[Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique
Cher Adrian, aussi bien Lacan que Freud ont pos? que la famille ?tait la petite cellule ?l?mentaire de la soci?t? donc je ne pense pas que la clinique soit hors jeu du politique, elle est au contraire en son coeur. A la limite tout est donc politique, la clinique consiste ? s'approcher au plus pr?s de ses ?l?ments premiers, dans la triangulation, p?re, m?re, enfant. Karim propose de prendre au s?rieux les grands textes de Freud, je ne peux qu'?tre d'accord avec lui. On ne peut qu'? chaque fois repartir du texte freudien pour r?-inventer la psychanalyse, justement parce que dans la r?invention, il y a incluse, l'invention premi?re. Par contre dans ces grands textes de Freud, dont effectivemement Totem et tabou et Mo?se et le monoth?isme ne sont pas ? n?gliger ( mais qui le ferait ?), on ne peut cependant omettre ce qu'il a appel? les malaises dans la civilisation et la grande bataille entre Eros et thanatos. Freud nous l'annonce, entre les deux, il n'est pas dit du tout que ce soit Eros qui gagne. Essayons au moins que sur Lutecium, cela puisse ?tre le cas. Liliane. ----- Original Message ----- From: Adrian Ortiz To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne Sent: Monday, May 31, 2010 6:19 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- ------------------------------------------------------------------------------ Cher Karim JBeili: je suis etonne de lire certaines reponses a votres ecrits et dits qui montrent justement l'impossibilite de certains analystes de voire autre chose que la suppose 'clinique' de la mise en scene c'est-a-dire, le cabinet, le divan, la patient et dans cette clinique c'est absolument absente la dimension de la psychanalyse de Freud par exemple la de Massenpsychologie. Ou est-ce qu-ils mettront c'est dimension clinique? ou parlent des 'patients' ou parlent de politique, par exemple la question d'Orient proche c'est le probleme de la constitution de deux etats etc etc. le probleme de l'extermine de l'autre, qu'est-ce que c'est? Ce qu'a fait la position de Freud en front de le nazisme europeen c'est dimension est absolument etrangere pour certains. Salut. Adrian Ortiz Adrian Ortiz, Buenos Aires. adrortiz at yahoo.com aortiz at psi.uba.ar http://www.angelfire.com/ok/AdrianOrtizPoube Biblioteca lacaneana Oscar Masotta: http://www.4shared.com/dir/8607756/f527f8b5/sharing.html 54 11 1551064192 54 11 48133564 ------------------------------------------------------------------------------ From: Calame.ca <jbeili at sympatico.ca> To: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.org> Sent: Sun, May 30, 2010 10:54:44 PM Subject: Re: [Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. ---Je comprends ? pr?sent. J'ai compar? la ?dissolution? ? la Naqba et les d?fenseurs de Miller s'en sont sentis offens?s et les z?lotes d'Isra?l aussi. Mon intention n'est pas de croiser le fer sur ces questions mais de mettre en lumi?re la situation d?sastreuse dans laquelle se trouve la psychanalyse suite ? la Naqba de 80. Comme les Palestiniens, notre seule occupation humanisante est de nous reproduire, mais nous n'avons aucune institution repr?sentative qui nous fasse honneur et qui nous assure un espace pour d?battre. Nous nous transformons lentement en groupe communautaire, orient? sur la reproduction de lui-m?me mais qui n'a plus aucune place dans l'espace public. Certes, il y a Isra?l et il y a l'?CF qui sont des organismes repr?sentatifs. Mais ces organismes ont de tr?s