Chers amis, Armelle Gaydon et moi-m?me, ainsi que Nathalie Georges, Alicia Buckstein et Fran?oise Stark-Mornington, avons pens? qu'il ?tait temps qu'(a)lpha entre activement dans la mobilisation contre l'avant-projet de d?cret d'application de l'article 52, dont nous nous donnions ?cho jusqu'? aujourd'hui. J'ai, ? ce titre, adress? ce jour, la lettre jointe ? Xavier Bertrand, Ministre de la Sant? et des Solidarit?s. Elle sera publi?e sur le site d'(a)lpha dans les meilleurs d?lais et nous rendrons publique la r?ponse que le Ministre lui r?servera. Comptant sur votre mobilisation, Bien ? vous, Benoit Drunat (a)lpha - Association pour la la?cit? de la psychanalyse www.alpha-psychanalyse.org 5, rue de l'?glise - 41220 Saint Laurent-Nouan 02 54 87 24 88 - 06 24 93 29 70 Saint Laurent ? Nouan, le 6 f?vrier 2006 Monsieur le Ministre, Le gouvernement auquel vous participez a fait le choix de d?velopper une politique de la ? sant? mentale ? qui abolit le sujet de l?inconscient et privil?gie l?approche cognitivo-comportementale de la souffrance psychique. Cette d?marche t?moigne au mieux d?une m?connaissance du psychisme, au pire d?un d?sir de n?en rien vouloir savoir. Lorsque Bernard Accoyer a d?pos?, fin 2003, devant le Parlement, son projet d?amendement, il a inaugur? une s?rie dont on a pu croire qu?elle trouvait son issue dans le vote de l?article 52 de la loi du 9 ao?t 2004 sur la Politique de Sant? Publique. C??tait sans compter sur la farouche volont? gouvernementale de mener ? terme un projet qui se dessine dans de nombreux rapports, de Piel-Roelandt ? Cl?ry-Melin, de donner ? ce texte de loi les moyens de son application et sert ses vis?es s?curitaires. La dynamique institu?e par les recommandations que d?veloppent ces rapports tend ? effacer la sp?cificit? de la psych? humaine et ? abolir la dimension unique du sujet, au nom d?un projet orient? par le scientisme renaissant qui ravale l??tre humain ? ses comportements, instituant le furor sanandi, condamn? par Freud puis bien d?autres, en r?gle de gouvernement et brandissant la bible DSM-IV. Il appara?t aujourd?hui, notamment avec l?ouverture r?cente d?une concertation sur l?avant-projet de d?cret d?application de l?article 52, que l?horizon est balis? de telle sorte qu?au bout du compte la dimension la plus intime de l??tre humain sera cern?e par une prise en charge autoritaire. Dans cette hypoth?se, c?est d?une course vers le pire que vous serez comptable. (a)lpha ? association pour la la?cit? de la psychanalyse travaille depuis deux ans ? d?velopper une r?flexion autour de la sp?cificit? de la psychanalyse, ?nonc?e par Freud d?s 1926 dans La Question de l?Analyse profane et reprise par Jacques Lacan au fil de son enseignement, sp?cificit? selon laquelle faire une psychanalyse est le point d?ancrage premier de la formation du psychanalyste, qui ne saurait par ailleurs ?tre ?valu?e par l?universit? mais conna?t des proc?dures de reconnaissance internes ? chaque Ecole. C?est pr?cis?ment parce que nous avons fait l?exp?rience de la cure psychanalytique et que celle-ci a conduit beaucoup d?entre nous ? occuper la position du psychanalyste, que nous sommes en droit de dire qu?aucune formation de type universitaire ne formera jamais des psychoth?rapeutes ou des psychanalystes. A fortiori si elle est inscrite sous le chef de la ? sant? mentale ?. La psychanalyse se range du c?t? du un, pas du c?t? du tous, sans standard, mais pas sans principes. Formater la formation du psychanalyste ou du psychoth?rapeute selon des crit?res scientifiques n?a pas de sens, ? moins de faire de la psychanalyse une science qu?elle n?est pas. La parole d?livr?e dans la cure ne r?pond ? aucune r?gle pr?