Re?u de : Sophie Aouill?, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy L?r?s, Michel Plon, Erik Porge. Le Manifeste pour la psychanalyse appelle Le Manifeste pour la psychanalyse s?est prononc? en f?vrier 2004 contre toute r?glementation de la psychanalyse. A ce jour, il a recueilli quelque 700 signatures, liste qui continue de s'agrandir depuis la r?union du 10 janvier dernier au minist?re de la Sant?. L?article 52 de la loi de sant? publique du 9 ao?t 2004 a trac? le cadre de ? l?usage du titre de psychoth?rapeute ?, confirmant dans son texte les craintes que nous avions formul?es. Aujourd?hui, des n?gociations sont engag?es pour la r?daction des d?crets d?application de cette loi. Elles mettent en pr?sence des groupes aux int?r?ts souvent divergents, de sorte que des alliances se nouent selon des objectifs purement tactiques. Quelle que soit la r?daction finale de ces d?crets d?application, une ?tape sera franchie par l?instauration de listes qui, de fait, instaureront un corps de psychoth?rapeutes d??tat. D?s lors, une ligne de partage s?instaurera dans le champ de la psychanalyse, car les associations de psychanalyse se trouveront devant un choix : ou bien elles participent ? la formation validante ou bien elles s?y refusent. Si certaines participent, cela signifie qu?elles accepteront de se constituer comme formant des psychoth?rapeutes, ce qui ne pourra se faire sans r?visions doctrinales majeures. Si certaines ne le font pas, il appara?tra ainsi une polarisation du champ analytique, montrant qu?il n?est pas un et que des choix sont possibles, pour chacun. C?est pourquoi il nous semble urgent de formuler quelques rep?res fondamentaux, ? ce moment crucial de l?histoire de la psychanalyse en France. Dans cet esprit nous proposons d?s ? pr?sent d??laborer une sorte de charte, clarifiant un certain nombre de positions doctrinales, ce qui devrait permettre ? tous de mieux r?sister aux menaces multiformes de l?instrumentalisation ?tatique. Des associations pourraient d'ores et d?j? en prendre l?initiative. Rappelons tout d'abord quelques-uns des points fondamentaux qui ont conduit ? la situation actuelle. La progressive politisation de la m?decine et, au-del?, de tout le secteur de la sant? s'est traduite par un droit ? la sant? qui s??tend d?sormais au domaine de la sant? mentale. L?immense succ?s de la psychologie et des psychoth?rapies qui en a d?riv? ne pouvait laisser l??tat indiff?rent, lequel ? de multiples reprises a cherch? ? associer plus ?troitement ce secteur ? sa politique au moyen d?une r?glementation du titre de psychoth?rapeute. C'est aujourd'hui chose pratiquement faite, sous la pression de plusieurs facteurs qui sont le plus souvent autant d'alibis pour ?tendre une entreprise ?tatique de contr?le et d'?valuation mettant en avant l'id?ologie s?curitaire : ainsi de la lutte contre les sectes, ? pav?e de bonnes intentions ? mais essentiellement destin?e ? se pr?munir contre d??ventuels proc?s, marque de la pr?occupation juridique croissante, ainsi de la progression aveugle de la bureaucratie, soucieuse d'?tancher sa soif d?vorante de contr?le et de mesures ?valuatives susceptibles de rassurer une population suppos?e inqui?te, au moyen d'affirmations et de d?cisions arguant de leur exactitude, ainsi encore du souci ?conomique, ?ternel alibi de pharaoniques g?chis. Des psychanalystes ont pu penser que cette question de la r?glementation des psychoth?rapies ne les concernait pas. Il est clair aujourd'hui qu?ils se sont lourdement tromp?s et que les ? psychoth?rapies ? sont partie int?grante de ce vaste ensemble qui est devenu affaire d??tat et qui a pour nom ? sant? mentale ?. Ce territoire fait l?objet d?un bouleversement consid?rable, selon deux axes strictement articul?s, ? savoir d?une part l?organisation serr?e d?un r?seau de professionnels ?troitement encadr?s et ?valu?s et, d?autre part, l?intervention de l??tat dans le choix contraint des r?ponses techniques. Ainsi, le privil?ge donn? aux TCC par l?INSERM vise ? orienter les prescriptions futures de la Haute Autorit? sanitaire, au nom de l?efficacit? et de la r?duction des co?ts. Sont plac?s au premier plan de cette organisation bureaucratique les m?decins g?n?ralistes ? prescripteurs de psychotropes ? et les psychoth?rapeutes. La proclamation par les ? experts ? de la tr?s faible efficacit? de la psychanalyse laisse entrevoir le sort qui lui sera r?serv? dans les futures ? recommandations de bonnes pratiques ? auxquelles devront se soumettre les psychoth?rapeutes en titre. Du fait que la r?glementation pr?vue ne concerne que ceux qui d?cideront de s?inscrire sur les listes officielles de psychoth?rapeutes, certains analystes continuent de soutenir que l?affaire ne concerne pas la psychanalyse en tant que telle. Cette opinion est en v?rit? d?mentie par l?investissement actif des associations de psychanalyse dans les n?gociations en cours. La mise en avant par certaines d?entre elles de l'id?e selon laquelle la psychanalyse aurait le monopole du terme de psychoth?rapie, gr?ce ? la notion de psychoth?rapie analytique, se r?v?le ?tre une erreur fatale puisque, aujourd'hui, la r?f?rence de la psychoth?rapie n'est plus du tout la psychanalyse. Que malgr? cette ?volution du contexte, des psychanalystes s?agrippent ? la d?fense de la psychoth?rapie analytique r?v?le ? quel point