[Lutecium-group] Un passage de l'éthique de la psychanalyse...
Dans le s?minaire de l'?thique ? propos du "Tu" : Tu ne mentiras point... "...L'?limination, pour tout dire, de la fonction de l'imaginaire dans ce qui va se formuler, ? mes yeux, aux v?tres, je pense, aussi, s'offre comme ?tant le principe de la relation au symbolique comme tel au sens o? nous l entendons ici, ? la parole pour tout dire qui, l?, je crois, trouve sa condition principale. Je laisse de c?t? la question du repos du sabbat. Encore que, peut-?tre, y reviendrons-nous ensuite, car je crois que cet extraordinaire imp?ratif, gr?ce ? quoi, dans un pays de ma?tres, nous voyons encore un jour sur sept se passer dans une inoccupation qui, au dire de proverbes humoristiques, ne laisse pas de milieu ? l'homme du commun entre l occupation de l'amour ou celle du plus sombre ennui. Cette suspension, ce vide est quelque chose qui assur?ment introduit dans la vie humaine le signe d'un trou, d'un au-del? de quelque chose en rapport avec toute loi de l utilit? qui, pour l'instant, la suspend et la r?fute. Il me para?t avoir la connexion la plus proche avec ce sur la piste de quoi nous marchons ici. Je laisserai de c?t? l'interdiction du meurtre, car nous aurons ? y revenir, concernant la port?e respective de l'acte et de sa r?tribution. Je veux en venir ? l'interdiction du mensonge, pour autant que vous la voyez rejoindre ce qui, pour nous, s'est pr?sent? d'abord comme ?tant le rapport essentiel de l'homme, pour autant qu'il est command?, ? la Chose, par le principe du plaisir, ? savoir ce rapport auquel nous avons affaire tous les jours dans l'inconscient et qui est un rapport menteur. Le " Tu ne mentiras point " est le commandement o?, pour nous, se fait sentir de la fa?on la plus tangible le lien intime du d?sir, dans sa fonction la plus structurante avec la loi. Car ? la v?rit?, le " Tu ne mentiras point " est quelque chose qui, suspendu dans son projet, est l? pour nous faire sentir la v?ritable fonction de la loi. Et je ne pourrais mieux faire, pour vous le faire sentir, que d'en rapprocher le sophisme par lequel se manifeste au maximum le type d ing?niosit? le plus oppos? ? celui de la discussion proprement juive et talmudique, c'est le paradoxe dit d'?pim?nide, c'est celui qui avance " Tous les hommes sont des menteurs ". " Que dis-je, en avan?ant avec l articulation que je vous ai donn?e de l'inconscient, que dis-je ? r?pond le sophiste, sinon que moi-m?me je mens, qu'ainsi je ne puis rien avancer de valable -129 - Concernant non pas simplement la v?ritable fonction de la v?rit?, mais la signification m?me du mensonge. " Le " Tu ne mentiras point ", pour autant qu'il est un pr?cepte n?gatif, est ce quelque chose qui a pour fonction de retirer de l'?nonc? le sujet de l'?nonciation. Rappelez-vous ici le graphe. C'est bien l?, pour autant que je mens, que je refoule, que c'est moi, menteur, qui parle, que je peux dire " Tu ne mentiras point ". Et dans " Tu ne mentiras point " comme loi est incluse la possibilit? du mensonge comme d?sir le plus fondamental. Et je vais vous en donner une preuve qui, ? mes yeux, n'en est pas moins valable. C'est la c?l?bre formule de Proudhon : " La propri?t?, c'est le vol " Je vais vous en donner une preuve la plus manifeste, ce sont les cris d ?corch?s que poussent les avocats d?s le jour o?, sous une forme toujours plus ou moins funambulesque et mythique, il est question de faire entrer en jeu, dans l'interrogatoire d'un inculp?, un d?tecteur de mensonge. Devons-nous en conclure que le respect de la personne humaine, c'est le droit de mentir ? Assur?ment, c'est une question, et ?a n'est pas une r?ponse que de r?pondre: " Oui, s?rement ". Comme on pourrait dire, ce n'est pas si simple. C'est que cette r?volte, cette insurrection devant le fait que quelque chose puisse r?duire ? quelque application universellement objectivante la question de la parole du sujet, est bien justement ce qui, ? cette parole en tant qu'elle ne sait pas elle-m?me ce qu'elle dit quand elle ment, et que d autre part mentant il y a quelque v?rit? qu'elle promeut, c'est l? dans un rapport, dans cette fonction antinomique entre la loi et le d?sir, qu'elle conditionne, c'est l? que g?t le ressort majeur, primitif, primordial qui fait de ce commandement, entre les dix autres, une des pierres angulaires de ce que nous pouvons appeler la condition humaine en tant qu'elle m?rite d ?tre respect?e. Je vais, l'heure avan?ant, sauter un peu plus loin, pour en venir enfin ? ce qui fait le c?ur m?me, aujourd'hui, est la pointe de notre r?flexion sur ces rapports du d?sir et de la loi. C'est le fameux commandement qui s'exprime ainsi-il fait toujours sourire, ? bien y r?fl?chir on ne sourit pas longtemps - : " Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain, tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante ni son b?uf, ni son ?ne, ni rien de ce qui appartient ? ton prochain. " Assur?ment, la mise de la femme entre la maison et le bourricot -130 - est quelque chose qui a sugg?r? ? plus d'un l'id?e de ce qu'on pouvait voir l? les exigences d'une soci?t? primitive. Des B?douins, quoi, des Bicots, des Ratons. Eh bien, je ne pense pas. Je veux dire que si, effectivement, cette loi, toujours en fin de compte vivante dans le c?ur d'hommes qui la violent chaque jour, bien entendu, au moins concernant ce dont il s'agit quand il s'agit de la femme de son prochain, doit sans doute avoir quelque rapport avec ce qui est notre objet ici, ? savoir das Ding. Car il ne s'agit point ici de n'importe quel bien. Il ne s'agit point de ce qui fait la loi de l'?change, et couvre d'une l?galit?, si l'on peut dire amusante, d'une Sicherung sociale, les mouvements, impetus, des instincts humains. Il s'agit de quelque chose qui prend sa valeur de ce qu'aucun de ces objets n'est sans avoir le rapport le plus ?troit avec ce dans quoi l'?tre humain peut se reposer comme ?tant der Trug. Das Ding non pas en tant qu'elle est son bien, mais le bien o? il se repose. J'ajoute, en tant que c'est la loi, la loi de la parole dans son origine la plus primitive, en ce sens que ce das Ding ?tait l? au commencement, que c'est la premi?re chose qui a pu se s?parer de tout ce qu'il a commenc? de nommer et d'articuler. Que c'est pour autant que ce das Ding est le corr?latif m?me de la loi de la parole, que la convoitise m?me dont il s'agit c'est une convoitise qui s'adresse non pas ? n'importe quoi que je d?sire, mais ? quelque chose en tant qu'elle est la Chose de mon prochain. C'est pour autant qu'elle pr?serve cette distance de la Chose en tant que fond?e par la parole elle-m?me que ce commandement prend son poids et sa valeur. Mais l? o? aboutissons-nous ? Que dirons-nous donc ? Est-ce que la loi est la Chose ? Que non pas ! Toutefois je n'ai eu connaissance de la Chose que par la loi. En effet, je n'aurais pas eu l'id?e de la convoiter si la loi n'avait dit: " Tu ne la convoiteras pas ". Mais la Chose trouve, en l'occasion, produit en moi toutes sortes de convoitises gr?ce au commandement. Car sans la loi, la Chose est morte. Or, moi, j'?tais vivant jadis, sans la loi. Mais quand le commandement est venu, la Chose a flamb?; est venu de nouveau, alors que moi j'ai trouv? la mort. Et pour moi le commandement qui devait mener ? la vie, s'est trouv? mener ? la mort, car la Chose, trouvant l'occasion, m'a s?duit gr?ce au commandement, et par lui m'a fait d?sir de mort. Je pense que, depuis un tout petit moment, vous devez, au moins certains d'entre vous, vous douter que ce n'est plus moi qui parle. En effet, ? une toute petite modification pr?s, j'ai mis la Chose ..."
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