Voici quelques r?flexions comme effets de notre discussion, en exergue ? votre po?me. il est inserr? dans le livre bleu de la psychanalyse : http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/26/index.html ? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ! ? ? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ! ?. C'est ainsi que Jean Hyppolite avait introduit sa lecture tr?s rigoureuse du grand texte de Freud, ? La d?n?gation ?. Suivie ligne ? ligne, son analyse a ?t? tr?s importante, puisque ? partir de cette ?laboration, Lacan d?crira ce travail de symbolisation qu'implique la prise en compte du retour du refoul?, ce qui tend ? s'exprimer du d?sir inconscient mais qui ne peut s'y manifester, en un premier temps, que sous une forme d?ni?e. La formule isol?e par Freud en est rest?e c?l?bre : ? non, ce n'est pas ma m?re ? ou encore ? en disant cela, je ne voulais pas vous offenser ?. Lacan, reprendra ?galement, avec l'aide de ce texte, le concept de la forclusion qu'il avait d?j? isol?, rep?r? dans l'une des cinq psychanalyses, celle de l'Homme aux loups. Avec ce concept, forclusion d'un signifiant, forclusion du signifiant du p?re, il sp?cifiera les m?canismes de la psychose, comme il l'a d?montr?, en relisant les m?moires du Pr?sident Schreber, ? la suite de Freud. ? Le don du po?me ?. Je ne veux retenir ici que ces vers de Mallarm?, cit?s par Jean Hyppolite, car ils permettent en effet de d?montrer le fait que les m?canismes de la cr?ation po?tique sont les m?mes que ceux de toutes les formations de l'inconscient, aussi vari?s, que les r?ves, les sympt?mes, les lapsus et les traits d'esprit : Ce sont toutes des cr?ations m?taphoriques : ? Je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e! Noire, ? l'aile saignante et p?le, d?plum?e, Par le verre br?l? d'aromates et d'or, Par les carreaux glac?s, h?las! mornes encor, L'aurore se jeta sur la lampe ang?lique. Palmes! et quand elle a montr? cette relique ? ce p?re essayant un sourire ennemi, La solitude bleue et st?rile a fr?mi. ? Si j'ai repris ce po?me de Mallarm?, c'est justement parce que Lacan s'?tait moqu? d'un d?nomm? Chass?, sans doute un critique litt?raire, qui reprochait au po?te de prendre toutes ses id?es dans le Littr? et que pour le d?fendre Lacan avan?ait cet argument : ? si en effet chacun pensait ? ce qu'est la po?sie, il n'y aurait v?ritablement rien de surprenant ? s'apercevoir que Mallarm? devait s'int?resser vivement, s'int?resser au signifiant. Simplement comme on balance entre je ne sais quelle th?orie vague et vaseuse sur la comparaison ou la r?f?rence ? je ne sais quels termes musicaux, c'est l? que l'on veut expliquer l'absence pr?tendue de sens chez Mallarm?, sans s'apercevoir du tout qu'il doit y avoir une fa?on de d?finir la po?sie en fonction des rapports du signifiant, qu'il y a une formule peut-?tre un peu plus rigoureuse, et qu'? partir du moment o? on donne cette formule, il est beaucoup moins surprenants que dans ses sonnets les plus obscurs Mallarm? soit mis en cause. ? Quelle peut ?tre cette formule ? Dans les lignes qui suivent, Lacan nous en livre le secret, ? propos, cette fois-ci des po?mes d'Hom?re, m?me si nous avons perdu depuis longtemps la signification qu'ils avaient en leurs temps, ? c'est la distanciation du signifiant au signifi? qui nous permet de comprendre qu'une concat?nation particuli?rement bien faite, c'est cela qui caract?rise pr?cis?ment la po?sie, ces signifiants auxquels nous puissions probablement ind?finiment jusqu'? la fin des si?cles donner des sens plausibles ?. Une ? concat?nation sp?cialement bien faite ? telle est l'essence de la po?sie, mais n'est-elle pas ?galement celle de l'interpr?tation ? Cette concat?nation ne transforme-t-elle pas alors ce qui jusque l? n'avait ?t? que la parole b?illonn?e du sympt?me, la ? chanson de geste de sa n?vrose ?, en po?me, le po?me singulier de la vie du sujet. Tout n?vros? est un po?te qui s'ignore, peut-?tre pourrait-il le d?couvrir ? la fin d'une analyse. Mais peut-?tre n'est-il pas donn? ? chacun de d?clarer ainsi ? je t'apporte l'enfant d'une nuit d'Idum?e ?, avec le