s?rieux probl?mes de l?gitimit?. Et on ne peut s'emp?cher de penser qu'ils gardent agglom?r?s autour d'eux tous ceux qu'ils sont suppos? avoir expuls?. En r?alit? ils en sont tout aussi responsables mais sont incapables de prendre cette responsabilit?. L'ensemble de l'expulsant et de l'expuls? est un organisme en faillite qui s'?puise dans des probl?mes de l?gitimit? et n'a plus aucune inventivit? (voir les structures dissipatives). L'ensemble des r?ponses aux attaques d'Onfray ?tait tout ? fait ?loquente ? ce sujet. Elles r?p?taient toutes la m?me chose ?oui mais cliniquement ?a aide les gens?. Nous sommes apparus comme des appendices d'Onfray qui occupait le centre de l'espace m?diatique et nous autour qui justifiions la psychanalyse avec pour seul minable argument qu'elle est utile. Nous sommes d?pass?s et incapables de dire quoi que ce soit de convaincant aux jeunes qui abordent la vie ? part l'?ternel ?papa, maman?. Nous ne comprenons plus rien ? la r?alit? qui nous entoure. Nous n'avons plus rien d'int?ressant ? dire sur les mutations majeures qui adviennent autour de nous. La p?riode magique de Freud et de Lacan est bel et bien termin?e. Nous continuons ? voir les faits collectifs ? travers la lorgnette clinique et celle de la sexualit?. Pourtant Freud nous avait indiqu? le chemin. Si nous avions poursuivi les recherches de Freud sur les communaut?s, peut-?tre aurions nous pu comprendre la dissolution, ou la Naqba et peut-?tre aurions nous pu en dire quelque chose plut?t que se battre comme des chiffonniers. Pour en revenir ? l'Oedipe, la figure paternelle a sombr? corps et biens depuis presque un si?cle emportant avec elle le principe de plaisir. La rivalit? fraternelle l'a emport? largement depuis, avec ce qu'elle comporte de jouissance meurtri?re. Pourtant cette jouissance nous reste opaque comme la mati?re noire de l'univers, et la question de la mort, pourtant primordiale aujourd'hui dans nos vies, reste secondaire dans nos cabinets. Je suis pr?t ? discuter de ces nombreuses affirmations avec tous ceux qui auront r?ussi ? garder leur sang froid apr?s avoir lu toutes ces insanit?s. cordialement Karim Jbeili Psychanalyste www.calame.ca Le 10-05-30 ? 00:42, Jos Tontlinger a ?crit : lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Bonjour Karim, Le 30-mai-10 ? 02:24, Calame.ca a ?crit : lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Je suis tr?s impressionn? par les messages de haine que j'ai re?u. Je remercie par contre ceux qui m'ont r?pondu avec courtoisie. Je ne suis pas tr?s s?r que ce soit ad?quat que je d?veloppe mon point de vue dans cette atmosph?re un peu obscurantiste. Je ne comprends pas tr?s bien. Karim Jbeili Psychanalyste www.calame.ca Vous n'?tes quand-m?me pas un nouveau venu et vous comprenez parfaitement bien. Rappelez-vous, il y des ann?es d?j?, en d'autres lieux, vos m?mes insistances, le m?me sous-discours, les m?mes offusquations de ne pas ?tre compris, les m?mes manoeuvres, les m?mes victimisations. Oui, en effet, je pr?f?re en rire. Oui, des n?-lecteurs de vos propos sont tent?s de rentrer dans votre danse....le temps de d?chanter. A chacun son "oeuvre". Courtoisement. Jos Tontlinger. _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ------------------------------------------------------------------------------ _______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group ------------------------------------------------------------------------------ Ce message entrant est certifi? sans virus connu. Analyse effectu?e par AVG - www.avg.fr Version: 9.0.819 / Base de donn?es virale: 271.1.1/2908 - Date: 05/31/10 08:25:00
