Merci du clin d?oeil Nathalie, et en effet, je ne peux m?emp?cher d?intervenir. Quelques remarques donc: ? La musique et la psychanalyse ont-elles ? apprendre l'une de l'autre ? Peu d'auteurs semblent s'y ?tre risqu?s.? Peu de convergences, en effet, aussi bien d?un cot? que de l?autre. Et il ne suffit pas d??tre musicien pour s?y conna?tre en musique, pour avoir pouss? la recherche au-del? du d?chiffrage et de l?interpr?tation des notes, pour aborder le fait musical comme syst?me s?miotique (j?y reviendrai). ? Un langage musical donc?. Je reste fonci?rement oppos?, pour parler de musique, ? utiliser tout vocabulaire qui tire du cot? de la linguistique (syntaxe, grammaire, etc ), afin d??viter de f?cheux amalgames et d?rives qui m?nent vers des culs-de-sac. Je ne peux consid?rer la musique comme langage, et ce sur la base de deux principes : 1)le langage est (principalement) constitu? d?opposition diff?rentielles (petit/grand), et Do ne s?oppose pas ? R?. 2)Tout langage contient un vocabulaire descriptif des liens de parent? (Levi-Strauss). Je pr?f?re parler de signifiants reli?s par des r?gles de logique. Par exemple, le contrepoint de Fuchs, ?labor? au 16i?me, peut se r?duire ? une table logique, tir?e des math?matiques de Boole. Sous cette logique, chaque note en appelle une autre, choisie parmi un ensemble restreint d?autres notes. Cet ensemble est d?termin? par la note qui vient d??tre jou?e, et en m?me temps d?termine ce qui aurait pu se jouer, juste avant. Ces r?gles ont donc un effet ? la fois projectif (la note d?apr?s) et r?troactif (la note d?avant). Il en est de m?me du s?rialisme, et nombres de compositeurs contemporains utilisent des r?gles bien d?termin?es, certes difficile ? rep?rer, comme plan de travail. Ces r?gles me semblent constituer un moteur m?tonymique. Y voir un langage am?ne ? des difficult?s th?oriques et ? des conclusions absurdes, du type : ce n?est pas de la musique. ? nul tr?sor des signifiants?. Je consid?re que si, justement, ? savoir les diff?rentes mani?res d?agencer une suite de notes (une gamme, une rang?e), v?ritable d?coupage du r?el des fr?quences, sous des contraintes d?ordre biologique (la plus petite diff?rence discriminatoire de l?oreille) et sociale (ce que l??tat de la technologie permet de construire comme instruments). C?est donc bien du cot? du symbolique, et l?Autre y a bien son ? mot ? ? dire. Donc, le marteau a un Maitre. ? Certains compositeurs paraissent bien penser directement en musique et ne font que la transcrire directement sur le papier. N'est-ce pas l'indice, au moins pour eux, qu'il puisse y avoir des repr?sentants de la repr?sentation ? ? Tout a fait, c?est l? mon exp?rience personnelle, aussi bien pour la composition que l?improvisation, laquelle repose, en fait, sur des sch?mas ou matrices symboliques pre-conscients ou inconscients, comme j?ai pu le d?montrer dans un m?moire sur l?ind?termination en musique. ? si pour chacun des auditeurs, l'affect ?prouv? lui est propre, la repr?sentation ?voqu?e lui est singuli?re? La s?miotique a 3 termes de Peirce (Objet, Representamen, Interpr?tant) rend tr?s bien compte de ce ph?nom?ne. ? ? d?faut d'un dictionnaire r?pertoriant les diverses combinaisons de ses elements ?. Justement, ce dictionnaire existe, sous la forme d?une discipline qui s?appelle l?Analyse Musicale. Cette discipline est formul?e pour la premi?re fois en Allemagne, au milieu du 19i?me par A.B. Marx. Il s?agit de rendre compte du g?nie musical allemand (Haydn, Mozart, Beethoven). Cette formulation d?rivera vers la th?orie de l?organicisme (dont Goethe sera un des adeptes principaux), et qui explique que tout morceau de musique est contenue dans une graine, tout comme une plante. D?o? le phantasme d?une langue m?re ou, dans le cas de Goethe, d?une pante m?re, qui aurait donn?e naissance ? toutes les autres plantes. Bien entendu, seul l?homme de g?nie sup?rieur saura faire fructifier cette graine. C?est Schonberg (dont le g?nie de musicologue n?est pas assez appr?ci?) qui formulera une analyse musicale tr?s proche de la conception freudienne de la condensation et du d?placement. Il s?agit de l?analyse dite motivique. Connaissant sur le bout des doigts (pour l?avoir jou?) le r?pertoire baroque et classique, il s?aper?oit que chaque morceau est constitu? de transpositions/modifications de quelques ?l?ments de bases, pr?sents dans les toutes premi?res mesures. Difficile ? croire, mais vrai, il suffit d?y proc?der soi-m?me. Sans s?en rendre compte, Schonberg, en fait, rep?re l?aspect symbolique du fonctionnement cognitif. Un autre type d?analyse musicale est celle d?velopp?e par Schenker (19ieme), et qui prend en compte la dimension temporelle d?un morceau. Discipline ardue, l?analyse musicale actuelle fait beaucoup appel aux math?matiques et, notamment, ? la topologie. Ce qui permet de dire que la 9i?me symphonie de Beethoven peut s?appr?hender sous la forme d?un torus a 4 dimensions. Un compositeur donc, jongle avec des signifiants d?ordre sonore. Comme tout sujet, il est barr?, et cete refente est ce qui, justement, produira telle ou telle matrice donc il se servira. === BdF www.deflorence.com www.jackandbruno.com ===