[Lutecium-group] Sinthome et Musique
En train de travailler sur le s?minaire Le Sinthome (version st?no en PDF de l?ELP), afin de voir si la notion de sinthome peut ?tre ?largie ? la pratique musicale. Voici quelques pistes, rapides, encore ? ?laborer. Nota : a)j?ai volontairement simplifi? les exemples musicaux b)les num?ros de pages que je cite sont ceux du PDF et non de la st?no. 1 Ce s?minaire est tr?s nettement deux s?minaires entrelac?es : le n?ud borrom?en et Joyce. Lacan le dit lui-m?me, il ?tait parti du noed borrom?en ? 4, pour arriver sur Joyce, dont les ?tranget?s de texte lui avaient ?t? signal?es par Jacques Aubert. C?est la partie Joyce qui m?int?resse, car je bute pas mal sur les histoires de NB. Le rep?rage que je fais n?est pas exhaustif. En gros, la d?marche de Joyce peut se r?sumer ? l?utilisation de l?art comme suppl?ant a une fonction phallique d?ficiente (p. 6). Nous avions d?j? discut? sur cette liste du N-d-P vacillant a propos de Balzac et plus g?n?ralement, de ceux qui cherche ? se faire ? un nom ? : artistes, acteurs, politiciens, mais aussi d?linquants. C?est donc dans un texte ?crit que se constate cette notion, non seulement au niveau de la structure narrative et des metaphores employ?es par Joyce (toutes vacillantes selon Aubert), mais aussi jusqu?au niveau du r?seau phon?tique : ? m?me si une parole paternelle est contest?e en tant que parole? quelque chose en passe? du c?t? de la phonation? quelque chose qui m?rite de vivre dans la m?lodie ? (p. 87), et aussi ? brisure? d?composition qui fait qu?il n?y a plus d?identit? phonatoire ? (p. 115). Et si la m?lodie est du c?t? des sens (donc le f?minin), Lacan remarque que ? dans cet art de la voix, dans cet art de la phonation en est-il suffisamment pass? pour le fils. ? (p. 87). ? ?crire Finnegans Wake? soit un r?ve ? (p. 140). Cette remarque a son importance, lorsqu?on sait comment Joyce a r?dig? ce travail (j?y reviendrai). Derni?re remarque : Lacan reconna?t ?tre ? emp?tr? ? du fait que Joyce ait su y faire avec son symptome sans avoir ?t? en analyse (p. 143). Autrement dit : qu?un fils ait pu aller se balader dans la jouissance (pulv?risation du langage) ET en revenir sain et sauf (sans devenir psychotique), ET nous en faire partager l?exp?rience. (Finnegans Wake). Cette constatation aboutit ? deux d?finitions : celle du sinthome, et celle de l?artiste, ? l?homme de savoir-faire ? (p. 135), ?homme de savoir-y-faire pourrait-on dire, un savoir-y-faire inconscient, bien entendu. Ce travail de d?chiffrement sur Joye par Lacan est en accord avec l?important travail effectu? par Kristeva sur Mallarm? et Lautr?amont. L? ou Lacan parle de trou dans le symbolique ou de ? refoulement qui n?est jamais annul? ? (p. 29), Kristeva parle de retour dissolvant de la pulsion sur le symbolique, notion ?labor? ? partir du 4ieme terme de la dialectique h?g?lienne (la N?gativit?). Au passage : -le langage comme parasite (p. 112), notion ?galement d?velopp?e par Williams Burroughs (Language is a virus), ?crivain am?ricain des ann?es 50/60/70 et inventeur de la technique d??criture du cut-up. -Concordance Peirce/Lacan : ? c?est tout ? fait la m?me voie que je suis ? (p.137). -Fonagy, dans un travail pr?c?dant celui de Lacan, avait d?j? rep?r? la pr?sence du pulsionnel dans la phonation (Cf. Les Bases Pulsionnelles de la Phonation). 2 Apr?s l?attention flottante de Lacan et Aubert, passons ? l??coute d?un musicologue, un peu averti de psychanalyse, Arthur Nestrovski (Joyce?s Critique of Music, Perspectives of New Music, Vol. 29, No. 1). Merci ? David Thepaut pour m?avoir fait parvenir cette ?tude. La th?se principale de Nestrovski est que l??criture de Joyce est conditionn?e par sa conaissance et pratique de la musique, aussi bien dans la forme que dans le fond. Fond : les textes de Joyce sont remplis de citations et d?allusions ? la musique, et toujours ? propos d?une sexualit? impossible ou rat?e. De plus, ces m?taphores musicales concernent la voix, et tr?s peu l?instrument, rel?gu? du c?t? de la haute culture (du vrai