... mais j'ai du mal ? saisir d'o? elles viennent. Sont-elles v?tres ou "roudinesciennes" ? Bien ? vous Didier Potin ----- Original Message ----- From: claude.dufrane To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Wednesday, January 26, 2005 10:28 AM Subject: [Lutecium-group] Et ?a? lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Gu?rir le corps, soigner l'?me Plaidoyer pour une ?thique m?dicale qui prendrait davantage en compte les souffrances psychiques du sujet LA SANT? TOTALITAIRE Essai sur la m?dicalisation de l'existence de Roland Gori et Marie-Jos? Del Volgo. Deno?l, ? Espace analytique ?, 270 p., 22 ?. C'est dans la tradition de Georges Canguilhem, pour l'histoire de la science m?dicale, et de Michel Foucault, pour la critique de ses d?bordements, que Roland Gori, psychanalyste et professeur de psychopathologie, et Marie-Jos? Del Volgo, m?decin et physiologiste, abordent, dans un tr?s bel essai, l'une des questions centrales qui sont pos?es ? la m?decine moderne : que faire de la souffrance morale des patients confront?s, d'une part, ? la grande pr?cision des techniques de d?pistage, d'?valuation et de v?rification - radiologie, scanner, IRM, contr?les sanguins -, et, d'autre part, ? la formidable efficacit? des traitements lourds : chirurgie, radioth?rapie, chimioth?rapie, etc. ? Dans les temps anciens, la mort appartenait ? Dieu, seul habilit? ? donner la vie et ? la retirer. La maladie ?tait alors regard?e soit comme une mal?diction envoy?e aux hommes qui avaient trahi les lois de la cit? ou de la g?n?alogie, soit comme une punition inflig?e ? ceux qui avaient p?ch?. M?me les disciples d'Hippocrate, soucieux de se d?marquer des devins et des charlatans, ne mettaient pas en cause la grande origine divine qu'ils identifiaient ? des lois naturelles. Pendant des si?cles, la m?decine fut exerc?e par des ? hommes de l'art ? - philosophes et praticiens - qui se chargeaient du gouvernement des corps et des ?mes. Mais, avec l'av?nement de la m?decine scientifique, tout au long du XIXe si?cle, c'est ? un nouveau type de m?decin que fut d?volue la place autrefois occup?e par Dieu. Entour? de respect, celui-ci se mit ? diriger, avec l'autorit? d'un roi, la destin?e de ses patients, leur dissimulant la v?rit? et choisissant pour leur bien un traitement ad?quat. Or, de nos jours, cette situation s'est invers?e. Devenu un simple sp?cialiste, le m?decin n'est plus le ma?tre en sa demeure. Et, du coup, le patient est invit? ? donner un ? consentement ?clair? ? au traitement qu'on lui administre. Mais comment ?tre le partenaire d'un malheur que la science m?dicale ne ma?trise, bien souvent, qu'? coups de statistiques ? Du fait m?me de leur sophistication, les traitements destin?s aux pathologies lourdes ne peuvent pas prendre en compte les ?tats d'?me et les angoisses li?s ? l'?mergence de la maladie. Pire encore, ils ont parfois sur le sujet fragilis? par celle-ci un effet d?vastateur. Qui n'a pas trembl? en attendant le r?sultat d'un examen susceptible de confirmer ou d'infirmer un sombre pronostic ? Qui n'a pas eu envie de fuir en entendant l'appel d'un nom lanc? ? la cantonade dans le couloir d'un h?pital au milieu d'une foule de malheureux terrifi?s par le verdict du laboratoire ou de l'appareil de d?tection ? On sait que les progr?s de la m?decine moderne ont eu pour effet n?faste d'?tendre les cat?gories de la norme et de la pathologie ? des comportements sociaux qui ne rel?vent en rien d'une quelconque maladie mais d'une volont? de normaliser les consciences. Ainsi sont n?es les d?rives d'un hygi?nisme d'Etat, dont nous sommes les h?ritiers, et qui consiste, au-del? des n?cessaires politiques de sant? publique, ? m?dicaliser tous les actes de notre existence : les passions, le sexe, la pens?e, l'alimentation, les mani?res de vivre. D'o? la naissance d'un esprit s?curitaire visant ? faire du sujet le responsable de ses maladies et des dommages qu'elles causent ? la soci?t?. D?sormais, le mal organique ne vient plus ni des dieux ni de la nature, mais de conduites humaines jug?es d?sordonn?es ou fautives. m?dicalisation abusive Mais ce progr?s a aussi eu pour cons?quence de favoriser, ? l'?chelle mondiale, un divorce entre l'approche du corps et celle de l'?me. Quand le sp?cialiste des pays riches se fonde sur la science pour appliquer ? son patient des th?rapeutiques impersonnelles, celui-ci se sent contraint, pour soigner son ?me, d'avoir recours ? des m?decines dites ? alternatives ? sans efficacit?. Au contraire, dans les pays pauvres, o? la m?decine scientifique ne s'est gu?re implant?e, les th?rapeutiques traditionnelles s'occupent de l'?me en pr?tendant gu?rir le corps. Ainsi, plus la m?decine est riche en r?sultats face ? la maladie, plus elle s'appauvrit dans sa relation au sujet. Mais, plus elle est inefficace sur le plan organique et plus elle est b?n?fique pour l'?me du sujet dont le corps est abandonn? ? la mort. Sans se d?partir d'un choix explicite en faveur de la m?decine scientifique, et sans jamais c?der ? un quelconque manich?isme, Roland Gori et Marie-Jos? Del Volgo montrent qu'il faut r?inventer une approche du sujet qui tienne compte autant des n?cessit?s de la science que de la souffrance psychique. Ainsi pourra-t-on ?viter les exc?s d'une m?dicalisation abusive de l'existence humaine. Une seule r?serve : le titre de l'ouvrage, La sant? totalitaire, ne correspond pas ? la subtilit? de son contenu. Elisabeth Roudinesco _______________________________________________ Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group