Au risque de m'?garer du sujet initial, qui tourne autour de la "liquidation" du transfert, en ce qui concerne les difficult?s et ambigu?t?s implicites ? la traduction, je m'aventure un peu plus loin et un peu ailleurs ... - quoique ? Car votre remarque sur le contexte, Jean-Fran?ois Doucet, m'a fait d'un coup r?fl?chir ? la notion de transfert chez Freud ... et chez Lacan. Je vais essayer de m'expliquer, mais je sens que cela ne va pas ?tre facile ..... et aura besoin d'autres ?clairages ! Le contexte dont vous pointez l'importance, ce contexte est bien ici celui autour de la notion de transfert. Plus pr?cis?ment ce qui, dans le transfert, fait r?sistance dans la cure. Travailler sur ce concept, en lisant Lacan, en particuler le s?minaire XI, conduit ? cette grande difficult? de saisir en quoi consiste ? la fois la rupture et la continuit? avec Freud. Il me semble qu'avec la r?flexion sur la traduction du passage qui anime notre discussion, et sur le sens des guillemets, nous touchons - bien qu'indirectement - du bout des doigts ? ce qui rend la compr?hension de la notion de transfert si difficile, d?licate : Freud situe le transfert dans la r?p?tition. C'est en tous cas ce qu'il a observ? : dans la relation ? l'analyste se produit ce qu'il identifie comme une r?p?tition de relations ant?rieures. Ce qui a ?t? v?cu ailleurs, se r?p?te dans la relation ? l'analyste, se transf?re. Relation "de transfert". Mais il n'y a pas QUE cela, Freud le dit dans la suite du passage auquel nous nous sommes int?ress?s. Il pointe que quelque chose persiste quand-m?me dans la relation au m?decin (je reprends et prolonge ma traduction de ce passage) : "(...), alors nous enlevons de la personne du m?decin seulement ces deux composantes de l'acte affectif; l'autre composante, accessible ? la conscience et non insupportable, reste intacte et est porteuse de succ?s dans la psychanalyse tout comme dans d'autres m?thodes de traitement." Les guillemets autour de "aufheben", nous les lisons en rapport avec le transfert. Ce transfert dont Freud dit qu'il peut ?tre positif ou n?gatif. Ne seraient-ils pas ? lire plut?t en rapport avec la r?sistance qui s'exprime dans la cure ? R?sistance qui persiste tant que le refoul? ne devient pas conscient. Qui se lit dans le transfert. Qui tombe (liquid?e ?! erledigt ?!) lorsque que les motions ?rotiques refoul?es deviennent conscients. Alors que l'autre composante du transfert persiste. [bien s?r, s?mantiquement, on ne peut absolument pas lire "aufheben" se r?f?rant ? la r?sistance] Ce qui me semble liquid?, c'est ce qui correspond ? cette part du transfert qui est li?e ? la r?p?tition, li?e au refoul? (s'actualisant dans la relation ? l'analyste par la r?p?tition). Ce qui persiste (et il souligne la contribution de cette part-l? au succ?s du traitement), cela n'a rien ? voir avec le transfert qui se produit ? cause d'un refoul? qui s'actualise dans la relation. Ne pourrait-on pas dire que ce qui persiste, c'est bien le transfert tel que le con?oit Lacan ? C'est bien Freud qui parle le premier du maniement du transfert ? Il me semble que son passage exprime finalement que le transfert est n?cessaire pour que puisse ?tre mani? ce qui fait r?sistance ... il est donc n?cessaire de cerner de quoi est fait le transfert. Un peu plus haut dans le texte, Freud dit : "Man merkt endlich, dass man die Verwendung der ?bertragung zum Widerstande nicht verstehen kann, solange man an "?bertragung" schlechtweg denkt. Man muss sich entschliessen, eine "positive" ?bertragung von einer "negativen" zu sondern, ..." => en fran?ais (c'est moi qui traduis, car je n'ai pas le texte fran?ais sous les yeux) : "On se rend enfin compte qu'on ne peut pas comprendre l'utilisation du transfert tant qu'on pense au "transfert" simplement. On doit se r?soudre ? diff?rencier un transfert "positif" d'un transfert "n?gatif", ..." Je reviens aux quillemets, que Freud met ? "aufheben" dans notre passage. Dans le paragraphe pr?c?dent que j'ai cit?, il les met ? "?bertragung", puis ? "positive" et "n?gative", comme pour accentuer qu'il parle de ph?nom?nes autour du concept qu'il a isol?, sans que ce dernier lui soit totalement saisissable dans toutes ses dimensions. Ainsi, le transfert est "aufgehoben" (en fait, ce qui est enlev?, c'est ce qui faisait r?sistance), et en m?me temps, quelque chose persiste (qui en plus est, comme il affirme, porteuse du succ?s de la cure). En fait, j'ai bien envie de relier ce que dit Freud au sujet de cette /*quelque chose dans le transfert qui est autre qu'un v?cu ant?rieur insupportable ... transf?r?