"Etre du bon c?t?" .... "bien rassur?s", chacun sur soi m?me, avec un Moi fort et irr?prochable. "A un r?el pr?s. Dont se vouloir, se penser, dans le bon camp, est le sympt?me." Cela donne ? penser ... merci, Catherine. Le 23 ao?t 06, ? 15:09, Catherine Grandjean a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Il suffit donc d'avoir d?pass? son Oedipe pour ?tre du bon c?t?. Et bien, nous voil? bien rassur?s !
A un r?el pr?s. Dont se vouloir, se penser, dans le bon camp, est le sympt?me.
Pour se revivifier un peu, je remets ici quelques extraits d'une allocution de Jacques-Alain Miller, introductive ? l'un de ses s?minaires, intitul? "L'Autre qui n'existe pas et ses comit?s d'?thique". Il y est largement question de civilisation, du nom du p?re, et surtout, du r?el. Pour l'heure, je n'ai pas d'autre courage que ce copi?-coll?.
"(...) C'est aux fins de mettre en ?vidence, d'exhiber, j'irai m?me jusqu'? dire de mettre en sc?ne, ce dont il s'agit, c'est-?-dire pr?cis?ment que l'Autre n'existe pas, de mettre en ?vidence que nous renon?ons cette ann?e au monologue enseignant, qui, quoi qu'on en ait, fait croire ? l'Autre, ? l'Autre singulier, majuscule, unique, ? l'Autre de r?f?rence. Nous pr?f?rons, ?tant donn? ce dont il s'agit, vous pr?senter l'Autre de l'enseignement sous une forme double, d?doubl?e. Ce tandem est ainsi l'amorce d'un pluriel. Si d?j? on franchit la prison de l'un, de l'un Autre, pour passer au deux, alors tous les espoirs sont permis, et peut-?tre tous les d?sespoirs le sont aussi. nous nous pr?sentons ici ? deux, c'est pour affaiblir l'Autre, conform?ment ? notre th?se de d?part. C'est pour l'?branler, le miner, le ruiner, le r?v?ler dans sa ruine. Et c'est aussi du m?me coup constituer le comit?, pour esquisser le comit?, pour jouer au comit?, pour manifester ainsi que l'inexistence de l'Autre ouvre pr?cis?ment l'?poque des comit?s, celle o? il y a d?bat, controverse, polylogue, conflit, ?bauche de consensus, dissension, communaut?, avouable ou inavouable, partialit?, scepticisme, et cela, sur le vrai, sur le bon, sur le beau, sur ce que parler veut dire, sur les mots et les choses, sur le r?el. Et ce, sans la s?curit? de l'Id?e majuscule, sans celle de la tradition, ni m?me sans la s?curit? du sens commun. Est-ce cela qui a ?t? proclam? par le dit fameux ?Dieu est mort? ? Certainement pas. Car la mort de Dieu, comme celle du p?re, mise en sc?ne par Freud dans son Totem et tabou, ne met fin au pouvoir d'aucun, ni de Dieu ni du p?re, mais au contraire l'?ternise et sert de voile ? la castration. La mort de Dieu est contemporaine de ce qui s'est ?tabli dans la psychanalyse comme r?gne du Nom-du-P?re. Et au moins peut-on d?finir ici le Nom-du-P?re, en premi?re approximation, comme le signifiant que l'Autre existe. Le r?gne du Nom-du-P?re correspond dans la psychanalyse ? l'?poque de Freud. Si Lacan l'a d?gag?, mis au jour, formalis?, ce n'est pas pour y adh?rer, ce n'est pas pour le continuer, le Nom-du-P?re, c'est pour y mettre fin. C'est l'?quivoque c?l?bre entre les Noms-du-P?re, les non-dupes errent, ? quoi Lacan a ?t? logiquement amen?, ? partir de son S?minaire Encore - que j'ai comment? en partie l'ann?e derni?re ? mon cours -, et cette ?quivoque consacre celle de l'inexistence de l'Autre. L'inexistence de l'Autre ouvre v?ritablement ce que nous appellerons l'?poque lacanienne de la psychanalyse. Et cette ?poque, c'est la n?tre. Pour le dire autrement, c'est la psychanalyse de l'?poque de l'errance, la psychanalyse de l'?poque des non-dupes. De quoi sont-ils