Bonjour Philippe, si celui qui souhaitait si fort se d?sinscrire vous a donn? l'occasion de votre message, il ne peut qu'en ?tre remerci?. Je reprends vos derni?res phrases et y r?ponds "Et ?tre ?l?ve, disciple, c'est reconna?tre cette dette au langage qui est l? bien avant nous, c'est reconna?tre que ce que je pense a d?j? ?t? pens? que ce que j'?crivis a d?j? ?t? ?crit, et qu'il serait bien pr?tentieux de me croire susceptible d'une pens?e sans racines, d?li?e de l'autre" A propos de cette discussion je vous fais en effet part d?un passage que j?ai trouv? dans les Essais de Montaigne. Il me semble qu?il r?partit bien les deux usages que nous pouvons faire des ?crits de nos anciens, de tous ceux qui nous ont pr?c?d?s. Du premier usage, celui qui feraient en quelque sorte de nous des perroquets, des chiens savants, ou encore ces dr?les d?oiseaux au plumage terne et ennuyeux qui se pareraient des somptueuses plumes bleues d?un geai, il d?crit ceci : ? Nous scavons dire : Cicero dit ainsi ; voila les m?urs de Platon ; ce sont les mots m?mes d?Aristote ?. Mais que disons-nous nous-m?mes ? Que jugeons-nous ? Que faisons-nous ? Autant en dirait bien un perroquet? J?en connais ? qui, quand je demande ce qu?il sait, il me demande un livre pour me le montrer , et n?oserait me dire qu?il a le derri?re galeux, s?il ne va sur le champ estudier en son lexicon, que c?est que galeux et que c?est que derri?re. Nous prenons en garde les opinions et le savoir d?autrui, et puis c?est tout. Il faut les faire n?tres. Nous semblons proprement celuy qui, ayant besoing de feu en irait qu?rir chez son voisin et y ayant trouv? un beau et grand, s?arr?terait l? ? se chauffer, sans plus se souvenir de le ramener chez lui. ? Au fond, lisant ce passage, je me disais que s?installer confortablement devant la chemin?e de son voisin et s?installer sans remords chez lui, ne me parait pas ?tre en soit une attitude tellement r?pr?hensible, ? condition de ne pas oublier que vous n??tes pas chez vous et donc tenir compte de ce fait. Il convient de se faire discret pour ne pas un jour ou l?autre se faire pousser dehors comme un intrus. Cette attitude ?tant au demeurant tout ? fait d?fendable, de mon point de vue, quelle autre attitude Montaigne nous conseille-t-il d?adopter ? C?est celle qu?il met lui-m?me en acte dans ces Essais. Pour d?crire ce que doit ?tre attitude vis-?-vis des ?crits de ceux qui nous ont pr?c?d?s, il utilise une jolie expression qui doit ?tre maintenant tomb?e en d?su?tude, celle de tout faire ? passer par l??tamine ? de notre jugement et de ? ne rien loger dans sa teste par simple authorit? et ? cr?dit. ? L??tamine est en effet une ?toffe fine et l?g?re au travers de laquelle les cuisini?res s?parent le lait caill? du petit lait, pour en faire du fromage, ou encore pour s?parer la pulpe des fruits, de ses p?pins. On ne garde donc, gr?ce ? cette ?tamine que le meilleur. Il propose ?galement une autre m?taphore pour d?crire quel usage on doit faire des ?crits de nos anciens, celle des abeilles qui butinent du thym et du romarin et qui de ces sucs font du miel ? qui est tout leur : ce n?est plus ni thym, ni marjolaine ; ainsi les pi?ces emprunt?es d?autruy, il les transformera et confondera, pour en faire un ouvrage tout sien, ? scavoir son jugement ?. "... que les principes d'Aristote ne lui soyent principes, non plus que ceux des sto?ciens ou ?picuriens. Qu'on lui propose cette diversit? de jugements : il choisira s'il peut, sinon demeurera en doubte. Il n'y a que les fols certains et r?solus. ... Aussi bien que savoir, douter me convient... Car s'il embrasse les opinions de X?nophon ou de Platon par son propre discours, ce ne seraont plus les leurs, se seront les siennes. Ce qui est valable pour la philosophie l'est-il pour ce qu'il en est de la psychanalyse ? Il me semble quand m?me que pour faire de ces ?crits des anciens, ceux de Freud, ou ceux de Lacan, et d?autres, tels M?lanie Klein, H?l?ne Deutsch, Barbara Low, pour les analystes, s'il y a un temps n?cessaire, celui du doute, c'est un doute tout ? fait particulier, celui qui pr?c?de la d?couverte de quelque chose en nous qui est refoul? et qui demande ? ?tre reconnu, mais ? l'aide d'un petit indice, cet indice que Lacan appelle, ? propos du r?ve, le colophon du doute : "L? o? je doute, nous dit Freud, l? est ma certitude" Essais de Montaigne, Chapitre 25 et 26 Livre 1. Ce colophon du