don d'un po?me. ----- Original Message ----- From: <claudecostiou at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 27, 2007 5:55 PM Subject: Re: [Lutecium-group]RE : art po?tique, art sympt?matique et art de contre-trasfer t lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cr?er est le contraire de craindre,pas besoin d'?cole,de dogme,de certitudes,de v?rification,c'est un besoin imp?rieux d'?tre, m?me pas de montrer ou de se faire comprendre,m?me pas d'expliquer,c'est un passage ? l'acte qui n'a pas besoin de r?flexion,il vient de nulle part,il n'est pas justifiable,il n'a pas besoin de th?orie,il est sensation pure,joie de construire m?me pour personne,il n'a m?me pas besoin de reconnaissance,il est pour ?tre au moment de celui qui est l? pour le mener ? son terme m?me si celui ci est ind?finissable et m?me encore davantage.Surtout jamais il n'est un questionnement de ma?tre ? esclave ou l'inverse. Je pleure, une larme s'?coule sur ma joue ?clair?e par le soleil, elle a le go?t de l'oc?an, sur ma l?vre, repos?e, langue goul?e, elle s'?vapore en no?me blanc, pense le ciel et rejoint des milliers de larmes ?vapor?es d'autant de joues, qui dessinent un trouble, le soleil dispara?t dans la mer pour r?chauffer l'au-del?. Le nuage devient noir et se charge de pluie, une goutte tombe sur mon shakra cr?nien blanc or, ma parole s?che ou no?se devient humide pour te dire aujourd'hui. Selon Jean-fran?ois Doucet <jeanfd at ulrik.uio.no>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je lis, ch?re Liliane, avec le plus grand int?r?t la s?rie de messages qui compare le travail d' interpr?tation d' un(e) psychanalyste ? la cr?ation. Je me demande donc si le plus petit d?nominateur commun aux deux activit?s est de revenir ? l' aspect conventionel du langage qui fait que 2 individus parlant la m?me langue empruntent au m?me h?ritage linguistique, en viennent quelques fois ? passer une convention sur le th?me de leur discussion ? l' aide de mots ( signifiants), le th?me dans le cas de l'interpr?tation analytique ?tant ce qui est advenu ( et qui fait sympt?me) tandis que le th?me dans le cas de la cr?ation artistique, n'existant pas encore, est anticip?. j'aimerais bien avoir votre avis sur cette formulation de crainte de me tromper bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui Nathalia, je suis d'accord avec ce que vous avez ?crit ainsi qu'avec ce que vous avez fait v?tre par le choix de cette citation, mais cela n'est pas en soi tr?s ?tonnant car toutes les formations de l'inconscient, y compris celle de la formation po?tique ?tant m?taphorique, l'interpr?tation de l'analyste elle est elle aussi soumise ? cette m?me loi langagi?re. Je pense ? cette si ?nigmatique formulation de Lacan dans "T?l?vision" : "L'interpr?tation doit ?tre preste pour satisfaire ? l'entrepr?t" . Je la d?composerais ainsi, au risque de me tromper, dans cette entreprise que constitue l'interpr?tation, il s'agit de saisir au vol, les signifiants que vous empruntez ? l'analysant, c'est ? dire que c'est lui qui vous les a pr?t?s. Vous jouez donc sur les signifiants inter-pr?t?s entre l'analysant et l'analyste. Bonne journ?e. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Natalia Milopolsky-Costiou" <namicost at yahoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 22, 2007 11:26 AM Subject: [Lutecium-group] RE : art po?tique, art sympt?matique et art de contre-trasfert
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour Liliane,
Votre texte ainsi que les derni?res r?flexions de lut?ciens sur la cr?ativit? et la projection (introjection plut?t ?) de l'auteur sur son personnage, me font penser au sujet de contre-transfert - ce terrain d'analyse toujours in?puisable dans notre travail. L'attention flottante, que nous pr?tons au monologue (dialogue int?rieur ) de notre patient, est possible en large partie gr?ce ? cette cr?ativit?. La solitude in?vitable et bienfaisante de l'analyste en est donc ? la fois le r?sultat et la condition. Ce processus fluctuant qui permet au patient sa libert? de dire est le m?me qui nous donne notre libert? de (ou pas) agir.
