformations) constituent "un bruit" qu'il est n?cessaire d'?liminer pour atteindre le sens . Il met donc l'accent sur les transformations qui, appliqu?es aux phrases complexes, permettent de les analyser en phrases simples . phrase complexe phrase simple Harris obtient donc la description des phrases simples comme une simple cons?quence (un r?sidu) de la description transformationnelle" alors que pour Maurice Gross "divers faits de langue fondamentaux (peuvent) ne pas se situer dans les m?canismes r?currents, mais au niveau des phrases simples" (Gross 75: 18-19) . phrase simple phrase simple D'o? l'importance voire la priorit? de la construction pr?alable d'un dictionnaire, ce dont Zellig S. Harris ne s'est jamais occup? . D'o? aussi l'enthousiasme finalement plut?t mod?r? de Maurice Gross pour d'autres d?veloppements issus de la mouvance harrissienne comme les grammaires en cha?ne de Morris Salkoff ou compatibles avec certains de ses principaux principes transformationnels comme les Tree Adjoining Grammars (TAG) de Aravind K. Joshi qui a travaill? ? l'Universit? de Pennsylvanie et exerc? une grande influence sur la linguistique computationnelle5 . tree adjoining Ces travaux ne tiennent pas compte de ces fameux "faits de langue fondamentaux" qui se jouent exclusivement au niveau de la phrase simple, ont une assise strictement lexicale mais interviennent n?anmoins dans bon nombre de restructurations et m?me de transformations sans qu'il soit possible ou raisonnable de les r?duire ? des bruits ou ? des r?sidus, m?me si a priori , ? premi?re vue, ils ne paient pas de mine et semblent n'?tre que des ph?nom?nes secondaires, voire marginaux . phrase simple Parmi eux des ph?nom?nes comme ceux qui se jouent ? l'int?rieur de ce qu'il est g?n?ralement convenu d'appeler aujourd'hui les pr?dicats complexes ou ceux qui sont impliqu?s par ce que certains appellent la pr?dication seconde . pr?dicat complexe Autrement dit la nature m?me de la pr?dication, qu'il attaque de front dans l'article de 1981 auquel nous faisions allusion plus haut avant d'aborder la question des restructurations et sur laquelle nous reviendrons tout ? l'heure . Rappelons simplement que la p?riode o? il ?labore cet outil et acquiert la conviction que les questions les plus importantes de la description linguistique sont aussi celles qui permettront de faire faire des progr?s d?cisifs ? l'analyse automatique en cernant la vraie source de l'irr?gularit? grammaticale, co?ncide en grande partie avec sa p?riode la plus am?ricaine et que celle-ci, par un hasard de l'histoire, est aussi l'une de celles o? le d?bat sur la forme des r?gles de grammaire, le statut de l'exception et la relation des deux au lexique atteint une qualit?, une intensit? et une richesse sans pr?c?dent et qu'on n'a pas encore retrouv?es depuis . description linguistique progr?s d?cisif ? le analyse analyse automatique r?gle de grammaire Maurice Gross passera toujours, pendant pr?s de quarante ans, au moins un mois, souvent deux, en Am?rique du Nord, mais d'octobre 1961, date ? laquelle il commence un stage de recherches au Massachussetts Institute of Technology et ? l'Universit? de Harvard sous la direction de Noam Chomsky, avec une bourse de l'UNESCO, ? octobre 1968 lorsqu'il est nomm? Ma?tre de Conf?rences ? l'Universit? Paris VIII, son activit? de recherche s'effectue principalement dans les universit?s am?ricaines, au MIT et ? Harvard mais ?galement ? l'Universit? de Pennsylvanie, ? l'Universit? de Californie ? Los Angeles, ? l'Universit? de Californie ? San Diego et ? l'Universit? de l'Illinois ? Champaign-Urbana . los angele A deux reprises, en 1966 ? Los Angeles et en 1968 ? Champaign-Urbana, il est conf?rencier invit? au plus important rassemblement annuel, ? l'?poque, de linguistes de la plan?te, l'?cole d'?t? de la Linguistic Society of America . los angele Si on oublie un peu ce c?t? am?ricain de Maurice Gross c'est que c'est ?galement ? cette ?poque que paraissent en France et en fran?ais ses deux premiers ouvrages fondamentaux . Le fameux Notions sur les grammaires formelles ?crit avec Andr? Lentin . grammaire formel Traduit peu apr?s sa parution en 1966 en anglais, allemand, russe, japonais et espagnol, l'ouvrage devient vite une r?f?rence absolue en mati?re de traitement formel des langues naturelles . traitement formel du langue langue naturel Deux ans plus tard para?t le non moins fameux Grammaire transformationnelle du fran?ais: syntaxe du verbe, traduction du fruit de son travail avec Zellig S. Harris Transformational Analysis of French Verbal Constructions achev? en 1966 . grammaire transformationnel du fran?ais french verbal Entre les deux ouvrages il trouve le temps de soutenir en Sorbonne, en 1967, un doctorat de 3?me cycle de traitement automatique des langues naturelles, sur le th?me Analyse formelle compar?e des compl?tives en fran?ais et en anglais . traitement automatique du langue traitement automatique langue naturel De fait, l'une des p?riodes les plus productives et les plus d?cisives de son parcours a co?ncid? tr?s exactement avec les ann?es o? la grande majorit? des linguistes les plus actifs pour ne pas dire des meilleurs donnaient dans l'espace o? il travaillait le meilleur d'eux-m?mes . C'est dans ce contexte qu'ayant m?ri les choix ?pist?mologiques et m?thodologiques que nous avons en grande partie ?voqu?s, et qui se condensent dans le mot compos? Lexique-grammaire dont il a baptis? son travail pour montrer qu'il ne peut y avoir de discontinuit? entre le lexique et la grammaire, qu'il cr?e en 1968 le LAboratoire d'Automatique Documentaire et Linguistique (LADL), l'un des premiers, sinon le premier v?ritable laboratoire de linguistique en France et qui va devenir une ?quipe du CNRS autour d'un noyau d'informaticiens et de linguistes . choix ?pist?mologique et m?thodologique mot composer laboratoire de linguistique Compagnons de la premi?re heure et qui lui resteront fid?les jusqu'au bout de leur vie ou de la sienne: Morris Salkoff qui l'a suivi des Etats-Unis, Jean-Paul Boons, auteur de l'un des articles les plus g?niaux et les plus courts de l'histoire de la linguistique fran?aise, "M?taphore et baisse de la redondance"6 o? il lie le caract?re facultatif ou obligatoire de l'objet interne d'une classe de verbes au fait que l'?nonc? soit pris au sens propre (objet interne facultatif) ou figur? (objet interne obligatoire) et le montre par le biais d'un type particulier de paraphrases aux ?quivalences imparfaites o? la possibilit? ou non d'effacer ou de reconstruire le verbe mettre joue un r?le central et qui sont toutes des restructurations: objet interne classe de verbe objet interne objet interne type particulier /coupure/ Pierre a farci son texte de citations ?