Je reconnais volontiers que ce que je d?fends est un positionnement. Ce positionnement va ? l'encontre d'un autre positonnement, celui que proposait votre lien, et qui consiste ? ne consid?rer la musique que d'un point de vue scientiste. C'est un d?bat qui en rappelle d'autres, n'est-ce pas ? C'est toute la richesse de ce paradigme de l'expressivit? musicale. Cela ?tant, je ne rejette pas le point de vue scientifique. Je fais ce qu'il se refuse de reconna?tre faisable pour lui-m?me : je l'interpr?te. Le point de vue scientifique a par exemple permis d'?tablir ce qu'est une gamme de do dans la nature, c'est-?-dire d'?tablir de quelles harmoniques r?sonne un objet lorsque je le fais tomber par terre. Il se trouve que la gamme naturelle de do est riche de 7 intervalles. En musique temp?r?e, il n'en reste plus qu'un : le demi-ton. La gamme de do est donc fausse. Tout autant que le sont bien des transpositions dans ce m?me *syst?me* artificiel de la musique temp?r?e. Par exemple, il n'y a aucune correspondance possible dans les gammes naturelles entre une gamme de fa et une gamme de do. Tout simplement, il n'y a pas de fa dans la gamme naturelle de do... Tout cela pour dire quoi ? Pour dire la richesse oubli?e des modalit?s et leur r?duction ? deux modes (mineur, majeur) dans la musique temp?r?e. Pour dire que ce qui se perd l? dedans, c'est l'expressivit? des affects. Qui est aussi une perte de la diversit? des structures, et une perte du fait qu'elles ne se correspondent pas, qu'elles ne s'imbriquent pas, qu'il n'y a que des bouts de structures, des modes, qui ne font pas un syst?me, qui ne sont pas math?matisables en un seul syst?me. Il y a *des* structures, pas une structure. -- Catherine ----- Original Message ----- From: Psychanalyse To: Catherine Grandjean ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, January 26, 2006 11:26 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Psychanalyse et musicalit? Bonjour, Il n'est pas inutile de rappeler que la musique est "l'art des Muses", donc un art en soi, l'art des sons repr?sent? par l'une des neuf d?esses pr?sidant aux arts lib?raux dans la mythologie grecque (Euterpe), les autres ?tant Clio (histoire), Calliope (?loquence, po?sie h?ro?que), Melpom?ne (trag?die), Thalie (com?die), Euterpe (musique), Terpsichore (danse), ?rato (?l?gie), Polymnie (lyrisme), Uranie (astronomie). Donner une d?finition de l'art est d?j? une gageure quasi impossible ? tenir car il n'y a pas de consensus pas universellement admis. Les go?ts et les couleurs... Il s'ensuit que parler de musique comme d'un affect (la musique est l'affect) est un positionnement id?ologique ou esth?tique (je veux dire par l? qu'il est aussi d?fendable de dire que la musique est un langage ou qu'elle n'est pas un langage). Bref, on pourrait se placer sur le plan du ph?nom?ne vibratoire de fr?quence d?termin?e ou d'une succession de sons. Elle est sans doute tout cela en m?me temps et l'affubler d'une seule fonction, d'une seule qualit?, d'un seul qualificatif est d?j? la r?duire ? la d?finition d'un signifiant univoque, mais il n'est pas anodin de remarquer que les neuf Muses sont neuf femmes... et que tout le monde n'ayant pas l'oreille musicale ni la sensibilit? d'Euterpe, il arrive que l'on entende pas tous la m?me chose. P.S. : psychanalyse at wanadoo.fr est mon adresse ?lectronique professionnelle. MR ----- Original Message ----- From: Catherine Grandjean To: Psychanalyse ; Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Thursday, January 26, 2006 10:09 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Psychanalyse et musicalit? Je sors compl?tement de son contexte une citation de De M'Uzan, tir? d'un article intitul? "Interpr?ter, pour qui, pourquoi ?", paru dans La bouche de l'inconscient. "L'interpr?tation serait-elle tellement dangereuse ? Parfois sans doute, quand elle n'est pas ma?tris?e. Mais ? l'oppos?, il serait tout ? fait f?cheux qu'elle f?t totalement frapp?e de st?rilit?, *ce ? quoi l'expose la structure m?me de sa formulation*. Son ?nonciation, dans un langage souvent tr?s secondaris?, *entrave en effet la saisie authentique de son message*." (p.72) (c'est moi qui souligne). Cette citation est tr?s int?ressante pour notre propos. On y retrouve une bi-polarit?. Que dit cette citation ? D'abord, qu'il faut de la ma?trise. Mais que cette ma?trise peut conduire ? la st?rilit?, et ce, en raison m?me de sa structure. Il faut donc autre chose. Quoi ? Quelque chose du c?t? de l'authentique. Pr?cis?ment, la musique est du c?t? de l'authentique. La musique ne repr?sente pas. Elle *est* l'affect. Dans le langage verbal, je n'ai pas besoin qu'une table soit l? pour pouvoir en parler. En musique, la musique est ce dont elle parle, elle est l'affect qu'elle produit. C'est en quoi faire de la musique n?cessite un engagement de l'?tre, et notamment du corps. Ce que nous montre cette citation, c'est l'autre face de Janus, l'autre face de la linguistique (la ma?trise n?cessaire) et cette autre face, c'est l'engagement authentique de l'expressivit? de celui qui parle. Sa musique. Faute de quoi l'?nonciation est st?rile. Ce paradigme de l'expressivit? musicale va loin. PS : c'est quoi cette liste psychanalyse at wanadoo.fr ? Qui en est le propri?taire ? -- Catherine --------------------------------------------------------------------------------------- Wanadoo vous informe que cet e-mail a ete controle par l'anti-virus mail. Aucun virus connu a ce jour par nos services n'a ete detecte.