[Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
Fwd: Sur le "Livre noir de la psychanalyse" ?lisabeth Roudinesco, Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005
Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005 1 - Contenu de l'ouvrage Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie. Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?". 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes. 3 - Diffamations Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations. 4- Les Ar?nes Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc. 5 - Commentaire Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.
Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant, Amicalement, Armelle Gaydon -----Message d'origine----- De?: lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy??: dimanche 4 septembre 2005 09:52 ??: alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet?: Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005 1 - Contenu de l'ouvrage Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie. Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?". 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes. 3 - Diffamations Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations. 4- Les Ar?nes Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc. 5 - Commentaire Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique. _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Ch?re Armelle Gaydon Ce texte a ?t? adress? par E. Roudinesco directement ? un correspondant argentin pour ?tre diffus? largement sur Internet. Voici le texte qui accompagnait la PJ : "Voil? maintenant l'information sur ce livre que personne n'a encore lu en France. Les psychanalystes ne sont pas pr?venus et ?a va leur tomber sur la t?te. A partir de demain, je fais circuler partout cette note d'information. Les grands m?dias feront un ?cho ? ce livre et je veux simplement pour le moment que les gens soient inform?s. Cette note n'est pas destin?e ? une publication dans la presse mais ? une information sur les sites internet. Je souhaite que vous la fassiez circuler en Argentine aupr?s des gens que vous connaissez. Vezzetti bien s?r, mais tout le monde. L'Argentine est particuli?rement mal trait?e dans ce livre. Bien entendu, il sera descendu en flammes dans de nombreux journaux mais ? partir du moment o? le Nouvel Observateur fait la une, le combat ne peut plus ?tre ?vit?. Ma note est purement informative avec un commentaire, mais c'est aux psys de se d?brouiller. Comme vous verrez on est au coeur de l'historiographie r?visionniste, de la mythologie du complot et de la dinguerie comportementaliste. Amiti?s ?lisabeth." ----- Original Message ----- From: "A. Gaydon" <armelle.gaydon at neuf.fr> To: "'Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne'" <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sunday, September 04, 2005 2:02 PM Subject: RE: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant, Amicalement, Armelle Gaydon -----Message d'origine----- De : lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy? : dimanche 4 septembre 2005 09:52 ? : alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005 1 - Contenu de l'ouvrage Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie. Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?". 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes. 3 - Diffamations Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations. 4- Les Ar?nes Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc. 5 - Commentaire Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique. _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Ch?re Armelle Gaydon, Il semble que cette Note et le commentaire qui l'accompagne ne soient pas publi?s. C'est un message qu'E. Roudinesco a adress? via intrenet, ai-je cru comprendre. Il a d?j? fait l'objet de critiques de la part de l'auteur de l'article du Novel Obs. Tout cela sous r?serve de v?rifications ult?rieures. Bien cordialement ? vous, Guy de Villers. Le 4/09/05 14:02, ??A. Gaydon?? <armelle.gaydon at neuf.fr> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant,
Amicalement, Armelle Gaydon
-----Message d'origine----- De?: lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy??: dimanche 4 septembre 2005 09:52 ??: alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet?: Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005
1 - Contenu de l'ouvrage
Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie.
Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?".
2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage
Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes.
3 - Diffamations
Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations.
4- Les Ar?nes
Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc.
5 - Commentaire
Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.
_______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
Chers amis, L'article d'E. Roudinesco est publi?, entre autres, sur le site d'Oedipe, dans la section du "Petit Journal" : http://www.oedipe.org/fr/actualites Laurent Le 4 sept. 05 ? 22:57, Guy de Villers a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Armelle Gaydon, Il semble que cette Note et le commentaire qui l'accompagne ne soient pas publi?s. C'est un message qu'E. Roudinesco a adress? via intrenet, ai-je cru comprendre. Il a d?j? fait l'objet de critiques de la part de l'auteur de l'article du Novel Obs. Tout cela sous r?serve de v?rifications ult?rieures. Bien cordialement ? vous, Guy de Villers.
Le 4/09/05 14:02, ? A. Gaydon ? <armelle.gaydon at neuf.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant,
Amicalement, Armelle Gaydon
-----Message d'origine----- De : lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy? : dimanche 4 septembre 2005 09:52 ? : alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005
1 - Contenu de l'ouvrage
Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino- am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie.
Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit- il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle- ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?".
2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage
Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes.
3 - Diffamations
Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations.
4- Les Ar?nes
Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc.
5 - Commentaire
Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.
_______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
_______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
_______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Merci, Laurent. C'est une publication, en effet. Amicalement, Guy. Le 4/09/05 23:08, ??Laurent Sauerwein?? <laurentsauerwein at mac.com> a ?crit?:
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Chers amis,
L'article d'E. Roudinesco est publi?, entre autres, sur le site d'Oedipe, dans la section du "Petit Journal" :
http://www.oedipe.org/fr/actualites
Laurent
Le 4 sept. 05 ? 22:57, Guy de Villers a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Ch?re Armelle Gaydon, Il semble que cette Note et le commentaire qui l'accompagne ne soient pas publi?s. C'est un message qu'E. Roudinesco a adress? via intrenet, ai-je cru comprendre. Il a d?j? fait l'objet de critiques de la part de l'auteur de l'article du Novel Obs. Tout cela sous r?serve de v?rifications ult?rieures. Bien cordialement ? vous, Guy de Villers.
Le 4/09/05 14:02, ? A. Gaydon ? <armelle.gaydon at neuf.fr> a ?crit :
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. ---
Cher Jean-Paul Kornobis, Puis je vous demander les r?f?rences du texte de Roudinesco que vous avez bien voulu nous transmettre. Vous en remerciant,
Amicalement, Armelle Gaydon
-----Message d'origine----- De : lutecium-group-bounces at lutecium.org [mailto:lutecium-group-bounces at lutecium.org] De la part de Kornobis jean paul Envoy? : dimanche 4 septembre 2005 09:52 ? : alef1 at yahoogroupes.fr; lutecium-group at lutecium.org Objet : Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse"
lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005
1 - Contenu de l'ouvrage
Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino- am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie.
Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit- il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle- ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?".
2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage
Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes.
3 - Diffamations
Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations.
4- Les Ar?nes
Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc.
5 - Commentaire
Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique.
Guy de Villers Grand-Champs Cours de Valduc, 13 B-1348 Louvain-la-Neuve BELGIQUE T?l. : +32 10 45 47 89 Fax : +32 10 45 69 74 Courriel : Guy.de.Villers at psp.ucl.ac.be
Merci JPK pour ce beau morceau d'anthologie. J'?voquais, pour ma part ces retours (cf "vieux chevaux de retour", "retours de manivelles", etc ...) cycliques de l'anti-psychanalyse qui demandent probablement que nous n'ayions pas, ? leur sujet, de r?flexes par trop d?fensifs. Mais ?a pose aussi, comme le d?roule assez bien De Mijolla dans l'article du Nouvel Obs, la question d'une psychanalyse freudo-lacannienne qui sache argumenter, le plus sereinement possible, son bien-fond?. Ce n'est pas un exercice facile ! Bien ? vous Didier Potin O? est l'article de E. Roudinesco que vous ?voquez ? ----- Original Message ----- From: Kornobis jean paul To: alef1 at yahoogroupes.fr ; lutecium-group at lutecium.org Sent: Sunday, September 04, 2005 9:51 AM Subject: Re: [Lutecium-group] Sur le "Livre noir de la psychanalyse" lutecium-group: Document interne au Groupe de Travail Lutecium. Ne doit pas etre diffuse hors du groupe. --- Je ne sais pas si la pi?ce jointe est "pass?e" sur la liste; je vous adresse donc un copier-coller du texte d' ?lisabeth Roudinesco Cordial JPK -------------------------------- Note de lecture et commentaire du Livre noir de la psychanalyse. Pour information, Paris le 29 ao?t 2005 1 - Contenu de l'ouvrage Le 1er septembre para?t aux Ar?nes un ouvrage collectif intitul? Le livre noir de la psychanalyse. Vivre, penser et aller mieux sans Freud. Catherine Meyer en est l'?ditrice responsable avec la collaboration de Mikkel Borch-Jacobsen, Jean Cottraux, Didier Pleux et Jacques Van Rillaer. Dans cet ouvrage, les freudiens sont mis en accusation : ils ont, dit-on, envahi les m?dias ? coups de propagande et de mensonges. Sont brocard?s avec une rare violence tous les repr?sentants du mouvement psychanalytique depuis ses origines : Melanie Klein, Ernest Jones, Anna Freud, Bruno Bettelheim (etc) et, pour la France, Jacques Lacan, Fran?oise Dolto, leurs ?l?ves et les principaux chefs de file de l'?cole fran?aise (toutes tendances confondues, IPA et lacaniens). Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. Les r?f?rences bibliographiques sont tronqu?es et l' index est un tissu d'erreurs. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de pays arri?r?s, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors m?me qu'elle aurait ?t? bannie de tous les pays civilis?s. Je rappelle qu'elle est solidement implant?e dans 41 pays et en voie d'expansion dans les pays de l'ancien bloc sovi?tique o? elle avait ?t? interdite, ainsi que dans le monde arabe et islamique. La crise de la psychanalyse, qui est r?elle aujourd'hui, a des causes multiples qui ne sont jamais ?voqu?es par les auteurs, lesquels ont abandonn? tout esprit critique pour se livrer ? des d?nonciations extravagantes. Freud est le plus attaqu? : menteur, faussaire, plagiaire, misogyne, drogu? ? la coca?ne, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux, il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. En somme, cette doctrine n'aurait pas d'existence (elle est une "th?orie z?ro") puisque l'inconscient existait avant Freud, lequel aurait s?duit une humanit? cr?dule en se prenant pour un nouveau messie. Freud est aussi accus? comme tous ses successeurs d'avoir laiss? ses patients dans un ?tat de d?labrement atroce et d'avoir invent? de fausses gu?risons. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les psychanalystes sont accus?s d'avoir commis des crimes : 10.000 morts en France, parmi les toxicomanes, puisqu'ils auraient contribu? ? interdire des traitements de substitution. Aucune preuve de ce goulag imaginaire n'est apport?e par les auteurs. Les psychanalystes sont ?galement accus?s d'avoir inflig? de v?ritables tortures interpr?tatives ? des parents d'enfants autistes en ignorant la causalit? organique de cette maladie. Les responsables de ce livre noir appellent le grand public et les m?dias ? se m?fier des traitements psychanalytiques. Le titre est d'ailleurs ?loquent : l'expression "livre noir" renvoie ? l'existence de complots ou de massacres occult?s. L'id?e de "penser sans Freud" signifie clairement que la pens?e freudienne ne doit pas ?tre enseign?e puisqu'elle est une fausse science. Dois-je rappeler qu'elle figure au programme du baccalaur?at et qu'elle n' appartient nullement ? la communaut? psychanalytique mais ? l'histoire de la culture occidentale? Quant ? la proposition "d'aller mieux sans Freud", elle signifie que les patients sont invit?s ? quitter leurs th?rapeutes pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques : les th?rapeutes cognitivo-comportementalistes (TCC), (532 en France). Cette proposition laisse entendre ?galement que la psychanalyse serait d?nu?e de tout