Bonsoir, Je suis surprise de l'accueil plus que froid fait ? ce texte. Avant m?me de le lire ? Parce que pour une fois que le livre d'Onfray suscitait une r?action dirig?e non directement contre son auteur, mais sur une question de fond interne ? la psychanalyse, pos?e - aussi - par ce livre, pourquoi refuser d'en discuter ? ________________________________ De : Calame.ca <jbeili at sympatico.ca> ? : Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.org> Envoy? le : Mer 26 mai 2010, 13h 22min 31s Objet : [Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Pour vous distraire un peu, je vous propose un petit texte que j'ai ?crit suite aux divagations de Monsieur ?qu'est-ce qu'on ferait sans lui? et aux r?ponses tr?s d?contenanc?es qu'il a re?ues. Karim Jbeili Psychanalyste www.calame.ca Sortir du ghetto de la clinique La psychanalyse est comme la d?mocratie. Plus on l?attaque, plus elle se renforce. Encore faut-il que, dans ses rangs, on pratique une v?ritable d?mocratie. Quand un groupe de gens est victime de critiques, quelque soient le niveau de s?rieux de ces critiques, c?est le plus souvent le signe que ces gens ont perdu une grande part de leur mobilit? intellectuelle et institutionnelle et ne sont plus que dans l?attente du coup de pied dans la fourmili?re qui viendra revigorer l?institution essouffl?e ou lui faire rendre l??me. Actuellement, la psychanalyse est l?objet de critiques fantaisistes qui rappellent, en niveau de ridicule, les proc?s qu?on faisait autrefois ? Bill Clinton, pour avoir eu des contacts ? tr?s directs ? avec une jeune stagiaire adulte et, ? combien, consentante, non sans avoir tach? sa robe. Il y a l? un aspect risible qui n?incite pas du tout ? r?pondre sur le plan de la critique elle-m?me. En revanche, il faudrait profiter de l?opportunit? que nous offre ce d?bat houleux pour mettre un peu d?ordre dans la baraque et tenter de d?nouer un certain nombre d?impasses dans le mouvement psychanalytique. Je profiterais donc de ces critiques fantaisistes pour r?veiller des critiques plus constructives qui sommeillaient dans la passivit? historique de nos institutions. 1) Jamais nous n?avons rep?r? le caract?re historique des d?couvertes de la psychanalyse. Nous avons toujours consid?r? que ces d?couvertes ?taient, ?ternellement, ou vraies, ou fausses. Nous ne les avons jamais abord?es comme historiques, donc relatives ? un temps donn? de l?histoire. Pour leur donner le caract?re trans-historique souhait?, il e?t fallu les avoir ?pur?es de leur aspect local et temporel inaper?u. Aucun de nous n?a effectivement r?alis?, par exemple, que l??dipe ?tait largement d?suet depuis que la figure paternelle avait sombr?. Nous avons continu? ? parler de papa et de maman pendant des d?cennies alors qu?il e?t fallu prendre la mesure de la primaut? de la rivalit? fraternelle d?s la fin de la Premi?re Guerre mondiale. 2) Nos institutions sont dysfonctionnelles, pratiquement depuis leur cr?ation. a) elles sont bas?es sur le transfert sur un personnage central. Dans le meilleur des cas, ce personnage est novateur; dans le pire, il ressasse avec un peu plus de brio que les autres, une tradition d?id?es d?j? convenues. b) Nous nous obstinons ? faire fonctionner ces institutions sur le mod?le psychanalytique, alors que personne ne s?est donn? la peine de poursuivre les recherches de Freud sur les ph?nom?nes de groupe et les ph?nom?nes communautaires. Arm? de la seule th?orie clinique, le psychanalyste est comme l?albatros, ?vaste oiseau des mers? : ? ses ailes de g?ant l?emp?chent de marcher ? dans un cadre institutionnel. c) Dans ce domaine, l?apport de Lacan a ?t? d?sastreux. La dissolution, en 1980, a transform? des hordes de Psychanalystes et de futurs Psychanalystes en naufrag?s de l?institution et de la formation. Trente ans apr?s, nous continuons d?errer en qu?te de l?gitimit?, avec pour seul viatique cette phrase : ? un psychanalyste ne s?autorise que de lui-m?me et de quelques autres ?. C?est bien peu pour nourrir son homme. On met tout le monde dehors et on fait une magnifique d?mocratie avec ceux qui restent. C?est la technique isra?lienne. On ne peut pas dire qu?elle ait fait ses preuves. Soixante ans apr?s, ils se battent encore avec les mouches de leur visage. Gr?ce ? Lacan, nous voil? rendus ? trente ans et promis ? un brillant avenir de