classique, dit Miss Douce ? propos de l?accordeur de piano, dans Sirens), tandis que c?est dans une ballade chant?e qu?est mis en sc?ne le refoulement du pacte homosexuel (Ballad of Doran?s Ass dans Ulysse). Forme : pendant des ann?es, Joyce consigne par ?crit chaque jour tout ce qui lui passe par la t?te : d?tails domestiques, pens?es, jeux de mots, noms, nombres, etc? Puis lorsqu?il entreprend la r?daction de Finnegans Wake, il puise au petit bonheur la chance dans ce r?servoir, et aligne sans ordre pr?cis, en apparence. Il y a cependant une logique interne, qui pour inconsciente qu?elle soit, n?est en pas moins pr?cise, et enserre le fond. Cette logique a plusieurs axes : le trope, ? la fois d?ordre musical et rh?torique, le leitmotiv (? la Wagner, que Joyce d?testait), le rythme (r?p?tition), et des s?ries ?tymologiques, c.a.d. des mots en apparence diff?rents, regroup? ensemble dans la m?me phrase, mais ?tymologiquement proches (par ex : clock / cluck / bell/ belle/ poule/ hen/ whore/ hora/ clock). Joyce a toute sa vie ?t? un chanteur amateur dou?, f?ru de musique ?lisab?thaine (Byrd, Dowland- je l?ai chant? moi-z-aussi), et la soci?t? dublinoise de son ?poque ?tait tr?s active musicalement. Je poss?de un enregistrement de lui lisant un passage de Finnegans Wake, et effectivement, sa lecture est ? chantante ?, au-del? de la prosodie de l?anglais tel qu?il ?tait parl? ? Dublin. Ce n?est donc pas tant par le texte que Joyce se construit son sinthome, mais par sa ? musicalisation ?. Si le R?el ne peut se dire par des mots, quelque chose qui tient ? lui peut du moins ?tre chant? ou mis en musique, et cette possibilit? semble s?articuler ? partir d?un sympt?me. Peut ?tre comme s?il s?agissait d??tablir un pont entre un espace non euclidien et un espace ? g?om?trie normale. Cependant, ni le plan ni le mode d?emploi d?un tel pont n?existent pas, ce qui expliquerait pourquoi Joyce a pu r?ussir l? ou Artaud a ?chou?. Donc, si un texte peut ?tre ? musiqu? ?, est qu?une musique peut l??tre aussi ? Je m?avance ? r?pondre oui, ? partir de deux exemples. a)Wagner et l?accord de Tristan. Cet accord (au tout d?but du dernier acte de Tristan et Isolde) a fait couler beaucoup d?encre, non pour sa sonorit?, mais parce qu?il s?est av?r? impossible de d?terminer sa fonction (en musique, chaque accord a une et une seule fonction). Wagner lui-m?me n?a jamais tranch? la question, et le d?bat continue encore de nos jours. Des centaines d?analyse ont ?t? faites, toutes aussi valides les unes que les autres bien que contradictoires. Dans mon m?moire, j?avais pr?sent? l?hypoth?se qu?il pourrait s?agir d?un accord signifiant l?ambivalence, puisque Wagner ?tait sujet de l?inconscient, pr?misse qui habituellement ne fait pas partie de l?arsenal des musicologues. A l?aune de ma lecture du Sinthome, j?avance que cet accord polymorphe, c?est l?apparition du R?el (ou le retour pulsionnel), tel que Wagner a pu y ?tre confront?, et qui ne peut ?tre dit mais peut ?tre entendu, et avec une certaine insistance. b)Bach et la num?rologie. Les ?uvres de Bach sont truff?es de num?rologie (style Pythagoras), le but ?tant de rendre r?elle (ou vivante) la pr?sence de la Divinit? parmi les hommes. Il s?agit ? la fois de remplir l?espace et de mobiliser les corps (certaines de ses cantates doivent ?tre jou?es avec une disposition particuli?re des choeurs). Cette num?rologie lui permet de naviguer au mieux ? l?int?rieur de l?espace harmonique dont il dispose ? l??poque, un espace tr?s restreint, car chaque note y est conditionn?e par celle qui la pr?c?de. Pourtant, par ci par l?, on trouve un chromatisme exacerb?, une notation d?une incroyable complexit?, ou bien un virage ? gauche alors que en toute logique, ?a aurait du ?tre ? droite (je simplifie). Quelque chose cherche ? pousser les limites du syst?me musical utilis? par Bach, jusqu?? la rupture, mais sans ne jamais le pulv?riser. Ici encore, le R?el se fait entendre, et c?est la num?rologie qui sert d?ancre dans le Symbolique et l?Imaginaire. Du fait qu?il a lieu dans le temporel, l?acte