[Lutecium-group] "le suicide du jeune Jérusalem" auquel Goethe s'était identifié.
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___
J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre." Le 6/03/07 17:46, ??liliane?? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane. http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther ----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre." Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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Merci, Liliane. C'est g?nial.J'ai d?vor? ce r?cit largement autobiographique, semble-t-il. Amicalement, Guy. Le 6/03/07 18:46, ??liliane?? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre."
Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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J'ai lu aussi po?sie et v?rit? qui est une autobiographie de Goethe. j'ai beaucoup aim? le d?but, le temps de son enfance, avec le r?cit que Freud reprend de son souvenir d'enfance, celui o? il avait all?grement jet? par la fen?tre une grande partie de la vaisselle familiale, mais apr?s quand il s'agit du r?cit de ses ?tudes cela m'a, en tout cas en ce qui me concerne, lass? et je l'ai abandonn? ? son sort, mais je vais peut-?tre pousser un peu plus loin, pour retrouver de ce qu'il dit dans cet ouvrage de cette p?riode avec Charlotte et Albert. Bonne soir?e. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 7:20 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci, Liliane. C'est g?nial.J'ai d?vor? ce r?cit largement autobiographique, semble-t-il. Amicalement, Guy. Le 6/03/07 18:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre."
Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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Barthes parle aussi beaucoup de "l'effet Werther" tout au long de "Fragments d'un Discours Amoureux". === BdF www.deflorence.com www.myspace.com/jackandbruno ===
Merci, BdF. Le 6/03/07 20:09, ??BdF?? <bdf at deflorence.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Barthes parle aussi beaucoup de "l'effet Werther" tout au long de "Fragments d'un Discours Amoureux". === BdF www.deflorence.com www.myspace.com/jackandbruno ===
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j'y cours, Bruno. Liliane. ----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 8:09 PM Subject: [Lutecium-group] Werther
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Les fragments d'un discours amoureux m'?voquent avec tristesse la mort de Jean Baudrillard,le fragment ?tait pour lui la partie d'un monde et un monde lui m?me sans lien avec quelconque assemblage,dans la perspective similaire,peut on parler de l'effet Werther mais plut?t d'une dimension de l'amour et amour lui m?me dans sa totalit?,dans l'imagination de la satisfaction unique de sa propre capacit? d'aimer. Claude Selon liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- j'y cours, Bruno. Liliane. ----- Original Message ----- From: "BdF" <bdf at deflorence.com> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 8:09 PM Subject: [Lutecium-group] Werther
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Bonsoir Liliane, Avez vous essay? "j?rusalem + goethe" par google, il semble que J?rusalem ?tait peintre; et que l'amour d??u ayant entrain? le suicide (c'est ? dire le rapport amour/mort) du jeune homme est alors peut-?tre ? l'origine de l'identification. Je pense notamment au texte de Lacan "le mythe individuel du n?vros? ou po?sie et v?rit? dans la n?vrose". A la fin de ce texte, Lacan parle de la mort comme quart ?l?ment et juste avant cela de l'ami venant constitu? le "quatuor mythique". Il est ?tonnant que parlant de Goethe dans ce texte, Lacan n'introduise pas le nom de ce J?rusalem, ce qui vient illustrer ? quel point l'auteur dans la construction litt?raire (autobiographique?) nous enseigne sur ce que le n?vros? met ? l'oeuvre et dont il t?moigne sur le divan. bien ? vous, Dominique Assor " archive.operainfo.org/broadcast/operaBackground.cgi?id=88&language=3 - 16k - " PS: Au sujet des ?crivains qui enseignent au psychanalystes, avez-vous lu "Bord de mer" de V?ronique Olmy: un bijou. Selon liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre."
Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
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Ce soir c'est Maupassant, France2. 20h50 iIl n'est pas ?tonnant que dans "l'Histoire de la psychanalyse" de Roudinesco est imagin? la rencontre qu'aurait pu faire Freud avec Maupassant tandis qu'ils suivent tous deux les pr?sentations de malades de Charcot. Plus tard c'est pierre Bayard, dans "La litt?rature appliqu?e ? la psychanalyse" qui imagine une sc?ne, qui sans doute r?pond ? celle de l'historienne, et met en fin de compte en ?vidence ce que disait Freud des hommes de lettres: "Nous travaillons sur le meme objet". Il y a comme une inqui?tante ?tranget? dans les rapports r?ciproques entre la psychanalyse et la litt?rature. Inqui?tante ?tranget? qui se dit dans la peur pour Freud de rencontrer son double, l'ex-m?decin devenu romancier, Schnitzler. Ce soir c'est Momo, Salutations _________________________________________________________________ D?couvrez le Blog heroic Fantaisy d'Eragon! http://eragon-heroic-fantasy.spaces.live.com/
En cours de psychopathologie ? l'universit?, mon meilleur prof- entendez celui que j'ai le plus appr?ci? - nous renvoyait constamment vers les romans et les films de cin?ma Et j'entendais :"Nous travaillons sur les m?mes objets". Une qu?te ? poursuivre. Merci pour ces rappels. Ch Le 6/03/07 21:43, ??harry haller?? <haller900 at hotmail.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Ce soir c'est Maupassant, France2. 20h50
iIl n'est pas ?tonnant que dans "l'Histoire de la psychanalyse" de Roudinesco est imagin? la rencontre qu'aurait pu faire Freud avec Maupassant tandis qu'ils suivent tous deux les pr?sentations de malades de Charcot. Plus tard c'est pierre Bayard, dans "La litt?rature appliqu?e ? la psychanalyse" qui imagine une sc?ne, qui sans doute r?pond ? celle de l'historienne, et met en fin de compte en ?vidence ce que disait Freud des hommes de lettres: " Il y a comme une inqui?tante ?tranget? dans les rapports r?ciproques entre la psychanalyse et la litt?rature. Inqui?tante ?tranget? qui se dit dans la peur pour Freud de rencontrer son double, l'ex-m?decin devenu romancier, Schnitzler. Ce soir c'est Momo, Salutations