(c) *?Pierre a mis une farce de citations dans son texte ?(c) Pierre a mis des citations dans son texte comme s'il le farcissait d'une farce . Christian Lecl?re, auteur de "Datifs syntaxiques et datif ?thique"7, l'une des contributions choisies par Maurice Gross et Jean-Claude Chevalier pour figurer dans le recueil appel? ? devenir un livre-culte M?thodes en grammaire fran?aise destin? ? servir de mod?le ? ce que peuvent ?tre des ?tudes modernes qui se d?marquent des ?tudes traditionnelles "par le caract?re formel des m?thodes employ?es", Alain Guillet qui publiera avec les deux pr?c?dents La structure des phrases simples du fran?ais: constructions intransitives (1976) puis, avec Christian Lecl?re La structure des phrases simples du fran?ais: constructions transitives locatives (1992), deux volumes qui constituent le prolongement naturel de M?thodes en syntaxe et o? les restructurations trouvent un champ d'application important et prennent une extension consid?rable . grammaire fran?ais structure du phrase phrase simple du fran?ais phrase simple structure du phrase phrase simple du fran?ais phrase simple D'abord dans le travail sur les verbes intransitifs (1976: 242-249) lorsque les auteurs estiment indispensable de relier une structure qu'il baptiseront standard de type verbe intransitif /coupure/ tout en constatant que cette relation ne se v?rifie qu'avec certains verbes et qu'un examen exhaustif du lexique verbal ne permet pas de faire co?ncider le sous-ensemble pour lequel cette relation se v?rifie avec un sous-ensemble s?mantique clairement d?finissable . Ensuite lorsqu' Alain Guillet & Christian Lecl?re souligneront dans leur livre de 1992 le caract?re central de la relation relation standard / crois?e 8 pour ?tudier la relation des actants aux lieux, la paire type (pp 27 ? 31) ?tant: /coupure/ Si on ajoute ? ces trois ouvrages fondamentaux, avec leurs tables de propri?t?s, les travaux de quelques autres membres du LADL ou associ?s ? ce laboratoire et qui ont tous fait leur travail sous la direction de Maurice Gross on a une couverture quasi exhaustive des principales propri?t?s grammaticales de la quasi totalit? des verbes du fran?ais, ce qui n'avait jamais ?t? fait pour aucune langue naturelle: les deux livres de Jacqueline Giry-Schneider sur le verbe faire, le livre de Gaston Gross sur le verbe donner, les travaux de Jacques Labelle sur le verbe avoir, ceux de Robert Viv?s sur prendre et perdre dans leur fonction d'extensions aspectuelles du verbe support avoir, ceux de Dominique de N?groni, Laurence Danlos et Annie Meunier traitant de constructions impliquant le verbe ?tre, enfin la th?se d'Anne Daladier, premi?re ?tude formelle du noyau dur des verbes supports (1978) . table de propri?t? langue naturel verbe support noyau dur verbe support 3. Groupes nominaux, Pr?dicats complexes et Verbes supports pr?dicat complexe verbe support L'ann?e m?me o? para?t M?thodes en syntaxe, commence ? circuler un texte de Maurice Gross - le rapport n?6 du LADL intitul? "Sur quelques groupes nominaux complexes" - dont il ne mesure peut-?tre pas encore lui-m?me ? l'?poque l'importance mais dont la publication l'ann?e suivante dans M?thodes en grammaire fran?aise9 sera vite salu?e par nombre de chercheurs comme une authentique d?couverte . En comparant deux ?nonc?s de m?me structure et qui ne diff?rent que par leur verbe conjugu? Maurice Gross remarque que seul un des deux est justiciable d'une double analyse et que cette diff?rence peut ?tre constat?e pour une s?rie solidaire de propri?t?s: la transformation passive, l'extraction, la permutation de longueur, la relativation, l'extraposition, la transformation de se-moyen, la cor?f?rence du sujet du verbe avec son compl?ment . verbe conjuguer sujet du verbe Les verbes responsables de ce diff?rentiel: commettre (dans commettre une agression), exercer (dans exercer une pression), accuser (dans accuser une diff?rence), passer (dans passer un accord), faire (dans faire une ?tude de), ?tre (dans ?tre en contradiction avec), avoir, ?prouver, ressentir (dans avoir, ?prouver, ressentir de la haine pour) mais aussi quelques autres pour lesquels la double analyse porte sur des propri?t?s diff?rentes comme r?pandre (dans r?pandre la rumeur), accepter (dans accepter l'id?e) et donner (dans donner l'impression), ont en commun de soulever "un ensemble de probl?mes (qui) se pose en termes de structure du groupe nominal" (76: 117) . structure du groupe A l'?poque l'id?e de structure est ?troitement associ?e au groupe verbal et si l'id?e fait son chemin que le groupe nominal a lui aussi une structure et que cette derni?re peut ?tre suffisamment pr?gnante pour r?gir la structure de l'ensemble de l'?nonc?, y compris le verbe, l'?tat d'avancement des descriptions et a fortiori l'h?ritage grammatical ne fournissent pas beaucoup d'informations sur la nature, le fonctionnement et les contraintes de ces ?nonc?s r?gis par leur structure nominale . information sur le nature Sur le plan terminologique mais peut-?tre aussi sur le plan conceptuel on ne trouve encore aucune trace de l'expression pr?dicat nominal qui qualifierait aujourd'hui tout naturellement agression dans commettre une agression ou accord dans passer un accord, etc..Maurice Gross lui-m?me n'appelle pas encore ainsi les noms qui constituent le foyer des structures nominales qu'il ?tudie, pas plus d'ailleurs qu'il n'appelle encore supports les verbes responsables du diff?rentiel qu'il ?tudie . De fait, il n'appelle m?me pas par son nom, dans cet article, la double analyse qu'il vient de pr?senter.. . Et lorsqu'il reprend les conclusions de cet article dans la derni?re partie "Recherches nouvelles sur la nature du groupe nominal" de son livre de l'ann?e suivante sur le nom10 il parle de "Groupes nominaux ? structure double", n'aborde toujours pas la question de la pr?dication nominale en tant que telle et continue ? voir globalement dans les verbes supports un type particulier d'op?rateurs . verbe support type particulier Il franchit n?anmoins une ?tape par rapport ? l'article de 1976 et distingue des op?rateurs