Bonjour , Tr?s pragmatiquement, qu?est-ce que finalement la clinique ? C?est ?couter et entendre ce que les analysants disent. Et qu?est ce qu?ils disent ? Effectivement, qu?entre ?ros et thanatos ils ne s?y retrouvent pas facilement et quelles qu?en soient les manifestations psychiques singuli?res ? chaque analysant. Ils disent qu?ils sont individuellement ce que l?autre, les autres, la soci?t?, la culture, la civilisation, l?histoire et ainsi de suite sont pareillement pris dans la m?me th?matique fondamentale au niveau collectif. Depuis nos d?buts, ni les analystes, ni les analysant n?en sont dupes. Qu?est-ce que la clinique encore, mais plus particuli?rement du c?t? de l?analyste ? Peut-?tre mais pas obligatoirement ses r?f?rences th?oriques. Clich? banal du savoir et du savoir-faire. Pour certains, ils s?agit de reproduire les ?nonc?s th?oriques tels quels et d?en chercher encore de finesse ?ventuellement inexplor?es afin de marquer de son emprunte personnelle l?histoire de notre discipline. Les associations, regroupements, inscriptions politico-sociales diverses peuvent en repr?senter la cadre et pouvant, dans une certaine mesure, stimuler la recherche fondamentale. Et puis, il y a tous ces cliniciens, majoritaires et anonymes qui ne sont ni parisiens, ni fran?ais, ni m?me francophones, ni m?me formellement rattach?s ? telle ou telle association ou ?cole, qui ? la rigueur s?en fichent m?me du signifiant ? psychanalyste ?, mais qui oeuvrent inlassablement, en prol?taires et artisans de la psychanalyse, au plus pr?s des analysants et dans le champs social, quotidiennement et n?ayant gu?re trop de temps ? consacrer ? autre chose ou mondanit?s que de labourer encore et encore ces champs psychiques. Ce qui les l?gitimise n?est pas tant ce qu?ils sont eux- m?mes, mais c?est cette simple ?coute de tout de qui peut se dire en s?ance, dans cette clinique justement du non-savoir ? priori. Le savoir de la psychanalyse ne saurait ?tre que celui des analysants et c?est dans la clinique que ce savoir se d?gage et peut ?ventuellement s?exporter et se reformuler, jamais au service de la psychanalyse et toujours au service des analysants et quoi qu?ils en fassent. Cordialement. Jos Tontlinger. Le 01-juin-10 ? 08:04, Liliane Fainsilber a ?crit :
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Cher Adrian, aussi bien Lacan que Freud ont pos? que la famille ?tait la petite cellule ?l?mentaire de la soci?t? donc je ne pense pas que la clinique soit hors jeu du politique, elle est au contraire en son coeur. A la limite tout est donc politique, la clinique consiste ? s'approcher au plus pr?s de ses ?l?ments premiers, dans la triangulation, p?re, m?re, enfant. Karim propose de prendre au s?rieux les grands textes de Freud, je ne peux qu'?tre d'accord avec lui. On ne peut qu'? chaque fois repartir du texte freudien pour r?-inventer la psychanalyse, justement parce que dans la r?invention, il y a incluse, l'invention premi?re.
Par contre dans ces grands textes de Freud, dont effectivemement Totem et tabou et Mo?se et le monoth?isme ne sont pas ? n?gliger ( mais qui le ferait ?), on ne peut cependant omettre ce qu'il a appel? les malaises dans la civilisation et la grande bataille entre Eros et thanatos. Freud nous l'annonce, entre les deux, il n'est pas dit du tout que ce soit Eros qui gagne. Essayons au moins que sur Lutecium, cela puisse ?tre le cas. Liliane.
