[Lutecium-group] Sophocle et Lacan
D?sol? de changer le titre. J?esp?re que le grec passera correctement avec cette configuration. Voici d?abord la traduction de Robert Pignarre, Garnier Fr?res, 1974 (p. 83-84 en GF) : [Cr?on vient d?ordonner qu?on emm?ne Antigone, condamn?e, ainsi qu?Ism?ne, au palais, comme dans une ge?le, de peur qu?elle ne s?enfuie par crainte de la mort (pauvre Cr?on : il n?a rien compris). Elle est donc absente. Maintenant, c?est tout le ch?ur qui chante, c?est-?-dire la voix du peuple, avant que le Coryph?e n?intervienne pour annoncer l?arriv?e de H?mon, fils pu?n? de Cr?on et fianc? d?Antigone.] Ta toute-puissance, ? Zeus, comment l?orgueil des humains la tiendrait-il en ?chec ? Ni le sommeil qui tout entra?ne vers sa fin, ni les mois, enfant des dieux, dans leur cours infatigable, n?ont de prise sur elle. ?ternellement jeune, ma?tre absolu, tu si?ges sur l?Olympe, dans une aveuglante clart? ! Et demain comme hier et toujours, pr?vaudra cette loi : nul mortel n?atteint l?extr?me du bonheur qu?il ne touche ? sa perte. La mobile esp?rance console bien des hommes, mais de bien des hommes aussi abuse les d?sirs cr?dules : vers celui qui n?y prenait garde elle se glisse, il s?est br?l? ! Son pied touchait le feu? Quelle sagesse ?clate en l?adage fameux : Un esprit ?gar? prend le mal pour le bien. Un moment suffit pour le perdre. Pour m?moire, voici celle de Leconte de Lisle <http://www.theatre-classique.fr/pages/programmes/edition.php?t=../documents/SOPHOCLE_ANTIGONE.xml> (1877) : Strophe II. ? Zeus, quel homme orgueilleux peut r?primer ta puissance qui n'est dompt?e ni par le sommeil ma?tre de toutes choses, ni par les ann?es infatigables des Dieux ? Sans jamais vieillir, tu r?gnes ?ternellement dans la splendeur du flamboyant Olympos ! Une loi, en effet, pr?vaudra toujours, comme elle a toujours pr?valu parmi les hommes. Antistrophe II. L'esp?rance mensong?re est utile aux mortels, mais elle d?joue les d?sirs de beaucoup. Elle les excite au mal, ? leur insu, avant qu'ils aient mis le pied sur le feu ardent. Je ne sais qui a dit cette parole c?l?bre : ? Celui qu'un dieu pousse ? sa perte prend souvent le mal pour le bien, et il n'est garanti de la ruine que pour tr?s peu de temps. ? Quelques remarques personnelles. Pour comprendre le sens de la pi?ce, il faut la prendre dans tout son mouvement : l?opinion du peuple (le ch?ur) balance et ?volue. Nous sommes ici ? un moment, et il ne faut ni l?isoler ni le figer. Mais il faut aussi savoir qu?en ?441 (ou ?442), les Ath?niens sont partag?s entre les opinions d?fendues par Eschyle (ancienne g?n?ration) et celles, nouvelles, d?Anaxagore et d?Euripide. Le d?bat, passionn?, avait ?t? initi? par Protagoras d?Abd?re en ?443. Comment s?y retrouver puisque, d?une part, l?Antigone d?Euripide ne sera jou? qu?en 428 et que la pi?ce est perdue, et que d?autre part la fin de la Th?ba?de d?Eschyle que nous poss?dons aurait ?t? r??crite (truqu?e) tardivement ? Justement, Sophocle est entre les deux, et il tient ? rester en-dehors de la pol?mique. Il d?crit des positions, et prend le parti des codes classiques pour ne pas se mettre le peuple ? dos (ou parce qu?il n?arrivait pas ? se r?soudre ? trancher, ou? ?). Laissons les historiens d?battre et regardons le grec. Les dictionnaires donnent, pour ? ???, ?? (donc f?minin) : aveuglement fatal, crime ; malheur ; la Fatalit?, la Vengeance c?leste. Dans ??????? ?? ????????? ?????? ????? ????. (625, comme en 614), ????? : hors de, except?. Mais il ne faut pas n?gliger que dans ???? ???? ???? ????? (624), ???? + accusatif : vers, aupr?s de, contre ; relativement ? ; ? cause de ; en vue de? La ??? prend des significations diverses selon les expressions dans lesquelles elle entre. Je dois dire que ce n?est pas ce qui me retient. D?sol?. Ce qui me para?t beaucoup plus int?ressant, c?est ????? et c?est ????. L?essentiel du d?bat qui aura lieu entre les sophistes et Socrate portera l?-dessus. Loi, r?gle, convention ? Dieu transcendant ou capacit? d??chapper, ne serait-ce qu?un instant, ? la condition des mortels (donc supra-humain ?). En ce qui concerne la transcendance, il est intellectuellement simple (mais rarissime) de refuser l?interpr?tation chr?tienne : la transcendance de Dieu n?est absolument pas celle des divinit?s du Styx ou de l?Olympe. S?il en est un qui le comprendra admirablement, c?est le Descartes des V?rit?s ?ternelles (les 3 lettes de 1630) ! C?est d?ailleurs toute la th?ologie chr?tienne (et islamique, et une partie de la juda?que) qui le dira. Cela n?emp?che pas les traducteurs de mettre, sans vergogne, Dieu ? la place de divin (sans majuscule, svp)? D?o? l?incompr?hensibilit? des textes traduits. Pour autant, n?y a-t-il pas de transcendance du tout chez Sophocle et ses contemporains ? ? mon humble avis, ce serait une autre erreur que de le croire. Sans employer le terme, c?est ce qui faisait d?bat entre les sophistes et les platoniciens apr?s les Tragiques. Vous pensez bien que je ne trancherai pas ce qu?ils n?ont pas su trancher, et que la philosophie ne saura pas plus trancher qu?eux (cf. Leibniz et Spinoza apr?s Descartes). C?est tout le probl?me de la ? loi naturelle ?, d?ailleurs. On y retrouve le couple infernal ?????/???? derri?re le naturel (physis). C?est d?ailleurs ?toujours d?actualit?? (excusez ce pl?onasme, puisque l?actuel ? en acte ? ?chappe au temps, ce qui et l?exact oppos? des ? actualit?s ?). Un exemple ? n?y a-t-il pas une divinisation de la Nature et des ? lois naturelles ? chez nos tr?s pa?ens ?colos, et le pape n?a-t-il pas jug? bon de rappeler les ? v?rit?s chr?tiennes ? ? ce propos ? Bref, pour ne pas allonger ce casse-t?te, je me contenterai de dire qu?il faut prendre ce texte dans sa culture si on veut le comprendre. Mais est-ce possible ? Quant ? ce qu?en fait Lacan, il s?en sert pour donner du poids ? son discours (et penser). Libre ? lui de le faire. Mais ce n?est pas de la philologie. D?sol? de ne pas d?velopper plus. Ce serait trop technique et, si je me suis fait comprendre, inutile ici en ce qui concerne Lacan. JP B
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