savoir clinique. Veut-on signifier par l? qu'elle ne serait pas ? sa place dans les d?partements des universit?s o? l'on enseigne la psychopathologie? On peut se le demander. Les psychoth?rapeutes de toutes tendances sont accus?s d'?tre les valets de la fausse science freudienne et les ?mules de ses repr?sentants. Ils sont pourtant appel?s ? rejoindre les rangs de la v?ritable science (TCC) et de se d?tacher des freudiens obscurantistes. Philippe Douste-Blazy (pr?d?cesseur de Xavier Bertrand) est brocard? pour avoir retir? le rapport de l'INSERM du site du Minist?re de la Sant?. Il est accus? d'avoir "pr?m?dit?" son geste - on emploie d'ordinaire ce terme pour un crime ou un d?lit - avec la complicit? de lacaniens fanatiques et intellectualis?s, adeptes d'un ma?tre qui aurait pouss? au suicide toute une population de patients. Les ?preuves du livre ont circul? avant publication dans les m?dias et ? l' INSERM. Les familles d'enfants autistes ont ?t? appel?es ? saisir le Comit? d'?thique, non pas contre des charlatans dont ils auraient ?t? les victimes r?elles mais contre une discipline (la psychanalyse) et contre ses traitements d?sign?s comme nocifs. On fait donc le proc?s de Freud et de la psychanalyse et non pas de personnes priv?es pr?sum?es coupables d'abus. Jean Cottraux est l'un des r?dacteurs du rapport de l'INSERM. Il se pr?sente volontiers, sur son site et dans la presse, sans en apporter la preuve, comme un interlocuteur privil?gi? du Cabinet du Ministre de la Sant?. Information d?mentie par le Minist?re. Dans un sous-chapitre du Livre noir intitul? "Chronique d'une g?n?ration. Comment la psychanalyse a pris le pouvoir en France", Jean Cottraux parle de lui-m?me. Il raconte que lorsqu'il poursuivait ses ?tudes de psychiatrie ? Lyon ? la fin des ann?es 1960, il fut l'innocente victime de la contamination freudienne. Il fut, dit-il, le t?moin de choses abominables dans sa bonne ville, en assistant, notamment, ? trois sc?nes atroces : une invasion de "visiteurs", comme il le dit. Il vit arriver un jour ? la gare de Lyon-Perrache, un monstre du nom de Jacques Lacan re?u par un ?trange professeur de philosophie, un peu ridicule, nomm? Gilles Deleuze. Et tenez-vous bien, les deux hommes se sont dit des sottises : "Ah mon cher ma?tre, quel plaisir etc." Un autre jour, il vit venir un autre visiteur aussi suspect, une dame, un peu b?b?te, du nom de Fran?oise Dolto, et il conserva de cette visite un souvenir effrayant : "elle avait pouss? un peu loin le bouchon". Le troisi?me visiteur qui inqui?ta Jean Cottraux ?tait un ogre, un imb?cile, une brute, du nom de Bruno Bettelheim. Apr?s avoir ?t? ainsi visit?, Jean Cottraux passa quatre ans sur un divan. Au terme de ce calvaire, il "a jet? aux orties le froc analytique" et maintenant il est un homme heureux. Voil? donc ce qu'est pour lui l'histoire de la psychanalyse en France, sa fameuse face cach?e. Elle se r?sume ? l' autofiction d'un humble psychiatre de province (c'est ainsi qu'il se d?signe) qui a ?t? la proie de grands m?chants loups et qui maintenant a d?couvert enfin, avec les TCC, la solution ? ses probl?mes Pr?sident de plusieurs associations priv?es qui d?livrent des formations en TCC, Jean Cottraux s'est donc remis de ses ?motions de jeunesse : il dirige un DU de TCC tout en ?tant le responsable d'une unit? de traitement de l' anxi?t? dans un centre hospitalier de neurologie. Un autre psychiatre, Patrick L?geron, a ?t? lui aussi terrifi? autrefois par la contamination freudienne en France. Et du coup, il livre une nouvelle version de "la face cach?e" de son histoire. Ses praticiens, dit-il en substance, ont ?t? dans leur ensemble si nuls et si peu comp?tents qu'ils sont responsables collectivement d'un formidable d?lit : la surconsommation de prozac en France. Il s'agit l?, on l'aura compris, d'une admirable m?thodologie historique - fond?e sur la notion de causalit? unique et d' explication ? l'emporte-pi?ce - digne de Monsieur Homais, et dont les historiens auraient d? se soucier. Pour sortir de cet "effet pervers", Patrick L?geron appelle les malheureux patients, victimes des cures analytiques, ? quitter leur divan, ? cesser de prendre des antid?presseurs et ? faire confiance aux TCC qui leur apporteront enfin une solution ? leurs probl?mes. L'ouvrage est r?dig? par quarante auteurs et compos? de quatre parties. La tonalit? g?n?rale est celle d'un r?quisitoire qui vise ? r?duire l'individu ? la somme de ses comportements et ? d?noncer toute tentative d'explorer l' inconscient. Une violente diatribe contre la religion, et notamment contre le catholicisme, auquel Lacan et Dolto sont rattach?s, permet aux auteurs de se situer, en France, ? gauche de l'?chiquier politique et de jouer la carte du progr?s contre l'obscurantisme. Apr?s avoir ?t? trait?e de science juive et bolchevique par les nazis, de science bourgeoise par les staliniens, d'obsc?nit? par l'Eglise catholique, de science boche par les Fran?ais, de science latine par les Nordiques, la psychanalyse est donc devenue une science chr?tienne pour les nouveaux scientistes. Dans les deux premi?res parties, "La face cach?e de l'histoire freudienne" et "Pourquoi la psychanalyse a eu tant de succ?s", sont rassembl?s des textes et des entretiens d'historiens majoritairement anglophones et connus pour leurs positions dites "r?visionnistes" : c'est