de nominalisation, verbes "(relativement) vides de sens" (1977: 217) qu'il qualifie d'op?rateurs supports de temps puis de verbes supports comme commettre dans commettre une agression et des op?rateurs ? extensions non vides de sens comme avoir, pr?senter, accuser, montrer, enregistrer dans (avoir+pr?senter+accuser+montrer+enregistrer) de la ressemblance avec (1977: 218) . verbe support La terminologie actuelle qui tend ? clarifier la fonction et la solidarit? d'un ensemble de propri?t?s syntaxiques en les regroupant sous le qualificatif de double analyse, ? montrer leur lien avec un processus sp?cifique de construction de l'information autour de la pr?dication nominale au moyen d'un ensemble de verbes qui troquent leur fonction pr?dicative pour une fonction grammaticale et actualisatrice, les verbes supports ne sera vraiment en place avec les enjeux qu'elle soul?ve qu'apr?s l'article de Jacqueline Giry-Schneider sur l' "Interpr?ation aspectuelle des constructions verbales ? double analyse" (1978), la th?se soutenue la m?me ann?e par Anne Daladier et surtout le num?ro de Langages 63 avec les deux articles majeurs d'une part de Maurice Gross sur "Les bases empiriques de la notion de pr?dicat s?mantique", d'autre part d'Alain Guillet et Christian Lecl?re sur la "Restructuration du groupe nominal" . propri?t? syntaxique processus sp?cifique de construction fonction grammatical verbe support construction verbal th?se soutenir Par del? la terminologie et les in?vitables divergences ? l'int?rieur m?me du LADL puis entre le LADL et les laboratoires qui en seront issus en France et de par le monde, c'est ? un profond bouleversement des habitudes et de nos r?flexes qu'invitent les remarques de Maurice Gross de 1976 sur quelques groupes nominaux complexes . Il ne croit pas si bien dire lorsqu'il ?crit: "Nos exemples montrent en tout cas que cette ?ventuelle structure (du groupe nominal) est loin d'?tre aussi simple que celle que l'on admet de fa?on r?pandue . Ces exemples ne sont pas en effet des cas exceptionnels, mais des constructions tr?s communes, et nombreuses en termes des ?l?ments lexicaux en jeu (noms et verbes), seulement elles n'ont pas ?t? analys?es ? ce jour . ?l?ment lexical Bien d'autres ph?nom?nes indiquent que la notion simpliste de groupe nominal qui figure dans les grammaires g?n?ratives risque de n'?tre qu'un cas particulier peu int?ressant et peu r?v?lateur de l'organisation syntaxique que l'on a l'habitude de centrer autour du nom." (p . grammaire g?n?ratif cas particulier peu int?ressant 117) . Il est en effet pour le moins paradoxal de placer l'inconnue de la complexit? dans ce qui semblait jusque l? tellement indiff?rent ? la grammaire qu'on n'imaginait m?me pas qu'il puisse avoir une structure: le groupe nominal . Encore plus paradoxal que ce soit le descripteur attitr? de ce foyer reconnu de la complexit? qu'est le verbe qui le fasse . Avec les travaux sur les verbes on montre au LADL que la moyenne de r?gularit? absolue pour cette cat?gorie n'exc?de pas 1,5 verbe par classe . Autrement dit que les r?gularit?s enseign?es ? l'?cole pour la partie r?put?e la plus centrale et la plus ouvertement combinatoire des fameuses parties du discours sont essentiellement morphologiques et sans grand rapport ni avec la grammaire ni avec le s?mantisme des unit?s qui forment la cat?gorie . Cette constatation suscite dans l'esprit de Maurice Gross une conclusion et une interrogation . Il en conclut qu'il est impossible que la langue soit construite dans sa totalit? ou m?me dans ses grandes lignes par un petit nombre de r?gles syntaxiques et grammaticales ou par une forme quelconque de combinatoire logique que ce soit au sens de la logique des pr?dicats ou dans un sens plus large . r?gle syntaxique sens plus large Mais en m?me temps il se pose la question de savoir pourquoi la langue en est l?.. . Maurice Gross nous a toujours enseign? un principe qu'il avait en commun avec Zellig S. Harris . En langue une relation entre deux unit?s ne doit jamais ?tre repr?sent?e par une fl?che simple [ ?? ou ?(c) ]si ce n'est pour des raisons de commodit? qui ne porteraient pas ? cons?quence . Une repr?sentation soigneuse de cette relation doit ?tre marqu?e par une fl?che double [ ] . En clair, un ?l?ment ne peut vraiment en r?gir un autre que si cet autre appelle l'?l?ment qui le r?git . Les relations entre les unit?s linguistiques sont plus des relations d'appropriation plus ou moins pr?-d?finies avec des dominances tr?s relatives que des applications de fonctions o? ce qui s'applique choisit ce ? quoi il s'applique ind?pendamment de lui ? la mani?re d'une construction ou d'une destruction absolues . unit? linguistique Tout en reconnaissant la profondeur des intuitions des grammairiens de Port-Royal et en rendant hommage au "cadre transformationnel sous-jacent ? leur pens?e" il a toujours tenu en grande suspicion leur conception binaire orient?e de la pr?dication et ce depuis son article c?l?bre de Langages 7: "Sur une r?gle de cacophonie" (1967) o? il montre la nature de l'interd?pendance ?troite du verbe, du d?terminant, du nom d?termin? et de l'incidence de ces d?pendances r?ciproques sur la pr?sence ou non d'une pr?position dans le lien du verbe et du nom . lien du verbe et du nom Transpos? ? la relation du verbe ? ses arguments le principe signifie clairement que l'irr?gularit? des constructions verbales pourrait ?tre induite par une irr?gularit? de l'influence des arguments sur le verbe . construction verbal Il va donc s'int?resser au nom et plus particuli?rement ? ce qui n'avait jamais ?t? fait avant lui d'une mani?re quelque peu syst?matique, ? sa syntaxe . Dans l'article de 1976 qui reprend, il faut le rappeler, une recherche de 1975, le titre du livre de 1977 Grammaire transformationnelle du fran?ais: syntaxe du nom serait parfaitement saugrenu . titre du livre grammaire transformationnel du fran?ais Le livre est d'ailleurs tr?s mal re?u et jusqu'aujourd'hui c'est indiscutablement l'une de ses productions scientifiques les moins cit?es y compris parmi ses propres disciples . Et pourtant.. . De la Grammaire g?n?rale de Nicolas Beauz?e (1767) au dernier article de S. Y. Kuroda (1977) en passant par les articles de Robert Martin sur m?me (1969) et peu (1975) ou celui d'Oswald Ducrot sur peu et un peu (1970), les travaux de Noam Chomsky ou de Paul Postal, le travail de Sandfeld ou de Ross, Maurice Gross cite et