musical est ad?quat ? servir de r?ceptacle aux manifestations du R?el. Du fait qu?il s?agit d?un syst?me s?miotique, en tant que fait de signifiants ordonn?s par des relations d?ordre logique, il peut garantir une protection efficace contre l?assaut pulsionnel. Qu?il soit possible de jongler avec le sympt?me, en le transformant en Sinthome, est probablement un de ces actes qui nous permet ? d?acc?der ? des sources psychiques profondes de satisfactions ? habituellement refoul?es. Finalement, est ce que l?artiste, le Saint-Homme, tout comme l?analyste, ne s?autoriserait-il que de lui-m?me ? === BdF www.deflorence.com www.jackandbruno.com ===
Merci, de votre, email, oups courriel, cher Bruno, et j' en reste baba: vous savez l' ?tonnement ! Comme abasourdi en fin de semaine de travail, mais tout de m?me votre texte y est pour quelque chose ! Est-ce que ca me concerne, est-ce que je peux comprendre, en y mettant le prix, le paquet comme on dit, avec mon bagage de musique et de litt?rature ? Voil? une question pour le week end, oups. la fin de semaine ! Y en a qui sont forts quand m?me ! bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- En train de travailler sur le s?minaire Le Sinthome (version st?no en PDF de l?ELP), afin de voir si la notion de sinthome peut ?tre ?largie ? la pratique musicale. Voici quelques pistes, rapides, encore ? ?laborer. Nota : a)j?ai volontairement simplifi? les exemples musicaux b)les num?ros de pages que je cite sont ceux du PDF et non de la st?no.
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Ce s?minaire est tr?s nettement deux s?minaires entrelac?es : le n?ud borrom?en et Joyce. Lacan le dit lui-m?me, il ?tait parti du noed borrom?en ? 4, pour arriver sur Joyce, dont les ?tranget?s de texte lui avaient ?t? signal?es par Jacques Aubert. C?est la partie Joyce qui m?int?resse, car je bute pas mal sur les histoires de NB. Le rep?rage que je fais n?est pas exhaustif.
En gros, la d?marche de Joyce peut se r?sumer ? l?utilisation de l?art comme suppl?ant a une fonction phallique d?ficiente (p. 6). Nous avions d?j? discut? sur cette liste du N-d-P vacillant a propos de Balzac et plus g?n?ralement, de ceux qui cherche ? se faire ? un nom ? : artistes, acteurs, politiciens, mais aussi d?linquants. C?est donc dans un texte ?crit que se constate cette notion, non seulement au niveau de la structure narrative et des metaphores employ?es par Joyce (toutes vacillantes selon Aubert), mais aussi jusqu?au niveau du r?seau phon?tique : ? m?me si une parole paternelle est contest?e en tant que parole quelque chose en passe du c?t? de la phonation quelque chose qui m?rite de vivre dans la m?lodie ? (p. 87), et aussi ? brisure
d?composition qui fait qu?il n?y a plus d?identit? phonatoire ? (p. 115). Et si la m?lodie est du c?t? des sens (donc le f?minin), Lacan remarque que ? dans cet art de la voix, dans cet art de la phonation en est-il suffisamment pass? pour le fils. ? (p. 87). ? ?crire Finnegans Wake soit un r?ve ? (p. 140). Cette remarque a son importance, lorsqu?on sait comment Joyce a r?dig? ce travail (j?y reviendrai).
Derni?re remarque : Lacan reconna?t ?tre ? emp?tr? ? du fait que Joyce ait su y faire avec son symptome sans avoir ?t? en analyse (p. 143). Autrement dit : qu?un fils ait pu aller se balader dans la jouissance (pulv?risation du langage) ET en revenir sain et sauf (sans devenir psychotique), ET nous en faire partager l?exp?rience. (Finnegans Wake). Cette constatation aboutit ? deux d?finitions : celle du sinthome, et celle de l?artiste, ? l?homme de savoir-faire ? (p. 135), ?homme de savoir-y-faire pourrait-on dire, un savoir-y-faire inconscient, bien entendu.
Ce travail de d?chiffrement sur Joye par Lacan est en accord avec l?important travail effectu? par Kristeva sur Mallarm? et Lautr?amont. L? ou Lacan parle de trou dans le symbolique ou de ? refoulement qui n?est jamais annul? ? (p. 29), Kristeva parle de retour dissolvant de la pulsion sur le symbolique, notion ?labor? ? partir du 4ieme terme de la dialectique h?g?lienne (la N?gativit?).