ainsi qu'ils se sont eux-m?mes d?sign?s, il y a vingt ans, en pr?tendant r?viser les mythes fondateurs de l'imposture freudienne. On les appelle aujourd'hui aux USA les "destructeurs de Freud". Ils sont minoritaires et ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, la tenue de la grande exposition Freud de Washington, jug?e (? juste titre d'ailleurs) trop "orthodoxe". Mais est-il raisonnable de lutter contre l'orthodoxie d'une discipline par des mesures d'interdiction? Certainement pas. Et c'est pourquoi, ? cette ?poque, J'avais pris l'initiative avec Philippe Garnier d'une p?tition internationale contre ce type de censure. Ces historiens r?visionnistes d?tournent l'oeuvre d'Henri Ellenberger (dont j'ai la responsabilit? en France et dont les archives ont ?t? d?pos?es ? la SIHPP) en faisant de lui un anti-freudien radical qui aurait ?t? le premier ? d?masquer les impostures freudiennes. Ils s'approprient donc l' historiographie savante, celle dont je me r?clame - et qui est issue ? la fois d'Ellenberger, de Canguilhem et de Foucault - pour la m?ler ? une entreprise de d?nonciation qui n'a plus rien ? voir, ni avec l'?tude critique, m?me s?v?re, des textes th?oriques, ni avec la n?cessaire mise ? jour de l'histoire du mouvement psychanalytique : de ses moeurs souvent compass?es, de ses crises, de ses errances, de sa propension ? l'adulation des ma?tres, de son dogmatisme, de son jargon et de ses v?ritables ann?es noires (collaboration avec le nazisme ou les dictatures), ?voqu?es en une ligne de mani?re ambigu?. Rien de tout cela n'est abord? dans ce livre, ?crit dans une langue d?nonciatrice, et truff?e d'une terminologie ?voquant les proc?s en sorcellerie : mystification, imposture, possession, pr?m?ditation, assassinats, meurtres, complots, etc. Tel est le vocabulaire qui revient sans cesse sous la plume acerbe de ceux qui se pr?sentent comme de grands sp?cialistes de l'histoire des sciences, de la m?decine, de la psychiatrie, etc, et qui n'ont comme vision de l'histoire que l'axe du bien et du mal : le mal, c'est Freud, ses supp?ts, ses cur?s, ses idol?tres, le bien c'est l' arm?e vengeresse de ses d?tracteurs, attach?s ? une m?decine des pauvres et qui partent en croisade contre l'arrogance m?diatique et intellectuelle des m?chants psychanalystes dont ils imaginent qu'ils ont ?tendu leur empire sur la plan?te enti?re ? coups de protocoles et de mensonges. Je ne fais pas partie de ceux qui ont contribu? ? la psychologisation de notre soci?t?. Je d?sapprouve la mani?re dont les psychanalystes et les psychiatres de toutes tendances s'appuient sur la doctrine freudienne pour prononcer, dans les grands m?dias, des diagnostics foudroyants ? l'encontre de tel ou tel homme politique, comme ce fut le cas r?cemment dans l' hebdomadaire Marianne (434, 13-19 ao?t) : "Les psys analysent le cas Sarkozy". Soucieux d'en d?coudre avec un ministre d?test?, la patron de ce journal a fait appel aux "psys" pour qu'ils d?clarent, au nom de Freud, de la psychanalyse et des classifications de la psychiatrie, que le Ministre de l'int?rieur ?tait un psychopathe dangereux incapable de gouverner la France. Que la psychanalyse puisse ?tre invoqu?e, par ses praticiens m?me, pour servir ? un tel abaissement du d?bat politique, a quelque chose de r?voltant. Revenons maintenant au Livre noir. En r?alit?, les textes rassembl?s par l' ?ditrice dans ces deux chapitres sont des r?sum?s de livres d?j? publi?s en anglais, en allemand ou en fran?ais et donc parfaitement connus des sp?cialistes de l'historiographie freudienne. Ils sont pourtant pr?sent?s comme r?v?lateurs d'une v?rit? cach?e . Dans la troisi?me partie, "La psychanalyse et ses impasses", celle-ci est d?sign?e comme une fausse science. Et c'est Van Rillaer qui se charge d' instruire le proc?s en reproduisant presque mot pour mot le contenu d'un ouvrage d?j? publi? sur le m?me th?me. Oedipe est un mensonge, Lacan un bavard, la psychanalyse un d?lire ou une illusion, Elisabeth Roudinesco un auteur qui ?crit en jargon et qui a oubli? de dire que certains freudiens avaient ?t? nazis et que les fondateurs des TCC ?taient juifs. Freud est qualifi? de truqueur de r?sultats, les psychanalystes fran?ais de nouveaux jdanoviens. A noter que plus aucune allusion n'est faite au livre de Jacques B?nesteau, Mensonges freudiens, dont on conna?t le destin. Deux auteurs du Livre noir (Cottraux et van Rillaer) en avaient fait l'?loge ? plusieurs reprises. Enfin, dans la quatri?me partie, sont rassembl?es des histoires de victimes : Tausk, suicid? par Freud, Anna Freud d?truite par son p?re incestueux, Marilyn Monroe, suicid?e par ses psychanalystes. Suivent ensuite des t?moignages de m?res d'autistes et de patients victimes de charlatans. Parmi les autres victimes figurent tous les enfants de France. C'est ? Didier Pleux, psychologue et directeur d'une Association de TCC, et sp?cialiste de la chasse ? Dolto, que l'on doit cette stup?fiante r?v?lation, occult?e par les historiens officiels - je suis vis?e - et selon laquelle la terrible visiteuse de Lyon (Dolto) serait responsable de la crise de la famille occidentale. Elle aurait rendu tyranniques et impossibles ? ?duquer la totalit? des enfants d'aujourd'hui. Ses h?ritiers - Caroline Eliacheff, Claude Halmos, Marcel Rufo, etc - ne seraient, selon le quatri?me auteur du Livre noir, que