discute tout ce qui a ?t? ?crit en rapport avec le sujet . grammaire g?n?ral Mais c'est pour montrer l'impossibilit? d'une quelconque syst?matisation . M?me en utilisant les restructurations les plus imaginatives les donn?es r?sistent au traitement . Les exceptions sont partout . Les relations d'appropriation sont totalement impr?visibles . Il n'y a m?me plus mati?re ? faire des tables de propri?t?s . table de propri?t? A une ?poque o? beaucoup de chercheurs mais surtout la quasi totalit? des d?cideurs voient dans le perfectionnement de la formalisation des combinatoires logiques la cl? non seulement du progr?s mais de l'acc?s ? la compr?hension du fonctionnement de tout et de rien, cette avalanche d'irr?gularit?s fruit d'une observation d'entomologiste doubl?e d'une argumentation de math?maticien, provoque un certain d?couragement . Les adversaires de l'?poque parleront m?me d'une trahison . Ils iront jusqu'? accuser Maurice d'avoir "d?moli le champ" . D'avoir fait fuir les ?tudiants et les cr?dits . Beaucoup de disciples ignoreront purement et simplement le livre an arguant de sa difficult? ou de leur fatigue...Ce sera d'ailleurs son dernier ouvrage chez Larousse et l'un des derniers de la fameuse collection blanche Langue et Langages . En fait, l'ouvrage est une mine et les donn?es qui s'y trouvent permettent et ont permis ? ceux qui souhaitent r?ellement faire progresser l'automatisation des proc?dures de reconnaissance formelle d'?viter bon nombre d'?cueils et de suivre des pistes gagnantes mais ? condition d'op?rer un aggiornamento de leurs r?flexes descriptifs et interpr?tatifs . proc?dure de reconnaissance 19 ans plus tard, dans un article o? il remet en cause le bien fond? de la s?paration par les grammaires fran?aises des constructions passives et des constructions d'ajectifs en -able11 Maurice Gross ?crit: /coupure/ La notion de verbe support n'a pas ?t? "invent?e" par Maurice Gross . grammaire fran?ais notion de verbe verbe support C'est une reformulation fran?aise de la notion allemande de funktionsverben dont la premi?re description linguistique moderne remonte ? un article de 1963 de Peter von Polenz o? l'auteur envisage une forme de double analyse mais sans la syst?matiser et surtout sans la relier d'une quelconque mani?re ? d'autres ensembles de propri?t?s transformationnelles et lexico-s?mantiques comme le feront Maurice Gross et ceux qui travailleront dans sa mouvance . description linguistique propri?t? transformationnel Cette notion ?voluera progressivement ? la suite des travaux de Wolfgang Klein (1968), Hans-J?rgen Herringer (1968), Bernhard Engelen (1968), Wolfgang Herrlitz (1973), Heide G?nther et Sabine Pape (1976), H. Esau (1976) et Gerhard Helbig (1979), vers la notion de Funktionsverbgef?ge (litt?ralement: cha?nes ? verbe fonctionnel) ? laquelle toute bonne grammaire de l'allemand, par exemple celle de Peter Eisenberg (1994) consacrera un chapitre. Si Maurice Gross n'a, ? ma connaissance, jamais cit? ces auteurs, c'est que, d'une part il ne s'est jamais pr?valu de faits de langue dans une langue autre que le fran?ais pour justifier un choix descriptif ou interpr?tatif concernant le fran?ais, d'autre part il n'a cit? parmi les travaux effectu?s sur des langues ?trang?res que ceux dont les m?thodes de traitement des faits linguistiques concernaient ses propres choix m?thodologiques . grammaire de le allemand travail effectuer langue ?tranger choix m?thodologique Or les m?thodes de ces auteurs sont rest?es longtemps globalement incompatibles avec les traitements formels du LADL . La question a d'ailleurs besoin d'?tre reprise dans le cadre d'une comparaison syst?matique des donn?es en allemand et en fran?ais par r?f?rence aux donn?es du persan o? les verbes compos?s pr?sentent quelques analogies avec les funktionsverbgef?ge et ? celles de l'arabe o?, comme en allemand, l'opposition pour un m?me verbe, entre une construction ? support ou une construction distributionnelle, d?pend de l'absence ou de la pr?sence d'une pr?position . pr?sence de un pr?position Il est clair que la probl?matique telle qu'elle ?tait pos?e par les auteurs allemands faisait du ph?nom?ne une particularit? allemande sans enjeu d?terminant ni sur la description g?n?rale du fonctionnement de l'allemand ni, a fortiori, sur l'analyse de l'ensemble des langues naturelles . langue naturel Quant aux linguistes de langue anglaise, en dehors de Zellig S. Harris, ils ne prennent conscience de l'importance du ph?nom?ne qu'assez tardivement malgr? des observations ponctuelles pertinentes mais sans suite dans une grammaire de H. Poutsma (1914-1926) puis chez Otto Jespersen (1965) qui donnera aux verbes supports le nom qu'ils ont gard? depuis en anglais light verbs . langue anglais importance du ph?nom?ne verbe support C'est seulement en 1984, que para?t dans une perspective g?n?rative, le travail de Ray Cattell qui cite bien un article de Maurice Gross de 1976 mais sans rapport avec la double analyse ainsi que deux publications de 1978 de Jacqueline Giry-Schneider: son article sur la double analyse et son premier livre sur faire . Les citations que fait Ray Cattell de Zellig Harris sont tr?s anciennes et tr?s incompl?tes et la probl?matique au point de maturit? o? l'avait amen?e le LADL en 1981 est purement et simplement ignor?e . Ray Cattell ne poursuivra pas ses recherches sur cette voie12 et la floraison de travaux sur les pr?dicats complexes ou pr?dicats composites depuis la fin des ann?es 80 qu'il s'agisse de l'anglais ou d'autres langues comme le japonais ou l'ourdou13 ne le citent pas beaucoup . pr?dicat complexe Et pourtant son travail fournit sur l'anglais une somme impressionnante de donn?es et soul?ve quantit? de probl?mes qui, bien qu'insuffissamment rapport?s ? la structure du lexique, ne peuvent ?tre trait?s efficacement que dans le cadre ?labor? par Maurice Gross . 