Re: [Lutecium-group] séminaires AFI au format PDF
Dans un e-mail dat? du 08/01/2005 17:06:41 Paris, Madrid, jacques.ponzio at free.fr a ?crit :
est-ce qu'on peut avoir une fess?e m?me si l'on mange la soupe?
je vous indique un texte fort de peintre Je me souviens de ces visages... http://www.herve-szydlowski.com/article.php3?id_article=4 Je me souviens de ces visages. J'avais alors huit ans quand, pour la premi?re fois, j'ai p?n?tr? les grands b?timents de l'h?pital de Villejuif, l? o? ?tait mon p?re. C'?tait le plus souvent le dimanche, nous nous chargions de ses victuailles, commen?ait alors pour nous une lente procession ? travers la banlieue. Ce chemin vers celui que nous aimions plus que tout, malgr? tout, ?tait ritualis?, et ce temps de l'aller comme du retour, ?tait le temps du recueillement et du fardeau. Mon p?re ?tait schizophr?ne, et pour arriver jusqu'? lui, nous partions en apn?e, traversant comme une cour des miracles, mais le miracle de sa gu?rison n'est jamais venu. Qui aurait pu croire que ces b?timents si aust?res abritaient des ?tres si diff?rents ? Un tel chaos ? C'?tait donc sa deuxi?me maison, celle d'un autre monde. Il ?tait souvent couch? lorsque nous arrivions, ma m?re et moi. Le cendrier ?tait son sablier. Tout se consumait. Nous savions dans l'instant m?me s'il ?tait calme ou bien tourment?, dans la joie ou dans la peine. Son lit ?tait presque anonyme dans ce grand dortoir. Lui ne l'?tait jamais, m?me lorsqu'il ?tait nu, dans sa nudit? extr?me, il ?tait un homme. J'ai crois? dans ma jeunesse ces ?tres d'une nudit? extr?me, que j'ai suivi de mon regard d'enfant, avec un int?r?t et un respect r?els. Je n'avais pas peur, mais plus d'une fois j'ai ?t? fortement, irr?m?diablement impressionn?. Sa vie durant, je l'ai observ? avec une acuit? particuli?re, ? mon propre insu, car toujours en ?veil afin de m'adapter vraisemblablement en temps r?el ? ce qui pouvait changer chez lui, l'homme paratonnerre, comme un ?clair. Puis mon p?re s'en est all?, j'avais vingt ans. Vingt ans de schizophr?nie. Aujourd'hui encore, je rends hommage ? mon p?re, ? ma m?re, et ? leur magnifique et tragique histoire d'amour.
dans l'ann?e 2004 au fusain de l'autoportrait,il semble cacher son visage mais pas son corps ----- Original Message ----- From: <Brillacaciaa at aol.com> To: <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Saturday, January 08, 2005 5:20 PM Subject: Re: [Lutecium-group] s?minaires AFI au format PDF lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Dans un e-mail dat? du 08/01/2005 17:06:41 Paris, Madrid, jacques.ponzio at free.fr a ?crit :
est-ce qu'on peut avoir une fess?e m?me si l'on mange la soupe?
