Nous assistons, dans le paysage actuel de la clinique, ? un retour vers une notion r?ductrice du sympt?me. Identifi? ? la manifestation d?un dysfonctionnement organique ou ? un traitement erron? de l?information, la politique pr?n?e ? son ?gard est celle de sa dissolution rapide, qui laisse le sujet amput? de sa responsabilit?. Il s?agira d?examiner par quelles voies la pratique analytique au CPCT, quelle que soit la diversit? des demandes qui, souvent dans l?urgence, s?y font entendre, cherche ? rendre au sympt?me sa dignit?. ************** Beau, la dignit? du symptome. Nous sommes convoqu?s aujourd?hui autour du sujet choisi pour ce rendez-vous de formation du CPCT sur ? La perspective du sympt?me ?. On sait depuis Freud que les sympt?mes ont un sens. Ce fut le premier pas de la d?couverte freudienne. Le sens du sympt?me, der Sinn, est ignor? du sujet lui-m?me. La rencontre avec un analyste ouvre vers la supposition de ce que le sympt?me veut dire. Cette supposition porte sur la supposition d?un savoir qui ?chappe au sujet. Le principe de supposition fait valoir un x ?nigmatique ? la place du savoir et fonde l?hypoth?se du Sujet suppos? savoir, au principe du transfert. D?s lors que l?exp?rience d?une analyse s?engage, le patient se met ? la t?che de lire, voire de d?chiffrer son sympt?me. Ce travail produit comme cons?quence une mise au jour du message du sympt?me, dont le solde comporte des effets de v?rit? par o? il s?av?re que la v?rit? parle ? travers les sympt?mes. Une des cons?quences du travail analysant comporte un gain de savoir, un savoir qui s?en ?labore et signe dans le changement du discours le passage du savoir suppos? vers le savoir expos?. Des effets th?rapeutiques viennent, parfois, donner raison du bien fond? de ce travail. Or, souvent, malgr? la justesse du d?chiffrage, le sympt?me insiste. Cet obstacle amena Freud ? ?lucider un autre versant du sympt?me. Il aboutit ainsi ? la conclusion que la souffrance du sympt?me comportait en m?me temps une satisfaction. Que l?on puisse se satisfaire dans la souffrance, que l?on ruine sa vie ? cause d?une obscure satisfaction, ne semble pas ais?ment admissible. Et pourtant, c?est ce qu?une analyse met au jour. De sorte que le travail d?analyse comporte d??lucider la satisfaction pulsionnelle qui se joue dans le sympt?me, selon les termes ?labor?s par Freud. Lacan introduira le concept de jouissance pour donner raison de cette dimension o? se joue une satisfaction ruineuse pour le sujet. Celui qui s?engage dans la voie d? une analyse, l?analysant, est celui qui a le courage de se confronter ? cette zone intime et exclue, extime, de sa propre jouissance. En cons?quence le registre classique d?une analyse est celui d??tre une exp?rience d??lucidation. Son premier pas, essentiel, est celui du rep?rage du sympt?me au-del? de la plainte du sujet. C?est autour de l?axe du sympt?me que l?exp?rience d?une analyse tourne : on tourne autour, c?est un tournage en rond orient? par le sympt?me. Le tournage en rond suppose un d?sir de d?chiffrage et comporte la mise en relation du signifiant-ma?tre, du S1, isol? des dits du sujet, avec un autre signifiant, S2, que Lacan appelle le signifiant du savoir. L?articulation soutient le dispositif d? une analyse dont le principe est celui de la libre association. Cette articulation fonde les bases de ce que Jacques-Alain Miller distingue ? titre d?inconscient transf?rentiel. Le signifiant S2, d?apr?s Lacan, est double, car il comporte la duplicit? du symbole et du sympt?me. Le sympt?me analytique, au sens freudien, met en jeu le symbolique, et produit des effets dans le r?el. Un sympt?me est un effet qui se situe dans le champ du r?el et condense ce qui ne marche pas. Le sympt?me analytique est accroch? au langage, il affecte le corps et produit un effet de ratage qui se projette au niveau du r?el. Pour cela, Lacan a con?u le sympt?me comme ?tant un quatri?me ?l?ment qui fait noeud entre trois registres homog?nes qu?il distingue : le corps r?pondant de l? Imaginaire, le langage comme Symbolique et le R?el comme impossible, hors sens et sans loi. Le sympt?me en assure la fonction de nouage et r?pond ainsi ? ce qu?il y a de plus singulier pour chaque sujet. Ainsi, le sympt?me vient-il faire objection au ? tous ? de l?universel, mettant en jeu la mani?re unique par laquelle chaque sujet fait tenir ensemble le r?el, le symbolique et l? imaginaire. La consultation au CPCT : une cartographie du sympt?me au service d?un calcul strat?gique Le champ dans lequel nous op?rons au CPCT est celui de la psychanalyse appliqu?e ? la th?rapeutique, l? o? la psychanalyse pure est n?cessaire ? la formation de l?analyste. Disons