4. Th?orisation, M?thodologie et Automatisation L'analyse formelle, telle que Maurice Gross la concevait et au vu des applications que cette conception lui permettra de mettre en oeuvre n'est ni la traduction du sens pr?sum? des contraintes grammaticales ni l'interpr?tation des relations cat?gorielles d'une grammaire sp?cifique, ce n'est pas non plus une ?ni?me tentative d'associer de mani?re bijective un ensemble de formes morpho-syntaxiques ? un ensemble savamment configur? de traits s?mantiques, c'est plut?t une mani?re de tourner la contrainte grammaticale, de court-circuiter la grammaire par le biais d'une succession aussi longue que n?cessaire de ces bouleversements cat?goriels dans l'?quivalence que Charles Bally appelle transpositions, Lucien Tesni?re translations et Zellig Sabbetai Harris report . trait s?mantique Ces changements relativisent, voire neutralisent le sens que l'on serait tent? d'attribuer aux cat?gories grammaticales, ils d?plient et d?font ce que la grammaire t?lescope et condense . cat?gorie grammatical Ils lib?rent des composants ?l?mentaires que la gramaire avait contract?s en ?l?ments plus complexes quoique d'apparence plus ?conomique, plus br?ve et plus fonctionnelle . ?l?ment plus complexe Les changements n'ont plus d'objet lorsqu'on atteint partout des noms simples avec leurs prolongements appropri?s, leurs supports, leur format minimal en de?a duquel il n'y a plus de sens . Mais encore plus que Harris, Maurice Gross a une m?fiance visc?rale, s'agissant de la langue, des principes universels, des r?gles . Ce n'est pas une allergie purement id?ologique mais la cons?quence naturelle du fait que la combinatoire in fine doit ?tre d?crite nom par nom et que non seulement il n'y a pas deux noms qui se ressemblent mais qu'on ne peut pas pr?voir les verbes supports qui les actualisent. "La reconnaissance des verbes supports" n'?tait pas automatis?e en 1996, dix-neuf ans apr?s la d?couverte de l'ensemble de propri?t?s connu par la suite sous le nom de double analyse et elle ne l'est toujours pas aujourd'hui . nom par nom verbe support verbe support Maurice Gross avait donc vu juste et sa d?couverte ajoute une propri?t? suppl?mentaire ? la liste des treize propri?t?s constitutives des langues naturelles ?tablie par Charles F. Hocket en 1960 et l?g?rement modifi?e ou r?orgarnis?e depuis14 . propri?t? constitutif du langue langue naturel En effet, le r?le des supports dans l'?conomie de la grammaire est tr?s certainement l'un des universaux de l'actualisation du langage dans les langues naturelles et ce n'est pas le moindre des m?rites de Maurice Gross de l'avoir d?couvert en poussant jusqu'en ses derniers retranchements la logique d'une automatisation parfaite d'une description exhaustive et totalement formelle d'une langue naturelle . langue naturel description exhaustif et totalement formel description exhaustif langue naturel Seul un projet s?rieux, honn?te et coh?rent d'automatisation v?ritable des langues peut d?partager ce qui en elles rel?ve de la m?canique computationnelle, de ce qui appartient ? des s?dimentations historiques al?atoires ou ? des ph?nom?nes affectifs, cognitifs ou sociaux irr?ductibles aux formes strictement cart?siennes de l'intelligence . Et c'est par la recherche de solutions purement formelles et automatisables, c'est-?-dire en l'occurrence reproductibles, aux obstacles rencontr?s au cours de cette entreprise que l'on peut comprendre et ma?triser la vraie nature des langues naturelles . langue naturel Il n'est donc pas ?tonnant que tous les ph?nom?nes mis ? jour par Maurice Gross sur le fran?ais aient ?t? modulo les transpositions techniques n?cessaires et dont les progr?s de la linguistique compar?e et de la typologie sont aujourd'hui familiers, retrouv?s, pos?s ? peu de chose pr?s dans les m?mes termes, dans des langues aussi diff?rentes que l'arabe15 ou le cor?en16, le persan, le chinois ou le japonais17, en plus, naturellement, de quelques langues romanes ou germaniques . langue roman Comme ailleurs, mais plus particuli?rement dans l'?tude des langues naturelles, les "d?couvertes" ne courent pas les rues m?me si, dans le domaine de l'interpr?tation du fonctionnement des langues, la multiplication des "th?ories" a atteint, au cours du dernier si?cle, un seuil de saturation . langue naturel On a beaucoup reproch? ? Maurice Gross de ne pas avoir de th?orie et il est vrai que le Lexique-grammaire est beaucoup plus un type d'approche, essentiellement descriptif, et un ensemble de m?thodes et de proc?dures qu'une th?orie proprement dite . Certes l'approche repose sur, si l'on peut dire, quelques grands faits conceptuels . Certains ont ?t? explicit?s et argument?s par Maurice Gross ? diff?rents endroits de son oeuvre comme l'existence des classes d'?quivalence ou le fait qu'il n'existe pas en langue de valeurs absolues mais uniquement des valeurs diff?rentielles . D'autres sont plus rarement invoqu?s mais restent sous-jacents ? l'ensemble des choix m?thodologiques comme le fait que la m?talangue des descriptions doit ?tre incluse dans la langue d?crite, qu' il n'existe pas de relation bijective entre la forme et le sens ou qu'une relation d'application est n?cessairement bi-directionnelle . choix m?thodologique Mais l'ensemble de ces constantes ne forme pas vraiment une th?orie au sens des th?ories qui se disputent depuis un peu plus d'un si?cle le terrain sur le march? de la linguistique . C'est probablement pourquoi, et que ceux qui n'en sont pas d'accord me pardonnent la brutalit? de la formulation: le travail de Maurice Gross appara?t r?trospectivement non pas comme une orientation parmi d'autres pour interpr?ter les faits de langues mais comme une partie tr?s importante - il reviendra un jour ? de savants encyclop?distes de d?terminer la proportion - du socle sans lequel il ne peut pas y avoir de linguistique c'est-?-dire de conscience des vrais probl?mes pos?s par les faits de langue, donc sans lequel aucune th?orie, quelque brillante et s?duisante qu'elle soit, ne peut avoir de sens . partie tr?s important probl?me poser Non seulement Maurice Gross se moquait ?perdument d'associer son nom ? une quelconque th?orie mais il se refusait cat?goriquement ? cr?er de nouveaux mots, nous r?p?tant qu'il n'y avait rien de plus ?tranger ? l'esprit scientifique que la prolif?ration canc?reuse d'un quelconque jargon . Tendu de toutes ses forces vers la d?couverte de l'un des secrets les mieux gard?s du vivant, la vraie nature et le vrai fonctionnement des langues naturelles, son ambition ne pouvait se satisfaire de la vanit? d'avoir ?t? le premier ? nommer une diff?rence per?ue confus?ment et qui peut s'av?rer, pour peu qu'on s'y int?resse avec un minimum de m?thode, n'?tre qu'un trompe-l'oeil . langue naturel Il ne savait que trop que les d?nominations, quand elles pr?c?dent une analyse formelle exhaustive, entra?nent des cat?gorisations qui peuvent g?ner consid?rablement la recherche d'une configuration optimale, c'est-?