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Merci Dominique, car j'avais totalement oubli? que Lacan en parlait dans le mythe individuel du n?vros?. Ces rapprochements entre litt?rature et psychanalyse sont toujours passionnants, avec le cin?ma ?galement - il n'y a qu'? penser ? tout ce que les films d'Almodovar ?veillent pour nous - mais ils sont aussi plein de risques ( ces rapprochements). Je me demande toujours, en ce qui me concerne, si j'en fais bon usage, c'est ? dire que je pars bien de la litt?rature pour y mettre ? la question la psychanalyse ou si je vais, si je puis dire ? contre-sens, pour ne pas dire en sens interdit, celui de la psychanalyse ? la litt?rature. Mais je suppose que c'est une question que chacun d'entre nous doit se poser. Dans ce passage du manuscrit N, Freud est l? sur le fil du rasoir, quand il parle de l'identification hyst?rique de Goethe ? ce jeune J?rusalem, mais il est vrai que ce qui l'int?resse c'est l'approche de cette identification hyst?rique au d?sir de l'Autre qui se manifeste par le m?me sympt?me, donc par ce suicide qu'il met dans son oeuvre, en mots, au lieu de le mettre en acte, ce qui fait qu'il en est prot?g?, de par les pouvoirs de son ?criture. Merci pour cette collaboration: co-?laboration. Bonne journ?e ? tous. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Dominique Assor" <domassor at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 9:36 PM Subject: Re: [Lutecium-group]"le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonsoir Liliane, Avez vous essay? "j?rusalem + goethe" par google, il semble que J?rusalem ?tait peintre; et que l'amour d??u ayant entrain? le suicide (c'est ? dire le rapport amour/mort) du jeune homme est alors peut-?tre ? l'origine de l'identification. Je pense notamment au texte de Lacan "le mythe individuel du n?vros? ou po?sie et v?rit? dans la n?vrose". A la fin de ce texte, Lacan parle de la mort comme quart ?l?ment et juste avant cela de l'ami venant constitu? le "quatuor mythique". Il est ?tonnant que parlant de Goethe dans ce texte, Lacan n'introduise pas le nom de ce J?rusalem, ce qui vient illustrer ? quel point l'auteur dans la construction litt?raire (autobiographique?) nous enseigne sur ce que le n?vros? met ? l'oeuvre et dont il t?moigne sur le divan. bien ? vous, Dominique Assor " archive.operainfo.org/broadcast/operaBackground.cgi?id=88&language=3 - 16k - " PS: Au sujet des ?crivains qui enseignent au psychanalystes, avez-vous lu "Bord de mer" de V?ronique Olmy: un bijou. Selon liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre."
Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
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Merci pour tous ces echanges!! Enfin je peux prendre plaisir ? les lire bonne journ?e ? tous. Sylvia ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 9:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group]"le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Dominique, car j'avais totalement oubli? que Lacan en parlait dans le mythe individuel du n?vros?. Ces rapprochements entre litt?rature et psychanalyse sont toujours passionnants, avec le cin?ma ?galement - il n'y a qu'? penser ? tout ce que les films d'Almodovar ?veillent pour nous - mais ils sont aussi plein de risques ( ces rapprochements). Je me demande toujours, en ce qui me concerne, si j'en fais bon usage, c'est ? dire que je pars bien de la litt?rature pour y mettre ? la question la psychanalyse ou si je vais, si je puis dire ? contre-sens, pour ne pas dire en sens interdit, celui de la psychanalyse ? la litt?rature. Mais je suppose que c'est une question que chacun d'entre nous doit se poser. Dans ce passage du manuscrit N, Freud est l? sur le fil du rasoir, quand il parle de l'identification hyst?rique de Goethe ? ce jeune J?rusalem, mais il est vrai que ce qui l'int?resse c'est l'approche de cette identification hyst?rique au d?sir de l'Autre qui se manifeste par le m?me sympt?me, donc par ce suicide qu'il met dans son oeuvre, en mots, au lieu de le mettre en acte, ce qui fait qu'il en est prot?g?, de par les pouvoirs de son ?criture. Merci pour cette collaboration: co-?laboration. Bonne journ?e ? tous. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Dominique Assor" <domassor at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 9:36 PM Subject: Re: [Lutecium-group]"le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonsoir Liliane, Avez vous essay? "j?rusalem + goethe" par google, il semble que J?rusalem ?tait peintre; et que l'amour d??u ayant entrain? le suicide (c'est ? dire le rapport amour/mort) du jeune homme est alors peut-?tre ? l'origine de l'identification. Je pense notamment au texte de Lacan "le mythe individuel du n?vros? ou po?sie et v?rit? dans la n?vrose". A la fin de ce texte, Lacan parle de la mort comme quart ?l?ment et juste avant cela de l'ami venant constitu? le "quatuor mythique". Il est ?tonnant que parlant de Goethe dans ce texte, Lacan n'introduise pas le nom de ce J?rusalem, ce qui vient illustrer ? quel point l'auteur dans la construction litt?raire (autobiographique?) nous enseigne sur ce que le n?vros? met ? l'oeuvre et dont il t?moigne sur le divan. bien ? vous, Dominique Assor " archive.operainfo.org/broadcast/operaBackground.cgi?id=88&language=3 - 16k - " PS: Au sujet des ?crivains qui enseignent au psychanalystes, avez-vous lu "Bord de mer" de V?ronique Olmy: un bijou. Selon liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- J'ai trouv? sur le site http://www.testamentdespoetes.be/nfo%20goethe.htm la mention de ce Jerusalem. Il s'agirait d'un jeune diplomate, suicid? au moment o? Goethe est pris lui-m?me dans la tourmente de son amour pour Charlotte Voici l'extrait. "Tout le roman donne l'impression d'avoir ?t? v?cu, car les personnages principaux ont ?t? emprunt?s ? la r?alit?. Lotte n'est autre que Charlotte Buff dont Goethe fut ?pris au cours du printemps et de l'?t? de 1772, pass?s ? Wetzlar ; Albert, c'est J.-G. Christian Kestner, son fianc? ; ils se mari?rent en 1773. Les lettres ? Lotte et ? Kestner, le Journal de Kestner, les longues confessions ?pistolaires adress?es par Goethe ? d'autres amis, constituent, pour l'?tude de ce que l'on pourrait nommer l'?l?ment " po?sie et v?rit? " de " Werther ", un ensemble de documents fort r?v?lateurs et peut-?tre uniques dans l'histoire litt?raire. Goethe retra?a, dans ce roman, son aventure amoureuse ? peine d?guis?e, depuis l'instant charmant o? naquit sa flamme jusqu'au moment dramatique de l'in?vitable et douloureuse s?paration. Et lorsqu'il se trouvait d?sormais loin de Weltzar, occup? ? la r?daction de son ouvrage, ce fut encore Kestner qui lui envoya le compte rendu du suicide du jeune diplomate Jerusalem (30 octobre 1772), qui sugg?ra au po?te le tragique d?nouement du livre."
Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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Dominique, Je vais commander ce "bord de mer". Pour les films, ? propos de ce qu'?crivais Chantal, je trouve qu'un film, un peu trop rude pour mon go?t, est quand m?me tout sp?cialement exemplaire pour d?montrer la fonction de supl?ance qu'exerce la sublimation par rapport ? la m?taphore paternelle : il s'appelle "Million Dollar Baby". En l'occurrence on d?couvre qu'on a les sublimations qu'on peut, est celle de la boxe est particuli?rment difficile, mieux vaut ?crire que boxer. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Dominique Assor" <domassor at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 9:36 PM Subject: Re: [Lutecium-group]"le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? . lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonsoir Liliane, Avez vous essay? "j?rusalem + goethe" par google, il semble que J?rusalem ?tait peintre; et que l'amour d??u ayant entrain? le suicide (c'est ? dire le rapport amour/mort) du jeune homme est alors peut-?tre ? l'origine de l'identification. Je pense notamment au texte de Lacan "le mythe individuel du n?vros? ou po?sie et v?rit? dans la n?vrose". A la fin de ce texte, Lacan parle de la mort comme quart ?l?ment et juste avant cela de l'ami venant constitu? le "quatuor mythique". Il est ?tonnant que parlant de Goethe dans ce texte, Lacan n'introduise pas le nom de ce J?rusalem, ce qui vient illustrer ? quel point l'auteur dans la construction litt?raire (autobiographique?) nous enseigne sur ce que le n?vros? met ? l'oeuvre et dont il t?moigne sur le divan. bien ? vous, Dominique Assor " archive.operainfo.org/broadcast/operaBackground.cgi?id=88&language=3 - 16k - " PS: Au sujet des ?crivains qui enseignent au psychanalystes, avez-vous lu "Bord de mer" de V?ronique Olmy: un bijou. Selon liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr>:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci Guy. J'ai trouv? aussi le texte de Goethe sur internet, comme je ne l'avais pas sous la main, c'est bien commode. Amicalement. Liliane.
http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Souffrances_du_jeune_Werther
----- Original Message ----- From: "Guy de Villers" <Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be> To: "Lutecium" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Tuesday, March 06, 2007 6:07 PM Subject: Re: [Lutecium-group] "le suicide du jeune J ? rusalem" auquel Goethe s' ? tait identifi ? .
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Le 6/03/07 17:46, ? liliane ? <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit :
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Bonjour ? tous, dans le manuscrit N, qui figure dans la correspondance de Freud ? Fliess ( Naissance de la psychanalyse) p. 184 Freud ?voque le fait que les cr?ations litt?raires sont comme des fantasmes hyst?riques et il prend comme exemple le c?l?bre roman de Goethe, les souffrances du jeune Wherter. Dans ce roman, il y a d'une part quelque chose de v?cu son aventure avec Charlotte et son fianc?, devant lequel il a d? s'effacer, mais Freud ?voque aussi une identification de type hyst?rique, celle qui correspond ? la troisi?me forme d'identification, identification par le sympt?me. Par cette identification, Freud raconte que Goethe s'?tait identifi? ? un philososophe qui s'?tait suicid? et qui a pour nom J?rusalem. J'ai regard? dans Google, mais la bible de J?rusalem accapare toutes les pages sans compter la ville? Quelqu'un en sait-il un peu plus sur ce "jeune J?rusalem" ? Amicalement. Liliane Fainsilber. __,_._,___ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
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Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) -------------------------------------------------------------------------------- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant -------------------------------------------------------------------------------- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
Merci ! Le 7/03/07 2:07, ??Jos? Luiz Caon?? <jlcaon at terra.com.br> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) -------------------------------------------------------------------------------- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant -------------------------------------------------------------------------------- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group --------------------------------------------------------------------------------------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.
Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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Je pensais, ch?re Liliane, hier aux propri?t?s du langage lors de transactions et pour tout dire lors de transactions immobili?res. Dans la mesure o? le langage servant ? donner un sens au changement de propri?taire a ses limites - toute description d'un bien immobilier ne saurait ?tre compl?te et univoque - des agents viennent n?gocier la passation. Des gros sous sont ?galement gagn?s. Est-ce cette m?me limitation des possibilit?s du langage qui explique mon ?motion devant une belle fille, objet impossible ? saisir dans le filet des mots aussi fin soit-il ? Et cet objet d' amour que je ne pourrais avoir ne m' est plus accessible que par l' interm?diaire des mots qui eux m?me laissent bien au del? la beaut? de la fille. Si donc, je mets des mots sur cet indicible, j' exprime un certain savoir : je commence ? faire connaissance avec une belle inconnue. Est-ce le savoir ainsi mis ? jour qui fait l'idylle ? bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
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-- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives
je crois, doux Jean-Fran?ois, que cette "belle fille" dont tu parles n'est qu'un signifiant d'un discours amoureux qui est le tien et vice-versa, et qui sera idyllique ou monstrueux selon tes/ses syntomes (fant?mes?)... et Liliane cette dimension qu'en g?n?ral se cache derri?re l'Amour (donc n'est pas per?ue) impliquerait alors cette fusion "sp?culaire" avec l'autre ?liminant ainsi la possibilit? de rencontre entre deux ?tres, ou, dans le cas d'un amour non correspondu ou non-idyllique, de s'appercevoir et appercevoir l'autre? ----- Original Message ----- From: "Jean-fran?ois Doucet" <jeanfd at ulrik.uio.no> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:55 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je pensais, ch?re Liliane, hier aux propri?t?s du langage lors de transactions et pour tout dire lors de transactions immobili?res. Dans la mesure o? le langage servant ? donner un sens au changement de propri?taire a ses limites - toute description d'un bien immobilier ne saurait ?tre compl?te et univoque - des agents viennent n?gocier la passation. Des gros sous sont ?galement gagn?s. Est-ce cette m?me limitation des possibilit?s du langage qui explique mon ?motion devant une belle fille, objet impossible ? saisir dans le filet des mots aussi fin soit-il ? Et cet objet d' amour que je ne pourrais avoir ne m' est plus accessible que par l' interm?diaire des mots qui eux m?me laissent bien au del? la beaut? de la fille. Si donc, je mets des mots sur cet indicible, j' exprime un certain savoir : je commence ? faire connaissance avec une belle inconnue. Est-ce le savoir ainsi mis ? jour qui fait l'idylle ? bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
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-- Jean-fran?ois Doucet Novum corpus : http://www.jf-doucet.com/ Web site : http://www.jf-doucet.com/approche/ Webgroup :http://fr.groups.yahoo.com/group/ideasy/ Weblog : http://www.20six.fr/Pensees-fugitives _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Cher Fran?ois, il me semble que ce qui fait Idylle, en plus des ?l?ments que vous venez de d?crire, c'est le fait qu'elle aussi, cette femme entre-aper?ue a son mot ? dire, et qu'au del? de ce mot, elle ne sait pas ce qu'elle veut vous dire, pas plus que vous. La formule de Lacan l'amour comme rencontre entre deux savoirs inconscients, dans Encore, ?voque, je pense cettte dimension d'ignorance de l'amour. C'est l? que g?t le d?sir de l'Autre. Enfin c'est comme ?a que je me rep?re, mais ce n'est jamais que mon rep?rage. Amicalement. Liliane. Le go?t de la psychanalyse : http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/ ----- Original Message ----- From: "Jean-fran?ois Doucet" <jeanfd at ulrik.uio.no> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 11:55 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je pensais, ch?re Liliane, hier aux propri?t?s du langage lors de transactions et pour tout dire lors de transactions immobili?res. Dans la mesure o? le langage servant ? donner un sens au changement de propri?taire a ses limites - toute description d'un bien immobilier ne saurait ?tre compl?te et univoque - des agents viennent n?gocier la passation. Des gros sous sont ?galement gagn?s. Est-ce cette m?me limitation des possibilit?s du langage qui explique mon ?motion devant une belle fille, objet impossible ? saisir dans le filet des mots aussi fin soit-il ? Et cet objet d' amour que je ne pourrais avoir ne m' est plus accessible que par l' interm?diaire des mots qui eux m?me laissent bien au del? la beaut? de la fille. Si donc, je mets des mots sur cet indicible, j' exprime un certain savoir : je commence ? faire connaissance avec une belle inconnue. Est-ce le savoir ainsi mis ? jour qui fait l'idylle ? bien cordialement Jean-francois Doucet