que leur champ est le m?me, le traitement du sympt?me. Leur proc?d? est identique : pour les deux la rencontre avec un analyste est n?cessaire. Dans les deux cas, que ce soit dans psychanalyse pure ou psychanalyse appliqu?e, l?analysant parle et l?analyste, disposant de l?acte analytique, traite la parole de l?analysant comme ?tant un texte ? lire ou ? ponctuer. Il y a entre ces deux champs, psychanalyse pure et psychanalyse appliqu?e, une homog?n?it? assur?e par le sympt?me. N?anmoins la diff?rence radicale entre l?une et l?autre tient ? leur but. Ce ? quoi pr?tend la psychanalyse appliqu?e c?est aux effets th?rapeutiques, tandis que la psychanalyse pure vise un au-del? des effets th?rapeutiques, elle vise le passage de l?analys? ? l?analyste. Revenons ? la psychanalyse appliqu?e. Elle ne peut ?tre pratiqu?e que par un analyste ayant travers? lui-m?me l?exp?rience d?une analyse. La pratique au CPCT trouve son cadre dans le domaine de la psychanalyse appliqu?e. De plus, cette pratique se propose d?obtenir des effets th?rapeutiques rapides. Or, se servir de la psychanalyse pour obtenir des effets th?rapeutiques rapides suppose par ailleurs que l?on dispose d?une formation th?orique et clinique assez pouss?e. En effet, pour trouver le point d?application de la th?orie ? bon escient, il est n?cessaire que le praticien puisse mettre au profit de son orientation un essaim de concepts, seule condition pour ne pas errer. Ainsi, au CPCT, notre offre est tr?s claire. Nous proposons ? quiconque voulant rencontrer un psychanalyste de prendre un rendez-vous. La gratuit? est ? l?oeuvre. Or, ce n?est pas pour autant qu?on brade les concepts de la psychanalyse, ou qu?on c?de sur ses principes. D?s lors qu?un sujet est re?u, il passe des entretiens d?admission destin?s ? permettre d??tablir si le dispositif propos? par le Centre est adapt? ? sa probl?matique. Ce premier moment consiste ? cerner par le menu les coordonn?es du sympt?me qu?il pr?sente, afin de rep?rer si sa structure rel?ve de la n?vrose, de la psychose ou de la perversion. Parvenir ? ?tablir une sorte de cartographie ou de ? radiographie ? du sympt?me est essentiel pour inclure dans le protocole d?admission le calcul d?une strat?gie de traitement. On sait tr?s bien que l?on ne s?y prend pas de la m?me mani?re selon que les sympt?mes se pr?tent au d?chiffrage par la parole, comme dans les n?vroses, o? le sympt?me fait cercle avec le symbolique et l?o? on peut mettre ? profit ? l?inconscient transf?rentiel ?, qui se soutient de l? hypoth?se du sujet suppos? savoir appelant au secours le binaire S1-S2 articul? dans le discours. On a alors affaire ? une lecture de l? inconscient, corr?lative d?une nouvelle version de son l?histoire par l? analysant, ? un texte qui s??crit. On peut ainsi se servir du signifiant S1, le signifiant-ma?tre, pour produire une ? hystorisation ?. Soit, d?autre part, on doit agir sans l?appui du sympt?me, parce quelque chose fait d?faut au niveau de l?inscription de l?autre signifiant, du S2, ? cause de la forclusion, comme c?est le cas dans les psychoses. Dans ce cas, on est en pr?sence d?une mise ? ciel ouvert du trou du symbolique, l? o? la n?vrose sert ? recouvrir le trou qui caract?rise ce registre par une ?lucubration de savoir, propre ? l?inconscient. S?agissant des psychoses, la parole est instrument, mais n?est pas destin?e au d?chiffrage. Il ne faut pas pousser le sujet au d?chiffrage. Cela est valable non seulement pour les psychoses d?clench?es, mais ?galement pour les psychoses ordinaires, qui pr?tent ? confusion avec la n?vrose. Dans les deux cas, le sympt?me ne se d?chiffre pas. Trouver ? s?orienter sur la nature du sympt?me implique de se faire une id?e sur le noyau de souffrance en jeu, aussi bien que sur la nature de l? angoisse et du possible cort?ge d?inhibitions dont le sujet se plaint. Ainsi, nous pouvons faire un calcul raisonn? de ce qui, relevant de la jouissance du sympt?me et causant la souffrance du sujet, peut-?tre trait? de fa?on prioritaire. Si nous donnons notre accord au sujet pour qu?il suive un traitement au CPCT, nous lui proposons alors de travailler au cours de quatre mois, tel ou tel point. Sur ce point, nous lui proposons une hypoth?se de travail, voire une sorte de construction, qui consiste d?j? dans une lecture, issue des propos qu?il a ?nonc?s devant nous. Cette lecture ouvrirait vers un d?roulement ult?rieur. Par ailleurs, nous ?tablissons un compte-rendu de l?admission, avec des indications adress?es ? l?analyste qui prendra en charge le traitement. Ces indications comportent les hypoth?ses issues des entretiens, aussi bien qu?un calcul des zones ou des espaces subjectifs