Bonjour ? tous, j'ai ?crit ce texte que j'ai mis sur le livre bleu de la psychanalyse http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/20/index.html Je veux juste rajouter le fait que Freud est comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, lui fait de la linguistique, avant m?me qu'elle ait ?t? invent?e au titre de science du langage. Bonne journ?e ? tous. Liliane. Le sympt?me d'un latiniste en herbe Dans une lettre adress?e ? Fliess, au moment m?me o? il invente, pas ? pas, la psychanalyse, Freud pose ? la fois les similitudes et les diff?rences entre les r?ves et les sympt?mes : "Ce n'est pas seulement le r?ve qui est r?alisation de d?sir mais aussi l'acc?s hyst?rique... je crois savoir maintenant par quoi se distingue le r?ve du sympt?me qui s'institue ? l'?tat de veille. Puisque le r?ve est maintenu loin de la r?alit?, il lui suffit d'?tre la r?alisation de d?sir d'une pens?e refoul?e. Mais le sympt?me, lui m?l? ? la vie, doit ?tre autre chose : la r?alisation de d?sir de la pens?e refoulante. Un sympt?me appara?t l? o? la pens?e refoul?e et la pens?e refoulante peuvent co?ncider dans une r?alisation de d?sir... le sympt?me repr?sente la r?alisation de deux d?sirs contradictoires."[1] Le sympt?me d'un latiniste en herbe, que Freud d?crit dans la foul?e, illustre justement l'existence de ces deux d?sirs contradictoires qui collaborent ? la formation du sympt?me Freud ?crit ? son ami : "Sais-tu pourquoi notre ami E. rougit et transpire d?s qu'il rencontre une certaine cat?gorie de personnes qu'il conna?t surtout quand il les rencontre au th??tre ? "Il a honte c'est vrai. Mais honte de quoi?". Il a honte d'un fantasme de d?floration mais aussi de vengeance qui peut se traduire ainsi : "Dire que cette oie stupide s'imagine que j'ai honte devant elle ! Si seulement je l'avais dans mon lit, elle verrait si je la crains!" Selon Lacan, c'est par la voie de la m?taphore que se cr?ent les liens entre le signifiant et le signifi?. Dans l'ordre diachronique d'une phrase, donc son d?roulement, "c'est dans la substitution du signifiant au signifiant que se produit un effet de signification qui est de po?sie ou de cr?ation autrement dit de signification". Les deux exemples princeps qu'il en donne, sont d'une part, ce vers de Victor Hugo, dans son po?me ? Booz endormi ?, ? sa gerbe n'?tait ni avare, ni haineuse ? ou encore ce vers si connu ? L'amour est un caillou riant dans le soleil ?. Toutes les formations de l'inconscient rel?vent de ce m?me m?canisme, les r?ves, les sympt?mes, les lapsus, mais aussi ces belles formations langagi?res que sont les po?mes et les traits d'esprit. Dans les faits, ? propos de cet homme qui rougit devant les femmes surtout quand il les rencontre au th??tre, il est difficile de reconstituer les termes de la m?taphore, de retrouver les signifiants qui se sont substitu?s l'un ? l'autre pour former ce sympt?me parce que justement Freud l'interpr?te dans l'autre sens, du signifi? au signifiant, du contenu manifeste pourrait-on dire du sympt?me ? son contenu latent, si ces deux termes n'?taient pas exclusivement r?serv?s ? l'analyse du r?ve. Mais ce n'est pas pour autant impossible car voici que Freud nous indique que la salle de th??tre est venue ?voquer une salle de classe, o? il avait eu une controverse avec son professeur de latin ? propos de cette expression latine "operam dare". A premi?re vue on se demande pourquoi. O? ?tait le probl?me? Je pense justement que c'est cette expression latine qui est ? la base de sa m?taphore symptomatique. Il existe en effet deux mots latins tr?s proches, l'un est au neutre, ? opus, operis ?, et signifie l'oeuvre, la r?alisation d'une ouvre, tandis que l'autre nom qui est au f?minin ? opera, operae ? se traduit par la peine, le travail, la peine que l'on prend pour r?aliser un travail. C'est donc autour de ces deux termes que devait avoir eu lieu le litige avec son professeur. C'est l? que de la salle de classe ? la salle de th??tre, surgit une ?quivoque signifiante qui le fait rougir de honte, comme on dit jusqu'? la racine des cheveux. Quelle est donc cette ?quivoque ? Il se donne du mal, il travaille dur, il transpire, vulgairement, nous pourrions dire, en fran?ais, il besogne fantasmatiquement une femme. Peut-?tre s'est-t-il en un temps lointain, besogn? lui-m?me. Puisque le sympt?me hyst?rique, comme le d?crit Freud, exprime toujours un double fantasme, un fantasme sexuel masculin et un fantasme sexuel f?minin, nous pouvons retrouver cette composante f?minine de son sympt?me hyst?rique, avec cette ouvre qu'il pourrait mettre lui-m?me au monde, auquel il pourrait donner naissance. On dit bien d'une femme qu'elle s'est trouv?e enceinte de ses ouvres. On le dit par exemple de la Vierge Marie qui s'est trouv?e enceinte de par l'op?ration du Saint Esprit. Mais pour que la description de la m?taphore du sympt?me que nous donne Lacan tienne il faudrait peut-?tre que nous rajoutions au texte de Freud, (le fait qu'il rougissait et transpirait en pr?sence de femmes, lorsqu'il assistait ? ? une ouvre ? th??trale), ces deux mots latins ?quivoques, de ? opus ? et de ? opera ?. Ce sont en effet eux qui cr?ent la m?taphore et son effet de signification. Il doit ?tre rare de nos jours de d?couvrir un sympt?me fabriqu? avec une formule latine celle de "operam dare", se donner du mal, s'?chiner, puisque maintenant nous avons, presque tous, perdu notre latin.