les complices m?diatiques de ce grand ratage ?ducatif dont seules les TCC pourraient venir ? bout. Notons que le nom de ma m?re, Jenny Aubry, ne figure pas dans cette liste noire. Le livre fait la une du Nouvel Observateur (en couverture), le 1er septembre 2005, avec bonnes feuilles, vignettes et extraits sur les impostures de Freud. A l'int?rieur du num?ro, un "d?bat" a ?t? orchestr? par Ursula Gauthier - responsable du dossier, favorable de longue date aux TCC - entre "celui qui croit" en la psychanalyse" (Alain de Mijolla), comme r?v?lation divine, et "celui qui n'y croit pas" ou plut?t qui a cess? d'y croire apr?s avoir ?t? un fanatique lacanien "d?converti" (Van Rillaer). C'est ? Ursula Gauthier qu'a ?t? confi? l'article dit de "synth?se" destin? ? ouvrir enfin un grand d?bat en France sur les v?rit?s cach?es, etc, etc... On oppose ainsi, dans un pr?tendu d?bat objectif (dans le genre pour ou contre la rotation de la terre), le repr?sentant d'une religion obscurantiste ? un v?ritable savant qui, apr?s ?tre descendu dans l'enfer d 'une secte, en est enfin revenu pour c?l?brer les bienfaits de la science et d'un traitement nouveau test? et ?valu? et qui pr?tend, par exemple, gu?rir la phobie des araign?es en dix s?ances en proposant ? des patients de se confronter d'abord ? une araign?e, puis ? un troupeau d'araign?es : la main, le bras, le corps entier. En lisant de telles choses, on se dit qu'il faudrait sugg?rer au propagateur de ce fabuleux traitement de le tester sur lui-m?me lors d'une ?mission de t?l?-r?alit?, en direct et en pr?sence d'une arm?e d'?valuateurs. Le d?bat du pour et du contre a d'ailleurs ?t? organis?, ici comme ailleurs, pendant le mois d'ao?t, avec des psychanalystes qui, apr?s avoir ?t? interrog?s selon cet axe, ont pris la d?fense de la psychanalyse sans avoir lu le livre. Certains n'avaient eu connaissance que de quelques articles (sur ?preuves). Ainsi la revue Psychologies magazine (septembre 2005) a-t-elle d?j? lanc? le "d?bat" ? la une en opposant les pour et les contre sur le th?me : "La guerre des psys : pourquoi tant de haine?", ce qui laisse entendre que ce sont les "psys" qui se ha?ssent entre eux et non pas les auteurs d'un br?lot qui ha?ssent Freud et la psychanalyse. La nuance est de taille car elle permet ? ceux qui sont favorables au livre de le valoriser en ayant l'air de conserver une "objectivit?". 2 - Note sur le statut juridique de l'ouvrage Contrairement au Livre noir du communisme (Laffont, 1997) qui ?tait un livre collectif r?alis? par six auteurs (qui furent ensuite en d?saccord), Le livre noir de la psychanalyse n'est pas un livre d'auteurs mais un livre d' ?diteur comme l'indique son titre et le nom qui figure sur la couverture. Il est l'oeuvre de Catherine Meyer qui l'a r?alis? pour les ?ditions des Ar?nes. Cette ?ditrice n'est en rien une sp?cialiste de l'histoire de la psychanalyse. Pour r?aliser ce livre, elle s'est entour?e de trois collaborateurs (Borch-Jacobsen, Van Rillaer, Cottraux) dont les positions violemment anti-freudiennes sont parfaitement connues. Deux d'entre eux (Van Rillaert et Cottraux) n'ont aucune comp?tence en mati?re d'histoire du freudisme. Le troisi?me fait partie de l'?cole r?visionniste am?ricaine (dite des "destructeurs de Freud"). Le but de cette op?ration ?ditoriale est d'une part de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants - dans un contexte de crise qui fait suite, en France, au vote d'une loi sur le statut des psychoth?rapeutes - et, de l'autre, de faire une op?ration classique de commercialisation. L'?ditrice a ensuite demand? ? de nombreux auteurs de donner des contributions ? cet ensemble. La plupart d'entre eux - comme d'ailleurs les trois collaborateurs - ont donn? des textes ou des entretiens, certes in?dits, mais qui sont en g?n?ral un r?sum? de leurs propres ouvrages ou la reprise d'articles d?j? publi?s et ? peine remani?s pour le pr?sent ouvrage. Certains d'entre eux ont donn? des articles parus en anglais dans d'autres ouvrages collectifs. Le livre noir est donc un montage ou un collage ?ditorial de diff?rents articles qui, pour la moiti? d'entre eux, n'ont aucun rapport avec ce qui est ?nonc? dans le titre, dans la pr?face de l' ?ditrice ou dans les d?clarations des trois collaborateurs. Parmi les nombreux auteurs qui ont donn? leur accord ? ce livre d'?diteur, on constate que le contenu de leurs textes ne correspond en rien ? l'annonce faite par Catherine Meyer. Freud n'y est pas trait? de mystificateur ou de plagiaire et la psychanalyse n'y est pas assimil?e ? une discipline criminelle comme c'est le cas pour une dizaine d'autres articles ou entretiens. Ainsi les articles de Jo?lle Proust (sur les relations de la psychanalyse et des neurosciences), de Patrick Mahony (sur les relations de Freud avec sa fille Anna) et de Philippe Pignarre (sur les antid?presseurs) - et dont le contenu ?tait d?j? connu avant le pr?sent ouvrage - ne participent gu?re ? une quelconque d?nonciation des pr?tendus mensonges de Freud. Autrement dit, m?me si ces auteurs ont donn? leur accord pour figurer dans ce livre noir, rien ne permet de dire que le contenu de leurs articles soit l'expression de la volont? destructrice affirm?e par l'?ditrice et par ses trois collaborateurs. Ajoutons que si l'on peut parler des crimes commis au nom du communisme ou des crimes perp?tr?s par le colonialisme, ou encore des complots orchestr?s par des services secrets, il est difficile d'imputer ? la psychanalyse en tant que telle et ? ses repr?sentants un g?nocide, des massacres, des crimes ou des complots. Ou alors il faut le prouver. En revanche, si des abus ont ?t? commis au nom de cette discipline - et l'on sait qu'ils existent - alors les victimes ont le devoir de porter plainte devant la justice contre leurs abuseurs. Car dans un Etat de droit, on ne peut pas faire le proc?s d'une discipline ou de ses repr?sentants ? titre collectif, sauf ? ouvrir une chasse aux sorci?res. On ne peut que porter plainte contre des personnes. 