non dupes, ces Noms-du? Certes, ils ne sont plus, plus ou moins, plus dupes du Nom-du-P?re. Au-del?, ils ne sont plus, plus ou moins, plus dupes de l'existence de l'Autre. Ils savent, explicitement, implicitement, en le m?connaissant, inconsciemment, mais ils savent que l'Autre n'est qu'un semblant. De l?, l'?poque, la n?tre, l'actuelle, voit s'inscrire, ? son horizon - plut?t l'horizon que le mur - la sentence que tout n'est que semblant. L'?poque, en effet, est prise dans le mouvement, toujours s'acc?l?rant d'une d?mat?rialisation vertigineuse qui va jusqu'? nimber d'angoisse la question du r?el. Cette ?poque est celle o? l'?tre, ou plut?t le sens du r?el, est devenu une question. Nous aurons sans doute ? examiner cette ann?e des travaux contemporains, actuels, de philosophie, o? s'?talent aussi bien la mise en question que la d?fense du r?el, et qui t?moignent, comme nous pouvons les lire, sous des modalit?s na?ves ou sophistiqu?es, de la douleur des non-dupes quant au statut et quant ? l'existence du r?el. S'il y a crise aujourd'hui - il n'est pas s?r que le mot soit appropri? - ce n est pas comme ? l'?poque de Descartes, une crise du savoir. D'o? Descartes a pu forer l'issue de cette crise du savoir par la promotion du savoir scientifique. Une crise, la crise de l'?poque cart?sienne, est une crise dont le ressort sans doute principal a ?t? l'?quivoque introduite dans la lecture du signifiant biblique, ?quivoque due ? l'irruption de la R?forme. Donc, on a assist? ? une crise de l'interpr?tation, du message divin, qui a mis l'Europe ? feu et ? sang. Cette crise elle-m?me succ?dant au retour aux textes de la sagesse antique gr?co-romaine ? la Renaissance. Cette crise du savoir - il faudrait la d?crire avec bien plus de d?tails et de minutie que je ne le fais - de l'interpr?tation, ne touchait pas au r?el. Elle ne touchait pas ? l'instance de Dieu comme ?tant le r?el, de Dieu, qu'il existe. C'est le titre que Descartes donne ? sa Troisi?me M?ditation, ? laquelle je me suis r?f?r? pour avancer le titre L' Autre n 'existe pas. C'est l? la mutation scientifique que Dieu n'est plus ? ?tre seulement l'objet de l'acte de foi, mais bien celui d'une d?monstration, adossant la solitude assi?g?e, pr?caire, du cogito ? un r?el qui ne trompe pas. Ce r?el, ? cette ?poque, ?tait en mesure de mettre le sujet ? l'abri des semblants, des simulacres, disons des hallucinations. En revanche, aujourd'hui, s'il y a crise, c'est une crise du r?el. Est-ce une crise ? ? ce mot, on peut pr?f?rer le mot de Freud malaise. On pourrait dire - Il y a du malaise quant au r?el. Mais le mot de malaise est peut-?tre en passe d'?tre d?pass?. En effet, l'immersion du sujet contemporain dans les semblants fait d?sormais, pour tous, du r?el une question. Une question dont ce n'est pas trop de dire qu'elle se dessine sur fond d'angoisse. Il y a l?, sans doute, comme une inversion paradoxale. C'est le discours de la science qui a, depuis l'?ge classique, fix? le sens du r?el, pour notre civilisation. Et c'est - rappelons-le - ? partir de l'assurance prise de cette fixion scientifique du r?el, que Freud a pu d?couvrir l'inconscient, et inventer le dispositif s?culaire, dont nous faisons encore usage ?a marche encore - la pratique que nous nous vouons ? perp?tuer sous le nom de psychanalyse. Cette pratique a ?t? rendue possible par la fixion scientifique du r?el, qui, au temps de Freud, il faut le dire, tenait encore, et m?me faisait l'objet d'une valorisation sp?ciale sous les esp?ces de l'id?ologie scientiste - ? quoi Freud