David, merci pour les images, mais j'ai pas tr?s bien compris pourquoi tu les as envoy?... c'?tait juste pour les partager? quant ? tes observations au sujet de l'assepsie r?alis?e par Miller je suis totalement d'accord... on ne reconnait pas Lacan dans les versions "?tablies" (ce dont sont capables les ?tablissements!)... mais je crois que cela paraissait, malheureusement, int?ressant ? Lacan, voire n?cessaire pourqu'il se fasse "cientifique"... c'est vraiment dommage, car on perd la possibilit? de le suivre, car "entrecoup?" par un formalisme qui n'est pas toujours fid?le, c'est ce qui me parait le plus ?trange... on pourrait peut-?tre faire ?a, identifier les passages, des versions ?tablies, qui ne sont pas du tout fid?les aux versions sonores qui sont, in?lutablement, fid?les ? la voix de Lacan! ----- Original Message ----- From: "David" <davidrenaut at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sunday, April 29, 2007 2:33 PM Subject: Re: [Lutecium-group] S??minaire XX ?
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
---------------------------------------------------------------------------- ---- ENCORE SEUIL Remarque : Par rapport ? la version S.D./G.Taillandier, ??tablie en 1972-1973, presque toutes les phrases de Lacan, telles que la transcription, ? partir de l??Tenregistrement en donne la continuit??, sont modifi??es, coup??es, r??organis??es par JA Miller, presque toutes les r??p??titions de mot et interjections sont supprim??es. Le style parl?? de Lacan dispara??t compl??tement. On trouvera, dans le premier s??minaire, en ?? commentaire ?? quelques unes des modifications vraisemblablement effectu??es par JAM) LIVRE XX 1972-1973 D??but p. 9 La pagination respecte celle du document source -2- -3- -4- -5- -6- -7- -8- I DE LA JOUISSANCE[jpb1] Il m'est arriv?? de ne pas publier l'??thique de la psychanalyse. En ce temps l? , c'??tait chez moi une forme de la politesse - apr??s vous j' vous en prie, j' vous en pire... Avec le temps, j'ai appris [jpb2] que je pouvais en dire un peu plus. Et puis, je me suis aper??u que ce qui constituait mon cheminement ??tait [jpb3] de l'ordre du je n'en veux rien savoir. C'est sans doute ce qui, avec le temps, fait qu'encore je suis l? , et que vous aussi, vous ??tes l? . Je m'en ??tonne toujours... encore. Ce qui, depuis quelque temps, me favorise, c'est qu'il y a aussi chez vous, y dans la grande masse de ceux qui sont l? , un [jpb4] je n'en veux rien savoir. Seule??ment, tout est l? , est-ce bien le m??me? Votre je n'en veux rien savoir d'un certain savoir qui vous est transmis par bribes, est-ce de cela qu'il s'agit chez moi? Je ne crois pas, et c'est bien de me supposer partir d'ailleurs que vous dans ce je n'en veux rien savoir que [jpb5] vous vous trouvez li??s ? moi. De sorte que, s'il est vrai qu'? votre ??gard je ne puis ??tre ici qu'en position d'analysant de mon je n'en veux rien savoir, d'ici que vous atteigniez le m??me il y aura une paye. C'est bien ce qui fait que c'est seulement quand le v??tre vous appara??t suffisant que vous pouvez, si vous ??tes de mes analysants, vous d??tacher normalement de votre analyse. J'en conclus qu'il n'y a, contrairement ? ce qui s'??met, nulle impasse de ma position d'analyste avec ce que je fais ici. I L'ann??e derni??re, j'ai intitul?? ce que je croyais pouvoir vous dire ??" ... ou pire, puis ??" ??a s'oupire. ??a n'a rien ? faire avec je ou tu - je ne t'oupire pas, ni tu ne m'oupires. Notre chemin, celui du discours analytique, ne progresse 9 que de cette limite ??troite, de ce tranchant du couteau, qui fait qu'ailleurs ??a ne peut que s'oupirer. C'est ce discours qui me supporte, et pour le recommencer cette ann??e, je vais d'abord vous supposer au lit, un lit de plein emploi, ? deux. A quelqu'un, un juriste, qui avait bien voulu s'enqu??rir de ce qu'est mon discours, j'ai cru pouvoir r??pondre - pour lui faire sentir, ? lui, ce qui en est le fondement, ? savoir que le langage n'est pas l'??tre parlant - que je ne me trouvais pas d??plac?? d'avoir ? parler dans une facult?? de droit, puisque c'est celle o?? [jpb6] l'existence des codes rend manifeste que le langage, ??a se tient l? , ? part, constitu?? au cours des ??ges, tandis que l'??tre parlant, ce qu'on appelle les hommes, c'est bien autre chose. Alors, commencer par vous supposer au lit, cela demande qu'? son endroit je m'en excuse. Je n'en d??collerai pas, de ce lit, aujourd'hui, et rappellerai au juriste que, au fond, le droit parle de ce dont je vais vous parler- la jouissance. Le droit [jpb7] ne m??conna??t pas le lit - prenez par exemple ce bon droit cou??tumier dont se fonde l'usage du concubinat, ce qui veut dire coucher en??semble. Pour ma part, je vais partir de ce qui, dans le droit, reste voil??, ? savoir de ce qu'on y fait, dans ce lit - s'??treindre. Je [jpb8] pars de la limite, d'une limite dont en effet il faut partir pour ??tre s??rieux, c'est-? -dire pour ??tablir la s??rie de ce qui s'en approche. J'??claircirai d'un mot le rapport du droit et de la jouissance. L'usufruit - c'est une notion de droit, n'est-ce pas? - r??unit en un mot ce que j'ai d??j? ??voqu?? dans mon s??minaire sur l'??thique, ? savoir la diff??rence qu'il y a de [jpb9] l'utile ? la jouissance. L'utile, ??a sert ? quoi? C'est ce qui n'a jamais ??t?? bien d??fini en raison du respect [jpb10] prodigieux que, du fait du langage, l'??tre parlant a pour le moyen. L'usufruit veut dire qu'on peut jouir de ses moyens, mais qu'il ne faut pas les gaspiller. Quand on a l'usufruit d'un h??ritage, on peut en jouir ? condition de ne pas trop en user. C'est bien l? qu'est l'essence du droit [jpb11] - r??partir, distribuer, r??tribuer ce qu'il en est de la jouissance. Qu'est-ce que c'est que la jouissance ? Elle se r??duit ici ? n'??tre qu'une instance n??gative. La jouissance, c'est ce qui ne sert ? rien[jpb12] . Je pointe l? la r??serve qu'implique le champ du droit-? -la jouissance. Le droit n'est pas le devoir. Rien ne force personne ? jouir, sauf le surmoi. Le surmoi, c'est l'imp??ratif de la jouissance [jpb13] ??" Jouis! C'est bien l? que se trouve le point tournant qu'interroge le discours analytique. Sur ce chemin, dans ce temps de l'apr??s-vous que j'ai laiss?? passer, j'ai essay?? de montrer que l'analyse [jpb14] ne nous permettait pas de nous en tenir ? ce dont j'??tais parti, respectueusement certes, soit ? l'??thique d'Aristote. Un glissement au cours des ??ges s'est fait, glissement qui n'est pas progr??s, mais contour, qui, de la consid??ration de l'??tre qui ??tait celle d'Aristote, a conduit ? l'utilitarisme de Bentham, c'est-? -dire ? la th??orie des fictions, d??montrant du langage la valeur d'usage, soit le statut d'outil. C'est de l? 10 que je suis revenu ? interroger ce qu'il en est de l'??tre, du souverain bien comme objet de contemplation, d'o?? on avait cru jadis pouvoir ??difier une ??thique. Je vous laisse donc sur ce lit, ? vos inspirations. Je sors, et une fois de plus, j'??crirai sur la porte, afin qu'? la sortie, peut-??tre, vous puissiez ressaisir les r??ves que vous aurez sur ce lit poursuivis. J'??crirai la phrase suivante - La jouissance de l'Autre, de l'Autre avec un grand A, du corps de l'Autre qui le symbolise, n'est pas le signe de l'amour[jpb15] . 2 J'??cris ??a, et je n'??cris pas apr??s termin??, ni amen, ni ainsi soit-il. L'amour, certes, fait signe, et il est toujours r??ciproque. J'ai avanc?? ??a depuis longtemps, tr??s doucement, en disant que les sentiments, c'est toujours r??ciproque. C'??tait pour que ??a me revienne - Et alors, et alors, et l'amour, et l'amour, il est toujours r??ciproque? ??" Mais-oui, mais-oui! C'est m??me pour ??a qu'on a invent?? l'inconscient - pour s'apercevoir que le d??sir de l'homme, c'est le d??sir de l'Autre, et que l'amour, si c'est l? une passion qui peut ??tre l'ignorance du [jpb16] d??sir, ne lui laisse pas moins toute sa port??e. Quand on y regarde de plus pr??s, on en voit les ravages. La [jpb17] jouissance - jouissance du corps de l'Autre - reste, elle, une question, parce que la r??ponse qu'elle peut constituer n'est pas n??cessaire. ??a va m??me plus loin. Ce n'est pas non plus une r??ponse suffisante, parce que l'amour demande l'amour. Il ne cesse pas de le demander. Il le demande... encore. Encore, c'est le nom propre de cette faille d'o?? dans l'Autre part la demande d'amour. Alors, d'o?? part ce qui est capable, de fa??on non n??cessaire, et non suffisante, de r??pondre par la jouissance du corps de l'Autre? Ce n'est pas l'amour. C'est ce que l'ann??e derni??re, inspir?? d'une certaine fa??on par la chapelle de Sainte-Anne qui me portait sur le syst??me, je me suis laiss?? aller ? appeler l'amur. L'amur, c'est ce qui appara??t en signes bizarres sur le corps. Ce sont ces caract??res sexuels qui viennent d'au-del? , de cet endroit que nous avons cru pouvoir lorgner au microscope sous la forme du germen - dont je vous ferai remarquer qu'on ne peut dire que ce soit [jpb18] la vie puisque aussi bien ??a porte la mort, la mort du corps, de le r??p??ter. C'est de l? que vient l'en-corps. Il est donc faux de dire qu'il y a s??paration du soma et du germen, puisque, de loger ce germen, le corps porte des traces. Il y a des traces sur l'amur. Eh bien, ce ne sont que des traces. L'??tre du corps, certes, est sexu??, mais c'est secondaire, comme on dit. Et comme l'exp??rience le d??montre, ce ne 11 sont pas de ces traces que d??pend la jouissance du corps en tant qu'il sym??bolise l'Autre. C'est l? ce qu'avance la plus simple consid??ration des choses. De quoi s'agit-il donc dans l'amour? L'amour, est-ce ??" comme[jpb19] le promeut la psychanalyse avec une audace d'autant plus incroyable que toute son exp??rience va contre, et qu'elle d??montre le contraire ??" l'amour, est-ce de faire un? L'??ros est-il tension vers l'Un? On ne parle que de ??a depuis longtemps, de l'Un. Y a d' l'Un, c'est de cet ??nonc?? que j'ai support?? mon discours de l'ann??e derni??re, et certes pas pour confluer dans cette confusion originelle, car le d??sir ne nous conduit qu'? la vis??e de la faille o?? se d??montre que l'Un ne tient que de l'essence du signifiant. Si j'ai interrog?? Frege au d??part, c'est pour tenter de d??montrer la b??ance qu'il y a de cet Un ? quelque chose qui tient ? l'??tre, et, derri??re l'??tre, ? la jouissance. Je peux vous dire un petit conte, celui d'une perruche qui ??tait amou??reuse de Picasso. A quoi cela se voyait-il ? A la fa??on dont elle lui mor??dillait le col de sa chemise et les battants de sa veste. Cette perruche ??tait en effet amoureuse de ce qui est essentiel ? l'homme, ? savoir son accou??trement. Cette perruche ??tait comme Descartes, pour qui les hommes, c'??tait des habits en ... pro-m??nade. Les habits, ??a promet la m??nade - quand on les quitte. Mais ce n'est qu'un mythe, un mythe qui vient converger avec le lit de tout ? l'heure. Jouir d'un corps quand il n'y a plus d'habits laisse intacte la question de ce qui fait l'Un, c'est-? -dire celle de l'identification. La perruche s'identifiait ? Picasso habill??. Il en est de m??me de tout ce qui est de l'amour. L'habit aime le moine, parce que c'est par l? qu'ils ne [jpb20] sont qu'un. Autrement dit, ce qu'il y a sous l'habit et que nous appelons le corps, ce n'est peut-??tre que ce reste que j'appelle l'objet a. Ce qui fait tenir l'image, c'est un reste. L'analyse d??montre que l'amour dans son essence est narcissique, et d??nonce que la substance du pr??tendu objectal - baratin - est en fait ce qui, dans le d??sir, est reste, ? savoir sa cause, et le soutient de son insatisfaction, voire de son impossibilit??. L'amour est impuissant[jpb21] [jpb22] , quoiqu'il soit r??ciproque, parce qu'il ignore qu'il n'est que le d??sir d'??tre Un, ce qui nous conduit ? l'impossible d'??ta??blir la relation d'eux. La relation d'eux qui? - deux sexes. 3 Assur??ment, ce qui appara??t sur les corps sous ces formes ??nigma??tiques que sont les caract??res sexuels - qui ne sont que secondaires - fait l'??tre sexu??. Sans doute. Mais l'??tre, c'est la jouissance du corps comme 12 tel, c'est-? -dire comme [jpb23] asexu??, puisque ce qu'on appelle la jouissance sexuelle est marqu??, domin??, par l'impossibilit?? d'??tablir comme tel, nulle part dans l'??non??able, ce seul Un qui nous int??resse, l'Un de la relation rapport sexuel. C'est ce que le discours analytique d??montre, en ceci que, pour un de ces ??tres comme sexu??s, pour l'homme en tant qu'il est pourvu de l'organe dit phallique ??" j'ai dit dit ??" , le sexe corporel, le sexe de la femme - j'ai dit de la femme, alors que, justement, il n'y a pas la femme, la femme n'est pas toute - le sexe de la femme ne lui dit rien, si ce n'est par l'interm??diaire de la jouissance du corps. Le discours analytique d??montre ??" permettez-moi de le dire sous cette forme - que le phallus, c'est l'objection de conscience faite par un des deux ??tres sexu??s au service ? rendre ? l'autre. Et qu'on ne me parle pas des caract??res sexuels secondaires de la femme, parce que, jusqu'? nouvel ordre, ce sont ceux de la m??re qui priment chez elle. Rien ne distingue la femme comme ??tre sexu??, sinon justement le sexe. Que tout tourne autour de la jouissance phallique, c'est pr??cis??ment ce dont l'exp??rience analytique t??moigne, et t??moigne en ceci que la femme se d??finit d'une position que j'ai point??e du pas-tout ? l'endroit de la jouis??sance phallique. Je vais un peu plus loin - la jouissance phallique est l'obstacle par quoi l'homme n'arrive pas, dirai-je, ? jouir du corps de la femme, pr??cis??ment parce que ce dont il jouit, c'est de la jouissance de l??Torgane. C'est pourquoi le surmoi tel que je l'ai point?? tout ? l'heure dit [jpb24] Jouis ! est corr??lat de la castration, qui est le signe dont se pare l'aveu que la jouis??sance de l'Autre, du corps de l'Autre, ne se promeut que de l'infinitude. Je vais dire laquelle - celle, ni plus ni moins, que supporte le paradoxe de Z??non. Achille et la tortue, tel est le sch??me du jouir d'un c??t?? de l'??tre sexu??. Quand Achille a fait son pas, tir?? son coup aupr??s de Bris??is, celle-ci telle la tortue a avanc?? d'un peu, parce qu'elle n'est pas toute, pas toute ? lui. Il en reste. Et il faut qu'Achille fasse le second pas, et ainsi de suite. C'est m??me comme ??a que de nos jours, mais de nos jours seulement, on est arriv?? ? d??finir le nombre, le vrai, ou pour mieux dire, le r??el. Parce que ce que Z??non n'avait pas vu, c'est que la tortue non plus n'est pas pr??serv??e de la fatalit?? qui p??se sur Achille - son pas ? elle est aussi de plus en plus petit et elle n'arrivera jamais non plus ? la limite. C'est de l? que se d??finit un nombre, quel qu'il soit, s'il est r??el. Un nombre a une limite, et c'est dans cette mesure qu'il est infini. Achille, c'est bien clair, ne peut que d????passer la tortue, il ne peut pas la rejoindre. Il ne la rejoint que dans l'infini??tude. I3 En voil? le dit pour ce qui est de la jouissance, en tant que sexuelle. D'un c??t??, la jouissance est marqu??e par ce trou qui ne lui laisse pas d'autre voie que celle de la jouissance phallique. De l'autre c??t??, quelque chose peut-il s'atteindre qui nous dirait comment ce qui jusqu'ici n'est que faille, b??ance dans la jouissance, serait r??alis??? C'est ce qui, chose singuli??re, ne peut ??tre sugg??r?? que par des aper??us tr??s ??tranges. ??trange est un mot qui peut se d??composer ??" l'??tre-ange, c'est bien quelque chose contre quoi nous met en garde l'alternative d'??tre aussi b??te que la perruche de tout ? l'heure. N??anmoins, regardons de pr??s ce que nous inspire l'id??e que, dans la jouissance des corps[jpb25] , la jouissance sexuelle ait ce privil??ge d'??tre sp??cifi??e par une impasse. Dans cet espace de la jouissance, prendre quelque chose de born??, ferm??, c'est un lieu, et en parler, c'est une topologie. Dans un ??crit que vous verrez para??tre en pointe de mon discours de l'ann??e derni??re, je crois d??montrer la stricte ??quivalence de topologie et structure. Si nous nous guidons l? -dessus, ce qui distingue l'anonymat de ce dont on parle comme jouissance, ? savoir ce qu'ordonne le droit, c'est une g??om??trie. Une g??om??trie, c'est l'h??t??rog??n??it?? du lieu, ? savoir qu'il y a un lieu de l'Autre. De ce lieu de l'Autre, d'un sexe comme Autre, comme Autre absolu, que nous permet d'avancer le plus r??cent d??veloppement de la topologie? J'avancerai ici le terme de compacit??. Rien de plus compact qu'une faille, s'il est bien clair que, l'intersection de tout ce qui s'y ferme ??tant admise comme existante sur un nombre infini d'ensembles, il en r??sulte [jpb26] que l'intersection implique ce nombre infini. C'est la d??finition m??me de la compacit??. Cette intersection dont je parle est celle que j'ai avanc??e tout ? l'heure comme ??tant ce qui couvre, ce qui fait obstacle au rapport sexuel suppos??. Seulement suppos??, puisque j'??nonce que le discours analytique ne se soutient que de l'??nonc?? qu'il n'y a pas, qu'il est impossible de poser le rapport sexuel. C'est en cela que tient l'avanc??e du discours analytique, et c'est de par l? qu'il d??termine ce qu'il en est r??ellement du statut de tous les autres discours. Tel est, d??nomm??, le point [jpb27] qui couvre l'impossibilit?? du rapport sexuel comme tel. La jouissance, en tant que sexuelle, est phallique, c'est-? -dire qu'elle ne se rapporte pas ? l'Autre comme tel. Suivons l? le compl??ment de cette hypoth??se de compacit??. Une formule nous est donn??e par la topologie que j'ai qualifi??e de la plus r??cente, prenant son d??part d'une logique construite sur l'interroga??tion du nombre, qui conduit ? l'instauration d'un lieu qui n'est pas celui d'un espace homog??ne. Prenons le m??me espace born??, ferm??, suppos?? institu?? - l'??quivalent de ce que tout ? l'heure j'ai avanc?? de l'intersection s??T??tendant ? l'infini. A le supposer recouvert d'ensembles ouverts, c'est-? -dire 14 excluant leur limite - la limite est ce qui se d??finit comme plus grand qu'un point, plus petit qu'un autre, mais en aucun cas ??gal ni au point de d??part, ni au point d'arriv??e, pour vous l'imager rapidement - il se d??mon??tre qu'il est ??quivalent de dire que l'ensemble de ces espaces ouverts s'offre toujours ? un sous-recouvrement d'espaces ouverts, constituant une finitude, ? savoir que la suite des ??l??ments constitue une suite finie. Vous pouvez remarquer que je n'ai pas dit qu'ils sont comptables. Et pourtant, c'est ce que le terme fini implique. Finalement, on les compte, un par un. Mais avant d'y arriver, il faudra qu'on y trouve un ordre, et nous devons marquer un temps avant de supposer que cet ordre soit trou??vable. Qu'est-ce qu'implique en tout cas la finitude d??montrable des espaces ouverts capables de recouvrir l'espace born??, ferm?? en l'occasion, de la jouissance sexuelle ? que lesdits espaces peuvent ??tre pris un par un - et puisqu'il s'agit de l'autre c??t??, mettons-les au f??minin - une par une. C'est bien cela - qui se produit dans l'espace de la jouissance sexuelle - qui de ce fait s'av??re compact. L'??tre sexu?? de ces femmes pas-toutes ne passe pas par le corps, mais par ce qui r??sulte d'une exigence logique dans la parole. En effet, la logique, la coh??rence inscrite dans le fait qu'existe le langage et qu'il est hors des corps qui en sont agit??s, bref l'Autre qui s'incarne, si l'on peut dire, comme ??tre sexu??, exige cet une par une. Et c'est bien l? l'??trange, le fascinant, c'est le cas de le dire - cette exi??gence de l'Un, comme d??j? ??trangement le Parm??nide pouvait nous le faire pr??voir, c'est de l'Autre qu'elle sort. L? o?? est l'??tre, c'est l'exigence de l'infinitude[jpb28] . Je reviendrai sur ce qu'il en est de ce lieu de l'Autre. Mais d??s maintenant, pour faire image, je vais vous l'illustrer. On sait assez combien les analystes se sont amus??s autour de Don juan dont ils ont tout fait, y compris, ce qui est un comble, un homosexuel. Mais centrez-le sur ce que je viens de vous imager, cet espace de la jouissance sexuelle recouvert par des ensembles ouverts, qui constituent une finitude, et que finalement on compte. Ne voyez-vous pas que l'essentiel dans le mythe f??minin de Don juan, c'est qu'il les a une par une ? Voil? ce qu'est l'autre sexe, le sexe masculin, pour les femmes. En cela, l'image de Don juan est capitale. Des femmes ? partir du moment o?? il y a les noms, on peut en faire une liste, et les compter. S'il y en a mille e tre c'est bien qu'on peut les prendre une par une, ce qui est l'essentiel. Et c'est tout autre chose que l'Un de la fusion universelle. Si la femme n'??tait pas pas-toute, si dans son corps, elle n'??tait pas pas-toute comme ??tre sexu??, de tout cela rien ne tiendrait. 15 4 Les faits dont je vous parle sont des faits de discours, de discours dont nous sollicitons dans l'analyse la sortie, au nom de quoi ? - du l??chage des autres discours. Par le discours analytique, le sujet se manifeste dans sa b??ance, ? savoir dans ce qui cause son d??sir. S'il n'y avait pas ??a, je ne pourrais faire le point avec une topologie qui pourtant ne rel??ve pas du m??me ressort, du m??me discours, mais d'un autre, combien plus pur, et qui rend combien plus manifeste le fait qu'il n'est gen??se que de discours. Que cette topologie converge avec notre exp??rience au point de nous permettre de l'articuler, n'est-ce pas l? quelque chose qui puisse justifier ce qui, dans ce que j'avance, se supporte, se s'oupire, de ne jamais recourir ? aucune substance, de ne jamais se r??f??rer ? aucun ??tre, et d'??tre en rupture avec quoi que ce soit qui s'??nonce comme philosophie ? Tout ce qui s'est articul?? de l'??tre suppose qu'on puisse se refuser au pr??dicat et dire l'homme est par exemple sans dire quoi. Ce qu'il en est de l'??tre est ??troitement reli?? ? cette section du pr??dicat. D??s lors, rien ne peut en ??tre dit sinon par des d??tours en impasse, des d??monstrations d'impossi??bilit?? logique, par o?? aucun pr??dicat ne suffit. Ce qui est de l'??tre, d'un ??tre qui se poserait comme absolu, n'est jamais que la fracture, la cassure, l'in??terruption de la formule ??tre sexu?? en tant que l'??tre sexu?? est int??ress?? dans la jouissance. 21 NOVEMBRE 1972. COMPL??MENT D??but de la s??ance suivante : LA B?STISE. Lacan, para??t-il, pour son premier s??minaire, comme on l'appelle, de cette ann??e, aurait parl??, je vous le donne en mille, de l'amour, pas moins. La nouvelle s'est propag??e. Elle m'est revenue m??me de - pas tr??s loin, bien s??r - d'une petite ville de l'Europe o?? on l'avait envoy??e en message. Comme c'est sur mon divan que ??a m'est revenu, je ne peux pas croire 16 que la personne qui me l'a rapport??e y crut vraiment, vu qu'elle sait bien que ce que je dis de l'amour, c'est assur??ment qu'on ne peut en parler. Parlez-moi d'amour - chansonnette! J'ai parl?? de la lettre d'amour, de la d??claration d'amour, ce qui n'est pas la m??me chose que la parole d'amour. Je pense qu'il est clair, m??me si vous ne vous l'??tes pas formul??, que dans ce premier s??minaire j'ai parl?? de la b??tise. Il s'agit de celle qui conditionne ce dont j'ai donn?? cette ann??e le titre ? mon s??minaire et qui se dit encore. Vous voyez le risque. Je ne vous dis ??a que pour vous montrer ce qui fait ici le poids de ma pr??sence - c'est que vous en jouissez. Ma pr??sence seule - du moins j'ose le croire - ma pr??sence seule dans mon discours, ma pr??sence seule est ma b??tise. Je devrais savoir que j'ai mieux ? faire que d'??tre l? . C'est bien pour ??a que je peux avoir envie qu'elle ne vous soit pas assur??e en tout ??tat de cause. N??anmoins, il est clair que je ne peux pas me mettre dans une position de retrait de dire qu'encore et que ??a dure. C'est une b??tise puisque moi-m??me j'y collabore, ??videmment. Je ne peux me placer que dans le champ de cet encore. Peut-??tre que remonter du discours analytique jusqu'? ce qui le conditionne - ? savoir cette v??rit??, la seule qui puisse ??tre incontes??table de ce qu'elle n'est pas, qu'il n'y a pas de rapport sexuel - ne permet d'aucune fa??on de juger de ce qui est ou n'est pas de la b??tise. Et pourtant il ne se peut pas, vu l'exp??rience, qu'? propos du discours analytique, quelque chose ne soit pas interrog?? - ce discours ne se tient-il pas de se supporter de la dimension de la b??tise? Pourquoi ne pas se demander quel est le statut de cette dimension, pour??tant bien pr??sente? Car enfin il n'y a pas eu besoin du discours analytique pour que - c'est l? la nuance - soit annonc?? comme v??rit?? qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Ne croyez pas que moi, j'h??site ? me mouiller. Ce n'est pas d'aujourd'hui que je parlerais de Saint Paul. Ce n'est pas ??a qui me fait peur, m??me si je me compromets avec des gens dont le statut et la descendance ne sont pas ? proprement parler ce que je fr??quente. N??anmoins, que les hommes d'un c??t??, les femmes de l'autre, ce fut la cons??quence du Message, voil? ce qui au cours des ??ges a eu quelques r??percussions. ??a n'a pas emp??ch?? le monde de se reproduire ? votre mesure. La b??tise tient bon en tout cas. Ce n'est pas tout ? fait comme ??a que s'??tablit le discours analytique, ce que je vous ai formul?? du petit a et du SE qui est en dessous, et de ce que ??a interroge du c??t?? du sujet, pour produire quoi? - sinon de la b??tise. Mais apr??s tout, au nom de quoi dirais-je que si ??a continue, c'est de la b??tise? Comment sortir de la b??tise? I7 Il n'en est pas moins vrai qu'il y a un statut ? donner ? ce neuf discours et ? son approche de la b??tise. S??rement il va plus pr??s, puisque dans les autres discours, la b??tise c'est ce qu'on fuit. Les discours visent toujours ? la moindre b??tise, ? la b??tise sublime, car sublime veut dire le point le plus ??lev?? de ce qui est en bas. O?? est, dans le discours analytique, le sublime de la b??tise? Voil? en quoi je suis en m??me temps l??gitim?? ? mettre au repos ma participation ? la b??tise en tant qu'ici elle nous englobe, et ? invoquer qui pourra sur ce point m'apporter la r??plique de ce qui, dans d'autres champs, recoupe ce que je dis. C'est l? ce que, d??j? au terme de l'ann??e derni??re, j'ai eu le bonheur de recueillir d'une bouche qui va se trouver ??tre aujourd'hui la m??me. Il s'agit de quelqu'un qui ici m'??coute, et qui de ce fait est suffisamment introduit au discours analytique. D??s le d??but de cette ann??e, j'entends qu'il m'apporte, ? ses risques et p??rils, la r??plique de ce qui, dans un discours, nomm??ment le philosophique, m??ne sa voie, la fraye d'un certain statut ? l'??gard de la moindre b??tise. Je donne la parole ? Fran??ois Recanati, que vous connaissez d??j? . On lira l'expos?? de F. Recanati dans Scilicet, revue de l'??cole freudienne de Paris. 12 D??CEMBRE 1972. -18- II A JAKOBSON Linguisterie. Le signe qu'on change de discours. La signifiance ? tire-larigot. B??tise du signant. La substance jouissante. Il me para??t difficile de ne pas parler b??tement du langage. C'est pourtant, Jakobson, tu es l? , ce que tu r??ussis ? faire. Une fois de plus, dans les entretiens que Jakobson nous a donn??s ces der??niers jours au Coll??ge de France, j'ai pu l'admirer assez pour lui en faire maintenant l'hommage. Il faut pourtant nourrir la b??tise. Est-ce que tout ce qu'on nourrit est, de ce fait m??me, b??te? Non pas. Mais il est d??montr?? que se nourrir fait partie de la b??tise. Ai-je ? en dire davantage devant cette salle o?? l'on est en somme au restaurant, et o?? l'on s'imagine qu'on se nourrit parce qu'on n'est pas au restaurant universitaire? La dimension imaginative, c'est justement de ??a qu'on se nourrit. Je vous fais confiance pour vous souvenir de ce qu'enseigne le discours analytique sur la vieille liaison avec la nourrice, m??re en plus comme par hasard, avec, derri??re, l'histoire infernale de son d??sir [d??sir de la m??re] et tout ce qui s'ensuit. C'est bien ce dont il s'agit dans la nourriture, de quelque sorte de b??tise, mais que le discours analytique assoit dans son droit. 1 Un jour, je me suis aper??u qu'il ??tait difficile de ne pas entrer dans la linguistique ? partir du moment o?? l'inconscient ??tait d??couvert. D'o?? j'ai fait quelque chose qui me parait ? vrai dire la seule objection que je puisse formuler ? ce que vous avez pu entendre l'autre jour de la I9 bouche de Jakobson, ? savoir que tout ce qui est du langage rel??verait de la linguistique, c'est-? -dire, en dernier terme, du linguiste. Non que je ne le lui accorde tr??s ais??ment quand il s'agit de la po??sie ? propos de laquelle il a avanc?? cet argument. Mais si on consid??re tout ce qui, de la d??finition du langage, s'ensuit quant ? la fondation du sujet [si je prends tout ce qui s'ensuit du langage, et nomm??ment de ce qui en r??sulte dans cette fondation du sujet], si renouvel??e, si subvertie par Freud que c'est l? que s'assure tout ce qui de sa bouche s'est affirm?? comme l'inconscient, alors il faudra, pour laisser ? Jakobson son domaine r??serv??, forger quelque autre mot. J'appellerai cela la linguisterie. Cela me laisse quelque part au linguiste, et n'est pas sans expliquer que tant de fois, de la part de tant de linguistes, je subisse plus d'une remontrance - certes, pas de Jakobson, mais c'est parce qu'il m'a ? la bonne, autrement dit il m'aime, c'est la fa??on dont j'exprime ??a dans l'intimit??. Mon dire, que l'inconscient est structur?? comme un langage, n'est pas du champ de la linguistique. C'est une porte ouverte sur ce que vous verrez commenter dans le texte qui para??tra dans le prochain num??ro de mon bien connu ap??riodique sous le titre l'??tourdit - d, i, t - une porte ouverte sur cette phrase que j'ai l'ann??e derni??re, ? plusieurs reprises, ??crite au tableau sans jamais lui donner de d??veloppements - Qu'on dise reste oubli?? derri??re ce qui se dit dans ce qui s'entend. C'est pourtant aux cons??quences du dit que se juge le dire. Mais ce qu'on fait du dit reste ouvert. Car on peut en aire es tas e choses, comme on fait avec des meubles, ? partir du moment par exemple o?? l'on a essuy?? un si??ge ou un bombardement. Il y a un texte de Rimbaud dont j'ai fait ??tat l'ann??e derni??re, qui s'appelle A une raison, et qui se scande de cette r??plique qui en termine chaque verset - Un nouvel amour. Puisque je suis cens?? avoir la derni??re fois parl?? de l'amour, pourquoi ne pas le reprendre ? ce niveau, et toujours avec l'id??e de marquer la distance de la linguistique ? la linguisterie? L'amour, c'est dans ce texte le signe, point?? comme tel, de ce qu'on change de raison, et c'est pourquoi le po??te s'adresse ? cette raison. On change de raison, c'est-? -dire - on change de discours. Je vous rappellerai ici les quatre discours que j'ai distingu??s. Il n'en existe quatre que sur le fondement de ce discours psychanalytique que j'articule de quatre places, chacune de la prise de quelque effet de signifiant, et que je situe en dernier dans ce d??ploiement. Ce n'est ? prendre en aucun cas comme une suite d'??mergences historiques - que l'un soit apparu depuis plus longtemps que les autres n'est pas ce qui importe ici. Eh bien, je dirai maintenant que de ce discours psychanalytique il y a toujours quelque ??mergence ? chaque passage d'un discours ? un autre. A appliquer ces cat??gories qui ne sont elles-m??mes structur??es que de l'existence du discours psychanalytique, il faut dresser l'oreille ? la mise 20 ? l??T??preuve de cette v??rit?? qu'il y a de l'??mergence du discours analytique ? chaque franchissement d'un discours ? un autre. Je ne dis pas autre chose en disant que l'amour, c'est le signe qu'on change de discours. Discours du Ma??tre Discours de l'Universit?? Impossibilit?? S1 ?s S2 S2 ?s @ $ ?' @ S1 ?' $ Impuissance ??" s??T??claire par r??gression du : ??" s??T??claire de son progr??s dans le : Discours de l??Thyst??rique Discours de l??TAnalyste $ ?s S1 @ ?s $ @ ?' S2 S2 ?' S1 Les places sont celles de : L??Tagent l??Tautre La v??rit?? la production Les termes sont : S1 : le signifiant ma??tre, S2 : le savoir, $ : le sujet, @ : le plus-de-jouir. La derni??re fois, j'ai dit que la jouissance de l'Autre n'est pas le signe de l'amour. Et ici, je dis que l'amour est un signe. L'amour tient-il dans le fait que ce qui appara??t, ce n'est rien de plus que le signe? C'est ici que la logique de Port-Royal, l'autre jour ??voqu??e dans l'expos?? de Fran??ois Recanati, viendrait nous pr??ter aide. Le signe, avance-t-elle cette logique - et l'on s'??merveille toujours de ces dires qui prennent un poids quelquefois bien longtemps apr??s leur ??mission - c'est ce qui se d??finit de la disjonction de deux substances qui n'auraient aucune partie commune, ? savoir de ce que de nos jours nous appelons intersection. Cela va nous conduire ? des r??ponses, tout ? l'heure. Ce qui n'est pas signe de l'amour, c'est la jouissance de l'Autre, celle de l'Autre sexe et, je commentais, du corps qui le symbolise. Changement de discours - ??a bouge, ??a vous, ??a nous, ??a se traverse, personne n'accuse le coup. J'ai beau dire que cette notion de discours est ? prendre comme lien social, fond?? sur le langage, et semble donc n??T??tre pas sans rapport avec ce qui dans la linguistique se sp??cifie comme grammaire, rien ne semble s'en modifier. Peut-??tre cela pose-t-il cette question que nul ne soul??ve, de savoir ce qu'il en est de la notion d'information, dont le succ??s est si foudroyant qu'on 21 peut dire que la science tout enti??re vient ? s'en infiltrer. Nous en sommes au niveau de l'information mol??culaire du g??ne et des enroulements des nucl??o-prot??ines autour des tiges d'ADN, elles-m??mes enroul??es les unes autour des autres, tout cela li?? par des liens hormonaux - messages qui s'envoient, s'enregistrent, etc. Remarquons que le succ??s de cette formule prend sa source incontestable dans une linguistique qui n'est pas seulement immanente, mais bel et bien formul??e. Enfin, cette action s'??tend jusqu'au fondement m??me de la pens??e scientifique, ? s'articuler comme n??guen??tropie. Est-ce l? ce que moi, d'un autre lieu, de ma linguisterie, je recueille, quand je me sers de la fonction du signifiant? 2 Qu'est-ce que le signifiant? Le signifiant - tel que le promeuvent les rites d'une tradition linguis??tique qui n'est pas sp??cifiquement saussurienne, mais remonte jusqu'aux Sto??ciens d'o?? elle se refl??te chez Saint Augustin - est ? structurer en termes topologiques. En effet, le signifiant est d'abord ce qui a effet de signi??fi??, et il importe de ne pas ??lider qu??Tentre les deux, il y a quelque chose de barr?? ? franchir. Cette fa??on de topologiser ce qu'il en est du langage est illustr?? sous la forme la plus admirable par la phonologie, pour autant qu'elle incarne du phon??me le signifiant. Mais le signifiant ne se peut d'aucune fa??on limiter ? ce support phon??matique. De nouveau qu'est-ce qu'un signifiant? II faut d??j? que je m'arr??te ? poser la question sous cette forme. Un, mis avant le terme, est en usage d'article ind??termin??. II suppose d??j? que le signifiant peut ??tre collectivis??, qu'on peut en faire une collection, en parler comme de quelque chose qui se totalise. Or, le linguiste aurait s??rement de la peine, me semble-t-il, ? fonder cette collection, ? la fonder sur un le, parce qu'il n'y a pas de pr??dicat qui le permette. Comme Jakobson l'a fait remarquer, nomm??ment hier, ce n'est pas le mot qui peut fonder le signifiant. Le mot n'a d'autre point o?? se faire correction que le dictionnaire, o?? il peut ??tre rang??. Pour vous le faire sentir, je pourrais parler de la phrase, qui est bien l? , elle aussi, l'unit?? signifiante, qu'? l'occasion on essaiera de collecter dans ses repr??sentants typiques pour une m??me langue, mais j'??voquerai plut??t le proverbe, auquel certain petit article de Paulhan qui m'est tomb?? r??cemment sous la main m'a fait m'int??resser plus vivement. Paulhan, dans cette sorte de dialogue si ambigu qui appr??hende l'??tranger d'une certaine aire de comp??tence linguistique, s'est aper??u que le proverbe 22 avait chez les Malgaches un poids particulier, jouait un r??le sp??cifique. Qu'il l'ait d??couvert ? cette occasion ne m'emp??chera pas d'aller plus loin. En effet, on peut s'apercevoir, dans les marges de la fonction proverbiale, que la signifiance est quelque chose qui s'??ventaille, si vous me permettez ce terme, du proverbe ? la locution. Cherchez par exemple dans le dictionnaire l'expression ? tire-larigot, vous m'en direz des nouvelles. On va jusqu'? inventer un monsieur appel?? Larigot, et c'est ? force de lui tirer la jambe qu'on aurait fini par cr??er ? tire-larigot. Qu'est-ce que cela veut dire, ? tire-larigot? - et il y a bien d'autres locutions aussi extravagantes. Elles ne veulent dire rien d'autre que ceci - la subversion du d??sir. C'est l? le sens de ? tire-larigot. Par le tonneau perc?? de la signifiance coule ? tire-larigot un bock, un plein bock de signifiance. Qu'est-ce que c'est que cette signifiance? Au niveau o?? nous sommes, c'est ce qui a effet de signifi??. N'oublions pas qu'au d??part on a, ? tort, qualifi?? d'arbitraire le rapport du signifiant et du signifi??. C'est ainsi que s'exprime, probablement contre son c?"ur, Saussure - il pensait bien autre chose, et bien plus pr??s du texte du Cratyle comme le montre ce qu'il y a dans ses tiroirs, ? savoir des histoires d'anagrammes. Or, ce qui passe pour de l'arbitraire, c'est que les effets de signifi?? ont l'air de n'avoir rien ? faire avec ce qui les cause. Seulement, s'ils ont l'air de n'avoir rien ? faire avec ce qui les cause, c'est parce qu'on s'attend ? ce que ce qui les cause ait un certain rapport avec du r??el. Je parle du r??el s??rieux. Le s??rieux - il faut bien s??r en mettre un coup pour s'en apercevoir, il faut avoir un peu suivi mes s??minaires - ce ne peut ??tre que le s??riel. Cela ne s'obtient qu'apr??s un tr??s long temps d'extraction, d'extraction hors du langage, de quelque chose qui y est pris, et dont nous n'avons, au point o?? j'en suis de mon expos??, qu'une id??e lointaine - ne serait-ce qu'? propos de cet un ind??termin??, de ce leurre dont nous ne savons pas comment le faire fonctionner par rapport au signifiant pour qu'il le collectivise. A la v??rit??, nous verrons qu'il faut renverser, et au lieu d'un signifiant qu'on interroge, interroger le signifiant Un - nous n'en sommes pas encore l? . Les effets de signifi?? ont l'air de n'avoir rien ? faire avec ce qui les cause. Cela veut dire que les r??f??rences, les choses que le signifiant sert ? approcher, restent justement approximatives - macroscopiques par exemple. Ce qui est important, ce n'est pas que ce soit imaginaire - apr??s tout, si le signifiant permettait de pointer l'image qu??Til nous faut pour ??tre heureux, ce serait tr??s bien, mais ce n'est pas le cas. Ce qui caract??rise, au niveau de la distinction signifiant/signifi??, le rapport du signifi?? ? ce qui est l? comme tiers indispensable, ? savoir le r??f??rent, c'est proprement que le signifi?? le rate. Le collimateur ne fonctionne pas. 23 Le comble du comble, c'est qu'on arrive quand m??me ? s'en servir en passant par d'autres trucs. Pour caract??riser la fonction du signifiant, pour le collectiviser d'une fa??on qui ressemble ? une pr??dication, nous avons quelque chose qui est ce d'o?? je suis parti, la logique de Port-Royal. Recanati vous a ??voqu?? l'autre jour les adjectifs substantiv??s. La rondeur, on l'extrait du rond, et, pourquoi pas, la justice du juste, etc. C'est ce qui va nous per??mettre d'avancer notre b??tise pour trancher que peut-??tre bien elle n'est pas, comme on le croit, une cat??gorie s??mantique, mais un mode de collec??tiviser le signifiant. Pourquoi pas? - le signifiant est b??te. Il me semble que c'est de nature ? engendrer un sourire, un sourire b??te naturellement. Un sourire b??te, comme chacun sait - il n'y a qu'? aller dans les cath??drales - c'est un sourire d'ange. C'est m??me l? la seule justi??fication de la semonce pascalienne. Et si l'ange a un sourire si b??te, c'est parce qu'il nage dans le signifiant supr??me. Se retrouver un peu au sec, ??a lui ferait du bien - peut-??tre qu'il ne sourirait plus. Ce n'est pas que je ne croie pas aux anges - chacun le sait, j'y crois inextrayablement et m??me inexteilhardement -, simplement, je ne crois pas qu'ils apportent le moindre message, et c'est en quoi ils sont vraiment signifiants. Pourquoi mettons-nous tant d'accent sur la fonction du signifiant? Parce que c'est le fondement de la dimension du symbolique, que seul nous permet d'isoler comme telle le discours analytique. J'aurais pu aborder les choses d'une autre fa??on - en vous disant comment on fait pour venir me demander une analyse, par exemple. Je ne voudrais pas toucher ? cette fra??cheur. Il y en a qui se reconna??traient - Dieu sait ce qu'ils s'imagineraient de ce que je pense. Peut-??tre croiraient?? ils que je les crois b??tes. Ce qui est vraiment la derni??re id??e qui pourrait me venir dans un tel cas. La question est de ce que le discours analytique intro??duit un adjectif substantiv??, 1a b??tise, en tant qu'elle est une dimension en exercice du signifiant. L? , il faut y regarder plus pr??s. 3 D??s qu'on substantive, c'est pour supposer une substance, et les substances, mon Dieu, de nos jours, nous n'en avons pas ? la pelle. Nous avons la subs??tance pensante et la substance ??tendue. Il conviendrait peut-??tre d'interroger ? partir de l? o?? peut bien se caser cette dimension substantielle, ? quelque distance qu'elle soit de nous et, jusqu'? maintenant, ne nous faisant que signe, cette substance en exercice, 24 cette dimension qu'il faudrait ??crire dit-mension, ? quoi la fonction du langage est d'abord ce qui veille avant tout usage plus rigoureux? D'abord, la substance pensante, on peut quand m??me dire que nous l'avons sensiblement modifi??e. Depuis ce je pense qui, ? se supposer lui-m??me, fonde l'existence, nous avons eu un pas ? faire, qui est celui de l'inconscient. Puisque j'en suis aujourd'hui ? tra??ner dans l'orni??re de l'inconscient structur?? comme un langage, qu'on le sache - cette formule change totale??ment la fonction du sujet comme existant. Le sujet n'est pas celui qui pense. Le sujet est proprement celui que nous engageons, non pas, comme nous le lui disons pour le charmer, ? tout dire - on ne peut pas tout dire - mais ? dire des b??tises, tout est l? . C'est avec ces b??tises que nous allons faire l'analyse, et que nous entrons dans le nouveau sujet qui est celui de l'inconscient. C'est justement dans la mesure o?? il veut bien ne plus penser, le bonhomme, qu'on en saura peut-??tre un petit peu plus long, qu'on tirera quelques cons??quences des dits - des dits dont on ne peut pas se d??dire, c'est la r??gle du jeu. Del? surgit un dire qui ne va pas toujours jusqu'? pouvoir ex-sister au dit. A cause de ce qui vient au dit comme cons??quence. C'est l? l'??preuve o??, dans l'analyse de quiconque, si b??te soit-il, un certain r??el peut ??tre atteint. Statut du dire - il faut que je laisse tout cela de c??t?? pour aujourd'hui. Mais je peux vous annoncer que ce qu'il va y avoir cette ann??e de plus emmerdant, c'est de soumettre ? cette ??preuve un certain nombre de dires de la tradition philosophique. Heureusement que Parm??nide a ??crit en r??alit?? des po??mes. N'emploie??