-dire susceptible d'?tre explicative, des propri?t?s . L'histoire de la grammaire traditionnelle, dont les cat?gories ne sont pas toujours d'un grand secours pour parvenir ? des analyses formelles automatisables, ?tait l? pour en t?moigner . Depuis une douzaine d'ann?es, Maurice Gross et Max Silberztein ont d?velopp? et perfectionn? des automates finis (ou d'?tats finis - Finite-State Automata) ou plus pr?cis?ment des transducteurs finis . automate finir transducteur finir Les propri?t?s et les possibilit?s de ces automates, consid?r?s comme les moins puissants parmi les cat?gories d'automates et comme susceptibles de traiter uniquement les r?gles de r??criture ?labor?es par Noam Chomsky dans les ann?es cinquante, ont ?t? revues ? la hausse avec l'introduction puis la g?n?ralisation dans les descriptions linguistiques des grammaires locales dont la r?gularit? permet au programme de fonctionner ind?pendamment du contexte . r?gle de r??criture description linguistique du grammaire description linguistique grammaire local Alors que l'on ?tait sur le point de consid?rer que ces automates ?taient impropres ? la description des langues, Maurice Gross et Max Silberztein ont d?montr? la viabilit? d'un syst?me d'analyse automatique ayant la forme d'un automate d'?tats finis ? condition de le coupler ? un dictionnaire ?lectronique construit selon les principes du lexique-grammaire: c'?tait l'acte de naissance du syst?me INTEX (1993) . description du langue syst?me de analyse analyse automatique automate de ?tat finir dictionnaire ?lectronique Leur d?marche n'a pas ?t? isol?e . En t?moigne un ouvrage collectif paru aux presses du MIT en 1997, Finite-State Language Processing18 . Les 21 contributeurs, dont beaucoup ont soutenu leur th?se sous la direction de Maurice Gross sont tous des chercheurs de haut niveau que ce soit dans les universit?s fran?aises ou am?ricaines ou dans de grands groupes industriels . Dans l'un de ses deux derniers articles parus, "Les ambiguit?s", Maurice revient, comme ? son habitude, avec une patience qu'on n'imagine plus de ce monde, sur des questions qu'il se posait et nous posait il y a plus de trente ans: comment reconna?tre, distinguer, repr?senter et traiter les homographes, les homophones, les homonymes, comment d?couper une s?quence . Pourquoi une ou plusieurs entr?es du m?me mot dans un dictionnaire et pourquoi il ne sert ? rien d'opposer un sens propre ? un sens r?put? m?taphorique . sens r?puter m?taphorique Pourquoi mots simples et mots compos?s n'ont pas le m?me type d'ambiguit? . mot simple mot composer Pourquoi ambiguit? et synonymie font mauvais m?nage . Pourquoi finalement les arbres de d?pendances informelles de Lucien Tesni?re valent bien ou m?me valent mieux que ceux de Chomsky . arbre de d?pendance Pourquoi on n'?limine pas une ambiguit? dans une langue naturelle aussi facilement que dans un langage de programmation m?me quand les deux manipulent le m?me type d'unit?s . langue naturel langage de programmation Pourquoi la mani?re de repr?senter des propri?t?s transformationnelles peut expliciter ou non une diff?rence de sens . propri?t? transformationnel Quand les transformations permettent de r?soudre une ambiguit? et quand il ne faut pas les utiliser ? cette fin . Mais aussi, quel rapport tout cela peut-il avoir avec la diff?rence de production des accents sur les claviers fran?ais et les claviers belges ou avec la fonction de la barre oblique (le slash) . Enfin, mais cela il ne le disait pas il y a trente ans parce que toutes ces questions il ne les avait jamais pos?es dans cet ordre ni d'une seule traite: comment ces questions, lorsque l'on couple des dictionnaires ?lectroniques pr?cis avec des graphes, sugg?rent des solutions qui impliquent des reconstructions d'effacements, des red?coupages, des recat?gorisations auxquelles on n'aurait certainement pas pens? si on ne s'?tait pas mis en t?te d'alimenter un automate . dictionnaire ?lectronique Voila, excusez moi si ce texte est un peu long. sven. Jean-fran?ois Doucet <jeanfd at ulrik.uio.no> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cr?ation po?tique = rapport aux signifiants C' est ok mais ce rapport aux signifiants fait-il partie de la fonction du langage d?finie comme po?tique par R Jacobson ? http://perso.orange.fr/martine.morenon/1jakobso.htm Bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Voici quelques r?flexions comme effets de notre discussion, en exergue ? votre po?me. il est inserr? dans le livre bleu de la psychanalyse : http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/26/index.html
? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ! ? ? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ! ?. C'est ainsi que Jean Hyppolite avait introduit sa lecture tr?s rigoureuse du grand texte de Freud, ? La d?n?gation ?. Suivie ligne ? ligne, son analyse a ?t? tr?s importante, puisque ? partir de cette ?laboration, Lacan d?crira ce travail de symbolisation qu'implique la prise en compte du retour du refoul?, ce qui tend ? s'exprimer du d?sir inconscient mais qui ne peut s'y manifester, en un premier temps, que sous une forme d?ni?e. La formule isol?e par Freud en est rest?e c?l?bre : ? non, ce n'est pas ma m?re ? ou encore ? en disant cela, je ne voulais pas vous offenser ?. Lacan, reprendra ?galement, avec l'aide de ce texte, le concept de la forclusion qu'il avait d?j? isol?, rep?r? dans l'une des cinq psychanalyses, celle de l'Homme aux loups. Avec ce concept, forclusion d'un signifiant, forclusion du signifiant du p?re, il sp?cifiera les m?canismes de la psychose, comme il l'a d?montr?, en relisant les m?moires du Pr?sident Schreber, ? la suite de Freud. ? Le don du po?me ?. Je ne veux retenir ici que ces vers de Mallarm?, cit?s par Jean Hyppolite, car ils permettent en effet de d?montrer le fait que les m?canismes de la cr?ation po?tique sont les m?mes que ceux de toutes les formations de l'inconscient, aussi vari?s, que les r?ves, les sympt?mes, les lapsus et les traits d'esprit : Ce sont toutes des cr?ations m?taphoriques : ? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e! Noire, ? l'aile saignante et p?le, d?plum?e, Par le verre br?l? d'aromates et d'or, Par les carreaux glac?s, h?las! mornes encor, L'aurore se jeta sur la lampe ang?lique. Palmes! et quand elle a montr? cette relique ? ce p?re essayant un sourire ennemi, La solitude bleue et st?rile a fr?mi. ?