a particip? largement. Or - l?, je m'avance le monde des semblants, issu de nul autre discours que du discours de la science, a d?sormais pris le tour - ce n'est pas aujourd'hui, mais c'est en cours - de d?truire la fixion du r?el, au point que la question Qu'est-ce que le r?el? n'a plus que des r?ponses contradictoires, inconsistantes, en tous les cas, incertaines. Eh bien, ce lieu entre semblant et r?el, ce lieu de tension, ce lieu d'?motion, ce lieu de r?flexion aussi, c'est d?sormais l? qu'il nous appartient de d?placer la psychanalyse pour la mettre ? sa juste place. Eric Laurent a, dans le pass?, soulign? la port?e de la phrase, ou du Witz de Lacan - On peut se passer du Nom-du-P?re ? condition de s'en servir. Comment l'entendrons-nous aujourd'hui? Peut-?tre ainsi - On peut se passer du Nom-du-P?re en tant que r?el ? condition de s'en servir comme semblant. On peut dire que la psychanalyse m?me, c'est ?a - pour autant que c'est ? titre ou en place de semblant que le psychanalyste entre dans l'op?ration qui s'accomplit sous sa direction, et qu'il s'offre comme la cause du d?sir de l'analysant, pour lui permettre de produire les signifiants qui ont pr?sid? ? ses identifications. C'est en tout cas un commentaire du sch?ma donn? par Lacan comme ?tant celui du discours analytique. Mais aussi bien, l'usage des semblants est vain, inop?rant, voire fonci?rement nocif, si impasse est faite sur le r?el dont il s'agit. Il y a du r?el dans l'exp?rience analytique. L'inexistence de l'Autre n'est pas antinomique au r?el. Au contraire, elle lui est corr?lative. Mais ce r?el - celui dont j 'ai dit Il y a du r?el dans l'exp?rience analytique - n'est pas le r?el du discours de la science, n'est pas ce r?el gangren? par les semblants m?mes qui en sont issus, et qu'on est r?duit, pour le situer, ? aborder, comme on le fait depuis toujours, par les nombres. C'est au contraire le r?el propre ? l'inconscient, du moins celui dont, selon l'expression de Lacan, l'inconscient t?moigne. ? mesure que l'empire des semblants s'?tend, il importe d'autant plus de maintenir dans la psychanalyse l'orientation vers le r?el. C'est tout le sens, la port?e, de l'ultime tentative de Lacan, consistant ? pr?senter le r?el propre ? la psychanalyse, en le rendant pr?sent, visible, touchable, manipulable, sous les esp?ces des nouds borrom?ens et autres. Que cette tentative ait ?t? concluante ou non, elle t?moigne que l'orientation lacanienne c'est l'orientation vers le r?el. Car le noud, susceptible de se manifester sous les formes visibles les plus diff?rentes, cet objet par excellence flexible, pluriel, bien l?, et aussi qui se d?robe, ?chappant - comme dit Mallarm? -, cet objet ondoyant, divers, aux apparences, aux facettes innombrables -, cet objet n'est pas un semblant. Il est, aussi bien que le nombre, de l'ordre du r?el. Et c'est pourquoi Lacan aurait voulu en faire le t?moignage, la manifestation, du r?el propre ? la psychanalyse. Le r?el propre ? la psychanalyse, c'est quelque chose comme ?a. Pouvoir dire - Le r?el dans la psychanalyse, c'est ?a. Et ce n'est pas un semblant. M?me si ?a bouge, m?me si ?a a des aspects multiples et insaisissables. J'ai dit que ce noud ?tait, aussi bien que le nombre, de l'ordre du r?el. Et il a, par rapport au nombre, le privil?ge de n'?tre pas chiffr? et de n'avoir pas de sens. La le?on ? en tirer, c'est qu'il importe, dans la psychanalyse, de maintenir, si je puis dire, cap sur le r?el. Cela n'importe pas que dans la psychanalyse. Cela importe aussi bien au malaise dans la