-construite au sujet, du fait qu?il y a de l?inconscient et que l?association libre est la pierre angulaire du dispositif psychanalytique. On ne sait qu?apr?s-coup quel parcours on a construit avec son psychanalyste. Et seul le sujet peut rendre compte de l?exp?rience unique dans laquelle il a appris ? conna?tre ce qu?il en est de son d?sir. La psychanalyse est et demeurera, quoiqu?en veuille faire le l?gislateur, une exp?rience de la libert? dans le langage. ? Il n?existera jamais l? aucun livre de recettes ? selon la formule r?cente de Jean-Pierre Klotz, r?cemment encore Directeur de l?Ecole de la Cause freudienne. Pas m?me si un projet politique ?rigeait en r?gle universelle de bonne conduite le silence et la mort de la pulsion, par l?entremise de la prescription m?dicale, de la posologie m?dicamenteuse et de la r?adaptation comportementale. ? Seule la psychanalyse est ? m?me d?amener le sujet ? appr?hender et ? assumer son style de vie au-del? de la conformit?, du ready-made impos? et de la voie prescrite. ? ajoute Jean-Pierre Defieux. Aussi (a)lpha r?p?te ici, ? la suite de quelques autres, sa d?sapprobation vis-?-vis du texte du texte de l?article 52 de la loi du 9 ao?t 2004 sur la Politique de Sant? Publique et s??l?ve ?galement contre l?avant-projet de d?cret qui n?est rien d?autre qu?un dangereux non-sens. La prochaine r?union de concertation pr?vue au Minist?re le 21 f?vrier prochain s?en tiendra ? l??tude de l?avant-projet de d?cret sur le titre de psychoth?rapeute. En ce sens, elle n?aura pas pour objectif de ruiner les travaux de g?n?rations de praticiens de la chose psychique. Mais elle marquera une nouvelle ?tape dans cette tentative contre laquelle nous nous ?levons. Notre association attire de ce fait votre attention sur ce que Freud ?non?ait dans La Question de l?Analyse profane, repris par Lilia Mahjoub, Pr?sidente de l?Ecole de la Cause freudienne, le 04 f?vrier dernier, lors de la journ?e de travail organis?e par l?AFFOP et le SNPPsy : la question n?est ? pas de savoir si l'analyste est pourvu d'un dipl?me m?dical, mais s'il a acquis la formation sp?ciale qui est n?cessaire ? l'exercice de l'analyse. On peut rattacher ? cela la question qui a ?t? discut?e avant tant d'ardeur par les confr?res : quelle est la formation la plus appropri?e pour un analyste ? Je pensais, et je soutiens encore aujourd'hui, que ce n'est pas celle que l'universit? prescrit au futur m?decin.?, de sorte que les charlatans nagu?re stigmatis?s se trouvent de fait du c?t? de ceux qui n?auraient pas fait l??preuve de l?exp?rience psychanalytique et produirait n?anmoins la plaque que Monsieur Accoyer redoutait tant. Le titre ne fera pas le bon psy. Les Ecoles de Psychanalyse n?ont jamais cess?, au fil de leur histoire, d??tre les organes de formation que vous appelez de vos v?ux et seriez bien inspir? d?entendre. Notre association vous demande donc de prendre le temps de faire toute la place n?cessaire aux repr?sentants des Ecoles qui seraient en mesure de vous ?clairer sur la v?ritable nature de nos pratiques, de vous ranger ? l?avis de celles qui vous d?montreront que ce projet de d?cret est inepte et vous enjoint de prendre toute la mesure des choix que vous op?rez. Votre responsabilit? serait lourde s?il advenait que votre gouvernement d?cid?t de remettre aux mains d?experts de la ? sant? mentale ? la souffrance psychique des sujets. Le gouvernement donnerait alors raison ? Jacques Lacan qui ?crivait, comme le rappelait derni?rement Marie-H?l?ne Brousse, Pr?sidente de l?Ecole Europ?enne de Psychanalyse : ? Le d?veloppement qui va cro?tre en ce si?cle des moyens d?agir sur le psychisme, un maniement concert? des images et des passions dont on a d?j? fait usage avec succ?s contre notre jugement, notre r?solution, notre unit? morale, seront l?occasion de nouveaux abus de pouvoir. ? Je me tiens ? votre disposition dans l?hypoth?se o? vous souhaiteriez accorder ? (a)lpha une audience afin que nous d?veloppions devant vous, tel ou tel point de cette lettre et vous prie de bien vouloir agr?er, Monsieur le Ministre, l?expression de ma haute consid?ration. Pour (a)lpha, le Pr?sident, Benoit Drunat. www.alpha-psychanalyse.org <http://www.alpha-psychanalyse.org/>