qui ne devraient pas ?tres abord?s au cours du traitement, et cela en fonction d?une appr?ciation des moyens symboliques dont dispose chaque sujet. Les urgences psychiatriques, qui ne rel?vent pas de notre possibilit? d? action, sont orient?es rapidement vers un vaste r?seau de partenaires dans le registre m?dico-psycho-social public ou priv?. Quel type de traitement donnons-nous au sympt?me, autre que le d?chiffrage ? Trouvant notre orientation dans le dernier enseignement de Lacan, nous nous laissons avant tout guider par les termes employ?s par le patient. Nous mettons un soin extr?me ? rep?rer et calculer ce qui, dans les embrouilles de chaque sujet, fait trou, sachant qu?il y a une diff?rence entre le trou du symbolique caract?ris? par le refoulement et cernable par le d?chiffrage du sympt?me dans la n?vrose, et le trou qui peut ?tre arrim? par une inhibition. Dans chaque cas, la question est de rep?rer la nature du trou, afin de pouvoir se faire une id?e de comment y suppl?er. Dans la plupart des cas, nous cherchons ? faire consister. La consistance est un terme du dernier enseignement de Lacan, associ? au registre de l?Imaginaire. Faire consister, c?est faire tenir ensemble, au m?me titre que l?image du corps fait tenir ensemble et donne unit? ? un amas de pi?ces d?tach?es. La consistance, d?apr?s Lacan, est ce qui se fabrique et qui s?invente. Cela ne se r?duit pas ? la logique du stade du miroir. Il s?agit plut?t d?un tressage imaginaire, qui comporte la validation de solutions pr?sent?es par le patient, par l??pinglage ou l?agrafage de ses ?nonc?s au cours d?une s?ance. On extrait quelque chose de ce que le sujet a dit pour le faire consister en ?vitant absolument l?usage de l??nigme, nous servant du symbolique dans sa fonction de nomination. Nous n?inventons pas de noms, ni n?en proposons. Nous nous servons des noms qui sont apport?s par le sujet et nous les validons, les faisant consister. La fonction de nomination est propre au symbolique. C?est dans le symbolique que surgit quelque chose qui nomme, dit Lacan. La nomination, ce n?est pas la communication. La nomination a pour effet de nouer ? la parlotte ? et le r?el. Nous faisons consister des nominations et ainsi nous op?rons un nouage entre la parole et le r?el. C?est une fa?on de serrer un point, un point de nouage, un point de capiton, qui fait principe de limite au niveau de la jouissance. Nous nous servons aussi des nominations imaginaires, c?est-?-dire des nominations qui produisent dans l?imaginaire du corps un certain effet. Cet effet est ce qui donne consistance au corps du parl?tre, procurant ainsi un appui ? son ?tre dans le monde et ? son ?tre avec les autres. Nous constatons ainsi qu?il y a des dires qui op?rent au niveau de la mentalit?, c?est-?-dire au niveau de l?imaginaire, produisant des effets au niveau du rapport au corps propre et aussi au niveau du rapport aux autres. Ces dires qui op?rent, qui nomment, qui font consister, ne sont pas d?pourvus d?effets de suggestion. Tout discours a un effet de suggestion, compar? par Lacan ? un effet hypnotique, lequel laisse apercevoir une certaine mise en continuit? entre le sommeil et les effets de discours. Il y a des effets de suggestion propres ? chaque discours et ceux qui proviennent du discours analytique ne sont pas les m?mes que ceux propres au discours du ma?tre. Quand on est sujet d?un discours, on dort, donc on r?ve et l?on se trouve pris dans la trame propre ? l?ordre du d?sir, voire de la r?alit?. Pour certains sujets, le hors-discours produit, dans la rencontre d?une contingence, un effet de r?veil, voire de cauchemar. Au CPCT, il s?agit donc de les r?tablir dans la fonction du r?ve, o? la r?alit? ouvre vers le d?sirable. On constate, d?s lors que le traitement arrive ? son terme, que pour la plupart des patients, il s?est produit une v?ritable transmutation subjective. Ils t?moignent d?une satisfaction, dont le degr? et la nature varient. Dans la plupart des cas, il y a le constat pour le sujet de s??tre sorti d?une situation qui semblait sans issue. Disons que le sans issue de l ??chec affectif, professionnel, intellectuel, ou le sans issue du d?lire, de la violence, de l?addiction, de la marginalit?, de la conduite ? risques, de la voie suicidaire, s??claire d?un jour nouveau. Il se produit alors ce que l?on pourrait appeler une sortie de l?impasse et une ouverture vers le possible. Esthela Solano ?Il s'agit d'une mise en forme, d'une r?ponse et d'une nouvelle modalit? d'accueil du sympt?me contemporain. ? Hugo Freda, Directeur du CPCT 557 Ecole de la Cause freudienne (ECF) 1, rue Huysmans, 75006 Paris France T +33 01 45 49 02 68 F +33 01 42 84 29 76