-t-il pas - le t??moignage du linguiste ici fait prime - des appareils de langage qui ressemblent beaucoup ? l'articulation math??matique, alternance apr??s succession, encadrement apr??s alternance? Or c'est bien parce qu'il ??tait po??te que Parm??nide dit ce qu'il a ? nous dire de la fa??on la moins b??te. Autrement, que l'??tre soit et que le non-??tre ne soit pas, je ne sais pas ce que cela vous dit ? vous, mais moi, je trouve cela b??te. Et il ne faut pas croire que cela m'amuse de le dire. Nous aurons quand m??me cette ann??e besoin de l'??tre, du signifiant Un, pour lequel je vous ai l'ann??e derni??re fray?? la voie ? dire - Y a d'l'Un! C'est de l? que part le s??rieux, si b??te que ??a en ait l'air, ??a aussi. Nous aurons donc quelques r??f??rences ? prendre dans la tradition philosophique. La fameuse substance ??tendue, compl??ment de l'autre, on ne s'en d??bar??rasse pas non plus si ais??ment, puisque c'est l'espace moderne. Substance de pur espace, comme on dit pur esprit. On ne peut pas dire que ce soit pro??metteur. Pur espace se fonde sur la notion de partie, ? condition d'y ajouter ceci, que toutes ? toutes sont externes - partes extra partes. M??me de cela, on 25 est arriv?? ? extraire quelques petites choses, mais il a fallu faire de s??rieux pas. Pour situer, avant de vous quitter, mon signifiant, je vous propose de soupeser ce qui, la derni??re fois, s'inscrit au d??but de ma premi??re phrase, le jouir d'un corps, d'un corps qui, l'Autre, le symbolise, et comporte peut-??tre quelque chose de nature ? faire mettre au point une autre forme de substance, la substance jouissante. N'est-ce pas l? ce que suppose proprement l'exp??rience psychanalytique? - la substance du corps, ? condition qu'elle se d??finisse seulement de ce qui se jouit. Propri??t?? du corps vivant sans doute, mais nous ne savons pas ce que c'est que d'??tre vivant sinon seulement ceci, qu'un corps cela se jouit. Cela ne se jouit que de le corporiser de fa??on signifiante. Ce qui implique quelque chose d'autre que le partes extra partes de la substance ??tendue. Comme le souligne admirablement cette sorte de kantien qu'??tait Sade, on ne peut jouir que d'une partie du corps de l'Autre, pour la simple raison qu'on n'a jamais vu un corps s'enrouler compl??tement, jusqu'? l'inclure et le phagocyter, autour du corps de l'Autre. C'est pour ??a qu'on en est r??duit simplement ? une petite ??treinte, comme ??a, ? prendre un avant-bras ou n'importe quoi d'autre - ouille! Jouir a cette propri??t?? fondamentale que c'est en somme le corps de l'un qui jouit d'une part du corps de l'Autre. Mais cette part jouit aussi-cela agr??e ? l'Autre plus ou moins, mais c'est un fait qu'il ne peut pas y rester indiff??rent. Il arrive m??me qu'il se produise quelque chose qui d??passe ce que je viens de d??crire, et qui est marqu?? de toute l'ambigu??t?? signifiante, car le jouir du corps comporte un g??nitif qui a cette note sadienne sur laquelle j'ai mis une touche, ou, au contraire, une note extatique, subjective, qui dit qu'en somme c'est l'Autre qui jouit. Dans ce qu'il en est de la jouissance, il n'y a l? qu'un niveau ??l??mentaire. La derni??re fois, j'ai promu qu'elle n'??tait pas un signe de l'amour. C'est ce qui sera ? soutenir, et qui nous m??nera au niveau de la jouissance phallique. Mais ce que j'appelle proprement la jouissance de l'Autre en tant qu'elle n'est ici que symbolis??e, c'est encore tout autre chose, ? savoir le pas-tout que j'aurai ? articuler. 4 Dans cette seule articulation, qu'est-ce que le signifiant - le signifiant pour aujourd'hui, et pour clore l? -dessus, vu les motifs que j'en ai? Je dirai que le signifiant se situe au niveau de la substance jouissante. C'est tout ? fait diff??rent de la physique aristot??licienne que je vais ??voquer, 26 laquelle de pouvoir ??tre sollicit??e comme je vais le faire, nous montre ? quel point elle ??tait illusoire. Le signifiant, c'est la cause de la jouissance. Sans le signifiant, comment m??me aborder cette partie du corps? Comment, sans le signifiant, centrer ce quelque chose qui, de la jouissance, est la cause mat??rielle? Si flou, si confus que ce soit, c'est une partie qui, du corps, est signifi??e dans cet apport. J'irai maintenant tout droit ? la cause finale, finale dans tous les sens du terme. En ceci qu'il en est le terme, le signifiant c'est ce qui fait halte ? la jouissance. Apr??s ceux qui s'enlacent - si vous me permettez - h??las! Et apr??s ceux qui sont las, hol? ! L'autre p??le du signifiant, le coup d'arr??t, est l? , aussi ? l'origine que peut l'??tre le vocatif du commandement. L'efficience, dont Aristote nous fait la troisi??me forme de la cause, n'est rien enfin que ce projet dont se limite la jouissance. Toutes sortes de choses qui paraissent dans le r??gne animal font parodie ? ce chemin de la jouissance chez l'??tre parlant, en m??me temps que s'y esquissent des fonctions qui parti??cipent du message - l'abeille transportant le pollen de la fleur m??le ? la fleur femelle, voil? qui ressemble beaucoup ? ce qu'il en est de la communi??cation. Et l'??treinte, l'??treinte confuse d'o?? la jouissance prend sa cause, sa cause derni??re, qui est formelle, n'est-elle pas de l'ordre de la grammaire qui la commande? Ce n'est pas pour rien que Pierre bat Paul au principe des premiers exemples de grammaire, ni que - pourquoi pas le dire comme ??a? - Pierre et Paule donnent l'exemple de la conjonction - ? ceci pr??s qu'il faut se demander, apr??s, qui ??paule l'autre. J'ai d??j? jou?? l? -dessus depuis longtemps. On peut m??me dire que le verbe se d??finit d'??tre un signifiant pas si b??te - il faut ??crire cela en un mot - passib??te que les autres sans doute, qui fait le passage d'un sujet ? sa propre division dans la jouissance, et il l'est encore moins quand cette division, il la d??termine en disjonction, et qu'il devient signe. J'ai jou?? l'ann??e derni??re sur le lapsus orthographique que j'avais fait dans une lettre adress??e ? une femme - tu ne sauras jamais combien je t'ai aim?? - ?? au lieu de ??e. On m'a fait remarquer depuis que cela voulait peut-????tre dire que j'??tais homosexuel. Mais ce que j'ai articul?? pr??cis??ment l'ann??e derni??re, c'est que, quand on aime, il ne s'agit pas de sexe. Voil? ce sur quoi, si vous voulez bien, j??Ten resterai aujourd??Thui. 19 D??CEMBRE 1972. -27- -28- III LA FONCTION DE L'??CRIT L'inconscient est ce qui se lit. De l'usage des lettres. S/s. L'ontologie, discours du ma??tre. Parler de foutre. L'illisible. Je vais entrer tout doucement dans ce que je vous ai r??serv?? pour aujourd'hui, qui, ? moi, avant de commencer, me parait casse-gueule. Il s'agit de la fa??on dont, dans le discours analytique, nous avons ? situer la fonction de l'??crit. Il y a l? -dedans de l'anecdote, ? savoir qu'un jour, sur la page d'enveloppe d'un recueil que je sortais - poubellication ai-je dit - je n'ai pas trouv?? mieux ? ??crire que le mot ??crits. Ces ??crits, il est assez connu qu'ils ne se lisent pas facilement. Je peux vous faire un petit aveu autobiographique -c'est tr??s pr??cis??ment ce que je pensais. Je pensais, ??a va peut-??tre m??me jusque-l? , je pensais qu'ils n'??taient pas ? lire. C'est un bon d??part. I La lettre, ??a se lit. ??a semble m??me ??tre fait dans le prolongement du mot. ??a se lit et litt??ralement. Mais ce n'est justement pas la m??me chose de lire une lettre ou bien de lire. Il est bien ??vident que, dans le discours analytique, il ne s'agit que de ??a, de ce qui se lit, de ce qui se lit au-del? de ce que vous avez incit?? le sujet ? dire, qui n'est pas tellement, comme je l'ai soulign?? la derni??re fois, de tout dire que de dire n'importe quoi, sans h??siter ? dire des b??tises. ??a suppose que nous d??veloppions cette dimension, ce qui ne peut pas se faire sans le dire. Qu'est-ce que c'est que la dimension de la b??tise? La b??tise, au moins celle-ci qu'on peut prof??rer, ne va pas loin. Dans le discours courant, elle tourne court. 29 C'est ce dont je m'assure quand, ce que je ne fais jamais sans tremblement, je retourne ? ce que dans le temps j'ai prof??r??. ??a me fait toujours une sainte peur, la peur justement d'avoir dit des b??tises, c??Test-? -dire quelque chose qu'en raison de ce que j'avance maintenant, je pourrais consid??rer comme ne tenant pas le coup. Gr??ce ? quelqu'un qui reprend ce S??minaire - la premi??re ann??e ? l'??cole normale sortira bient??t -j'ai pu avoir comme le sentiment, que je rencontre quelquefois ? l'??preuve, que ce que j'ai avanc?? cette ann??e-l? n'??tait pas si b??te, et au moins ne l'??tait pas au point de m'avoir emp??ch?? d'avancer d'autres choses, dont il me semble, parce que j'y suis maintenant, qu'elles se tiennent. Il n'en reste pas moins que ce se relire repr??sente une dimension qui est ? situer par rapport ? ce qu'est, au regard du discours analytique, la fonction de ce qui se lit. Le discours analytique a ? cet ??gard un privil??ge. C'est de l? que je suis parti dans ce qui m'a fait date de ce que j'enseigne - ce n'est peut-??tre pas tant sur le je que l'accent doit ??tre mis, ? savoir sur ce que je puis prof??rer, que sur le de, c??Test-? -dire sur d'o?? ??a vient, cet enseignement dont je suis l'effet. Depuis, j'ai fond?? le discours analytique d'une articulation pr??cise, qui s'??crit au tableau de quatre lettres, deux barres et cinq traits, qui relient chacune de ces lettres deux ? deux. Un de ces traits - puisqu'il y a quatre lettres, il devrait y avoir six traits - manque. Cette ??criture est partie d'un rappel initial, que le discours analytique est ce mode de rapport nouveau fond?? seulement de ce qui fonctionne comme parole, et ce, dans quelque chose qu'on peut d??finir comme un champ. Fonction et champ, ai-je ??crit, de la parole et du langage, j'ai termin??, en psy??chanalyse, ce qui ??tait d??signer ce qui fait l'originalit?? de ce discours qui n'est pas homog??ne ? un certain nombre d'autres qui font office, et que de ce seul fait nous distinguons d'??tre discours officiels. Il s'agit de discerner quel est l'office du discours analytique, et de le rendre, sinon officiel, du moins officiant. Et c'est dans ce discours qu'il s'agit de pr??ciser quelle rut ??tre, si elle est sp??cifique, la fonction de l'??crit dans le discours analytique. Pour permettre d'expliquer les fonctions de ce discours, j'ai avanc?? l'usage d'un certain nombre de lettres. D'abord, le a, que j'appelle objet, mais qui n'est quand m??me rien qu'une lettre. Puis le A, que je fais fonctionner dans ce qui de la proposition n'a pris que formule ??crite, et qu'a produit la logico??math??matique. J'en d??signe ce qui d'abord est un lieu, une place. J'ai dit - le lieu de l'Autre. En quoi une lettre peut-elle servir ? d??signer un lieu? Il est clair qu'il y a l? quelque chose d'abusif. Quand vous ouvrez par exemple la premi??re page de ce qui a ??t?? enfin r??uni sous la forme d'une ??dition d??finitive sous le 30 titre de la Th??orie des ensembles, et sous le chef d'un auteur fictif du nom de Nicolas Bourbaki, ce que vous voyez, c'est la mise enjeu d'un certain nombre de signes logiques. L'un d'entre eux d??signe la fonction place comme telle. Il s'??crit d'un petit carr?? - ??. Je n'ai donc pas fait un usage strict de la lettre quand j'ai dit que le lieu de l'Autre se symbolisait par la lettre A. Par contre, je l'ai marqu?? en le redoublant de ce S qui ici veut dire signifiant, signifiant du A en tant qu'il est barr?? - S (A barr??). Par l? , j'ai ajout?? une dimension ? ce lieu du A, en montrant que comme lieu il ne tient pas, qu'il y a l? une faille, un trou, une perte. L'objet a vient fonctionner au regard de cette perte. C'est l? quelque chose de tout ? fait essentiel ? la fonction du langage. J'ai us?? enfin de cette lettre, j, ? distinguer de la fonction seulement signifiante qui se promeut dans la th??orie analytique jusque-l? du terme du phallus. Il s'agit l? de quelque chose d'original, que je sp??cifie aujourd'hui d'??tre pr??cis?? dans son relief par l'??crit m??me. Si ces trois lettres sont diff??rentes, c'est qu'elles n'ont pas la m??me fonction. Il s'agit maintenant de discerner, ? reprendre le fil du discours analytique, ce que ces lettres introduisent dans la fonction du signifiant. 2 L'??crit n'est nullement du m??me registre, du m??me tabac si vous me permettez cette expression, que le signifiant. Le signifiant est une dimension qui a ??t?? introduite de la linguistique. La linguistique, dans le champ o?? se produit la parole, ne va pas de soi. Un discours la soutient, qui est le discours scientifique. Elle introduit dans la parole une dissociation gr??ce ? quoi se fonde la distinction du signifiant et du signifi??. Elle divise ce qui semble pourtant aller de soi, c'est que quand on parle, ??a signifie, ??a comporte le signifi??, et, bien plus, ??a ne se supporte jusqu'? un certain point que de la fonction de signification. Distinguer la dimension du signifiant ne prend relief que de poser que ce que vous entendez, au sens auditif du terme, n'a avec ce que ??a signifie aucun rapport. C'est l? un acte qui ne s'institue que d'un discours, du discours scientifique. Cela ne va pas de soi. Cela va m??me tellement peu de soi que tout un discours, qui n'est pas une mauvaise plume puisque c'est le Cratyle du nomm?? Platon, est fait de l'effort de montrer qu'il doit bien y avoir un rapport, et que le signifiant veut dire, de soi-m??me, quelque chose. Cette tentative, que nous pouvons dire, d'o?? nous sommes, d??sesp??r??e, est marqu??e de l'??chec, puisque d'un autre discours, du discours scientifique, de son instauration m??me, et d'une fa??on dont il 31 n'y a pas ? chercher l'histoire, il vient ceci, que le signifiant ne se pose que de n'avoir aucun rapport avec le signifi??. Les termes dont on use l? sont toujours eux-m??mes glissants. Un linguiste aussi pertinent qu'a pu l'??tre Ferdinand de Saussure parle d'arbitraire. C'est l? glissement, glissement dans un autre discours, celui du ma??tre pour l'appe??ler par son nom. L'arbitraire n'est pas ce qui convient. Quand nous d??veloppons un discours, nous devons toujours tenter, si nous voulons rester dans son champ et ne pas rechuter dans un autre, de lui donner sa consistance et n'en sortir qu'? bon escient. Cette vigilance est d'autant plus n??cessaire quand il s'agit de ce qu'est un discours. Dire que le signifiant est arbitraire n'a pas la m??me port??e que dire simplement qu'il n'a pas de rapport avec son effet de signifi??, car c'est glisser dans une autre r??f??rence. Le mot r??f??rence en l'occasion ne peut se situer que de ce que constitue comme lien le discours. Le signifiant comme tel ne se r??f??re ? rien si ce n'est ? un discours, c'est-? -dire ? un mode de fonctionnement, ? une utilisation du lamage comme lien. Encore faut-il pr??ciser ? cette occasion ce que veut dire ce lien. Le lien - nous ne pouvons qu'y passer imm??diatement - c'est un lien entre ceux qui parlent. Vous voyez tout de suite o?? nous allons - ceux qui parlent, bien s??r, ce n'est pas n'importe qui, ce sont des ??tres, que nous sommes habitu??s ? qualifier de vivants, et peut-??tre est-il tr??s difficile d'exclure de ceux qui parlent la dimension de la vie. Mais nous nous apercevons aussit??t que cette dimension fait entrer en m??me temps celle de la mort, et qu'il en r??sulte une radicale ambigu??t?? signifiante. La fonction d'o?? seulement la vie peut se d??finir, ? savoir la reproduction d'un corps, ne peut elle-m??me s'intituler ni de la vie, ni de la mort, puisque, comme telle, en tant que sexu??e, elle comporte les deux, vie et mort. D??j? , rien qu'? nous avancer dans le courant du discours analytique, nous avons fait ce saut qui s'appelle conception du monde, et qui doit pourtant ??tre pour nous ce qu'il y a de plus comique. Le terme de conception du monde suppose un tout autre discours que le n??tre, celui de la philosophie. Rien n'est moins assur??, si l'on sort du discours philosophique, que l'existence d'un monde. Il n'y a qu'occasion de sourire quand on entend avancer du discours analytique qu'il comporte quelque chose de l'ordre d'une telle conception. Je dirai m??me plus - qu'on avance un tel terme pour d??signer le marxisme fait ??galement sourire. Le marxisme ne me semble pas pouvoir passer pour conception du monde. Y est contraire, par toutes sortes de coordon??n??es frappantes, l'??nonc?? de ce que dit Marx. C'est autre chose, que j'appel??lerai un ??vangile. C'est l'annonce que l'histoire instaure une autre dimension de discours, et ouvre la possibilit?? de subvertir compl??tement la fonction 32 du discours comme tel, et, ? proprement parler, du discours philosophique, en tant que sur lui repose une conception du monde. D'une fa??on g??n??rale, le langage s'av??re un champ beaucoup plus riche de ressources que d'??tre simplement celui o?? s'est inscrit, au cours des temps, le discours philosophique. Mais, de ce discours, certains points de rep??re sont ??nonc??s qui sont difficiles ? ??liminer compl??tement de tout usage du langage. Par l? , il n'y a rien de plus facile que de retomber dans ce que j'ai appel?? ironiquement conception du monde, mais qui a un nom plus mod??r?? et plus pr??cis, l'ontologie. L'ontologie est ce qui a mis en valeur dans le langage l'usage de la copule, l'isolant comme signifiant. S'arr??ter au verbe ??tre - ce verbe qui n'est m??me pas, dans le champ complet de la diversit?? des langues, d'un usage qu'on puisse qualifier d'universel - le produire comme tel, c'est l? une accentua??tion pleine de risques. Pour l??Texorciser, il suffirait peut-??tre d'avancer que, quand on dit de quoi que ce soit que c'est ce que c'est, rien n'oblige d'aucune fa??on ? isoler le verbe ??tre. ??a se prononce c'est ce que c'est, et-??a pourrait aussi bien s'??crire seskec??. On ne verrait ? cet usage de la copule que du feu. On n'y verrait que du feu si un discours, qui est le discours du ma??tre, m'??tre, ne mettait l'accent sur le verbe ??tre. C'est ce quelque chose qu'Aristote lui-m??me regarde ? deux fois ? avancer puisque, pour d??signer l'??tre qu'il oppose au to ti esti ? la quiddit??, ? ce que ??a est, il va jusqu'? employer le to ti hn einai - ce qui se serait produit si ??tait venu ? ??tre, tout court, ce qui ??tait ? ??tre. Il semble que, l? , le p??dicule se conserve qui nous permet de situer d'o?? se produit ce discours de l'??tre -c'est tout simplement l'??tre ? la botte, l'??tre aux ordres, ce qui allait ??tre si tu avais entendu ce que je t'ordonne. Toute dimension de l'??tre se produit dans le courant du discours du ma??tre, de celui qui, prof??rant le signifiant, en attend ce qui est un de ses effets de lien ? ne pas n??gliger, qui tient ? ceci que le signifiant commande. Le signifiant est d'abord imp??ratif. Comment retourner, si ce n'est d'un discours sp??cial, ? une r??alit?? pr????discursive? C'est l? ce qui est le r??ve - le r??ve, fondateur de toute id??e de connaissance. Mais c'est l? aussi bien ce qui est ? consid??rer comme mythi??que. Il n'y a aucune r??alit?? pr??-discursive. Chaque r??alit?? se fonde et se d??finit d'un discours. C'est en cela qu'il importe que nous nous apercevions de quoi est fait le discours analytique, et que nous ne m??connaissions pas ceci, qui sans doute n'y a qu'une place limit??e, ? savoir qu'on y parle de ce que le verbe foutre ??nonce parfaitement. On y parle de foutre - verbe, en anglais to fuck -et on y dit que ??a ne va pas. C'est une part importante de ce qui se confie dans le discours analytique, 33 et il importe de souligner que ce n'est pas son privil??ge. C'est aussi ce qui s'exprime dans ce que j'ai appel?? tout ? l'heure le discours courant. ??crivez-??le disque-ourcourant, disque aussi hors-champ, hors jeu de tout discours, donc disque tout court - ??a tourne, ??a tourne tr??s exactement pour rien. Le disque se trouve exactement dans le champ ? partir d'o?? tous les discours se sp??cifient et o?? tous se noient, o?? tout un chacun est capable, tout aussi capable, d'en ??noncer autant qu'un autre, mais par un souci de ce que nous appellerons, ? tr??s juste titre, d??cence, le fait, mon Dieu, le moins possible. Ce qui fait le fond de la vie en effet, c'est que pour tout ce qu'il en est des rapports des hommes et des femmes, ce qu'on appelle collectivit??, ??a ne va pas. ??a ne va pas, et tout le monde en parle, et une grande partie de notre activit?? se passe ? le dire. Il n'emp??che qu'il n'y a rien de s??rieux si ce n'est ce qui s'ordonne d'une autre fa??on comme discours. jusques et y compris ceci, que ce rapport, ce rapport sexuel, en tant qu'il ne va pas il va quand m??me - gr??ce ? un certain nombre de conventions, d'interdits, d'inhibitions, qui sont l'effet du langage et ne sont ? prendre que de cette ??toffe et de ce registre. II n'y a pas la moindre r??alit?? pr??-discursive, pour la bonne raison que ce qui fait collectivit??, et que j'ai appel?? les hommes, les femmes et les enfants, ??a ne veut rien dire comme r??alit?? pr??-discursive. Les hommes, les femmes et les enfants, ce ne sont que des signifiants. Un homme, ce n'est rien d'autre qu'un signifiant. Une femme cherche un homme au titre de signifiant. Un homme cherche une femme au titre - ??a va vous para??tre curieux - de ce qui ne se situe que du discours, puisque, si ce que j'avance est vrai, ? savoir que la femme n'est pas-toute, il y a toujours quelque chose qui chez elle ??chappe au discours. 3 Il s'agit de savoir ce qui, dans un discours, se produit de l'effet de l'??crit. Comme vous le savez peut-??tre - vous le savez en tout cas si vous avez lu ce que j'??cris - le signifiant et le signifi??, ce n'est pas seulement que la linguistique les ait distingu??s. La chose peut-??tre vous para??t aller de soi. Mais justement, c'est ? consid??rer que les choses vont de soi qu'on ne voit rien de ce qu'on a pourtant devant les yeux, devant les yeux concernant l'??crit. La linguistique n'a pas seulement distingu?? l'un de l'autre le signifi?? et le signifiant. S'il y a quelque chose qui peut nous introduire ? la dimen??sion de l'??crit comme tel, c'est nous apercevoir que le signifi?? n'a rien, ? faire avec les oreilles, mais seulement avec la lecture, la lecture de ce qu'on entend de signifiant. Le signifi??, ce n'est pas ce qu'on entend. Ce qu'on entend, c'est le signifiant. Le signifi??, c'est l'effet du signifiant. 34 On distingue l? quelque chose qui n'est que l'effet du discours, du discours en tant que tel, c'est-? -dire de quelque chose qui fonctionne d??j? comme lien. Prenons les choses au niveau d'un ??crit qui est lui-m??me effet de dis??cours, de discours scientifique, ? savoir l'??crit du S, fait pour connoter la place du signifiant, et du s dont se connote comme place le signifi?? - cette fonction de place n'est cr????e que par le discours lui-m??me, chacun ? sa place, ??a ne fonctionne que dans le discours. Eh bien, entre les deux, S et s, il y a la barre : S s ??a n'a l'air de rien quand vous ??crivez une barre pour expliquer. Ce mot, expliquer, a toute son importance puisqu'il n'y a rien moyen de comprendre ? une barre, m??me quand elle est r??serv??e ? signifier la n??gation. C'est tr??s difficile de comprendre ce que ??a veut dire, la n??gation. Si on y regarde d'un peu pr??s, on s'apercevra en particulier qu'il y a une tr??s grande vari??t?? de n??gations, qu'il est tout ? fait impossible de r??unir sous le m??me concept. La n??gation de l'existence, par exemple, ce n'est pas du tout la m??me chose que la n??gation de la totalit??. Il y a une chose qui est encore plus certaine - ajouter la barre ? la notation S et s a d??j? quelque chose de superflu, voire de futile, pour autant que ce qu'elle fait valoir est d??j? marqu?? par la distance de l'??crit. La barre, comme tout ce qui est de l'??crit, ne se supporte que de ceci - l'??crit, ??a n'est pas ? comprendre. C'est bien pour ??a que vous n'??tes pas forc??s de comprendre les miens. Si vous ne les comprenez pas, tant mieux, ??a vous donnera justement l'occa??sion de les expliquer. La barre, c'est pareil. La barre, c'est pr??cis??ment le point o??, dans tout usage du langage, il y a occasion ? ce que se produise l'??crit. Si, dans Saus??sure m??me, S est au-dessus de s, sur la barre, c'est parce que rien ne se sup??porte des effets de l'inconscient sinon gr??ce ? cette barre - c'est ce que j'ai pu vous d??montrer dans l'Instance de la lettre, qui fait partie de mes ??crits, d'une fa??on qui s'??crit, rien de plus. S'il n'y avait cette barre, en effet, rien ne pourrait ??tre expliqu?? du langage par la linguistique. S'il n'y avait cette barre au-dessus de laquelle il y a du signifiant qui passe, vous ne pourriez voir que du signifiant s'injecte dans le signifi??. S'il n'y avait pas de discours analytique, vous continueriez ? parler comme des ??tourneaux, ? chanter le disque-ourcourant, ? faire tourner le disque, ce disque qui tourne parce qu'il n'y a pas de rapport sexuel - c'est l? une for??mule qui ne peut s'articuler que gr??ce ? toute la construction du discours analytique, et que depuis longtemps je vous serine. Mais, de vous la seriner, il faut encore que je l'explique - elle ne se sup??porte que de l'??crit en ceci que le rapport sexuel ne peut pas s'??crire. Tout 35 ce qui est ??crit part du fait qu'il sera ? jamais impossible d'??crire comme tel le rapport sexuel. C'est de l? qu'il y a un certain effet du discours qui s'appelle l'??criture. On peut ? la rigueur ??crire x R y, et dire x c'est l'homme, y c'est la femme, et R c'est le rapport sexuel. Pourquoi pas? Seulement voil? , c'est une b??tise, parce que ce qui se supporte sous la fonction de signifiant, de homme et de femme, ce ne sont que des signifiants tout ? fait li??s ? l'usage courcourant du langage. S'il y a un discours qui vous le d??montre, c'est bien le discours analytique, de mettre en jeu ceci, que la femme ne sera jamais prise que quoad matrem. La femme n'entre en fonction dans le rapport sexuel qu'en tant que la m??re. Ce sont l? des v??rit??s massives, mais qui nous m??neront plus loin, gr??ce ? quoi? Gr??ce ? l'??criture. Elle ne fera pas objection ? cette premi??re approxi??mation, puisque c'est par l? qu'elle montrera que c'est une suppl??ance de ce pas-toute sur quoi repose la jouissance de la femme. A cette jouissance qu'elle n'est pas-toute, c'est-? -dire qui la fait quelque part absente d'elle-m??me, absente en tant que sujet, elle trouvera le bouchon de ce a que sera son enfant. Du c??t?? de l'x, c'est-? -dire de ce qui serait l'homme si le rapport sexuel pouvait s'??crire d'une fa??on soutenable, soutenable dans un discours, l'homme n'est qu'un signifiant parce que l? o?? il entre enjeu comme signi??fiant, il n'y entre que quoad castrationem c'est-? -dire en tant qu'il a rapport avec la jouissance phallique. De sorte que c'est ? partir du moment o?? un discours, le discours analytique, a abord?? cette question s??rieusement et pos?? que la condition de l'??crit est qu'il se soutienne d'un discours, que tout se d??robe, et que le rapport sexuel, vous ne pourrez jamais l'??crire - l'??crire d'un vrai ??crit, en tant que c'est ce qui, du langage, se conditionne d'un discours. 4 La lettre, radicalement, est effet de discours. Ce qu'il y a de bien, n'est-ce pas, dans ce que je raconte, c'est que c'est toujours la m??me chose. Non pas que je me r??p??te, ce n'est pas l? la question. C'est que ce que j'ai dit ant??rieurement prend son sens apr??s. La premi??re fois, autant que je me souvienne, que j'ai parl?? de la lettre - il doit bien y avoir quinze ans, quelque part ? Sainte-Anne -j'ai not?? ce fait que tout le monde conna??t quand on lit un peu, ce qui n'arrive pas ? tout le monde, qu'un nomm?? Sir Flinders Petrie avait cru remarquer que les lettres de l'alphabet ph??nicien se trouvaient bien avant le temps de la Ph??nicie sur de menues poteries ??gyptiennes o?? elles servaient de marques 36 de fabrique. Cela veut dire que c'est du march??, qui est typiquement un effet de discours, que d'abord est sortie la lettre, avant que quiconque ait song?? ? user des lettres pour faire quoi? - quelque chose qui n'a rien ? faire avec la connotation du signifiant, mais qui l'??labore et la perfectionne. Il faudrait prendre les choses au niveau de l'histoire de chaque langue. Il est clair que cette lettre qui nous affole tellement que nous appelons ??a, Dieu sait pourquoi, d'un nom diff??rent, caract??re, la lettre chinoise nomm????ment, est sortie du discours chinois tr??s ancien d'une fa??on toute diff??rente de celle dont sont sorties nos lettres. De sortir du discours analytique, les lettres qu'ici je sors ont une valeur diff??rente de celles qui peuvent sortir de la th??orie des ensembles. L'usage qu'on en fait diff??re, et pourtant - c'est l? l'int??r??t, - il n'est pas sans avoir un certain rapport de convergence. N'importe quel effet de discours a ceci de bon qu'il est fait de la lettre. Tout cela n'est qu'une amorce que j'aurai l'occasion de d??velopper en distinguant l'usage de la lettre dans l'alg??bre et l'usage de la lettre dans la th??orie des ensembles. Pour l'instant, je veux simplement vous faire remar??quer ceci - le monde, le monde est en d??composition, Dieu merci. Le monde, nous le voyons ne plus tenir, puisque m??me dans le discours scien??tifique il est clair qu'il n'y en a pas le moindre. A partir du moment o?? vous pouvez ajouter aux atomes un truc qui s'appelle le quark, et que c'est l? le vrai fil du discours scientifique, vous devez quand m??me vous rendre compte qu'il s'agit d'autre chose que d'un monde. Il faut que vous vous mettiez tout de m??me ? lire un peu des auteurs - je ne dirai pas de votre temps, je ne vous dirai pas de lire Philippe Sollers, il est illisible, comme moi d'ailleurs - mais vous pouvez lire Joyce par exemple. Vous verrez l? comment le langage se perfectionne quand il sait jouer avec l'??criture. Joyce, je veux bien que ce ne soit pas lisible - ce n'est certainement pas traductible en chinois. Qu'est-ce qui se passe dans Joyce? Le signifiant vient truffer le signifi??. C'est du fait que les signifiants s'embo??tent, se com??posent, se t??lescopent - lisez Finnegan's Wake - que se produit quelque chose qui, comme signifi??, peut para??tre ??nigmatique, mais qui est bien ce qu'il y a de plus proche de ce que nous autres analystes, gr??ce au discours analytique, nous avons ? lire - le lapsus. C'est au titre de lapsus que ??a si??gnifie quelque chose, c'est-? -dire que ??a peut se lire d'une infinit?? de fa??ons diff??rentes. Mais c'est pr??cis??ment pour ??a que ??a se lit mal, ou que ??a se lit de travers, ou que ??a ne se lit pas. Mais cette dimension du se lire, n'est-ce pas suffisant pour montrer que nous sommes dans le registre du discours analytique? Ce dont il s'agit dans le discours analytique, c'est toujours ceci - ? ce qui s'??nonce de signifiant vous donnez une autre lecture que ce qu'il signifie. Pour me faire comprendre, je vais prendre une r??f??rence dans ce que vous 37 lisez, dans le grand livre du monde. Voyez le vol d'une abeille. Elle va de fleur en fleur, elle butine. Ce que vous apprenez, c'est qu'elle va transporter au bout de ses pattes le pollen d'une fleur sur le pistil d'une autre fleur. ??a, c'est ce que vous lisez dans le vol de l'abeille. Dans un vol d'oiseau qui vole bas - vous appelez ??a un vol, c'est en r??alit?? un groupe ? un certain niveau - vous lisez qu'il va faire de l'orage. Mais est-ce qu'ils lisent? Est-ce que l'abeille lit qu'elle sert ? la reproduction des plantes phan??rogamiques? Est-ce que l'oiseau lit l'augure de la fortune, comme on disait autrefois, c'est-? -dire de la temp??te? Toute la question est l? . Ce n'est pas exclu, apr??s tout, que l'hirondelle lise la temp??te, mais ce n'est pas s??r non plus. Dans votre discours analytique, le sujet de l'inconscient, vous le supposez savoir lire. Et ??a n'est rien d'autre, votre histoire de l'inconscient. Non seu??lement vous le supposez savoir lire, mais vous le supposez pouvoir apprendre ? lire. Seulement ce que vous lui apprenez ? lire n'a alors absolument rien ? faire, en aucun cas, avec ce que vous pouvez en ??crire. 9 JANVIER 1973 . -38- IV L'AMOUR ET LE SIGNIFIANT L'Autre sexe. Contingence du signifiant, routine du signifi??. La fin du monde et le par-??tre. L'amour suppl??e ? l'absence du rapport sexuel. Les Uns. Qu'est-ce que je peux avoir ? vous dire encore depuis le temps que cela dure, et que cela n'a pas tous les effets que j'en voudrais? Eh bien, justement ? cause de cela, ce que j'ai ? dire, cela ne manque pas. N??anmoins comme on ne saurait tout dire, et pour cause, j'en suis r??duit ? cet ??troit cheminement qui fait qu'? chaque instant il faut que je me garde de r??glisse dans ce qui d??j? se trouve fait de ce qui s'est dit. C'est pourquoi aujourd'hui je vais essayer une fois de plus de maintenir ce difficile frayage puisque nous avons un horizon ??trange d'??tre qualifi??, de par mon titre, de cet Encore. I La premi??re fois que je vous ai parl??, j'ai ??nonc?? que la jouissance de l'Autre, que j'ai dit symbolis?? par le corps, n'est pas un signe de l'amour. Naturellement ??a passe, parce qu'on sent que c'est du niveau de ce qui a fait le pr??c??dent dire, et que cela ne fl??chit pas. Il y a l? -dedans des termes qui m??ritent d'??tre comment??s. La jouissance, c'est bien ce que j'essaie de rendre pr??sent par ce dire m??me. Ce l'Autre, il est plus que jamais mis en question. L'Autre doit, d'une part, ??tre de nouveau martel??, refrapp??, pour qu'il prenne son plein sens, sa r??sonance compl??te. D'autre part, il convient de l'avancer comme le terme qui se supporte de ce que c'est moi qui parle, qui ne puis parler que d'o?? je suis, identifi?? ? un pur signifiant. L'homme, une femme, ai-je dit la derni??re fois, ce ne sont rien que signifiants. C'est de l? , du dire en tant qu'incarnation distincte du sexe, qu'ils prennent leur fonction. 39 L'Autre, dans mon langage, cela ne peut donc ??tre que l'Autre sexe. Qu'en est-il de cet Autre? Qu'en est-il de sa position au regard de ce retour de quoi se r??alise le rapport sexuel, ? savoir une jouissance, que le discours analytique a pr??cipit??e comme fonction du phallus dont l'??nigme reste enti??re, puisqu'elle ne s'y articule que de faits d'absence? Est-ce ? dire pourtant qu'il s'agit l? , comme on a cru pouvoir trop vite le traduire, du signifiant de ce qui manque dans le signifiant? C'est l? ce ? quoi cette ann??e devra mettre un point terme, et du phallus dire quelle est, dans le discours analytique, la fonction. Je dirai pour l'instant que ce que j'ai amen?? la derni??re fois comme la fonction de la barre n'est pas sans rap??port avec le phallus. II reste la deuxi??me partie de la phrase li??e ? la premi??re par un n'est pas - n'est pas le signe de l'amour. Et il nous faudra bien, cette ann??e, articuler ce qui est l? comme au pivot de tout ce qui s'est institu?? de l'exp??rience analytique - l'amour. L'amour, il y a longtemps qu'on ne parle que de ??a. Ai-je besoin d'accen??tuer qu'il est au c?"ur du discours philosophique? C'est l? assur??ment ce qui doit nous mettre en garde. La derni??re fois, je vous ai fait entrevoir le discours philosophique comme ce qu'il est, une variante du discours du ma??tre. J'ai pu dire ??galement que l'amour vise l'??tre, ? savoir ce qui, dans le langage, se d??robe le plus - l'??tre qui, un peu plus, allait ??tre, ou l'??tre qui, d'??tre justement, a fait surprise. Et j'ai pu ajouter que cet ??tre est peut ??tre tout pr??s du signifiant m'??tre, est peut-??tre l'??tre au commandement, et qu'il y a l? le plus ??trange des leurres. N'est-ce pas aussi pour nous commander d'interroger ce en quoi le signe se distingue du signifiant? Voil? donc quatre points - la jouissance, l'Autre, le signe, l'amour. Lisons ce qui s'est ??mis d'un temps o?? le discours de l'amour s'avouait ??tre celui de l'??tre, ouvrons le livre de Richard de Saint-Victor sur la trinit?? divine. C'est de l'??tre que nous partons, de l'??tre en tant qu'il est con??u ??pardonnez-moi ce glissement d'??crit dans ma parole - comme l'??trernel, et ce, apr??s l'??laboration pourtant si temp??r??e d'Aristote, et sous l'influence sans doute de l'irruption du je suis ce que je suis, qui est l'??nonc?? de la v??rit?? juda??que. Quand l'id??e de l'??tre -jusque-l? seulement approch??e, fr??l??e - vient ? culminer dans ce violent arrachement ? la fonction du temps par l'??nonc?? de l'??ternel, il en r??sulte d'??tranges cons??quences. Il y a, dit Richard de Saint-Victor, l'??tre qui, ??ternel, l'est de lui-m??me, l'??tre qui, ??ternel, ne l'est pas de lui-m??me, l'??tre qui, non ??ternel, n'a pas cet ??tre frag ile, voire inexis??tant, ne l'a pas de lui-m??me. Mais l'??tre non ??ternel qui est de lui-m??me, il n'y en a pas. Des quatre subdivisions qui se produisent de l'alternance de l'affirmation et de la n??gation de l'??ternel et du de lui-m??me, c'est l? la seule qui para??t, au Richard de Saint-Victor en question, devoir ??tre ??cart??e. 40 N'y a-t-il pas l? ce dont il s'agit concernant le signifiant? - ? savoir qu'aucun signifiant ne se produit comme ??ternel. C'est l? sans doute ce que, plut??t que de le qualifier d'arbitraire, Saussure e??t pu tenter de formuler - le signifiant, mieux e??t valu l'avancer de la cat??gorie du contingent. Le signifiant r??pudie la cat??gorie de (??ternel, et pourtant, singuli??rement, il est de lui-m??me. Ne vous est-il pas clair qu'il participe, pour employer une approche platonicienne, ? ce rien d'o?? l'id??e cr??ationniste nous dit que quelque chose de tout ? fait originel a ??t?? fait ex nihilo? N'est-ce pas l? quelque chose qui vous apparaisse - si tant est que la-??paresse qui est la v??tre puisse ??tre r??veill??e par quelque apparition - dans la Gen??se? Elle ne nous raconte rien d'autre que la cr??ation - de rien en effet - de quoi? - de rien d'autre que de signifiants. D??s que cette cr??ation surgit, elle s'articule de la nomination de ce qui est. N'est-ce pas l? la cr??ation dans son essence? Alors qu'Aristote ne peut manquer d'??noncer que, s'il y a jamais eu quelque chose, c'??tait depuis toujours que c'??tait l? , ne s'agit-il pas, dans l'id??e cr??ationniste, de la cr??ation ? partir, de rien, et donc du signifiant? N'est-ce pas l? ce que nous trouvons dans ce qui, ? se refl??ter dans une conception du monde, s'est ??nonc?? comme r??volution copernicienne? 