je vous indique un texte fort de peintre Je me souviens de ces visages... http://www.herve-szydlowski.com/article.php3?id_article=4 Je me souviens de ces visages. J'avais alors huit ans quand, pour la premi?re fois, j'ai p?n?tr? les grands b?timents de l'h?pital de Villejuif, l? o? ?tait mon p?re. C'?tait le plus souvent le dimanche, nous nous chargions de ses victuailles, commen?ait alors pour nous une lente procession ? travers la banlieue. Ce chemin vers celui que nous aimions plus que tout, malgr? tout, ?tait ritualis?, et ce temps de l'aller comme du retour, ?tait le temps du recueillement et du fardeau. Mon p?re ?tait schizophr?ne, et pour arriver jusqu'? lui, nous partions en apn?e, traversant comme une cour des miracles, mais le miracle de sa gu?rison n'est jamais venu. Qui aurait pu croire que ces b?timents si aust?res abritaient des ?tres si diff?rents ? Un tel chaos ? C'?tait donc sa deuxi?me maison, celle d'un autre monde. Il ?tait souvent couch? lorsque nous arrivions, ma m?re et moi. Le cendrier ?tait son sablier. Tout se consumait. Nous savions dans l'instant m?me s'il ?tait calme ou bien tourment?, dans la joie ou dans la peine. Son lit ?tait presque anonyme dans ce grand dortoir. Lui ne l'?tait jamais, m?me lorsqu'il ?tait nu, dans sa nudit? extr?me, il ?tait un homme. J'ai crois? dans ma jeunesse ces ?tres d'une nudit? extr?me, que j'ai suivi de mon regard d'enfant, avec un int?r?t et un respect r?els. Je n'avais pas peur, mais plus d'une fois j'ai ?t? fortement, irr?m?diablement impressionn?. Sa vie durant, je l'ai observ? avec une acuit? particuli?re, ? mon propre insu, car toujours en ?veil afin de m'adapter vraisemblablement en temps r?el ? ce qui pouvait changer chez lui, l'homme paratonnerre, comme un ?clair. Puis mon p?re s'en est all?, j'avais vingt ans. Vingt ans de schizophr?nie. Aujourd'hui encore, je rends hommage ? mon p?re, ? ma m?re, et ? leur magnifique et tragique histoire d'amour. _______________________________________________ Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
C'est un beau texte, ?mouvant. -- Emmanuel Bing bing at club-internet.fr http://www.atelier-bing.com http://www.emmanuel-bing.com Le 8 janv. 05, ? 17:20, Brillacaciaa at aol.com a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Dans un e-mail dat? du 08/01/2005 17:06:41 Paris, Madrid, jacques.ponzio at free.fr a ?crit :
est-ce qu'on peut avoir une fess?e m?me si l'on mange la soupe?
je vous indique un texte fort de peintre
Je me souviens de ces visages... http://www.herve-szydlowski.com/article.php3?id_article=4
Je me souviens de ces visages. J'avais alors huit ans quand, pour la premi?re fois, j'ai p?n?tr? les grands b?timents de l'h?pital de Villejuif, l? o? ?tait mon p?re. C'?tait le plus souvent le dimanche, nous nous chargions de ses victuailles, commen?ait alors pour nous une lente procession ? travers la banlieue. Ce chemin vers celui que nous aimions plus que tout, malgr? tout, ?tait ritualis?, et ce temps de l'aller comme du retour, ?tait le temps du recueillement et du fardeau. Mon p?re ?tait schizophr?ne, et pour arriver jusqu'? lui, nous partions en apn?e, traversant comme une cour des miracles, mais le miracle de sa gu?rison n'est jamais venu. Qui aurait pu croire que ces b?timents si aust?res abritaient des ?tres si diff?rents ? Un tel chaos ? C'?tait donc sa deuxi?me maison, celle d'un autre monde. Il ?tait souvent couch? lorsque nous arrivions, ma m?re et moi. Le cendrier ?tait son sablier. Tout se consumait. Nous savions dans l'instant m?me s'il ?tait calme ou bien tourment?, dans la joie ou dans la peine.. Son lit ?tait presque anonyme dans ce grand dortoir. Lui ne l'?tait jamais, m?me lorsqu'il ?tait nu, dans sa nudit? extr?me, il ?tait un homme. J'ai crois? dans ma jeunesse ces ?tres d'une nudit? extr?me, que j'ai suivi de mon regard d'enfant, avec un int?r?t et un respect r?els. Je n'avais pas peur, mais plus d'une fois j'ai ?t? fortement, irr?m?diablement impressionn?. Sa vie durant, je l'ai observ? avec une acuit? particuli?re, ? mon propre insu, car toujours en ?veil afin de m'adapter vraisemblablement en temps r?el ? ce qui pouvait changer chez lui, l'homme paratonnerre, comme un ?clair. Puis mon p?re s'en est all?, j'avais vingt ans. Vingt ans de schizophr?nie. Aujourd'hui encore, je rends hommage ? mon p?re, ? ma m?re, et ? leur magnifique et tragique histoire d'amour. _______________________________________________ Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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