Voici un passage de Catherine Parat ( "A propos du contre-transfert", 1976), que je trouve tr?s juste:
"Nos meilleures interventions ne s'appuient pas sur un savoir, ni m?me souvent sur une ?laboration, mais sur un per?u, un ressenti, et s'expriment dans une communication directe qui court-circuit le conscient, le travail analytique s'apparente alors de fa?on tr?s proche ? la cr?ation artistique. Pour se pr?ter au cheminement de l'autre, en identification, il suffit souvent de donner forme verbale au mouvement int?rieur qu'il a suscit?, de l'accompagner (souvent en le pr?c?dent) sur les ondes qu'il a ?branl?es. La r?sonance ?veill?e par certains mots qui s'isolent spontan?ment de leur contexte manifeste et que nous saisissons, la perception de double sens de certaines expressions, ouvrent en nous, vers notre monde inconscient une voie, une br?che, dont nous ne savons pas tout de suite o? elle m?ne ( car elle m?ne o? l'autre a besoin d'aller), l'allusion, l'?quivoque, l'ambigu, tracent un passage vers un inconnu indicible, non encore d?fini, dans une d?marche bien proche du v?cu de la cr?ation naissante."
Bon printemps, Natalia
liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit : lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour ? tous, j'ai ?crit ce texte que j'ai mis sur le livre bleu de la psychanalyse http://psychanalyse.canalblog.com/archives/2007/03/20/index.html
Je veux juste rajouter le fait que Freud est comme Monsieur Jourdain qui faisait de la prose sans le savoir, lui fait de la linguistique, avant m?me qu'elle ait ?t? invent?e au titre de science du langage. Bonne journ?e ? tous. Liliane.
Le sympt?me d'un latiniste en herbe Dans une lettre adress?e ? Fliess, au moment m?me o? il invente, pas ? pas, la psychanalyse, Freud pose ? la fois les similitudes et les diff?rences entre les r?ves et les sympt?mes : "Ce n'est pas seulement le r?ve qui est r?alisation de d?sir mais aussi l'acc?s hyst?rique... je crois savoir maintenant par quoi se distingue le r?ve du sympt?me qui s'institue ? l'?tat de veille. Puisque le r?ve est maintenu loin de la r?alit?, il lui suffit d'?tre la r?alisation de d?sir d'une pens?e refoul?e. Mais le sympt?me, lui m?l? ? la vie, doit ?tre autre chose : la r?alisation de d?sir de la pens?e refoulante. Un sympt?me appara?t l? o? la pens?e refoul?e et la pens?e refoulante peuvent co?ncider dans une r?alisation de d?sir... le sympt?me repr?sente la r?alisation de deux d?sirs contradictoires."[1]
Le sympt?me d'un latiniste en herbe, que Freud d?crit dans la foul?e, illustre justement l'existence de ces deux d?sirs contradictoires qui collaborent ? la formation du sympt?me
Freud ?crit ? son ami : "Sais-tu pourquoi notre ami E. rougit et transpire d?s qu'il rencontre une certaine cat?gorie de personnes qu'il conna?t surtout quand il les rencontre au th??tre ?
"Il a honte c'est vrai. Mais honte de quoi?".