2 Depuis longtemps je mets en doute ce que Freud, sur ladite r??volution, a cru pouvoir avancer. Le discours de l'hyst??rique lui a appris cette autre substance qui tout enti??re tient en ceci qu'il y a du signifiant. A recueillir l'effet de ce signifiant, dans le discours de l'hyst??rique, il a su le faire tourner de ce quart de tour qui en a fait le discours analytique. La notion m??me de quart de tour ??voque la r??volution, mais certes pas dans le sens o?? r??volution est subversion. Bien au contraire, ce qui tourne -c'est ce qu'on appelle r??volution - est destin??, de son ??nonc?? m??me, ? ??voquer le retour. Assur??ment, nous ne sommes point ? l'ach??vement de ce retour, puisque c'est d??j? de fa??on fort p??nible que ce quart de tour s'accomplit. Mais il n'est pas trop d'??voquer que s'il y a eu quelque part r??volution, ce n'est certes pas au niveau de Copernic. Depuis longtemps l'hypoth??se avait ??t?? avanc??e que le soleil ??tait peut-??tre bien le centre autour duquel ??a tournait. Mais qu'importe? Ce qui importait aux math??maticiens, c'est assur??ment le d??part de ce qui tourne. La vir??e ??ternelle des ??toiles de la derni??re des sph??res supposait selon Aristote la sph??re de l'immobile, cause premi??re du mouvement de celles qui tournent. Si les ??toiles tournent, c'est de ce 41 que la terre tourne sur elle-m??me. C'est d??j? merveille que, de cette vir??e, de cette r??volution, de ce tournage ??ternel de la sph??re stellaire, il se soit trouv?? des hommes pour forger d'autres sph??res, concevoir le syst??me dit ptol??ma??que, et faire tourner les plan??tes, qui se trouvent au regard de la terre dans cette position ambigu?? d'aller et de venir en dents de crochet, selon un mouvement oscillatoire. Avoir cogit?? le mouvement des sph??res, n'est-ce pas un tour de force extraordinaire? Copernic n'y ajoutait que cette remarque, que peut-??tre le mouvement des sph??res interm??diaires pouvait s'exprimer autrement. Que la terre f??t au centre ou non n'??tait pas ce qui lui importait le plus. La r??volution copernicienne n'est nullement une r??volution. Si le centre d'une sph??re est suppos??, dans un discours qui n'est qu'analogique, consti??tuer le point-ma??tre, le fait de changer ce point-ma??tre, de le faire occuper par la terre ou le soleil, n'a rien en soi qui subvertisse ce que le signifiant centre conserve de lui-m??me. Loin que l'homme - ce qui se d??signe de ce terme, qui n'est que ce qui fait signifier - ait jamais ??t?? ??branl?? par la d??couverte que la terre n'est pas au centre, il lui a fort bien substitu?? le soleil. Bien s??r, il est maintenant ??vident que le soleil n'est pas non plus un centre, et qu'il est en promenade ? travers un espace dont le statut est de plus en plus pr??caire ? ??tablir. Ce qui reste au centre, c'est cette bonne routine qui fait que le signifi?? garde en fin de compte toujours le m??me sens. Ce sens est donn?? par le sentiment que chacun a de faire partie de son monde, c'est-? ??-dire de sa petite famille et de tout ce qui tourne autour. Chacun de vous -je parle m??me pour les gauchistes - vous y ??tes plus que vous ne croyez attach??s, et dans une mesure dont vous feriez bien de prendre l'empan. Un certain nombre de pr??jug??s vous font assiette et limitent la port??e de vos insurrections au terme le plus court, ? celui, tr??s pr??cis??ment, o?? cela ne vous apporte nulle g??ne, et nomm??ment pas dans une conception du monde qui reste, elle, parfaitement sph??rique. Le signifi?? trouve son centre o?? que vous le portiez. Et ce n'est pas jusqu'? nouvel ordre le discours analytique, si difficile ? soutenir dans son d??centrement et qui n'a pas fait encore son entr??e dans la conscience commune, qui peut d'aucune fa??on subvertir quoi que ce soit. Pourtant, si on me permet de me servir quand m??me de cette r??f??rence copernicienne, j'en accentuerai ce qu'elle a d'effectif. Ce n'est pas de changer le centre. ??a tourne. Le fait continue ? garder pour nous toute sa valeur, si r??duit qu'il soit en fin de compte, et motiv?? seulement de ce que la terre tourne et qu'il nous semble par l? que c'est la sph??re c??leste qui tourne. Elle continue bel et bien ? tourner, et elle a toutes sortes d'effets, par exemple que c'est par ann??es que vous comptez votre ??ge. La subversion, si elle a exist?? quelque 42 part et ? un moment, n'est pas d'avoir chang?? le point de vir??e de ce qui tourne, c'est d'avoir substitu?? au ??a tourne un ??a tombe. Le point vif, comme quelques-uns ont eu l'id??e de s'en apercevoir, n'est pas Copernic, c'est un peu plus Kepler, ? cause du fait que chez lui ??a ne tourne pas de la m??me fa??on - ??a tourne en ellipse, et ??a met d??j? en ques??tion la fonction du centre. Ce vers quoi ??a tombe chez Kepler est en un point de l'ellipse qui s'appelle le foyer, et, dans le point sym??trique, il n'y a rien. Cela assur??ment est correctif ? cette image du centre. Mais le ??a tombe ne prend son poids de subversion qu'? aboutir ? quoi? A ceci et rien de plus - F = g mm??T d?? C'est dans cet ??crit, dans ce qui se r??sume ? ces cinq petites lettres ??crites au creux de la main, avec un chiffre en plus, que consiste ce qu'on attribue ind??ment ? Copernic. C'est ce qui nous arrache ? la fonction imaginaire, et pourtant fond??e dans le r??el, de la r??volution. Ce qui est produit dans l'articulation de ce nouveau discours qui ??merge comme discours de l'analyse c'est que le d??part est pris de la fonction du signifiant, bien loin que soit admis par le v??cu du fait lui-m??me ce que le signifiant emporte de ses effets de signifi??. C'est ? partir des effets de signifi?? que s'est ??difi??e la structuration que je vous ai rappel??e. Pendant des temps, il a sembl?? naturel qu'un monde se constitu??t, dont le corr??lat ??tait, au-del? , l'??tre m??me, l'??tre pris comme ??ternel. Ce monde con??u comme le tout, avec ce que ce mot comporte, quelque ouverture qu'on lui donne, de limit??, reste une conception -c'est bien l? le mot - une vue, un regard, une prise imaginaire. Et de cela r??sulte ceci qui reste ??trange, que quelqu'un, une partie de ce monde, est au d??part suppos?? pouvoir en prendre connaissance. Cet Un s'y trouve dans cet ??tat qu'on peut appeler l'existence, car comment pourrait-il ??tre support du prendre connaissance s'il n'??tait pas existant? C'est l? que de tou??jours s'est marqu??e l'impasse, la vacillation r??sultant de cette cosmologie qui consiste dans l'admission d'un monde. Au contraire est-ce qu'il n'y a pas dans le discours analytique de quoi nous introduire ? ceci que toute sub??sistance, toute persistance du monde comme tel doit ??tre abandonn??e? Le langage - la langue forg??e du discours philosophique - est tel qu'? tout instant, vous le voyez, je ne peux faire que je ne r??gisse dans ce monde, dans ce suppos?? d'une substance qui se trouve impr??gn??e de la fonction de l'??tre. 43 3 Suivre le fil du discours analytique ne tend ? rien de moins qu'? rebriser, qu'? infl??chir, qu'? marquer d'une incurvation propre et d'une incurvation qui ne saurait m??me ??tre maintenue comme ??tant celle de lignes de force, ce qui produit comme telle la faille, la discontinuit??. Notre recours est, dans lalangue, ce qui la brise. Si bien que rien ne para??t mieux constituer l'horizon du discours analytique que cet emploi qui est fait de la lettre par la math??matique. La lettre r??v??le dans le discours ce qui, pas par hasard, pas sans n??cessit??, est appel?? la grammaire. La grammaire est ce qui ne se r??v??le du langage qu'? - l'??crit. Au-del? du langage, cet effet, qui se produit de se supporter seulement de l'??criture, est assur??ment l'id??al de la math??matique. Or, se refuser la r??f??rence ? l'??crit, c'est s'interdire ce qui, de tous les effets de langage, peut arriver ? s'articuler. Cette articulation se fait dans ce qui r??sulte du langage quoi que nous fassions, ? savoir un suppos?? en de??? et au-del? . Supposer un en-de??? - nous sentons bien qu'il n'y a l? qu'une r??f??rence intuitive. Et pourtant, cette supposition est in??liminable parce que le langage, dans son effet de signifi??, n'est jamais qu'? c??t?? du r??f??rent. D??s lors, n'est il pas vrai que le langage nous impose l'??tre et nous oblige comme tel ? admettre que, de l'??tre, nous n'avons jamais rien? Ce ? quoi il faut nous rompre, c'est ? substituer ? cet ??tre qui fuirait le par-??tre, soit l'??tre para, l'??tre ? c??t??. Je dis le par-??tre, et non le para??tre, comme on l'a dit depuis toujours, le ph??nom??ne, ce au-del? de quoi il y aurait cette chose, noum??ne - elle nous a en effet men??s, men??s ? toutes les opacifications qui se d??nomment juste??ment de l'obscurantisme. C'est au point m??me d'o?? jaillissent les paradoxes de tout ce qui arrive ? se formuler comme effet d'??crit que l'??tre se pr????sente, se pr??sente toujours, de par-??tre. Il faudrait apprendre ? conjuguer comme il se doit - je par-suis, tu par-es, il par-est, nous par-sommes, et ainsi de suite. C'est bien en relation avec le par-??tre que nous devons articuler ce qui suppl??e au rapport sexuel en tant qu'inexistant. Il est clair que, dans tout ce qui s'en approche, le langage ne se manifeste que de son insuffi??sance. Ce qui suppl??e au rapport sexuel, c'est pr??cis??ment l'amour. L'Autre, l'Autre comme lieu de la v??rit??, est la seule place, quoique irr??duc??tible, que nous pouvons donner au terme de l'??tre divin, de Dieu pour l'appe??ler par son nom. Dieu est proprement le lieu o??, si vous m'en permettez le jeu, se produit le dieu - le dieur - le dire. Pour un rien, le dire ??a fait Dieu. Et aussi longtemps que se dira quelque chose, l'hypoth??se Dieu sera l? . 44 C'est ce qui fait qu'en somme il ne peut y avoir de vraiment ath??es que les th??ologiens, c'est ? savoir ceux qui, de Dieu, en parlent. Aucun autre moyen de l'??tre, sinon ? se cacher sa t??te dans ses bras au nom de je-ne-sais quelle trouille, comme si jamais ce Dieu avait effective??ment manifest?? une pr??sence quelconque. Par contre, il est impossible de dire quoi que ce soit sans aussit??t Le faire subsister sous la forme de l'Autre. Chose qui est tout ? fait ??vidente dans le moindre cheminement de cette chose que je d??teste, pour les meilleures raisons, c'est-? -dire l'Histoire. L'Histoire est pr??cis??ment faite pour nous donner l'id??e qu'elle a un sens quelconque. Au contraire, la premi??re des choses que nous ayons ? faire, c'est de partir de ceci, que nous sommes l? en face d'un dire, qui est le dire d'un autre, qui nous raconte ses b??tises, ses embarras, ses emp??chements, ses ??mois, et que c'est l? qu'il s'agit de lire quoi? - rien d'autre que les effets de ces dires. Ces effets, nous voyons bien en quoi ??a agite, ??a remue, ??a tracasse les ??tres parlants. Bien s??r, pour que ??a aboutisse ? quelque chose, il faut bien que ??a serve, et que ??a serve, mon Dieu, ? ce qu'ils s'arrangent, ? ce qu'ils s'accommodent, ? ce que, boiteux boitillant, ils arrivent quand m??me ? don??ner une ombre de petite vie ? ce sentiment dit de l'amour. Il faut, il le faut bien, il faut que ??a dure encore. Il faut que, par l'inter??m??diaire de ce sentiment, ??a aboutisse en fin de compte - comme l'ont tr??s bien vu des gens qui, ? l'??gard de tout cela, ont pris leurs pr??cautions sous le paravent de l??T??glise - ? la reproduction des corps. Mais est-ce qu'il ne se pourrait pas que le langage ait d'autres effets que de mener les gens par le bout du nez ? se reproduire encore, en corps ? corps et en corps incarn??? Il y a quand m??me un autre effet du langage, qui est l'??crit. 4 De l'??crit, depuis que le langage existe, nous avons vu des mutations. Ce qui s'??crit, c'est la lettre, et la lettre ne s'est pas toujours fabriqu??e de la m??me fa??on. L? -dessus, on fait de l??Thistoire, l'histoire de l'??criture, et on se casse la t??te ? imaginer ce ? quoi pouvaient bien servir les pictographies mayas ou azt??ques, et, un peu plus loin, les cailloux du Mas d'Azil- qu'est-ce que ??a pouvait bien ??tre que ces dr??les de d??s, ? quoi jouait-on avec ??a? Poser des questions telles, c'est la fonction habituelle de l'Histoire. Il faudrait dire - surtout ne touchez pas ? la hache, initiale de l'Histoire. Ce serait une bonne fa??on de ramener les gens ? la premi??re des lettres, celle ? laquelle je me limite, la lettre A - d'ailleurs la Bible ne commence qu'? la lettre B, elle a laiss?? la lettre A - pour que je m'en charge. 45 Il y a l? beaucoup ? s'instruire, non pas en recherchant les cailloux du Mas d'Azil, ni m??me, comme je le faisais jadis pour mon bon public, mon public d'analystes, en allant chercher l'encoche sur la pierre pour expliquer le trait unaire - c'??tait ? la port??e de leur entendement -, mais en regar??dant de plus pr??s ce que font les math??maticiens avec les lettres, depuis que, au m??pris d'un certain nombre de choses, ils se sont mis, de la fa??on la plus fond??e, sous le nom de th??orie des ensembles, ? s'apercevoir qu'on pou??vait aborder l'Un d'une autre fa??on qu'intuitive, fusionnelle, amoureuse. Nous ne sommes qu'un. Chacun sait bien s??r que ce n'est jamais arriv?? entre deux qu'ils ne fassent qu'un, mais enfin nous ne sommes qu'un. C'est de l? que part l'id??e de l'amour. C'est vraiment la fa??on la plus grossi??re de donner au rapport sexuel, ? ce terme qui se d??robe manifestement, son signifi??. Le commencement de la sagesse devrait ??tre de commencer ? s'apercevoir que c'est en ??a que le vieux p??re Freud a fray?? des voies. C'est de l? que je suis parti parce que ??a m'a moi-m??me un petit peu touch??. ??a pourrait toucher n'importe qui d'ailleurs, n'est-ce pas, de s'apercevoir que l'amour, s'il est vrai qu'il a rapport avec l'Un, ne fait jamais sortir quiconque de soi??-m??me. Si c'est ??a, tout ??a, et rien que ??a, que Freud a dit en introduisant la fonction de l'amour narcissique, tout le monde sent, a senti, que le pro??bl??me, c'est comment il peut y avoir un amour pour un autre. Cet Un dont tout le monde a plein la bouche est d'abord de la nature de ce mirage de l'Un qu'on se croit ??tre. Ce n'est pas dire que ce soit l? tout l'horizon. Il y a autant d'Uns qu'on voudra -qui se caract??risent de ne se ressembler chacun en rien, voir la premi??re hypoth??se du Parm??nide. La th??orie des ensembles fait irruption de poser ceci - parlons de l'Un pour des choses qui n'ont entre elles strictement aucun rapport. Mettons ensemble des objets de pens??e, comme on dit, des objets du monde, chacun compte pour un. Assemblons ces choses absolument h??t??roclites, et donnons-??nous le droit de d??signer cet assemblage par une lettre. C'est ainsi que s'exprime ? son d??but la th??orie des ensembles, celle par exemple que la derni??re fois j'ai avanc??e au titre de Nicolas Bourbaki. Vous avez laiss?? passer ceci, que j'ai dit que la lettre d??signe un assemblage. C'est ce qui est imprim?? dans le texte de l'??dition d??finitive ? laquelle les auteurs - comme vous le savez, ils sont multiples - ont fini par donner leur assentiment. Ils prennent bien soin de dire que les lettres d??signent des assemblages. C'est l? qu'est leur timidit?? et leur erreur - les lettres font les assemblages, les lettres sont, et non pas d??signent, ces assemblages, elles sont prises comme fonctionnant comme ces assemblages m??mes. Vous voyez qu'? conserver encore ce comme, je m'en tiens ? l'ordre de ce que j'avance quand je dis que l'inconscient est structur?? comme un langage. Je dis comme pour ne pas dire, j'y reviens toujours, que l'inconscient est 46 structur?? par un langage. L'inconscient est structur?? comme les assemblages dont il s'agit dans la th??orie des ensembles sont comme des lettres. Puisqu'il s'agit pour nous de prendre le langage comme ce qui fonctionne pour suppl??er l'absence de la seule part du r??el qui ne puisse pas venir ? se former de l'??tre, ? savoir le rapport sexuel, - quel support pouvons-??nous trouver ? ne lire que les lettres? C'est dans le jeu m??me de l'??crit math??matique que nous avons ? trouver le point d'orientation vers quoi nous diriger pour, de cette pratique, de ce lien social nouveau qui ??merge et singuli??rement s'??tend, le discours analytique, tirer ce qu'on peut en tirer quant ? la fonction du langage, de ce langage ? quoi nous faisons confiance pour que ce discours ait des effets, sans doute moyens, mais suffisamment supportables - pour que ce discours puisse supporter et compl??ter les autres discours. Depuis quelque temps, il est clair que le discours universitaire doit s'??crire uni - vers - Cyth??re, puisqu'il doit r??pandre l'??ducation sexuelle. Nous verrons ? quoi ??a aboutira. Il ne faut surtout pas y faire obstacle. Que de ce point de savoir, qui se pose exactement dans la situation autoritaire du sem??blant, quelque chose puisse se diffuser qui ait pour effet d'am??liorer les rapports des sexes, est assur??ment bien fait pour provoquer le sourire d'un analyste. Mais apr??s tout, qui sait? Nous l'avons dit d??j? , le sourire de l'ange est le plus b??te des sourires, il ne faut donc jamais s'en targuer. Mais il est clair que l'id??e m??me de d??mon??trer au tableau noir quelque chose qui se rapporte ? l'??ducation sexuelle ne para??t pas, du point de vue du discours de l'analyste, plein de promesses de bonnes rencontres ou de bonheur. S'il y a quelque chose qui, dans mes ??crits, montre que ma bonne orien??tation, puisque c'est celle dont j'essaie de vous convaincre, ne date pas d'hier, c'est bien qu'au lendemain d'une guerre, o?? rien ??videmment ne semblait promettre des lendemains qui chantent, j'aie ??crit de Temps logique et l'asser??tion de certitude anticip??e. On peut tr??s bien y lire, si on ??crit et pas seulement si l'on a de l'oreille, que la fonction de la h??te, c'est d??j? ce petit a qui la th??tise. J'ai mis l? en valeur le fait que quelque chose comme une inter??subjectivit?? peut aboutir ? une issue salutaire. Mais ce qui m??riterait d'??tre regard?? de plus pr??s est ce que supporte chacun des sujets non pas d'??tre un entre autres, mais d'??tre, par rapport aux deux autres, celui qui est l'enjeu de leur pens??e. Chacun n'intervenant dans ce ternaire qu'au titre de cet objet a qu'il est, sous le regard des autres. En d'autres termes, ils sont trois, mais en r??alit??, ils sont deux plus a. Ce deux plus a, au point du a, se r??duit, non pas aux deux autres, mais ? un Un plus a. Vous savez d'ailleurs que j'ai d??j? us?? de ces fonctions pour essayer de vous repr??senter l'inad??quat du rapport de l'Un ? l'Autre, et que j'ai d??j? donn?? pour support ? ce petit a le nombre irrationnel qu'est le nombre dit 47 d'or. C'est en tant que, du petit a, les deux autres sont pris comme Un plus a, que fonctionne ce qui peut aboutir ? une sortie dans la h??te. Cette identification, qui se produit dans une articulation ternaire, se fonde de ce qu'en aucun cas ne peuvent se tenir pour support deux comme tels. Entre deux, quels qu'ils soient, il y a toujours l'Un et l'Autre, le Un et le petit a, et l'Autre ne saurait, dans aucun cas, ??tre pris pour un Un. C'est tant que dans l'??crit se joue quelque chose de brutal, de prendre pour uns tous les uns qu'on voudra, que les impasses qui s'en r??v??lent sont par elles-m??mes, pour nous, un acc??s possible ? l'??tre, et une r??duction possible de la fonction de cet ??tre, dans l'amour. Je veux terminer en montrant par o?? le signe se diff??rencie du signifiant. Le signifiant ai-je dit, se caract??rise de repr??senter un sujet pour un autre signifiant. De quoi s'agit-il dans le signe? Depuis toujours, la th??orie cosmique de la connaissance, la conception du monde, fait ??tat de l'exemple fameux de la fum??e qu'il n'y a pas sans feu. Et pourquoi n'avancerai-je pas ici ce qu'il me semble? La fum??e peut ??tre aussi bien le signe du fumeur. Et m??me, elle .l'est toujours par essence. Il n'y a de fum??e que de signe du fumeur. Chacun sait que, si vous voyez une fum??e au moment o?? vous abordez une ??le d??serte, vous vous dites tout de suite qu'il y a toutes les chances qu'il y ait l? quelqu'un qui sache faire du feu. jusqu'? nouvel ordre, ce sera un autre homme. Le signe n'est donc pas le signe de quelque chose, mais d'un effet qui est ce qui se suppose en tant que tel d'un fonctionnement du signifiant. Cet effet est ce que Freud nous apprend, et qui est le d??part du discours analytique, ? savoir le sujet. Le sujet, ce n'est rien d'autre - qu'il ait ou non conscience de quel signi??fiant il est l'effet - que ce qui glisse dans une cha??ne de signifiants. Cet effet, le sujet, est l'effet interm??diaire entre ce qui caract??rise un signifiant et un autre signifiant, ? savoir d'??tre chacun, d'??tre chacun un ??l??ment. Nous ne connaissons pas d'autre support par o?? soit introduit dans le monde le Un, si ce n'est le signifiant en tant que tel, c'est-? -dire en tant que nous apprenons ? le s??parer de ses effets de signifi??. Dans l'amour, ce qui est vis??, c'est le sujet, le sujet comme tel, en tant qu'il est suppos?? ? une phrase articul??e, ? quelque chose qui s'ordonne ou peut s'ordonner d'une vie enti??re. Un sujet, comme tel, n'a pas grand-chose ? faire avec la jouissance. Mais, par contre, son signe est susceptible de provoquer le d??sir. L? est le ressort de l'amour. Le cheminement que nous essaierons de continuer dans les fois proches vous montrera o?? se rejoignent l'amour et la jouissance sexuelle. 16 JANVIER 1973. -48- V ARISTOTE ET FREUD L'AUTRE SATISFACTION Le tracas d??TAristote. Le d??faut de jouissance et la satisfaction du blablabla. Le d??veloppement, hypoth??se de ma??trise. La jouissance ne convient pas au rapport sexuel. Tous les besoins de l'??tre parlant sont contamin??s par le fait d'??tre impliqu??s dans une autre satisfaction - soulignez ces trois mots - ? quoi ils peuvent faire d??faut. Cette premi??re phrase que, en me r??veillant ce matin, j'ai mise sur le papier pour que vous l'??criviez - cette premi??re phrase emporte l'opposi??tion d'une autre satisfaction et des besoins - si tant est que ce terme dont le recours est commun puisse si ais??ment se saisir, puisque apr??s tout il ne se saisit qu'? faire d??faut ? cette autre satisfaction. L'autre satisfaction, vous devez l'entendre, c'est ce qui se satisfait au niveau de l'inconscient - et pour autant que quelque chose s'y dit et ne s'y dit pas, s'il est vrai qu'il est structur?? comme un langage. Je reprends l? ce ? quoi depuis un moment je me r??f??re, c'est ? savoir la jouissance dont d??pend cette autre satisfaction. celle qui se supporte du langage. I En traitant il y a longtemps, tr??s longtemps, de l'??thique de la psychana??lyse, je suis parti de rien de moins que de l'??thique ? Nicomaque d'Aristote. ??a peut se lire. Il n'y a qu'un malheur pour un certain nombre ici, c'est que ??a ne peut pas se lire en fran??ais. C'est manifestement intraduisible. Il y avait chez Garnier autrefois une chose qui a pu me faire croire qu'il y avait une traduction, d'un nomm?? Voilquin. C'est un universitaire, ??videmment. Ce n'est pas de sa faute si le grec ne se traduit pas en fran??ais. Les choses se sont condens??es de fa??on telle qu'on ne vous donne plus chez Garnier, qui 49 s'est en plus r??uni ? Flammarion, que le texte fran??ais - je dois dire que les ??diteurs m'enragent. Vous vous apercevez alors, quand vous lisez ??a sans le grec en regard, que vous n'en sortez pas. C'est ? proprement parler inintel??ligible. Tout art et toute recherche, de m??me que toute action et toute d??lib??ration r??fl??chie - quel rapport entre ces quatre trucs-l? ? - tendent semble-t-il vers quelque bien. Aussi a-t-on eu parfois parfaitement raison de d??finir le bien : ce d quoi on tend en toutes circonstances. Toutefois - ??a vient ici comme un cheveu sur la soupe, on n'en a pas encore parl?? - il para??t bien qu'il y a une diff??rence entre les fins. Je d??fie quiconque de pouvoir ??clairer cette masse ??paisse sans d'abondants commentaires qui fassent r??f??rence au texte grec. Il est tout de m??me impossible de penser que c'est ainsi simplement parce qu'il s'agit de notes mal prises. Il vient, comme ??a, avec le temps, quelques lucioles dans l'esprit des commentateurs, il leur vient ? l'id??e que, s'ils sont forc??s de se donner tant de peine, il y a peut-??tre ? ??a une raison. Il n'est pas forc?? du tout qu'Aristote, ce soit impensable. J'y reviendrai. Pour moi, ce qui se trouvait ??crit, dactylographi?? ? partir de la st??no??graphie, de ce que j'avais dit de l'??thique, a paru plus qu'utilisable aux gens qui ? ce moment-l? s'occupaient de me d??signer ? l'attention de l'Interna??tionale de psychanalyse avec le r??sultat que l'on sait. Ils auraient bien aim?? que flottent quand m??me ces r??flexions sur ce que la psychanalyse comporte d'??thique. ??'aurait ??t?? tout profit -j'aurais fait, moi, plouf, et l'??thique de la psychanalyse aurait surnag??. Voil? un exemple de ceci, que le calcul ne suffit pas - j'ai emp??ch?? cette ??thique de para??tre. Je m'y suis refus?? ? partir de l'id??e que les gens qui ne veulent pas de moi, moi, je ne cherche pas ? les convaincre. Il ne faut pas convaincre. Le propre de la psychanalyse, c'est de ne pas vaincre, con ou pas. C'??tait quand m??me un s??minaire pas mal du tout, ? tout prendre. A l'??poque, quelqu'un qui ne participait pas du tout ? ce calcul de tout ? l'heure, l'avait r??dig??, comme ??a, franc-jeu comme argent, de tout c?"ur. Il en avait fait un ??crit, un ??crit de lui. Il ne songeait d'ailleurs pas du tout ? le ravir, et il l'aurait produit tel que, si j'avais bien voulu. Je n'ai pas voulu. C'est peut-??tre aujourd'hui, de tous les s??minaires que quelqu'un d'autre doit faire para??tre, le seul que je r??crirai moi-m??me, et dont je ferai un ??crit. Il faut bien que j'en fasse un, tout de m??me. Pourquoi ne pas choisir celui-l? ? Il n'y a pas de raison de ne pas se mettre ? l'??preuve, et de ne voir pas comment, ce terrain, dont Freud a fait son champ, d'autres le voyaient avant lui. C'est une fa??on autre d'??prouver ce dont il s'agit, ? savoir que ce terrain n'est pensable que gr??ce aux instruments dont on op??re, et que les seuls instruments dont se v??hicule le t??moignage sont des ??crits. Une ??preuve toute simple le rend sensible - ? la lire dans la traduction 50 fran??aise, l'??thique ? Nicomaque, vous n'y comprendrez rien, bien s??r, mais pas moins qu'? ce que je dis, donc ??a suffit quand m??me. Aristote, ce n'est pas plus compr??hensible que ce que je vous raconte. ??a l'est plut??t moins, parce qu'il remue plus de choses, et des choses qui nous sont plus lointaines. Mais il est clair que cette autre satisfaction dont je parlais ? l'instant, c'est exactement celle qui est rep??rable de surgir de quoi? - eh bien, mes bons amis, impossible d'y ??chapper si vous vous mettez au pied du truc - des universaux, du Bien, du Vrai, du Beau. Qu'il y ait ces trois sp??cifications donne un aspect path??tique ? l'approche qu'en font certains textes, ceux qui rel??vent d'une pens??e autoris??e, avec le sens entre guillemets que je donne ? ce terme, ? savoir une pens??e l??gu??e avec un nom d'auteur. C'est ce qui arrive avec certains textes qui nous viennent de ce que je regarde ? deux fois ? appeler une culture tr??s ancienne - ce n'est pas de la culture. La culture en tant que distincte de la soci??t??, ??a n'existe pas. La culture, c'est justement que ??a nous tient. Nous ne l'avons plus sur le dos que comme une vermine, parce que nous ne savons pas qu'en faire, sinon nous en ??pouiller. Moi, je vous conseille de la garder, parce que ??a chatouille et que ??a r??veille. ??a r??veillera vos sentiments qui tendent plut??t ? devenir un peu abrutis, sous l'influence des circonstances ambiantes, c'est-? -dire de ce que les autres, qui viendront apr??s, appelleront votre culture ? vous. Ce sera devenu pour eux de la culture parce que depuis longtemps vous serez l? -dessous, et avec vous tout ce que vous supportez de lien social. En fin de compte, il n'y a que ??a, le lien social. Je le d??signe du terme de discours parce qu'il n'y a pas d'autre moyen de le d??signer d??s qu'on s'est aper??u que le lien social ne s'instaure que de s'ancrer dans la fa??on dont le langage se situe et s'imprime, se situe sur ce qui grouille, ? savoir l'??tre parlant. Il ne faut pas s'??tonner que des discours ant??rieurs, et puis il y en aura d'autres, ne soient plus pensables pour nous, ou tr??s difficilement. De m??me que le discours que j'essaye, moi, d'amener au jour, il ne vous est pas tout de suite accessible de l'entendre, de m??me, d'o?? nous sommes, il n'est pas non plus tr??s facile d'entendre le discours d'Aristote. Mais est-ce que c'est une raison pour qu'il ne soit pas pensable? Il est tout ? fait clair qu'il l'est. C'est simplement quand nous imaginons qu'Aristote veut dire quelque chose que nous nous inqui??tons de ce qu'il entoure. Qu'est-ce qu'il prend dans son filet, dans son r??seau, qu'est-ce qu'il retire, qu'est-ce qu'il manie, ? quoi a-t-il affaire, avec qui se bat-il, qu'est-ce qu'il soutient, qu'est-ce qu'il tra??vaille, qu'est-ce qu'il poursuit? ??videmment, dans les quatre premi??res lignes que je viens de vous lire, vous entendez les mots, et vous supposez bien que ??a veut dire quelque chose, mais vous ne savez pas quoi, naturellement. Tout art, toute recherche, toute action - tout ??a qu'est-ce que ??a veut dire? Mais c'est bien parce 51 qu'Aristote en a mis beaucoup ? la suite, et que ??a nous parvient imprim?? apr??s avoir ??t?? recopi?? pendant longtemps, qu'on suppose qu'il y a quelque chose qui fait prise au milieu de tout ??a. C'est alors que nous nous posons la question, la seule - o?? est-ce que ??a les satisfaisait, des trucs comme ??a? Peu importe quel en fut alors l'usage. On sait que ??a se v??hiculait, qu'il y avait des volumes d'Aristote. ??a nous d??route, et tr??s pr??cis??ment en ceci - la question d'o?? est-ce que fa les satisfaisait? n'est traduisible que de cette fa??on - o?? est-ce qu'il y aurait eu faute d une certaine jouissance? Autrement dit, pourquoi, pourquoi est-ce qu'il se tracassait comme ??a? Vous avez bien entendu - faute, d??faut, quelque chose qui ne va pas, quelque chose d??rape dans ce qui manifestement est vis??, et puis ??a com??mence comme ??a tout de suite - le bien et le bonheur. Du bi, du bien, du ben??t! 2 La r??alit?? est abord??e avec les appareils de la jouissance. Voil? encore une formule que je vous propose, si tant est que nous cen??trions bien sur ceci que d'appareil; il n'y en a pas d'autre que le langage. C'est comme ??a que, chez l'??tre parlant, la jouissance est appareill??e. C'est ce que dit Freud, si nous corrigeons l'??nonc?? du principe du plaisir. Il l'a dit comme ??a parce qu'il y en avait d'autres qui avaient parl?? avant lui, et que c'??tait la fa??on qui lui paraissait la plus audible. C'est tr??s facile ? rep??rer, et la conjonction d'Aristote avec Freud aide ? ce rep??rage. Je pousse plus loin, au point o?? maintenant ??a peut se faire, en disant que l'inconscient est structur?? comme un langage. A partir de l? , ce langage s'??claire sans doute de se poser comme appareil de la jouissance. Mais inversement, peut-??tre la jouissance montre-t-elle qu'en elle-m??me elle est en d??faut - car, pour que ce soit comme ??a, il faut que quelque chose de son c??t?? boite. La r??alit?? est abord??e avec les appareils de la jouissance. ??a ne veut pas dire que la jouissance est ant??rieure ? la r??alit??. C'est l? aussi un point o?? Freud a pr??t?? ? malentendu quelque part - vous le trouverez dans ce qui est class?? en fran??ais comme les Essais de Psychanalyse - en parlant de d??veloppement. Il y a, dit Freud, un Lust-Ich avant un Real-Ich. C'est l? un glissement, un retour ? l'orni??re, cette orni??re que j'appelle le d??veloppement, et qui n'est qu'une hypoth??se de la ma??trise. Soi-disant que le b??b??, rien ? faire avec le Real-Ich, pauvre lardon, incapable de la moindre id??e de ce que c'est que le r??el. C'est r??serv?? aux gens que nous connaissons, ces adultes dont, par ailleurs, il est express??ment dit qu'ils ne peuvent jamais arriver ? se r??veiller - quand il arrive dans leur r??ve quelque chose qui menacerait de passer 52 au r??el, ??a les affole tellement qu'aussit??t ils se r??veillent, c'est-? -dire qu'ils continuent ? r??ver. Il suffit de lire, il suffit d'y ??tre un peu, il suffit de les voir vivre, il suffit de les avoir en psychanalyse, pour s'apercevoir ce que ??a veut dire, le d??veloppement. Quand on dit primaire et secondaire pour les processus, il y a peut-??tre l? une fa??on de dire qui fait illusion. Disons en tout cas que ce n'est pas parce qu'un processus est dit primaire - on peut bien les appeler comme on veut apr??s tout - qu'il appara??t le premier. Quant ? moi, je n'ai jamais regard?? un b??b?? en ayant le sentiment qu'il n'y avait pas pour lui de monde ext??rieur. Il est tout ? fait manifeste qu'il ne regarde que ??a, et que ??a l'excite, et ce, mon Dieu, dans la proportion exacte o?? il ne parle pas encore. A partir du moment o?? il parle, ? partir de ce moment-l? tr??s exactement, pas avant, je comprends qu'il y ait du refoulement. Le pro??cessus du Lust-Ich est peut-??tre primaire, pourquoi pas, il est ??videmment primaire d??s que nous commencerons ? penser, mais il n'est certainement pas le premier. Le d??veloppement se confond avec le d??veloppement de la ma??trise. C'est l? qu'il faut avoir un peu d'oreille, comme pour la musique - je suis m'??tre, je progresse dans la m'??trise, je suis m'??tre de moi comme de l'univers. C'est bien l? ce dont je parlais tout ? l'heure, le con-vaincu. L'uni??vers, c'est une fleur de rh??torique. Cet ??cho litt??raire pourrait peut-??tre aider ? comprendre que le moi peut ??tre aussi fleur de rh??torique, qui pousse du pot du principe du plaisir, que Freud appelle Lustprinzip, et que je d??finis de ce qui se satisfait du blablabla. C'est ??a que je dis quand je dis que l'inconscient est structur?? comme un langage. Il faut que je mette les points sur les i. L'univers - vous pouvez peut-??tre tout de m??me maintenant vous rendre compte, ? cause de la fa??on dont j'ai accentu?? l'usage de certains mots, le tout et le pas-tout, et leur application diff??rente dans les deux sexes - l'univers, c'est l? o??, de dire, tout r??ussit. Est-ce que je vais me mettre ? faire l? du William James? R??ussit ? quoi? Je peux vous dire la r??ponse, au point o??, avec le temps, j'esp??re avoir fini par vous faire arriver - r??ussit ? faire rater le rapport sexuel, de la fa??on m??le. Normalement, je devrais recueillir ici des ricanements - h??las, rien ne para??t. Les ricanements devraient vouloir dire - Ah, vous voil? donc pris, deux mani??res de la rater, l'affaire, le rapport sexuel. C'est comme ??a que se module la musique de l'??pithalame. L'??pithalame, le duo - il faut distinguer les deux -, l'alternance, la lettre d'amour, ce n'est pas le rapport sexuel. Ils tournent autour du fait qu'il n'y a pas de rapport sexuel. Il y a donc la fa??on m??le de tourner autour, et puis l'autre, que je ne d??signe pas autrement parce que c'est ??a que cette ann??e je suis en train 53 d'??laborer - comment, de la fa??on femelle, ??a s'??labore. ??a s'??labore du pas-tout. Seulement, comme jusqu'ici ??a n'a pas beaucoup ??t?? explor??, le pas-tout, ??a me donne ??videmment un peu de mal. L? -dessus, je vais vous en raconter une bien bonne pour vous distraire un peu. Au milieu de mes sports d'hiver, j'ai cru devoir, pour tenir une parole, me v??hiculer jusqu'? Milan par le chemin de fer, ce qui faisait une journ??e enti??re d'y aller. Bref, j'ai ??t?? ? Milan, et comme je ne peux pas ne pas rester au point o?? j'en suis, je suis comme ??a - j'ai dit que je referai l'??thique de la psychanalyse, mais c'est parce que je la r??extrais - j'avais donn?? ce titre absolument fou pour une conf??rence aux Milanais, qui n'ont jamais entendu parler de ??a, La psychanalyse dans sa r??f??rence au rapport sexuel. Ils sont tr??s intelligents. Ils ont tellement bien entendu qu'aussit??t, le soir m??me, dans le journal, c'??tait ??crit - Pour le docteur Lacan, les dames, les donne, n'existent pas ! C'est vrai, que voulez-vous, si le rapport sexuel n'existe pas, il n'y a pas de dames. Il y avait une personne qui ??tait furieuse, c'??tait une dame du MLF de l? -bas. Elle ??tait vraiment... je lui ai dit - Venez demain matin, je vous expliquerai de quoi il s'agit. Cette affaire du rapport sexuel, s'il y a un point d'o?? ??a pourrait s'??clairer, c'est justement du c??t?? des dames, pour autant que c'est de l'??laboration du pas-tout qu'il s'agit de frayer la voie. C'est mon vrai sujet de cette ann??e, derri??re cet Encore, et c'est un des sens de mon titre. Peut ??tre arriverai-je ainsi ? faire sortir du nouveau sur la sexualit?? f??minine. Il y a une chose qui de ce pas-tout donne un t??moignage ??clatant. Voyez comment, avec une de ces nuances, de ces oscillations de signification qui se produisent dans la langue, le pas-tout change de sens quand je vous dis - nos coll??gues les dames analystes, sur la sexualit?? f??minine elles ne nous disent... pas tout! C'est tout ? fait frappant. Elles n'ont pas fait avancer d'un bout la question de la sexualit?? f??minine. Il doit y avoir ? ??a une raison interne, li??e ? la structure de l'appareil de la jouissance. 