doute est dans les quatre concepts fondamentaux. je n'ai pas ?t? en chercher les r?f?rences ni d'ailleurs l'exactitude de la citation. ----- Original Message ----- From: "Philippe Mathey" <philippe.mathey at laposte.net> To: <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sunday, January 14, 2007 8:56 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Lutecium-group Digest, Vol 26, Issue 34 lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour ? tous, Je suis lecteur, consommateur (?) depuis quelques mois de cette liste et j'en profite pour remercier les diff?rents participants pour les bonnes informations que j'ai pu y trouver. Ce d?bat tournant ? la fois autour de la question du ma?tre, du clone, m'appellent ? r?pondre. Pourrais-je rappeler en premier que l'analyse est avant tout une exp?rience, de la question pos?e par un homme, une femme de ce qu'il en est de sa subjectivit?, de ce qui le fonde, de son rapport ? l?autre, ? la v?rit?. De son rapport ? la femme s'il est homme, ? l'homme si elle est femme et de ce qui cloche l?-dedans, dans son rapport ? l'autre quand il se sent assujettit, de son rapport ? la libert? et de ce qu'il croit en ?tre, de ce qu'il en est de son ali?nation. Quand je dis exp?rience je dis bien autre chose que penser cette exp?rience, o? il est bien question l? du courage qu'il y a ? essayer de tenir une parole, un ?nonc?, dans cet espace o? mon ?tre recherche son essence dans un savoir qui le constituerait. Quand je dis exp?rience, je dis un v?cu qui am?nera des choses peu pr?visibles pour celui qui la tente . L'occident dans son rapport au ma?tre entretient une relation bien ambivalente. Certainement depuis plus longtemps que ce qu?a pu en rapporter Hegel.Mais ce n?est pas l? le but de mon propos. L'apprentissage, par exemple, des gymnastiques tao?stes Chi Gong, se faisait par pure imitation, par observation du ma?tre. Ce qui veut dire tenter d'?tre pareil ! Tent? de faire pareil ! Tent? de faire aussi bien ! Et cela sans aucun commentaire sans aucune explication sans rien qui puisse passer par une tradition orale ! Rien que de l'imitation ! Pensez-vous que cela donnait des clones ? Et, c'est l?, la question ouverte pour nous occidentaux de notre rapport ? l?image, au moi, ? l'ego, de ce qui normalement concernerait la psychologie ! Mais, la psychanalyse c'est bien tout sauf cela, pas question de l'ego, pas question du moi, c'est de bien autre chose dont il s'agit ! Dans le disciple du Chi gong ce qu'il apprend en imitant, c'est ? se contacter ? son ressenti, ? son mouvement propre, c'est impossible, impossible de reproduire l'autre. Essayer et vous verrez. Essayer c?est constater qu?effectivement cela aboutira ? de p?les imitations. Et ce disciple, ce qu'il apprend c'est justement sa diff?rence, c'est justement comment lui il va s?en d?brouiller avec ce qu'il voit, qu'il essaye de reproduire, et qu?a essayer, il va apprendre ce qu'il est, et comment pour lui ?a va fonctionner cette affaire l? ; croyez-vous que ce soit diff?rent pour l'analyse ? l'analysant, sa question, c'est bien comment s?en d?brouiller avec son histoire, avec un son instrument pour l'homme en tout cas, pour la femme, il semble que ce soit encore une autre histoire. L'analyse, c'est cette prise de conscience de cet ?cart?lement, entre mon savoir et ma v?rit?, que l'un et l'autre ne se recouvrent pas, ne se recouvriront jamais, qu'il y a l? une b?ance que rien, jamais ne viendra combler. C'est de cela dont il s'agit, pas d'autre chose. Alors le clone, pensez-vous vraiment qu?il puisse y avoir un clone, que ce que racontent les scientifiques, q'une exp?rience serait d?montrable par ce que reproductible. Demandez leur aux prix de quelles approximations ? C?est toute la force de tout le travail lacanien, le r?el ?chappe, et notre r?alit? en est faite en partie. Je veux pas continuer sur le ce qu?il nous reste de semblant. Mais arr?tons d'?tre dupes. Et ?tre ?l?ve, disciple, c'est reconna?tre cette dette au langage qui est l? bien avant nous vous, c'est reconna?tre que ce que je pense a d?j? ?t? pens? que ce que j'?crivis a d?j? ?t? ?crit, et qu'il serait bien pr?tentieux de me croire susceptible d'une pens?e sans racines, d?li?e de l'autre . Et je rejoins ce qu??crivait plus haut J F Doucet, autant de petits cailloux, rep?res laiss? au promeneur? Bien ? vous Philippe Mathey
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