[Lutecium-group] proposer un article sur "Les Alaphabets de la Shoah" par Anny Dayan Rosenman CNRS Editions 2007
Les Alphabets de la Shoah d'Anny Dayan-Rosenman (CNRS Editions 2007) ? celle qui m'a ouvert d'autres chemins de recherche Il est des livres que l'on a longtemps port?s en soi et que l'on aurait aim? ?crire, parce que l'on sent qu'ils ?taient - qu'ils sont toujours - n?cessaires. Mais l'on recule devant ce qui peut para?tre trop lourd. Non pas un fardeau, mais presque une mission. Et tellement de livres douloureux ? accueillir au creux de soi. La peur qu'ils y ouvrent un gouffre. Pourtant, puisque la catastrophe a eu lieu, il faut bien en rendre compte. Que les t?moins t?moignent, que les ?crivains ?crivent, et qu'au-del? du devoir de m?moire, se dessine un devoir de penser et de transmettre. Tel est le propos d'Anny Dayan Rosenman. Anny Dayan Rosenman, qui enseigne la litt?rature ? l'universit?, livre ici un ouvrage sensible qui permet ? tous, ?tudiants et chercheurs, de voir rassembl?s tous les auteurs incontournables qui ont ?crit sur l'exp?rience concentrationnaire. Pr?c?d?s d'une pr?face d'Annette Wieviorka, Les Alphabets de la Shoah se pr?sentent en trois parties : "Survivre", "T?moigner", "Ecrire". Il ne s'agit pas d'un ouvrage qui voudrait totaliser l'essentiel de ce qu'il faut savoir sur la Shoah : refus d' ? un savoir sans savoir o? la multiplication des chiffres et des donn?es concr?tes risque de faire ?cran ? une prise de conscience r?elle ?, c'est-?-dire int?rioris?e de la catastrophe. Primo Levi, Robert Antelme, Jorge Semprun, Elie Wiesel, Jean Am?ry, et Aharon Appelfeld, ces noms d?sormais connus constituent les principales lettres de ces alphabets qui permettront au lecteur de traverser les territoires de la parole du t?moin : car il s'agit d'abord de lire des auteurs. Mais la perspective n'est pas uniquement litt?raire. Au-del? des lettres de cet alphabet, se dessine une v?ritable anthropologie de l'exp?rience concentrationnaire. Avant tout, les tourments des corps, le froid, la neige, la faim et la soif ; mais aussi la d?tresse psychique, la solitude, la peur, la d?shumanisation, et la perte de la compassion ; les figures du ? Musulman ? , ?voqu? inauguralement par Primo Levi, et celle moins connue mais tout aussi tragique du ? Piepel ? ?voqu? par Elie Wiesel. Comme Jeanine Altounian, essayiste et traductrice de Freud, qui a ?crit plusieurs ouvrages sur les g?nocides et leurs traumatismes, Anny Dayan Rosenman adopte une position transdisciplinaire : son interrogation sur le sens de la parole du t?moin r?unit les r?flexions psychanalytique, historique et philosophique les plus r?centes. Quelle est la sp?cificit? de la parole du t?moin ? Que repr?sente pour celui- ci le passage ? l'?criture ? Quel r?le tient son corps dans le t?moignage ? Anny Dayan Rosenman accorde enfin une place essentielle au film de Claude Lanzmann Shoah . C'est une v?ritable r?volution ?pist?mologique qu'op?re ce film dans la place qu'il creuse en nous en tant que t?moin du t?moignage : ? travers la parole du t?moin se tisse une relation avec l'autre. L'Autre du t?moignage, c'est cette place qu'occupent les amis, les proches, lecteurs ou spectateurs, tous ceux qui sont confront?s ? cette double exp?rience incommensurable, l'exp?rience concentrationnaire et l'exp?rience du r?cit de cette exp?rience. Les Alphabets de la Shoah, beau titre qui affiche le n?cessaire propos didactique : car nous qui croyons tout savoir, il nous reste tout ? apprendre. En ?coutant ce qui reste de la parole des t?moins et en lisant avec le coeur. Mariane Perruche Juillet 2007
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