Merci Liliane pour ce mail ;-)
Je pense que vous avez bien lu Marcela Iacub que je connais un peu plus dans la mesure o? j'ai pu la rencontrer et dialoguer avec elle. Ce n'est pas une psychanalyste, c'est juriste mais avec elle (et l'A.l.e.p.h.) nous avions ?t? parmi les premiers ? nous opposer ? l'amendement Accoyer avec la p?tition publi?e dans le journal Le Monde ? Laissez nous nos charlatans ? (http://www.psychanalyse-in-situ.fr/tribune/charlatans.html ). Certes Marcela Iacub peut passer pour une romantique dans la mesure o? elle refuse un droit fond? sur le patriarcat (ce qui a pu un moment la faire passer pour une f?ministe) mais son "anti-discours" vise simplement ? d?monter celui d'une justice qui se fonderait sur ce qui est bien ou mal dans une ? nature humaine ? ind?finissable (si ce n'est par des crit?res religieux qui font de la sexualit? une figure du mal). Les crimes sexuels sont encore trop souvent trait?s par les juges de mani?re diff?rente des autres crimes et on ne peut que constater les d?sastres de l'affaire Outreau et de la r?cente affaire de Boulogne. ? D?sexualiser ? le Droit, telle semble ?tre la t?che que s'est fix?e Marcela Iacub, mais dans cette op?ration, le risque ?tait grand de mettre la psychanalyse du cot? des conservateurs favorables ? un ordre moral fond? sur le NDP (cf. P. Legendre). Iacub ne fait que constater que la science est en marche, et que dans une d?mocratie rien ne peut l'arr?ter. le Droit doit donc s?adapter aux nouvelles technologies, on ne peut plus mentir en ?voquant une transcendance signifiante qui garantirait la justice. Dans son livre ? L'ut?rus artificiel ? Henri Atlan montre avec l'ut?rus artificiel que nous ne sommes plus dans la science fiction; on ne pourra plus parler de filiation comme on le fait encore actuellement. Si le Droit doit s'adapter, la psychanalyse doit se pr?parer ? de nouveaux sympt?mes et c?est l? que la th?orie lacanienne du sinthome se trouve particuli?rement f?conde dans la mesure o? elle ne fait plus du NDP le noeud indispensable qui emp?che RSI de se d?nouer. Il y a plus de 30 ans, dans son intervention au congr?s de Rome en 1974 ? La troisi?me ?, Lacan disait d?j? que l?analyste d?pendait du r?el et pas le contraire, pour pouvoir s?adapter au r?el, le psychanalyste doit s?adapter ; je le cite : ? Le piquant de tout ?a, c'est que ce soit le r?el (la jouissance) dont d?pende l'analyste dans les ann?es qui viennent et pas le contraire. Ce n'est pas du tout de l'analyste que d?pend l'av?nement du r?el. L'analyste, lui, a pour mission de le contrer. Malgr? tout, le r?el pourrait bien prendre le mors aux dents, surtout depuis qu'il a l'appui du discours scientifique. C'est m?me un des exercices de ce qu'on appelle science-fiction, que je dois dire je ne lis jamais ; mais souvent dans les analyses on me raconte ce qu'il y a dedans ; ce n'est pas imaginable. L'eug?nique, l'euthanasie, enfin toutes sortes d'euplaisanteries diverses. L? o? ?a devient dr?le, c'est seulement quand les savants eux-m?mes sont saisis, non pas bien s?r de la science-fiction, mais ils sont saisis d'une angoisse ; ?a, c'est quand m?me instructif. C'est bien le sympt?me type de tout ?v?nement du r?el. Et quand les biologistes, pour les nommer, ces savants, s'imposent l'embargo d'un traitement de laboratoire des bact?ries sous pr?texte que si on en fait de trop dures et de trop fortes, elles pourraient bien glisser sous le pas de la porte et nettoyer au moins toute l'exp?rience sexu?e, en nettoyant le parl?tre, ?a c'est tout de m?me quelque chose de tr?s piquant. Cet acc?s de responsabilit? est formidablement comique ; toute vie enfin r?duite ? l'infection qu'elle est r?ellement, selon toute vraisemblance, ?a c'est le comble de l'?tre pensant ! L'ennui, c'est qu'ils ne s'aper?oivent pas pour autant que la mort se localise du m?me coup ? ce qui dans lalangue, telle que je l'?cris, en fait signe. ?
Il faudrait en dire plus mais j'ai d?j? ?t? trop long Cordial JPK
----- Original Message ----- From: "Liliane.Fainsilber" <liliane.fainsilber at free.fr> To: "Jean-Paul Kornobis" <jpkornobis at nordnet.fr> Sent: Friday, September 15, 2006 4:17 PM Subject: Marcela Iacub
Bonjour ? tous, ? la suite de notre discussion avec Jean-Paul, j'ai voulu en avoir le coeur net, si je puis dire, et j'ai command? deux des bouquins de Marcela Iacub, le premier "Le crime ?tait presque sexuel" ?tait un peu indigeste mais le second que j'ai tellement aim? et lu avec d?lices s'appelle " Qu'avez vous fait de la lib?ration sexuelle ? " (Flammarion)
C'est une femme tr?s intelligente et un moment elle se compare, non sans humour, ? Socrate, en raison des ennuis qu'elle s'attire avec la dialectique quelle d?ploie avec brio concernant son approche de la lutte des femmes. J'ai cru un moment que c'?tait une sorte d'hyperf?ministe, mais pas du tout, elle prend, mine de rien, ce que j'approuve enti?rement, la d?fense des hommes et m?me des femmes qui se sont pi?g?es elles-m?mes. Elle critique Legendre, l? je ne peux rien en dire parce que je n'ai jamais eu la patience de lire ce qu'il racontait, mais l? o? je ne la suis pas, c'est sur l'ironie qu'elle pratique par rapport ? la fonction symbolique, c'est le point faible de son argumentation. Mais c'est vif et intelligent, et je vais avoir beaucoup de mal ? d?montrer en quoi elle a tort, parce qu'en m?me temps, il y a du vrai dans ce qu'elle ?crit.
A part cela, ces th?ses sur le viol et sur la prostitution sont du registre de la provocation, en ce sens elle vise quelque chose de juste, mais cette approche ironique laisse tout un pan de ces questions qui ne peuvent qu'?tre prises au s?rieux. Il suffit de penser ? cette jeune fille de dix-sept ans viol?e hier, sur le chemin du lyc?e, pour ne pas prendre tout ? fait ? la lettre, les arguments qu'elle donne concernant le viol, ainsi que la prostitution forc?e, comme ?tant quelque chose qui au demeurant n'a pas forc?ment les incidences traumatisantes qu'on lui accorde g?n?ralement dans le champ social.
Lisez ce petit bouquin plein d'humour et de verve. De plus Marcela Iacub s'est donn? comme nom de plume Louise Tug?nes. Amicalement. Liliane. J'aimerais bien qu'on ait l'occasion d'en rediscuter et vais d'ailleurs relire d'un peu plus pr?s son autre bouquin, car les deux sont en continuit? l'un avec l'autre comme l'envers et l'endroit.