Dans le fil de nos discussions? un article du Monde tout chaud?Didier Mathy Onfray : le chapitre manquant, par Fr?d?ric Forest et Fran?ois Pommier LEMONDE.FR | 01.06.10 | 09h22 Le meilleur chapitre de Onfray est celui qu'il n'a pas ?crit. Car la psychanalyse ne se r?sume pas aux th?ses du ma?tre contrairement ? ce qu'avance l'auteur du Cr?puscule d'une idole (Grasset, 2010). Qu'aurait fait Freud ? "Prendre son cas pour une g?n?ralit?". Pourtant, la psychanalyse est une r?f?rence pour des milliers de th?rapeutes en France. Car le freudisme, c'est aussi l'ensemble des cliniques post-freudiennes qui travaillent le champ ouvert par la reconnaissance d'un inconscient psychique. Citons en quelques-unes : clinique du handicap, clinique de l'extr?me, clinique des maladies graves, psychosomatique, clinique des addictions, psychanalyse de l'enfant, clinique de l'adolescence, clinique du groupe, etc. Ces cliniques mobilisent l'invention, l'?tonnement et la plasticit? des th?rapeutes et cliniciens pour traiter des souffrances psychiques, parfois extr?mes, au jour le jour. Cette diversit? s'inscrit dans un champ ouvert par Freud et continuellement r?interrog? voire th?oriquement malmen? pour s'adapter ? des individus singuliers. Le travail des psychanalystes d'aujourd'hui donne raison, ? rebours, aux intuitions fondamentales de Freud qui constituent un h?ritage formidablement f?cond. La question n'est pas celle, d?risoire, des draps du couple Freud, mais ce que la th?orie et la m?thode freudiennes nous apportent encore aujourd'hui, d'une mani?re particuli?rement vivante. Certes, Onfray nous rappelle la le?on de Mo?se versus Aaron : les idol?tres p?trifient l'apport freudien. Mais, la th?orie initi?e par Freud est au contraire perp?tuellement retiss?e, r?interpr?t?e, comme dans la tradition talmudique de lecture biblique qui commente les commentaires, ? l'infini. Aujourd'hui, c'est l'invention des cliniciens au contact des patients qui sauvegarde l'actualit? du corpus psychanalytique, eux qui refont ? chaque cas la th?orie de leur pratique. LA SINGULARIT? DU SUJET En substance : non, la psychanalyse n'est en aucun cas la philosophie du seul Freud, ni une "plante v?n?neuse", ni une "pens?e totalitaire". Non seulement la psychanalyse n'est pas p?trifi?e dans un radotage freudien, mais elle nous est aujourd'hui particuli?rement utile pour lutter contre les simplismes qui investissent le champ de la sant? mentale. Car la psychanalyse est une discipline de la complexit?. Freud a toujours ?t? du c?t? de la causalit? multiple, du tissage des contraires, ? l'?coute des d?sirs enchev?tr?s et contradictoires d'un sujet. C'est pourquoi, il n'est de psychanalyse que d'un sujet, le reste est hypoth?se ou opinion. Les th?rapeutes qui r?inventent la clinique freudienne au quotidien en ?coutant leurs patients le savent bien. Et ce savoir participe du respect des patients tout autant que du d?m?lage et de l'all?gement de leurs souffrances psychiques. Aujourd'hui, au contraire de la psychanalyse, l'id?ologie d'une sant? parfaite nous promet des explications rapides, comme l'avaient fait, par exemple, en leurs temps, la phr?nologie au XIXe si?cle (on lisait le caract?re d'une personne en fonction des bosses de son cr?ne) ou la lobotomie au milieu du XXe si?cle (on pensait soigner la schizophr?nie en op?rant grossi?rement le cerveau). Ainsi s'opposent ces r?ductionnismes ? la complexit? du psychisme pr?n?e par la psychanalyse. La r?duction de la causalit? psychique ? des raccourcis lin?aires (l'homosexualit? expliqu?e par les g?nes en est encore un exemple navrant) est toujours dangereuse pour les libert?s individuelles. Au contraire, la pratique analytique prend du temps, mais elle respecte la singularit? du sujet et s'?carte de tout hygi?nisme mental. Fr?d?ric Forest est docteur en sciences politiques et chercheur associ? ? l'universit? Paris-VII-Diderot. Il est l'auteur de Freud et la science (Economica Anthropos, 2010). Fran?ois Pommier est psychiatre, psychanalyste, professeur des universit?s ? Paris-Ouest-Nanterre-la D?fense. Il est l'auteur de L'Extr?me en psychanalyse (Campagne premi?re, 2008).