civilisation. La civilisation, que nous laissons au singulier, bien qu'il y ait les civilisations, et qu'on annonce d?j?, pour le si?cle prochain, que l'histoire sera faite du choc, de la rivalit?, de la guerre des civilisations. C'est la th?se toute r?cente, et fort discut?e, d'un professeur am?ricain, qui pourrait nous retenir un moment cette ann?e. Mais il y a bien s?r aussi la civilisation au singulier, l'h?g?mon - d'h?g?monie - scientifique et capitaliste, dont l'emprise, que l'on pourrait dire totalitaire, est aujourd'hui devenue patente, et que l'on d?signe ici, dans notre contr?e, comme la globalisation. Cette globalisation entra?ne, traverse, fissure, et peut-?tre m?me d?j? fusionne les civilisations. Dans ce malaise, ou ce vertige global, la psychanalyse a sa place. Elle en subit les effets quotidiens dans sa pratique. Mais aussi, elle a sa partie ? tenir qui n'int?resse pas que sa discipline, qui importe ? ceux et ? celles qui habitent avec nous le malaise) Lacan pouvait ?crire, il y a une ?ternit?, en 1953, dans son rapport de Rome - La psychanalyse a jou? un r?le dans la direction de la subjectivit? moderne, et elle ne saurait Le soutenir sans l'ordonner au mouvement qui, dans la science, l'?lucide. Le contexte d'aujourd'hui est tout diff?rent. Mais la question reste de savoir quel r?le peut en effet soutenir la psychanalyse dans ce que Lacan appelait la direction de la subjectivit? moderne. Pour notre comit?, c'est de cela qu'il sera question cette ann?e, de la direction de la subjectivit? moderne, voire post-moderne - on ne va pas pouvoir ?viter le mot -, disons de la subjectivit? contemporaine, du r?le que la psychanalyse peut y soutenir, des ?impasses croissantes de la civilisation?, dont Lacan voyait dans le malaise freudien le pressentiment, et dont il annon?ait que la psychanalyse pourrait y faire d?faut, rendre ses armes. J'en ai dit assez, pr?c?demment, pour indiquer la voie o? nous entendons engager notre effort. La subjectivit? contemporaine - je ne sais pas si nous garderons cette expression, qui est commode pour lancer le mouvement - est entra?n?e, captiv?e, roul?e - c est le cas de le dire - dans un mouvement peu r?sistible, qui la submerge industriellement de semblants, dont la production toujours acc?l?r?e constitue d?sormais un monde qui ne laisse plus ? l'id?e de nature qu'une fonction de nostalgie, qu'un avenir de conservatoire, d'esp?ce prot?g?e, de zoo, de mus?e. Et le symbolique? Eh bien, le symbolique contemporain, l? o? il est vif, l? o? il est productif , l? o? il est intense, l? o? il concerne le sujet et ses affects, est comme asservi ? l'imaginaire, ou comme en continuit? avec lui. Loin que ce symbolique soit en mesure de percer, de traverser l'imaginaire [...] Le symbolique contemporain n'accomplit plus d?sormais cette travers?e dialectique, ? quoi jadis Lacan ordonnait l'exp?rience analytique. Et on pourrait croire, au contraire, que le symbolique se voue ? l'image, quand on voit comme, dans nos ordinateurs, il se dissimule comme hardware derri?re l' ?cran o? il miroite comme semblant. Dans ce paysage d'apocalypse - apocalypse confortable, pour un certain nombre en tout cas -, le r?le que la psychanalyse a ? soutenir ne souffre pas d'ambigu?t?. C'est le rappel du r?el qu'il lui revient d'accomplir. C' est ce que Lacan a indiqu?, pour finir. Que la v?rit? ait structure de fiction n'est que trop vrai, mais c'est au point que d?sormais la structure de fiction a submerg? la v?rit?, qu'elle l' inclut, qu'elle l'avale. La v?rit? y prosp?re, sans doute, elle