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
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Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" <psychanalyse at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils. Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens. Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase. L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul. Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur. A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir. Sven kika <mariadsouza at terra.com.br> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime... je crois pouvoir te donner un exemple: si j'avais dit ? MR quelque chose comme "MR sont les initiales de ton nom?"... je l'aurais peut-?tre "inviter" ? laisser son "plumage" de Psychanalyse... c'est un plumage, derri?re lequel il se cache, un d?guisement... mais en ne le disant pas ainsi je ne l'aurais pas ridicularis?, n'est-ce pas? mais, sven, serait-il moins ridicule ? mes yeux? et ma sinc?rit? invalide le contenu du texte, pourquoi, n'est-ce pas? en quelle mesure sommes-nous capables de supporter la sinc?rit?, ce que nous voyons dans le miroir que constituent les yeux, la bouche, les pens?es de l'autre... pourquoi c'est si dur ? supporter l'autre et ce qu'il a ? dire? peut-?tre attendons-nous d'?tre parfaits, merveilleux, d'avoir le dernier mot? c'est bien l'intol?rance, non? et on voit cela m?me entre les ?coles psychanalytiques... (c'est dommage que tu t'abstiennes de parler de l'amour, quoique il me semble que tu en parles) ----- Original Message ----- From: "sven noordman" <sevensone at yahoo.com> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, March 09, 2007 10:08 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils. Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens. Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase. L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul. Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur. A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir. Sven kika <mariadsouza at terra.com.br> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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Touche. Merci pour ta reponse. Merci pour le serieux de ta reponse. Enfin, pour reprendre une expression que l'on m'a adressee l'autre jour, merci d'exister. Sven. p.s.: Je n'ai pas d'accents sur mon clavier. kika <mariadsouza at terra.com.br> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime... je crois pouvoir te donner un exemple: si j'avais dit ? MR quelque chose comme "MR sont les initiales de ton nom?"... je l'aurais peut-?tre "inviter" ? laisser son "plumage" de Psychanalyse... c'est un plumage, derri?re lequel il se cache, un d?guisement... mais en ne le disant pas ainsi je ne l'aurais pas ridicularis?, n'est-ce pas? mais, sven, serait-il moins ridicule ? mes yeux? et ma sinc?rit? invalide le contenu du texte, pourquoi, n'est-ce pas? en quelle mesure sommes-nous capables de supporter la sinc?rit?, ce que nous voyons dans le miroir que constituent les yeux, la bouche, les pens?es de l'autre... pourquoi c'est si dur ? supporter l'autre et ce qu'il a ? dire? peut-?tre attendons-nous d'?tre parfaits, merveilleux, d'avoir le dernier mot? c'est bien l'intol?rance, non? et on voit cela m?me entre les ?coles psychanalytiques... (c'est dommage que tu t'abstiennes de parler de l'amour, quoique il me semble que tu en parles) ----- Original Message ----- From: "sven noordman" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Friday, March 09, 2007 10:08 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils. Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens. Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase. L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul. Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur. A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir. Sven kika wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte === message truncated === --------------------------------- Get your own web address. Have a HUGE year through Yahoo! Small Business.
(je lis "merci de r?sister"... ;) ----- Original Message ----- From: "sven noordman" <sevensone at yahoo.com> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, March 09, 2007 11:57 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Touche. Merci pour ta reponse. Merci pour le serieux de ta reponse. Enfin, pour reprendre une expression que l'on m'a adressee l'autre jour, merci d'exister. Sven. p.s.: Je n'ai pas d'accents sur mon clavier. kika <mariadsouza at terra.com.br> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime... je crois pouvoir te donner un exemple: si j'avais dit ? MR quelque chose comme "MR sont les initiales de ton nom?"... je l'aurais peut-?tre "inviter" ? laisser son "plumage" de Psychanalyse... c'est un plumage, derri?re lequel il se cache, un d?guisement... mais en ne le disant pas ainsi je ne l'aurais pas ridicularis?, n'est-ce pas? mais, sven, serait-il moins ridicule ? mes yeux? et ma sinc?rit? invalide le contenu du texte, pourquoi, n'est-ce pas? en quelle mesure sommes-nous capables de supporter la sinc?rit?, ce que nous voyons dans le miroir que constituent les yeux, la bouche, les pens?es de l'autre... pourquoi c'est si dur ? supporter l'autre et ce qu'il a ? dire? peut-?tre attendons-nous d'?tre parfaits, merveilleux, d'avoir le dernier mot? c'est bien l'intol?rance, non? et on voit cela m?me entre les ?coles psychanalytiques... (c'est dommage que tu t'abstiennes de parler de l'amour, quoique il me semble que tu en parles) ----- Original Message ----- From: "sven noordman" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Friday, March 09, 2007 10:08 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils. Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens. Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase. L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul. Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur. A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir. Sven kika wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte === message truncated === --------------------------------- Get your own web address. Have a HUGE year through Yahoo! Small Business. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
?a ne m'?tonne pas. EB Le 9/03/07 16:44, ??kika?? <mariadsouza at terra.com.br> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- (je lis "merci de r?sister"... ;)
bien sur, car tu dois savoir l'importance de r?sister... de r?sister ? la violence, ? l'aggr?ssion, ? la manque d'humilit?... r?sister pour pr?server son sourrire et sa capacit? d'aimer malgr? toutes les guerres, toutes les escroqueries, tous les mensonges... r?sister pour pouvoir s'?merveiller avec un coucher de soleil... ----- Original Message ----- From: "Emmanuel Bing" <bing at club-internet.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Friday, March 09, 2007 1:23 PM Subject: [Lutecium-group] Re : Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- ?a ne m'?tonne pas. EB Le 9/03/07 16:44, ? kika ? <mariadsouza at terra.com.br> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- (je lis "merci de r?sister"... ;)
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Eh oui! C'est formidable... toutes ces merveilles, que l'on ne voit pas (...souvent ) il est question d'amour depuis un certain temps sur le site. ?a fait du bien. Que la psychanalyse ait ? voir avec la r?sistance me semble ?vident et essentiel quant ? sa parent? avec l'ex-sistence, il n'y a qu'un pas. c'est fou ce que le fait d'exister ex-sister est parfois vital pour l'autre. ( J'ai pu remercier mon analyste dans ces termes , exactement, il y a de nombreuses ann?es! ) Danielle lecoanet
Test. Le 9/03/07 19:43, ??Danielle Lecoanet?? <d.lecoanet at club-internet.fr> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Eh oui! C'est formidable... toutes ces merveilles, que l'on ne voit pas (...souvent ) il est question d'amour depuis un certain temps sur le site. ?a fait du bien.