3 J'en reviens ? ce que tout ? l'heure je me soulevais comme objections ? moi-m??me, bien tout seul, ? savoir qu'il y avait une fa??on de rater le rapport sexuel m??le, et puis une autre. Ce ratage est la seule forme de r??alisation de ce rapport si, comme je le pose, il n'y a pas de rapport sexuel. Donc dire tout r??ussit n'emp??che pas de dire pas-tout r??ussit, parce que c'est de la 54 m??me mani??re - ??a rate. Il ne s'agit pas d'analyser comment ??a r??ussit. Il s'agit de r??p??ter jusqu'? plus soif pourquoi ??a rate. ??a rate. C'est objectif. J'y ai d??j? insist??. C'est m??me tellement frappant que c'est objectif que c'est l? -dessus qu'il faut centrer, dans le discours analytique, ce qu'il en est de l'objet. Le ratage, c'est l'objet. Je l'ai d??j? dit depuis longtemps, le bon et le mauvais objet, en quoi ils dirent. Il y a le bon, il y a le mauvais, oh l? l? ! Justement, aujourd'hui, j'essaie d'en partir, de ce qui a affaire avec le bon, le bien, et de ce qu'??nonce Freud. L'objet, c'est un rat??. L'essence de l'objet, c'est le ratage. Vous remarquerez que j'ai parl?? de l'essence, tout comme Aristote. Et apr??s? ??a veut dire que ces vieux mots sont tout ? fait utilisables. Dans un temps o?? je pi??tinais moins qu'aujourd'hui, c'est ? cela que je suis pass?? tout de suite apr??s Aristote. J'ai dit que, si quelque chose avait un peu a??r?? l'atmosph??re apr??s tout ce pi??tinement grec autour de l'eud??monisme, c'??tait bien la d??couverte de l'utilitarisme. ??a n'a fait sur les auditeurs que j'avais alors ni chaud ni froid, parce que l'utilitarisme, ils n'en avaient jamais entendu parler - de sorte qu'ils ne pouvaient pas faire d'erreur, et qu'ils ne pouvaient pas croire que c'??tait le recours ? l'utilitaire. Je leur ai expliqu?? ce que c'??tait que l'utilitarisme au niveau de Bentham, c'est-? -dire pas du tout ce qu'on croit, et qu'il faut pour le comprendre lire la Theory of Fictions. L'utilitarisme, ??a ne veut pas dire autre chose que ??a - les vieux mots, ceux qui servent d??j? , c'est ? quoi ils servent qu'il faut penser. Rien de plus. Et ne pas s'??tonner du r??sultat quand on s'en sert. On sait ? quoi ils servent, ? ce qu'il y ait la jouissance qu'il faut. A ceci pr??s que - ??quivoque entre faillir et falloir - la jouissance qu'il faut est ? traduire la jouissance qu'il ne faut pas. Oui, j'enseigne l? quelque chose de positif: Sauf que ??a s'exprime par une n??gation. Et pourquoi ne serait-ce pas aussi positif qu'autre chose? Le n??cessaire - ce que je vous propose d'accentuer de ce mode - est ce qui ne cesse pas, de quoi?- de s'??crire. C'est une tr??s bonne fa??on de r??partir au moins quatre cat??gories modales. je vous expliquerai ??a une autre fois, mais je vous en donne un petit bout de plus pour cette fois-ci. Ce qui ne cesse pas de ne pas s'??crire, c'est une cat??gorie modale qui n'est pas celle que vous auriez attendue pour s'opposer au n??cessaire, qui aurait ??t?? plut??t le contingent. Figurez-vous que le n??cessaire est conjugu?? ? l'impossible, et que ce ne cesse pas de ne pas s'??crire, c'en est l'articulation. Ce qui se produit, c'est la jouissance qu'il ne faudrait pas. C'est l? le corr??lat de ce qu'il n'y ait pas de rapport sexuel, et c'est le substantiel de la fonction phallique. Je reprends maintenant au niveau du texte. C'est la jouissance qu'il ne faudrait pas - conditionnel. Ce qui nous sugg??re pour son emploi la 55 protase, l'apodose. S'il n'y avait pas ??a, ??a irait mieux - conditionnel dans la seconde partie. C'est l? implication mat??rielle, celle dont les Sto??ciens se sont aper??us que c'??tait peut-??tre ce qu'il y avait de plus solide dans la logique. La jouissance donc, comment allons-nous exprimer ce qu'il ne faudrait pas ? son propos, sinon par ceci - s'il y en avait une autre que la jouissance phallique, il ne faudrait pas que ce soit celle-l? . C'est tr??s joli. Il faut user, mais user vraiment, user jusqu'? la corde de choses comme ??a, b??tes comme chou, des vieux mots. C'est ??a, l'utilita??risme. Et ??a a permis un grand pas pour d??coller des vieilles histoires d'uni??versaux o?? on ??tait engag?? depuis Platon et Aristote, qui avaient tra??n?? pendant tout le Moyen Age, et qui ??touffaient encore Leibniz, au point qu'on se demande comment il a ??t?? aussi intelligent. l S'il y en avait une autre, il ne faudrait pas que ce soit celle-l? . Qu'est-ce que ??a d??signe, celle-l? ? Est-ce que ??a d??signe ce qui, dans la phrase, est l'autre, ou celle d'o?? nous sommes partis pour d??signer cette autre comme autre? Ce que je dis l? se soutient au niveau de l'implication mat??rielle parce que la premi??re partie d??signe quelque chose de faux - S'il y en avait une autre, mais il n'y en a pas d'autre que la jouissance phallique - sauf celle sur laquelle la femme ne souffle mot, peut-??tre parce qu'elle ne la conna??t pas, celle qui la fait pas-toute. Il est faux qu'il y en ait une autre, ce qui n'emp??che pas la suite d'??tre vraie, ? savoir qu'il ne faudrait pas que ce soit celle-l? . Vous voyez que c'est tout ? fait correct. Quand le vrai se d??duit du faux, c'est valable. ??a colle, l'implication. La seule chose qu'on ne peut pas admettre, c'est que du vrai suive le faux. Pas mal foutue, la logique. Qu'ils se soient aper??us de ??a tout seuls, ces Sto??ciens, c'est fort. Il ne faut pas croire que c'??taient des choses qui n'avaient pas de rapport avec la jouissance. Il suffit de r??habiliter ces termes. Il est faux qu'il y en ait une autre. Cela ne nous emp??chera pas de jouer une fois de plus de l'??quivoque, ? partir de faux, et de dire qu'il ne faudrait pas que ce soit celle-l? . Supposez qu'il y en ait une autre - mais juste??ment il n'y en a pas. Et, du m??me coup, c'est pas parce qu'il n'y en a pas, et que c'est de ??a que d??pend le il ne faudrait pas, que le couperet n'en tombe pas moins sur celle dont nous sommes partis. Il faut que celle-l? soit, faute -entendez-le comme culpabilit?? - faute de l'autre, qui n'est pas. Cela nous ouvre lat??ralement, je vous le dis au passage, un petit aper??u qui a tout son poids dans une m??taphysique. Il peut arriver des cas o??, au lieu que ce soit nous qui allions chercher un truc pour nous rassurer dans cette mangeoire de la m??taphysique, nous puissions, nous aussi, lui refiler quelque chose. Eh bien, que le non-??tre ne soit pas, il ne faut pas oublier que cela est port?? par la parole au compte de l'??tre dont c'est la faute. C'est 56 vrai que c'est sa faute, parce que si l'??tre n'existait pas, on serait bien plus tranquille avec cette question du non-??tre, et c'est donc bien m??rit?? qu'on le lui reproche, et qu'il soit en faute. C'est bien pour ??a aussi - et c'est ce qui me met en rage ? l'occasion, c'est de l? que je suis parti d'ailleurs, je suppose que vous ne vous en souve??nez pas - que quand je m'oublie au point de p'oublier, c'est-? -dire de tout-blier ??" il y a du tout l? -dedans - je m??rite d'??coper que ce soit de moi qu'on parle, et pas du tout de mon livre. Exactement comme ??a se passait ? Milan. Ce n'est peut-??tre pas tout ? fait de moi qu'on parlait quand on disait que pour moi les dames n'existent pas, mais ce n'??tait certainement pas de ce que je venais de dire. En somme cette jouissance, si elle vient ? celui qui parle, et pas pour rien, c'est parce que c'est un petit pr??matur??. Il a quelq6e chose ? faire avec ce fameux rapport sexuel dont il n'aura que trop l'occasion de s'apercevoir qu'il n'existe pas. C'est donc bien plut??t en second qu'en premier. Dans Freud, il y en a des traces. S'il a parl?? d' Urverdr??ngung, de refoulement primordial, c'est bien parce que justement le vrai, le bon, le refoulement de tous les jours, n'est pas premier - il est second. On la refoule, ladite jouissance, parce qu'il ne convient pas qu'elle soit dite, et ceci pour la raison justement que le dire n'en peut ??tre que ceci -comme jouissance, elle ne convient pas. Je l'ai d??j? avanc?? tout ? l'heure par ce biais qu'elle n'est pas celle qu'il faut, mais celle qu'il ne faut pas. Le refoulement ne se produit qu'? attester dans tous les dires, dans le moindre des dires, ce qu'implique ce dire que, je viens d'??noncer, que la jouissance ne convient pas - non decet - au rapport sexuel. A cause de ce qu'elle parle, ladite jouissance, lui, le rapport sexuel, n'est pas. C'est bien pour ??a qu'elle fait mieux de se taire, avec le r??sultat que ??a rend l'absence m??me du rapport sexuel encore un peu plus lourde. Et c'est bien pour ??a qu'en fin de compte, elle ne se tait pas et que le premier effet du refoulement, c'est qu'elle parle d'autre chose. C'est ce qui fait de la m??taphore le ressort. Voil? . Vous voyez le rapport de tout ??a avec l'utilit??. C'est utilitaire. ??a vous rend capable de servir ? quelque chose, et cela faute de savoir jouir autrement qu'? ??tre joui, ou jou??, puisque c'est justement la jouis??sance qu'il ne faudrait pas. 4 C'est ? partir de ce pas ? pas qui m'a fait aujourd'hui scander quelque chose d'essentiel, qu'il nous faut aborder cet ??clairage que peuvent prendre l'un de l'autre Aristote et Freud. Il nous faut interroger comment leurs dires pourraient bien s'??pingler, se traverser l'un l'autre. 57 Aristote au livre sept de ladite ??thique ? Nicomaque pose la question du plaisir. Ce qui lui para??t le plus s??r, ? se r??f??rer ? la jouissance, ni plus ni moins, c'est que le plaisir ne peut que se distinguer des besoins, de ces besoins dont je suis parti dans ma premi??re phrase, et dont il encadre ce dont il s'agit dans la g??n??ration. Les besoins se rapportent au mouvement. Aristote, en effet, a mis au centre de son monde - ce monde qui a main??tenant ? jamais foutu le camp ? vau-l'eau - le moteur immobile, apr??s quoi vient imm??diatement le mouvement qu'il cause, et un peu plus loin encore ce q,.ai na??t et ce qui meurt, ce qui s'engendre et se corrompt. C'est l? que les besoins se situent. Les besoins, ??a se satisfait par le mouvement. Chose ??trange, comment se fait-il que nous devions retrouver ??a sous la plume de Freud, mais dans l'articulation du principe du plaisir? Quelle ??quivoque fait que, dans Freud, le principe du plaisir ne s'??voque que de ce qui vient d'excitation, et de ce que cette excitation provoque de mou??vement pour s'y d??rober? ??trange que ce soit l? ce que Freud ??nonce comme principe du plaisir, alors que dans Aristote, ce peut ??tre consi??d??r?? que comme une att??nuation de peine, et s??rement pas comme un plaisir. Si Aristote vient ? ??pingler quelque part ce qu'il en est du plaisir, ce ne saurait ??tre que dans ce qu'il appelle energeia, une activit??. Chose tr??s ??trange, le premier des exemples qu'il en donne, et non sans coh??rence, c'est le voir - c'est o?? pour lui r??side le plaisir supr??me, celui qu'il distingue du niveau de la genesiV, de la g??n??ration de quelque chose, celui qui se produit du c?"ur, du centre du pur plaisir. Nulle peine n'a besoin de pr??c??der le fait que nous voyons pour que voir soit un plaisir. C'est amusant qu'ayant pos?? ainsi la question, il lui faille mettre en avant quoi? - ce que le fran??ais ne peut traduire autrement, faute de mot qui ne soit ??quivoque, que par l??Todorer. Aristote met ici sur le m??me plan l'ol??faction et la vision. Si oppos?? que ce second sens semble au premier, le plaisir s'en trouve, dit-il, support??. Il y ajoute troisi??mement l'entendre. Nous arrivons tout pr??s de 13 h 45. Pour vous rep??rer dans la voie o?? nous avan??ons, souvenez-vous du pas que nous avons fait tout ? l'heure, en formulant que la jouissance se r??f??re centralement ? celle-l? qu'il ne faut pas, qu'il ne faudrait pas pour qu'il y ait du rapport sexuel, et y reste tout enti??re accroch??e. Eh bien, ce qui surgit sous l'??pinglage dont le d??signe Aristote, c'est tr??s exactement ce que l'exp??rience analytique nous permet de rep??rer comme ??tant, d'au moins un c??t?? de l'identification sexuelle, du c??t?? m??le, l'objet ??", l'objet qui se met ? la place de ce qui, de l'Autre, ne saurait ??tre aper??u. C'est pour autant que l'objet a joue quelque part - et d'un d??part, d'un seul, du m??le ??" le r??le de ce qui vient ? la place du parte??naire manquant, que se constitue ce que nous avons l'usage de voir surgir aussi ? la place du r??el, ? savoir le fantasme. 58 Je suis presque au regret d'en avoir de cette fa??on dit assez, ce qui veut toujours dire trop. Car il faut voir la diff??rence radicale de ce qui se produit de l'autre c??t??, ? partir de la femme. La prochaine fois, j'essaierai d'??noncer d'une fa??on qui se tienne - et soit assez compl??te pour que vous puissiez vous en supporter le temps que durera ensuite la reprise, c'est-? -dire un demi-mois - que, du c??t?? de la femme - mais marquez ce la du trait oblique dont je d??signe ce qui doit se barrer - du c??t?? de La(barr??) femme, c'est d'autre chose que de l'objet a qu'il s'agit dans ce qui vient ? suppl??er ce rapport sexuel qui n'est pas. 13 F??VRIER 1973. -59- -60- VI DIEU ET LA JOUISSANCE DE LA(barr??) FEMME Lire-aimer, ha??r. Les mat??rialistes. Jouissance de l'??tre. Le m??le, pervers polymorphe. Les mystiques. Il y a longtemps que je d??sirerais vous parler en me promenant un petit peu entre vous. Aussi esp??rais-je, je peux bien vous l'avouer, que les vacances dites scolaires auraient ??clairci votre assistance. Puisque cette satisfaction m'est refus??e, j'en reviens ? ce dont je suis parti la derni??re fois, que j'ai appel?? une autre satisfaction, la satisfaction de la parole. Une autre satisfaction, c'est celle qui r??pond ? la jouissance qu'il fallait juste, juste pour que ??a se passe entre ce que j'abr??gerai de les appeler l'homme et la femme. C'est-? -dire celle qui r??pond ? la jouissance phal??lique. Notez ici la modification qu'introduit ce mot - juste. Ce juste, ce juste??ment est un tout juste, un tout juste r??ussi, ce qui donne l'envers du rat?? - ??a r??ussit tout juste. Nous voyons d??j? l? justifi?? ce qu'Aristote apporte de la notion de la justice comme le juste milieu. Peut-??tre certains d'entre vous ont-ils vu, quand j'ai introduit ce tout qui est dans tout juste, que j'ai fait l? une sorte de contournement pour ??viter le mot de prosdiorisme, qui d??signe ce tout, qui ne manque dans aucune langue. Eh bien, que ce soit le prosdiorisme, le tout, qui vienne en l'occasion ? nous faire glisser de la justice d'Aristote ? la justesse, ? la r??ussite de justesse, c'est bien l? ce qui me l??gitime d'avoir d'abord produit cette entr??e d'Aristote. En effet, n'est-ce pas, ??a ne se comprend pas tout de suite comme ??a. Si Aristote ne se comprend pas si ais??ment, en raison de la distance qui nous s??pare de lui, c'est bien l? ce qui me justifiait quant ? moi ? vous dire que lire ne nous oblige pas du tout ? comprendre. Il faut lire d'abord. 61 I C'est ce qui fait qu'aujourd'hui, et d'une fa??on qui appara??tra peut-??tre ? certains de paradoxe, je vous conseillerai de lire un livre dont le moins qu'on puisse dire est qu'il me concerne. Ce livre s'appelle le Titre de la lettre, et il est paru aux ??ditions Galil??e, collection A la lettre. Je ne vous en dirai pas les auteurs, qui me semblent en l'occasion jouer plut??t le r??le de sous-??fifres. Ce n'est pas pour autant diminuer leur travail, car je dirai que, quant ? moi, c'est avec la plus grande satisfaction que je l'ai lu. Je d??sirerai soumettre votre auditoire ? l'??preuve de ce livre, ??crit dans les plus mauvaises inten??tions, comme vous pourrez le constater ? la trentaine de derni??res pages. Je ne saurais trop en encourager la diffusion. le peux dire d'une certaine fa??on que, s'il s'agit de lire, je n'ai jamais ??t?? si bien lu - avec tellement d'amour. Bien s??r, comme il s'av??re par la chute du livre, c'est un amour dont le moins qu'on puisse dire est que sa doublure habituelle dans la th??orie analytique n'est pas sans pouvoir ??tre ??voqu??e. Mais c'est trop dire. Peut-??tre m??me est-ce trop en dire que de mettre l? -dedans, d'une fa??on quelconque, les sujets. Ce serait peut-??tre trop les reconna??tre en tant que sujets que d'??voquer leurs sentiments. Disons donc que c'est un mod??le de bonne lecture, au point que je peux dire que je regrette de n'avoir jamais obtenu, de ceux qui me sont proches, rien qui soit ??quivalent. Les auteurs ont cru devoir se limiter - et, mon Dieu, pourquoi ne pas les en complimenter, puisque la condition d'une lecture, c'est ??videmment qu'elle s'impose ? elle-m??me des limites - ? un article recueilli dans mes Ecrits, qui s'appelle l'Instance de la lettre. Partant de ce qui me distingue de Saussure, et qui fait que je l'ai, comme ils disent, d??tourn??, ils m??nent, de fil en aiguille, ? cette impasse que je d??signe concernant ce qu'il en est dans le discours analytique de l'abord de la v??rit?? et de ses paradoxes. C'est l? sans doute quelque chose qui ? la fin, et je n'ai pas autrement ? le sonder, ??chappe ? ceux qui se sont impos?? cet extraordinaire travail. Tout se passe comme si c'??tait justement de l'impasse o?? mon discours est fait pour les mener qu'ils se tiennent quittes, et qu'ils se d??clarent - ou me d??clarent, ce qui revient au m??me au point o?? ils en parviennent - ??tre quinauds. Il se trouve tout ? fait indiqu?? par l? que vous vous affrontiez vous-m??mes ? leurs conclusions, dont vous verrez qu'on peut les qualifier de sans-g??ne. Jusqu'? ces conclusions, le travail se poursuit d'une fa??on o?? je ne puis reconna??tre qu'une valeur d'??claircis??sement tout ? fait saisissante - si cela pouvait par hasard ??claircir un peu 62 vos rangs, je n'y verrais pour moi qu'avantages, mais apr??s tout, je ne suis pas s??r - pourquoi, puisque vous ??tes toujours ici aussi nombreux, ne pas vous faire confiance? - que rien enfin vous rebute. A part, donc, ces trente ou vingt derni??res pages - ? la v??rit??, ce sont celles-l? seulement que j'ai lues en diagonale - les autres vous seront d'un confort que, somme toute, je peux vous souhaiter. 2 L? -dessus, je poursuis ce que j'ai aujourd'hui ? vous dire, c'est ? savoir, articuler plus loin la cons??quence de ce fait qu'entre les sexes chez l'??tre parlant le rapport ne se fait pas, pour autant que c'est ? partir de l? seulement que se peut ??noncer ce qui, ? ce rapport, suppl??e. Il y a longtemps que j'ai scand?? d'un certain Y a d' l'Un ce qui fait le pre??mier pas dans cette d??marche. Ce Y a d' l'Un n'est pas simple - c'est le cas de le dire. Dans la psychanalyse, ou plus exactement dans le discours de Freud, cela s'annonce de l'??ros d??fini comme fusion qui du deux fait un, de l'??ros qui, de proche en proche, est cens?? tendre ? ne faire qu'un d'une multitude immense. Mais, comme il est clair que m??me vous tous, tant que vous ??tes ici, multitude assur??ment, non seulement ne faites pas un, mais n'avez aucune chance d'y parvenir - comme il ne se d??montre que trop, et tous les jours, f??t-ce ? communier dans ma parole - il faut bien que Freud fasse surgir un autre facteur ? faire obstacle ? cet ??ros universel, sous la forme du Thanatos, la r??duction ? la poussi??re. C'est ??videmment m??taphore permise ? Freud par la bienheureuse d??cou??verte des deux unit??s du germen, l'ovule et le spermatozo??de, dont gros??si??rement l'on pourrait dire que c'est de leur fusion que s'engendre quoi? - un nouvel ??tre. A ceci pr??s que la chose ne va pas sans une m??iose, sans une soustraction tout ? fait manifeste, au moins pour l'un des deux, juste d'avant le moment m??me o?? la conjonction se produit, une soustraction de certains ??l??ments qui ne sont pas pour rien dans l'op??ration finale. Mais la m??taphore biologique est assur??ment ici encore beaucoup moins qu'ailleurs, ce qui peut suffire ? nous conforter. Si l'inconscient est bien ce que je dis, d'??tre structur?? comme un langage, c'est au niveau de la langue qu'il nous faut interroger cet Un. Cet Un, la suite des si??cles lui a fait r??so??nance infinie. Ai-je besoin ici d'??voquer les n??o-platoniciens? Peut-??tre aurai-je encore tout ? l'heure ? mentionner tr??s rapidement cette aventure, puisque ce qu'il me faut aujourd'hui, c'est tr??s proprement d??signer d'o?? la chose, non seulement peut, mais doit ??tre prise de notre discours, et de ce renouvellement qu'apporte dans le domaine de l'??ros notre exp??rience. Il faut bien partir de ceci que ce Y a d' l'Un est ? prendre de l'accent qu'il 63 y a de l'Un tout seul. C'est de l? que se saisit le nerf de ce qu'il nous faut bien appeler du nom dont la chose retentit tout au cours des si??cles, ? savoir l'amour. Dans l'analyse, nous n'avons affaire qu'? ??a, et ce n'est pas par une autre voie qu'elle op??re. Voie singuli??re ? ce qu'elle seule ait permis de d??gager ce dont, moi qui vous parle, j'ai cru devoir supporter le transfert, en tant qu'il ne se distingue pas de l'amour, de la formule le sujet suppos?? savoir. Je ne puis pas manquer de marquer la r??sonance nouvelle que peut pren??dre pour vous ce terme de savoir. Celui ? qui je suppose le savoir, je l'aime. Tout ? l'heure, vous m'avez vu flotter, reculer, h??siter ? verser d'un sens ou d?? l'autre, du c??t?? de l'amour ou de ce qu'on appelle la haine, lorsque je vous invitais de fa??on pressante ? prendre part ? une lecture dont la pointe est faite express??ment pour me d??consid??rer - ce qui n'est certes pas devant quoi peut reculer quelqu'un qui ne parle en somme que de la d??-sid??ration, et qui ne vise rien d'autre. C'est que, l? o?? cette pointe para??t aux auteurs soutenable, c'est justement d'une d??-supposition de mon savoir. Si j'ai dit qu'ils me ha??ssent, c'est qu'ils me d??-supposent le savoir. Et pourquoi pas? Pourquoi pas, s'il s'av??re que ce doit ??tre l? la condition de ce que j'ai appel?? la lecture? Apr??s tout, que puis-je pr??sumer de ce que savait Aristote? Peut-??tre le lirais-je mieux ? mesure que ce savoir, je le lui supposerai moins. Telle est la condition d'une stricte mise ? l'??preuve de la lecture, et c'est celle dont je ne m'esquive pas. Ce qu'il nous est offert de lire par ce qui, du langage, existe, ? savoir ce qui vient ? se tramer d'effet de son ravinement - c'est ainsi que j'en d??finis l'??crit ??" ne peut ??tre m??connu. Aussi serait-il d??daigneux de ne pas au moins faire ??cho ? ce qui, au cours des ??ges, s'est ??labor?? sur l'amour, d'une pens??e qui s'est appel??e - je dois dire improprement - philosophique. Je ne vais pas faire ici une revue g??n??rale de la question. Il me semble que, vu le genre de t??tes que je vois ici faire flocon, vous devez avoir entendu dire que, du c??t?? de la philosophie, l'amour de Dieu a tenu une certaine place. Il y a l? un fait massif dont, au moins lat??ralement, le discours analytique ne peut pas ne pas tenir compte. Je rappellerai ici un mot qui fut dit apr??s que j'ai ??t??, comme on s'exprime dans ce livret, exclu de Sainte-Anne - en fait, je n'ai pas ??t?? exclu, je me suis retir??, c'est tr??s diff??rent, mais qu'importe, nous n'en sommes pas l? , d'autant plus que le terme d'exclu a dans notre topologie toute son importance. Des personnes bien intentionn??es - c'est bien pire que celles qui le sont mal - se sont trouv??es surprises d'avoir ??cho que je mettais entre l'homme et la femme un certain Autre qui avait bien l'air d'??tre le bon vieux Dieu de toujours. Ce n'??tait qu'un ??cho, dont elles se faisaient les v??hicules b??n????voles. Ces personnes ??taient, mon Dieu, il faut bien le dire, de la pure tradition philosophique, et de celles qui se r??clament du mat??rialisme - c'est 64 bien en cela que je la dis pure, car il n'y a rien de plus philosophique que le mat??rialisme. Le mat??rialisme se croit oblig??, Dieu sait pourquoi c'est le cas de le dire, d'??tre en garde contre ce Dieu dont j'ai dit qu'il a domin?? dans la philosophie tout le d??bat de l'amour. Aussi ces personnes, ? l'inter??vention chaleureuse de qui je devais une audience renouvel??e, manifes??taient-elles une certaine g??ne. Pour moi, il me para??t sensible crue l'Autre, avanc?? au temps de l'Instance de la lettre comme lieu de la parole, ??tait une fa??on, je ne peux pas dire de la??ciser, mais d'exorciser le bon vieux Dieu. Apr??s tout, il y a bien des gens qui me font compliment d'avoir su poser dans un de mes derniers s??minaires que Dieu n'existait pas. ??videmment, ils entendent - ils entendent, mais h??las, ils comprennent, et ce qu'ils comprennent est un peu pr??cipit??. Je m'en vais peut-??tre plut??t vous montrer aujourd'hui en quoi justement il existe, ce bon vieux Dieu. Le mode sous lequel il existe ne plaira peut-??tre pas ? tout le monde, et notamment pas aux th??ologiens qui sont, je l'ai dit depuis longtemps, bien plus forts que moi ? se passer de son existence. Malheureusement, je ne suis pas tout ? fait dans la m??me position, parce que j'ai affaire ? l'Autre. Cet Autre, s'il n'y en a qu'un tout seul, doit bien avoir quelque rapport avec ce qui appara??t de l'autre sexe. L? -dessus, je ne me suis pas refus??, dans cette ann??e que j'??voquais la der??ni??re fois, de l'??thique de la psychanalyse, ? me r??f??rer ? l'amour courtois. Qu'est-ce que c'est? C'est une fa??on tout ? fait raffin??e de suppl??er ? l'absence de rapport sexuel, en feignant que c'est nous qui y mettons obstacle. C'est vraiment la chose la plus formidable qu'on ait jamais tent??e. Mais comment en d??noncer la feinte? Au lieu d'??tre l? ? flotter sur le paradoxe que l'amour courtois soit apparu ? l'??poque f??odale, les mat??rialistes devraient y voir une magnifique occa??sion de, montrer au contraire comment il s'enracine dans le discours de la f??alit??, de la fid??lit?? ? la personne. Au dernier terme, la personne, c'est tou??jours le discours du ma??tre. L'amour courtois, c'est pour l'homme, dont la dame ??tait enti??rement, au sens le plus servile, la sujette, la seule fa??on de se tirer avec ??l??gance de l'absence du rapport sexuel. C'est dans cette voie que j'aurai affaire - plus tard, car il me faut aujour??d'hui fendre un certain champ - ? la notion de l'obstacle, ? ce qui, dans Aristote - malgr?? tout, je pr??f??re Aristote ? Geoffrey Rudel - s'appelle justement l'obstacle, l??TenstasiV. Mes lecteurs - dont, je vous le r??p??te, il faut tous que vous achetiez tout ? l'heure le livre - mes lecteurs ont m??me trouv?? ??a. L'instance, ils l'inter??rogent avec un soin, une pr??caution... - je vous le dis, je n'ai jamais vu un seul de mes ??l??ves faire un travail pareil, h??las, personne ne prendra jamais au s??rieux ce que j'??cris, sauf bien entendu ceux dont j'ai dit tout ? l'heure 65 qu'ils me ha??ssent sous pr??texte qu'ils me d??-supposent le savoir. Ils ont ??t?? jusqu'? d??couvrir l'enstasiV, l'obstacle logique aristot??licien, que j'avais gard?? pour la bonne bouche. Il est vrai qu'ils ne voient pas le rapport. Mais ils sont tellement bien habitu??s ? travailler, surtout quand quelque chose les anime - le d??sir par exemple de d??crocher une ma??trise, c'est le cas de le dire plus que jamais - qu'ils ont sorti ??a; dans la note de la page 28-29. Vous consulterez Aristote, et vous saurez tout quand j'aborderai enfin cette histoire de l'enstasiV. Vous pourrez lire ? la suite le morceau de la Rh??torique et les deux morceaux des Topiques qui vous permettront de savoir en clair ce que je veux dire quand j'essaierai de r??int??grer dans Aristote mes quatre formules, le $x. -Fx [le signe -, doit ??tre compris plac?? sur la lettre F] et la suite. Enfin, pour en finir l? -dessus, pourquoi les mat??rialistes, comme on dit, s??Tindigneraient-ils que je mette, pourquoi pas, Dieu en tiers dans l'affaire de l'amour humain? M??me les mat??rialistes, il leur arrive quand m??me d'en conna??tre un bout sur le m??nage ? trois, non? Alors essayons d'avancer. Essayons d'avancer sur ce qui r??sulte de ceci, que rien ne t??moigne que je ne sache pas ce que j'ai ? dire l? ici o?? je vous parle. Ce qui ouvre d??s le d??part de ce livre un d??calage qui se poursuivra jusqu'? la fin, c'est qu'il me suppose - et avec ??a, on peut tout faire - une ontologie ou, ce qui revient au m??me, un syst??me. L'honn??tet?? fait quand m??me que, dans le diagramme circulaire o??, soi-disant, se noue ce que j'avance de l'instance de la lettre, c'est en lignes pointill??es - ? jute titre, car ils ne p??sent gu??re - que sont mis dans ce livre tous mes ??nonc??s enveloppant les noms des principaux philosophes dans l'ontologie g??n??rale desquels j'ins??rerais mon pr??tendu syst??me. Pour??tant, il ne peut pas ??tre ambigu qu'? l'??tre tel qu'il se soutient dans la tradi??tion philosophique, c'est-? -dire qui s'assoit dans le penser lui-m??me cens?? en ??tre le corr??lat, j'oppose que nous sommes jou??s par la jouissance. La pens??e est jouissance. Ce qu'apporte le discours analytique, c'est ceci, qui ??tait d??j? amorc?? dans la philosophie de l'??tre - il y a jouissance de l'??tre. Si je vous ai parl?? de l'??thique ? Nicomaque, c'est justement parce que la trace y est. Ce que cherche Aristote, et cela a ouvert la voie ? tout ce qu'il a ensuite tra??n?? apr??s lui, c'est ce qu'est la jouissance de l'??tre. Un Saint Thomas n'aura ensuite aucune peine ? en forger la th??orie physique de l'amour comme l'appelle l'abb?? Rousselot dont je vous ai parl?? la derni??re fois - c'est ? savoir qu'apr??s tout, le premier ??tre dont nous ayons bien le sentiment, c'est notre ??tre, et tout ce qui est pour le bien de notre ??tre sera, de ce fait, jouissance de l'?Stre Supr??me, c'est-? -dire de Dieu. Pour tout dire, en aimant Dieu, c'est nous-m??mes que nous aimons, et ? nous aimer d'abord nous-m??mes ??" charit?? bien ordonn??e, comme on dit - nous faisons ? Dieu l'hommage qui convient. 66 L'??tre - si l'on veut ? tout prix que je me serve de ce terme - l'??tre que j'oppose ? cela - et dont est forc?? de t??moigner d??s ses premi??res pages de lecture, simplement lecture, ce petit volume - c'est l'??tre de la signifiance. Et je ne vois pas en quoi c'est d??choir aux id??aux du mat??rialisme - je dis aux id??aux parce que c'est hors des limites de son ??pure - que de reconna??tre la raison de l'??tre de la signifiance dans la jouissance, la jouis??sance du corps. Mais un corps, vous comprenez, depuis D??mocrite, ??a ne para??t pas assez mat??rialiste. Il faut trouver les atomes, et tout le machin, et la vision, l'odo??ration et tout ce qui s'ensuit. Tout ??a est. absolument solidaire. Ce n'est pas pour rien qu'? l'occasion, Aristote, m??me s'il fait le d??go??t??, cite D??mocrite, car il s'appuie sur lui. En fait, l'atome est simplement un ??l??ment de signifiance volant, un stoiceion tout simplement. A ceci pr??s qu'on a toutes les peines du monde ? s'en tirer quand on ne retient que ce qui fait l'??l??ment ??l??ment, ? savoir qu'il est unique, alors qu'il faudrait introduire un petit peu l'autre, ? savoir la diff??rence. Maintenant, la jouissance du corps, s'il n'y a pas de rapport sexuel, il faudrait voir en quoi ??a peut y servir. 3 Prenons d'abord les choses du c??t?? o?? tout x est fonction de Fx, c'est-? ??-dire du c??t?? o?? se range l'homme. On s'y range, en somme, par choix - libre aux femmes de s'y placer si ??a leur fait plaisir. Chacun sait qu'il y a des femmes phalliques, et que la fonction phallique n'emp??che pas les hommes d'??tre homosexuels. Mais c'est aussi bien elle qui leur sert ? se situer comme hommes, et aborder la femme. Pour l'homme je vais vite, parce que ce dont j'ai ? parler est aujourd'hui la femme et que je suppose que je vous l'ai d??j? assez serin?? pour que vous l'ayez encore dans la t??te - pour l'homme, ? moins de castration, c'est-? ??-dire de quelque chose qui dit non ? la fonction phallique, il n'y a aucune chance qu'il ait jouissance du corps de la femme, autrement dit, fasse l'amour. C'est le r??sultat de l'exp??rience analytique. ??a n'emp??che pas qu'il peut d??sirer la femme de toutes les fa??ons, m??me quand .cette condition n'est pas r??alis??e. Non seulement il la d??sire, mais il lui fait toutes sortes de choses qui ressemblent ??tonnamment ? l'amour. Contrairement ? ce qu'avance Freud, c'est l'homme - je veux dire celui qui se trouve m??le sans savoir qu'en faire, tout en ??tant ??tre parlant - qui aborde la femme, qui peut croire qu'il l'aborde, parce qu'? cet ??gard, les convictions, celles dont je parlais la derni??re fois, les con-victions ne manquent pas. Seulement, ce qu'il aborde, c'est la cause de son d??sir, que 67 j'ai d??sign??e de l'objet a. C'est l? l'acte d'amour. Faire l'amour, comme le nom l'indique, c'est de la po??sie. Mais il y a un monde entre la po??sie et l'acte. L'acte d'amour, c'est la perversion polymorphe du m??le, cela chez l'??tre parlant. Il n'y a rien de plus assur??, de plus coh??rent, de plus strict quant au discours freudien. J'ai encore une demi-heure pour essayer de vous introduire, si j'ose m'exprimer ainsi, ? ce qu'il en est du c??t?? de la femme. Alors, de deux choses l'une - ou ce que j'??cris n'a aucun sens, c'est d'ailleurs la conclusion du petit livre, et c'est pour ??a que je vous prie de vous y reporter - ou, quand j'??cris -"x Fx [le signe ??" se comprend plac?? sur le quanteur " : pas-tout x???], cette fonction in??dite o?? la n??gation porte sur le quan??teur ? lire pas-tout, ??a veut dire que lorsqu'un ??tre parlant quelconque se range sous la banni??re des femmes c'est ? partir de ceci qu'il se fonde de n'??tre pas-tout, ? se placer ans la fonction phallique. C'est ??a qui d??finit la... la quoi? - la femme justement, ? ceci pr??s que La femme, ??a ne peut s'??crire qu'? barrer La(barr??) . Il n'y a pas La femme, article d??fini pour d??signer l'universel. Il n'y a pas La femme puisque -j'ai d??j? risqu?? le terme, et pourquoi y regarderais-je ? deux fois? - de son essence, elle n'est pas toute. Je vois mes ??l??ves beaucoup moins attach??s ? ma lecture que le moindre sous-fifre quand il est anim?? par le d??sir d'avoir une ma??trise, et il n'y a eu pas un seul qui n'ait fait je ne sais quel cafouillage sur le manque de signi??fiant, le signifiant du manque de signifiant, et autres bafouillages ? propos du phallus, alors que je vous d??signe dans ce la le signifiant, malgr?? tout courant et m??me indispensable. La preuve c'est que, d??j? tout ? l'heure, j'ai parl?? de l'homme et de la femme. C'est un signifiant, ce la. C'est par ce la que je symbolise le signifiant dont il est indispensable de marquer la place, qui ne peut pas ??tre laiss??e vide. Ce la est un signifiant dont le propre est qu'il est le seul qui ne peut rien signifier, et seulement de fonder le statut de la femme dans ceci qu'elle n'est pas toute. Ce qui ne nous permet pas de parler de La femme. Il n'y a de femme qu'exclue par la nature des choses qui est la nature des mots, et il faut bien dire que s'il y a quelque chose dont elles-m??mes se plaignent assez pour l'instant, c'est bien de ??a - simplement, elles ne savent .pas ce qu'elles disent, c'est toute la diff??rence entre elles et moi. Il n'en reste pas moins que si elle est exclue par la nature des choses, c'est justement de ceci que, d'??tre pas toute, elle a, par rapport ? ce que d??signe de jouissance la fonction phallique, une jouissance suppl??mentaire. Vous remarquerez que j'ai dit suppl??mentaire. Si j'avais dit compl??mentaire, o?? en serions-nous! On retomberait dans le tout. Les femmes s'en tiennent, aucune s'en tient d'??tre pas toute, ? la jouis??sance dont il s'agit, et, mon Dieu, d'une fa??on g??n??rale, on aurait bien tort de ne pas voir que, contrairement ? ce qui se dit, c'est quand m??me elles qui poss??dent les hommes. 68 Le populaire - moi, j'en connais, ils ne sont pas forc??ment ici, mais j'en connais pas mal - le populaire appelle la femme la bourgeoise. C??Test ??a que ??a veut dire. C'est lui qui l'est, ? la botte, pas elle. Le phallus, son homme comme elle dit, depuis Rabelais on sait que ??a ne lui est pas indiff????rent. Seulement, toute la question est l? , elle a divers modes de l'aborder, ce phallus, et de se le garder. Ce n'est pas parce qu'elle est pas-toute dans la fonction phallique qu'elle y est pas du tout. Elle y est pas pas du tout. Elle y est '? plein. Mais il y a quelque chose en plus. Cet en plus, faites attention, gardez-vous d'en prendre trop vite les ??chos. Je ne peux pas le d??signer mieux ni autrement parce qu'il faut que je tranche, et que j'aille vite. Il y a une jouissance, puisque nous nous en tenons ? la jouissance, jouis??sance du corps, ,qui est, si je puis m'exprimer ainsi - pourquoi pas en faire un titre de livre?, c'est pour le prochain de la collection Galil??e ??" au-del? du phallus. Ce serait mignon, ??a. Et ??a donnerait une autre consistance au MLF. Une jouissance au-del? du phallus... Vous vous ??tes peut-??tre aper??us - je parle naturellement ici aux quelques semblants d'hommes que je vois par-ci par-l? , heureusement que pour la plupart, je ne les connais pas, comme ??a je ne pr??juge de rien pour les autres - comme ??a, de temps en temps, entre deux portes, qu'il y a quelque chose qui les secoue, les femmes, ou qui les secourt. Quand vous regarderez l'??tymologie de ces deux mots dans ce Bloch et Von Wartburg dont je fais mes d??lices, et dont je suis s??r que vous ne l'avez m??me pas chacun dans votre biblioth??que, vous verrez le rapport qu'il y a entre eux. Ce n'est pas quelque chose qui arrive par hasard, quand m??me. Il y a une jouissance ? elle, ? cette elle qui n'existe pas et ne signifie rien. Il y a une jouissance ? elle dont peut-??tre elle-m??me ne sait rien, sinon qu'elle l'??prouve - ??a, elle le sait. Elle le sait, bien s??r, quand ??a arrive. ??a ne leur arrive pas ? toutes. Je ne voudrais pas en venir ? traiter de la pr??tendue frigidit??, mais i1 faut faire la part de la mode concernant les rapports entre les hommes et les femmes. C'est tr??s important. Bien entendu, tout ??a, dans le discours, h??las, de Freud comme dans l'amour courtois, est recouvert par de menues consid??rations qui ont exerc?? leurs ravages. Menues consid??rations sur la jouissance clitoridienne et sur la jouissance qu'on appelle comme on peut, l'autre justement, celle que je suis en train d'essayer de vous faire aborder par la voie logique, parce que jusqu'? nouvel ordre, il n'y en a pas d'autre. Ce qui laisse quelque chance ? ce que j'avance, ? savoir que, de cette jouissance, la femme ne sait rien, c'est que depuis le temps qu'on les supplie, qu'on les supplie ? genoux - je parlais la derni??re fois des psychanalystes femmes - d'essayer de nous le dire, eh bien, motus! On n'a jamais rien pu en tirer. Alors on l'appelle comme on peut, cette jouissance, vaginale, 69 on parle du p??le post??rieur du museau de l'ut??rus et autres conneries, c'est le cas de le dire. Si simplement elle l'??prouvait et n'en savait rien, ??a per??mettrait de jeter beaucoup de doutes du c??t?? de la fameuse frigidit??. C??Test l? aussi un th??me, un th??me litt??raire. ??a vaudrait quand. m??me la peine qu'on s'y arr??te. Je ne fais que ??a depuis que j'ai vingt ans; explorer les philosophes sur le sujet de l'amour. Naturellement, je n'ai pas tout de suite centr?? ??a sur l'affaire de l'amour, mais ??a m'est venu dans un temps, avec justement l'abb?? Rousselot dont je vous parlais tout ? l'heure, et puis toute la querelle de l'amour physique et de l'amour extatique, comme ils disent. Je comprends que Gilson ne l'ai pas trouv??e tr??s bonne, cette opposi??tion. Il a pens?? que Rousselot avait fait l? une d??couverte qui n'en ??tait pas une, car ??a faisait partie du probl??me, et l'amour est aussi extatique dans Aristote que dans Saint Bernard ? condition qu'on sache lire les chapitres sur la jilia, l'amiti??. Il y en a certains ici qui doivent savoir quand m??me quelle d??bauche de litt??rature s'est produite autour de ??a, Deni de Rouge??mont - vous voyez ??a, l'Amour et l'Occident ??a barde! - et puis un autre pas plus b??te qu'un autre, qui s'appelle Nygren, un protestant, ??ros et Agap??. Enfin, naturellement qu'on a fini dans le christianisme par inventer un Dieu tel que c'est lui qui jouit! Il y a quand m??me un petit pont quand vous lisez certaines personnes s??rieuses, comme par hasard des femmes. Je vais vous en donner quand m??me une indication, que je dois ? une tr??s gentille personne qui l'avait lu, et qui me l'a apport??. Je me suis ru?? l? -dessus. Il faut que je l'??crive, sinon vous ne l'ach??terez pas. C'est Hadewijch d'Anvers, une B??guine, ce qu'on appelle tout gentiment une mystique. Moi, je n'emploie pas le mot mystique comme l'employait P??guy. La mystique, ce n'est pas tout ce qui n'est pas la politique. C'est quelque chose de s??rieux, sur quoi nous renseignent quelques personnes, et le plus souvent des mes, ou bien des gens dou??s comme saint Jean de la Croix ??" parce qu'on n'est pas forc?? quand on est m??le, de se mettre du c??t?? du "x Fx. On eut aussi se mettre du c??t?? du pas-tout. Il y a des hommes qui sont aussi bien que les femmes. ??a arrive. Et qui du m??me coup s'en trouvent aussi bien. Malgr??, je ne dis pas leur phallus, malgr?? ce qui les encombre ? ce titre, ils entrevoient, ils ??prouvent l'id??e qu'il doit y avoir une ??"jouissance qui soit au-del? . C'est ??a, ce qu'on appelle des mystiques. J ai d??j? parl?? aines gens qui ??taient pas si mal non plus du c??t?? mystique, mais qui se situaient plut??t du c??t?? de la fonction phallique, Angelus Silesius par exemple - confondre son oeil contemplatif avec l'?"il dont Dieu le regarde, ??a doit bien, ? force, faire partie de la jouissance per??verse. Pour la Hadewijch en question, c'est comme pour sainte Th??r??se?? vous n'avez qu'? aller regarder ? Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu'elle jouit, ??a ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle? 70 Il est clair que le t??moignage essentiel des mystiques, c'est justement de dire qu'ils l'??prouvent, mais qu'ils n'en savent rien. Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c??Test en somme ce qu'on peut lire de mieux - tout ? fait en bas de page, note - Y ajouter les ??crits de Jacques Lacan, parce que c'est du m??me ordre. Moyen??nant quoi, naturellement, vous allez ??tre tous convaincus que je crois en Dieu. Je crois ? la jouissance de la femme en tant qu'elle est en plus, ? condi??tion que cet en plus, vous y mettiez un ??cran avant que je l'aie bien expliqu??. Ce qui se tentait ? la fin du si??cle dernier, au temps de Freud, ce qu'ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l'entourage de Charcot et des autres, c'??tait de ramener la mystique ? des affaires de foutre. Si vous y regardez de pr??s, ce n'est pas ??a du tout. Cette puissance qu'on ??prouve et dont on ne sait rien, n'est-ce pas ce qui nous-met sur la vole le l'ex-sistence. Et pourquoi ne pas interpr??ter une face de l'Autre, la face Dieu, comme support??e par 1a jouissance f??minine? Comme tout ??a se produit gr??ce ? l'??tre de la signifiance, et que cet ??tre n'a d'autre lieu que le lieu de l'Autre que je, d??signe du grand A, on voit la biglerie de ce qui se passe. Et comme c'est l? aussi que s'inscrit la fonction du p??re en tant que c'est ? elle que se rapporte la castration, on voit que ??a ne fait pas deux Dieu, mais que ??a n'en fait pas non plus un seul. En d??Tautres termes, ce n est pas par hasard que Kierkegaard a d??couvert l'existence dans une petite aventure de s??ducteur. C'est ? se castrer, ? renon??cer ? l'amour qu'il pense y acc??der. Mais peut-??tre qu'apr??s tout, pourquoi pas, R??gine elle aussi existait. Ce d??sir d'un bien au second degr??, un bien qui n'est pas caus?? par un petit a, peut-??tre est-ce par l'interm??diaire de R??gine qu'il en avait la dimension. 20 F??VRIER 1973. 71 -72- VII UNE LETTRE D??T?,MOUR Coalescence et scission de a et S( A barr??). Le Horsexe. Parler en pure perte. La psychanalyse n'est pas une cosmologie. Le savoir de la jouissance. $x -Fx "x Fx -$x -Fx -"x Fx $ F S (A barr??) a La (barr??) [consid??rez que les signes : - se trouvent en fait sur les quanteurs : $, " et sur la lettre F devant lesquels ils se trouvent ici pour des raisons techniques] Apr??s ce que je viens de vous mettre au tableau, vous pourriez croire que vous savez tout. Il faut vous en garder. Nous allons aujourd'hui essayer de parler du savoir, de ce savoir qui -, dans l'inscription des quatre discours dont j'ai cru pouvoir vous exemplifier que se supporte le lien social, j'ai symbolis?? en ??crivant S2. Peut-??tre arriverai-je ? vous faire sentir pourquoi ce 2 va plus loin qu'une secondarit?? par rapport au signifiant pur qui s'inscrit du S1. 1 Puisque j'ai pris le parti de vous donner le support de cette inscription au tableau, je vais la commenter, bri??vement j'esp??re. je ne l'ai, je vous l'avoue, nulle part ??crite et nulle part pr??par??e. Elle ne me parait pas exemplaire, sinon, comme d'habitude, ? produire des malentendus. 73 En effet, un discours comme l'analytique vise au sens. De sens, il est clair que je ne puis vous livrer ? chacun que ce que vous ??tes en route d'absorber. ??a a une limite, qui est donn??e par le sens o?? vous vivez. Ce n'est pas trop dire que de dire qu'il ne va pas loin. Ce que le discours analytique fait surgir, c'est justement l'id??e que ce sens est du semblant. Si le discours analytique indique que ce sens est sexuel, ce ne peut ??tre qu'? rendre raison de sa limite. II n'y a nulle part de dernier mot si ce n'est au sens o?? mot, c'est motus - j'y ai d??j? insist??. Pas de r??ponse, mot, dit quelque part La Fontaine. Le sens indique la direction vers laquelle il ??choue. Cela ??tant pos??, qui doit vous garder de comprendre trop vite, prises toutes ces pr??cautions qui sont de prudence, de jronhsiV comme on s'exprime dans la langue grecque o?? bien des choses ont ??t?? dites, mais qui sont rest??es loin de ce que le discours analytique nous permet d'articuler, voici ? peu pr??s ce qui est inscrit au tableau. D'abord les quatre formules propositionnelles, en haut, deux ? gauche, deux ? droite. Qui que ce soit de l'??tre parlant s'inscrit d'un c??t?? ou de l'autre. A gauche, la ligne inf??rieure, "x Fx, indique que c'est par la fonc??tion phallique que l'homme comme tout prend son inscription, ? ceci pr??s que cette fonction trouve sa limite dans l'existence d'un x par quoi la fonction Fx est ni??e, $x -Fx. C'est l? ce qu'on appelle la fonction du p??re -, d'o?? proc??de par la n??gation la proposition -Fx, ce qui fonde l'exercice de ce qui suppl??e par la castration au rapport sexuel - en tant que celui-ci n'est d'aucune fa??on inscriptible. Le tout repose donc ici sur l'exception pos??e comme terme sur ce qui, ce Fx, le nie int??gralement. En face, vous avez l'inscription de la part femme des ??tres parlants. A tout ??tre parlant, comme il se formule express??ment dans la th??orie freu??dienne, il est permis, quel qu'il soit, qu'il soit ou non pourvu des attributs de la masculinit?? - attributs qui restent ? d??terminer - de s'inscrire dans cette partie. S'il s'y inscrit, il ne permettra aucune universalit??, il sera ce pas-tout, en tant qu'il a le choix de se poser dans le Fx ou bien de n'en pas ??tre. Telles sont les seules d??finitions possibles de la part dite homme ou bien femme pour ce qui se trouve ??tre dans la position d'habiter le langage. Au-dessous, sous la barre transversale o?? se croise la division verticale de ce qu'on appelle improprement l'humanit?? en tant qu'elle se r??partirait en identifications sexuelles, vous avez une indication scand??e de ce dont il s'agit. Du c??t?? de l'homme, j'ai inscrit ici, non certes pour le privil??gier d'aucune fa??on, le $, et le F qui le supporte comme signifiant, ce qui s'incarne aussi bien dans le S1, qui est, entre tous les signifiants, ce signifiant dont il n'y a pas de signifi??, et qui, quant au sens, en symbolise l'??chec. C'est le mi-sens, l'ind??-sens par excellence, ou si vous voulez encore, le r??ti-sens. 74 Ce $ ainsi doubl?? de ce signifiant dont en somme il ne d??pend m??me pas, ce $ n'a jamais affaire, en tant que partenaire, qu'? l'objet a inscrit de l'autre c??t?? de la barre. Il ne lui est donn?? d'atteindre son partenaire sexuel, qui est l'Autre, que par l'interm??diaire de ceci qu'il est la cause de son d??sir. A ce titre, comme l'indique ailleurs dans mes graphes la conjonction point??e de ce $ et de ce a, ce n'est rien d'autre que fantasme. Ce fantasme o?? est pris le sujet, c'est comme tel le support de ce qu'on appelle express??ment dans la th??orie freudienne le principe de r??alit??. L'autre c??t?? maintenant. Ce que j'aborde cette ann??e est ce que Freud a express??ment laiss?? de c??t??, le Was will das Weib? le Que veut la femme ? Freud avance qu'il n'y a de libido que masculine. Qu'est-ce ? dire? - sinon qu'un champ qui n'est tout de m??me pas rien se trouve ainsi ignor??. Ce champ est celui de tous les ??tres qui assument le statut de la femme - si tant est que cet ??tre assume quoi que ce soit de son sort. De plus, c'est improprement qu'on l'appelle la femme, puisque comme je l'ai soulign?? la derni??re fois, le la de la femme, ? partir du moment o?? il s'??nonce d'un pas-tout, ne peut s'??crire. Il n'y a ici de la que barr??. Ce La barr?? a rapport, et je vous l'illustrerai aujourd'hui, avec le signifiant de A en tant que barr??. L'Autre n'est pas simplement ce lieu o?? la v??rit?? balbutie. Il m??rite de repr??senter ce ? quoi la femme a fonci??rement rapport. Nous n'en avons assu??r??ment que des t??moignages sporadiques, et c'est pourquoi je les ai pris, la derni??re fois dans leur fonction de m??taphore. D'??tre dans le rapport sexuel, par rapport ? ce qui peut se dire de l'inconscient, radicalement l'Autre, la femme est ce qui a rapport ? cet Autre. C;est l? ce qu'aujourd'hui je voudrais tenter d'articuler de plus pr??s. La femme a rapport au signifiant de cet Autre, en tant que, comme Autre, il ne peut rester que toujours Autre. je ne puis ici que supposer que vous ??voquerez mon ??nonc?? qu'il n'y a pas d'Autre de l'Autre. L'Autre, ce lieu o?? vient s'inscrire tout ce qui peut s'articuler du signifiant, est, dans son fondement, radicalement l'Autre. C'est pour cela que ce signifiant, avec cette parenth??se ouverte, marque l'Autre comme barr?? ??" S(A barr??). Comment concevoir que l'Autre puisse ??tre quelque part ce par rapport ? quoi une moiti?? - puisque aussi bien c'est grossi??rement la proportion biologique - une moiti?? des ??tres parlants se r??f??re? C'est pourtant ce qui est l? ??crit au tableau par cette fl??che partant du La barr??. Ce La barr?? ne peut se dire. Rien ne peut se dire de la femme. La femme a rapport ? S (A et c'est en cela d??j? qu'elle se d??double, qu'elle n'est pas toute, puisque, d'autre part, elle peut avoir rapport avec F. F, nous le d??signons de ce phallus tel que je le pr??cise d'??tre le signifiant qui n'a pas de signifi??, celui qui se supporte chez l'homme de la jouissance phallique. Qu'est-ce que c'est? - sinon ceci, que l'importance de la mastur??bation dans notre pratique souligne suffisamment, la jouissance de l'idiot. 73 2 Apr??s ??a, pour vous remettre, il ne me reste plus qu'? vous parler d'amour. Ce que je vais faire dans un instant. Mais quel sens y a-t-il ? ce que j'en vienne ? vous parler d'amour, alors que c'est peu compatible avec cette direction d'o?? le discours analytique peut faire semblant de quelque chose qui serait science? Ce serait science, vous en ??tes tr??s peu conscients. Bien s??r, vous savez, parce que je vous l'ai fait rep??rer, qu'il y a eu un moment o?? on a pu, non sans fondement, se d??cerner cette assurance que le discours scientifique s'??tait fond?? sur le point tournant galil??en. J'y ai suffisamment insist?? pour supposer qu'? tout le moins certains d'entre vous ont ??t?? aux sources, je veux dire dans l??T?"uvre de Koyr??. S'agissant du discours scientifique, il est tr??s difficile de maintenir ??gale??ment pr??sents deux termes, que je vais vous dire. D'une part, ce discours a engendr?? toutes sortes d'instruments qu'il nous faut, du point de vue dont il s'agit ici, qualifier de gadgets. Vous ??tes d??sormais, infiniment plus loin que vous ne le pensez, les sujets des instru??ments qui, du microscope jusqu'? la radio-t??l??vision, deviennent des ??l????ments de votre existence. Vous ne pouvez m??me pas actuellement en mesurer la port??e, mais cela n'en fait pas moins partie de ce que j'appelle le discours scientifique, pour autant qu'un discours, c'est ce qui d??termine une forme de lien social. D'autre part, et l? le joint ne se fait pas, il y a subversion de la connais??sance. Jusqu'alors, rien de la connaissance ne s'est con??u qui ne participe du fantasme d'une inscription du lien sexuel - et on ne peut m??me pas dire que les sujets de la th??orie antique de la connaissance ne l'aient pas su. Consid??rons seulement les termes d'actif et de passif, par exemple, qui dominent tout ce qui a ??t?? cogit?? du rapport de la forme et de la mati??re, ce rapport si fondamental, auquel se r??f??re chaque pas de Platon, puis d'Aristote, concernant ce qu'il en est de la nature des choses. Il est visible, touchable, que ces ??nonc??s ne se supportent que d'un fantasme par o?? ils ont tent?? de suppl??er ? ce qui d'aucune fa??on ne peut se dire, ? savoir le rapport sexuel. L'??trange est que dans cette grossi??re polarit??, celle qui de la mati??re fait le passif et de la forme l'agent qui l'anime, quelque chose, mais quelque chose d'ambigu, a tout de m??me pass??, c'est ? savoir que cette animation n'est rien d'autre que cet a dont l'agent anime quoi? - il n'anime rien, il prend l'autre pour son ??me. Suivez ce qui progresse au cours des ??ges de l'id??e d'un Dieu qui n'est pas celui de la foi chr??tienne, mais celui d'Aristote, le moteur immobile, 76 la sph??re supr??me. Qu'il y a un ??tre tel que tous les autres ??tres moins ??tres que lui ne peuvent avoir d'autre vis??e que d'??tre le plus ??tre qu'ils peuvent ??tre, c'est l? tout le fondement de l'id??e du Bien dans cette ??thique d'Aristote, ? laquelle je vous ai incit??s ? vous reporter pour en saisir les impasses. Si nous nous supportons maintenant des inscriptions de ce tableau, il se r??v??le assur??ment que c'est ? la place, opaque, de la jouissance de l'Autre, de cet Autre en tant que pourrait l'??tre, si elle existait, la femme, qu'est situ?? cet ?Stre supr??me, mythique manifestement chez Aristote, cette sph??re immobile d'o?? proc??dent tous les mouvements, quels qu'ils soient, change??ments, g??n??rations, mouvements, translations, augmentations, etc. C'est en tant que sa jouissance est radicalement Autre que la femme a davantage rapport ? Dieu que tout ce qui a pu se dire dans la sp??culation antique en suivant la voie de ce qui ne ??'articule manifestement que comme le bien de l'homme. La fin de notre enseignement, pour autant qu'il poursuit ce qui se peut dire et s'??noncer du discours analytique, est de dissocier le a et le A en r??duisant le premier ? ce qui est de l'imaginaire, et l'autre ? ce qui est du symbolique. Que le symbolique soit le support de ce qui a ??t?? fait Dieu, c'est hors de doute. Que l'imaginaire se supporte du reflet du semblable au semblable, c'est ce qui est certain. Et pourtant, a, a pu pr??ter ? confusion avec le S(A barr??), en dessous de quoi il s'inscrit au tableau, et cela, par le biais de la fonction de l'??tre. C'est ici qu'une scission, un d??collement. reste ? faire. C'est en ce point que la psychanalyse est autre chose qu'une psycholo??gie. Car la psychologie, c'est cette scission inaccomplie. 3 L? , pour me reposer, je vais me permettre de vous lire ce que je vous ai ??crit il y a quelque temps, ??crit sur quoi? - ??crit l? seulement d'o?? il se peut qu'on parle d'amour. Parler d'amour, en effet, on ne fait que ??a dans le discours analytique. Et comment ne pas sentir qu'au regard de tout ce qui peut s'articuler depuis la d??couverte du discours scientifique, c'est, pure et simple, une perte de temps? Ce que le discours analytique apporte - et c'est peut-??tre ??a, apr??s tout, la raison de son ??mergence en un certain point du discours scien??tifique -, c'est que parler d'amour est en soi une jouissance. Cela se confirme assur??ment de cet effet, effet tangible, que dire n'importe quoi - consigne m??me du discours de l'analysant - est ce qui m??ne au Lustprinzip, ce qui y m??ne de la fa??on la plus directe, sans avoir aucun besoin de cette accession aux sph??res sup??rieures qui est au fondement de l'??thique aristot??licienne. 77 Le Lustprinzip, en effet, ne se fonde que de la coalescence du a avec le S(A barr??). A est barr?? par nous, bien s??r. ??a ne veut pas dire qu'il suffise de le barrer pour que rien n'en existe. Si de ce S(A barr??) je ne d??signe rien d'autre que la jouissance de la femme, c'est assur??ment parce que c'est l? que je pointe que Dieu n'a pas encore fait son exit. Voici ? peu pr??s ce que j'??crivais ? votre usage. Je vous ??crivais quoi, en somme? - la seule chose qu'on puisse faire d'un peu s??rieux, la lettre d'amour. Les suppos??s psychologiques gr??ce ? quoi tout cela a dur?? si longtemps, je suis de ceux qui ne leur font pas une bonne r??putation. On ne voit pas pourtant pourquoi le fait d'avoir une ??me serait un scandale pour la pens??e - si c'??tait vrai. Si c'??tait vrai, l'??me ne pourrait se dire que de ce qui permet ? un ??tre - ? l'??tre parlant pour l'appeler par son nom - de supporter l'intol??rable de son monde, ce qui la suppose y ??tre ??trang??re, c'est-? -dire fantasmatique. Ce qui, cette ??me, ne l'y consid??re - c'est-? -dire dans ce monde - que de sa patience et de son courage ? y faire t??te. Cela s'affirme de ce que, jusqu'? nos jours, elle n'a, l??T??me, jamais eu d'autre sens. C'est l? que, lalangue, lalangue en fran??ais d'oit m'apporter une aide - non pas, comme il arrive quelquefois, en m'offrant une homonymie, du d'eux avec le deux, du peut avec le peu, voyez ce il peut peu qui est bien tout de m??me l? pour nous servir ? quelque chose - mais simplement en me permettant de dire qu'on ??me. J'??me, tu ??mes, il ??me. Vous voyez l? que bous ne pouvons nous servir que de l'??criture, m??me ? y inclure jamais j'??mais. Son existence, donc, ? l'??me, peut ??tre mise en cause - c'est le terme propre ? se demander si ce n'est pas un effet de l'amour. Tant en effet que l'??me ??me l'??me, il n'y a pas de sexe dans l'affaire. Le sexe n'y compte pas. L'??laboration dont elle r??sulte est hommosexuelle, comme cela est parfaitement lisible dans l'histoire. Ce que j'ai dit tout ? l'heure du courage, de la patience de l'??me ? sup??porter le monde, c'est le vrai r??pondant de ce qui fait un Aristote d??boucher dans sa recherche du Bien sur ceci, que chacun des ??tres qui sont au monde ne peut s'orienter vers le plus grand ??tre qu'? confondre son bien, son bien propre, avec celui m??me dont rayonne l'?Stre supr??me. Ce qu'Aristote ??vo??que comme la jilia, ? savoir ce qui repr??sente la possibilit?? d'un lien d'amour entre deux de ces ??tres, peut aussi bien, ? manifester la tension vers l'?Stre Supr??me, se renverser du mode dont je l'ai exprim?? - c'est au courage ? supporter la relation intol??rable ? l'??tre supr??me que les amis, les jiloi, se reconnaissent et se choisissent. L'hors-sexe de cette ??thique est manifeste, au point que je voudrais lui donner l'accent que Maupassant donne ? quelque part ??noncer cet ??trange terme du Horla. Le Horsexe, voil? l'homme sur quoi l'??me sp??cula. 78 Mais il se trouve que les femmes aussi sont ??moureuses, c'est-? -dire qu'elles ??ment l'??me. Qu'est-ce que ??a peut bien ??tre que cette ??me qu'elles ??ment dans leur partenaire pourtant homo jusqu'? la garde, dont elles ne sorti??ront pas? ??a ne peut en effet les conduire qu'? ce terme ultime - et ce n'est pas pour rien que je l'appelle comme ??a - usteria que ??a se dit en grec, l'hyst??rie, soit de faire l'homme, comme je l'ai dit, d'??tre de ce fait hommosexuelle ou horsexe, elles aussi - leur ??tant d??s lors difficile de ne pas sentir l'impasse qui consiste ? ce qu'elles se m??ment dans l'Autre, car enfin il n'y a pas besoin de se savoir Autre pour en ??tre. Pour que l'??me trouve ? ??tre, on l'en diff??rencie, elle, la femme, et ??a d'ori??gine. On la dit-femme, on la diff??me. Ce qui de plus fameux dans l'histoire est rest?? des femmes, c'est ? proprement, parler ce qu'on peut en dire d'infamant. Il est vrai qu'il lui reste l'honneur de Corn??lie, m??re des Grac??ques. Pas besoin de parler de Corn??lie aux analystes, qui n'y songent gu??re, mais parlez-leur d'une Corn??lie quelconque, et ils vous diront que ??a ne r??ussira pas tr??s bien ? ses enfants, les Gracques - ils feront des craques jusqu'? la fin de leur existence. C'??tait l? le d??but de ma lettre, un ??musement. J'ai fait alors une allusion ? l'amour courtois, qui appara??t au point o?? l'??musement hommosexuel ??tait tomb?? dans la supr??me d??cadence, dans cette esp??ce de mauvais r??ve impossible dit de la f??odalit??. A ce niveau, de d??g??n??rescence politique, il devait devenir perceptible que du c??t?? d?? la femme, il y avait quelque chose qui ne pouvait plus du tout marcher. L'invention de l'amour courtois n'est pas du tout le fruit de ce qu'on a l'habitude, dans l'histoire, de symboliser de la th??se-antith??se-synth??se. Et il n'y a pas eu apr??s la moindre synth??se, bien entendu - il n'y en a d'ail??leurs jamais. L'amour courtois a brill?? dans l'histoire comme un m??t??ore et on a vu revenir ensuite tout le bric-? -brac d'une renaissance pr??tendue des vieilleries antiques. L'amour courtois est rest?? ??nigmatique. Il y a l? une petite parenth??se - quand un fait deux, il n'y a jamais de retour. ??a ne revient pas ? faire de nouveau un, m??me un' nouveau. L'Aufhe??bung est un de ces jolis r??ves de philosophie. Apr??s le m??t??ore de l'amour courtois, c'est d'une tout autre partition qu'est venu ce qui l'a rejet?? ? sa futilit?? premi??re. Il a fallu rien de moins que le discours scientifique, soit quelque chose qui ne doit rien aux suppos??s de l'??me antique. Et c'est de l? seulement que surgit la psychanalyse, ? savoir l'objectiva??tion de ce que l'??tre parlant passe encore du temps ? parler en pure perte. Il passe encore du temps ? parler pour un office des plus courts - des plus courts, dis-je, de ce fait que cet office ne va pas plus loin que d'??tre en cours encore, c'est-? -dire le temps qu'il faut pour que ??a se r??solve enfin - c'est l? ce qui nous pend au nez - d??mographiquement. 79 Ce n'est pas du tout ??a qui arrangera les rapports de l'homme aux femmes. L'avoir vu, c'est le g??nie de Freud. Freud, c'est un nom rigolard - Kraft durch Freud, c'est tout un programme! C'est le saut le plus rigolard de la sainte farce de l'histoire. On pourrait peut-??tre pendant que ??a dure, ce tournant, avoir un petit ??clair de quelque chose qui concernerait l'Autre, en tant que c'est ? ??a que la femme a ? faire. J'apporte maintenant un compl??ment essentiel ? ce qui a d??j? ??t?? tr??s bien vu, mais que ??a ??clairerait de s'apercevoir par quelles voies ??a s'est vu. Ce qui s'est vu, mais rien que du c??t?? de l'homme, c'est que ce ? quoi il a ? faire, c'est ? l'objet a, et que toute sa r??alisation au rapport sexuel aboutit au fantasme. On l'a vu bien s??r ? propos des n??vros??s. Comment les n??vros??s font-ils l'amour? C'est de l? qu'on est parti. On n'a pas pu manquer de s'apercevoir qu'il y avait une corr??lation avec les perversions - ce qui vient ? l'appui de mon a, puisque le a est ce qui, quelles que soient lesdites per??versions, en est l? comme la cause. L'amusant, c'est que Freud les a primitivement attribu??es ? la femme - voyez les Trois Essais. C'est vraiment une confirmation que quand on est homme, on voit dans la partenaire ce dont on se supporte soi-m??me, ce dont on se supporte narcissiquement. Seulement, on a eu dans la suite l'occasion de s'apercevoir que les per??versions, telles qu'on croit les rep??rer dans la n??vrose, ce n'est pas du tout ??a. La n??vrose, c'est le r??ve plut??t que la perversion. Les n??vros??s n'ont aucun des caract??res du pervers. Simplement ils en r??vent, ce qui est bien naturel, car sans ??a, comment atteindre au partenaire? Les pervers, on a alors commenc?? ? en rencontrer, c'est ceux-l? qu'Aris??tote ne voulait voir ? aucun prix. Il y a chez eux une subversion de la conduite appuy??e sur un savoir-faire, lequel est li?? ? un savoir, au savoir de la nature des choses, il y a un embrayage direct de la conduite sexuelle sur ce qui est sa v??rit??, ? savoir son amoralit??. Mettez de l'??me au d??part l? ??-dedans - l'??moralit????? Il y a une moralit?? - voil? la cons??quence - de la conduite sexuelle. La moralit?? de la conduite sexuelle est le sous-entendu de tout ce qui s'est dit du Bien. Seulement, ? force de dire du bien, ??a aboutit ? Kant, o?? la moralit?? avoue ce qu'elle, est. C'est ce que j'ai cru devoir avancer dans un article, Kant avec Sade - elle avoue qu'elle est Sade, la moralit??. Vous ??crirez Sade comme vous voudrez -soit avec une majuscule, pour rendre un hommage ? ce pauvre idiot qui nous a donn?? l? -dessus d'inter??minables ??crits - soit avec une minuscule, puisque c'est en fin de compte sa fa??on ? elle d'??tre agr??able, et qu'en vieux fran??ais, c'est ce que ??a veut dire - soit, mieux, ??ade, pour dire que la moralit??, il faut tout de m??me bien dire que ??a se termine au niveau du ??a, et que c'est assez court. Autrement 80 dit, ce dont il s'agit, c'est que l'amour soit impossible, et que le rap??port sexuel s'ab??me dans le non-sens, ce qui ne diminue en rien l'int??r??t que nous devons avoir pour l'Autre. La question est en effet de savoir, dans ce qui constitue la jouissance f??minine pour autant qu'elle n'est pas toute occup??e de l'homme, et m??me, dirai-je, que comme telle elle ne l'est pas du tout, la question est de savoir ce qu'il en est de son savoir. Si l'inconscient nous a appris quelque chose, c'est d'abord ceci, que quelque part; dans l'Autre, ??a sait. ??a sait parce que ??a se supporte justement de ces signifiants dont se constitue le sujet. Or, ??a pr??te ? confusion, parce qu'il est difficile ? qui ??me de ne pas penser que tout par le monde sait ce qu'il a ? faire. Si Aristote supporte son Dieu de cette sph??re immobile ? l'usage de quoi chacun a ? suivre son bien, c'est parce qu'elle est cens??e savoir son bien. Voil? ce dont la faille induite du discours scientifique nous oblige ? nous passer. Il n'y a aucun besoin de savoir pourquoi. Nous n'avons plus aucun besoin de ce savoir dont Aristote part ? l'origine. Nous n'avons aucun besoin pour expliquer les effets de la gravitation d'imputer ? la pierre qu'elle sait le lieu qu'elle doit rejoindre. L'imputation d'une ??me ? l'animal fait du savoir l'acte par excellence de rien d'autre que le corps - vous voyez qu'Aristote n'??tait pas si ? c??t?? de la plaque - ? ceci pr??s que le corps est fait pour une activit??, une energeia, et que quelque part l??Tent??l??chie de ce corps se supporte de cette substance qu'il appelle l'??me. L'analyse pr??te ici ? cette confusion de nous restituer la cause finale, de nous faire dire que, pour tout ce qui concerne au moins l'??tre parlant, la r??alit?? est comme ??a, c'est-? -dire fantasmatique. Est-ce l? quelque chose qui, d'une fa??on quelconque, puisse satisfaire au discours scientifique? Il y a, selon le discours analytique, un animal qui se trouve parlant, et pour qui, d'habiter le signifiant, il r??sulte qu'il en est sujet. D??s lors, tout se joue pour lui au niveau du fantasme, mais d'un fantasme parfaitement d??sarticulable d'une fa??on qui rend compte de ceci, qu'il en. sait beau??coup plus qu'il ne croit quand il agit. Mais il ne suffit pas qu'il en soit ainsi pour que nous ayons l'amorce d'une cosmologie. C'est l'??ternelle ambigu??t?? du terme inconscient. Certes, l'inconscient est suppos?? de ce qu'en l'??tre parlant il y a quelque part quelque chose qui en sait plus que lui, mais ce n'est pas l? un mod??le recevable du monde. La psychanalyse, en tant qu'elle tient sa possibilit?? du discours de la science, n'est pas une cosmologie, bien qu'il suffise que l'homme r??ve pour qu'il voie ressortir cet immense bric-? -brac, ce garde-meubles avec lequel il a ? se d??brouiller, ce qui en fait assur??ment une ??me, et une ??me ? l'occasion aimable quand quelque chose veut bien l'aimer. La femme ne peut aimer en l'homme, ai-je dit, que la fa??on dont il fait 81 face au savoir dont il ??me. Mais, pour le savoir dont il est, la question se pose ? partir de ceci qu'il y a quelque chose, la jouissance, dont il n'est pas possible de dire si la femme peut en dire quelque chose - si elle peut en dire ce qu'elle en sait. Au terme de cette conf??rence d'aujourd'hui, j'arrive donc, comme tou??jours, au bord de ce qui polarisait mon sujet, c'est ? savoir si la question peut se poser de ce qu'elle en sait. Ce n'est pas une autre question que de savoir si ce terme dont elle jouit au-del? de tout ce jouer qui fait son rapport ? l'homme, et que j'appelle l'Autre en le signifiant d'un A, si ce terme, lui, sait quelque chose. Car c'est en cela qu'elle est elle-m??me sujette ? l'Autre, tout autant que l'homme. Est-ce que l'Autre sait? Il y avait un nomm?? Emp??docle - comme par hasard, Freud s'en sert de temps en temps, comme d'un tire-bouchon - dont nous ne savons l? -dessus que trois vers, mais dont Aristote tire tr??s bien les cons??quences quand il ??nonce qu'en somme le Dieu ??tait pour Emp??docle le plus ignorant de tous les ??tres, de ne point conna??tre la haine. C'est ce que les chr??tiens plus tard ont transform?? en des d??luges d'amour. Malheureusement, ??a ne colle pas, parce que ne point conna??tre la haine, c'est ne point conna??tre l'amour non plus. Si Dieu ne conna??t pas la haine, il est clair pour Emp????docle qu'il en sait moins que les mortels. De sorte qu'on pourrait dire que plus l'homme peut pr??ter ? la femme ? confusion avec Dieu, c'est-? -dire ce dont elle jouit, moins il hait, moins il est - les deux orthographes - et, puisque apr??s tout il n'y a pas d'amour sans haine, moins il aime. 13 MARS 1973. 82 VIII LE SAVOIR ET LA V??RIT?? L'hainamoration. Le savoir sur la v??rit??. Contingence de la, fonction phallique. Charit?? de Freud. jouir du savoir. L'inconscient et la femme. Imaginaire R??alit?? F S(A barr??) vrai Symbolique R??el semblant a J'aimerais bien que, de temps en temps, j'aie une r??ponse, voire une protestation. je suis sorti la. derni??re fois assez inquiet, pour ne pas dire plus. ??a se trouve pourtant ? ma relecture s'av??rer pour moi-m??me tout ? fait sup??portable - c'est ma fa??on ? moi de dire que c'??tait tr??s bien. Mais je ne serais pas m??content si quelqu'un pouvait me donner le t??moignage d'en avoir entendu quelque chose. Il suffirait qu'une main se l??ve pour qu'? cette main, si je puis dire, je donne la parole. Je vois qu'il n'en est rien, de sorte qu'il faut donc que je continue. 83 1 Ce que pour vous aujourd'hui j'??crirai volontiers de l'hainamoration est le relief qu'a su introduire la psychanalyse pour y situer la zone de son exp??rience. C'??tait de sa part un t??moignage de bonne volont??. Si seule??ment elle avait su l'appeler d'un autre terme que celui, b??tard, d'ambiva??lence, peut-??tre aurait-elle mieux r??ussi ? r??veiller le contexte de l'??poque o?? elle s'ins??re. Mais peut-??tre ??tait-ce modestie de sa part. J'ai fait remarquer la derni??re fois que ce n'est pas pour rien que Freud s'arme du dit d'Emp??docle que Dieu doit ??tre le plus ignorant de tous les ??tres, de ne point conna??tre la haine. La question de l'amour est ainsi li??e ? celle du savoir. J'ajoutais que les chr??tiens ont transform?? cette non-??haine de Dieu. en une marque d'amour. C'est l? que l'analyse nous incite ? ce rappel qu'on ne conna??t point d'amour sans haine. Eh bien, si cette connaissance nous d????oit qui a ??t?? foment??e au cours des si??cles, et s'il nous faut aujourd'hui r??nover la fonction du savoir, c'est peut-??tre parce que la haine n'y a point ??t?? mise ? sa place. Il est vrai que ce n'est pas ce qu'il semble le plus d??sirable d'??voquer. C'est pourquoi j'ai termin?? de cette phrase - On pourrait dire que plus l'homme pr??te d la femme de le confondre avec Dieu, c'est-? -dire ce dont elle jouit, rappelez-??vous mon sch??ma de la derni??re fois, moins il hait, et du m??me coup, moins il est, c'est-? -dire que dans cette affaire moins il aime. Je n'??tais pas tr??s heu??reux d'avoir termin?? l? -dessus, qui est pourtant une v??rit??. C'est ce qui me fera aujourd'hui m'interroger une fois de plus sur ce qui se confond appa??remment du vrai et du r??el. Que le vrai vise le r??el, cet ??nonc?? est le fruit d'une longue r??duction des pr??tentions ? la v??rit??. Partout o?? la v??rit?? se pr??sente, s'affirme elle-m??me comme d'un id??al dont la parole peut ??tre le support, elle ne s'atteint pas si ais??ment. Quant ? l'analyse, si elle se pose d'une pr??somption, c'est bien de celle-ci, qu'il puisse se constituer de son exp??rience un savoir sur la v??rit??. Dans le petit gramme que je vous ai donn?? du discours analytique, le a s'??prit en haut ? gauche, et se soutient du S2, c'est-? -dire du savoir en tant qu'il est ? la place de la v??rit??. C'est de l? qu'il interpelle le $ ce qui doit aboutir ? la production du S1, du signifiant dont puisse se r??soudre quoi? - son rapport ? la v??rit??. a ? $ S2 S1 Sch??ma du discours analytique 84 La v??rit??, disons, pour trancher dans le vif, est d'origine alhqeia, terme sur quoi a tant sp??cul?? Heidegger. Emet, le terme h??breu, a, comme tout usage du terme de v??rit??, origine juridique. De nos jours encore, le t??moin est pri?? de dire la v??rit??, rien que la v??rit??, et, qui plus est, toute, s'il peut - comment, h??las, pourrait-il? On lui r??clame toute la v??rit?? sur ce qu'il sait. Mais, en fait, ce qui est recherch?? et plus qu'en tout autre dans le t??moi??gnage juridique, c'est de quoi pouvoir juger ce qu'il en est de sa jouissance. Le but, c'est que la jouissance s'avoue, et justement en ceci qu'elle peut ??tre inavouable. La v??rit?? cherch??e est celle-l? , en-regard de la loi qui r??gle la jouissance. C'est aussi bien en quoi, dans les termes de Kant, le probl??me s'??voque de ce que doit faire l'homme libre quand on lui propose toutes les jouissances s'il d??nonce l'ennemi dont le tyran redoute qu'il soit celui qui lui disput?? la jouissance. De cet imp??ratif que rien de ce qui est de l'ordre du pathique ne doit diriger le t??moignage, faut-il d??duire que l'homme libre doit dire la v??rit?? au tyran, quitte ? lui livrer par sa v??racit?? l'ennemi, le rival? La r??serve que nous inspire ? tous la r??ponse de Kant, qui est affirma??tive, tient ? ce que toute la v??rit??, c'est ce qui ne peut pas se dire. C'est ce qui ne peut se dire qu'? condition de ne la pas pousser jusqu'au bout, de ne faire que la mi-dire. Autre chose encore nous ligote quant ? ce qu'il en est de la v??rit??, c'est que la jouissance est une limite. Cela tient ? la structure m??me qu'??voquaient au temps o?? je les ai construits pour vous mes quadripodes - la jouissance ne s'interpelle, ne s'??voque, ne se traque, ne s'??labore qu'? partir d'un semblant. L'amour lui-m??me, ai-je soulign?? la derni??re fois, s'adresse au semblant. Et, s'il est:vrai que l'Autre ne s'atteint qu'? s'accoler, comme je l'ai dit la derni??re fois, au a, cause du d??sir, c'est aussi bien au semblant d'??tre qu'il s'adresse. Cet ??tre-l? n'est pas rien. Il est suppos?? ? cet objet qu'est le a. Ne devons-nous pas retrouver ici cette trace, qu'en tant que tel il r??pond ? quelque imaginaire? Cet imaginaire, je l'ai d??sign?? express??ment de 1'I, ici isol?? du terme imaginaire. Ce n'est que de l'habillement de l'image de soi qui vient envelopper l'objet cause du d??sir, que se soutient le plus souvent - c'est l'articulation m??me de l'analyse - le rapport objectal. L'affinit?? du a ? son enveloppe est un de ces joints majeurs ? avoir ??t?? avanc??s par la psychanalyse. C'est pour nous le point de suspicion qu'elle introduit essentiellement. C'est l? que le r??el se distingue. Le r??el ne saurait s'inscrire que d'une impasse de la formalisation. C'est en quoi j'ai cru pouvoir en dessiner le mod??le ? partir de la formalisation math??matique en tant qu'elle est l'??labo??ration la plus pouss??e qu'il nous ait ??t?? donn?? de produire de la signifiance. Cette formalisation math??matique de la signifiance se fait au contraire du sens, j'allais presque dire ? contre-sens. Le ??a ne veut rien dire concernant les 85 math??matiques, c'est ce 4ue disent, de notre temps, les philosophes des ma??th??matiques, fussent-ils math??maticiens eux-m??mes, comme Russel. Et pourtant, au regard d'une philosophie dont la pointe est le discours de Hegel - pl??nitude des contrastes dialectis??s dans l'id??e d'une progression historique dont il faut dire que rien ne nous atteste la substance - la forma??lisation de la logique math??matique, si bien faite ? ne se supporter que de l'??crit, ne peut-elle nous servir dans le proc??s analytique, en ceci que s'y d??signe ??a qui retient les corps invisiblement? S'il m'??tait permis d'en donner une image, je la prendrais ais??ment de ce qui, dans la nature, parait le plus se rapprocher de cette r??duction aux dimensions de la surface qu'exige l'??crit, et dont d??j? s'??merveillait Spinoza - ce travail de texte qui sort du ventre de l'araign??e, sa toile. Fonction vraiment miraculeuse, ? voir, de la surface m??me surgissant d'un point opaque de cet ??trange ??tre, se dessiner la trace de ces ??crits, o?? saisir les limites, les points d'impasse, de sans-issue, qui montrent le r??el acc??dant au symbolique. . C'est en cela que je ne croise pas vain d'en ??tre venu ? l'??criture du a, du ,$, du signifiant, du A et du F. Leur ??criture m??me constitue un support qui va au-del? de la parole, sans sortir des effets m??mes du langage. Cela a valeur de centrer le symbolique, ? condition de savoir s'en servir, pour quoi? - pour retenir une v??rit?? congrue, non pas la v??rit?? qui se pr??tend ??tre toute, mais celle du mi-dire, celle qui s'av??re de se mettre en garde d'aller jusqu'? l'aveu, qui serait le pire, la v??rit?? qui se met en garde d??s la cause du d??sir. 2 L'analyse pr??sume du d??sir qu'il s'inscrit d'une contingence corporelle. je vous rappelle la fa??on dont je supporte ce terme de contingence. L?? phallus - tel que l'analyse l'aborde comme le point cl??, le point extr??me de ce qui s'??nonce comme cause du d??sir - l'exp??rience analytique cesse de ne pas l'??crire. C'est dans ce cesse de ne pas s'??crire que r??side la pointe de ce que j'ai appel?? contingence. L'exp??rience analytique rencontre l? son terme, car tout ce qu'elle peut produire, selon mon gramme, c'est S1. Je pense que vous avez encore le souvenir de la rumeur que j'ai r??ussi ? induire la derni??re fois en d??signant ce signifiant S1 comme le signifiant de la jouissance m??me la plus idiote -dans les deux sens du terme, jouissance de l'idiot, qui a bien ici sa fonction de r??f??rence, jouissance aussi la plus singuli??re. Le n??cessaire, lui, nous est introduit par le ne cesse pas. Le ne cesse pas du n??cessaire, c'est le ne cesse pas de s'??crire. C'est bien ? cette n??cessit?? que nous m??ne apparemment l'analyse de la r??f??rence au phallus. 