s'y multiplie, elle s'y pluralise, mais elle y est comme morte. C'est l? que s'impose, devant cette d?su?tude fictionnelle de la v?rit?, le recours au r?el comme ? ce qui n'a pas structure de fiction. Le privil?ge de la psychanalyse - encore faudrait-il qu'elle le conn?t, qu'elle l'ait appris de Lacan -, c'est le rapport univoque qu'elle soutient au r?el. Ce n'est que des autres discours, ?non?ait Lacan en 1967, ceux qui ne sont pas le discours analytique, que le r?el vient ? flotter. L'usage contemporain du terme de d?pression, terme ?videmment fourre-tout, fait ici sympt?me du rapport au r?el quand il s'av?re dans la clinique comme l'impossible ? supporter. A le leurrer de semblants, on ne peut en effet que le faire flotter. La clinique psychanalytique est le site propre du r?el dont il s'agit. C'est l?, dans la pratique que s'?tablit le rapport. Et c'est l? que, depuis des ann?es, nous nous attachons, ? la Section clinique, au D?partement de Psychanalyse, dans les diverses sections cliniques qui existent en France et ailleurs, ? mettre le r?el en ?vidence dans son relief, dans son orographie. Cette ann?e, il s'agira seulement pour nous de mettre ce r?el explicitement en relation avec la civilisation qui n'est plus sans doute ? l'?ge du malaise, pour ?tre entr?e d?cid?ment dans l'?poque de l'impasse. L'impasse est en particulier parente au niveau de l'?thique. La solution victorienne, qui pr?valait encore au temps de Freud, celle d'une ?thique capitaliste des vertus, a ?t? emport?e, et si elle revient aujourd'hui, c'est toujours sous des formes d?risoires et inconsistantes. La nouvelle ?thique se cherche, mais ne se trouve pas. Elle se cherche par la voie qu'Eric Laurent a soulign?e des comit?s . C'est une pratique de bavardage, comme telle assourdissante, mais qui, ? la diff?rence du bavardage analytique, n'a pas chance de d?livrer un rapport au r?el qui ne flotte pas. La faillite de l'humanitaire se d?clare tous les jours, comme pr?vu par Lacan. Comment l'humanitaire r?sisterait-il au calcul universel de la plus-value-de-jouir ? Nous n'allons pas faire du journal la pri?re du matin du psychanalyste, mais nous allons lire les journaux, cette ann?e. Comment op?rer tous les jours dans la pratique, sans inscrire le sympt?me dans le contexte actuel du lien social qui le d?termine dans sa forme ? - pour autant qu'il le d?termine dans sa forme. Nous avons l'intention, Eric Laurent et moi, d'affirmer cette ann?e la dimension sociale du sympt?me. Affirmer le social dans le sympt?me, n'est pas contradictoire avec la th?se de l'inexistence de l'Autre. Au contraire, l'inexistence de l'Autre implique et explique la promotion du lien social dans le vide qu'elle ouvre. En nous int?ressant ? ce que nous allons isoler comme des ph?nom?nes de civilisation, nous n'entendons pas nous divertir d'une clinique qui est celle du r?el, mais bien au contraire prendre la perspective qu'il faut, et qui comporte un recul, pour cerner ce r?el en son lieu. Prenons l'identification. J'ai ?voqu?, comme ?tant bien connue de la plupart, la production par l'analysant des signifiants de l'identification, comme ce qui est attendu de l'op?ration analytique - selon la lecture la plus simple du sch?ma du discours analytique par Lacan. Or l'identification fait pr?cis?ment comme telle lien social. Elle est en elle-m?me lien social. Et c'est pourquoi Freud a pu glisser sans peine de l'analyse subjective ? la Massenpsychologie, et retour, pour construire sa th?orie de l'identification. Qui peut penser, par exemple, que