Que la psychanalyse ait ? voir avec la r?sistance me semble ?vident et essentiel quant ? sa parent? avec l'ex-sistence, il n'y a qu'un pas. c'est fou ce que le fait d'exister ex-sister est parfois vital pour l'autre. ( J'ai pu remercier mon analyste dans ces termes , exactement, il y a de nombreuses ann?es! )
Danielle lecoanet
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
envoy? ? 6 heures , VENDREDI MATIN . Hum ! ?a ne passe pas ?( 3?me essai) ; le robot est en Sunday close. Ne dit-on pas dans le langage courant "la maladie d'amour" ? Pour ?chapper ? ce qui ressemblerait ? un d?sastre, ne faut-il pas se vivre comme Sujet et non comme objet ? Dans une autre chanson : "sans amour, je ne suis rien ..." Mais encore, "De quel amour, mon coeur vous mour?tes, un jour !" J'aime relire et redire le cantique des cantiques de la Bible, qui me parle du d?sir mieux que quiconque. M?me s'il ?chappe ? ma possession. Ch. Le 9/03/07 14:08, ??sven noordman?? <sevensone at yahoo.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils.
Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens.
Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase.
L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul.
Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur.
A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir.
Sven
kika <mariadsouza at terra.com.br> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique.
----- Original Message ----- From: "Psychanalyse"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Nou? avec un sac de noeuds?
MR
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?.
Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde.
La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon.
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Quiconque parle mieux du desir que celui qui te l'addresse? Chantal Collet <collet.chantal at 9online.fr> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- envoy? ? 6 heures , VENDREDI MATIN . Hum ! ?a ne passe pas ?( 3?me essai) ; le robot est en Sunday close. Ne dit-on pas dans le langage courant "la maladie d'amour" ? Pour ?chapper ? ce qui ressemblerait ? un d?sastre, ne faut-il pas se vivre comme Sujet et non comme objet ? Dans une autre chanson : "sans amour, je ne suis rien ..." Mais encore, "De quel amour, mon coeur vous mour?tes, un jour !" J'aime relire et redire le cantique des cantiques de la Bible, qui me parle du d?sir mieux que quiconque. M?me s'il ?chappe ? ma possession. Ch. Le 9/03/07 14:08, ? sven noordman ? a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils.
Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens.
Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase.
L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul.
Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur.
A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir.
Sven
kika wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique.
----- Original Message ----- From: "Psychanalyse"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Nou? avec un sac de noeuds?
MR
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o?
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J'?tais absente ce week-end ... Je n'aurai pas le temps de regarder et rebondir sur la s?rie des courriels. Tant pis ! Ch. Le 10/03/07 9:53, ??sven noordman?? <sevensone at yahoo.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Quiconque parle mieux du desir que celui qui te l'addresse?
Chantal Collet <collet.chantal at 9online.fr> wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- envoy? ? 6 heures , VENDREDI MATIN . Hum ! ?a ne passe pas ?( 3?me essai) ; le robot est en Sunday close.
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Tant que nous en sommes pas en situation de face a face, nous parlons tous depuis certaines spheres ou planetes que nous pouvons decrire comme lunatiques, solaires ou mercuriales a souhait. Nous ne parlons pas de la meme facon, et partant, pas meme des memes choses. Il est clair que les concepts les plus intransigeants ont ete interpretes et assimiles par chacun a sa maniere, souvent afin de taire ses propres eceuils.
Tu dis que ce monsieur (mr) accapare la psychanalyse, c'est bien qu'il tente de faire main basse sur des richesses selon un angle impropre. Il veut rafler la mise selon les regles du poker alors que vous jouez au bridge. Cela semble incongru, voire ridicule comme tu dis. Mais n'est ce pas une des vertus de la psychanalyse de trouver dans ce genre d'evenement matiere a reflexion. Evidement, une fois que l'on a etablit un lien, je veux dire une notion de respect pour quelqu'un, on peut aller assez loin dans la recherche d'une justification et d'un sens.
Le probleme de la notion de ridicule est que nous le sommes tous a des degres divers et qu'il n'y a qu'une lettre de differance entre mepris et meprise. Oscar Wilde disait je crois que la validite du contenu d'un texte n'a rien a voir avec la sincerite de celui qui l'exprime, cela fait vingt ans et je ne sais toujours pas quoi penser de cette phrase.
L'autre aspect qui me parait problematique, est celui de cette richesse psychanalytique supposee accaparee. De mon point de vue, naivement aristotelicien, monsieur (mr) est libre d'utiliser le materiaux psychoanalytique comme bon lui semble, apres tout, j'ignore tout de ses dispositions et surtout, je ne sais pas comment elles evolueront. De plus, on a vu souvent des distortions apporter des fruits nouveaux. Evidement s'il pense avoir decouvert le Saint-Graal, on pourra lui retorquer qu'il n'est pas le seul.
