Je pensais, ch?re Liliane, hier aux propri?t?s du langage lors de transactions et pour tout dire lors de transactions immobili?res. Dans la mesure o? le langage servant ? donner un sens au changement de propri?taire a ses limites - toute description d'un bien immobilier ne saurait ?tre compl?te et univoque - des agents viennent n?gocier la passation. Des gros sous sont ?galement gagn?s. Est-ce cette m?me limitation des possibilit?s du langage qui explique mon ?motion devant une belle fille, objet impossible ? saisir dans le filet des mots aussi fin soit-il ? Et cet objet d' amour que je ne pourrais avoir ne m' est plus accessible que par l' interm?diaire des mots qui eux m?me laissent bien au del? la beaut? de la fille. Si donc, je mets des mots sur cet indicible, j' exprime un certain savoir : je commence ? faire connaissance avec une belle inconnue. Est-ce le savoir ainsi mis ? jour qui fait l'idylle ? bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
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