l'identification au signifiant ?tre une femme reste intouch?e par la spectaculaire mutation qui, de la proclamation r?volutionnaire des droits de l'homme, a conduit ? l'?mancipation juridique et politique des femmes, jusqu'? la r?volte proprement ?thique du f?minisme, dont l'incidence se fait sentir ? tous les niveaux du nouvel american way of life - bien diff?rent de ce qu'il ?tait du temps du rapport de Rome -, depuis le contrat du travail, jusqu'au mode de relation sexuelle? Qu'est-ce qui reste invariable de l'homosexualit? et qu'est-ce qui en change, quand l'Autre social y fait d?sormais accueil d'une fa?on tout autre, et qu'une norme nouvelle est en cours d'?laboration, conf?rant une l?gitimit? in?dite et de masse au lien homosexuel ? Et cela n'est pas confin? ? San Francisco. Je peux ajouter que j'ai vu l'an dernier des comit?s d'?thique, des comit?s spontan?s - ce qu'on appelait avant Eric Laurent des conversations de bistrot -, des comit?s spontan?s d'?thique se former en Italie, quand ? surprise, la couronne de Miss Italie f?t donn?e ? une Africaine. La superbe dont t?moignait le Comment peut-on ?tre persan ? s'?teint aujourd'hui pour laisser place ? Comment peut-on ?tre fran?ais? Comment peut-on ?tre encore fran?ais? Interrogation qui taraude un peuple, jusqu'? la d?pression collective, dit-on, dont les id?aux universalistes, ?tablis sur des certitudes identificatoires mill?naires, sont d?mentis par l'actuelle globalisation. Non seulement ce s?minaire ne pourra s'abstraire de ce contexte, mais il ne saurait le faire. C'est pourquoi nous trouverons sans doute nos r?f?rences ?lectives, cette ann?e, dans les ph?nom?nes de la civilisation am?ricaine. Pour le dire rapidement, les sympt?mes dans la civilisation sont d'abord ? d?chiffrer aux ?tats-Unis d'Am?rique. Et il n'est pas vain de le faire depuis la France, qui est ? beaucoup d'?gards l'Autre des ?tats-Unis. Universalisme, versus globalisation. Ce sera au moins notre chapitre US, ? lire United Symptoms. ? la fin du chapitre V du Malaise dans La civilisation, Freud pr?cise qu'il r?siste ? la tentation d'entamer une critique de l'?tat pr?sent de la civilisation en Am?rique. Eh bien, nous avons l'intention de ne pas r?sister ? cette critique. Elle porte d'ailleurs sur un point tr?s pr?cis. Freud en donne un tout petit aper?u. Alors qu'en Europe, on pratique plus volontiers l'identification verticale au leader, qui met en action la sublimation d'une fa?on puissante - et il a quelque m?rite ? le dire au moment o? il le dit, puisque ?a conduit ses contemporains dans un certain nombre de difficult?s dans la civilisation en m?me temps - les Etats-Unis, dit-il, la sacrifie au b?n?fice de ce qu'on peut appel1er l'identification horizontale des membres de La soci?t? entre eux. Non pas identification au plus-un, mais identification horizontale des membres de la soci?t? entre eux. Ce n'est sans doute pas excessif d'y voir le pressentiment de l'Autre qui n'existe pas, et de son remplacement par la circulation des comit?s d'?thique. J'ai ?voqu? l'identification, pour marquer la dimension sociale des concepts les plus fondamentaux de la psychanalyse. Pourquoi ne pas parler de la pulsion ? Quand il faut ? Freud inventer ? la pulsion un partenaire, quelle est l'instance qui, pour lui, est partenaire de la pulsion ? C'est celle qu'il a d?nomm?e du surmoi. Et il peut la r?f?rer au seul Ich, au seul moi, au seul Je. Elle d?borde le sujet, cette instance. l'instance qui lui sert ? penser la pulsion ne peut ?tre par Freud m?me situ?e qu'au niveau de ce qu'il appelle la civilisation. C'est ? ce niveau-l?, au moins dans cet ouvrage, qu'il pense les avatars de la pulsion, les renoncements comme les sublimations. C'est Freud qui, lorsqu'il s'agit de parler de la pulsion, implique la civilisation. Allons jusque-l? - Qu'est-ce qu'une civilisation? Disons que c'est un syst?me de distribution de la jouissance ? partir de semblants. Dans la perspective analytique, c'est-?