Enfin, si la psychanalyse est une richesse, comme toutes les richesses, elle apporte son lot d'ennuis, de jalousie, d'incomprehension. Si tu as vu juste a propos de ce monsieur alors je le plains, car il manque de quelquechose et nous savons que l'argent brule les doigts des voleurs (sans parler de leur coeur), mais il me semble tout aussi probable qu'il y ait chez lui un trop plein, et ce qui est trop est fatalement un peu ambivalent lorsque ce n'est pas trop pur.
A propos de l'amour, je suis comme tout le monde, je crois que j'ai des choses a dire. Je crois cependant que je vais m'abstenir.
Sven
kika wrote: lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- je trouve ridicule que ton appropriation de la psychanalyse... et c'est de cette hauteur que tu parles, comme un lunatique.
----- Original Message ----- From: "Psychanalyse"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 5:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Nou? avec un sac de noeuds?
MR
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane.
----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait...
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non?
----- Original Message ----- From: "liliane"
To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz.
Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte.
Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane.
----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne"
Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001)
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Comment on a lanc? les livres cultes (I)
DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001
Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant
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Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ?
C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?.
L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier.
? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ?
Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ?
Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ?
Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ?
Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e.
Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?.
Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ?
Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o?
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oui, celle de la n?vrose. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Psychanalyse" <psychanalyse at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 9:25 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Nou? avec un sac de noeuds? MR ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 7:41 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Et bien ce serait bien dommage de perdre la dimension de l'idylle, car c'est ce qui donne son charme ? l'amour, mais de toute fa?on elle ne peut se perdre car l'imaginaire est in?liminable des relations entre les hommes et les femmes, pas plus que celle du symbolique et du r?el. Le sinthome c'est ce qui noue ne semble ces trois registres, mais il les noue sans que le sujet le sache, c'est sa part d'ignorance. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Thursday, March 08, 2007 1:02 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- mais ce serait toujours le sien, non? soit, ses synthomes ? elle, femme (ou homme dans une relation homosexuelle)... car ce qui m'a sembl? int?ressant chez Lacan c'est cette nouvelle vision, disons pragmatique, de cette institurion appel?e "amour" qui rel?verait non plus du domaine de l'idylle, mais de celui du synthome et le r?v?lerait... ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:09 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- y a de ?a, mais ce n'est vu pour l'instant que du c?t? de l'homme. La rencontre intersinthomatique implique qu'une femme y mette elle aussi du sien. Liliane. ----- Original Message ----- From: "kika" <mariadsouza at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 1:05 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Liliane, quand Lacan parle de l'Amour synthomatique c'est ? ?a qu'il se r?f?re, non? ----- Original Message ----- From: "liliane" <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 5:27 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" <jlcaon at terra.com.br> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) ---------------------------------------------------------------------------- ---- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant ---------------------------------------------------------------------------- ---- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ---------------------------------------------------------------------------- ----------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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...ou pire - si l'amour est une (la) reconnaissance de soi ? travers l'Autre, la logique du suicide issu de n'importe quel amour est indubitable... liliane <liliane.fainsilber at wanadoo.fr> a ?crit : lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Merci pour ce texte Jos?-Luiz. Voici un commentaire plein d'ironie avec cette remarque de Gide qui en est le joyau : il est vrai que Wherter est bien long ? mourir et on saute des pages en attendant. Mais quand m?me, je me pose la question de savoir quelle diff?rence il y a entre cette forme d'amour d?sesp?r? et celle de l'amour courtois. Ce dernier est impossible est conduit ? la c?l?bration de l'objet lointain, inaccessible, le second celui de Werther est tout aussi impossible, mais conduit non pas ? l'exaltation de cet amour, mais au point d'acm? de la haine, celui que Wherter porte ? Albert son rival, car c'est lui qu'il tue, au travers de lui, d'ailleurs c'est avec ses propres pistolets qui r?alise son acte. Je me demande, mais ce n'est qu'une id?e en passant, si avec ces deux formes d'amour tout aussi impossibles qui maintiennent l'objet d'amour ? distance, on ne peut pas qualifier ce qu'il en est des deux structures, celle de l'obsessionnel, par l'amour courtois, amour non moins doubl? de haine, mais ? l'?gard de l'objet lui-m?me, et celle de l'hyst?rique, ou c'est la haine de l'objet rival retourn?e contre soi-m?me qui triomphe avec la pente au suicide, celle qui en est la cause, la d?nomm?e Charlotte, passant en quelque sorte au second plan. Amicalement. Liliane. ----- Original Message ----- From: "Jos? Luiz Caon" To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" Sent: Wednesday, March 07, 2007 2:07 AM Subject: [Lutecium-group] Karl Wilhelm Jerusalem lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ceci est un journal ?lectronique infini, cosmopolite et ? la qu?te du sens France-Mail-Forum 24 (November 2001) -------------------------------------------------------------------------------- Comment on a lanc? les livres cultes (I) DIDIER JACOB 1774 : ? Les Souffrances du jeune Werther ? Le Nouvel Observateur,12.7. 