Neikos et Philia Le besoin s?efface, tout devient objet de d?sir. On consomme de la libido ? tout va, ?crans de cin?ma, de t?l?vision et d?ordinateur sont devenus les relais d?un flux infini de libido. Infinie, sans fin, l?incitation au d?sir semble nous condamner ? une consommation consumante du monde. Et pourtant, nous l?avons tous exp?riment?, la satisfaction promise, pl?biscit?e, publicit?e, n?est jamais ? la hauteur du plaisir obtenu : ? ce n?est pas ?a ! ?. Rien ? faire, les objets suppos?s comblants, d?finitivement divertissants, laissent ? d?sirer. A qui la faute ? Au voleur de jouissance, ? l?emp?cheur de convoiter, que le pouvoir, diffuseur de d?sirs multipliables ? l?infini, impossibles ? satisfaire, d?signe comme l?Autre de notre haine, de nos d?sirs forc?s, d?tourn?s, frustr?s ? Dans le *Confessions*, Augustin d?finit le mal comme ? la perversit? d?une volont? qui se d?tourne de la substance souveraine vers les choses basses ? (VIII, 16, 22). Les choses n?exercent pas d?elles-m?mes une s?duction, le monde et le corps ne sont pas les principes du mal. Cr?ateur et omniscient, Dieu a permis que le mal soit possible, mais il ne l?a pas voulu. Le mal est contenu dans le mouvement de notre volont? qui se d?tourne de Dieu, qui suit une voie d?sordonn?e qui le d?sir de l??me d?abord tourn? vers Dieu et le voue au malheur des choses ?ph?m?res. Ce que veut l?homme, c?est r?pondre ? la promesse de bonheur et d?immortalit? que repr?sente l?image de Dieu en lui. Mais se voulant libre, il se rend esclave des convoitises. Et l?infini du d?sir ?tant la marque de son caract?re divin, tous les objets d??oivent l??me pervertie et ne lui procurent que le sentiment de la perte ou du deuil, voire de d?go?t de la possession. Les d?sirs ne sont pour elle que ? des semences st?riles d?o? ne na?t que des douleurs ? (*Confessions*, II, 2). Insatiable, pourtant, demeure le d?sir. Signe que son but est au-del?. En-de??, le d?sir provoque une double d?gradation : de Dieu et de l??me, raval?s ? l?indignit? d?objets : ? Alors qu?en suivant?.. ? (*De la Trinit?*, XII, 9, 14) La psychanalyse fait du d?sir un regret, tourn? vers le pass?, suivant le sens premier du mot *desiderium* rejoignant en cela toute une tradition philosophique. Et pourtant. Lacan, alors m?me qu?il commente *Le Banquet* de Platon, ?voque ? ce champ d?laiss?, ce champ d?cri?, ce champ exclu par la philosophie, parce que non maniable, non accessible ? sa dialectique, et qui s?appelle le d?sir ? (*SVIII*, p.176). Or, la lecture des textes lacaniens montre qu?il ne fait du d?sir le concept central de l?exp?rience psychanalytique qu?en d?portant cette derni?re vers l?interrogation philosophique, et que par la m?diation de nombreux philosophes. A commencer par Emp?docle. La vision emp?docl?enne de la gen?se des ?tres selon un jeu de forces opposant Philia ? Neikos rend compte d?un processus g?n?tique bien r?el : celui de la formation du moi et du l?image du corps propre. Elle est, en effet, indissociable de cette ? imago du corps morcel? ? ?tudi?e par Lacan dans le texte consacr? au ? Stade du miroir ? o?, se r?f?rant ? la pens?e pr?socratique pour laquelle ? la Discorde [est] ant?rieure ? l?harmonie ?, il voit dans ces images de dislocation la trace de ? l?agressivit? constitutive de la premi?re individuation subjective ?. *Philia* et *Neikos*, amiti? et discorde, peuvent ?tre ramen?s ? l?opposition freudienne entre pulsion de vie et pulsion de mort. Dans les premi?res pages de *l?Abr?g? de psychanalyse*, o? il ?tablit le dualisme des pulsions, Freud rappelle que ? le philosophe Emp?docle d?Acragas avait d?j? adopt? cette fa?on de consid?rer les forces fondamentales ?. Le but d?Eros, affirme-t-il, est ? d??tablir de toujours plus grandes unit?s afin de les conserver ?, le but de l?autre pulsion est, au contraire, ? de briser tous les rapports, donc de d?truire toute chose ?. Dans les *Ecrits* Lacan fait lui aussi droit ? la paternit? d?Emp?docle et restitue au d?sir sa dimension tragique. Dans le *S?minaire VII*, cette dimension tragique a nom ? Volont? de destruction ?. Sous le d?sir, travaille une pulsion qui, allant ? au-del? de la tendance au retour ? l?inanim? [?] met en cause tout ce qui existe ?. Dans le prolongement d?Emp?docle et d?un point de vue lacanien il ne serait pas faux d?avancer que, pour faire servir la loi du d?sir ? la reproduction des formes et des ?tres, l?Amour doit ruser. ? En tant que mirage sp?culaire, l'amour a essence de tromperie ? affirme Lacan dans *Encore* (SXX, p.241). Cette citation peut ?tre rapproch?e d?une anecdote rapport?e par Aristote : ? On cite qu?une chienne se couchait toujours sur le m?me carreau d?argile. Emp?docle, ? qui l?on demandait pourquoi la chienne se couchait sur le m?me carreau, r?pondit que c??tait parce que la chienne avait avec lui une ressemblance. ? (*Grande Morale*, II, 11). Si la Haine meut la vie, l?Amour doit donc ruser pour imposer sa force. Cela pourrait laisser penser que l?Amour contient une valeur salvatrice. Il n?en est pas exactement ainsi. Car si la Haine est une force de vie c?est bel et bien parce que l?Amour rec?le, non pas le salut, mais la destruction. Un monde de pur amour serait un monde sans vie. Le retour de l?Amour correspond d?ailleurs chez Emp?docle au retour ? l?indiff?renci? du *Sphairos*, ? la mort. ? Car, si l?Amour est au service de la reproduction, son but ultime n?en reste pas moins, au-del? de " Plaisir de Cypr?s ", le retour ? l?un indiff?renci? du *Sphairos*. L?amour fait de la bouillie et, comme on dit, c?est ?tre " ? la colle " ? (Camille Dumouli?, *Le d?sir*, p. 29). Haine et Amour, *Neikos* et *Philia* tendent tous deux vers le m?me but : la mort. Men? par le travail s?parateur de la Haine ou par l?union absolue de l?Amour, le monde erre entre deux morts. Emp?docle se jetant dans le crat?re de l?Etna correspond ? un geste philosophique d?arrachement au destin tragique du d?sir. Lacan rend hommage ? ce dernier geste purificateur en ces termes : ? Emp?docle se pr?cipitant dans l?Etna laisse ? jamais pr?sent dans la m?moire des hommes cet acte symbolique de son ?tre-pour-la-mort. [?] Mais cette affirmation d?sesp?r?e de la vie [?] est la forme la plus pure o? nous reconnaissons l?instinct de mort. Le sujet dit : ? Non ! ? ? ce jeu de furet de l?intersubjectivit? o? le d?sir ne se fait reconna?tre un moment que pour se perdre dans un vouloir qui est vouloir de l?autre. Patiemment, il soustrait sa vie pr?caire aux moutonnantes agr?gations de l?Eros du symbole pour l?affirmer enfin dans une mal?diction sans parole. [?] C?est comme d?sir de mort en effet qu?il s?affirme pour les autres ? (*Ecrits*, p. 320) Le 1 juin 2010 09:41, Jos Tontlinger <j.tontlinger at skynet.be> a ?crit :
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Bonjour ,
Tr?s pragmatiquement, qu?est-ce que finalement la clinique ? C?est ?couter et entendre ce que les analysants disent. Et qu?est ce qu?ils disent ? Effectivement, qu?entre ?ros et thanatos ils ne s?y retrouvent pas facilement et quelles qu?en soient les manifestations psychiques singuli?res ? chaque analysant. Ils disent qu?ils sont individuellement ce que l?autre, les autres, la soci?t?, la culture, la civilisation, l?histoire et ainsi de suite sont pareillement pris dans la m?me th?matique fondamentale au niveau collectif. Depuis nos d?buts, ni les analystes, ni les analysant n?en sont dupes.