Au passage : -le langage comme parasite (p. 112), notion ?galement d?velopp?e par Williams Burroughs (Language is a virus), ?crivain am?ricain des ann?es 50/60/70 et inventeur de la technique d??criture du cut-up.
-Concordance Peirce/Lacan : ? c?est tout ? fait la m?me voie que je suis ? (p.137).
-Fonagy, dans un travail pr?c?dant celui de Lacan, avait d?j? rep?r? la pr?sence du pulsionnel dans la phonation (Cf. Les Bases Pulsionnelles de la Phonation).
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Apr?s l?attention flottante de Lacan et Aubert, passons ? l??coute d?un musicologue, un peu averti de psychanalyse, Arthur Nestrovski (Joyce?s Critique of Music, Perspectives of New Music, Vol. 29, No. 1). Merci ? David Thepaut pour m?avoir fait parvenir cette ?tude.
La th?se principale de Nestrovski est que l??criture de Joyce est conditionn?e par sa conaissance et pratique de la musique, aussi bien dans la forme que dans le fond.
Fond : les textes de Joyce sont remplis de citations et d?allusions ? la musique, et toujours ? propos d?une sexualit? impossible ou rat?e. De plus, ces m?taphores musicales concernent la voix, et tr?s peu l?instrument, rel?gu? du c?t? de la haute culture (du vrai classique, dit Miss Douce ? propos de l?accordeur de piano, dans Sirens), tandis que c?est dans une ballade chant?e qu?est mis en sc?ne le refoulement du pacte homosexuel (Ballad of Doran?s Ass dans Ulysse).
Forme : pendant des ann?es, Joyce consigne par ?crit chaque jour tout ce qui lui passe par la t?te : d?tails domestiques, pens?es, jeux de mots, noms, nombres, etc Puis lorsqu?il entreprend la r?daction de Finnegans Wake, il puise au petit bonheur la chance dans ce r?servoir, et aligne sans ordre pr?cis, en apparence. Il y a cependant une logique interne, qui pour inconsciente qu?elle soit, n?est en pas moins pr?cise, et enserre le fond. Cette logique a plusieurs axes : le trope, ? la fois d?ordre musical et rh?torique, le leitmotiv (? la Wagner, que Joyce d?testait), le rythme (r?p?tition), et des s?ries ?tymologiques, c.a.d. des mots en apparence diff?rents, regroup? ensemble dans la m?me phrase, mais ?tymologiquement proches (par ex : clock / cluck / bell/ belle/ poule/ hen/ whore/ hora/ clock). Joyce a toute sa vie ?t? un chanteur amateur dou?, f?ru de musique ?lisab?thaine (Byrd, Dowland- je l?ai chant? moi-z-aussi), et la soci?t? dublinoise de son ?poque ?tait tr?s active musicalement. Je poss?de un enregistrement de lui lisant un passage de Finnegans Wake, et effectivement, sa lecture est ? chantante ?, au-del? de la prosodie de l?anglais tel qu?il ?tait parl? ? Dublin. Ce n?est donc pas tant par le texte que Joyce se construit son sinthome, mais par sa ? musicalisation ?. Si le R?el ne peut se dire par des mots, quelque chose qui tient ? lui peut du moins ?tre chant? ou mis en musique, et cette possibilit? semble s?articuler ? partir d?un sympt?me. Peut ?tre comme s?il s?agissait d??tablir un pont entre un espace non euclidien et un espace ? g?om?trie normale. Cependant, ni le plan ni le mode d?emploi d?un tel pont n?existent pas, ce qui expliquerait pourquoi Joyce a pu r?ussir l? ou Artaud a ?chou?.
Donc, si un texte peut ?tre ? musiqu? ?, est qu?une musique peut l??tre aussi ? Je m?avance ? r?pondre oui, ? partir de deux exemples.
a)Wagner et l?accord de Tristan. Cet accord (au tout d?but du dernier acte de Tristan et Isolde) a fait couler beaucoup d?encre, non pour sa sonorit?, mais parce qu?il s?est av?r? impossible de d?terminer sa fonction (en musique, chaque accord a une et une seule fonction). Wagner lui-m?me n?a jamais tranch? la question, et le d?bat continue encore de nos jours. Des centaines d?analyse ont ?t? faites, toutes aussi valides les unes que les autres bien que contradictoires. Dans mon m?moire, j?avais pr?sent? l?hypoth?se qu?il pourrait s?agir d?un accord signifiant l?ambivalence, puisque Wagner ?tait sujet de l?inconscient, pr?misse qui habituellement ne fait pas partie de l?arsenal des musicologues. A l?aune de ma lecture du Sinthome, j?avance que cet accord polymorphe, c?est l?apparition du R?el (ou le retour pulsionnel), tel que Wagner a pu y ?tre confront?, et qui ne peut ?tre dit mais peut ?tre entendu, et avec une certaine insistance.