*/ au concept lacanien de transfert. Lacan pointe qu'on tombe dans une impasse si on cherche ? accorder r?p?tition et amour en disant que le transfert est la r?p?tition d'un amour ancien. Le transfert n'est pas subordonn? ? la r?p?tition, mais il est (aussi) ce qui se manifeste dans le rapport ? la personne ? qui on s'adresse (Lacan dira ? qui on parle). Est-il os? de dire que Freud savait sans le savoir qu'avec le transfert, il s'agissait d'autre chose en plus que de la r?p?tition d'un amour ancien ? Je ne sais pas si ces id?es que j'ai essay? d'articuler ici apportent vraiment ? la discussion autour de la "liquidation". En tous cas pour moi, r?fl?chir sur ce passage est passionnant et me permet de reprendre certains fils de pens?e laiss?s par ci par l? il y a quelque temps; j'aimerais bien lire vos avis sur la question. Katharina Felix Jean-fran?ois Doucet a ?crit :
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Merci de ces interventions concernant la "liquidation du transfert " qui me fait r?agir, non pas tellement sur la question de la langue - je ne suis pas assez germaniste, pour me prononcer sur le sens du terme "aufheben" utilis? par S. Freud, mais sur la m?thode que vous utilisez pour cerner le sens de plus pr?s. Je n' ai pas vu d' intervention passer sur Lut?cium sur " la liquidation du transfert " qui mettent en relation le mot "aufheben " et les autres mots de la phrase allemande cit?e. Or, c' est justement une des t?ches du traducteur, ? mon sens, quelque soit la langue, de d?cider en fonction du contexte ( je crois que c' est Mirian qui avait point? le doigt sur les niveaux socio-linguistiques ) des intentions de l' auteur et du sens d?finitif ? donner ? son texte. Le seul ?l?ment qui me g?ne dans le texte de S. Freud, ce sont les guillemets qui pr?supposent un sens analogique qui extraie peut-?tre "aufheben" du contexte somme toute assez savant ( et sp?cialis? ) du paragraphe en discussion. Va savoir si dans le contexte viennois, "aufheben" peut avoir un sens en rupture avec le style savant du reste du paragraphe. Seul un familier de l' autrichien pourrait apporter quelques pr?cisions, les dictionnaires, ? mon sens, ne peuvent pas ?tre d' un utile secours dans ce cas-l?. bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour,
bien tardivement, je me glisse dans la discussion. Je suis all?e voir dans le texte original de Freud. Le terme allemand, qu'il met entre guillements, est "aufheben".
Pas vraiment habitu?e ? la traduction ni ? l'interpr?tariat ... je n'ai pas non plus de dictionnaire sous la main qui me permettrait d'en citer des sens divers. J'y vais avec mon intuition : *aufheben* : - enlever, annuler, dissoudre (quoique, en allemand, dissoudre serait plut?t "aufl?sen") - (mais aussi :) ramasser *heben* : lever *auf* : par dessus, en dessus, dessus // ouvert // ...
La phrase allemande est celle-ci :
"Die L?sung des R?tsels ist also, dass die ?bertragung auf den Arzt sich nur insofern zum Widerstande in der Kur eignet, als sie negative ?bertragung oder positive von verdr?ngten erotischen Regungen ist. Wenn wir durch Bewusstmachen die ?bertragung "aufheben", so l?sen wir nur diese beiden Komponenten des Gef?hlsaktes von der Person des Arztes ab; die andere, bewusstseinsf?hige und unanst?ssige Komponente bleibt bestehen und ist in der Psychoanalyse genau ebenso Tr?gerin des Erfolges wie bei anderen Behandlungsmethoden."
.....