cette notion associant deux termes qui dans leurs fondements sont antinomiques, a pu produire de confusion dans les esprits, sans compter les d?g?ts dans la formation des psychanalystes qui ont de plus en plus de mal ? tenir le tranchant de leur position. Il ne s'agit pas l? d'all?gations ni m?me d'approximations : une lettre du Groupe de Contact au ministre de la Sant? en date du 19 juillet 2005 dit explicitement que ? comme les autres applications de la psychanalyse, ce qu?on appelle parfois ?psychoth?rapie psychanalytique? est une modalit? de la psychanalyse ?. On mesure ? ce propos comment, apr?s avoir soutenu que la psychoth?rapie ?tait hors champ de la psychanalyse, les m?mes en font d?sormais une ? application ?, en foi de quoi on apprend du m?me coup que c?est par ce biais que la psychanalyse est entr?e en r?glementation, selon les termes des psychanalystes eux-m?mes ! Certains psychanalystes non seulement n?ont pas refus? les n?gociations r?glementaires mais ils ont couru au-devant d?elles. On se souvient que le ministre Matt?i ?tait pr?t ? laisser la psychanalyse hors champ r?glementaire, ce qu?ont refus? les repr?sentants du Groupe de Contact (verbatim de la rencontre du 12 d?cembre 2003). De m?me aujourd?hui (verbatim de la rencontre du 10 janvier 2006) peut-on lire que certains s?engagent ? demander ? l??tat de distinguer parmi les associations et les psychanalystes lesquels doivent ?tre reconnus, provoquant toujours la m?me surprise du repr?sentant de l??tat, qui n?en demandait pas tant... Il est donc vital pour la communaut? analytique que ces questions cruciales soient discut?es au grand jour par les analystes et non dans les couloirs minist?riels. Par exemple : est-il exact que certains souhaitent la constitution d?un ordre des psychanalystes ? Est-il exact qu?ils souhaitent une reconnaissance officielle d?un statut de psychanalyste ? Il est temps de substituer aux confusions consensuelles ou aux oppositions purement conjoncturelles un engagement de chacun sur des points de doctrine d?cisifs. C'est dans cet esprit que les signataires du pr?sent texte tiennent ? r?affirmer certains principes fondamentaux : 1/ Opposition radicale ? l'inclusion de la psychanalyse dans le champ des psychoth?rapies r?glement?es par l??tat. Celles-ci peuvent avoir leur pertinence, mais leur objectif n'est pas le m?me que celui de la psychanalyse. Sur ce point, nous adoptons sans r?serve la th?se de Lacan (? Proposition du 9 octobre 1967 sur le Psychanalyste de l'?cole ? : ? Cette exp?rience (l'exp?rience psychanalytique) est essentielle ? l'isoler de la th?rapeutique qui ne distord pas la psychanalyse seulement de rel?cher sa rigueur. Observerai-je en effet qu'il n'y a aucune d?finition possible de la th?rapeutique si ce n'est la restitution d'un ?tat premier. D?finition justement impossible ? poser dans la psychanalyse. ? 2/ La formation du psychanalyste r?sulte de sa cure. C'est ? partir de la transformation op?r?e par celle-ci qu'il peut s'autoriser ? occuper une place d'analyste, d'une fa?on qui ne soit pas vaine. C'est en rapport avec cette transformation qu'il doit se doter des moyens n?cessaires ? l'appropriation et ? l'invention du savoir psychanalytique, afin d'?tre digne de la pratique qu'il a choisie. M?me les psychanalystes qui n'appartiennent pas ? une association de psychanalyse sont tenus de se soumettre ? ce principe. 3/ La loi du 9 ao?t 2004, comme le d?cret d'application en cours d'?laboration ne portent pas atteinte, formellement, ? l'exercice de la psychanalyse. Mais c'est confondre le sable sous lequel l'autruche enfouit sa t?te avec une protection propice ? la psychanalyse que de ne pas voir qu'ils font partie d'un dispositif visant ? contr?ler la psychanalyse et ? la faire refluer en l'int?grant plus ou moins directement ? une politique de sant? o? le march? des ? soins ? imposera ses exigences lib?rales. 4/ La d?cision d'entreprendre une psychanalyse et de choisir un(e) psychanalyste est une d?cision intime ? laquelle rien n'oblige, mais le d?veloppement ou l'extinction de la psychanalyse, le maintien de son tranchant ou son ?dulcoration, auront des cons?quences sur la civilisation. Le pire adviendrait pour la psychanalyse si elle devenait, peu ou prou, officielle et ?tatique. A cet ?gard l'id?e d'un ordre ne vaut pas mieux, car il deviendrait aussit?t un lieu d'enjeux de pouvoir entre ceux des psychanalystes qui restent sensibles aux prestiges de l'administration au d?triment de leur acte. 5/ Il devrait ?tre clair que l'on ne saurait parler dans cette perspective d'associations de psychanalystes mais bien d'associations ou ?coles de psychanalyse et que celles-ci ne sauraient s'engager dans le processus de formation de psychoth?rapeutes, quelles qu'en soient les modalit?s. Devant ce que nous devons reconna?tre comme une v?ritable crise propre ? la psychanalyse, il y a une urgence ? r?agir avec une r?flexion renouvel?e. C'est pourquoi nous appelons les psychanalystes, membres ou non d'une association, ? mettre de c?t? de soi-disant int?r?ts corporatistes, au demeurant peu assur?s, afin de red?finir avec des textes argument?s les moyens de transmission de la psychanalyse qui ne les coupent pas des fondements de leur pratique. Paris, le 26 janvier 2006 Sophie Aouill?, Pierre Bruno, Franck Chaumon, Guy L?r?s, Michel Plon, Erik Porge.