[Lutecium-group] Fw: l'amour du père
Bonjour ? tous, j'ai continu? ? travailler ce th?me de la d?sint?gration de la fonction paternelle dans la p?riode que nous vivons. Mais pour l'instant tout est encore en chantier. Du coup j'ai mis sous ce fichier "chantier" sur mon site, ces textes qui pour l'instant ne sont que des approches fragmentaires http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm En relisant ? Malaise dans la civilisation ? Le besoin de protection par le p?re En attendant de rep?rer un peu mieux la sp?cificit? des malaises de la civilisation en l'ann?e 2006, j'ai essay? de reprendre point par point, ce que Freud ?crit de ces malaises dans les ann?es 1930, mais en gardant quand m?me en arri?re plan de cette lecture, ce que Lacan ?voquait en 1974, d'une d?g?n?rescence catastrophique de la fonction du p?re dans le champ social et qu'il liait, au reste, d'une fa?on fort ?nigmatique, ? ce qu'il appelle, sans en dire beaucoup plus, ? la perte de la dimension de l'amour ?. Or c'est justement une phrase de Freud dans ? Malaise dans la civilisation ? qui m'a donn? au moins une intuition de ce dont il pourrait s'agir dans cette perte de la dimension de l'amour, d'autant plus que Lacan l'?voque par le biais de l'amour de transfert. Il y a donc une phrase de Freud sur la fonction paternelle qui m'a saisi par sa justesse mais aussi par la sorte de tranquillit? avec laquelle il soutient cette assertion. Je la replace dans son contexte, Freud y conteste le sentiment oc?anique comme fondement du d?sir religieux, mais l? n'est pas l'important. S'il le r?fute c'est pour cette raison : ? Un sentiment ne peut devenir une source d'?nergie que s'il est lui-m?me source d'un puissant besoin. Quant au besoin religieux, leur rattachement ? l'?tat infantile de d?pendance absolue, ainsi qu'? la nostalgie du p?re que suscite cet ?tat, me semble irr?futable [.] Je ne saurais trouver un autre besoin d'origine infantile aussi fort que celui de protection par le p?re. On peut suivre d'un trait s?r l'origine de l'attitude religieuse en remontant au sentiment infantile de d?pendance. ? Mais il rajoute cette autre phrase qui me para?t ?tre la solution de l'?nigme, avec le sens qu'elle peut avoir en psychanalyse, comme ?tant une question dont il faut deviner la r?ponse : ? Et si peut-?tre autre chose se cache-l? derri?re, ce quelque chose en attendant reste envelopp? de nu?es. ? Et si ce quelque chose qui reste envelopp? de nu?es n'?tait que cette premi?re rencontre avec ce d?sir de la m?re, ce d?sir de la m?re, qui nous laisse sans autre recours que cet appel n?cessaire au p?re, celui qui lui fera un peu la loi, la mettra, elle aussi, sous le joug du signifiant, la rendra d?sirante et par voie de cons?quence d?sirable ? Ce besoin de protection par le p?re ?nonc? par Freud me semble ?tre du m?me registre que cet amour pour le p?re ?voqu? par Lacan dans le s?minaire RSI sous le terme de ce qu'il appelle ? la version vers le p?re ?. Le mot est en effet ?quivoque, c'est ? la fois une fa?on, pour l'enfant, de se tourner vers le p?re, de lui accorder la pr?f?rence, mais c'est aussi une nouvelle version, pour ce m?me enfant, d'une premi?re relation, celle primordiale au d?sir de la m?re. Cette ? p?re-version ? est, si on peut dire, une nouvelle version, de la ? m?re-version ?, de la version vers la m?re. Il me semble en effet que c'est elle qui se cache dans les nu?es ?voqu?es par Freud et qui pr?c?de ce besoin de protection par le p?re. Entre les deux, il y a le franchissement des temps de l'Odipe, celui o? intervient ? le cas que fait la m?re de la parole du p?re ? et ce que l'enfant peut, de ce fait, en rep?rer. ? Un p?re n'a droit au respect sinon ? l'amour.. ? C'est ainsi que j'ai rapproch? ce que Freud ?crivait de ce besoin si fort de protection par le p?re qui persiste jusqu'? l'?ge adulte comme fondement des religions, de ce que Lacan appelle, lui, l'amour pour le p?re. Et une phrase me parait faire lien entre ces deux formulations, m?me si ce lien n'est pas d'embl?e ?vident et n?cessite d?monstration, c'est celle que Lacan ?non?ait dans le s?minaire RSI ? propos de ce qu'il nomme d'un mot forg? ? la p?re- version ? ou encore la ? version vers le p?re ?. ? Un p?re n'a droit au respect, sinon ? l'amour, que si le dit respect, le dit amour, est, vous n'allez pas en croire vos oreilles, p?re-versement orient?, c'est ? dire fait d'une femme, objet a qui cause son d?sir. Mais ce que cette femme en petitaccueille, si je puis m'exprimer ainsi, n'a rien ? voir dans la question. Ce dont elle s'occupe, c'est d'autres objets