b)Bach et la num?rologie. Les ?uvres de Bach sont truff?es de num?rologie (style Pythagoras), le but ?tant de rendre r?elle (ou vivante) la pr?sence de la Divinit? parmi les hommes. Il s?agit ? la fois de remplir l?espace et de mobiliser les corps (certaines de ses cantates doivent ?tre jou?es avec une disposition particuli?re des choeurs). Cette num?rologie lui permet de naviguer au mieux ? l?int?rieur de l?espace harmonique dont il dispose ? l??poque, un espace tr?s restreint, car chaque note y est conditionn?e par celle qui la pr?c?de. Pourtant, par ci par l?, on trouve un chromatisme exacerb?, une notation d?une incroyable complexit?, ou bien un virage ? gauche alors que en toute logique, ?a aurait du ?tre ? droite (je simplifie). Quelque chose cherche ? pousser les limites du syst?me musical utilis? par Bach, jusqu?? la rupture, mais sans ne jamais le pulv?riser. Ici encore, le R?el se fait entendre, et c?est la num?rologie qui sert d?ancre dans le Symbolique et l?Imaginaire.
Du fait qu?il a lieu dans le temporel, l?acte musical est ad?quat ? servir de r?ceptacle aux manifestations du R?el. Du fait qu?il s?agit d?un syst?me s?miotique, en tant que fait de signifiants ordonn?s par des relations d?ordre logique, il peut garantir une protection efficace contre l?assaut pulsionnel. Qu?il soit possible de jongler avec le sympt?me, en le transformant en Sinthome, est probablement un de ces actes qui nous permet ? d?acc?der ? des sources psychiques profondes de satisfactions ? habituellement refoul?es. Finalement, est ce que l?artiste, le Saint-Homme, tout comme l?analyste, ne s?autoriserait-il que de lui-m?me ? === BdF www.deflorence.com www.jackandbruno.com ===
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: a)j?ai volontairement simplifi? les exemples musicaux b)les num?ros de
que je cite sont ceux du PDF et non de la st?no.
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Ce s?minaire est tr?s nettement deux s?minaires entrelac?es : le n?ud borrom?en et Joyce. Lacan le dit lui-m?me, il ?tait parti du noed borrom?en ? 4, pour arriver sur Joyce, dont les ?tranget?s de texte lui avaient ?t? signal?es par Jacques Aubert. C?est la partie Joyce qui m?int?resse, car je bute pas mal sur les histoires de NB. Le rep?rage que je fais n?est pas exhaustif.
En gros, la d?marche de Joyce peut se r?sumer ? l?utilisation de l?art comme suppl?ant a une fonction phallique d?ficiente (p. 6). Nous avions d?j? discut? sur cette liste du N-d-P vacillant a propos de Balzac et plus g?n?ralement, de ceux qui cherche ? se faire ? un nom ? : artistes, acteurs, politiciens, mais aussi d?linquants. C?est donc dans un texte ?crit que se constate cette notion, non seulement au niveau de la structure narrative et des metaphores employ?es par Joyce (toutes vacillantes selon Aubert), mais aussi jusqu?au niveau du r?seau
Voil? le week end pass? qui annonce les vacances de P?ques pendant lesquelles tout le monde part ici pour des pentes de neige ce qui me laisse un peu de temps pour vous (re)lire et vous r?pondre. C' est une r?ponse ? votre texte, disons, r?ponse de premier contact, avant un approfondissement. Je n'ai pas la version Pdf du s?minaire auquel vous faites allusion mais il doit se trouver sur le site de l ELP. Pour ce qui est de vos craintes de me voir "tomber" dans la psychobiographie, je vous rassure, si je balbutie pour ne pas dire bafouille dans les rapports du sujet cr?ateur ? son oeuvre, c' est justement que je n' ai pas encore trouv? de r?ponse satisfaisante ? la question. En son temps, j' ai bien ?cout? des conf?rences, comme celle de psychanalystes norv?giens d?cortiquant les r?ves d' Ibsen, mais j' ?tais loin d'?tre convaincu des conclusions et surtout de la m?thode d'investigation. Vous ?crivez : En gros, la d?marche de Joyce peut se r?sumer ? l?utilisation de l?art comme suppl?ant a une fonction phallique d?ficiente phrase qui appelle une question : que faut-il entendre par " fonction phallique d?ficiennte " ? Sans vraiment bien conna?tre cette histoire de Sinthome issu du sympt?me, j' avais r?agi en son temps ? cette maladie du vivre - certains diraient le mal-?tre, ou le malaise - qui engendrerait un sympt?me ? la plus grande joie du m?decin qui y verrait son r?le et sa fonction justifi?s, sympt?me qui pourrait ?tre "gu?ri" par l' usage des mots d'une relation ? un analyste. Maintenant, pour ce que je peux comprendre, ce sympt?me venant ? ?tre dit en analyse pourrait ?tre transmut? en oeuvre d'art, ou en cr?ations de toutes sortes ? condition d'?tre traduit pour ?tre compris d' un public. Le danger d' une telle explication est ?vident : si ceux qui peuvent exprimer leur mal-?tre (d?sign? par un sympt?me) en