3 - Diffamations Dans un article intitul? "Freud ?tait-il un menteur", on trouve la phrase suivante sous la plume de Frank Cioffi : "La v?rit? c'est que le mouvement psychanalytique dans son ensemble est l'un des mouvements intellectuels les plus corrompus de l'histoire. Il est corrompu par des consid?rations politiques, par des opinions ind?fendables qui continuent ? ?tre r?p?t?es uniquement ? cause de relations personnelles et de consid?rations de carri?re." Une telle affirmation est diffamatoire. Certes, elle ne vise pas une association psychanalytique en tant que telle mais l'ensemble du mouvement psychanalytique toutes tendances confondues, c'est-?-dire toutes les associations qui se r?clament historiquement de la psychanalyse et de son mouvement. En cons?quence, toutes les associations mondiales ou locales qui se r?clament de la psychanalyse, de Freud ou de son h?ritage - freudiens, annafreudiens, kleiniens, lacaniens ou Ego Psychology - seraient en droit de se grouper ou d'agir ? titre individuel pour porter plainte contre ladite affirmation. Celle-ci vise non seulement les membres des associations qui composent le mouvement (la carri?re et les relations personnelles) mais aussi les associations elles-m?mes et la discipline dont elles se r?clament. De nombreux passages de ce livre sont ?galement diffamatoires et pourraient faire l'objet d'une expertise par des avocats. Il serait sans doute pr?f?rable d'en rire tant la farce est ?norme. Mais, de nos jours, plus la ficelle est grosse et plus la croyance est forte. N'oublions pas l'impact que peuvent avoir dans l'opinion publique les livres qui d?noncent de pr?tendues conspirations. 4- Les Ar?nes Maison d'?dition sp?cialis?e dans la d?nonciation des dossiers noirs de tout. Parmi les publications, on trouve notamment : Noir Chirac (violente accusation contre le Pr?sident de la R?publique accus? d'avoir construit par carri?risme une R?publique occulte et d'avoir couvert les basses oeuvres de chefs d'Etat africains pour pr?server les secrets d'Etat de la France). Noir proc?s (r?quisitoire identique orchestr? par Jacques Verg?s dans lequel trois chefs d'Etat africains se plaignent, "au p?ril de leur vie" des complots de "Fran?afrique", c'est-?-dire de la politique de Jacques Chirac. N?grophobie (m?me th?matique). D'autres th?mes, conspirationnistes sont abord?s : l'inavouable, les affaires atomiques, etc. 5 - Commentaire Je ne fais partie d'aucune association psychanalytique et je n'ai pas l' intention de me m?ler de la conduite de leurs affaires. Mais je d?plore que depuis tant d'ann?es les psychanalystes se soient retranch?s de la vie publique et de tout engagement politique. Ils invoquent volontiers pour expliquer ce retrait le fait qu'ils se concentrent sur leur travail clinique, douloureux et difficile. Cette attitude est respectable et compr?hensible. Elle prouve en tout cas que la grande majorit? des psychanalystes sont d'excellents cliniciens, et notamment les plus anonymes qui ne font jamais parler d'eux dans les m?dias. Mais cette attitude de retrait a fini par ?tre n?faste. Car en refusant de s 'engager dans des questions de soci?t?, et en laissant la place ? ceux qui d?shonorent la discipline par des diagnostics foudroyants ou des propos ridicules sur les transformations de la famille, les moeurs et les nouvelles pratiques sexuelles, ils n'ont pas contribu? ? la n?cessaire critique de leur propre doctrine, pr?f?rant se disputer sur la sc?ne publique dans des querelles interminables. Apr?s avoir, du moins en France, m?pris? les psychoth?rapeutes relationnels, issus d'ailleurs de leurs divans, les voil? d?sormais confront?s eux-m?mes ? ce qu'ils avaient cru pouvoir ?viter. Je souhaite que la nouvelle g?n?ration psychanalytique ne se trompe pas sur la signification de ce Livre noir qui conna?tra le sort de tous les br?lots de ce genre, au m?me titre que les Impostures intellectuelles de Sokal et Bricmont ou que L'effroyable imposture de Thierry Meyssan. Mais quoiqu'il en soit, et compte tenu de l'impact qu'il aura sur l'opinion publique, et notamment sur les patients en souffrance, il nuira ? l'ensemble de la communaut? psychanalytique, si celle-ci pers?v?re ? m?conna?tre les querelles historiographiques et les d?bats de soci?t? qui se sont d?velopp?s, dans le monde entier, depuis vingt ans et qui, d'ailleurs, ne touchent pas seulement leur discipline. En effet, l'id?ologie de la r?vision syst?matique est l'un des ?l?ments majeurs de cette pulsion ?valuatrice g?n?ralis?e qui a envahi les soci?t?s lib?rales et qui r?duit l'homme ? une chose et le sujet ? une marchandise, tout en pr?tendant ob?ir aux principes d'un nouvel humanisme scientifique. _______________________________________________ A question? --> Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