Qu?est-ce que la clinique encore, mais plus particuli?rement du c?t? de l?analyste ? Peut-?tre mais pas obligatoirement ses r?f?rences th?oriques. Clich? banal du savoir et du savoir-faire. Pour certains, ils s?agit de reproduire les ?nonc?s th?oriques tels quels et d?en chercher encore de finesse ?ventuellement inexplor?es afin de marquer de son emprunte personnelle l?histoire de notre discipline. Les associations, regroupements, inscriptions politico-sociales diverses peuvent en repr?senter la cadre et pouvant, dans une certaine mesure, stimuler la recherche fondamentale.
Et puis, il y a tous ces cliniciens, majoritaires et anonymes qui ne sont ni parisiens, ni fran?ais, ni m?me francophones, ni m?me formellement rattach?s ? telle ou telle association ou ?cole, qui ? la rigueur s?en fichent m?me du signifiant ? psychanalyste ?, mais qui oeuvrent inlassablement, en prol?taires et artisans de la psychanalyse, au plus pr?s des analysants et dans le champs social, quotidiennement et n?ayant gu?re trop de temps ? consacrer ? autre chose ou mondanit?s que de labourer encore et encore ces champs psychiques. Ce qui les l?gitimise n?est pas tant ce qu?ils sont eux-m?mes, mais c?est cette simple ?coute de tout de qui peut se dire en s?ance, dans cette clinique justement du non-savoir ? priori. Le savoir de la psychanalyse ne saurait ?tre que celui des analysants et c?est dans la clinique que ce savoir se d?gage et peut ?ventuellement s?exporter et se reformuler, jamais au service de la psychanalyse et toujours au service des analysants et quoi qu?ils en fassent.
Cordialement.
Jos Tontlinger.
Le 01-juin-10 ? 08:04, Liliane Fainsilber a ?crit :
lutecium-group: Ceci est un document du Groupe de Travail Lutecium. --- Cher Adrian, aussi bien Lacan que Freud ont pos? que la famille ?tait la petite cellule ?l?mentaire de la soci?t? donc je ne pense pas que la clinique soit hors jeu du politique, elle est au contraire en son coeur. A la limite tout est donc politique, la clinique consiste ? s'approcher au plus pr?s de ses ?l?ments premiers, dans la triangulation, p?re, m?re, enfant. Karim propose de prendre au s?rieux les grands textes de Freud, je ne peux qu'?tre d'accord avec lui. On ne peut qu'? chaque fois repartir du texte freudien pour r?-inventer la psychanalyse, justement parce que dans la r?invention, il y a incluse, l'invention premi?re.
Par contre dans ces grands textes de Freud, dont effectivemement Totem et tabou et Mo?se et le monoth?isme ne sont pas ? n?gliger ( mais qui le ferait ?), on ne peut cependant omettre ce qu'il a appel? les malaises dans la civilisation et la grande bataille entre Eros et thanatos. Freud nous l'annonce, entre les deux, il n'est pas dit du tout que ce soit Eros qui gagne. Essayons au moins que sur Lutecium, cela puisse ?tre le cas. Liliane.