Depuis un bon moment, je tourne cette phrase dans ma t?te, la compare avec la traduction fran?aise, l'espagnole et l'anglaise. Plus je les laisse r?sonner, plus le sens de la phrase allemande semble se creuser ... comme dans l'?cart avec la traduction. Je trouve d'ailleurs les trois versions assez "libres", pas vraiment pr?s de l'original. Aussi, je viens de remarquer que les trois traductions se ressemblent dans le retournement des ?l?ments de la phrase : contrairement ? l'allemand, dans les trois autres langues, cela parle d'abord de la lev?e (lorsque nous liquidons / if we remove / cuando removemos), puis, vient sous forme de participe pr?sent ce par quoi la liquidation du transfert se produit (en le rendant conscient/orientando la consciencia sobre ella/ by making it conscious). Cela sugg?re (? mes oreilles) qu'il s'agit de proc?der ? la lev?e du transfert... en le rendant conscient. Or, en allemand, c'est dit ? l'envers : d'abord, il y a le "Bewusstmachen" (le fait de rendre conscient) qui a pour cons?quence que le transfert est "aufgehoben" ... Il me semble que le "Bewusstmachen" (l'action de rendre conscient) se passe bien plus activement que le "aufheben". Qu'il s'agit avant tout de l'acte de rendre conscient, puis cela entraine la lev?e, y conduit. Le fait que le transfert puisse ?tre "aufgehoben" me parait plut?t une cons?quence, comme un produit de cet acte de rendre conscient le transfert des "verdr?ngten erotischen Regungen" (dont la traduction par "?l?ments ?rotiques refoul?s" me para?t par ailleurs omettre tout l'aspect dynamique et la teneur de "mouvement").
Une (modeste) tentative de traduction pour essayer de mieux faire saisir ma compr?hension de cette phrase (mais sans chercher ? produire une bonne traduction "fluide") :
La solution de l'?nigme est donc que le transfert sur le m?decin ne se pr?te ? la r?sistance dans la cure que lorsqu'il est transfert n?gatif ou positif de motions ?rotiques refoul?es. Si, par l'acte de rendre conscient, nous "levons / annullons / r?duisons ? n?ant / enlevons" le transfert, alors nous enlevons de la personne du m?decin seulement ces deux composants de l'acte sentimental.
Je n'arrive toujours pas ? saisir vraiment ce qui est contenu dans ce mot "aufheben" ... serait-ce pour signifier qu'il faudrait entendre ce signifiant avec cette sorte de grande souplesse qui permette d'y saisir quelque chose qui ?chappe aux mots que Freud l'a mis entre guillements ?
Aussi, je remarque le parall?le entre "la lev?e" du transfert et la deuxi?me partie o? j'ai traduit l'allemand par "alors nous enlevons seulement ces deux composants..." - d'abord, "aufheben" (lev?e) - puis, "l?sen" (enlever) qu'on pourrait aussi traduir par "d?solidariser", puisqu'ici, il s'agit en fait de "abl?sen" Les deux termes ... peuvent ... trouver une traduction relativement proche (lever et enlever).
Tout ? l'heure, j'ai tourn? la phrase dans ma t?te - maintenant, j'ai t?te qui tourne ! ... je vous laisse avec la lecture, puis je r?fl?chirai volontiers plus loin ? partir de vos commentaires. En tous les cas, c'est passionnant !
Katharina Felix
Juste encore un mot par rapport ? la traduction par "liquidation" : je n'ai volontairement pas employ? ce terme ici, pour essayer d'en mobiliser d'autres. Ceci dit, je l'entends assez bien dans ce contexte. C'est peut-?tre quand-m?me la meilleure traduction pour "aufheben". Je trouve qu'il exprime bien le ph?nom?ne que l? o? il y avait quelque chose (le transfert), d'un coup, cela s'?vanouit, cela dispara?t, n'y est plus. Lev?. Quant ? la note agressive (liquidation) : je ne la lis pas du tout dans ce texte de Freud, pas du tout dans le mot "aufheben".
Et pour compl?ter : "erledigen" peut comporter cette note agressive et signifier (au 2e degr?) tuer, casser, ?liminer. Mais cela n'a rien ? faire ici ;-)
Claire Charlot-Hoffman a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, je n'avais pas vu votre deuxi?me message et sa conclusion. Nous sommes d'accord. Freud choisit un vocabulaire offensif (erledigen) avec l'excitation, le conflit, mais pas avec la "liquidation", la "lev?e" (aufheben; aufl?sen) du transfert. Amicalement. Claire.