a, qui sont les enfants aupr?s de qui le p?re pourtant intervient, exceptionnellement dans le bon cas, pour maintenir dans la r?pression, dans le juste mi-dieu si vous me permettez l'expression, la version qui lui est propre de sa perversion, seule garantie de sa fonction de p?re, laquelle est la fonction de sympt?me telle que je l'ai ?crite l? ( f (x) ) Pour cela il suffit qu'il soit un mod?le de la fonction [ notons le, c'est cette fonction de sympt?me ] Peu importe qu'il ait des sympt?mes s'il y rajoute celui de la perversion paternelle, c'est ? dire que la cause en soi une femme qu'il se soit acquise pour lui faire des enfants et que de ceux-ci, qu'il le veuille ou pas, il prenne soin paternel ?.( s?ance du 21 janvier 1975) Si nous nous posons la question de savoir qu'est-ce que ?a peut bien vouloir dire que, de ces enfants, il prenne soin paternel ? Ce n'est pas simplement le fait, qu'il joue au foot avec eux, subvienne ? leurs besoins mat?riels, qu'il les ?duque en leur transmettant les valeurs culturelles de leur milieu ? Ce n'est pas non plus, comme c'est maintenant souvent fr?quent, en cas de divorce, que ce soin paternel se r?duise ? payer ? la m?re de ses enfants, une pension alimentaire ou encore qu'il ait le droit, une fois tous les quinze jours, de passer un week-end avec eux et la moiti? des vacances scolaires ? Ce soin paternel est li? aux franchissements n?cessaires de l'Odipe, celui notamment o? la m?re se voit interdire de r?int?grer son produit, de faire de son enfant son objet phallique ? vie et o? l'enfant est chass? de cette position et est pri? d'aller voir ailleurs. Ce n'est que ce temps franchi, que le p?re, ? ce moment l?, peut se faire pr?f?rer ? la m?re, comme ?tant celui qui a le phallus. C'est le temps de l'amour et du respect pour le p?re. Mais encore faut-il que dans la parole de la m?re, ce phallus lui ait ?t? accord?. Qu'elle aie donc accept?, dans une certaine mesure, d'en ?tre d?poss?d?e. Quand, ? propos de cette d?g?n?rescence catastrophique de la fonction du p?re dans le champ social, Lacan ?voque cette perte de la dimension de l'amour, ne fait-il pas r?f?rence ? cet amour pour le p?re qui, gr?ce ? ce sympt?me du p?re, le fait qu'une femme puisse ?tre la cause de son d?sir, son objet a, introduit le sujet au monde de ses d?sirs et parmi eux, ? son d?sir pour une femme ? Ce qui justifie cette approche, c'est justement l'exemple que Lacan nous donne de cette irruption dans le r?el de ce qui a ?t? rejet? du symbolique, cette fonction du p?re, qui est le signe de cette d?g?n?rescence catastrophique : quand ? ce nom du p?re qui se transmet de p?re en fils et, pour un moment, avant qu'elle ne change de lign?e, de p?re en fille, c'est le fait que ce qui devient ? pr?valent ?, se trouve ? ?tre pr?f?r? ? ? ce sont des succ?dan?s sociaux, par exemple des titres universitaires. Mais m?me ? ces titres universitaires, il n'est pas donn? ? tout le monde d'y acc?der. Un film assez r?cent, donne une ?mouvante m?taphore de ce que peuvent ?tre les cruelles d?faillances de la fonction paternelle et les prouesses morales et physiques que doit effectuer une jeune femme qui veut se faire reconna?tre dans le milieu de la boxe. Ce film s'appelle ? Million Dollar Baby ?. Il s'en faut de peu, pour que ce film, s'il ne se terminait pas si mal, nous d?montre les possibilit?s qu'offrent toutes les formes de sublimation, comme moyen de suppl?ance ? ces d?faillances paternelles, d'autant plus quand un personnage, jouant un r?le paternel, peut donner acc?s ? ces formes diverses de sublimation hautement valoris?es dans le champ social. C'est ce qui nous donne quelque espoir ; m?me fragile, tr?s fragile de pouvoir ? ces graves carences paternelles pouvoir rem?dier. Mais je continuerais ? relire ce Malaise dans la civilisation de Freud, car d'autres points de ce texte si dense peuvent encore nous servir de pistes de r?flexion, notamment ce qu'il ?voque des n?cessit?s de la constitution d'une famille mythique, en quelque sorte ferm?e sur elle-m?me, comme ?touff?e dans l'ouf, o? l'homme garde sous la main son objet sexuel, une femme, et o? celle-ci cherche protection aupr?s de lui, pour pouvoir y ?lever ses enfants en s?curit?. On ne peut qu'?tre frapp? du fait qu'ainsi con?ue, ce noyau familial mythique ?chappe ainsi au danger de castration. Rien ne manque en attendant que n'en surgisse un interdit qui la fasse ?clater, qui la disperse, comme ces fleurs de pissenlit qui envoyaient leurs graines ail?es de savoir ? tout vent.
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liliane.fainsilber@free.fr