-dire dans celle du surmoi - et nous ne pouvons pas faire mieux que le concept de surmoi - une civilisation est un mode de jouissance, et m?me un mode commun de jouissance, une r?partition syst?matis?e des moyens et des mani?res de jouir. Il faudra bien en dire davantage sur qu'est-ce qu'une civilisation ?, quitte ? revenir m?me ? l'historique du mot, ? l'opposer ? la culture, etc., mais cela fera office pour l'instant. Comment la clinique psychanalytique pourrait ?tre indiff?rente au r?gime de civilisation o? nous, ici, entrons maintenant sur la voie o? les United Symptoms nous ont pr?c?d?s ? Comment la clinique serait-elle indiff?rente ? cette voie, si cette voie est bien celle que l'on pourrait appeler du terme freudien d' Hiflosigkeit - l'Hiflosigkeit capitaliste, la d?tresse organis?e, envers les fondements de l'imp?ratif de rentabilit? ? C'est donc ? un peu de nostalgie, tout de m?me illusoire. La civilisation antique comportait que l'on soign?t l'esclave - j'abr?ge - la n?tre qu'on angoisse m?thodiquement le salari?. Il faut ici pr?venir une inqui?tude qui peut na?tre de ce que nous voulions introduire dans la clinique un relativisme social. ? cette inqui?tude, j'opposerai le rappel fait par Lacan, d?s ses Complexes familiaux, en 1938, que l'odipe ne se fonde pas hors de la relativit? sociologique et que la fonction du p?re est li?e ? la pr?valence d'une d?termination sociale, celle de la famille paternaliste. ? l'?poque, il faisait une r?f?rence expresse ? l'enqu?te ethnologique de Malinovski en M?lan?sie, o?, comme on sait, c est l'oncle maternel qui repr?sente l'autorit? familiale. Donc, au lieu que le p?re cumule sur sa personne ? la fois les fonctions r?pressives et la sublimation, cela se trouve r?parti en deux - l'oncle maternel assurant l'autorit? et la r?pression, et le p?re, gentiment, les activit?s sublimatoires. Selon Malinovski, il s'ensuivait, de ce dispositif social distinct, un ?quilibre diff?rent du psychisme, disait Lacan, attest? par l'absence de n?vrose. D'o? la notion que le complexe d'odipe est relatif ? une structure sociale, et que, loin d'?tre le paradis, la s?paration de r?pression et sublimation avait comme cons?quence une st?r?otypie des cr?ations subjectives dans cette soci?t?. Que Lacan ait ?labor? le mythe freudien ensuite, jusqu'? le formaliser sur le mod?le linguistique de la m?taphore ne veut pas dire qu'il ait jamais n?glig? sa relativit?. Il en a m?me annonc? le d?clin, en 1938 - Les formes de n?vrose dominantes ? La fin du si?cle dernier semblent - j'abr?ge -, depuis le temps de Freud, avoir ?volu? dans le sens d'un complexe caract?riel, o? l'on peut reconna?tre la grande n?vrose contemporaine. Il en d?signait ? l'?poque la d?termination principale dans la carence du p?re dont la personnalit? est absente, humili?e, divis?e ou postiche. Le Nom-du-P?re a pu passer pour une restauration du p?re par Lacan, alors que c'?tait tout autre chose. C'?tait un concept du retour ? Freud, qui n'?tait fait, par sa formalisation m?me, que pour en d?montrer le semblant et ouvrir ? sa pluralisation. Pouvons-nous parler aujourd'hui d'une grande