Bonjour ? tous, j'ai continu? ? travailler cette question de l'agressivit? dans la psychanalyse et son extension dans le champ social. C'est toujours le m?me petit bouquin d'Alexander et Staub qui m'a inspir? ces quelques r?flexions. Amicalement. Liliane. Les motivations inconscientes du criminel, du d?linquant? et de ses juges Parmi le bouquet des trois textes que Lacan a consacr? ? la question de l?agressivit? en psychanalyse et son extension dans le champ social, textes qui datent des ann?es 1948, l?un d?eux a pour titre ? fonction de la psychanalyse en criminologie ?. Dans ce texte, il fait r?f?rence ? des ouvrages ?crits par des analystes contemporains de Freud. Il cite en effet Auguste Aichhorn, qui s?est occup? des questions de la d?linquance des jeunes, avec une approche analytique, Kate Friedlander qui a ?tudi? ce qu?elle appelle les ? personnalit?s n?vropathiques ? mais ?voque surtout un ouvrage paru en 1928, ?crit par Alexander et Staub qui a pour titre ? Le criminel et ses juges ?. L?originalit? de leur d?marche est de mesurer ? l?aune des motivations inconscientes qui sont les m?mes, ? la fois les criminels et leurs juges. De ces motivations nous en retrouvons trace dans l?histoire de l?Homme aux rats. Il ?tait en effet docteur en droit et apr?s avoir termin? ses ?tudes avait trouv? du travail. Or, parmi toutes ses obsessions, il ?tait souvent oblig? de demander ? son ami, s?il pensait qu?il ?tait un grand criminel et avait ? chaque fois besoin d??tre rassur? par lui. Freud souligne que ces obsessions augmentaient en intensit? et en nombre lorsqu?il s?occupait de droit p?nal, c'est-?-dire de cette partie du droit qui concerne l??valuation des peines en fonction des crimes et des d?lits. Ainsi au moment o? ils s?interrogent sur le sens des aveux d?un criminel et sur le fait qu?il ne peut que se contredire en raison de la surd?termination de tout acte, y compris de tout acte criminel, Alexander et Staub franchissent r?solument la barri?re qui s?pare en principe le criminel de ses juges, et commencent ? s?int?resser donc aux motivations inconscientes qui pr?sident au choix de leur carri?re, de leur m?tier. Ce sont des faits connus, mais il n?est pas inutile de les rappeler, de les reformuler. ? La psychanalyse, ?crivent ces auteurs, montre qu?on peut en m?me temps consciemment aimer et inconsciemment ha?r le m?me ?tre et vice-versa. On tue donc ? la fois par haine et par amour? Et la m?me surd?termination vaut autant pour les aspirations criminelles que pour les actions socialement reconnues. Le sadique colonial a, pour rationaliser vaguement l??panouissement de sa cruaut?, la t?che d??duquer, par une s?v?re discipline, les sauvages en hommes sociaux. Ainsi, il est vrai que, dans d?autres proportions, on trouve les deux tendances oppos?es, la volont? sociale consciente d??duquer et le cruel instinct de domination qui agit chez tous les ?ducateurs ?. Plus loin il rajoute ? le psychanalyste sait trop bien que, dans des professions socialement tr?s importantes et consid?r?es, comme celle de chirurgien ou de procureur de la r?publique, une composante sadique domestiqu?e joue un r?le important et peut souvent avoir ?t? d?cisive dans le choix de la profession. ? S?il en est ainsi, pour ces professions, qu?en est-il du choix du m?tier de psychanalyste ? C?est la raison pour laquelle une longue analyse est n?cessaire pour que ces motivations inconscientes qui ont pr?sid? ? ce choix aient ?t? explor?es et mises ? jour. Le chemin accompli se mesure ? la distance qu?il y a entre ces deux formulations, celle du d?sir de devenir ou d??tre psychanalyste et ce que Lacan a appel? ? d?sir du psychanalyste ?, c?est ce d?sir-l? qui est mis en jeu dans chaque analyse entreprise, avec chacun des analysants. Mais ? chaque fois entre ces deux termes - ? d?sir d??tre analyste ? et ? d?sir du psychanalyste ?- sont mis ? l??preuve et, seul le dernier, devrait pouvoir emporter la partie avec ce ? du ? qui indique que l?analyste a abandonn? son narcissisme pour pouvoir occuper cette place du psychanalyste, au c?ur de ce que revit, dans le transfert, l?analysant.