Il a honte d'un fantasme de d?floration mais aussi de vengeance qui peut se traduire ainsi : "Dire que cette oie stupide s'imagine que j'ai honte devant elle ! Si seulement je l'avais dans mon lit, elle verrait si je la crains!" Selon Lacan, c'est par la voie de la m?taphore que se cr?ent les liens entre le signifiant et le signifi?. Dans l'ordre diachronique d'une phrase, donc son d?roulement, "c'est dans la substitution du signifiant au signifiant que se produit un effet de signification qui est de po?sie ou de cr?ation autrement dit de signification". Les deux exemples princeps qu'il en donne, sont d'une part, ce vers de Victor Hugo, dans son po?me ? Booz endormi ?, ? sa gerbe n'?tait ni avare, ni haineuse ? ou encore ce vers si connu ? L'amour est un caillou riant dans le soleil ?. Toutes les formations de l'inconscient rel?vent de ce m?me m?canisme, les r?ves, les sympt?mes, les lapsus, mais aussi ces belles formations langagi?res que sont les po?mes et les traits d'esprit.
Dans les faits, ? propos de cet homme qui rougit devant les femmes surtout quand il les rencontre au th??tre, il est difficile de reconstituer les termes de la m?taphore, de retrouver les signifiants qui se sont substitu?s l'un ? l'autre pour former ce sympt?me parce que justement Freud l'interpr?te dans l'autre sens, du signifi? au signifiant, du contenu manifeste pourrait-on dire du sympt?me ? son contenu latent, si ces deux termes n'?taient pas exclusivement r?serv?s ? l'analyse du r?ve. Mais ce n'est pas pour autant impossible car voici que Freud nous indique que la salle de th??tre est venue ?voquer une salle de classe, o? il avait eu une controverse avec son professeur de latin ? propos de cette expression latine "operam dare". A premi?re vue on se demande pourquoi. O? ?tait le probl?me? Je pense justement que c'est cette expression latine qui est ? la base de sa m?taphore symptomatique. Il existe en effet deux mots latins tr?s proches, l'un est au neutre, ? opus, operis ?, et signifie l'oeuvre, la r?alisation d'une ouvre, tandis que l'autre nom qui est au f?minin ? opera, operae ? se traduit par la peine, le travail, la peine que l'on prend pour r?aliser un travail. C'est donc autour de ces deux termes que devait avoir eu lieu le litige avec son professeur. C'est l? que de la salle de classe ? la salle de th??tre, surgit une ?quivoque signifiante qui le fait rougir de honte, comme on dit jusqu'? la racine des cheveux. Quelle est donc cette ?quivoque ? Il se donne du mal, il travaille dur, il transpire, vulgairement, nous pourrions dire, en fran?ais, il besogne fantasmatiquement une femme. Peut-?tre s'est-t-il en un temps lointain, besogn? lui-m?me. Puisque le sympt?me hyst?rique, comme le d?crit Freud, exprime toujours un double fantasme, un fantasme sexuel masculin et un fantasme sexuel f?minin, nous pouvons retrouver cette composante f?minine de son sympt?me hyst?rique, avec cette ouvre qu'il pourrait mettre lui-m?me au monde, auquel il pourrait donner naissance. On dit bien d'une femme qu'elle s'est trouv?e enceinte de ses ouvres. On le dit par exemple de la Vierge Marie qui s'est trouv?e enceinte de par l'op?ration du Saint Esprit.
Mais pour que la description de la m?taphore du sympt?me que nous donne Lacan tienne il faudrait peut-?tre que nous rajoutions au texte de Freud, (le fait qu'il rougissait et transpirait en pr?sence de femmes, lorsqu'il assistait ? ? une ouvre ? th??trale), ces deux mots latins ?quivoques, de ? opus ? et de ? opera ?. Ce sont en effet eux qui cr?ent la m?taphore et son effet de signification. Il doit ?tre rare de nos jours de d?couvrir un sympt?me fabriqu? avec une formule latine celle de "operam dare", se donner du mal, s'?chiner, puisque maintenant nous avons, presque tous, perdu notre latin.
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