86 Le ne cesse pas de ne pas s'??crire, par contre, c'est l'impossible, tel que je le d??finis de ce qu'il ne puisse en aucun cas s'??crire, et c'est par l? que je d??signe ce qu'il en est du rapport sexuel - le rapport sexuel ne cesse pas de ne pas s'??crire. De ce fait, l'apparente n??cessit?? de la fonction phallique se d??couvre n'??tre que contingence. C'est -en tant que mode du contingent qu'elle cesse de ne pas s'??crire. La contingence est ce en quoi se r??sume ce qui soumet le rapport sexuel ? n'??tre, pour l'??tre parlant, que le r??gime de la rencontre. Ce n'est que comme contingence que, par la psychanalyse, le phallus, r??serv?? dans les temps antiques aux Myst??res, a cess?? de ne pas s'??crire. Rien de plus. Il n'est pas entr?? dans le ne cesse pas, dans le champ d'o?? d??pendent la n??cessit??, d'une part, et, plus haut, l'impossibilit??. Le vrai t??moigne donc ici qu'? mettre en garde comme il le fait contre l'imaginaire, il a beaucoup ? faire avec l'anatomie. Ces trois termes, ceux que j'inscris du a, du S(A barr??) et du F, c'est, en fin de compte, sous un angle d??pr??ciatif que je les apporte. Ils s'inscrivent sur ce triangle constitu?? de l'Imaginaire, du Symbolique et du R??el. A droite, le peu-de-r??alit?? dont se supporte ce principe du plaisir qui fait que tout ce qu'il nous est permis d'aborder de r??alit?? reste enracin?? dans le fantasme. D'autre part, S(A barr??), qu'est-ce d'autre que l'impossibilit?? de dire tout le vrai, dont je parlais tout ? l'heure? Enfin, le symbolique, ? se diriger vers le r??el, nous d??montre la vraie nature de l'objet a. Si je l'ai tout ? l'heure qualifi?? de semblant d'??tre, c'est parce qu'il semble nous donner le support de l'??tre. Dans tout ce qui s'est ??labor?? de l'??tre et m??me de l'essence, chez Aristote par exemple, nous pouvons voir, ? le lire ? partir de l'exp??rience analytique, qu'il s'agit de l'objet a. La contemplation, par exemple aristot??licienne, est le fait de ce regard tel que je l'ai d??fini dans les Quatre concepts fondamentaux de la psycha??nalyse comme un des quatre supports qui font la cause du d??sir. Par une telle graphicisation - pour ne pas parler de graphe puisque c'est un terme qui a un sens pr??cis dans la logique math??matique - se montrent les correspondances qui font du r??el un ouvert entre le semblant, r??sultant du symbolique, et la r??alit?? telle qu'elle se supporte dans le concret de la vie humaine - dans ce qui m??ne les hommes, dans ce qui les fait foncer toujours par les m??mes voies, dans ce qui fait que jamais l'encore-? ??-na??tre ne donnera rien que de l'encorn??. De l'autre c??t??, le a. Lui, d'??tre dans la bonne voie somme toute, il nous ferait le prendre pour ??tre, au nom de ceci qu'il est apparemment bien quelque chose. Mais il ne se r??sout en fin de compte que de son ??chec, que de ne pouvoir se soutenir dans l'abord au r??el. Le vrai, alors, bien s??r, c'est cela. A ceci pr??s que ??a ne s'atteint jamais 87 que par des voies tordue. Faire appel au vrai, comme nous sommes couram??ment amen??s ? le faire, c??Test simplement rappeler qu'il ne faut pas se tromper et croire qu'on est d??j? m??me dans le semblant. Avant le semblant, dont en effet tout se supporte pour rebondir dans le fantasme, il y a ? faire une distinction s??v??re de l'imaginaire et du r??el. Il ne faut pas croire que ce soit d'aucune fa??on nous-m??mes qui supportions le semblant. Nous ne sommes m??me pas semblant. Nous sommes ? l'occasion ce qui peut en occuper la place, et y faire r??gner quoi? - l'objet a. L'analyste, en effet, de tous les ordres de discours qui se soutiennent actuellement - et ce mot n'est pas rien, si nous donnons ? l'acte son plein sens aristot??licien - est celui qui, ? mettre l'objet a ? la place du semblant, est dans la position la plus convenable ? faire ce qu'il est juste de faire, ? savoir, interroger comme du savoir ce qu'il en est de la v??rit??. 3 Qu'est-ce que c'est que lg savoir? Il est ??trange qu'avant Descartes, la question du savoir, n'ait jamais ??t?? pos??e. Il a fallu l'analyse pour que cette question se renouvelle. L'analyse est venue, nous annoncer qu'il y a du savoir qui ne se sait pas, un savoir qui se supporte du signifiant comme tel. Un r??ve, ??a n'introduit ? aucune exp??rience insondable, ? aucune, mystique, ??a se lit dans ce qui s'en dit, et qu'on pourra aller plus loin ? en prendre les ??quivoques au sens le plus anagrammatique du mot. C'est ? ce point du langage qu'un Saussure se posait la question de savoir si dans les vers saturniens o?? il trouvait les plus ??tranges ponctuations d'??crit, c'??tait ou non intentionnel. C'est l? o?? Saussure attend Freud. Et c'est l? que se renouvelle la question du savoir. Si vous voulez bien ici me pardonner d'emprunter ? un tout autre registre, celui des vertus inaugur??es par la religion chr??tienne, il y a l? une sorte d'effet tardif, de surgeon de la charit??. N'est-ce pas, chez Freud, charit?? que d'avoir permis ? la mis??re des ??tres parlants de se dire qu'il y a - puis??qu'il y a l'inconscient - quelque chose qui transcende, qui transcende vraiment, et qui n'est rien d'autre que ce qu'elle habite, cette esp??ce, ? savoir le langage? N'est-ce pas, oui, charit?? que de lui annoncer cette nouvelle que dans ce qui est sa vie quotidienne, elle a avec le langage un support de plus de raison qu'il n'en pouvait para??tre, et que, de la sagesse, objet inatteignable d'une poursuite vaine, il y en a d??j? l? ? Faut-il tout ce d??tour pour poser l? question du savoir sous la forme - qu'est-ce qui sait ? Se rend-on compte que c'est l'Autre? - tel qu'au d??part je l'ai pos??, comme le lieu o?? le signifiant se pose, et sans lequel rien ne nous indique qu'il y ait nulle part une dimension de v??rit??, une dit-mension, la r??sidence du dit, de ce dit dont le savoir pose l'Autre comme lieu. Le 88 statut du savoir implique comme tel qu'il y en a d??j? , du savoir, et dans l??TAutre, et qu'il est ? prendre. C'est pourquoi il est fait d'apprendre. Le sujet r??sulte de ce qu'il doive ??tre appris, ce savoir, et m??me mis ? prix, c'est-? -dire que c'est son co??t qui l'??value, non pas comme d'??change, mais comme d'usage. Le savoir vaut juste autant qu'il co??te, beau-co??t, de ce qu'il faille y mettre de sa peau, de ce qu'il soit difficile, difficile de quoi? - moins de l'acqu??rir que d'en jouir. L? , dans le jouir, la conqu??te de ce savoir se renouvelle chaque fois qu'il est exerc??, le pouvoir qu'il donne restant toujours tourn?? vers sa jouissance. Il est ??trange que cela n'ait jamais ??t?? mis en relief, que le sens du savoir est tout entier l? , que la difficult?? de son exercice est cela m??me qui rehausse celle de son acquisition. C'est de ce que, ? chaque exercice de cette acquisi??tion, se r??p??te qu'il ne fait pas question laquelle de ces r??p??titions est ? poser comme premi??re dans son appris. Bien s??r qu'il y a des choses qui courent et qui ont tout ? fait l'air de marcher comme des petites machines - on appelle ??a des ordinateurs. Qu'un ordinateur pense, moi je le veux bien. Mais qu'il sache, qui est-ce qui va le dire? Car la fondation d'un savoir est que la jouissance de son exercice est la m??me que celle de son acquisition. L? se rencontre de fa??on s??re, plus s??re que dans Marx lui-m??me, ce qu'il en est d'une valeur d'usage, puisque aussi bien, dans Marx, elle n'est l? que pour faire point id??al par rapport ? la valeur d'??change o?? tout se r??sume. Parlons-en, de cet appris qui ne repose pas sur l'??change. Du savoir d'un Marx dans la politique - qui n'est pas rien - on ne fait pas commarxe, si vous me permettez. Pas plus qu'on ne peut, de celui de Freud, faire fraude. Il n'y a qu'? regarder, pour voir que, partout o?? on ne les retrouve pas, ces savoirs, se les ??tre fait entrer dans la peau par de dures exp??riences, ??a retombe sec. ??a ne s'importe, ni ne s'exporte. Il n'y a pas d'information qui tienne, sinon de la mesure d'un form?? ? l'usage. Ainsi se d??duit le fait que le savoir est dans l'Autre, qu'il ne doive rien ? l'??tre si ce n'est que celui-ci en ait v??hicul?? la lettre. D'o?? il r??sulte que l'??tre puisse tuer l? o?? la lettre reproduit, mais reproduit jamais le m??me, jamais le:m??me ??tre de savoir. je pense que vous sentez l? , quant au savoir, la fonction que je donne ? la lettre. C'est celle ? propos de quoi je vous prie de ne pas trop vite glisser du c??t?? des pr??tendus messages. C'est celle qui fait la lettre analogue d'un germen, germen que nous devons, si nous sommes dans la ligne de la physiologie mol??culaire, s??v??rement s??parer des corps aupr??s desquels il v??hicule vie et mort tout ensemble. Marx et L??nine, Freud et Lacan ne sont pas coupl??s dans l'??tre. C'est par la lettre qu'ils ont trouv??e dans l'Autre que, comme ??tres de savoir, ils proc??dent deux par deux, dans un Autre suppos??. Le nouveau de leur 89 savoir, c'est que n'en est pas suppos?? que l'Autre en sache rien - non pas bien s??r l'??tre qui y a fait lettre - car c'est bien de l'Autre qu'il a fait lettre ? ses d??pens, au prix de son ??tre, mon Dieu, pour chacun pas de rien du tout, mais non plus pas tr??s beaucoup, pour dire la v??rit??. Ces ??tres, d'o?? se fait la lettre, je vais vous faire sur eux une petite confi??dence. Je ne pense pas, malgr?? tout ce qu'on a pu raconter par exemple de L??nine, que la haine ni l'amour, que l'hainamoration, en ait vraiment ??touff?? 'aucun. Qu'on ne me raconte pas d'histoire ? propos de Madame Freud! L? -dessus, j'ai le t??moignage de Jung. Il disait la v??rit??. C'??tait m??me son tort - il ne disait que ??a. Ceux qui arrivent ? faire ces sortes de rejets d'??tre, encore, c'est plut??t ceux qui participent du m??pris. Je vous ferai l'??crire cette fois, puisque au??jourd'hui je m'amuse, m??prix. ??a fait uniprix. Nous sommes au temps des supermarkets, alors il faut savoir ce qu'on est capable de produire, m??me en fait d'??tre. L'emb??tant est que l'Autre, le lieu, lui, ne sache rien. On ne peut plus ha??r Dieu si lui-m??me ne sait rien, notamment de ce qui se passe. Quand on pouvait le ha??r, on pouvait croire qu'il nous aimait, puisqu'il ne nous le rendait pas. C'??tait pas apparent, malgr?? que, dans certains cas, on y a mis toute la gomme.' Enfin, comme j'arrive au bout de ces discours que j'ai le courage de poursuivre devant vous, je voudrais vous dire une id??e qui me vient l? , ? quoi j'ai un tout petit peu r??fl??chi. On nous explique le malheur du Christ par une id??e de sauver les hommes, je trouve plut??t que c'est de sauver Dieu qu'il s'agissait, en redonnant un peu de pr??sence, d'actualit??, ? cette haine de Dieu sur laquelle, nous sommes, et pour cause, plut??t mous. C'est de l? que je dis que l'imputation de l'inconscient est un fait de charit?? incroyable. Ils savent, ils savent, les sujets. Mais enfin tout de m??me, ils ne savent pas tout. Au niveau de ce pas-tout, il n'y a plus que l'Autre ? ne pas savoir. C'est l'Autre qui fait le pas-tout, justement en ce qu'il est la part du pas-savant-du-tout dans ce pas-tout. Alors, momentan??ment, ??a peut ??tre commode de le rendre responsable de ceci, ? quoi aboutit l'analyse de la fa??on la plus avou??e ? ceci pr??s que personne ne s'en aper??oit, - si la libido n'est que masculine, la ch??re femme, ce n'est que de l? o?? elle est toute, c'est-? -dire l? d'o?? la voit l'homme, rien que de l? que la ch??re femme peut avoir un inconscient. Et ? quoi ??a lui sert? ??a lui sert, comme chacun sait, ? faire parler l'??tre parlant, ici r??duit ? l'homme, c'est-? -dire - je ne sais pas si vous l'avez bien remarqu?? dans la th??orie analytique - ? n'exister que comme m??re. Elle a des effets d'inconscient, mais son inconscient ? elle - ? la limite o?? elle n'est pas responsable de l'inconscient de tout le monde, c'est-? -dire au point o?? l'Autre ? qui elle a affaire, le grand Autre, fait qu'elle ne sait rien, 90 parce que lui, l'Autre, sait d'autant moins que c'est tr??s difficile de soutenir son existence - cet inconscient, qu'en dire ? - sinon ? tenir avec Freud qu'il ne lui fait pas la partie belle. J'ai jou?? la derni??re fois, comme je me le permets, sur l'??quivoque un peu tir??e par les cheveux de il hait et il est. Je n'en jouis pas, sinon ? poser la question qu'elle soit digne de la paire de ciseaux. C'est justement de quoi il s'agit dans la castration. Que l'??tre comme tel provoque la haine n'est pas exclu. Certes, toute l'affaire d'Aristote a ??t?? au contraire de concevoir l'??tre comme ??tant ce par quoi les ??tres moins ??tres participent au plus haut des ??tres. Et Saint Thomas a r??ussi ? r??introduire ??a dans la tradition chr??tienne - ce qui n'est pas surprenant, vu que, pour s'??tre r??pandue chez les Gentils, elle ??tait bien forc??e de s'y ??tre tout enti??re form??e, de sorte qu'il ri y avait qu'? tirer sur les ficelles pour que ??a remarche. Mais se rend-on compte que tout dans la tradition juive va l? contre? La coupure n'y passe pas du plus parfait au moins parfait. Le moins parfait y est tout simplement ce qu'il est, ? 1savoir radicalement imparfait, et il n'y a strictement qu'? ob??ir au doigt et ? l??T?"il, si j'ose m'exprimer ainsi, ? celui qui porte le nom de Jahv??, avec d'ailleurs quelques autres noms dans l'entourage. Celui-ci a fait choix de son peuple, et il n'y a pas ? aller contre. Est-ce que l? ne se d??nude pas que c'est bien mieux que de l'??tre-hair, de le trahir ? l'occasion, et c'est ce dont, bien ??videmment, les juifs ne se sont pas priv??s. Ils ne pouvaient pas en sortir autrement. Nous en sommes, sur ce sujet de la haine, si ??touff??s, que personne ne s'aper??oit qu'une haine, une haine solide, ??a s'adresse ? l'??tre, ? l'??tre m??me de quelqu'un qui n'est pas forc??ment Dieu. On en reste - et c'est bien en quoi j'ai dit que le a est un semblant d'??tre - ? la notion - et c'est l? que l'analyse, comme toujours, est un petit peu boiteuse - ? la notion de la haine jalouse, celle qui jaillit de la jalouis??sance, de celle qui s'imageaillisse du regard chez Saint Augustin qui l'observe, le petit bonhomme. Il est l? en tiers. Il observe le petit bonhomme et, pal??lidus, il en p??lit, d'observer, suspendu ? la t??tine, le conlactaneum suum. Heureusement que c'est la jouissance substitutive premi??re, dans l'??noncia??tion freudienne, le d??sir ??voqu?? d'une m??tonymie qui s'inscrit d'une de??mande suppos??e, adress??e ? l'Autre, de ce noyau de ce que j'ai appel?? Ding, dans mon s??minaire de l'??thique de la psychanalyse, soit la Chose freudienne, et, en d'autres termes, le prochain m??me que Freud se refuse ? aimer au-??del? de certaines limites. L'enfant regard?? lui l'a, le a. Est-ce qu'avoir le a, c'est l'??tre? Voil? la question sur laquelle je vous laisse aujourd'hui. 20 MARS 1973 91 COMPL??MENT D??but de la s??ance suivante : LA POSITION DU LINGUISTE. Je ne parle gu??re de ce qui para??t, quand il s'agit de quelque chose de moi, d'autant plus qu'il me faut en g??n??ral assez l'attendre pour que l'int??r??t s'en distancie pour moi. N??anmoins, il ne serait pas mauvais pour la pro??chaine fois que vous ayez lu quelque chose que j'ai intitul?? l??T??tourdit, qui part de la distance qu'il y a du dire au dit. Qu'il n'y ait d'??tre que dans le dit, c'est une question que nous laisserons en suspens. Il est certain qu'il n'y a du dit que de l'??tre, mais cela n'impose pas la r??ciproque. Par contre, ce qui est mon dire, c'est qu'il n'y a de l'in??conscient que du dit. Nous ne pouvons traiter de l'inconscient qu'? partir du dit, et du dit de l'analysant. ??a, c'est un dire. Comment dire? C'est l? la question. On ne peut pas dire n'importe comment, et c'est l?? probl??me de qui habite le langage, ? savoir de nous tous. C'est bien pourquoi aujourd'hui - ? propos de cette b??ance que j'ai voulu exprimer un jour en distinguant de la linguistique ce que je fais ici, c'est-? -dire de la linguisterie -j'ai demand?? ? quelqu'un, qui ? ma grande reconnaissance a bien voulu y acc??der, de venir aujourd'hui vous dire ce qu'il en est actuellement de la position du linguiste. Personne n'en est plus qualifi?? que celui que je vous pr??sente, Jean-Claude Milner, un linguiste. Fin de la s??ance : REMERCIEMENTS. Je ne sais pas ce que je peux faire dans le quart d'heure qui me reste. Te me guiderai sur une notion ??thique. L'??thique - comme peuvent peut-??tre l'entrevoir ceux qui m'ont entendu en parler autrefois - a le plus grand rapport avec notre habitation du langage, et c'est aussi - comme l'a fray?? un certain auteur que j'??voquerai une autre fois - de l'ordre du geste. Quand on habite le langage, il y a des gestes qu'on fait, gestes de salutation, de prosternation ? l'occasion, d'admiration quand il s'agit d'un autre point de fuite, le beau. Cela implique que ??a ne va pas au-del? . On fait un geste et puis on se conduit comme tout le monde, c'est-? -dire comme le reste des canailles. N??anmoins, il y a geste et geste. Et le premier geste qui m'est litt??ralement dict?? par cette r??f??rence ??thique, ce doit ??tre celui de remercier Jean-Claude Milner pour ce qu'il nous a donn?? du point pr??sent de la faille qui s'ouvre dans la linguistique elle-m??me. Cela justifie peut-??tre un certain nombre de conduites que nous ne devons peut-??tre - je parle de moi - qu'? une certaine 92 distance o?? nous ??tions de cette science en ascension, quand elle croyait pouvoir le devenir, science. Il est certain que l'information que nous avons prise maintenant ??tait pour nous de toute urgence. En effet, il est quand m??me tr??s difficile de ne pas s'apercevoir que, pour ce qui est de la technique analytique, si le sujet qui est en face de nous ne dit rien, c'est une difficult?? dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle est: tout ? fait sp??ciale. Ce que j'avan??ais, en ??crivant lalangue en un seul mot, c'??tait bien ce par quoi je me distingue du structuralisme, pour autant qu'il int??grerait le langage ? la s??miologie - et ??a me para??t ??tre une des nombreuses lumi??res qu'a projet??es Jean-Claude Milner. Comme l'indique le petit livre que je vous ai fait lire sous le titre du Titre de la lettre, c'est bien d'une subordina??tion du signe au regard du signifiant qu'il s'agit dans tout ce que j'ai avanc??. Il faut aussi que je prenne le temps de faire hommage ? Recanati qui, dans son intervention, m'a assur??ment prouv?? que j'??tais bien entendu. On peut le voir dans toutes les questions en pointe qu'il a avanc??es, et qui sont, en quelque sorte, celles dans lesquelles il me reste cette fin d'ann??e ? vous four??nir ce que j'ai d??s maintenant comme r??ponse. Qu'il ait termin?? sur la question de Kierkegaard et de R??gine est absolument exemplaire - comme je n'y avais fait jusqu'alors qu'une br??ve allusion, c'est bien l? de son cru. On ne peut pas mieux illustrer, au point o?? j'en suis de ce frayage que je fais devant vous, l'effet de r??sonance qui est simplement que quelqu'un pige de quoi il s'agit. Par les questions qu'il m'a propos??es, je serai assur??ment aid?? dans ce que j'ai ? vous dire dans la suite. Je lui demanderai son texte pour que je puisse m'y r??f??rer quand il se trouvera que je puisse y r??pondre. Qu'il se soit r??f??r?? aussi ? Berkeley, il n'en avait aucune indication dans ce que j'ai ??nonc?? devant vous, et c'est bien en quoi je lui suis encore plus reconnaissant. Pour tout vous dire, j'ai m??me pris soin tout r??cemment de me procurer une ??dition originale - figurez-vous que je suis bibliophile, mais il n'y a que les livres que j'ai envie de lire que j'essaye de me procurer dans leur original. J'ai revu ? cette occasion, dimanche dernier, ce Minute philosopher, ce menu philosophe, Alciphron l'appelle-t-on aussi. Il est certain que si Berkeley n'avait pas ??t?? de ma nourriture la plus ancienne, bien des choses probablement, y compris ma d??sinvolture ? me servir des r??f??rences linguistiques, n'auraient pas ??t?? possibles. Je voudrais quand m??me dire quelque chose concernant le sch??ma que Recanati a d?? effacer tout ? l'heure. C'est vraiment la question - ??tre hyst????rique ou pas. Y en a-t-il Un ou pas? En d'autres termes, ce pas-toute, dans une logique qui est la logique classique, semble impliquer l'existence du Un qui fait exception. D??s lors, ce serait l? que nous verrions le surgissement en ab??me - et vous allez voir pourquoi je le qualifie ainsi - de cette exis??tence, cette au-moins-une existence qui, au regard de la fonction Fx, s'inscrit pour la dire. Car le propre du dit, c'est l'??tre, je le disais tout ? 93 l'heure. Mais le propre du dire, c'est d'exister par rapport ? quelque dit que ce soit. La question est alors de savoir, en effet, si d'un pas-tout, d'une objection ? l'universel, peut r??sulter ceci qui s'??noncerait d'une particularit?? qui y contre??dit - vous voyez l? que je reste au niveau de la logique aristot??licienne. Seulement voil? . De ce qu'on puisse ??crire pas-tout x ne s'inscrit dans Fx, il se d??duit par voie d'implication qu'il y a un x qui y contredit. C'est vrai ? une seule condition, c'est que, dans le tout ou le pas-tout dont il s'agit, il s'agisse du fini. Pour ce qui est du fini, il y a non seulement impli??cation, mais ??quivalence. Il suit qu'il y en ait un qui contredise ? la formule universalisante pour que nous devions l'abolir et la transformer en parti??culi??re. Ce pas-tout devient l'??quivalent de ce qui, en logique aristot??li??cienne, s'??nonce du particulier. Il y a l'exception. Seulement, nous pouvons avoir ? faire au contraire ? l'infini. Ce n'est plus alors du c??t?? de l'extension que nous devons prendre le pas-toute. Quand je dis que la femme n'est pas-??toute et que c'est pour cela que je ne peux pas dire la femme, c'est pr??cis????ment parce que je mets en question une jouissance qui au regard de tout ce qui se sert dans la fonction de Fx est de l'ordre de l'infini. Or, d??s que vous avez affaire ? un ensemble infini, vous ne sauriez poser que le pas-tout comporte l'existence de quelque chose qui se produise d'une n??gation, d'une contradiction. Vous pouvez ? la rigueur le poser comme d'une existence ind??termin??e. Seulement, on sait par l'extension de la logique math??matique, celle qui se qualifie pr??cis??ment d'intuitionniste, que pour poser un ?? il existe ??, il faut aussi pouvoir le construire, c'est-? -dire savoir trouver o?? est cette existence. C'est sur ce pied que je me fonde pour produire cet ??cart??lement qui pose une existence tr??s bien qualifi??e par Recanati d'excentrique ? la v??rit??. C'est entre le $x et le -$x que se situe la suspension de cette ind??termina??tion, entre une existence qui se trouve de s'affirmer, et la femme en tant qu'elle ne se trouve pas, ce que confirme le cas de R??gine. Pour terminer, je vous dirai quelque chose qui va faire, selon mon mode, un tout petit peu ??nigme. Si vous relisez quelque part cette chose que j'ai ??crite sous le nom de la Chose freudienne, entendez-y ceci, qu'il n'y a qu'une mani??re de pouvoir ??crire la femme sans avoir ? barrer le la - c'est au niveau o?? la femme, c'est la v??rit??. Et c'est pour ??a qu'on ne peut qu'en mi-dire. On lira l'article sur quoi se fonde l'expos?? de J.-C. Milner dans son livre, Arguments linguistiques, pages 179 d 217. Paris, 1973. 10 AVRIL 1973. -94- IX DU BAR0QUE L? o?? ??a parle, ??a jouit, et ??a sait rien. Je pense ? vous. ??a ne veut pas dire que je vous pense. Quelqu'un ici peut-??tre se souvient de ce que j'ai parl?? d'une langue o?? l'on dirait - j'aime ? vous, en quoi elle se mod??lerait mieux qu'une autre sur le caract??re indirect de cette atteinte qui s'appelle l'amour. Je pense ? vous, c'est bien d??j? faire objection ? tout ce qui pourrait s'appe??ler sciences humaines dans une certaine conception de la science, non pas cette science qui se fait depuis seulement quelques si??cles, mais celle qui s'est d??finie d'une certaine fa??on avec Aristote. D'o?? il r??sulte qu'il faut se demander, sur le principe de ce que nous a apport?? le discours analytique, par quelles voies peut bien passer cette science nouvelle qui est la n??tre. Cela implique que je formule d'abord d'o?? n us partons. D'o?? nous partons, c'est de ce que nous donne le discours analytique, ? savoir l'in??conscient. C'est pourquoi je vous limerai d'abord quelques formules un peu serr??es concernant ce qu'il en est de l'inconscient au regard de la science traditionnelle. Ce qui nous fait nous poser la question - com??ment une science encore est-elle possible apr??s ce qu'on peut dire de l'in??conscient? Je vous annonce d??j? que, si surprenant que cela puisse vous para??tre, cela me conduira aujourd'hui ? vous parler du christianisme. I Je commence par mes formules difficiles, ou que je suppose devoir ??tre telles - l'inconscient, ce n'est pas que l'??tre pense, comme l'implique pourtant ce qu'on en dit dans la science traditionnelle - l'inconscient, c'est que l??T??tre, en parlant, jouisse, et, j'ajoute, ne veuille rien en savoir de plus. J'ajoute que cela veut dire - ne rien savoir du tout. 95 Pour abattre tout de suite une carte que j'aurais pu vous faire attendre un peu - il n'y a pas de d??sir de savoir, ce fameux Wissentrieb que quelque part pointe Freud. L? , Freud se contredit. Tout indique - d'est l? le sens de l'inconscient -non seulement que l'homme sait d??j? tout ??e qu'il a ? savoir, mais que ce savoir est parfaitement limit?? ? cette jouissance insuffisante que constitue qu'il parle. Vous voyez bien que cela comporte une question sur ce qu'il en est de cette science effective que nous poss??dons bien sous le nom d'une physique. En quoi cette nouvelle science concerne-t-elle le r??el? La faute de la science que je qualifie de traditionnelle pour ??tre celle qui nous vient de la pens??e d'Aristote, sa faute est d'impliquer que le pens?? est ? l'image de la pens??e, c'est-? -dire que l'??tre pense. Pour aller ? un exemple qui vous soit proche, j'avancerai que ce qui rend ce qu'on appelle rapports humains vivables, ce n'est pas d'y penser. C'est l? -dessus qu'en somme s'est fond?? ce qu'on appelle comiquement behaviourism - la conduite, ? son dire, pourrait ??tre observ??e de telle sorte qu'elle s'??claire par sa fin. C'est l? -dessus qu'on a esp??r?? fonder les sciences humaines, envelopper tout comportement, n'y ??tant suppos??e l'intention d'aucun sujet. D'une finalit?? pos??e comme de ce comportement faisant objet, rien de plus facile, cet objet ayant sa propre r??gulation, que de l'ima??giner dans le syst??me nerveux. L'ennui, c'est qu'il ne fait rien de plus que d'y injecter tout ce qui s'est ??labor?? philosophiquement, aristot??liciennement, de l'??me. Rien n'est chang??. Cela se touche de ce que le behaviourism ne s'est distingu??, que je sache, par aucun bouleversement de l'??thique, c'est-? -dire des habitudes mentales, de l'habitude fonda-mentale. L'homme, n'??tant qu'un objet, sert ? une fin. Il se fonde - quoi qu'on en pense, c'est toujours l? ??" de sa cause finale, laquelle est vivre, dans l'occasion, ou plus exactement sur??vivre, c'est-? -dire atermoyer la mort et dominer le rival. Il est clair que le nombre des pens??es implicites dans une telle conception du monde, Weltanschauung comme on dit, est proprement incalculable. C'est toujours de l'??quivalence de la pens??e et du pens?? qu'il s'agit. Ce qui est le plus certain du mode de penser de la science traditionnelle, c'est ce qu'on appelle son classicisme - soit le r??gne aristot??licien de la classe, c'est-? -dire du genre et de l??Tesp??ce, autrement dit de l'individu consi??d??r?? comme sp??cifi??. C'est l'esth??tique aussi qui en r??sulte, et l'??thique qui s'en ordonne. Cette ??thique, je la qualifierai d'une fa??on simple, trop simple et qui risque de vous faire voir rouge, c'est le cas de le dire, mais vous auriez tort de voir trop vite - la pens??e est du c??t?? du manche, et le pens?? de l'autre c??t??, ce qui se lit de ce que le manche est la parole - lui seul explique et rend raison. 96 En cela, le behaviourism ne sort pas du classique. C'est dit-manche - le dimanche de la vie, comme dit Queneau, non sans du m??me coup en r??v??ler l'??tre d'abrutissement. Pas ??vident au premier abord. Mais ce que j'en rel??ve, c'est que ce Di-??manche a ??t?? lu et approuv?? par quelqu'un qui, dans l'histoire de la pens??e, en savait un bout, Koj??ve nomm??ment, qui y reconnaissait rien de moins que le savoir absolu tel qu'il nous est promis par Hegel. 2 Comme quelqu'un l'a per??u r??cemment, je me range - qui me range? est-ce que c'est lui ou est-ce que c'est moi? finesse de lalangue - je me range plut??t du c??t?? du baroque. C'est un ??pinglage emprunt?? ? l'histoire de l'art. Comme l'histoire de fart, tout comme l'histoire et tout comme l'art, sont affaire non pas du manche, mais de la manche, c'est-? -dire du tour de passe-passe, il faut avant de continuer, que je dise ce que j'entends par l? - le sujet je n'??tant pas plus actif dans ce j'entends que dans le je me range. Et c'est ce qui va me faire plonger dans l'histoire du christianisme. Vous ne vous y attendiez pas? Le baroque, c'est au d??part l'historiole, la petite histoire du Christ. ,Je veux dire ce que raconte l'histoire d'un homme. Ne vous frappez pas, c'est lui-m??me qui s'est d??sign?? comme le Fils de l'Homme. Ce que racon??tent quatre textes dits ??vang??liques, d'??tre pas tellement bonne nouvelle que annonceurs bons pour leur sorte de nouvelle. ??a peut aussi s'entendre comme ??a, et ??a me para??t plus appropri??. Ceux-l? ??crivent d'une fa??on telle qu'il n'y a pas un seul fait qui ne puisse y ??tre contest?? - Dieu sait que naturellement on a fonc?? dans la muleta. Ces textes n'en sont pas moins ce qui va au c?"ur de la v??rit??, la v??rit?? comme telle, jusques et y compris le fait, que moi j'??nonce qu'on ne peut la dire qu'? moiti??. C'est une simple indication. Cette ??bouriffante r??ussite impliquerait que je prenne les textes, et que je vous fasse des le??ons sur les ??vangiles. Vous voyez o?? ??a nous entra??nerait. Cela pour vous montrer qu'ils ne se serrent au plus pr??s qu'? la lumi??re des cat??gories que j'ai essay?? de d??gager de la pratique analytique, nomm????ment le symbolique, l'imaginaire et le r??el. Pour nous en tenir ? la premi??re, j'ai ??nonc?? que la v??rit??, c'est la dit-??mension, la mension du dit. Dans ce genre, les ??vangiles, on ne peut pas mieux dire. On ne peut mieux dire de la v??rit??. C'est de cela qu'il r??sulte que ce sont des ??vangiles. 97 On ne peut pas m??me mieux faire jouer la dimension de la v??rit??, c'est-??? -dire mieux repousser la r??alit?? dans le fantasme. Apr??s tout, la suite a suffisamment d??montr?? - je laisse les textes, je m'en tiendrai ? l'effet - que cette dit-mension se soutient. Elle a inond?? ce qu'on appelle le monde, en le restituant ? sa v??rit?? d'immondice. Elle a relay?? ce que te Romain, ma??on comme pas un, avait fond??, d'un ??qui??libre miraculeux, universel, avec en plus des bains de jouissance qu'y symbolisent suffisamment ces fameux thermes dont il nous reste des bouts ??croul??s. Nous ne pouvons plus avoir aucune esp??ce d'id??e ? quel point, pour ce qui est de jouir, c'??tait le pompon. Le christianisme a rejet?? tout ??a ? l'abjection consid??r??e comme monde. C'est ainsi que ce n'est pas sans une affinit?? intime au probl??me du vrai que le christianisme subsiste. Qu'il soit la vraie religion, comme il pr??tend, n'est pas une pr??tention excessive, et ce d'autant plus qu'? examiner le vrai de pr??s, c'est ce qu'on peut en dire de pire. Dans ce registre du vrai, quand on y entre, on n'en sort plus. Pour mino??riser la v??rit?? comme elle le m??rite, il faut ??tre entr?? dans le discours ana??lytique. Ce que le discours analytique d??loge met la v??rit?? ? sa place, mais ne l'??branle pas. Elle est r??duite, mais indispensable. D'o?? sa consolidation, contre quoi rien ne pr??vaudra - sauf ce qui subsiste encore des sagesses, mais qui ne s'y sont pas affront??es, le tao??sme par exemple, ou d'autres doctrines de salut, pour qui l'affaire n'est pas de v??rit?? mais de voie, comme le nom tao l'indique, de voie, et parvenir ? prolonger quelque chose qui y ressemble. Il est vrai que l'historiole du Christ se pr??sente, non pas comme l'entre??prise de sauver les hommes, mais comme celle de sauver Dieu. Il faut reconna??tre que, pour celui qui s'est charg?? de cette entreprise, le Christ nomm??ment, il y a mis le prix, c'est le moins qu'on puisse dire. Le r??sultat, on doit bien s'??tonner qu'il paraisse satisfaire. Que Dieu soit trois indissolublement est tout de m??me de nature ? nous faire pr??juger que le compte un-deux-trois lui pr??existe. De deux choses l'une - ou il ne prend compte que de l'apr??s-coup de la r??v??lation christique, et c'est son ??tre qui en prend un coup - ou si le trois lui est ant??rieur, c'est son unit?? qui ??cope. D'o?? devient concevable que le salut de Dieu soit pr??caire, et livr?? en somme au bon vouloir des chr??tiens. L'amusant est ??videmment - je vous ai d??j? racont?? ??a, mais vous n'avez pas entendu - que l'ath??isme ne soit soutenable que par les clercs. Beaucoup plus difficile chez les la??ques dont l'innocence en la mati??re reste totale. Rappelez-vous ce pauvre Voltaire. C'??tait un type malin, agile, rus??, extraordinairement sautilleur, mais tout ? fait digne d'entrer dans le vide-poches d'en face, le Panth??on. Freud heureusement nous a donn?? une interpr??tation n??cessaire - qui 98 ne cesse pas de s'??crire, comme je d??finis le n??cessaire - du meurtre du fils, comme fondateur de la religion de la gr??ce. Il ne l'a pas dit tout ? fait comme ??a, mais il a bien marqu?? que ce meurtre ??tait un mode de d??n????gation qui constitue une forme possible de l'aveu de la v??rit??. C'est ainsi que Freud sauve ? nouveaux le P??re. En quoi il imite J??sus ??Christ. Modestement, sans doute. Il n'y met pas toute la gomme. Mais il y contribue pour sa petite part, comme ce qu'il est, ? savoir un bon juif pas tour ? fait ? la page. C'est excessivement r??pandu. Il faut qu'on les regroupe pour qu'ils prennent le mors aux dents. Combien de temps est-ce que ??a durera? Il y a quand m??me quelque chose que je voudrais approcher concernant l'essence du christianisme. Vous allez aujourd'hui l? -dessus en baver. Pour ??a, il faut que je reprenne de plus haut. 3 L'??me - il faut lire Aristote - c'est ??videmment ? quoi aboutit la pens??e du manche. C'est d'autant plus n??cessaire - c'est-? -dire ne cessant pas de s'??crire - que ce qu'elle ??labore l? , la pens??e en question, ce sont des pens??es sur le corps. Le corps, ??a devrait vous ??pater plus. En fait, c'est bien ce qui ??pate la science classique - comment ??a peut-il marcher comme ??a? Un corps, le v??tre, n'importe quel autre d'ailleurs, corps baladeur, il faut que ??a se suffise. Quelque chose m'y a fait penser, un petit syndrome que j'ai vu sortir de mon ignorance, et qui m'a ??t?? rappel?? - si par hasard les larmes tarissaient, l??T?"il ne marcherait plus tr??s bien. C'est ce que j'appelle les miracles du corps. ??a se sent tout de suite. Supposez que ??a ne pleure plus, que ??a ne jute plus, la glande lacrymale - vous aurez des emmerdements. Et d'autre pat, c'est un fait que ??a pleurniche, et pourquoi diable? - d??s que, corporellement, imaginairement ou symboliquement, on vous marche sur le pied. On vous affecte, on appelle ??a comme ??a. Quel rapport y a-t-il entre cette pleurnicherie et le fait de parer ? l'impr??vu, c'est-? -dire de se barrer? C'est une formule vulgaire, mais qui dit bien ce qu'elle veut dire, parce qu'elle rejoint exactement le sujet barr??, dont ici vous avez entendu quelque consonance. Le sujet se barre, en effet, je l'ai dit, et plus souvent qu'? son tour. Constatez l? seulement qu'il y a tout avantage ? unifier l'expression pour le symbolique, l'imaginaire et le r??el, comme - je vous le dis entre paren??th??ses - le faisait Aristote, qui ne distinguait pas le mouvement de l'alloivsiV. Le changement et la motion dans l'espace, c'??tait pour lui - mais il ne le savait pas - que le sujet se barre. ??videmment, il ne poss??dait 99 pas les vraies cat??gories, mais quand m??me, il sentait bien les choses. En d'autres termes, l'important, c'est que tout ??a colle assez pour que le corps subsiste, sauf accident comme on dit, externe ou interne. Ce qui veut dire que le corps est pris pour ce qu'il se pr??sente ??tre, un corps ferm??. Qui ne voit que l'??me, ce n'est rien d'autre que son identit?? suppos??e, ? ce corps, avec tout ce qu'on pense pour l'expliquer? Bref l'??me, c'est ce qu'on pense ? propos du corps - du c??t?? du manche. Et on se rassure ? penser qu'il pense de m??me. D'o?? la diversit?? des explications. Quand il est suppos?? penser secret, il a des s??cr??tions - quand il est suppos?? penser concret, il a des concr??tions - quand il est suppos?? penser information, il a des hormones. Et puis encore il s'adonne ? l'ADN, ? l'Adonis. Tout cela pour vous amener ? ceci, que j'ai quand m??me annonc?? au d??part sur le sujet de l'inconscient - parce que je ne parle pas uniquement comme ??a, comme on fl??te -, il est vraiment curieux qu'il ne soit pas mis en cause dans la psychologie que la structure de la pens??e repose sur le lan??gage. Ledit langage - c'est l? tout le nouveau de ce terme structure, les autres ils en font ce qu'ils en veulent, mais moi, ce que je fais remarquer, c'est ??a - ledit langage comporte une inertie consid??rable, ce qui se voit ? comparer son fonctionnement aux signes qu'on appelle math??matiques, math??mes, uniquement de ce fait qu'eux se transmettent int??gralement. On ne sait absolument pas ce qu'ils veulent dire, mais ils se transmettent. U n'en reste pas moins qu'ils ne se transmettent qu'avec l'aide du langage, et c'est ce qui fait toute la boiterie de l'affaire. Qu'il y ait quelque chose qui fonde l'??tre, c'est assur??ment le corps. L? ??