L'Express du 05/09/2005 Entretien Elisabeth Roudinesco contre-attaque propos recueillis par Gilbert Charles Historienne, directrice de recherche ? l'universit? Paris VII, la psychanalyste r?agit au Livre noir de la psychanalyse (les Ar?nes) Le Livre noir vous a scandalis?e. Pourquoi? Le but de cet ouvrage au titre racoleur n'est pas de critiquer la psychanalyse, mais de nuire ? une discipline et ? ses repr?sentants, dans un contexte de crise. Freud y est trait? de menteur, faussaire, plagiaire, dissimulateur, propagandiste, p?re incestueux. Il est pr?sent? comme une sorte de dictateur ayant tromp? le monde entier avec une doctrine fausse. La plupart des grandes figures de la psychanalyse, Melanie Klein, Anna Freud, Jacques Lacan, Bruno Bettelheim, Fran?oise Dolto, sont brocard?s. Dans une langue pauvre et vulgaire, et ? coups d'affirmations fausses et sans fondements. Tous les mouvements psychanalytiques sont d?nonc?s comme des lieux de corruption et les analystes, tax?s de criminels, responsables de la mort de 10 000 toxicomanes en France, pour avoir pr?tendument contribu? ? emp?cher la diffusion des traitements de substitution. L'ouvrage est d'autant plus pervers que, en dehors de ses cinq principaux signataires - une ?ditrice, un historien et trois th?rapeutes comportementalistes violemment antifreudiens - il inclut ?galement des auteurs dont les articles peuvent ?tre des critiques de la psychanalyse ou de Freud, mais qui n'ont rien ? voir avec cette position ultradestructrice et qui ont peut-?tre servi, ? leur insu pour certains, de caution ? l'entreprise. Ce n'est pas un livre scientifiquement s?rieux, c'est un r?quisitoire fanatique qui se situe dans la tradition de l'?cole dite ?r?visionniste?. La psychanalyse doit sa grandeur ? sa philosophie de la libert? Vous faites allusion aux n?gationnistes des chambres ? gaz? Pas du tout. Ce terme de ?r?visionniste? est celui que se sont donn? eux-m?mes les historiens am?ricains qui ont entrepris la critique syst?matique de l'?uvre de Freud, qu'ils consid?rent comme un plagiaire et un mystificateur. Un courant qui va bien au-del? de la critique et qui vise ? montrer que la psychanalyse est une imposture. Ses partisans ont fini, ? cause de leurs exc?s, par ?tre marginalis?s outre-Atlantique, apr?s avoir voulu faire interdire, en 1996, une grande exposition sur Freud ? Washington. Mais n'a-t-on pas le droit de critiquer la psychanalyse? Bien entendu qu'il faut critiquer la psychanalyse: j'appartiens au courant historiographique inaugur? par Michel Foucault et Henri Ellenberger, dont l'?uvre est aujourd'hui d?tourn?e par les auteurs du Livre noir. Mais les principaux auteurs et responsables de cet ouvrage ne sont pas dans ce registre: ils d?crivent un goulag imaginaire dont ils n'apportent aucune preuve. Les chiffres sont faux, les affirmations inexactes, les interpr?tations parfois d?lirantes. La France et les pays latino-am?ricains sont trait?s de nations arri?r?es, comme si la psychanalyse y avait trouv? refuge pour des raisons obscures alors qu'elle aurait ?t? bannie des pays civilis?s. De nombreux textes sont des r?sum?s de livres - d?j? publi?s depuis des ann?es et connus des sp?cialistes - dont les id?es sont d?form?es, isol?es de leur contexte et parfois d?tourn?es. Ce sont des vieilleries d?guis?es en r?v?lations d'une v?rit? cach?e jusque-l?, alors que l'inventaire a ?t? fait depuis longtemps. La th?orie analytique est pr?sent?e comme une ?fausse science? d?nu?e de tout savoir clinique. Aucun de ses aspects positifs n'est mentionn?, pas m?me ses succ?s c?l?bres, ni Marie Bonaparte, sauv?e du suicide par Freud, ni Fran?oise Giroud, qui disait devoir la vie ? son analyse avec Lacan. Les ?victimes? de la psychanalyse sont appel?es ? se rebeller, non pas contre les charlatans qui les auraient abus?es, mais contre une discipline dans son ensemble, ce qui est absurde. Les auteurs invitent les patients des analystes ? quitter les divans pour rejoindre ceux qui, aujourd'hui, seraient les seuls ? pouvoir gu?rir l'humanit? de ses probl?mes psychiques: les psychiatres partisans des th?rapies comportementales et cognitives (TCC). Les abus des m?decins, des psychanalystes ou des psychoth?rapeutes, qui existent bien s?r, servent de pr?texte pour s'attaquer au p?re fondateur. C'est comme si on d?clarait demain que Spinoza ?tait un imposteur. Il y a bien une campagne aujourd'hui - avec laquelle je ne suis pas d'accord - qui vise ? interdire ? l'universit? l'enseignement de l'?uvre de Heidegger, mais ce dernier ?tait nazi, ce qui n'est pas le cas de Freud! Ce n'est tout de m?me pas la premi?re fois que la psychanalyse est attaqu?e Depuis le d?but, avant m?me la constitution d'un mouvement psychanalytique orthodoxe, elle a toujours suscit? de la haine - que je distingue de la n?cessit? d'une position critique. On dirait que cette doctrine touche ? quelque chose de si essentiel - la subjectivit? humaine, l'inconscient, ce qui nous ?chappe - qu'elle d?clenche des r?actions d?mesur?es. Elle a d'abord ?t? qualifi?e d'obsc?nit? par l'Eglise catholique et les puritains, parce qu'elle parlait de la sexualit? infantile. Dans les querelles nationalistes, elle a successivement ?t? trait?e de ?science boche? par les