2001 Goethe a 25 ans lorsqu'il ?crit, d'un seul jet, en deux mois, le premier grand chef-d'oeuvre et premier best-seller de la litt?rature allemande. Son roman d'amour d?clenche aussit?t une vague de suicides en Europe. On n'aimera jamais plus comme avant -------------------------------------------------------------------------------- Dans les rues, les champs, au milieu des conversations, dans les antichambres des princes, dans les cabarets sombres o? l'on monte ? l'?tage pour la fornication, ? l'?curie, ? l'office, au lavoir o? les jeunes garces donnent en chantant la fess?e au linge, dans les kermesses entre enfants rigolant, au march?, dans les jardins en fleurs, sous la lune o? les amoureux vont langoureusement, partout l'on ne parle que de ? Werther ?. C'est ? Leipzig, petite ville d'Allemagne, que ? Die Leiden des jungen Werthers ?, un mince anonyme de cent cinquante pages, para?t ? l'automne 1774. Aussit?t, la librairie de l'?diteur Weygand est prise d'assaut. On veut lire ; on veut savoir. On veut conna?tre les raisons. Pourquoi ce jeune Werther a-t-il autant souffert, pour quelle raison s'est-il finalement suicid? ? C'est le premier best-seller allemand, et l'acte de naissance, en Europe, de l'amour modern style - celui qui pince, qui tord, qui br?le et qui fait mal. Werther aime Charlotte, une jeune beaut? qui lui a frapp? l'oeil tandis qu'elle distribuait aux enfants de sa maison du pain pour le go?ter. Avec sa robe blanche orn?e de noeuds rose p?le, on aurait dit un ange v?tu comme un caniche. Le coeur de Werther se met ? soupirer, ? fermente ? sans trouver ? s'?panouir : la demoiselle est fianc?e. D?sesp?r?, le jeune homme se suicide. On voit tout le danger, pour l'?glise et les corps constitu?s, de cette apologie de la mort volontaire et des passions exacerb?es. La police, alert?e, interdit l'ouvrage. Mais il est trop tard. Le livre suscita ? une ivresse, une fi?vre, une extase qui d?ferla sur toute la terre habit?e ?, ?crit Thomas Mann. Ce fut, ajoute-t-il, ? comme l'?tincelle qui tombe dans un tonneau de poudre, o? en une brusque expansion une masse de forces, jusqu'alors tenues en laisse, se trouve lib?r?e ; le hasard voulut que le monde entier f?t pr?t pour ce petit livre ?. L'auteur ? Il n'y a pas deux mois, ce fils d'une m?re peuple et d'un aust?re rentier n'?tait qu'un ?tudiant en droit promis ? une carri?re judiciaire de provinciale importance. Goethe e?t ?pous?, au mieux, la fille du tapissier, s'il n'avait mis par ?crit les id?es du si?cle. Or voici maintenant que, pour le voir, on vient de Londres et de la Russie. Dans les rues, au th??tre, on se p?me devant lui. On ?touffe en le croisant, on veut de l'air, des sels, on s'?vanouit. On le reconna?t ? dix lieues, comme Madonna sur la sc?ne de Bercy. Car ce Lovelace porte les couleurs du h?ros qu'il a cr??, frac bleu, culotte jaune, bottes ? mi-mollet. La mode est lanc?e. Goethe ? Oui, Madonna habill?e par Jean-Paul Gaultier. ? Il scandalisait la cour, raconte Pietro Citati, par ses mani?res d'?tudiant de g?nie, ses tutoiements inopin?s, ses impr?cations, ses coups de cravache. [...] Il organisait des bals, des divertissements masqu?s, des repr?sentations th??trales, des promenades en montagne, des baignades dans les rivi?res, des chasses, de folles chevauch?es nocturnes ? travers les bois. ? Sous le charme du dandy, le duc Charles-Auguste fait ?clairer, la nuit, l'?tang gel? que son ch?teau surplombe. On r?veille la fanfare et l'orchestre de chambre. Musique ! Les doigts des musiciens, bleuis par la froidure, saignent sur l'archet, le fifre, la clarinette. On lance des sortes de fus?es au-dessus du lac dont la glace transpire. Goethe au prince : ? Patinons, mon prince. ? Un laquais porte ? Sa Majest? les chaussures ? glisse. Et Goethe, v?ritablement toqu?, ou feignant de l'?tre, se lance dans de p?rilleuses figures qui font l'admiration discr?te des oies en pelisse et des dindons ? particules. Une heure passe. On rentre au ch?teau. Allons, musique encore ! Menuet, danse, po?sie ! Goethe, qui n'a quitt? ni son entrain ni sa fourrure, d?clame en grelottant : ? Promenant autour de lui, raconte encore Citati, ses yeux noirs, resplendissants, d'Italien, il improvisait sur tous les tons et de toutes les mani?res : iambes, hexam?tres, Knittelverse ; po?mes lyriques, fables, ballades, satires et petites com?dies ; il r?pandait ses dons sur le public ?merveill?, comme s'il avait renvers? sur le monde un grand panier de fleurs. ? Goethe comprend que les petites baronnies d'Allemagne ont soif d'id?es neuves et de gentilshommes mal polis, d'oeuvres effervescentes ? jeter dans des cr?nes o? les cervelles s'ennuient. Ce n'est pas tant qu'on lise ? Werther ? - c'est qu'on ?prouve soudain la violence d'?tre en vie. D'o? cette ? furor Wertherinus ? (Lichtenberg) qui annonce les grandes op?rations de merchandising moderne, montre Pok?mon, T-shirt Harry Potter, calendrier Lara Croft pour vestiaires hommes uniquement. On porte beau et bleu, avec la culotte jaune. Parfum? ? l'eau de Werther, on d?ambule dans les rues ? des milliers d'exemplaires. On aime, on pleure, on en finit avec ses jours pour le grandiose de la chose. ? Werther, ?crit Mme de Sta?l non sans nostalgie, a caus? plus de suicides que la plus belle femme du monde. ? Ainsi l'amour, qui vit de p?querettes et d'eau fra?che, va devenir ? la mode. Au temps des moralistes, on en dissertait sous perruque ? l'abri des masses d'air. D?sormais, la pluie mouille les passions. Temp?tes, vents, brumes, clairs de lune ?clairent d'une lumi?re argent?e le rouge du bonheur et les l?vres de la f?licit?. Cette fi?vre gagne l'Europe, o? les traductions fleurissent. Napol?on lui-m?me a lu ? Werther ? six fois pendant sa campagne d'Egypte. Il conna?t le roman, dira Goethe, ? comme un juge d'instruction qui a ?tudi? son dossier ?. Les deux g?ants se rencontrent le 2 octobre 1808 : l'Empereur, qui prend son petit d?jeuner, parle lev?e d'imp?ts avec Daru. A sa gauche, Talleyrand. Soudain, Napol?on aper?oit Goethe vieillissant, et lui demande son ?ge. ? 