-dessus, Aristote ne s'y est pas tromp??. Des corps, il en a d??brouill?? beau??coup, un par un, voir l'histoire des animaux. Mais il n'arrive pas, lisez-le bien, ? faire le joint avec son affirmation - vous n'avez jamais lu naturelle??ment le De Anima, malgr?? mes supplications - que l'homme pense avec - instrument - son ??me, c'est-? -dire, je viens de vous le dire, les m??ca??nismes suppos??s dont se supporte son corps. Naturellement, faites attention. C'est nous qui en sommes aux m??ca??nismes, ? cause de notre physique - qui est d??j? , d'ailleurs, une physique sur une voie de garage, parce que depuis la physique quantique, pour les m??canismes, ??a saute. Aristote n'??tait pas entr?? dans les d??fil??s du m??ca??nisme. Alors, l'homme pense avec son ??me, ??a veut dire que l'homme, pense avec la pens??e d'Aristote. En quoi la pens??e est naturellement du c??t?? du manche. Il est ??vident qu'on avait quand m??me essay?? de faire mieux. Il y a encore autre chose avant la physique quantique - l'??nerg??tisme et l'id??e d'hom??o??stase. Ce que j'ai appel?? l'inertie dans la fonction du langage fait que toute parole est une ??nergie encore non prise dans une ??nerg??tique, parce que cette 100 ??nerg??tique n'est pas commode ? mesurer. L'??nerg??tique, c'est faire sortir de l'??nergie non pas des quantit??s, mais des chiffres choisis d'une fa??on compl??tement arbitraire, avec lesquels on s'arrange ? ce qu'il reste toujours quelque part une constante. Pour l'inertie en question, nous sommes forc??s de la prendre au niveau du langage lui-m??me. Quel rapport peut-il bien y avoir entre l'articulation qui constitue le langage, et une jouissance qui se r??v??le ??tre la substance de la pens??e, de cette pens??e si ais??ment refl??t??e dans le monde par la science traditionnelle? Cette jouissance est celle qui fait que Dieu, c'est l'??tre supr??me, et que cet ??tre supr??me ne peut, dixit Aristote, rien ??tre d'autre que le lieu d'o?? se sait quel est le bien de tous les autres. Cela n'a pas grand rapport, n'est-ce pas, avec la pens??e, si nous la consid??rons domin??e avant tout par l'inertie du langage. Ce n'est pas tr??s ??tonnant qu'on n'ait pas su comment serrer, coincer, faire couiner la jouissance en se servant de ce qui para??t le mieux pour sup??porter l'inertie du langage, ? savoir l'id??e de la cha??ne, des bouts de ficelle autrement dit, des bouts de ficelle qui font des ronds et qui, on ne sait trop comment, se prennent les uns avec les autres. J'ai d??j? une fois avanc?? devant vous cette notion, et j'essaierai de faire mieux. C'??tait donc l'ann??e derni??re - je m'??tonne moi-m??me, ? mesure que j'avance en ??ge, que les choses de l'ann??e derni??re me paraissent il y a cent ans - que j'ai pris pour th??me la formule que j'ai cru pouvoir sup??porter du n?"ud borrom??en - je te demande de refuser ce que je t'offre parce que ce n'est pas ??a. C'est une formule soigneusement adapt??e ? son effet, comme toutes celles que je prof??re. Voyez l??T??tourdit. Je n'ai pas dit le dire reste oubli?? etc., j'ai dit qu'on dise. De m??me ici, je n'ai pas dit parce que ce n'est que ??a. Ce n'est pas ??a - voil? le cri par o?? se distingue la jouissance obtenue, de celle attendue. C'est o?? se sp??cifie ce qui peut se dire dans le langage. La n??gation a toute semblance de venir de l? . Mais rien de plus. La structure, pour s'y brancher, ne d??montre rien, sinon qu'elle est du texte m??me de la jouissance, en tant qu'? marquer de quelle distance elle manque, celle dont il s'agirait si c'??tait ??a, elle ne suppose pas seulement celle qui serait ??a, elle en supporte une autre. Voil? . Cette dit-mension - je me r??p??te, mais nous sommes dans un domaine o?? justement la, loi, c'est la r??p??tition - cette dit-mension, c'est le dire de Freud. C'est m??me la preuve de l'existence de Freud - dans un certain nombre d'ann??es, il en faudra une. Tout ? l'heure je l'ai rapproch?? d'un petit copain, du Christ. La preuve de l'existence du Christ, elle est ??vidente, c'est le christianisme. Le christianisme, en fait, c'est accroch?? l? . Enfin, pour l'ins??tant, on a les Trois Essais sur la sexualit??, auxquels je vous prie de vous 101 reporter, parce que j'aurai ? en faire de nouveau usage sur ce que j'appelle la d??rive pour traduire Trieb, la d??rive de la jouissance. Tout ??a, j'y insiste, c'est proprement ce qui a ??t?? collab?? pendant toute l'antiquit?? philosophique par l'id??e de la connaissance. Dieu merci, Aristote ??tait assez intelligent pour isoler dans l'intellect agent ce dont il s'agit dans la fonction symbolique. Il a simplement vu que le symbolique, c'est l? que l'intellect devait agir. Mais il n'??tait pas assez intelligent - pas assez parce que n'ayant pas joui de la r??v??lation chr??tienne - pour penser qu'une parole, f??t-ce la sienne, ? d??signer ce vous qui ne se supporte que du langage, concerne la jouissance - laquelle pourtant se d??signe chez lui m??taphoriquement partout. Toute cette histoire de la mati??re et de la forme, qu'est-ce que ??a sugg??re comme vieille histoire concernant la copulation! ??a lui aurait permis de voir que ce n'est pas du tout ??a, qu'il n'y a pas la moindre connaissance, mais que les jouissances qui en supportent le semblant, c'est quelque chose comme le spectre de la lumi??re blanche. A cette seule condition qu'on voie que la jouissance dont il s'agit est hors du champ de ce spectre. Il s'agit de m??taphore. Pour ce qu'il en est de la jouissance, il faut mettre la fausse finalit?? comme r??pondant ? ce qui n'est que pure fallace d'une jouissance qui serait ad??quate au rapport sexuel. A ce titre, toutes les jouis??sances ne sont que des rivales de la finalit?? que ??a serait si la jouissance avait le moindre rapport avec le rapport sexuel. 4 Je vais en remettre une petite coul??e sur le Christ, parce que c'est un per??sonnage important, et parce que ??a vient l? pour commenter le baroque. Ce n'est pas pour rien qu'on dit que mon discours participe du baroque. Je vais poser une question - quelle importance peut-il y avoir dans la doctrine chr??tienne ? ce que le Christ ait une ??me? Cette doctrine ne parle que de l'incarnation de Dieu dans un corps, et suppose bien que la passion soufferte en cette personne ait fait la jouissance d'une autre. Mais il n'y a rien qui ici manque, pas d'??me notamment. Le Christ, m??me ressuscit??, vaut par son corps, et son corps est le truche??ment par o?? la communion ? sa pr??sence est incorporation - pulsion orale - dont l'??pouse du Christ, ??glise comme on l'appelle, se contente fort bien, n'ayant rien ? attendre d'une copulation. Dans tout ce qui a d??ferl?? des effets du christianisme, dans l'art notam??ment - c'est en cela que je rejoins ce baroquisme dont j'accepte d'??tre habill?? - tout est exhibition de corps ??voquant la jouissance - croyez-en le t??moignage de quelqu'un qui revient d'une orgie d'??glises en Italie. A la copulation pr??s. Si elle n'est pas pr??sente, ce n'est pas pour des prunes. 102 Elle est aussi hors champ qu'elle l'est dans la r??alit?? humaine, qu'elle sus??tente pourtant des fantasmes dont elle est constitu??e. Nulle part, dans aucune aire culturelle, cette exclusion ne s'est avou??e de fa??on plus nue. le dirai un peu plus - ne croyez pas que mes dires, je ne vous les dose pas -j'irai jusque-l? , ? vous dire que, nulle part comme dans le christianisme, l??T?"uvre d'art comme telle ne s'av??re de fa??on plus patente pour ce qu'elle est de toujours et partout - obsc??nit??. La dit-mension de l'obsc??nit??, voil? ce par quoi le christianisme ravive la religion des hommes. Je ne vais pas vous donner une d??finition de la reli??gion, parce qu'il n'y a pas plus d'histoire de la religion que d'histoire de l'art. Les religions, c'est comme les arts, c'est une poubelle, car ??a n'a pas la moindre homog??n??it??. Il y a quand m??me quelque chose dans ces ustensiles qu'on fabrique ? qui mieux mieux. Ce dont il s'agit, c'est pour ces ??tres qui de nature parlent, l'urgence que constitue qu'ils aillent au d??duit amoureux sous des modes exclus de ce que je pourrais appeler - si c'??tait concevable, au sens que, j'ai donn?? tout ? l'heure au mot ??me, ? savoir ce qui fait que ??a fonctionne - l'??me de la copulation. J'ose supporter de ce mot ce qui, ? les y pousser effectivement si ??a ??tait l'??me de la copulation, serait ??laborable par ce que j'appelle une physique, qui dans l'occasion n'est rien que ceci - une pens??e supposable au penser. Il y a l? un trou, et ce trou s'appelle l'Autre. Du moins est-ce ainsi que j'ai cru pouvoir le d??nommer, l'Autre en tant que lieu o?? la parole, d'??tre d????pos??e - vous ferez attention aux r??sonances - fonde la v??rit??, et avec elle le pacte qui suppl??e ? l'inexistence du rapport sexuel, en tant qu'il serait pens??, pens?? pensable autrement dit, et que le discours ne serait pas r??duit ? ne partir - si vous vous souvenez du titre d'un de mes s??minaires - que du semblant. Que la pens??e n'agisse dans le sens d'une science qu'? ??tre suppos??e au penser, c'est-? -dire que l'??tre soit suppos?? penser, c'est ce qui fonde la tradition philosophique ? partir de Parm??nide. Parm??nide avait tort et H??raclite raison. C'est bien ce qui se signe ? ce que, au fragment 93, H??ra??clite ??nonce ??" [phrase en grec] il n'avoue ni ne cache, il signifie, remettant ? sa place le discours du manche lui-m??me ??" [phrase en grec], le prince, le manche, qui vaticine ? Delphes. Vous savez l'histoire folle, celle qui fait quant ? moi le d??lire de mon admiration? Je me mets en huit par terre quand je lis Saint Thomas. Parce que c'est rudement bien foutu. Pour que la philosophie d'Aristote ait ??t?? par Saint Thomas r??inject??e dans ce qu'on pourrait appeler la conscience chr??tienne si ??a avait un sens, c'est quelque chose qui ne peut s'expliquer que parce que - enfin, c'est comme les psychanalystes - les chr??tiens ont hor??reur de ce qui leur a ??t?? r??v??l??. Et ils ont bien raison. 103 Cette b??ance inscrite au statut m??me de la jouissance en tant que dit men??sion du corps, chez l'??tre parlant, voil? ce qui rejaillit avec Freud par ce test - je ne dis rien de plus - qu'est l'existence de la parole. L? o?? ??a parle, ??a jouit. Et ??a ne veut pas dire que ??a sache rien, parce que, quand m??me, jusqu'? nouvel ordre, l'inconscient ne nous a rien r??v??l?? sur la physiologie du syst??me nerveux, ni sur le fonctionnement du bandage, ni sur l'??jacu??lation pr??coce. Pour en finir avec cette histoire de la vraie religion, je pointerai, pendant qu'il en est encore temps, que Dieu ne se manifeste que des ??critures qui sont dites saintes. Elles sont saintes en quoi? - en ce qu'elles ne cessent pas de r??p??ter l'??chec - lisez Salomon, c'est le ma??tre des ma??tres, c'est le senti-ma??tre, un type dans mon genre - l'??chec des tentatives d'une sagesse dont l'??tre serait le t??moignage. Tout cela ne veut pas dire qu'il n'y ait pas eu des trucs de temps en temps, gr??ce auxquels la jouissance - sans elle, il ne saurait y avoir de sagesse -a pu se croire venue ? cette fin de satisfaire la pens??e de l'??tre. Seulement voil? -jamais cette fin n'a ??t?? satisfaite qu'au prix d'une castration. Dans le tao??sme par exemple - vous ne savez pas ce que c'est, tr??s peu le savent, mais moi, je l'ai pratiqu??, j'ai pratiqu?? les textes bien s??r -l'exemple en est patent dans la pratique m??me du sexe. Il faut retenir son foutre, pour ??tre bien. Le bouddhisme, lui, est l'exemple trivial par son renoncement ? la pens??e elle-m??me. Ce qu'il y a de mieux dans le boud??dhisme, c'est le zen, et le zen, ??a consiste ? ??a - ? te r??pondre par un aboie??ment, mon petit ami. C'est ce qu'il y a de mieux quand on veut naturelle??ment sortir de cette affaire infernale, comme disait Freud. La fabulation antique, la mythologie comme vous appelez ??a - Claude L??vi-Strauss aussi appelle ??a comme ??a - de l'aire m??diterran??enne -qui est justement celle ? laquelle on ne touche pas, parce que c'est la plus foisonnante, et surtout parce qu'on en a fait de tels jus qu'on ne sait plus par quel bout la prendre -, la mythologie est parvenue aussi ? quelque chose dans le genre de la psychanalyse. Les dieux, il y en avait ? la pelle, des dieux, il suffisait de trouver le bon, et ??a faisait ce truc contingent qui fait que quelquefois, apr??s une analyse, nous aboutissons ? ce qu'un chacun' baise convenablement sa une chacune. C'??taient quand m??me des dieux, c'est-? -dire des repr??sentations un peu consistantes de l'Autre. Passons sur la faiblesse de l'op??ration analytique. Chose tr??s singuli??re, cela est si parfaitement compatible avec la croyance chr??tienne que de ce polyth??isme nous avons vu la renaissance, ? l'??poque ??pingl??e du m??me nom. Je vous dis tout ??a parce que justement je reviens des mus??es, et qu'en somme la contre-r??forme, c'??tait revenir aux sources, et que le baroque, c'en est l'??talage. 104 Le baroque, c'est la r??gulation de l'??me par la scopie corporelle. Il faudrait une fois - je ne sais pas si j'aurai jamais le temps - parler de la musique, dans les marges. Je parle seulement pour l'heure de ce qui se voit dans toutes les ??glises d'Europe, tout ce qui s'accroche aux murs, tout ce qui croule, tout ce qui d??lice, tout ce qui d??lire. Ce que j'ai appel?? tout l'heure l'obsc??nit?? - mais exalt??e. Je me demande, pour quelqu'un qui vient du tin fond de la Chine, quel effet ??a doit pouvoir lui faire, ce ruissellement de repr??sentations de mar??tyrs. Et je dirai que ??a se renverse. Ces repr??sentations sont elles-m??mes martyres - vous savez que martyr veut dire t??moin - d'une souffrance plus ou moins pure. C'??tait l? notre peinture jusqu'? ce qu'on ait fait le vide en commen??ant s??rieusement ? s'occuper de petits carr??s. Il y a l? une r??duction de l'esp??ce humaine - ce nom, humaine, r??sonne comme humeur malsaine, il y a un reste qui fait malheur. Cette r??duction, c'est le terme par o?? l'??glise entend porter l'esp??ce, justement, jusqu'? la fin des temps. Et elle est si fond??e dans la b??ance propre ? la sexualit?? de l'??tre parlant, qu'elle risque d'??tre au moins aussi fond??e, disons, - parce que je ne veux pas d??sesp??rer de rien - que l'avenir de la science. L'avenir de la science, c'est le titre qu'a donn?? ? un de ses bouquins cet autre cureton qui s'appelait Ernest Renan, et qui ??tait un serviteur de la v??rit??, lui aussi, ? tout crin. Il n'en exigeait qu'une chose - mais c'??tait absolument premier, sans quoi c'??tait la panique - qu'elle n'ait aucune cons??quence. L'??conomie de la jouissance, voil? ce qui n'est pas encore pr??s du bout de nos doigts. ??a aurait son petit int??r??t qu'on y arrive. Ce qu'on peut en voir ? partir du discours analytique, c'est que, peut-??tre, on a une petite chance de trouver quelque chose l? -dessus, de temps en temps, par des voies essentiellement contingentes. Si mon discours d'aujourd'hui n'??tait pas quelque chose d'absolument, d'enti??rement n??gatif, je tremblerais d'??tre rentr?? dans le discours philoso??phique. Quand m??me, puisque nous avons d??j? vu quelques sagesses qui ont dur?? un petit bout de temps, pourquoi ne retrouverait-on pas avec le dis??cours analytique, quelque chose qui donnerait aper??u d'un truc pr??cis? Apr??s tout, qu'est-ce que l'??nerg??tique si ce n'est aussi un truc math????matique? Le truc analytique ne sera pas math??matique. C'est bien pour ??a que le discours de l'analyse se distingue du discours scientifique. Enfin, cette chance, mettons-la sous le signe d'au petit bonheur - encore. 8 MAI 1973. -105- 106 X RONDS DE FICELLE J'ai r??v?? cette nuit que, quand je venais ici, il n'y avait personne. C'est o?? se confirme le caract??re de v?"u du r??ve. Malgr?? que j'??tais assez outr??, que cela ne doive servir ? rien, puisque je me souvenais aussi dans mon r??ve que j'avais travaill?? jusqu'? quatre heures et demie du matin, c'??tait quand m??me la satisfaction d'un v?"u, ? savoir que d??s lors, je n'avais plus qu'? me les rouler. I Je vais dire - c'est ma fonction - je vais dire une fois de plus - parce que je me r??p??te - ce qui est de mon dire, et qui s'??nonce - il n'y a pas de m??talangage. Quand je dis ??a, ??a veut dire, apparemment - pas de langage de l'??tre. Mais y a-t-il l'??tre? Comme je l'ai fait remarquer la derni??re fois, ce que je dis, c'est ce qu'il n'y a pas. L'??tre est, comme on dit, et le non-??tre n'est pas. Il y a, ou il n'y a pas. Cet ??tre, on ne fait que le supposer ? certains mots - individu par exemple, ou substance. Pour moi, ce n'est qu'un fait de dit. Le mot sujet que j'emploie prend d??s lors un accent diff??rent. Je me distingue du langage de l'??tre. Cela implique qu'il puisse y avoir fiction de mot - je veux dire, ? partir du mot. Et comme peut ??tre certains s'en souviennent, c'est de l? que je suis parti quand j'ai parl?? de l'??thique. Ce n'est pas parce que j'ai ??crit des choses qui font fonction de formes du langage que j'assure pour autant l'??tre du m??talangage. Car, cet ??tre I07 il faudrait que je le pr??sente comme subsistant par soi, par soi tout seul, comme le langage de l'??tre. La formalisation math??matique est notre but, notre id??al. Pourquoi? - parce que seule elle est math??me, c'est-? -dire capable de se transmettre int??gralement. La formalisation math??matique, c'est de l'??crit, mais qui ne subsiste que si j'emploie ? le pr??senter la langue dont j'use. C'est l? qu'est l'objection - nulle formalisation de la langue n'est transmissible sans l'usage de la langue elle-m??me. C'est par mon dire que cette formalisation, id??al m??talangage, je la fais ex-sister. C'est ainsi que le symbolique ne se confond pas, loin de l? , avec l'??tre, mais qu'il subsiste comme ex-sistence du dire. C'est ce que j'ai soulign??, dans le texte dit l'??tourdit, de dire que le symbolique ne supporte que l'ex-sistence. En quoi? C'est une des choses essentielles que j'ai dites la derni??re fois - l'analyse se distingue entre tout ce qui a ??t?? produit jusqu'alors du dis??cours, de ce qu'elle ??nonce ceci, qui est l'os de mon enseignement, que je parle sans le savoir. Je parle avec mon corps, et ceci sans le savoir. Je dis donc toujours plus que je n'en sais. C'est l? que j'arrive au sens du mot sujet dans le discours analytique. Ce qui parle sans le savoir me fait je, sujet du verbe. ??a ne suit pas ? me faire ??tre. ??a n'a rien ? faire avec ce que je suis forc?? de mettre dans l'??tre - suffisamment de savoir pour se tenir, mais pas une goutte de plus. C'est ce que, jusqu'alors, on a appel?? la forme. Dans Platon, la forme, c'est ce savoir qui remplit l'??tre. La forme n'en sait pas plus qu'elle ne dit. Elle est r??elle, en ce sens qu'elle tient l'??tre dans sa coupe, mais ? ras bord. Elle est le savoir de l'??tre. Le discours de l'??tre suppose que l'??tre soit, et c'est ce qui le tient. Il y a du rapport d'??tre qui ne peut pas se savoir. C'est lui dont, dans mon enseignement, j'interroge la structure, en tant que ce savoir - je viens de le dire - impossible est par l? interdit. C'est ici que je joue de l'??qui??voque - ce savoir impossible est censur??, d??fendu, mais il ne l'est pas si vous ??crivez convenablement l'inter-dit, il est dit entre les mots, entre les lignes. Il s'agit de d??noncer ? quelle sorte de r??el il nous permet l'acc??s. Il s'agit de montrer o?? va sa mise en forme, ce m??talangage qui n'est pas, et que je fais ex-sister. Sur ce qui ne peut ??tre d??montr??, quelque chose pourtant peut ??tre dit de vrai. C'est ainsi que s'ouvre cette sorte de v??rit??, la seule qui nous soit accessible, et qui porte, par exemple, sur le non?? savoir-faire. Je ne sais pas comment m'y prendre, pourquoi pas le dire, avec la v??rit?? - pas plus qu'avec la femme. J'ai dit que l'une et l'autre, au moins pour l'homme, c'??tait la m??me chose. ??a fait le m??me embarras. Il se trouve cet accident que j'ai du go??t aussi bien pour l'une que pour l'autre, malgr?? tout ce qu'on en dit. 108 Cette discordance du savoir et de l'??tre, c'est ce qui est notre sujet. n'emp??che pas que l'on peut dire aussi qu'il n'y en a pas, de discordance, quant ? ce qui m??ne le jeu, selon mon titre de cette ann??e, encore. C'est l'insuffisance du savoir par quoi nous sommes encore pris. Et c'est par l? que ce jeu d'encore se m??ne - non pas qu'? en savoir plus il nous m??nerait mieux, mais peut-??tre y aurait-il meilleure jouissance, accord de la jouis??sance et de sa fin. Or, la fin de la jouissance - c'est ce que nous enseigne tout ce qu'arti??cule Freud de ce qu'il appelle inconsid??r??ment pulsions partielles - la fin de la jouissance est ? c??t?? de ce ? quoi elle aboutit, c'est ? savoir que nous nous reproduisions. Le je n'est pas un ??tre, c'est un suppos?? ? ce qui parle. Ce qui parle n'a ? faire qu'avec la solitude, sur le point du rapport que je ne puis d??finir qu'? dire comme je l'ai fait qu'il ne peut-pas s'??crire. Cette solitude, elle, de rupture du savoir, non seulement elle peut s'??crire, mais elle est m??me ce qui s'??crit par excellence, car elle est ce qui d'une rupture de l'??tre laisse trace. C'est ce que j'ai dit dans un texte, certes non sans imperfections, que j'ai appel?? Lituraterre. La nu??e du langage - me suis-je exprim?? m??taphorique??ment - fait ??criture. Qui sait si le fait que nous pouvons lire ces ruisseaux que je regardais sur la Sib??rie comme trace m??taphorique de l'??criture n'est pas li?? - lier et lire, c'est les m??mes lettres, faites-y attention - ? quelque chose qui va au-del? de l'effet de pluie, dont il n'y a aucune chance que l'animal le lise comme tel? Bien plut??t est-il li?? ? cette forme d'id??a??lisme que je voudrais vous faire entrer dans la t??te - non pas certes celui que professe Berkeley, ? vivre dans un temps o?? le sujet avait pris son ind????pendance, non pas celui qui tient que tout ce que nous connaissons soit repr??sentation, mais bien plut??t cet id??alisme qui ressortit ? l'impossible d'inscrire la relation sexuelle entre deux corps de sexe diff??rent. C'est par l? que se fait l'ouverture par quoi c'est le monde qui vient ? nous faire son partenaire. C'est le corps parlant en tant qu'il ne peut r??ussir ? se reproduire que gr??ce ? un malentendu de sa jouissance. C'est dire qu'il ne se reproduit que gr??ce ? un ratage de ce qu'il veut dire, car ce qu'il veut dire - ? savoir, comme le dit bien le fran??ais, son sens - c'est sa jouissance effective. Et c'est ? la rater qu'il se reproduit - c'est-? -dire ? baiser. C'est justement ??a qu'il ne veut pas faire, en fin de compte. La preuve, c'est que, quand on le laisse tout seul, il sublime tout le temps ? tour de bras, il voit la Beaut??, le Bien - sans compter le Vrai, et c'est encore l? , comme je viens de vous le dire, qu'il est le plus pr??s de ce dont il s'agit Mais ce qui est vrai, c'est que le partenaire de l'autre sexe reste l'Autre C'est donc ? rater sa jouissance qu'il r??ussit ? ??tre encore reproduit sans 109 rien savoir de ce qui le reproduit. Et notamment - cela est dans Freud parfaitement sensible, bien s??r ce n'est qu'un bafouillage, mais nous ne pouvons pas faire mieux - il ne sait pas si ce qui le reproduit, c'est la vie ou la mort. Il me faut pourtant dire ce qu'il y a de m??talangage, et en quoi il se confond avec la trace laiss??e par le langage. Car c'est par l? que le sujet fait retour ? la r??v??lation du corr??lat de la langue, qui est ce savoir en plus de l'??tre, et pour lui sa petite chance d'aller ? l'Autre, ? son ??tre, dont j'ai fait remarquer la derni??re fois - c'est le second point essentiel - qu'il ne veut rien savoir. Passion de l'ignorance. C'est bien pour ??a que les deux autres passions sont celles qui s'appellent l'amour - qui n'a rien ? faire, contrairement ? ce que la philosophie a ??lucubr??, avec le savoir - et la haine, qui est bien ce qui s'approche le plus de l'??tre, que j'appelle l'ex-sister. Rien ne concentre plus de haine que ce dire o?? se situe l'ex-sistence. L'??criture donc est une trace o?? se lit un effet de langage. C'est ce qui se passe quand vous gribouillez quelque chose. Moi aussi je ne m'en prive certes pas, puisque c'est avec ??a que je pr??pare ce que j'ai ? dire. Il est remarquable qu'il faille, de (??criture, s'assurer. Ce n'est pourtant pas le m??talangage, quoiqu'on puisse lui faire remplir une fonction qui y ressemble. Cet effet n'en reste pas moins second au regard de l'Autre o?? le langage s'inscrit comme v??rit??. Car rien de ce que je pourrais au tableau vous ??crire des formules g??n??rales qui lient, au point o?? nous en sommes, l'??nergie ? la mati??re, par exemple les derni??res for??mules d'Einstein, rien ne tiendra de tout ??a, si je ne le soutiens pas d'un dire qui est celui de la langue, et d'une pratique qui est celle de gens qui donnent des ordres au nom d'un certain savoir. Je reprends. Quand vous gribouillez et moi aussi, c'est toujours sur une page et c'est avec des lignes, et nous voil? plong??s tout de suite dans l'his??toire des dimensions. 2 Ce qui coupe une ligne, c'est le point. Comme le point a z??ro dimension, la ligne sera d??finie d'en avoir une. Comme ce que coupe la ligne, c'est une surface, la surface sera d??finie d'en avoir deux. Comme ce que coupe la surface c'est l'espace, l'espace en aura trois. C'est l? que prend sa valeur le petit signe que j'ai ??crit au tableau. ??a a tous les caract??res d'une ??criture, ??a pourrait ??tre une lettre. Seule??ment, comme vous ??crivez cursivement, il ne vous vient pas ? l'id??e d'arr????ter la ligne avant qu'elle en rencontre une autre, pour la faire passer dessous, 110 ou plut??t pour la supposer passer dessous, parce que dans l'??criture il s'agit de tout autre chose que de l'espace ? trois dimensions. Figure 1 Sur cette figure, lorsqu'une ligne est coup??e par une autre, ??a veut dire qu'elle passe sous elle. Ce qui se produit ici, ? ceci pr??s qu'il n'y- a qu'une ligne. Mais quoiqu'il n'y en ait qu'une seule, ??a se distingue d'un simple rond, car cette ??criture vous repr??sente la mise-? -plat d'un n?"ud. Ainsi cette ligne, cette ficelle, est bien autre chose que la ligne que nous avons d??finie tout ? l'heure au regard de l'espace comme une coupure et qui fait un trou, c'est-? -dire s??pare un int??rieur et un ext??rieur. Cette ligne nouvelle ne s'incarne pas si facilement dans l'espace. La preuve, c'est que la ficelle id??ale, la plus simple, ??a serait un tore. Et on a mis tr??s longtemps ? s'apercevoir, gr??ce ? la topologie, que ce qui s'enferme dans un tore n'a absolument rien ? voir avec ce qui s'enferme dans une bulle. Quoi que vous fassiez avec la surface d'un tore, vous ne ferez pas un n?"ud. Mais par contre, avec le lieu du tore, comme ceci vous le d??montre, vous pouvez faire un n?"ud. C'est en quoi, permettez-moi de vous le dire, le tore c'est la raison, puisque c'est ce qui permet le n?"ud. C'est bien en quoi ce que je vous montre maintenant, qui est un tore tortill??, est l'image, aussi sec que je peux vous la donner, de ce que j'ai ??voqu?? l'autre jour comme la trinit??, une et trois d'un seul jet. Figure 2 Il n'en reste pas moins que c'est ? en refaire trois tores, par le petit truc que je vous ai d??j? montr?? sous le nom de n?"ud borrom??en, que nous allons pouvoir op??rer sur le premier n?"ud. Naturellement, il y en a qui 111 n'??taient pas l? quand j'ai parl??, l'ann??e derni??re, vers f??vrier, du n?"ud borrom??en. Nous allons t??cher aujourd'hui de vous faire sentir l'impor??tance de cette histoire, et en quoi elle a affaire ? l'??criture, pour autant que je l'ai d??finie comme ce que laisse de trace le langage. Avec le n?"ud borrom??en, nous avons ? faire avec ce qui ne se voit nulle part, ? savoir un vrai rond de ficelle. Figurez-vous que, quand on trace une ficelle, on n'arrive jamais ? ce que sa trame joigne ses deux bouts. Pour que vous ayez un rond de ficelle, il faut que vous fassiez un n?"ud, n?"ud marin de pr??f??rence. Faisons avec notre ficelle ce n?"ud marin. Voil? . Gr??ce au n?"ud marin, nous avons l? , vous le voyez, un rond de ficelle. Nous allons en faire deux autres. Le probl??me alors pos?? par le n?"ud borrom??en est celui-ci - comment faire, quand vous avez fait vos ronds de ficelle, pour que ces trois ronds de ficelle tiennent ensemble, et de fa??on telle que, si vous en coupez un, tous les trois soient libres? Trois, ce n'est rien encore. Car le vrai probl??me, le probl??me g??n??ral, c'est de faire qu'avec un nombre quelconque de ronds de ficelle, , quand vous en coupez un, tous les autres sans exception soient libres, ind??pendants. Figure 3 Voici le n?"ud borrom??en - je l'ai d??j? , l'ann??e derni??re, mis au tableau. Il vous est facile de voir que deux ronds de ficelle ne sont pas nou??s l'un ? l'autre, et que c'est uniquement par le troisi??me qu'ils se tiennent. Faites bien attention ici - ne restez pas captiv??s par cette image. Je vais vous montrer un autre moyen de r??soudre le probl??me. Voil? un rond de ficelle. En voil? un autre. Vous passez le second rond dans le premier, et vous le pliez. Figure 4. Il supra d??s lors que dans un troisi??me rond vous preniez le second pour que les trois soient nou??s - nou??s de telle sorte qu'il suffit bien que vous en sectionniez un pour que les deux autres soient libres. Figure 5. Apr??s le premier pliage, vous pourriez avec le troisi??me rond faire un pliage nouveau, et le prendre dans un quatri??me. 112 Figure 4 Figure 5 Avec quatre comme avec trois, il suffit de couper un des n?"uds pour que tous les autres soient libres. Vous pouvez en mettre un nombre absolument infini, ce sera tou??jours vrai. La solution est donc absolument g??n??rale, et l'enfilade aussi longue que vous voudrez. Dans cette cha??ne, quelle qu'en soit la longueur, un premier et un der??nier se distinguent des autres cha??nons - alors que les ronds m??dians, repli??s, ont tous, comme vous le voyez sur la figure q., forme d'oreilles, les extr??mes, eux, sont ronds simples. Rien ne nous emp??che de confondre le premier et le dernier, en repliant l'un et le prenant dans l'autre. La cha??ne d??s lors se ferme. Figure 6. Figure 6 La r??sorption en un des deux extr??mes laisse pourtant une trace - dans la cha??ne des m??dians, les brins sont affront??s deux ? deux, alors que, l? o?? elle se boucle sur le rond simple, unique maintenant, quatre brins sont de chaque c??t?? affront??s ? un, celui du cercle. Cette trace peut certes ??tre effac??e - vous obtenez alors une cha??ne homog??ne de ronds pli??s. II3 3 Pourquoi ai-je fait intervenir dans l'ancien temps le n?"ud borrom??en? C'??tait pour traduire la formule je te demande - quoi? - de refuser- quoi? - ce que je t'offre - pourquoi? - parce que ce n'est pas ??a - ??a, vous savez ce que c'est, c'est l'objet a. L'objet a n'est aucun ??tre. L'objet a, c'est ce que suppose de vide une demande, dont ce n'est qu'? la situer par la m??to??nymie, c'est-? -dire par la pure continuit?? assur??e du commencement ? la fin de la phrase, que nous pouvons imaginer ce qu'il peut en ??tre d'un d??sir qu'aucun ??tre ne supporte. Un d??sir sans autre substance que celle qui s'assure des n?"uds m??mes. ??non??ant cette phrase, je te demande de refuser ce que je t'offre, je n'ai pu la motiver que de ce : ce n'est pas ??a, que j'ai repris la derni??re fois. Ce n'est pas, ??a veut dire que dans le d??sir de toute demande, il n'y a que la requ??te de l'objet a, de l'objet qui viendrait satisfaire la jouissance - laquelle serait alors la Lustbefriedigung suppos??e dans ce qu'on appelle improprement dans le discours psychanalytique la pulsion g??nitale, celle o?? s'inscrirait un rapport qui serait le rapport plein, inscriptible, de l'un avec ce qui reste irr??ductiblement l'Autre. J'ai insist?? sur ceci, que le par??tenaire de ce je qui est le sujet, sujet de toute phrase de demande, est non pas l'Autre, mais ce qui vient se substituer ? lui sous la forme de la cause du d??sir - que j'ai diversifi?? en quatre, en tant qu'elle se constitue diver??sement, selon la d??couverte freudienne, de l'objet de la succion, de l'objet de l'excr??tion, du regard et de la voix. C'est en tant que substituts de l'Autre, que ces objets sont r??clam??s, et sont faits cause du d??sir. Il semble que le sujet se repr??sente les objets inanim??s en fonction de ceci qu'il n'y a pas de relation sexuelle. Il n'y a que les corps parlants, ai-je dit, qui se font une id??e du monde comme tel. Le monde, le monde de l'??tre plein de savoir, ce n'est qu'un r??ve, un r??ve du corps en tant qu'il parle, car il n'y a pas de sujet connaissant. Il y a des sujets qui se donnent des corr??lats dans l'objet a, corr??lats de parole jouissante en tant que jouis??sance de parole. Que coince-t-elle d'autre que d'autres Uns? Je vous l'ai fait remarquer tout ? l'heure, la bilobulation, la transforma??tion par pliage du rond de ficelle en deux oreilles peut se faire de fa??on strictement sym??trique. C'est m??me ce qui se passe d??s qu'on arrive au niveau de quatre. Eh bien! de m??me, la r??ciprocit?? entre le sujet et l'objet a est totale. Pour tout ??tre parlant, la cause de son d??sir est strictement, quant ? la structure, ??quivalente, si je puis dire, ? sa pliure, c'est-? -dire ? ce que j'ai appel?? sa division de sujet. C'est ce qui nous explique que, si longtemps, le sujet a pu croire que le monde en savait autant que lui. Le monde est 114 sym??trique du sujet, le monde de ce que j'ai appel?? la derni??re fois la pens??e est l'??quivalent, l'image miroir, de la pens??e. C'est bien pourquoi il n'y a rien eu que fantasme quant ? la connaissance jusqu'? l'av??nement de la science la plus moderne. Ce fonctionnement en miroir est bien ce qui a permis cette ??chelle des ??tres qui supposait dans un ??tre, dit ??tre supr??me, le bien de tous. Ce qui est aussi bien l'??quivalent de ceci, que l'objet a peut ??tre dit, comme son nom l'indique, a-sexu??. L'Autre ne se pr??sente pour le sujet que sous une forme a-sexu??e. Tout ce qui a ??t?? le support, le support-substitut, le substi??tut de l'Autre sous la forme de l'objet de d??sir, est a-sexu??. C'est en quoi l'Autre comme tel reste - non sans que nous puissions y avancer un peu plus - reste dans la th??orie freudienne un probl??me, celui qui s'est exprim?? dans la question que r??p??tait Freud - Que veut la femme ? -, la femme ??tant dans l'occasion l'??quivalent de la v??rit??. C'est en quoi cette ??quivalence que j'ai produite est justifi??e. Est-ce que ??a vous ??claire sur l'int??r??t qu'il y a ? partir du rond de ficelle? Le dit rond est certainement la plus ??minente repr??sentation de l'Un, en ce sens qu'il n'enferme qu'un trou. C'est d'ailleurs en quoi un vrai, rond de ficelle est tr??s difficile ? fabriquer. Le rond de ficelle dont j'use est m??me mythique puisqu'on ne fabrique pas de rond de ficelle ferm??. Mais encore, qu'en faire, de ce n?"ud borrom??en? Je vous r??ponds qu'il peut nous servir ? nous repr??senter cette m??taphore si r??pandue pour exprimer ce qui distingue l'usage du langage - la cha??ne pr??cis??ment. Remarquons que, contrairement aux ronds de ficelle, des ??l??ments de cha??ne, ??a se forge. Il n'est pas tr??s difficile d'imaginer comment - on tord du m??tal jusqu'au moment o?? on arrive ? le souder. Sans doute n'est-ce pas un support simple, car, pour qu'il puisse repr??senter ad??qua??tement l'usage du langage, il faudrait dans cette cha??ne faire des cha??nons qui iraient s'accrocher ? un autre cha??non un peu plus loin avec deux ou trois cha??nons flottants interm??diaires. Il faudrait aussi comprendre pour??quoi une phrase a une dur??e limit??e. Cela, la m??taphore ne peut pas nous le donner. Voulez-vous un exemple qui vous montre ? quoi peut servir cette enfi??lade de n?"uds pli??s qui redeviennent ind??pendants pour peu qu'on en coupe un seul? II n'est pas tr??s difficile d'en trouver un, et, pas pour rien, dans la psychose. Souvenez-vous de ce qui peuple hallucinatoirement la solitude de Schreber - Nun will ich mich... maintenant je vais me... Ou encore - Sie sollen n??mlich... vous devez quant ? vous... Ces phrases in??terrompues, que j'ai appel??es messages de code, laissent en suspens je ne sais quelle substance. On per??oit l? l'exigence d'une phrase, quelle qu'elle ??soit, qui soit telle qu'un de ses cha??nons, de manquer, lib??re tous les autres, soit leur retire le Un. II5 N'est-ce pas l? le meilleur support que nous puissions donner de ce par quoi proc??de le langage math??matique ? Le propre du langage math??matique, une fois qu'il est suffisamment rep??r?? quant ? ses exigences de pure d??monstration, est que tout ce qui s'en avance, non pas tant dans le commentaire parl?? que dans le maniement m??me des lettres, suppose qu'il suffit qu'une ne tienne pas pour que toutes les autres non seulement ne constituent rien de valable par leur agencement, mais se dispersent. C'est en quoi le n?"ud borrom??en est la meilleure m??ta??phore de ceci, que nous ne proc??dons que de l'Un. L'Un engendre la science. Non pas au sens de l'un de la mesure. Ce n'est pas ce qui se mesure dans la science, contrairement ? ce qu'on croit, qui est l'important. Ce qui distingue la science moderne de la science antique, laquelle se fonde de la r??ciprocit?? entre le ?????<?, et le monde, entre ce qui pense et ce qui est pens??, c'est justement la fonction de l'Un. De l'Un, en tant qu'il n'est l? , pouvons-nous supposer, que pour repr??senter la solitude ??" le fait que l'Un ne se noue v??ritablement avec rien de ce qui semble ? l'Autre sexuel. Tout au contraire de la cha??ne, dont les Uns sont tous faits de la m??me fa??on, de n'??tre rien d'autre que de l'Un. Y Quand j'ai dit - Y a d' l' Un, quand j'y ai insist??, quand j'ai vraiment pi??tin?? ??a comme un ??l??phant pendant toute l'ann??e derni??re, vous voyez ce ? quoi je vous introduisais. Comment situer d??s lors la fonction de l'Autre ? Comment, si, jusqu'? un certain point, c'est simplement des n?"uds de l'Un que se supporte ce qui reste de tout langage quand il s'??crit, comment poser une diff??rence? Car il est clair que l'Autre ne s'additionne pas ? l'Un. L'Autre seulement s'en dif??f??rencie. S'il y a quelque chose par quoi il participe ? l'Un, ce n'est pas de s'additionner. Car l'Autre - comme je l'ai dit d??j? , mais il n'est pas s??r que vous l'ayez entendu - c'est l'Un-en-moins. C'est pour ??a que, dans tout rapport de l'homme avec une femme - celle qui est en cause -, c'est sous l'angle de l'Une-en-moins qu'elle doit ??tre prise. Je vous avais d??j? indiqu?? ??a ? propos de Don Juan, mais, bien entendu, il n'y a qu'une seule personne qui s'en soit aper??ue, ma fille nomm??ment. 4 Il ne suffit pas d'avoir trouv?? une solution g??n??rale au probl??me des n?"uds borrom??ens pour un nombre infini de n?"uds borrom??ens. Il fau??drait que nous ayons le moyen de montrer que c'est la seule solution. Or, nous en sommes ? ceci que, jusqu'? ce jour, il n'y a aucune th??orie des n?"uds Aux n?"uds ne s'applique jusqu'? ce jour aucune formalisation math??matique qui permette, en dehors de quelques petites fabrications II6 telles que celles que je vous ai montr??es, de pr??voir qu'une solution comme celle que je viens de donner n'est pas simplement ex-sistente, mais n??ces??saire, qu'elle ne cesse pas - comme je d??finis le n??cessaire - de s'??crire. Je vais vous le montrer tout de suite. Il suffit que je vous fasse ??a. Figure 7 Je viens de faire passer deux de ces ronds l'un dans l'autre d'une fa??on telle qu'ils font ici, non pas du tout ce repliage que je vous ai montr?? tout ? l'heure, mais simplement un n?"ud marin. Vous voyez tout de suite que, sans difficult?? aucune, je peux, d'un c??t?? ou de l'autre, poursuivre l'op??ra??tion en faisant autant de n?"uds marins que je veux, avec tous les ronds de ficelle du monde. Je peux ici encore fermer la cha??ne, enlever donc ? ses ??l??ments la s??para??bilit?? qu'ils ont jusqu'alors conserv??e. Je passe un troisi??me rond conjoi??gnant les deux bouts de la cha??ne. Figure 8 Voil? sans aucun doute une solution tout aussi valable que la premi??re. Le n?"ud jouit de la propri??t?? borrom??enne - que je sectionne l'un quel??conque des ronds que j'aurai ainsi agenc??s, tous les autres du m??me coup seront libres. II7 Aucun des ronds n'est ici d'un type diff??rent des autres. Il n'y a aucun point privil??gi??, et la cha??ne est strictement homog??ne. Vous sentez bien qu'il n'y a aucune analogie topologique entre les deux fa??ons de nouer des ronds de ficelle que je vous ai montr??es. Il y a ici, avec les n?"uds marins, une topologie que nous pourrions dire de torsion par rapport ? la pr??c????dente, qui serait simplement de flexion. Mais il ne serait pas contradictoire de prendre les ronds pli??s dans un n?"ud marin. D??s lors, vous voyez que la question se pose de savoir comment mettre une limite aux solutions du probl??me borrom??en. Je laisse la question ouverte. Il s'agit pour nous, vous l'avez compris, d'obtenir le mod??le de la forma??lisation math??matique. La formalisation n'est rien d'autre que la substitu??tion ? un nombre quelconque d'uns, de ce qu'on appelle une lettre. Car, que vous ??criviez que l'inertie, c'est ; mv?? , qu'est-ce que ??a veut dire? - sinon que, quelque soit le nombre d'uns que vous mettiez sous 2 chacune de ces lettres, vous ??tes soumis ? un certain nombre de lois, lois de groupe, addi??tion, multiplication, etc. Voil? les questions que j'ouvre, qui sont faites pour vous annoncer ce que j'esp??re pouvoir vous transmettre concernant ce qui s'??crit. Ce qui s'??crit, en somme, qu'est-ce que ??a serait? Les conditions de la jouissance. Et ce qui se compte, qu'est-ce que ??a serait? Les r??sidus de la jouissance. Car cet a-sexu??, n'est-ce pas ? le conjoindre avec ce qu'elle a de plus-de-jouir, ??tant l'Autre - ne pouvant ??tre dite qu'Autre -, que la femme l'offre ? l'homme sous l'esp??ce de l'objet a? L'homme croit cr??er - il croit-croit-croit, il cr??e-cr??e-cr??e. Il cr??e-cr??e-??cr??e la femme. En r??alit??, il la met au travail, et au travail de l'Un. Et c'est bien en quoi cet Autre, cet Autre pour autant que s'y inscrit l'articulation du langage, c'est-? -dire la v??rit??, l'Autre doit ??tre barr??, barr?? de ceci que j'ai qualifi?? tout ? l'heure de l'un-en-moins. Le S (A barr??) c'est cela que ??a veut dire. C'est en quoi nous en arrivons ? poser la question de faire de l'Un quel??que chose qui se tienne, c'est-? -dire qui se compte sans ??tre. La math??matisation seule atteint ? un r??el - et c'est en quoi elle est com??patible avec notre discours, le discours analytique - un r??el qui n'a rien ? faire avec ce que la connaissance traditionnelle a support??, et qui n'est pas ce qu'elle croit, r??alit??, mais bien fantasme. Le r??el, dirai-je, c'est le myst??re du corps parlant, c'est le myst??re de l'inconscient. 