Fran?ais, sous pr?texte qu'elle ?chappait au caract?re latin, alors que les Scandinaves la qualifiaient de ?science latine?, invent?e ? Vienne, la ville d?cadente de Freud, et donc d?g?n?r?e. Les nazis l'ont ensuite d?sign?e comme ?science juive? ou ?jud?o-bolchevique?. Puis elle a ?t? d?cr?t?e ?science bourgeoise? par les staliniens apr?s 1949, et ?id?ologie am?ricaine? dans le contexte de la guerre froide, alors qu'il y avait beaucoup de freudiens de gauche. Finalement, les psychiatres du Parti communiste ont chang? de position apr?s le rapport Khrouchtchev, en 1956. L'Eglise catholique, elle aussi, y est devenue favorable ? partir de 1950: redoutant de recruter des pervers sexuels ou des malades mentaux dans ses rangs, la hi?rarchie romaine ordonne alors le ?discernement des vocations?, c'est-?-dire des expertises psychiatriques. Comme, ? ce moment-l?, la psychiatrie est domin?e par la psychanalyse, certains pr?tres progressistes, tel l'abb? Oraison, profitent de cette ouverture pour s'interroger sur la nature de la foi. A partir des ann?es 1960, le relais de la haine de Freud est repris par les scientistes, qui accusent la psychanalyse d'?tre non pas une science bourgeoise ou juive, mais une fausse science, une illusion religieuse dont Freud serait le nouveau messie. Les historiens ?r?visionnistes? ont alors repris le flambeau? Leur bataille, lanc?e dans les ann?es 1970 aux Etats-Unis, a fini par s'?teindre dans les ann?es 2000: ils ont ?chou?, car ils ont commenc? ? vouloir interdire des enseignements, des expositions et toute allusion positive ? la psychanalyse. Les historiens critiques de Freud ont pris leurs distances avec ce mouvement radical alors que se d?veloppaient outre-Atlantique une profusion d'?tudes sur le freudisme, dont une grande partie reste ignor?e chez nous. Le Livre noir d?nonce l' ?exception fran?aise? parce que le courant analytique serait dans notre pays plus important qu'ailleurs. Mais l'Hexagone n'est pas une exception: la psychanalyse est toujours solidement implant?e dans 41 pays. Si on se r?f?re au nombre de psychanalystes par habitant, le plus freudien est la Suisse, suivi par l'Argentine, la France, puis les Etats-Unis, le Br?sil et le Royaume-Uni. Et les diff?rences en termes d'implantation sont minimes: nous ne sommes pas, loin de l?, le dernier bastion o? r?siste la th?orie de l'inconscient. Les psychanalystes eux-m?mes n'ont-ils pas pr?t? le flanc ? ces attaques? Les soci?t?s analytiques vivent dans un monde ferm? travers? de querelles. Elles ont fait preuve d'une certaine arrogance ? l'encontre des psychoth?rapeutes lors des r?centes discussions sur le projet de loi visant ? r?glementer leur profession, en n?gociant avec le minist?re pour en ?tre exempt?es. Elles ont aussi eu le tort de ne pas prendre en compte les transformations sociales. La psychanalyse doit sa grandeur ? sa philosophie de la libert?, qui rend le sujet responsable de son destin. Mais les analystes fran?ais ont perdu leur pouvoir de subversion et se sont endormis sur la routine: ils se sont oppos?s au Pacs, au mariage des homosexuels, et n'ont cess? de pr?ner des positions frileuses sur l'?volution de la famille, alors que Freud lui-m?me n'avait pas h?sit? ? prendre des positions courageuses ? son ?poque contre la peine de mort, ou en d?fendant les homosexuels. Cela dit, la psychanalyse fran?aise a quand m?me ?volu?. Les analystes sont moins orthodoxes, ils ont renonc? aux cures ? cinq s?ances par semaine, ils acceptent que les patients ne s'allongent pas. Il y a un d?bat mondial pour red?finir la pratique et les formations. La psychanalyse a longtemps ?t? consid?r?e comme la discipline reine de la sant? mentale: est-ce toujours le cas? La psychiatrie est devenue enti?rement biologique, elle est en train de se soumettre au comportementalisme en redevenant purement m?dicale. Les praticiens adeptes des TCC sont peu nombreux en France (550 recens?s), ils n'attirent pas sp?cialement le public, mais ces th?rapies sont valoris?es dans les facult?s de m?decine et par le minist?re de la Sant? - cela peut changer - car elles sont rapides et ne co?tent pas cher. Elles pr?tendent apporter la gu?rison par des m?thodes de dressage qui r?duisent le sujet ? ses comportements. Mais il y aura toujours une partie de l'humanit? qui ?chappera ? cette normalisation. On n'arrivera jamais ? l'homme parfait qui ne fumera pas, ne se droguera pas, fera l'amour selon les normes en vigueur et se soumettra sans broncher aux r?gles et aux conventions sociales. Nous vivons dans une soci?t? troubl?e par la mondialisation, l'?volution des normes morales et la perte des rep?res religieux et identitaires, une soci?t? de plus en plus puritaine, qui veut le risque z?ro, qui poursuit les p?dophiles mais autorise et valorise la pornographie. Il y a un vrai combat philosophique derri?re tout cela: veut-on des individus soumis aux contraintes de l'efficacit? ?conomique et de l'h?donisme r?duit ? la question du corps, ou bien des sujets lucides et autonomes, mais peut-?tre moins contr?lables? --------------------------------- Appel audio GRATUIT partout dans le monde avec le nouveau Yahoo! Messenger T?l?chargez le ici !
participants (6)
-
armelle.gaydon@neuf.fr -
didier-potin@wanadoo.fr -
Guy.de.Villers@psp.ucl.ac.be -
jpkornobis@nordnet.fr -
laurentsauerwein@mac.com -
viguier_louis@yahoo.fr