60 ans ?, r?pond celui-ci. ? Vous ?tes bien conserv? ?, dit le premier. ? Apr?s diverses observations tout ? fait pertinentes, raconte Goethe, il mentionna un certain passage et dit : "Pourquoi avez-vous fait cela ? Ce n'est pas naturel." Ce qu'il d?montra longuement et de mani?re parfaitement juste. ? Le ? Werther ? de Goethe marque, en somme, l'entr?e de l'Allemagne dans le concert des nations. Car en 1774 le compteur du g?nie est, pour la litt?rature, ? z?ro dans ce pays. C'est le temps o? Voltaire ?carquille le jugement, o? Diderot invente, dans ? le Neveu de Rameau ?, rien de moins que l'art du sc?nario. Rousseau, lui, donne au coeur humain le sentiment du paysage. Et l'Allemagne ? Le pays est encore une mani?re de Timor-Oriental, tout iris? de dialectes qui ne s'entendent qu'? cinq lieues ? la ronde. Cinquante ans plus tard, Goethe a renvers? la tendance, et les grands romantiques n'auront pas de mots assez doux pour saluer le g?nie de ce g?ant de l'amour. Ainsi Lamartine, au sujet de ? Werther ? : ? Je me souviens de l'avoir lu et relu dans ma premi?re jeunesse. Les impressions que ces lectures ont faites sur moi ne se sont jamais effac?es ni refroidies. La m?lancolie des grandes passions s'est inocul?e en moi par ce livre. J'ai touch? ainsi au fond de l'ab?me humain. Il faut avoir dix ?mes pour s'emparer ainsi de celle de tout un si?cle. ? Que s'est-il donc pass?, dans ces ann?es qui marqu?rent le triomphe du Sturm und Drang - du ? vague des passions ? ? Une sorte de guerre commerciale, au fond, entre pr?tendants au titre de premier des romantiques. Ainsi Chateaubriand se d?p?che d'enfoncer, avec ? Ren? ?, qu'il publie en 1802, la porte ouverte de ? Werther ?. Goethe, du coup, l'accuse de plagiat, mais en masquant la vraie nature de son ressentiment : ? Chateaubriand, dit-il en 1829 ? David d'Angers, n'est que le continuateur de Bernardin de Saint-Pierre. ? Fran?ois-Ren? r?pond par retour, dans les ? M?moires d'outre-tombe ?, et minimise l'influence de son rival, qu'il traite de ? vieille poussi?re ?. Il faudra les grands d'Allemagne pour r?viser son jugement. Apr?s la d?faite nazie, Thomas Mann puise ainsi espoir dans l'ombre indiscutable : ce ? Voltaire allemand ?, ?crit-il, ce ? chef spirituel de l'Europe ?, cet ? ?cusson ?, ce ? palladium de l'humanit? ?, cet ? Allemand au plus haut point, v?ritable explosion de germanit? ?, est pour lui l'embl?me de la dignit? retrouv?e. Le voici donc, le bon g?nie de l'Allemagne : arri?re-petit-fils d'un mar?chal-ferrant, petit-fils d'un tailleur pour dames, Goethe na?t ? Francfort, perd sa soeur aim?e, sent pencher son coeur vers les filles au teint nacr?. Etudiant en droit, il fait ses classes ? Leipzig et ? Strasbourg o? il courtise, avant de la n?gliger, Fr?d?rique Brion, une jeune fille promue ? astre charmant sur le ciel champ?tre ?. Le 9 juin 1772, il est amoureux de Charlotte - la future du livre. Le 13 ao?t, ils ?changent un baiser. Mais Lotte est d?j? fianc?e. Goethe se d?sesp?re, lui envoie des adieux enflamm?s : ? Mon bagage est boucl?, Lotte, le jour va poindre. Encore un quart d'heure et je serai parti. Adieu, mille fois adieu ! ? Reste le suicide sur le g?teau : le 30 octobre 1772, Karl Wilhelm Jerusalem, un vieil ami de Leipzig, se tire par d?pit une balle dans la t?te. Goethe fait d'une pierre deux coups, m?le sa propre histoire au d?sespoir de l'amoureux ?conduit. Pendant deux mois, il ?crit sans rel?che, ?tablissant un record de c?l?rit? que seul Rilke battra, en exp?diant en trois semaines les ? El?gies de Duino ? et les ? Sonnets ? Orph?e ?. Ainsi donc Werther vit. Mais meurt aussit?t, et n'en finit pas de mourir : c'est que le h?ros pleurniche sans fin, dans un acc?s de sentimentalit? un peu tarte qui rend l'oeuvre ?puisante aujourd'hui, et fera dire ? Gide, reprenant le livre aux premiers mois de l'Occupation : ? J'ach?ve de relire "Werther", non sans irritation. J'avais oubli? qu'il mettait tant de temps ? mourir. Cela n'en finit pas, et l'on voudrait enfin le pousser par les ?paules. ? Apr?s avoir mouill? tout un lot de mouchoirs, Goethe conclut pourtant l'affaire, dans un extraordinaire final o? l'?motion, la tristesse, la surprise semblent vouloir signer, d'un trait rageur, et ? trois mains, au bas de l'ouvrage : ? Il mourut ? midi. La pr?sence du bailli et les mesures qu'il prit pr?vinrent un attroupement. Il le fit enterrer de nuit, vers les onze heures, dans l'endroit qu'il s'?tait choisi. Le vieillard et ses fils suivirent le convoi. Albert n'en avait pas la force. On craignit pour la vie de Charlotte. Des journaliers le port?rent ; aucun eccl?siastique ne l'accompagna. ? Goethe exp?die sa d?claration des droits de l'homme et du citoyen romantiques chez Weygand, ? Leipzig. Il envoie aussi l'objet ? Lotte, qui se froisse de voir son nom et sa figure entrer sans permission au Who's Who des grandes h?ro?nes romanesques. Son mari, Kestner, proteste ?galement. C'est que Goethe lui a, de la sorte, vol? sa femme en lui faisant cet enfant. D'o? peut-?tre cette fr?n?sie de procr?ation qui occupe le couple alors : Lotte sera dans sa vie douze fois enceinte de Kestner. Qu'importe ? Goethe, dont la vie s'enrichit maintenant d'incessantes conqu?tes : une laiti?re, ou bien une comtesse. Au fond, l'auteur de ? Faust ? pr?f?re l'amour aux femmes, dont il aimerait faire des saintes, pour s'en passer. ? Depuis quelque temps, ?crit-il ? l'une d'elles, je vous vois comme la Madone qui monte au ciel. En vain celui qu'elle laisse en arri?re tend les bras vers elle, en vain il voudrait, de son regard obscurci de larmes, attirer une derni?re fois vers la terre le regard de celle qui s'en va, tout environn?e de splendeur, et n'a de d?sir que pour la couronne qui plane au-dessus de sa t?te. ? Goethe, ou le saint ampoul?. Sur le tard, l'ex-dandy finit par ?pouser une demoiselle Vulpius, dont les principales ?paisseurs n'incitent pas, du reste, au commerce charnel : les Schiller parlent d'elle comme de ? l'?paisse moiti? ? du po?te, et Bettina Brentano la qualifie de ? boudin idiot ?. On est loin du premier Goethe, qui ne v?n?rait rien tant que le corps artistique des femmes. Mais il est d?sormais tout entier ? son oeuvre : ? J'ai eu hier, ?crit Goethe en 1777, une journ?e extraordinaire : apr?s d?ner, j'ai mis par hasard la main sur "Werther" et tout m'en ?tait nouveau et ?tranger. Je suis sorti ? cheval, la nuit. Adieu. ? Sc?ne magnifique, o? l'on voit, sous la froideur, sourdre une nouvelle exaltation : c'est la fuite vers les masses sombres, et l'adieu lanc? ? ses fr?res les vivants. Goethe, d?sormais, n'est plus ici-bas. Il est avec Dieu, quelque part dans la noirceur du monde. La semaine prochaine : l'? Encyclop?die ?, par Jacques Drillon. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group --------------------------------------------------------------------------------------- Orange vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. 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