[Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique
Il y quelque temps je voulais organiser un colloque sur les rapports de la psychanalyse et de l'histoire ? Montr?al. J'ai alors interrog? un coll?gue parisien pour savoir s'il y avait ? sa connaissance des gens en France capables de traiter de ce th?me. Il m'a r?pondu ?pour les fran?ais, l'histoire c'est la Shoah?. Ce th?me a un ?norme pouvoir de fascination jouissive, si bien qu'il suffit de l'effleurer pour ?tre imm?diatement captur? dedans et il devient tr?s difficile d'en sortir. Je suis, vraiment content, que d'autres aient repris le t?moin de l'id?e selon laquelle l'enfermement dans la clinique ait un caract?re plut?t symptomatique. La question du politique est effectivement majeure pour la psychanalyse comme le signalent A.Ortiz et D.Demey. Le probl?me cependant est que jamais la psychanalyse n'a r?ussi ? r?soudre le probl?me. Chaque fois qu'elle s'y est attel?, cela a donn? des r?sultats plut?t m?diocres. Il y a une sorte d'incompatibilit? fondamentale entre les deux, sans doute parce que l'une est sur le versant du signifiant et l'autre sur celui de l'image. Elles se situent aux deux extr?mes d'un continuum qui va du signifiant jusqu'? l'image mais qui va aussi du singulier extr?me au pluriel. Entre les deux, il y a le cha?non manquant du fait communautaire qui peut tr?s bien faire le pont entre les deux niveaux. Freud nous a indiqu? la voie en ?crivant ses textes c?l?bres sur la question. Malheureusement la 2? guerre est pass?e par l? et tous les travaux sur le sujet ont ?t? abandonn?s. On n'a conserv? de ces deux textes qu'une compr?hension tr?s sommaire sans les retravailler et en tirer la substantifique moelle. La shoah ?tait pass?e par l? et tout ce qui pouvait rappeler de pr?s ou de loin les temps communautaires des Occidentaux et surtout des Juifs a ?t? balanc? dans les oubliettes de l'histoire comme une horreur intol?rable. Si bien qu'? mon avis, pour comprendre le politique, il faut passer par le communautaire et donc retravailler les textes de Freud comme ?Totem..? et le ?Mo?se? en les traitant comme des textes profonds. Non pas comme des textes fantaisistes qui ont quand m?me un fond de v?rit?. Il faut aussi retravailler ?psychologie collective...? en le diff?renciant des deux textes pr?c?dents, parce que lui traite du politique et non plus du communautaire. Il y aurait certainement des tas d'autres choses ? dire sur le sujet mais laissons en un peu pour apr?s. cordialement ???? ????? ???? ?????? www.calame.ca Le 10-05-31 ? 17:20, Daniel Demey a ?crit :
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Dans la temp?te de cette fin de civilisation c?est vraiment difficile de garder une ligne, un cap au-del? de la jouissance mortif?re, de l?esp?rance catastrophique. Ne pas voir la r?alit?, ou se fermer ? l?horrible du cauchemar qui chaque jour s?abat sur nous, pour se cloisonner au cabinet, ? la clinique, dans une fermeture au social, c?est comme ?a que j?entends l?interpellation au titre provocateur: ? Sortir du ghetto de la clinique ?. Cela aurait aussi pu s?appeler : ? Comment envisager la question politique de la psychanalyse ? ? ou ? La psychanalyse est-elle autistiquement coup?e d?une interrogation sur le politique ? ?. Le psychanalyste n?est-il pas appeler par Lacan ? rejoindre la subjectivit? de son ?poque, ou de fermer ? boutique ? ? Je pense qu?? sa fa?on, Karim Jbeili nous interpelle sur le lien entre le psychanalyste et la soci?t? en marche ? arri?re ?, en panne de civilisation. Mais il pourra dire si je me trompe.
Ces questions n??taient pas ?trang?res aux pr?occupations de Freud : Malaise dans la civilisation, Psychologie des foules et analyse du moi, Totem et tabou? sont des ouvrages qui interrogent les rapports entre la psychanalyse et la soci?t? civile. Ce sont des pr?figurations des questions qui peuvent surgir ? propos de la psychanalyse en intention et en extension.