Palestiniens errants ? la p?riph?rie d?un centre ill?gitime. d) Nous manquons de coh?sion collective. M?me lorsque les institutions semblent massives et solides, la moindre incartade peut ?tre un motif d?exclusion ou de rupture. Nous sommes incapables d?instaurer une saine ?mulation dans la recherche. D?ailleurs, il y a belle lurette que nous ne faisons plus de recherche ou alors, ceux qui font de la recherche, ne sont lus que par eux-m?mes. e) Notre seul souci est dans la transmission. Notre discipline est devenu un dogme ? transmettre et ? prot?ger contre les mutations, plut?t qu?un champ de recherche et d?innovation. Outre ce souci de la transmission, notre vie institutionnelle est plus une source de d?sagr?ments que de stimulation. Au moindre d?bat un peu vif, le tissu institutionnel se d?chire. Depuis Lacan, aucune r?flexion individuelle ou collective n?est venue renouveler un corpus th?orique et ?ditorial dont nous n?avons pas encore r?ussi ? faire le tour. Nous sommes d??ternels apprentis, pr?occup?s de r?p?ter et reproduire le dogme sans d?viance. La r?alit? clinique n?est pour nous qu?un pr?texte pour retrouver ce que nous savons d?j? et aucunement une occasion de s??merveiller et d?innover. Nous rejetons les autres th?ories comme le behaviourisme, non pas parce qu?elles sont d?ficientes ? rendre compte de la r?alit? humaine, mais parce qu?elles sont des rivales qui occupent notre terrain. Le rejet est massif, argument? par des poncifs ?cul?s. Nous nous sommes d?j? priv?s du champ collectif en refusant de poursuivre les recherches de Freud dans ce champ. Le domaine clinique lui-m?me est en train de nous ?chapper puisque le seul argument que nous soyons capables d?opposer aux critiques de la psychanalyse est?son ?coute. C?est dire combien nous avons, l? aussi, perdu la parole. Nous sommes orphelins d?une discipline dont seuls nos parents ou nos grands-parents avaient la ma?trise. Notre p?re Lacan s?est laiss? prendre lui aussi par la ?pens?e mai 68 ?. Il a bris? le lien de filiation juste avant de mourir. Il nous avait tout donn? gratuitement, il est vrai, dans ses s?minaires. Il avait le droit de tout reprendre en partant. Nous, les anciens analystes de Lacan, qui l?avons ?cout? jusqu?? ce qu?il nous liquide en liquidant son transfert, avons perdu notre analysant. Il nous a rapport? beaucoup d?argent depuis mais ce n?est pas tout ? fait ce qu?on souhaitait. Notre analysant est mort, il faut bien le reconna?tre. Il serait grand temps d?en faire notre deuil pour en trouver un autre. Les anciens ?coutants de Lacan devraient s??couter les uns les autres et, pour cela, cr?er une caisse de r?sonance qui portera la voix de ceux qui parlent d?j?, aux oreilles de ceux qui voudront bien les ?couter. Une b?te institution ferait l?affaire, o? l??mulation et l?innovation seraient au poste de commandement et o? la transmission ne jouerait pas un r?le central. Lorsqu?on s?enferme dans l?id?e de transmission, on transforme tout le corpus th?orique en tradition ? respecter pour pouvoir mieux la transmettre. La tradition ?touffe le mouvement intellectuel, m?me si elle est quelquefois n?cessaire. Il faut sauver l?innovation en lui offrant un espace r?serv? de d?ploiement dans un cadre institutionnel, hors des contraintes de la transmission. La clinique ayant ?t? privil?gi?e au d?triment des recherches dans le champ collectif et culturel, elle a favoris? largement le lien analysant-analyste, ce qui a imprim? au mouvement analytique cette centration autour de la transmission. Il faut sortir la psychanalyse du ghetto clinique et affronter le vent du large, celui de la culture sous toutes ses formes. Nous sommes aujourd?hui assi?g?s dans notre citadelle de fonctionnaires de l??tat. Nous avons renonc? ? cette tendance humaniste qui faisait de chaque discipline de l?esprit un interlocuteur pour le dialogue et de chaque homme de culture un psychanalyste en puissance. Nous avons rompu avec tous nos coll?gues en humanit?(s) pour d?fendre notre petit p?cule de cliniciens psychologues ou m?decins. Il n?y a pas de mal ? bien faire son travail, mais la poussi?re s?accumule sur ceux qui ne sont rien d?autre. Nous sommes devenus des ronds de cuir derri?re nos divans, des ?assis?. Karim Jbeili Psychanalyste Montr?al Mai 2010 _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group