n?vrose contemporaine? Si on pouvait le faire, on pourrait dire que sa d?termination principale, c'est l'inexistence de l'Autre - en tant qu'elle rive le sujet ? la chasse au plus-de-jouir. Le surmoi freudien a produit des trucs comme l'interdit, le devoir, voire la culpabilit?. Autant de termes qui font exister l'Autre. Ce sont les semblants de l'Autre. Ils supposent l'Autre. Le surmoi lacanien, celui que Lacan a d?gag? dans Encore, produit, lui, un imp?ratif tout diff?rent - Jouis. Ce surmoi-l? est le surmoi de notre civilisation. Je termine, pour passer la parole ? l'autre. Bien s?r, le surmoi lacanien rend compte des donn?es rassembl?es par Freud. Il est la v?rit? du surmoi freudien. Mais le fait qu'il soit maintenant ?nonc? en clair a traduit le passage, est isochrone, au nouveau r?gime de la civilisation contemporaine. "
-- Catherine http://catherine-grandjean.perso.cegetel.net
----- Original Message ----- From: "Liliane.Fainsilber" <liliane.fainsilber at free.fr> To: "Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Wednesday, August 23, 2006 11:00 AM Subject: [Lutecium-group] quelques notes de lecture sur l'agressivit? en psychanalyse et son extension dans le champ du politique
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Bonjour ? tous,
je vous fais part du travail que j'ai avanc? cet ?t? et qui a pour vis?e ceci : Questions sur cette "d?g?n?rescence catastrophique ? de la fonction du p?re dans le champ social, d?g?n?rescence que Lacan ?voquait en 1974 dans le s?minaire des non dupes errrent, ( s?ance du 19 mars 1974) mais qu''il ?voquait d?j? bien avant, notamment en 1938, dans "les complexes familiaux" et aussi en 1948-1950 avec ce bouquet de textes centr? autour de "L'agressivit? en psychanalyse", avec les deux textes qui lui sont proches "fonctions de la psychanalyse en criminologie" et ses "Propos sur la causalit? psychique".
A l'or?e de ce travail, je voudrais citer ce passage qui sert de balise, de point d'ancrage :
"Une fonction de puissance et de temp?rament ? la fois - un imp?ratif non plus aveugle, mais "cat?gorique" - une personne qui domine et arbitre le d?chirement avide et l'ambivalence jalouse qui fondaient les relations premi?res de l'enfant avec sa m?re et avec le rival fraternel, voici ce que le p?re repr?sente... " ( Propos sur la causalit? psychique, Ecrits, p. 182)
J'ai commenc? ? lire, avec ce fil de lecture, l'un de ces textes, celui de l'agressivit? en psychanalyse. J'ai suivi l'argumentation de Lacan mais en l'accentuant vers sa fin, qui est celle de la question de l'agressivit? lorsqu'elle est transf?r?e du champ clos familial au champ social, on passe donc de la psychanalyse ? la politique. Ce passage m'a toujours paru un peu risqu? pourtant, Lacan prenant appui sur Platon, je pense que c'est en se r?f?rant ? "La r?publique", affirme que "les passions de l'?me sont les m?mes que celles de la cit?". Leurs moyens d'approche devraient donc pouvoir ?tre les m?mes.
Pour faciliter la lecture, j'ai d?compos? ce texte en quatre parties. Je l? ai aussi mis sur le site du go?t de la psychanalyse ? cette adresse http://perso.orange.fr/liliane.fainsilber/pages/chantier/chantier.htm
Si vous pouviez m'en donner quelques ?chos, ils seraient les bienvenus. Mais d?j? ce que Michel avait ?crit de la barbarie comme incluse dans la civilisation elle-m?me, s?cr?t?e par elle, m'a beaucoup ?clair? sur ces points qui gardent encore pour moi beaucoup de zones d'ombre. Bonne journ?e ? tous. Liliane Fainsilber.
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