Dans la " Proposition d'octobre " rapporte P.Malengreau [1], Lacan fait valoir, non pas la diff?rence entre intension et extension, mais leur raccord [2]. " C'est ? l'horizon m?me de la psychanalyse en extension, que se noue [?] (la) b?ance de la psychanalyse en intension. " [3] L'extension d?signe la place de la psychanalyse dans le monde, et l'intension d?signe la psychanalyse dite didactique en tant qu'elle y pr?pare des psychanalystes.
L?horizon entre la psychanalyse en intention et celle en extension ne se rejoindraient-ils pas, comme sur une bande de moebius ? Le psychanalyste comme effet de la psychanalyse en intention (ou intension), n?est-il pas non dupe de la question collective, politique en la ramenant ? du un par un dans son rapport au monde et ? la psychanalyse ? Je m?explique. Dans l??laboration de l?Oedipe, comme mythe collectif, Freud ne se situe-t-il pas dans une construction propre ? la psychanalyse en extension, ? un rapport au monde dont chacun peut se saisir? A charge de la psychanalyse en intention, dans sa dimension clinique d?en d?gager la subversion de v?rit? propre ? chacun.
Que veut dire, ou comment interpr?ter l??dipe ? Lacan en est sorti avec les noms du P?re. Se pose ? travers ce mythe Oedipien la question du meurtre du P?re, on le sait, et de l?organisation d?une fraternit? criminelle, subversive de la tyrannie. Ensuite, vient la Loi, l?interdit du meurtre qui vient emp?cher qu?un nouveau tyran prenne la place de l?ancien. La question Oedipienne resurgit donc dans la question ? organisationnelle ?, de l?institution. Comment les psychanalystes font-ils ou non institution aujourd?hui ? Dans quelle part, dans quelle mesure ?dipienne ? R?solu ? Non r?solu ? Un peu, beaucoup? ?
Cela aurait-il ? voir avec la question politique ? La question qui rencontrerait le social de la civilisation?
Je pense bien que oui. Les psychanalystes (en g?n?ral) reproduisent dans leurs fonctionnements institutionnels une ali?nation au P?re, qu?ils accr?ditent, dont parfois ils ne cherchent pas ? se d?gager, qu?ils encouragent, se satisfaisant d?un ? cet structurel, on ne peut se passer d?un P?re, d?un chef ?. Ce avec quoi je suis en partie d?accord si il n?y a pas de confusion entre la place de semblant de la place du ma?tre, sans lequel il n?y a pas d?inconscient, ni de suppos? savoir ni de transfert possible, soit donc, la place du discours auquel le ma?tre est en position de serviteur, et la place de ma?trise du discours, de ma?tre du discours? qui fait qu?il n?y est plus pour du semblant, qui oriente vers lui qu?on y croit en m?me temps que lui- m?me s?y croit. Je veux bien moi qu?on dise que la place du chef, c?est structurel, ? condition que ce soit autour de quelque chose qui reste ? libre ?, dans l?ordre d?une circulation des places dans les discours ; qu?on n?y soit pas assujettit.
Sinon, r?pondez-moi, o? en serait la subversion analytique ? le un par un de l?invention du discours de l?analyse ?
C?est dans la pertinence du discours au travail pour en rendre compte (de cette circulation et de cette mise au travail) que se situe la place ? tournante ? du vrai chef. Pas dans l?illusoire de son savoir qui n?est jamais que suppos? et qui doit le rester : discours du semblant, interpr?table. Le monopole du discours, s?il est prisonnier du chef, ou de ceux et celles qu?il agr?e autour de lui, ne d?bouche jamais que sur un f?odalisme institutionnel, o? les ?lus et un clerg? se partagent le discours en l?enfermant dans une ? subjectivit? ? de clan, de caste ferm?e.
