Frans Tassigny a ?crit
Il serait vain d'interpr?ter les vers de Pierre Pr?vel "le lait noir de l'aube se boit au cr?puscule" comme la repr?sentation macabre du camp d'Auschwitz, lieu de ses ?crits; ainsi que de taxer Ezra Pound de fasciste suite ? quelques interviews durant la guerre ? Radio Rome o? l'on a sciemment m?lang? esth?tique et politique.
Ayant traduit il y a une douzaine d'ann?es la biographie de r?f?rence de Pound, celle d'Humphrey Carpenter (Belfond, 1992), je me permets d'intervenir sur ce point. C'est avec stup?faction que je constate que certains s'obstinent encore ? nier son engagement fasciste, bien ant?rieur ? la guerre - et de fa?on plus assourdie, mais tenace, bien post?rieur ; ce n'est que tout ? la fin de sa vie (ainsi face ? Allen Ginsberg en 1967) qu'il semble prendre ses distances avec son pass? politique. On en a de multiples t?moignages dans sa biographie, dans sa correspondance, comme dans les Cantos eux-m?mes (lisez l'ouverture du premier des Cantos Pisans, ?crits donc apr?s la chute du r?gime fasciste italien, o? Mussolini - fusill? puis pendu ? un croc de boucher - est compar? ? Dionysos deux fois crucifi?...). Cet engagement ne se limite donc pas aux interventions ? la radio italienne pendant la guerre, qui elles-m?mes ne se r?duisent aucunement ? "quelques interviews" : elles furent nombreuses, il s'agissait l? D'UNE INITIATIVE DE POUND LUI-M?ME, non d'une r?ponse ? une sollicitation ext?rieure. Surtout, il s'agit fondamentalement de commentaires politiques, d'une extr?me virulence, en particulier sur la soci?t? et la politique am?ricaines. (A propos : qui est donc ce myst?rieux "on" qui a "sciemment m?lang? esth?tique et politique" ?) .Je m'empresse d'ajouter que cela ne suffit aucunement ? se d?barrasser du po?te, que je tiens pour un des plus grands du XXe si?cle. Mais on ne peut, si l'on veut juger de cette grandeur, se dispenser de prendre en compte ce qu'elle a aussi d'obscur et de mortif?re. Il serait vain de chercher ? s?parer le po?te et le politique - qui est le parasite de l'autre, mais aussi son r?v?lateur. C'est l'?litisme esth?tique de Pound qui le m?ne au fascisme (dans sa variante mussolinienne et non nazie, certes) : il y a l? un rapport qu'il faut ?lucider (m?me chose pour son antis?mitisme). Ce n'est pas en se bouchant les yeux et les oreilles qu'on y arrivera. Jean-Paul MOURLON