----- Original Message ----- From: "Liliane Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, March 14, 2008 8:07 AM Subject: Re: [Lutecium-group] "liquidation" du transfert
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Oui, Bonjour Claire, je voulais en effet savoir quel ?tait le terme allemand exact que Freud utilisait par rapport au transfert et dans chacune de ces occurrences :
Dans "La dynamique du transfert" p. 57 . Freud ?crit " Voici donc la solution de l'?nigme : le transfert sur la personne de l'analyste ne joue le r?le d'une r?sistance que dans la mesure o? il est un transfert n?gatif ou bien un transfert positif compos? d'?l?ments ?rotiques refoul?s. Lorsque nous "liquidons" le transfert en le rendant conscient nous ?cartons simplement de la personne du m?decin ces deux composantes de la relation affective".
Donc on voit bien l? ce que Freud met sous ce mot de liquidation mais c'est lui qui le met entre guillemets. Quand on met entre guillemets cela a un sens, le probl?me est de savoir lequel.
On comprend que le terme de liquidation a une certaine charge de violence car il s'agit pour Freud de lutter contre la r?sistance, puisque c'est elle qui fait obstacle ? l'?mergence du d?sir inconscient. Maintenant si on se d?place un peu du c?t? de ce que Lacan ?nonce qu'il n'y a de r?sistance que de l'analyste, qu''impliquerait alors cette "liquidation du transfert". On a beau dire, ces termes font un peu pugilat mais s'il ne s'agissait que de ma?triser l'image que l'analyste se fait de lui-m?me et qui l'emp?che d'entendre ce que lui raconte l'analysant".
J'aimerais bien, ch?re Claire, que vous regardiez de fa?on un peu plus pr?cise cette occurrence dans le texte de Freud. Je n'ai pas encore eu le temps de relire ce que Freud dit de cette m?me "liquidation" du transfert ? la fin de l'analyse. Il en parle dans son ?tude de la Gradiva de Jensen. Cela m?rite d'?tre repris parce que cela indique ce qu'il en est des liens maintenus ou non entre l'analyste et ses analysants. L? ce serait une vraie "liquidation" ? Amicalement. Liliane.
Il me semble quand m?me, de ce que vous m'en indiquez, que ce terme de liquidation n'est pas si offensif que cela n'implique pas une "extermination" :-)
----- Original Message ----- From: "Claire Charlot-Hoffman" <claire.hoffman at laposte.net> To: "Liliane Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr>; "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 13, 2008 10:26 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "liquidation" du transfert
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour Liliane, Je ne sais pas o? Freud parle de liquidation du transfert, mais le terme allemand est "die Erledigung", c'est un terme que Freud utilise tr?s souvent ( liquider une excitation, liquider un conflit n?vrotique par une formation de sympt?mes etc). Voici comment ce mot se d?compose et se transforme : die Erledigung
ledig c?libataire, libre de
sich entledigen se d?barrasser de
etwas erledigen exp?dier une affaire, en finir avec, r?gler un probl?me, liquider
Je n'arrive pas ? mettre la main sur mon dictionnaire, peut-?tre quelqu'un nous dira s'il y a aussi le sens de liquider quelqu'un.
A bient?t. Claire.
----- Original Message ----- From: "Liliane Fainsilber" <Liliane.Fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 13, 2008 2:29 PM Subject: [Lutecium-group] "liquidation" du transfert
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Est-ce que quelqu'un se rappelle o? Freud parle de liquidation du transfert. Est-ce qu'en allemand, le c?t? liquidien du terme tient toujours ainsi d'ailleurs que son ?vocation meurtri?re : celui-l? je vais le liquider !
J'aimerais bien le savoir car ?a ouvre quand m?me des horizons inattendus sur la question de la fin de l'analyse, par rapport ? l'analyste. Je sais bien que le "?j?ct? comme de la merde" jouit de la grande faveur des analystes, mais dans la r?alit? il me semble qu'il en va tout autrement.
Tout ?a c'est autour du mot liquidation mais je n'ai pas encore jet? un coup d'oeil dans mon Alain Rey. Bonne journ?e ? tous. Liliane Fainsilber le go?t de la psychanalyse : http://www.le-gout-de-la-psychanalyse.fr/ Le livre bleu de la psychanalyse : http://psychanalyse.canalblog.com/
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