Si j'ai repris ce po?me de Mallarm?, c'est justement parce que Lacan s'?tait moqu? d'un d?nomm? Chass?, sans doute un critique litt?raire, qui reprochait au po?te de prendre toutes ses id?es dans le Littr? et que pour le d?fendre Lacan avan?ait cet argument : ? si en effet chacun pensait ? ce qu'est la po?sie, il n'y aurait v?ritablement rien de surprenant ? s'apercevoir que Mallarm? devait s'int?resser vivement, s'int?resser au signifiant. Simplement comme on balance entre je ne sais quelle th?orie vague et vaseuse sur la comparaison ou la r?f?rence ? je ne sais quels termes musicaux, c'est l? que l'on veut expliquer l'absence pr?tendue de sens chez Mallarm?, sans s'apercevoir du tout qu'il doit y avoir une fa?on de d?finir la po?sie en fonction des rapports du signifiant, qu'il y a une formule peut-?tre un peu plus rigoureuse, et qu'? partir du moment o? on donne cette formule, il est beaucoup moins surprenants que dans ses sonnets les plus obscurs Mallarm? soit mis en cause. ? Quelle peut ?tre cette formule ? Dans les lignes qui suivent, Lacan nous en livre le secret, ? propos, cette fois-ci des po?mes d'Hom?re, m?me si nous avons perdu depuis longtemps la signification qu'ils avaient en leurs temps, ? c'est la distanciation du signifiant au signifi? qui nous permet de comprendre qu'une concat?nation particuli?rement bien faite, c'est cela qui caract?rise pr?cis?ment la po?sie, ces signifiants auxquels nous puissions probablement ind?finiment jusqu'? la fin des si?cles donner des sens plausibles ?.
Une ? concat?nation sp?cialement bien faite ? telle est l'essence de la po?sie, mais n'est-elle pas ?galement celle de l'interpr?tation ? Cette concat?nation ne transforme-t-elle pas alors ce qui jusque l? n'avait ?t? que la parole b?illonn?e du sympt?me, la ? chanson de geste de sa n?vrose ?, en po?me, le po?me singulier de la vie du sujet. Tout n?vros? est un po?te qui s'ignore, peut-?tre pourrait-il le d?couvrir ? la fin d'une analyse. Mais peut-?tre n'est-il pas donn? ? chacun de d?clarer ainsi ? je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ?, avec le don d'un po?me.
----- Original Message ----- From: To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Tuesday, March 27, 2007 5:55 PM Subject: Re: [Lutecium-group]RE : art po?tique, art sympt?matique et art de contre-trasfer t
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cr?er est le contraire de craindre,pas besoin d'?cole,de dogme,de certitudes,de v?rification,c'est un besoin imp?rieux d'?tre, m?me pas de montrer ou de se faire comprendre,m?me pas d'expliquer,c'est un passage ? l'acte qui n'a pas besoin de r?flexion,il vient de nulle part,il n'est pas justifiable,il n'a pas besoin de th?orie,il est sensation pure,joie de construire m?me pour personne,il n'a m?me pas besoin de reconnaissance,il est pour ?tre au moment de celui qui est l? pour le mener ? son terme m?me si celui ci est ind?finissable et m?me encore davantage.Surtout jamais il n'est un questionnement de ma?tre ? esclave ou l'inverse.
Je pleure,
une larme s'?coule sur ma joue ?clair?e par le soleil, elle a le go?t de l'oc?an, sur ma l?vre, repos?e, langue goul?e, elle s'?vapore en no?me blanc, pense le ciel et rejoint des milliers de larmes ?vapor?es d'autant de joues, qui dessinent un trouble, le soleil dispara?t dans la mer pour r?chauffer l'au-del?. Le nuage devient noir et se charge de pluie, une goutte tombe sur mon shakra cr?nien blanc or, ma parole s?che ou no?se devient humide pour te dire aujourd'hui.
Selon Jean-fran?ois Doucet :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je lis, ch?re Liliane, avec le plus grand int?r?t la s?rie de messages qui compare le travail d' interpr?tation d' un(e) psychanalyste ? la cr?ation. Je me demande donc si le plus petit d?nominateur commun aux deux activit?s est de revenir ? l' aspect conventionel du langage qui fait que 2 individus parlant la m?me langue empruntent au m?me h?ritage linguistique, en viennent quelques fois ? passer une convention sur le th?me de leur discussion ? l' aide de mots ( signifiants), le th?me dans le cas de l'interpr?tation analytique ?tant ce qui est advenu ( et qui fait sympt?me) tandis que le th?me dans le cas de la cr?ation artistique, n'existant pas encore, est anticip?. j'aimerais bien avoir votre avis sur cette formulation de crainte de me tromper bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui Nathalia, je suis d'accord avec ce que vous avez ?crit ainsi qu'avec ce que vous avez fait v?tre par le choix de cette citation, mais cela n'est pas en soi tr?s ?tonnant car toutes les formations de l'inconscient, y compris celle de la formation po?tique ?tant m?taphorique, l'interpr?tation de l'analyste elle est elle aussi soumise ? cette m?me loi langagi?re. Je pense ? cette si ?nigmatique formulation de Lacan dans "T?l?vision" : "L'interpr?tation doit ?tre preste pour satisfaire ? l'entrepr?t" . Je la d?composerais ainsi, au risque de me tromper, dans cette entreprise que constitue l'interpr?tation, il s'agit de saisir au vol, les signifiants que vous empruntez ? l'analysant, c'est ? dire que c'est lui qui vous les a pr?t?s. Vous jouez donc sur les signifiants inter-pr?t?s entre l'analysant et l'analyste. Bonne journ?e. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Natalia Milopolsky-Costiou" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 22, 2007 11:26 AM Subject: [Lutecium-group] RE : art po?tique, art sympt?matique et art de contre-trasfert
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour Liliane,
Votre texte ainsi que les derni?res r?flexions de lut?ciens sur la cr?ativit? et la projection (introjection plut?t ?) de l'auteur sur son personnage, me font penser au sujet de contre-transfert - ce terrain d'analyse toujours in?puisable dans notre travail. L'attention flottante, que nous pr?tons au monologue (dialogue int?rieur ) de notre patient, est possible en large partie gr?ce ? cette cr?ativit?. La solitude in?vitable et bienfaisante de l'analyste en est donc ? la fois le r?sultat et la condition. Ce processus fluctuant qui permet au patient sa libert? de dire est le m?me qui nous donne notre libert? de (ou pas) agir.
Voici un passage de Catherine Parat ( "A propos du contre-transfert", 1976), que je trouve tr?s juste:
"Nos meilleures interventions ne s'appuient pas sur un savoir, ni m?me souvent sur une ?laboration, mais sur un per?u, un ressenti, et s'expriment dans une communication directe qui court-circuit le conscient, le travail analytique s'apparente alors de fa?on tr?s proche ? la cr?ation artistique. Pour se pr?ter au cheminement de l'autre, en identification, il suffit souvent de donner forme verbale au mouvement int?rieur qu'il a suscit?, de l'accompagner (souvent en le pr?c?dent) sur les ondes qu'il a ?branl?es. La r?sonance ?veill?e par certains mots qui s'isolent spontan?ment de leur contexte manifeste et que nous saisissons, la perception de double sens de certaines expressions, ouvrent en nous, vers notre monde inconscient une voie, une br?che, dont nous ne savons pas tout de suite o? elle m?ne ( car elle m?ne o? l'autre a besoin d'aller), l'allusion, l'?quivoque, l'ambigu, tracent un passage vers un inconnu indicible, non encore d?fini, dans une d?marche bien proche du v?cu de la cr?ation naissante."