feront une oeuvre, ? l'inverse, ceux qui n' auraient pas le mal de vivre ( comme on a le mal de mer ) se verrait refuser l' acc?s ? la cr?ation. Tout de m?me, c' est assez sch?matique, vous ne pensez pas ? Je passe sur la notion de "sublimation" que Liliane, en son temps, a mentionn? comme transformation de la pulsion qui ne m' apparaissait pas claire du tout, m?me si cette op?ration sur la pulsion est tout ? fait admise parmi les analystes. Ma principale r?serve ? cette notion est la tactique consistant ? ?laborer une th?orie du "tout sexuel" pour ensuite voir le "tout sexuel " se sublimer par je ne sais quelle op?ration du saint-esprit. Apr?s tout dans la cr?ation, il y a d'autres fonctions que le sexuel qui pourraient ?tre mises ? contribution pour expliquer le processus : la respiration par exemple ... Vous ?crivez plus loin : "plus g?n?ralement, de ceux qui cherche ? se faire ? un nom ? : artistes, acteurs, politiciens, mais aussi d?linquants ". et c' est le mot "d?linquant" qui fait "tilt" chez moi parce qu'il pose la question de la transgression des lois couramment admises pour une activit? socialement positive. Vous associez ?galement le "nom" ? une oeuvre, mais c' est une notion relativement moderne puisque bien des oeuvres d' art sont anonymes comme toutes les oeuvres contenues dans les cath?drales, pour la tr?s simple raison que l' anonymat ?tait de rigueur ? l'?poque o? les cath?drales ont ?t? construites. Plus tard, je ne suis pas certain que tous les artisans ayant oeuvr? pour la construction du ch?teau de Versailles puissent ?tre identifi?s. Si, de nos jours, par cons?quent, les artistes se " font un nom " dont ils signent leurs oeuvres, ? l' inverse, il existe des oeuvres sans nom. Dans le domaine des inventions, l'?criture mise au point ? partir des "calculi " des bergers iraniens du IV?me mill?naire avant notre ?re est purement et simplement anonyme bien que ces inventeurs s' ins?raient comme nous dans un syst?me langagier. Plus loin : Lacan reconna?t ?tre ? emp?tr? ? du fait que Joyce ait su y faire avec son symptome sans avoir ?t? en analyse (p. 143). Autrement dit : qu?un fils ait pu aller se balader dans la jouissance (pulv?risation du langage) ET en revenir sain et sauf (sans devenir psychotique), ET nous en faire partager l?exp?rience. (Finnegans Wake). Cette constatation aboutit ? deux d?finitions : celle du sinthome, et celle de l?artiste, ? l?homme de savoir-faire ? (p. 135), ?homme de savoir-y-faire pourrait-on dire, un savoir-y-faire inconscient, bien entendu. Il me semble avoir lu quelque part que, justement, les artistes ou plus g?n?ralement les cr?ateurs ont un acc?s naturel ? l' inconscient par le canal du pr?conscient. Il m' apparait intellectuellement malhonn?te de laisser entendre que seule la psychanalyse ouvre la voie ? un savoir-y-faire-avec-son-inconscient alors que nombreux sont ceux qui se d?brouillent tr?s bien sans divan ni fauteuil. "Si le R?el ne peut se dire par des mots, quelque chose qui tient ? lui peut du moins ?tre chant? ou mis en musique, et cette possibilit? semble s?articuler ? partir d?un sympt?me". Vous me laissez l? perplexe ! Voulez-vous dire que, faute de pouvoir utiliser la structure de sa langue - entre les lignes -, un compositeur, chercherait ? exprimer cette m?me structure ? l' aide de sons et en particulier ? l' aide de son chant?s ? Plus loin : "Ici encore, le R?el se fait entendre, et c?est la num?rologie qui sert d?ancre dans le Symbolique et l?Imaginaire". Voulez-vous parler d' une sorte de point fixe - un pivot - qui permette au compositeur( J.S. Bach en l'occurence) de passer de l'imaginaire au symbolique ? Enfin : Finalement, est ce que l?artiste, le Saint-Homme, tout comme l?analyste, ne s?autoriserait-il que de lui-m?me ? J'aurais tendance ? r?pondre par " oui, le cr?ateur s' autorise de lui-m?me, mais pas QUE de lui-m?me ". Il est autoris? par le syst?me de signes - signifiants et autres -dans lequel il s' inscrit. Bien cordialement Jean-francois Doucet pratique musicale. Voici quelques pistes, rapides, encore ? ?laborer. Nota pages phon?tique : ? m?me si une parole paternelle est contest?e en tant que parole quelque chose en passe du c?t? de la phonation quelque chose qui
m?rite de vivre dans la m?lodie ? (p. 87), et aussi ? brisure
d?composition qui fait qu?il n?y a plus d?identit? phonatoire ? (p. 115). Et si la m?lodie est du c?t? des sens (donc le f?minin), Lacan remarque que ? dans cet art de la voix, dans cet art de la phonation en est-il suffisamment pass? pour le fils. ? (p. 87). ? ?crire Finnegans Wake soit un r?ve ? (p. 140). Cette remarque a son importance, lorsqu?on sait comment Joyce a r?dig? ce travail (j?y reviendrai).