_______________________________________________ A question? click Help-Me at lutecium.org Lutecium-group mailing list Lutecium-group at lutecium.org http://cerium.lutecium.org/cgi-bin/mailman/listinfo/lutecium-group
Que le sympt?me institue l?ordre dont s?av?re notre politique, implique d?autre part que tout ce qui s?articule de cet ordre soit passible d?interpr?tation.C?est pourquoi on a bien raison de mettre la psychanalyse au chef de la politique. Et ceci pourrait n??tre pas de tout repos pour ce qui de la politique a fait figure jusqu?ici, si la psychanalyse s?en av?rait avertie.Lacan Literaturre 1971 ?Graciela Graham ________________________________ De: Jos Tontlinger <j.tontlinger at skynet.be> Para: Groupe de travail pour la psychanalyse lacanienne <lutecium-group at lutecium.org> Enviado: mar, junio 1, 2010 4:41:07 AM Asunto: Re: [Lutecium-group] Sortir du ghetto de la clinique lutecium-group: Ceci est un document du? Groupe de Travail Lutecium. ---Bonjour , Tr?s pragmatiquement, qu?est-ce que finalement la clinique?? C?est ?couter et entendre ce que les analysants disent. Et qu?est ce qu?ils disent?? Effectivement, qu?entre ?ros et thanatos ils ne s?y retrouvent pas facilement et quelles qu?en soient les manifestations psychiques singuli?res ? chaque analysant. Ils disent qu?ils sont individuellement ce que l?autre, les autres, la soci?t?, la culture, la civilisation, l?histoire et ainsi de suite sont pareillement pris dans la m?me th?matique fondamentale au niveau collectif. Depuis nos d?buts, ni les analystes, ni les analysant n?en sont dupes. ? Qu?est-ce que la clinique encore, mais plus particuli?rement du c?t? de l?analyste?? Peut-?tre mais pas obligatoirement ses r?f?rences th?oriques. Clich? banal du savoir et du savoir-faire. Pour certains, ils s?agit de reproduire les ?nonc?s th?oriques tels quels et d?en chercher encore de finesse ?ventuellement inexplor?es afin de marquer de son emprunte personnelle l?histoire de notre discipline. Les associations, regroupements, inscriptions politico-sociales diverses peuvent en repr?senter la cadre et pouvant, dans une certaine mesure, stimuler la recherche fondamentale. ? Et puis, il y a tous ces cliniciens, majoritaires et anonymes qui ne sont ni parisiens, ni fran?ais, ni m?me francophones, ni m?me formellement rattach?s ? telle ou telle association ou ?cole, qui ? la rigueur s?en fichent m?me du signifiant ??psychanalyste??, mais qui oeuvrent inlassablement, en prol?taires et artisans de la psychanalyse, au plus pr?s des analysants et dans le champs social, quotidiennement et n?ayant gu?re trop de temps ? consacrer ? autre chose ou mondanit?s que de labourer encore et encore ces champs psychiques. Ce qui les l?gitimise n?est pas tant ce qu?ils sont eux-m?mes, mais c?est cette simple ?coute de tout de qui peut se dire en s?ance, dans cette clinique justement du non-savoir ? priori. Le savoir de la psychanalyse ne saurait ?tre que celui des analysants et c?est dans la clinique que ce savoir se d?gage et peut ?ventuellement s?exporter et se reformuler, jamais au service de la psychanalyse et toujours au service des analysants et quoi qu?ils en fassent. Cordialement. Jos Tontlinger. ? Le 01-juin-10 ? 08:04, Liliane Fainsilber a ?crit : lutecium-group: Ceci est un document du ?Groupe de Travail Lutecium.
--- Cher Adrian, aussi bien Lacan que Freud ont pos? que la famille ?tait la petite cellule ?l?mentaire de la soci?t? donc je ne pense pas que la clinique soit hors jeu du politique, elle? est au contraire en son coeur. A la limite tout est donc politique, la clinique consiste ? s'approcher au plus pr?s de ses ?l?ments premiers, dans la triangulation, p?re, m?re, enfant. Karim propose de prendre au s?rieux les grands textes de Freud, je ne peux qu'?tre d'accord avec lui. On ne peut qu'??chaque fois? repartir du texte freudien pour r?-inventer la psychanalyse, justement parce que dans la r?invention, il y a incluse, l'invention premi?re. ? Par contre dans ces grands textes de Freud, dont effectivemement Totem et tabou et Mo?se et le monoth?isme ne sont pas ? n?gliger ( mais qui le ferait ?), on ne peut cependant omettre ce qu'il a appel? les malaises dans la civilisation et la grande bataille entre Eros et thanatos. ?Freud nous l'annonce, entre les deux, il n'est pas dit du tout que ce soit Eros qui gagne. Essayons au moins que sur Lutecium, cela puisse ?tre le cas. Liliane.
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