Et cette place de Chef qui est fixe, dans une position de rigidit? de la fonction, prend parfois des formes hors nomination, dans le fonctionnement m?me qu?une institution se donne : ce qu?elle met en place comme contr?le, comme garantie peut jouer comme fermeture. On sait dans le milieu de la psychanalyse ? diff?rentes ?poques, les bons mots de la passe, ce qui doit faire r?f?rence dans le propos de l?imp?trant pour qu?il ? passe ?.Corruption. C?est tant?t l??clair, tant?t le fantasme, l?objet a, le R?el de la lettre? Il arrive aussi que cela soit juste : le d?sir, l?inconscient qui parle ? je ?.
Ce fonctionnement r?f?renci? soit au chef, soit aux formules qui y ram?nent, signe les psychanalystes et les renvoie ? la dispute des nations, des peuples et des cultures dans le monde. Le fonctionnement du monde et le fonctionnement des institutions psychanalytiques se reproduisent et s??clairent alors en miroir l?un de l?autre. Dans un tel canevas, la psychanalyse en extension est morte.
Le pari de l?analyste est celui de la subversion de son acte. Le pari de l?analyse est celui d?inventer l?institution qui rendra compte de la primaut? laiss?e ? l?acte- ce que signifie sortir de l??dipe- laiss?e ? l?auteurisation jusque dans son discours et dans son fonctionnement.
Colette Soler aiguille bien la question politique de l?institution. ? J?ai dit malaise, mais c?est un euph?misme, quand c?est toute la logique institutionnelle qui objecte ? la subversion analytique. Elle n??pargne personne, domine tout un chacun car la voie solitaire n?est pas une alternative plus prometteuse du fait que l?analyste ne s?aurait s?auto-instituer. Il s?autorise certes de lui-m?me dans son acte et pas de son institution, Lacan aura au moins fait passer cette v?rit? ; mais cet acte ne va pas sans une ?laboration de discours qui ne peut ?tre le fait d?un seul, et qui place chacun sous le contr?le de ses pairs. C?est de l? que Lacan a avanc? la n?cessit? d?une Ecole de psychanalyse. ?[4]
Comment entendre cela ? Au sens politique. C?est le discours qui fait politique, car il fait institution. C?est l??laboration du discours qui place chacun sous le contr?le des autres. C?est le discours qui fait institution par une critique du discours. Une critique qui est d?abord celle de celui qui se lance ? dire (en prenant bord sur l?Autre) et qui rencontre, on l?esp?re, le retour critique de l?autre. Il faut donc se mouiller de-dans la position de l?Autre, depuis les signifiants de son discours, et aussi dans celle de l?autre pour les lire, les entendre, les consid?rer, les critiquer. Il y a des bases qui fondent un socle, qui finissent par faire ?mergence. Si on travaille la question politique, il faut en passer par le travail de la critique?du fond. Si une proposition, une pr?sentation, un texte manque de rigueur, il faut aussi pouvoir y mettre son grain. Et y mettre son grain, c?est questionner autrement la rigueur pour l?y amener. Sans quoi, on n?avance pas. On se r?p?te ou ? on se jouit ?.
Cette invention de l?institution, il faut la faire en acte, de recherche, de travail, de critique, d?engagement.
Je vous soumets ? lecture, et ? critique, au-del? de celui-ci (qui commence ? ?tre long), un texte o? je pose la question de l?articulation du politique et de la psychanalyse, autour de la question de l?acte et d?une articulation signifiante, ? R?volution&Psychanalyse ?, soit autour de la consid?ration d?un mythe, situant la psychanalyse en extension, comme pouvait le faire l??dipe, autour duquel le travail clinique- de la psychanalyse en intention- peut r?pondre au un par un de sa lecture et de son ?criture.
http://www.revolution-psychanalyse.com/manifeste-revolutionpsychanalyse.php
Daniel DEMEY
31/05/2010
[1] Construire l'Europe analytique de TyA in quarto, http://users.skynet.be/bk332158/lesite/artmalen.html [2] 2. LACAN J., " Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l'Ecole ", Autres ?crits, Paris, Seuil, 2001, p. 246.
[3] Ibid., p. 256. [4] C.Soler in L?inconscient r?invent? Puf 2009 pg 220.
Date: Mon, 31 May 2010 09:19:45 -0700 From: adrortiz at yahoo.com To: lutecium-group at lutecium.org Subject: Re: [Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique
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