15 MAI 1973. 118 R??PONSES Je transcris ici les r??ponses de Jacques Lacan ? quelques questions que je lui posai lors de l'??tablissement du texte de cette le??on. (J. A. M.) Il est remarquable qu'une figure aussi simple que celle du n?"ud borro??m??en n'ait pas servi de d??part ? - une topologie. Il y a en effet plusieurs fa??ons d'aborder l'espace. La capture par la notion de dimension, c'est-? -dire par la coupure, est la caract??rologie d'une technique de la scie. Elle va ? se r??fl??chir sur la notion du point, dont c'est tout dire que c'est qualifier de l'un ce qui a, on le dit en clair, z??ro dimension, c'est-? -dire ce qui n'existe pas. A partir au contraire de ronds de ficelle, il en r??sulte un coin??age, de ce que ce soit le croisement de deux continuit??s qui en arr??te une troisi??me. Ne sent-on pas que ce coin??age pourrait constituer le ph??nom??ne de d??part d'une topologie? C'est l? un ph??nom??ne qui a pour lui de n'??tre en nul point localisable. Consid??rez seulement le n?"ud borrom??en - il saute aux yeux qu'on peut num??roter trois endroits, ce mot entre guillemets, o?? les ronds qui font n?"ud peuvent venir se coincer. Figure 9 Ceci suppose dans chaque cas que les deux autres endroits viennent s'y r??sumer. Est-ce ? dire qu'il n'y en a qu'un? Certainement pas. Un point triple, quoique l'expression s'emploie, ne saurait en aucune fa??on satisfaire ? la notion de point. Ce point n'est pas fait ici de la convergence de trois lignes. Ne serait-ce que du fait qu'il y en a deux diff??rents - un droit et un gauche. Je suis surpris, quant ? moi, qu'il paraisse bien admis que nous ne saurions, par un message dit informatif, faire parvenir au sujet suppos?? par le langage, la notion de droite et de gauche. On reconna??t certes que leur distinction, 119 nous pouvons certainement la communiquer, mais ? partir de l? , com??ment les sp??cifier? ??a me para??t, contrairement ? une certaine argu??mentation, tout ? fait possible, et justement par la dict??e d'une mise-? -plat, laquelle est tout ? fait concevable ? partir de l'exp??rience du n?"ud, si le n?"ud est bien, comme je le pense, un fait logique. La mise-? -plat, remarquez-le, est autre chose que la surface. Elle suppose une tout autre dit mension que la continuit?? implicite ? (espace. Et c'est bien pourquoi j'use de cette ??criture du mot qui consiste ? en d??signer la mension du dit. Ce que seule lalangue que je parle permet, - mais ce n'est pas fait pour que, moi, je m'en prive en tant que je parle. Bien au contraire, vu ce que j'en pense - si j'ose dire. Autrement dit, l'important n'est pas qu'il y ait trois dimensions dans l'espace. L'important est le n?"ud borrom??en, et ce pour quoi nous acc??dons au r??el qu'il nous repr??sente. L'illusion que nous ne saurions rien transmettre ? des ??tres transplan????taires sur la sp??cificit?? de la droite et de la gauche m'a toujours sembl?? heureuse en tant qu'elle fonde la distinction de l'imaginaire et du symbo??lique. Mais la droite et la gauche n'ont rien ? faire avec ce que nous en appr????hendons esth??tiquement, ce qui veut dire - dans la relation que fonde notre corps, - de ses deux c??t??s apparents. Ce que d??montre le n?"ud borrom??en, ce n'est pas qu'il soit fait d'un rond de~ficelle dont il suffise qu'un autre rond s'en replie telles deux oreilles, pour qu'un troisi??me, nouant ses deux boucles, ne puisse du fait du premier rond s'en d??boucler, - c'est que de ces trois ronds n'importe lesquels peuvent fonctionner comme premier et dernier, le troisi??me y fonction??nant d??s lors comme m??dian, c'est-? -dire comme oreilles repli??es - voir les figures 4 et 5. A partir de l? , se d??duit que, quelque soit le nombre de m??dians, c'est-? -dire de doubles oreilles, n'importe lesquels de ces m??dians peuvent fonc??tionner comme premier et dernier, les autres les couplant de leur infinit?? d'oreilles. Lesquelles oreilles sont d??s lors faites, non d'un affrontement 1-2, 2-I, mais, dans l'intervalle de ces deux-l? , d'un affrontement 2-2 r??p??t?? autant de fois qu'il y a de ronds moins trois, soit le nombre de ronds - du n?"ud borrom??en. N??anmoins, il est clair que le lien privil??gi?? du premier rond au second et de l'avant-dernier au dernier continuant ? valoir, l'introduction du pre??mier et du dernier dans le cha??non central y entra??ne de singuliers enche??v??trements. On peut, ? s'en dispenser, retrouver pourtant la disposition initiale. Les n?"uds dans leur complication sont bien faits pour nous faire relativer 120 les pr??tendues trois dimensions de l'espace, seulement fond??es sur la tra??duction que nous faisons de notre corps en un volume de solide. Non qu'il n'y pr??te anatomiquement. Mais c'est bien l? toute la question de la r??vision n??cessaire - ? savoir, de ce pourquoi il prend cette forme - apparemment, c'est-? -dire pour notre regard. J'indique ici par o?? pourrait entrer la math??matique du coin??age, c'est-??? -dire du n?"ud. Prenons un cube et d??composons-le en huit, 23, petits cubes, empil??s r??guli??rement, chacun ayant le c??t?? moiti?? du cube premier. Retirons les deux petits cubes choisis d'avoir pour sommets deux des sommets diam??tralement oppos??s du grand cube. Il y a d??s lors deux fa??ons, et deux seulement, d'accoler par une face commune les six petits cubes restants. Figures 10 et 11 Ces deux fa??ons d??finissent deux dispositions diff??rentes de coupler trois axes pleins selon, disons, les trois directions de l'espace, que distin??guent justement les coordonn??es cart??siennes. Figures 12 et 13 Pour chacun de ces trois axes, les deux cubes vides, soit extraits en pre??mier, permettent de d??finir de fa??on univoque l'inflexion que nous pouvons leur imposer. 121 Elle est celle qu'exige le coin??age dans le n?"ud borrom??en. Mais il y a plus. Nous pouvons exiger la chute du privil??ge que constitue l'existence du premier et du dernier cercle - n'importe lesquels pou??vant jouer ce r??le dans le n?"ud borrom??en, soit : que ce premier et ce dernier dans ledit n?"ud soient constitu??s d'un reploiement de m??me structure que le cha??non central - autrement dit que le lien 2-2 y soit uni??voque. C'est la figure 8. L'inextricable qui en r??sulte pour toute tentative de mise-? -plat, con??trastera heureusement avec l'??l??gance de l'? -plat de la pr??sentation originale. Et pourtant, vous constaterez que rien n'est plus facile que d'y isoler ? nouveau deux ronds, dans la m??me position dite du premier et du dernier dans le n?"ud original. Cette fois n'importe lesquels y satisfaisant de fa??on absolue, puisque est disparu le privil??ge qui, je le disais, complique si fort la disposition des cha??nons interm??diaires quand il s'agit du n?"ud borro??m??en original, mais port?? ? un nombre de plus de quatre. Ces cha??nons en effet dans ce cas ne sont plus faits du repliement simple d'un rond, celui que nous imagions de deux oreilles, mais d'un repliement tel que 4 brins du cha??non connexe sont saisis par les ronds que nous avons isol??s des termes de premier et dernier, mais non de fa??on ??quivalente, l'un de ces deux les prenant simplement, l'autre, de ce fait d??finissable comme diff??rent, enserrant ces 4 brins d'une double boucle. Partout, dans le cha??non central, les 4 brins permettant un certain nombre d'entrecroisements typiques et susceptibles de variations. Bref ces cha??nons sont d'une longueur quatre fois moindre que celle des ronds extr??mes. J'en conclus que l'espace n'est pas intuitif. Il est math??maticien - ce que tout le monde peut lire de l'histoire de la math??matique elle-m??me. Ceci veut dire que l'espace sait compter, pas beaucoup plus loin que nous - et pour cause -, puisque ce n'est que jusqu'? six, pas m??me sept. C'est bien pour cela que Yahv?? s'est distingu?? de sa f??rule de la semaine. Bien s??r que le chiffrage populaire chiffre jusqu'? 10, mais c'est parce qu'il compte sur les doigts. Il a d?? depuis en rabattre, avec le 0, c'est-? -dire qu'il a tort - il ne faut compter sur rien qui soit du corps apparent, ni de la motricit?? animale. L'amusant est que la science ne s'en soit d'abord d??tach??e qu'au prix d'un syst??me 6 X 10, soit sexag??simal - voir les baby??loniens. Pour revenir ? l'espace, il semble bien faire partie de l'inconscient -structur?? comme un langage. Et s'il compte jusqu'? six, c'est parce qu'il ne peut retrouver le deux que par le trois de la r??v??lation. Un mot encore - il ne faut rien inventer. Voil? ce que nous enseigne la r??v??lation de l'inconscient. Mais rien ? faire - c'est l'invention qui 122 nous d??mange. Puisque ce qu'il faut, c'est nous d??tourner du r??el, et de ce que signifie la pr??sence du nombre. Un mot pour finir. On a pu remarquer que l'homog??n??isation des cha????nons extr??mes n'est pas la m??me chose que leur raccordement bout ? bout, lequel singuli??rement n'a pas plus d'effet sur la cha??ne que de les laisser ind??pendants, au nombre pr??s de cha??nons qu'il r??duit d'un. Quel r??sultat donc attendre de la cha??ne originale ? trois cha??nons, quand aussi on y op??re? Sa r??duction ? deux cha??nons dont il est clair que leur rupture r??sultera assur??ment de la section d'un quelconque. Mais quel va ??tre leur enroulement? Figure 14 Il sera celui d'un anneau simple et d'un huit int??rieur, celui dont nous symbolisons le sujet - permettant d??s lors de reconna??tre dans l'anneau simple, qui d'ailleurs s'intervertit avec le huit, le signe de l'objet a - soit de la cause par quoi le sujet s'identifie ? son d??sir. 22 OCTOBRE 1973. 123 -124- XI LE RAT DANS LE LABYRINTHE Le langage est une ??lucubration de savoir sur lalangue. L'unit?? du corps. L'hypoth??se lacanienne. L'amour, de la contingence d la n??cessit??. Gr??ce ? quelqu'un, qui veut bien brosser ce que je vous raconte, j'ai eu, il y a quatre ou cinq jours, la truffe bross??e dans mes ??locutions de cette ann??e. Sous ce titre d'Encore, je n'??tais pas s??r, je l'avoue, d'??tre toujours dans le champ que j'ai d??blay?? pendant vingt ans, puisque ce que ??a disait, c'??tait que ??a pouvait durer encore longtemps. A relire la premi??re transcription de ce S??minaire, j'ai trouv?? que c'??tait pas si mal, et sp??cialement d'??tre parti de cette formule qui me paraissait un peu mince, que la jouissance de h l'Autre n'est pas le signe de l'amour. C'??tait un d??part, sur lequel je pour??rais peut-??tre revenir aujourd'hui, en fermant ce que j'ouvrais alors. J'ai quelque peu parl?? de l'amour. Mais le point-pivot, la cl?? de ce que j'ai avanc?? cette ann??e, concern?? ce qu'il en est du savoir, dont j'ai accentu?? que l'exercice ne pouvait repr??senter qu'une jouissance. Et c'est ? quoi je voudrais aujourd'hui contribuer par une r??flexion sur ce qui se fait de t??ton??nant dans le discours scientifique au regard de ce qui peut se produire de savoir. I Je vais droit ? ce dont il s'agit - le savoir, c'est une ??nigme. Cette ??nigme nous est pr??sentifi??e par l'inconscient tel qu'il s'est r??v??l?? par le discours analytique. Elle s'??nonce ainsi - pour l'??tre parlant, le savoir est ce qui s'articule. On aurait pu s'en apercevoir depuis un bon bout de temps, puisqu'? tracer les chemins du savoir, on ne faisait rien qu'articuler I25 des choses et, pendant longtemps, les centrer sur l'??tre. Or, il est ??vident que rien n'est, sinon dans la mesure o?? ??a se dit que ??a est. S2, j'appelle ??a. Il faut savoir l'entendre - est-ce bien d'eux que ??a parle? Il est g??n??ralement ??nonc?? que le langage sert ? la communication. Com??munication ? propos de quoi, faut-il se demander, ? propos de quels eux? La communication implique la r??f??rence. Seulement, une chose est claire, le langage n'est que ce qu'??labore le discours scientifique pour rendre compte de ce que j'appelle lalangue. Lalangue sert ? de toutes autres choses qu'? la communication. C'est ce que l'exp??rience de l'inconscient nous a montr??, en tant qu'il est fait de lalangue, cette lalangue dont vous savez que je l'??cris en un seul mot, pour d??signer ce qui est notre affaire ? chacun, lalangue dite maternelle, et pas pour rien dite ainsi. Si la communication se rapproche de ce qui s'exerce effectivement dans la jouissance de lalangue, c'est qu'elle implique la r??plique, autrement dit le dialogue. Mais lalangue sert-elle d'abord au dialogue? Comme je l'ai autrefois articul??, rien n'est moins s??r. Je viens d'avoir sous la main un livre important d'un nomm?? Bateson dont on m'avait rebattu les oreilles, assez pour m'agacer un peu. Il faut dire que ??a me venait de quelqu'un qui avait ??t?? touch?? de la gr??ce d'un certain texte de moi qu'il avait traduit dans sa langue en y ajoutant quelques com??mentaires, et qui avait cru trouver dans le Bateson en question quelque chose qui allait sensiblement plus loin que l'inconscient structur?? comme un langage. Or, de l'inconscient, Bateson, faute de savoir qu'il est structur?? comme un langage, n'a en fait qu'une assez m??diocre id??e. Mais il forge de tr??s jolis artifices, qu'il appelle des m??talogues. C'est pas mal, pour autant que ces m??talogues comporteraient, s'il faut l'en croire, quelque progr??s interne, dialectique, de ne se produire que d'interroger l'??volution du sens d'un terme. Comme il s'est toujours fait dans tout ce qui s'est intitul?? dialogue, il s'agit de faire dire par l'interlocuteur suppos?? ce qui motive la question m??me du locuteur, c'est-? -dire d'incarner dans l'autre la r??ponse qui est d??j? l? . C'est en quoi le dialogue, le dialogue classique, dont le plus bel exemple est repr??sent?? par le legs platonicien, se d??montre n'??tre pas un dialogue. Si j'ai dit que le langage est ce comme quoi l'inconscient est structur??, c'est bien parce que le langage, d'abord, ??a n'existe pas. Le langage est ce qu'on essaye de savoir concernant la fonction de lalangue. Certes, c'est ainsi que le discours scientifique lui-m??me l'aborde, ? ceci pr??s qu'il lui est difficile de le r??aliser pleinement, car il m??conna??t l'incons??cient. L'inconscient est le t??moignage d'un savoir en tant que pour une grande part il ??chappe ? l'??tre parlant. Cet ??tre donne l'occasion de 126 s'apercevoir jusqu'o?? vont les effets de lalangue, par ceci, qu'il pr??sente toutes sortes d'affects qui restent ??nigmatiques. Ces affects sont ce qui r??sulte de la pr??sence de lalangue en tant que, de savoir, elle articule des choses qui vont beaucoup plus loin que ce que l'??tre parlant supporte de savoir ??nonc??. Le langage sans doute est fait de lalangue. C'est une ??lucubration de savoir sur lalangue. Mais l'inconscient est un savoir, un savoir-faire avec lalangue. Et ce qu'on sait faire avec lalangue d??passe de beaucoup ce dont on peut rendre compte au titre du langage. Lalangue nous affecte d'abord par tout ce qu'elle comporte comme effets qui sont affects. Si l'on peut dire que l'inconscient est structur?? comme un langage, c'est en ceci que les effets de lalangue, d??j? l? comme savoir, vont bien au-del? de tout ce que l'??tre qui parle est susceptible d'??noncer. C'est en cela que l'inconscient, en tant qu'ici je le supporte de son d??, chiffrage, ne peut que se structurer comme un langage, un langage toujours hypoth??tique au regard de ce qui le soutient, ? savoir lalangue. Lalangue, c'est ce qui m'a permis tout ? l'heure de faire de mon S2, une question, et de demander - est-ce bien d'eux qu'il s'agit dans le langage? Autrement dit, que le langage n'est pas seulement communication, ce fait s'impose de par le discours analytique. A le m??conna??tre, il a surgi, dans les bas-fonds de la science, cette grimace qui consiste ? interroger comment l'??tre peut savoir quoi que ce soit. Ce sera aujourd'hui le pivot de ma question sur le savoir. 2 Comment l'??tre peut-il savoir? Il est comique de voir comment cette interrogation pr??tend ? se satisfaire. Puisque la limite, comme je l'ai pos??e, est faite de ce qu'il y a des ??tres qui parlent, on se demande ce que peut bien ??tre le savoir de ceux qui ne parlent pas. On se le demande. On ne sait pas pourquoi on se le demande. Mais on se le demande quand m??me, et on fait pour des rats un petit labyrinthe. On esp??re ainsi ??tre sur le chemin de ce que c'est qu'un savoir. On croit que le rat va montrer quelle capacit?? il a pour apprendre. A -prendre ? quoi? - ? ce qui l'int??resse, bien s??r. Et qu'est-ce qu'on suppose qui l'int??resse, ce rat? On ne le prend pas, ce rat, comme ??tre, mais bel et bien comme corps, ce qui suppose qu'on le voit comme unit??, comme unit?? rati??re. Or, cet ??tre du rat, qu'est-ce qui le soutient donc? On ne se le demande absolument pas. Ou plut??t, on identifie son ??tre et son corps. Depuis toujours, on s'imaginait que l'??tre devait contenir une sorte de pl??nitude qui lui soit propre. L'??tre, c'est un corps. C'est de l? que, dans le 127 premier abord de l'??tre, on ??tait parti, et on en avait ??lucubr?? toute une hi??rarchie des corps. On ??tait parti en somme de cette notion que chacun devait bien savoir ce qui le maintenait ? l'??tre, et que ce devait ??tre son bien, soit ce qui lui faisait plaisir. Quel changement s'est-il donc fait dans le discours, pour que tout d'un coup on interroge cet ??tre sur le moyen qu'il aurait de se d??passer, c'est-? -??dire d'en apprendre plus qu'il n'en a besoin dans son ??tre pour survivre comme corps? Le labyrinthe n'aboutit pas seulement ? la nourriture, mais ? un bouton ou un clapet, dont il faut que le sujet suppos?? de cet ??tre trouve le truc pour acc??der ? sa nourriture. Ou encore, il s'agit de la reconnaissance d'un trait, trait lumineux ou trait de couleur, auquel l'??tre est susceptible de r??agir. Ce qui importe, c'est qu'on transforme la question du savoir en celle d'un apprendre. Si, apr??s une s??rie d'essais et erreurs - trials and errors on a laiss?? la chose en anglais, vu ceux qui se sont trouv?? frayer cette voie concernant le savoir - le taux en diminue assez, on enregistre que l'unit?? rati??re est capable d'apprendre quelque chose. La question qui n'est pos??e que secondairement, et qui est celle qui m'in??t??resse, c'est de savoir si l'unit?? rati??re va apprendre ? apprendre. C'est l? que g??t le vrai ressort de l'exp??rience. Une fois qu??Til a subi une de ces ??preuves, un rat, mis en pr??sence d'une ??preuve du m??me ordre, apprendra-t-il plus vite? Ce qui se mat??rialise ais??ment par une d??croissance du nombre d'essais n??cessaires pour qu'il sache comment il a ? se comporter dans un tel mon??tage - appelons montage l'ensemble du labyrinthe et des clapets et boutons qui fonctionnent ? cette occasion. La question a ??t?? si peu pos??e, quoiqu'elle l'ait ??t??, qu'on n'a m??me pas song?? ? interroger la diff??rence qu'il y a selon que le th??me qu'on propose au rat pour d??montrer ses facult??s d'apprendre surgit de la m??me source ou de deux sources diff??rentes, selon que celui qui apprend au rat ? apprendre est ou non le m??me exp??rimentateur. Or, cet exp??rimentateur, c'est lui qui, dans cette affaire, sait quelque chose, et c'est avec ce qu'il sait qu'il invente le montage du labyrinthe, des boutons et des clapets. S'il n'??tait pas quelqu'un pour qui le rapport au savoir est fond?? sur un rapport ? lalangue, sur l'habitation de lalangue, ou la cohabitation avec, il n'y aurait pas ce montage. Tout ce que l'unit?? rati??re apprend en cette occasion, c'est ? donner un signe, un signe de sa pr??sence d'unit??. Le clapet n'est reconnu que par un signe et l'appui de la patte sur ce signe est un signe. C'est toujours en faisant signe, que l'unit?? acc??de ? ce dont on conclut qu'il y a apprentissage. Mais ce rapport aux signes est d'ext??riorit??. Rien ne confirme qu'il puisse y avoir chez le rat saisie du m??canisme ? quoi aboutit la pouss??e sur le bouton. C'est pourquoi le seul point qui compte, ce serait de savoir si l'exp??rimentateur 128 constate que, non seulement le rat a trouv?? le truc, mais qu'il a appris la fa??on dont un m??canisme, ??a se prend, qu'il a appris ce qui est ? -prendre. L'exp??rience du labyrinthe, si nous tenons compt5,de ce qu'il en est du savoir inconscient, ne peut pas manquer d'??tre interrog??e sur le point de savoir comment l'unit?? rati??re r??pond ? ce qui, par l'exp??rimentateur, n'a pas ??t?? cogit?? ? partir de rien, mais ? partir de lalangue. On n'invente pas n'importe quelle composition labyrinthique, et que ??a sorte du m??me exp??rimentateur ou de deux exp??rimentateurs diff??rents, ??a m??rite d'??tre interrog??. Mais rien de ce que j'ai pu cueillir jusqu'? pr????sent de cette litt??rature n'indique que ce soit dans ce sens que la question ait ??t?? pos??e. Cet exemple laisse donc enti??rement intactes, et distinctes, la question de ce qu'il en est du savoir et la question de ce qu'il en est de l'apprentis??sage. Ce qu'il en est du savoir pose une autre question, et nomm??ment de comment ??a s'enseigne. 3 C'est de la notion d'un savoir qui se transmet, qui se transmet int??gra??lement, que s'est produit dans le savoir ce tamisage gr??ce ? quoi un discours qui s'appelle le scientifique s'est constitu??. Il s'est constitu?? non sans de nombreuses m??saventures. Hypotheses non fingo, croit pouvoir dire Newton, je ne suppose rien. C'est au contraire sur une hypoth??se que la fameuse r??volution, qui n'est point du tout coperni??cienne mais newtonienne, a jou?? - substituant au ??a tourn,e un ??a tombe. L'hypoth??se newtonienne est d'avoir pos?? que le fa tourne astral, c'est la m??me chose que tomber. Mais pour le constater, ce qui permet d'??liminer l'hypoth??se, il a bien fallu que d'abord il la fasse, cette hypoth??se. Pour introduire un discours scientifique concernant le savoir, il faut inter??roger le savoir l? o?? il est. Ce savoir, en tant que c'est dans le g?te de lalangue qu'il repose, veut dire l'inconscient. L'inconscient, je n'y entre, pas plus que Newton, sans hypoth??se. Mon hypoth??se, c'est que l'individu qui est affect?? de l'inconscient est le m??me qui fait ce que j'appelle le sujet d'un signifiant. Ce que j'??nonce dans cette formule minimale qu'un signifiant repr??sente un sujet pour un autre signifiant. Le signifiant en lui-m??me n'est rien autre de d??finissable qu??Tune diff??rence avec un autre signifiant. C??Test l??Tintroduction de la diff??rence comme telle dans le champ, qui permet d'extraire de lalangue ce qu'il en est du signifiant. Autrement dit, je r??duis l'hypoth??se, selon la formule m??me qui la subs??tantifie, ? ceci qu'elle est n??cessaire au fonctionnement de lalangue. Dire 129 qu'il y a un sujet, ce n'est rien d'autre que dire qu'il y a hypoth??se. La seule preuve que nous ayons que le sujet se confonde avec cette hypoth??se et que ce soit l??Tindividu parlant qui le supporte, c'est que le signifiant devient signe. C'est parce qu'il y a l'inconscient, ? savoir lalangue en tant que c'est de cohabitation avec elle que se d??finit un ??tre appel?? l'??tre parlant, que .le signifiant peut ??tre appel?? ? faire signe. Entendez ce signe comme il vous plaira, y compris comme le thing de l'anglais, la chose. Le signifiant est signe d'un sujet. En tant que support formel, le signifiant atteint un autre que ce qu'il est tout cr??ment, lui, comme signifiant, un autre qu'il affecte et qui en est fait sujet, ou du moins qui passe pour l'??tre. C'est en cela que le sujet se trouve ??tre, et seulement pour l'??tre parlant, un ??tant dont l'??tre est toujours ailleurs, comme le montre le pr??dicat. Le sujet n'est jamais que ponctuel et ??vanouissant, car il n'est sujet que par un signifiant, et pour un autre signifiant. C'est ici que nous devons revenir ? Aristote. Par un choix dont on ne sait ce qui l'a guid??, Aristote ? pris le parti de ne donner d'autre d??finition de l'individu que le corps - le corps en tant qu'organisme, ce qui se main??tient comme un, et non pas ce qui se reproduit. La diff??rence entre l'id??e platonicienne et la d??finition aristot??licienne de l'individu comme fondant l'??tre, nous sommes encore autour. La question qui se pose au biologiste est bien de savoir comment un corps se reproduit. Ce dont il s'agit dans toute tentative de chimie dite mol??culaire, est de saisir comment il se fait que par la combinaison d'un certain nombre de choses dans un bain unique, quelque chose se pr??cipite, et qu'une bact??rie par exemple se reproduise. Le corps, qu'est-ce donc? Est-ce ou n'est-ce pas le savoir de l'un? Le savoir de l'un se r??v??le ne pas venir du corps. Le savoir de l'un pour le peu que nous en puissions dire, vient du signifiant Un. Le signifiant Un vient-il de ce que le signifiant comme tel ne soit jamais que l'un-entre-autres r??f??r?? ? ces autres, n'??tant que la diff??rence d'avec les autres? La question est si peu r??solue jusqu'? pr??sent que j'ai fait tout mon s??minaire de l'ann??e derni??re pour mettre l'accent sur ce Y a d'l'Un. Qu'est-ce que veut dire Y a d'l'Un? Du un-entre-autres, et il s'agit de savoir si c'est quel qu'il soit, se l??ve un S1, un essaim signifiant, un essaim bour??donnant. Ce S1 de chaque signifiant, si je pose la question est-ce d'eux que je parle ? je 1??T??crirai d'abord de sa relation avec S2. Et vous pourrez en mettre autant que vous voudrez. C'est l'essaim dont je parle. S1 (S1 (S1 (S1 ? S2))) L'S1, l'essaim, signifiant-ma??tre, est ce qui assure l'unit??, l'unit?? de la copulation du sujet avec le savoir. L'est dans lalangue, et pas ailleurs, en??tant qu'elle est interrog??e comme langage, que se d??gage l'existence de ce 130 qu'une linguistique primitive a d??sign?? du terme de ?f?"?????????S??, ??l??ment, et ce n'est pas pour rien. Le signifiant Un n'est pas un signifiant quelconque. Il est l'ordre signifiant en tant qu'il s'instaure de l??Tenveloppement par o?? toute la cha??ne subsiste. J'ai lu r??cemment un travail d'une personne qui s'interroge de la relation du S1 avec le S2, qu'elle prend pour une relation de repr??sentation. Le S1 serait en relation avec le S2 pour autant qu'il repr??sente un sujet. La question de savoir si cette relation est sym??trique, antisym??trique, transitive ou autre, si le sujet se transf??re du S2 ? un S2 et ainsi de suite, cette question est ? reprendre ? partir du sch??me que je redonne ici. Le Un incarn?? dans lalangue est quelque chose qui reste ind??cis, entre le phon??me, le mot, la phrase, voire toute la pens??e. C'est ce dont il s'agit dans ce que j'appelle signifiant-ma??tre. C'est le signifiant Un, et ce n'est pas pour rien qu'? l'avant-derni??re de nos rencontres, j'ai amen?? ici pour l'il??lustrer le bout de ficelle, en tant qu'il fait ce rond, dont j'ai commenc?? d'in??terroger le n?"ud possible avec un autre. Sur ce point, je n'irai pas plus loin aujourd'hui, puisque nous avons ??t?? priv??s d'un s??minaire pour cause d'examens dans cette Facult??. 4 Pour faire tourner ici le volet, je dirai que l'important de ce qu'a r??v??l?? le discours psychanalytique consiste en ceci, dont on s'??tonne qu'on ne voie ??pas la fibre partout, c'est que le savoir, qui structure d'une cohabitation sp??cifique l'??tre qui parle, a le plus grand rapport avec l'amour. Tout amour se supporte d'un certain rapport entre deux savoirs inconscients. Si j'ai ??nonc?? que le transfert, c'est le sujet suppos?? savoir qui le motive, ce n'est qu'application particuli??re, sp??cifi??e, de ce qui est l? d'exp??rience. Je vous prie de vous rapporter au texte de ce que, au milieu de cette' ann??e, j'ai ??nonc?? ici sur le choix de l'amour. J'ai parl?? en somme de la reconnais??sance, de la reconnaissance, ? des signes toujours ponctu??s ??nigmatiquement, de la fa??on dont l'??tre est affect?? en tant que sujet du savoir inconscient. Il n'y a pas de rapport sexuel parce que la, jouissance de l'Autre prise comme corps est toujours inad??quate - perverse cran c??t??, en tant que l'Autre se r??duit ? l'objet a - et de l'autre, je dirai folle, ??nigmatique. N'est?? ce pas ? cette impasse, ? cette impossibilit?? d'o?? se d??finit un r??el, qu'est mis ? l'??preuve l'amour? Du partenaire, l'amour ne peut r??aliser que ce que j'ai appel?? par une sorte de po??sie, pour me faire entendre, le courage, au regard de ce destin fatal. Mais est-ce bien de courage qu'il s'agit ou des chemins d'une reconnaissance? Cette reconnaissance n'est rien d'autre que la fa??on dont le rapport dit sexuel - devenu l? rapport de sujet I3I ? sujet, sujet en tant qu'il n'est que l'effet du savoir inconscient - cesse de ne pas s??T??crire. Cesser de ne pas s'??crire, ce n'est pas l? formule avanc??e au hasard. je l'ai r??f??r??e ? la contingence, tandis que je me suis complu au n??cessaire comme ? ce qui ne cesse pas de s'??crire, car le n??cessaire n'est pas le r??el. Relevons au passage que le d??placement de cette n??gation nous pose la question de ce qu'il en est de la n??gation quand elle vient prendre la place d'une inexis??tence. D'autre part, j'ai d??fini le rapport sexuel comme ce qui ne cesse pas de ne pas s'??crire. II y a l? impossibilit??. C'est aussi bien que rien ne peut le dire - il n'y a pas, dans le dire, d'existence du rapport sexuel. Mais que veut dire de le nier? Est-il l??gitime d'aucune fa??on de substituer une n??gation ? l'appr??hension ??prouv??e de l'inexistence? C'est l? aussi une question qu'il ne s'agit pour moi que d'amorcer. Le mot interdiction veut-il dire plus, est-il davantage permis? C'est ce qui, non plus, ne saurait dans l'imm??diat ??tre tranch??. La contingence, je l'ai incarn??e du cesse de ne pas s'??crire. Car il n'y a l? rien d'autre que rencontre, la rencontre chez le partenaire des sympt??mes, des affects, de tout ce qui chez chacun mat e la trace de son exil, non comme sujet mais comme parlant, de son exil du rapport sexuel. N'est-ce pas dire que c'est seulement par l'affect qui r??sulte de cette b??ance que quelque chose se rencontre, qui peut varier infiniment quant au niveau du savoir, mais qui, un instant, donne l'illusion que le rapport sexuel cesse de ne pas s'??crire? - illusion que quelque chose non seulement s'articule mais s'inscrit, s'inscrit dans la destin??e de chacun, par quoi, pendant un temps, un temps de suspension, ce qui serait le rapport sexuel trouve chez l'??tre qui parle sa trace et sa voie mirage. Le d??placement de la n??gation, du cesse de ne pas s'??crire au ne cesse pas de s??T??crire, de la contingence ? la n??cessit??, c'est l? le point de suspension ? quoi s'attache tout amour. Tout amour, de ne subsister que du cesse de ne pas s'??crire, tend ? faire passer la n??gation au ne cesse pas de s'??crire, ne cesse pas, ne cessera pas. Tel est le substitut qui - par la voie de l'existence, non pas du rapport sexuel, mais de l'inconscient, qui en diff??re - fait la destin??e et aussi le drame de l'amour. Vu l'heure o?? nous sommes arriv??s, qui est celle o?? normalement je d??sire prendre cong??, je ne pousserai pas ici les choses plus loin j'indi??querai seulement que ce que j'ai dit de la haine ne rel??ve pas du plan dont s'articule la prise du savoir inconscient. Il ne se peut pas que le sujet ne d??sire pas ne pas trop en savoir sur ce qu'il en est de cette rencontre ??minemment contingente avec l'autre. Aussi, de l'autre va-t-il ? l'??tre qui y est pris. 132 Le rapport de l'??tre ? l'??tre n'est pas ce rapport d'harmonie que depuis toujours, on ne sait trop pourquoi, nous arrange une tradition o?? Aristote, qui n'y voit que jouissance supr??me, converge avec le christianisme, pour lequel c'est b??atitude. C'est l? s'emp??trer dans une appr??hension de mirage. L'??tre comme tel, c'est l'amour qui vient ? y aborder dans la rencontre. L'abord de l'??tre par l'amour, n'est-ce pas l? que surgit ce qui fait de l'??tre ce qui ne se soutient que de se rater? J'ai parl?? de rat tout ? l'heure -c'??tait de ??a qu'il s'agissait. Ce n'est pas pour rien qu'on a choisi le rat. C'est parce qu'on en fait facilement une unit?? - le rat, ??a se rature. J'ai d??j? vu ??a dans un temps o?? j'avais un concierge, quand j'habitais rue de la Pompe - le rat, il ne le ratait jamais. Il avait pour le rat une haine ??gale ? l'??tre du rat. L'abord de l'??tre, n'est-ce pas l? que r??side l'extr??me de l'amour, la vraie amour? Et la vraie amour - assur??ment ce n'est pas l'exp??rience analy??tique qui a fait cette d??couverte, dont la modulation ??ternelle des th??mes sur l'amour porte suffisamment le reflet - la vraie amour d??bouche sur la haine. Voil? , je vous quitte. Est-ce que je vous dis ? l'ann??e prochaine? Vous remarquerez que je ne vous ai jamais, jamais, dit ??a. Pour une tr??s simple raison - c'est que je n'ai jamais su, depuis vingt ans, si je continuerais l'ann??e prochaine. ??a, ??a fait partie de mon destin d'objet a. Apr??s dix ans, on m'avait en somme retir?? la parole. Il se trouve que, pour des raisons dans lesquelles il y avait une part de destin, une part d'in??clination aussi ? faire plaisir ? quelques-uns, j'ai continu?? pendant dix ans encore. De ces vingt ans j'ai donc boucl?? le cycle. Est-ce que je continuerai l'ann??e prochaine? Pourquoi pas arr??ter l? l'encore? Ce qu'il y a d'admirable, c'est que personne n'a jamais dout?? que je continuerais. Que je fasse cette remarque en pose pourtant la question. Il se pourrait apr??s tout qu'? l'encore j'adjoigne un c'est assez. Ma foi, je vous laisse la chose ? votre pari. Il y en a beaucoup qui croient me conna??tre et qui pensent que je trouve l? -dedans une infinie satisfac??tion. A c??t?? de la peine que ??a me donne, je dois dire que ??a une para??t peu de chose. Faites donc vos paris. Et quel sera le r??sultat? Est-ce que ??a voudra dire que ceux qui auront devin?? juste, ceux-l? m'aiment? Eh bien - c'est justement le sens de ce que je viens de vous ??noncer aujourd'hui - savoir ce que le partenaire va faire, ce n'est pas une preuve de l'amour. 26 JUIN 1973. 133 TABLE DES MATIERES I De la jouissance . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 9 II A Jakobson . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 19 III La fonction de l'??crit . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 29 IV L'amour et le signifiant . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 39 V Aristote et Freud : l'autre satisfaction . . . . . . . . . 49 VI Dieu et la jouissance de La (barr??) femme . . . . . 61 VII Une lettre d'??mour . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 73 VIII Le savoir et la v??rit?? . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 83 IX Du baroque . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 95 X Ronds de ficelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 107 XI Le rat dans le labyrinthe . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 125 -134- QUATRIEME DE COUVERTURE Vous n??Tavez qu??T? allez regarder ? Rome la statue du Bernin pour comprendre tout de suite qu??Telle jouit, sainte Th??r??se, ??a ne fait pas de doute. Et de quoi jouit-elle ? Il est clair que le t??moignage essentiel des mystiques c'est justement de dire qu'ils l'??prouvent, mais qu'ils n'en savent rien. Ces jaculations mystiques, ce n'est ni du bavardage, ni du verbiage, c'est en somme ce qu'on peut lire de mieux. Tout ? fait en bas de page, note - Y ajouter les Ecrits de Jac??ques Lacan, parce que c'est du m??me ordre. Ce qui se tentait ? la fin du si??cle dernier, au temps de Freud, ce qu'ils cherchaient, toutes sortes de braves gens dans l'entou??rage de Charcot et des autres, c'??tait de ramener la mystique ? des affaires de foutre. Si vous y regardez de pr??s, ce n'est pas ??a du tout. Cette jouissance qu'on ??prouve et dont on ne sait rien, n'est-ce pas ce qui nous met sur la voie de l'ex-sistence ? Et pourquoi ne pas interpr??ter une face de l'Autre, la face Dieu, comme support??e par la jouis??sance f??minine ? (Chapitre VI.) ---------------------------------------------------------------------------- ---- [jpb1] Le s??minaire est pr??c??d?? d??Tun long silence. [jpb2] J??Tai pris l??Thabitude de m??Tapercevoir [jpb3] en quelque sorte [jpb4] un m??me en apparence, un m??me [jpb5] que ce suppos?? vous lie ? moi [jpb6] il est sensible, sensible l??Texistence des codes, code civil, du code p??nal et de bien d??Tautres que le langage ??a se tient l? [jpb7] ??a parle que de ??a, ??a ne [jpb8] C??Test ce que j??Tai d??j? comment??, pouvoir ??tablir la s??rie, la s??rie de ce qui s??Ten approche, je pars [jpb9] de l??Toutil, de l??Tutile [jpb10] d??Tun respect, d??Tun respect prodigieux [jpb11] du droit ??" c??Test de repartir [jpb12] seulement ??a n??Ten dit pas beaucoup plus long [jpb13]C??Test le commandement d??To?? part tout, c??Test [jpb14] puisse nous permettre d??Tavancer dans certaines questions c??Test que nous ne pouvons nous en tenir [jpb15] La jouissance l??TAutre ??" il me semble que depuis le temps, ??a doit suffire que je m??Tarr??te l? , je vous en ai assez rabattu les oreilles de ce grand A qui vient apr??s, et puis que maintenant il tra??ne partout, ce grand Autre mis devant l??Tautre, plus ou moins opportun??ment d??Tailleurs, ??a s??Timprime ? tort et ? travers ??" la jouissance de l??TAutre, du corps de l??TAutre qui Le ??" lui aussi avec un grand, hein ? ??" du corps de l??TAutre qui Le symbolise, n??Test pas le signe de l??Tamour. J??T??cris ??a, et je n??T??cris pas apr??s : termin?? ! ni amen ! ni ainsi soit-il ! Il n??Test pas le signe, c??Test n??anmoins la seule r??ponse. Le compliqu?? c??Test que la r??ponse est d??j? donn??e au niveau de l??Tamour, et que la jouissance de ce fait reste une question, question en ceci que la r??ponse qu??Telle peut constituer n??Test pas n??cessaire d??Tabord. C??Test pas comme l??Tamour, l??Tamour, lui, fait signe, et comme je l??Tai dit depuis longtemps il est toujours r??ciproque. J??Tai avanc?? ??a tr??s doucement en disant que les sentiments sont toujours r??ciproques, c??T??tait pour que??? ah ! ??a me revienne ??? et alors, et alors ! et l??Tamour ? il est toujours r??ciproque ? Mais-z-oui ! Mais-z-oui ! [jpb16] de ce [jpb17] Et alors ??a explique que la [jpb18] que ce soit l? la vie [jpb19] Comme la psychanalyse l??Tavance avec une audace d??Tautant plus incroyable que toute son exp??rience va contre, que ce qu??Telle d??montre, c??Test le contraire, l??Tamour c??Test de faire Un. C??Test vrai que quand on ne parle que de ??a depuis longtemps, de l??TUn. La fusion, l??TEros, seraient tension vers l??TUn. [jpb20] qu??Tils ne font tous qu??Tun [jpb21] L??Timpuissance de l??Tamour, [jpb22] sans doute fait [jpb23] c??Test-? -dire comme a, ??crivez-le comme vous voulez : a-sexu?? [jpb24] du : Jouis! [jpb25] dans la jouissance, dans la jouissance d??Tun corps, [jpb26] il en r??sulte ??" c??Test une hypoth??se ??" il en r??sulte que l??Tintersection existe en un nombre infini. [jpb27] Tel est, b??ant, le point [jpb28] de la finitude. ---------------------------------------------------------------------------- ----
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