Bon printemps, Natalia
liliane a ?crit : lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour ? tous, j'ai ?crit ce texte que j'ai mis sur le livre bleu de la psychanalyse http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/20/index.html
Je veux juste rajouter le fait que Freud est comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, lui fait de la linguistique, avant m?me qu'elle ait ?t? invent?e au titre de science du langage. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
Le sympt?me d'un latiniste en herbe Dans une lettre adress?e ? Fliess, au moment m?me o? il invente, pas ? pas, la psychanalyse, Freud pose ? la fois les similitudes et les diff?rences entre les r?ves et les sympt?mes : "Ce n'est pas seulement le r?ve qui est r?alisation de d?sir mais aussi l'acc?s hyst?rique... je crois savoir maintenant par quoi se distingue le r?ve du sympt?me qui s'institue ? l'?tat de veille. Puisque le r?ve est maintenu loin de la r?alit?, il lui suffit d'?tre la r?alisation de d?sir d'une pens?e refoul?e. Mais le sympt?me, lui m?l? ? la vie, doit ?tre autre chose : la r?alisation de d?sir de la pens?e refoulante. Un sympt?me appara?t l? o? la pens?e refoul?e et la pens?e refoulante peuvent co?ncider dans une r?alisation de d?sir... le sympt?me repr?sente la r?alisation de deux d?sirs contradictoires."[1]
Le sympt?me d'un latiniste en herbe, que Freud d?crit dans la foul?e, illustre justement l'existence de ces deux d?sirs contradictoires qui collaborent ? la formation du sympt?me
Freud ?crit ? son ami : "Sais-tu pourquoi notre ami E. rougit et transpire d?s qu'il rencontre une certaine cat?gorie de personnes qu'il conna?t surtout quand il les rencontre au th??tre ?
"Il a honte c'est vrai. Mais honte de quoi?".
Il a honte d'un fantasme de d?floration mais aussi de vengeance qui peut se traduire ainsi : "Dire que cette oie stupide s'imagine que j'ai honte devant elle ! Si seulement je l'avais dans mon lit, elle verrait si je la crains!" Selon Lacan, c'est par la voie de la m?taphore que se cr?ent les liens entre le signifiant et le signifi?. Dans l'ordre diachronique d'une phrase, donc son d?roulement, "c'est dans la substitution du signifiant au signifiant que se produit un effet de signification qui est de po?sie ou de cr?ation autrement dit de signification". Les deux exemples princeps qu'il en donne, sont d'une part, ce vers de Victor Hugo, dans son po?me ? Booz endormi ?, ? sa gerbe n'?tait ni avare, ni haineuse ? ou encore ce vers si connu ? L'amour est un caillou riant dans le soleil ?. Toutes les formations de l'inconscient rel?vent de ce m?me m?canisme, les r?ves, les sympt?mes, les lapsus, mais aussi ces belles formations langagi?res que sont les po?mes et les traits d'esprit.
Dans les faits, ? propos de cet homme qui rougit devant les femmes surtout quand il les rencontre au th??tre, il est difficile de reconstituer les termes de la m?taphore, de retrouver les signifiants qui se sont substitu?s l'un ? l'autre pour former ce sympt?me parce que justement Freud l'interpr?te dans l'autre sens, du signifi? au signifiant, du contenu manifeste pourrait-on dire du sympt?me ? son contenu latent, si ces deux termes n'?taient pas exclusivement r?serv?s ? l'analyse du r?ve. Mais ce n'est pas pour autant impossible car voici que Freud nous indique que la salle de th??tre est venue ?voquer une salle de classe, o? il avait eu une controverse avec son professeur de latin ? propos de cette expression latine "operam dare". A premi?re vue on se demande pourquoi. O? ?tait le probl?me? Je pense justement que c'est cette expression latine qui est ? la base de sa m?taphore symptomatique. Il existe en effet deux mots latins tr?s proches, l'un est au neutre, ? opus, operis ?, et signifie l'oeuvre, la r?alisation d'une ouvre, tandis que l'autre nom qui est au f?minin ? opera, operae ? se traduit par la peine, le travail, la peine que l'on prend pour r?aliser un travail. C'est donc autour de ces deux termes que devait avoir eu lieu le litige avec son professeur. C'est l? que de la salle de classe ? la salle de th??tre, surgit une ?quivoque signifiante qui le fait rougir de honte, comme on dit jusqu'? la racine des cheveux. Quelle est donc cette ?quivoque ? Il se donne du mal, il travaille dur, il transpire, vulgairement, nous pourrions dire, en fran?ais, il besogne fantasmatiquement une femme. Peut-?tre s'est-t-il en un temps lointain, besogn? lui-m?me. Puisque le sympt?me hyst?rique, comme le d?crit Freud, exprime toujours un double fantasme, un fantasme sexuel masculin et un fantasme sexuel f?minin, nous pouvons retrouver cette composante f?minine de son sympt?me hyst?rique, avec cette ouvre qu'il pourrait mettre lui-m?me au monde, auquel il pourrait donner naissance. On dit bien d'une femme qu'elle s'est trouv?e enceinte de ses ouvres. On le dit par exemple de la Vierge Marie qui s'est trouv?e enceinte de par l'op?ration du Saint Esprit.
Mais pour que la description de la m?taphore du sympt?me que nous donne Lacan tienne il faudrait peut-?tre que nous rajoutions au texte de Freud, (le fait qu'il rougissait et transpirait en pr?sence de femmes, lorsqu'il assistait ? ? une ouvre ? th??trale), ces deux mots latins ?quivoques, de ? opus ? et de ? opera ?. Ce sont en effet eux qui cr?ent la m?taphore et son effet de signification. Il doit ?tre rare de nos jours de d?couvrir un sympt?me fabriqu? avec une formule latine celle de "operam dare", se donner du mal, s'?chiner, puisque maintenant nous avons, presque tous, perdu notre latin.
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Natalia Milopolsky-Costiou 6, rue de Savoie, 75006 Paris 01 44 41 01 43 06 80 10 41 99
--------------------------------- D?couvrez une nouvelle fa?on d'obtenir des r?ponses ? toutes vos questions ! Profitez des connaissances, des opinions et des exp?riences des internautes sur Yahoo! Questions/R?ponses. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
---------------------------------------------------------------------------------------
Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
-- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group --------------------------------------------------------------------------------------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
-- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group --------------------------------- 8:00? 8:25? 8:40? Find a flick in no time with theYahoo! Search movie showtime shortcut.