Derni?re remarque : Lacan reconna?t ?tre ? emp?tr? ? du fait que Joyce ait su y faire avec son symptome sans avoir ?t? en analyse (p. 143). Autrement dit : qu?un fils ait pu aller se balader dans la jouissance (pulv?risation du langage) ET en revenir sain et sauf (sans devenir psychotique), ET nous en faire partager l?exp?rience. (Finnegans Wake). Cette constatation aboutit ? deux d?finitions : celle du sinthome, et celle de l?artiste, ? l?homme de savoir-faire ? (p. 135), ?homme de savoir-y-faire pourrait-on dire, un savoir-y-faire inconscient, bien entendu.
Ce travail de d?chiffrement sur Joye par Lacan est en accord avec l?important travail effectu? par Kristeva sur Mallarm? et Lautr?amont. L? ou Lacan parle de trou dans le symbolique ou de ? refoulement qui n?est jamais annul? ? (p. 29), Kristeva parle de retour dissolvant de la pulsion sur le symbolique, notion ?labor? ? partir du 4ieme terme de la dialectique h?g?lienne (la N?gativit?).
Au passage : -le langage comme parasite (p. 112), notion ?galement d?velopp?e par Williams Burroughs (Language is a virus), ?crivain am?ricain des ann?es 50/60/70 et inventeur de la technique d??criture du cut-up.
-Concordance Peirce/Lacan : ? c?est tout ? fait la m?me voie que je suis ? (p.137).
-Fonagy, dans un travail pr?c?dant celui de Lacan, avait d?j? rep?r? la pr?sence du pulsionnel dans la phonation (Cf. Les Bases Pulsionnelles de la Phonation).
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Apr?s l?attention flottante de Lacan et Aubert, passons ? l??coute d?un musicologue, un peu averti de psychanalyse, Arthur Nestrovski (Joyce?s Critique of Music, Perspectives of New Music, Vol. 29, No. 1). Merci ? David Thepaut pour m?avoir fait parvenir cette ?tude.
La th?se principale de Nestrovski est que l??criture de Joyce est conditionn?e par sa conaissance et pratique de la musique, aussi bien dans la forme que dans le fond.
Fond : les textes de Joyce sont remplis de citations et d?allusions ? la musique, et toujours ? propos d?une sexualit? impossible ou rat?e. De plus, ces m?taphores musicales concernent la voix, et tr?s peu l?instrument, rel?gu? du c?t? de la haute culture (du vrai classique, dit Miss Douce ? propos de l?accordeur de piano, dans Sirens), tandis que c?est dans une ballade chant?e qu?est mis en sc?ne le refoulement du pacte homosexuel (Ballad of Doran?s Ass dans Ulysse).
