L'origine des notions de Parole et de parole, ?voqu?e lors du Discours au Coll?ge des Bernardins par Beno?t XVI est d'abord int?ressante dans la mesure o? nous en retrouvons des traces de nos jours. Ainsi, dans un groupe comme Lut?cium, un texte g?n?ralement d'origine psychanalytique est pris comme r?f?rence ? la mani?re des textes bibliques lus par les moines au XII?me si?cle au moment o? se sont cr?es Coll?ges et Universit?s. Beno?t XVI dit (et ce qu'il dit est ensuite ?crit) "comme ils (les moines) ?taient chr?tiens, il ne s'agissait pas d'une aventure dans un d?sert sans chemin, d'une recherche dans l'obscurit? absolue. Dieu lui-m?me a plac? des bornes milliaires,mieux, il a aplani la voie, et leur t?che consistait ? la trouver et ? la suivre. " Ceci rappelle singul??rement les "hommes dont on suit la voie " comme par exemple S. Freud ou J. Lacan parce qu'on accorde ? ce qu'ils disent ou ?crivent un certain cr?dit. Plus loin : "La Parole qui ouvre le chemin de la recherche de Dieu et qui est elle-m?me ce chemin, est une parole qui donne naissance ? une communaut?" Le parall?le entre les effets de la Parole divine et celle de quelques hommes auxquels on accorde un certain cr?dit, est ici patent : diff?rentes ?coles se cr?ent en psychanalyse sur la foi - la psychanalyse n'?chappe pas ? la part de croyance pr?sente dans toute subjectivit? - en certains fondamentaux justement fondateurs. Plus loin : "La Parole ne conduit pas uniquement sur la voie d'une mystique individuelle, mais elle nous introduit dans la communaut? de tous ceux qui cheminent dans la foi " Parole fondatrice donc, ? l' origine d'une ?cole, elle fait entrer celui qui en prend connaissance dans une communaut? en retour. Ne faut-il pas y voir l? une cons?quence de la propri?t? des signifiants de ne pas appartenir en propre ? un individu particulier mais d'?tre emprunt?s par des individus singuliers ? un fond commun pour communiquer entre eux ? Plus g?n?ralement le signe comprend deux faces chacune appropri?e par 2 interlocuteurs ?changeant ce signe comme t?moin d'une appartenance ? une m?me communaut? de sens ( cfs la Tess?re antique). Plus loin : "Mais elle (la Parole) nous rend aussi attentifs les uns aux autres" C'est justement ces signifiants auxquels on accorde un certain cr?dit qui nous relie les uns aux autres par des int?r?ts communs. Plus loin : "La Parole de Dieu elle-m?me nous introduit dans un dialogue avec Lui. Le Dieu qui parle dans la Bible nous enseigne comment nous pouvons Lui parler " Il semble bien que celui qui accorde un certain cr?dit ? cette Parole (et donc ? toute autre parole ) s'assujettisse aux contraintes des signifiants signifiant quelque chose ? quelqu'un, l'adepte ou le disciple pouvant reporter ? l'infini cette adresse ( alors divine) ou au contraire s'adresser ? un interlocuteur en chair et en os. A l' occasion de cette remarque de Beno?t XVI sur le dialogue avec la divinit?, on peut se demander ? qui parle celui qui prie et replacer la pri?re comme dialogue dans le contexte du transfert au sens psychanalytique du terme. En particulier, le psychanalyste dans les pens?es de l'analysant, en tant qu' adresse de son "discours int?rieur", ne passe-til pas d'un lointain interlocuteur aux attributs divins ? un interlocuteur plus proche de lui et bel et bien en chair et en os ? Plus loin : " Pour prier sur la base de la Parole biblique, la seule labialisation ne suffit pas, la musique est n?cessaire " C'est poser ? l'origine de notre culture orale, une n?cessit? d'?noncer les textes auxquels nous accordons un certain cr?dit, mais c' est aussi y associer le chant comme si, ce que les signifiants ne peuvent pas exprimer du sens, devait ?tre compl?ter par de la musique. Plus loin : "Il indique ici que la culture du chant est une culture de l'?tre " Ce qui n' est pas sans rappeler cette connaissance de soi que permet la psychanalyse. Dans ce sens, les consid?rations de Bruno sur musique et psychanalyse prennent tout leur sens. Plus loin : "L'Ecriture a besoin de l'interpr?tation, et elle a besoin de la communaut? o? elle s'est form?e et o? elle est v?cue. En elle seulement, elle a son unit? et, en elle, se r?v?le le sens qui unifie tout " Est-ce que je peux me souvenir non seulement de la ferveur dont parlait Liliane mais aussi de cette n?cessit? de replacer les textes dans leur contextes que Liliane pr?ne pour les textes analytiques ? Plus loin : "Dit sous une autre forme : il existe des dimensions du sens de la Parole et des paroles qui se d?couvrent uniquement dans la communion v?cue de cette parole qui cr?e l'histoire " Est-ce ? dire que des ?l?ments nouveaux de sens apparaissent lorsque le sens d'une parole ? laquelle on accorde un certain cr?dit est partag? par une assembl?e ou un groupe (autrement dit qu' elle n' est pas l'expression d'une solitude mais puise aux organisations signifiantes d' une communaut? de sens comme les milieux psychanalytiques partageant un certain nombre de concepts communs - refoulement, inconscient, pulsion etc.) de telle sorte qu'on puisse dire que les concepts communs sont des signes d'appartenance ? cette communaut? ? Bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Merci, cher Jean-pierre, de votre aimable r?ponse. Vous ?voquez Giordano Bruno, et son h?r?sie suppos?e, le conduisant tout droit au b?cher. Bon, pour ?tre juste, il faudrait aborder tous les d?lits d'opinion de tous les syst?mes explicatifs du monde. Ca en fait du monde tout ca, pour d?montrer, si besoin en ?tait, que les opinions ne sont pas innocentes ! Mais l? n'?tait pas mon propos, en abordant le texte du Discours des Bernardins. J'?tais justement int?ress? par cette naissance de l' Universit? contemporaine de la fondation du Coll?ge, naissance qui allait permettre ? des clercs la?cs de formuler les premiers ?nonc?s de la Science occidentale et ainsi de se lib?rer de l'omnipotence des interpr?tations bibliques par trop litt?rales. Alors, certes, il y a eu Giordano Bruno (et il n'est malheureusement pas le seul) mais il y a eu AUSSI tous ces gens qui sont ? l' origine de notre monde, et qui, pour diff?rentes raisons, ont su ?viter les affres du b?cher Bien cordialement Jean-francois Doucet
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Jean-fran?ois Doucet" <j.f.doucet at medisin.uio.no> : Parce qu'une dette symbolique est due par la science actuelle au christianisme, Pour avoir br?l? Giordano Bruno, peut-?tre ? Avec Aristote, la modernit?! Cordial, JPE "Malgr? mes supplications vous n'avez toujours pas lu le De anima (Jean-Fran?ois)"! Jacques Lacan - Original Message ----- From: "Jean-fran?ois Doucet" <j.f.doucet at medisin.uio.no> To: <mrcx at yahoo.com>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sunday, October 12, 2008 8:58 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Discours des Bernardins
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Ce n' est pas sans appr?hension que je reprends ma participation aux discussions du groupe Lut?cium par ma pr?occupation du moment : le discours des Bernardins. Mon appr?hension vient des avertissements d'un participant aux listes de psychanalyse m'informant qu'un psychanalyste comme notre regrett? D. Anzieu n' avait plus droit de citer dans certains cercles psychanalytiques alors que j' accorde ? son livre " Le corps de l' oeuvre" paru en son temps aux ?ditions Gallimard un grand cr?dit pour ce qui concerne la mod?lisation du processus cr?atif d' un point de vue psychanalytique. J' appr?ciais que D. Anzieu sache " ne pas jeter le b?b? avec l' eau du bain " et puise dans les textes religieux toute id?e qui puisse servir son dessein d' explication. C'est dans ce m?me ?tat d' esprit que j'ai ?cout? le discours des Bernardins, ai ?t? saisi par les consid?rations sur les rapports du monachisme occidental ? la Parole ou aux paroles. Aussi, j' aurais bien aim? partager avec ceux du groupe Lut?cium les impressions et r?actions que suscitent ce texte. Il me parait important parce qu'une dette symbolique est due par la science actuelle au christianisme, ou tout au moins ? certains de ces aspects, en particulier, le rapport des chercheurs et des savants au texte ou au cours professoraux. De plus, ce rapport dont le discours des Bernardins esquisse l' origine n' a gu?re chang? depuis des si?cles allant jusqu'? gradu? les cursus des m?mes degr?s, ? savoir. le baccalaur?at, la licence et la maitrise avant le doctorat. Cela ne vas pas sans rappeler la distinction lacanienne des 4 discours selon les positions respective occup?e par les locuteurs. D'autres parall?les peuvent ?tre faits - outre le fait que le fr?re de J. Lacan ?tait moine - entre la distinction entre la Parole et les paroles, rappelant l' Autre et les autres chez J. Lacan. Voil? donc ma rentr?e sur la liste Lut?cium avec un accueil, je l'esp?re, int?ress? au moins par certains. Ma question est alors : quelqu'un a-t-il ?t? interess? par ce discours au point de le lire ou m?me de le commenter peut-?tre m?me dans le livre qui va para?tre sous peu ? Bien cordialement Jean-francois Doucet -- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives
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