Forme : pendant des ann?es, Joyce consigne par ?crit chaque jour tout ce qui lui passe par la t?te : d?tails domestiques, pens?es, jeux de mots, noms, nombres, etc Puis lorsqu?il entreprend la r?daction de Finnegans Wake, il puise au petit bonheur la chance dans ce r?servoir, et aligne sans ordre pr?cis, en apparence. Il y a cependant une logique interne, qui pour inconsciente qu?elle soit, n?est en pas moins pr?cise, et enserre le fond. Cette logique a plusieurs axes : le trope, ? la fois d?ordre musical et rh?torique, le leitmotiv (? la Wagner, que Joyce d?testait), le rythme (r?p?tition), et des s?ries ?tymologiques, c.a.d. des mots en apparence diff?rents, regroup? ensemble dans la m?me phrase, mais ?tymologiquement proches (par ex : clock / cluck / bell/ belle/ poule/ hen/ whore/ hora/ clock). Joyce a toute sa vie ?t? un chanteur amateur dou?, f?ru de musique ?lisab?thaine (Byrd, Dowland- je l?ai chant? moi-z-aussi), et la soci?t? dublinoise de son ?poque ?tait tr?s active musicalement. Je poss?de un enregistrement de lui lisant un passage de Finnegans Wake, et effectivement, sa lecture est ? chantante ?, au-del? de la prosodie de l?anglais tel qu?il ?tait parl? ? Dublin. Ce n?est donc pas tant par le texte que Joyce se construit son sinthome, mais par sa ? musicalisation ?. Si le R?el ne peut se dire par des mots, quelque chose qui tient ? lui peut du moins ?tre chant? ou mis en musique, et cette possibilit? semble s?articuler ? partir d?un sympt?me. Peut ?tre comme s?il s?agissait d??tablir un pont entre un espace non euclidien et un espace ? g?om?trie normale. Cependant, ni le plan ni le mode d?emploi d?un tel pont n?existent pas, ce qui expliquerait pourquoi Joyce a pu r?ussir l? ou Artaud a ?chou?.
Donc, si un texte peut ?tre ? musiqu? ?, est qu?une musique peut l??tre aussi ? Je m?avance ? r?pondre oui, ? partir de deux exemples.
a)Wagner et l?accord de Tristan. Cet accord (au tout d?but du dernier acte de Tristan et Isolde) a fait couler beaucoup d?encre, non pour sa sonorit?, mais parce qu?il s?est av?r? impossible de d?terminer sa fonction (en musique, chaque accord a une et une seule fonction). Wagner lui-m?me n?a jamais tranch? la question, et le d?bat continue encore de nos jours. Des centaines d?analyse ont ?t? faites, toutes aussi valides les unes que les autres bien que contradictoires. Dans mon m?moire, j?avais pr?sent? l?hypoth?se qu?il pourrait s?agir d?un accord signifiant l?ambivalence, puisque Wagner ?tait sujet de l?inconscient, pr?misse qui habituellement ne fait pas partie de l?arsenal des musicologues. A l?aune de ma lecture du Sinthome, j?avance que cet accord polymorphe, c?est l?apparition du R?el (ou le retour pulsionnel), tel que Wagner a pu y ?tre confront?, et qui ne peut ?tre dit mais peut ?tre entendu, et avec une certaine insistance.
b)Bach et la num?rologie. Les ?uvres de Bach sont truff?es de num?rologie (style Pythagoras), le but ?tant de rendre r?elle (ou vivante) la pr?sence de la Divinit? parmi les hommes. Il s?agit ? la fois de remplir l?espace et de mobiliser les corps (certaines de ses cantates doivent ?tre jou?es avec une disposition particuli?re des choeurs). Cette num?rologie lui permet de naviguer au mieux ? l?int?rieur de l?espace harmonique dont il dispose ? l??poque, un espace tr?s restreint, car chaque note y est conditionn?e par celle qui la pr?c?de. Pourtant, par ci par l?, on trouve un chromatisme exacerb?, une notation d?une incroyable complexit?, ou bien un virage ? gauche alors que en toute logique, ?a aurait du ?tre ? droite (je simplifie). Quelque chose cherche ? pousser les limites du syst?me musical utilis? par Bach, jusqu?? la rupture, mais sans ne jamais le pulv?riser. Ici encore, le R?el se fait entendre, et c?est la num?rologie qui sert d?ancre dans le Symbolique et l?Imaginaire.
Du fait qu?il a lieu dans le temporel, l?acte musical est ad?quat ? servir de r?ceptacle aux manifestations du R?el. Du fait qu?il s?agit d?un syst?me s?miotique, en tant que fait de signifiants ordonn?s par des relations d?ordre logique, il peut garantir une protection efficace contre l?assaut pulsionnel. Qu?il soit possible de jongler avec le sympt?me, en le transformant en Sinthome, est probablement un de ces actes qui nous permet ? d?acc?der ? des sources psychiques profondes de satisfactions ? habituellement refoul?es. Finalement, est ce que l?artiste, le Saint-Homme, tout comme l?analyste, ne s?autoriserait-il que de lui-m?me ? === BdF www.deflorence.com www.jackandbruno.com ===
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