Chers amis,
Apr?s un travail autour du Surmoi, puis du Matricide ? partir de l'Orestie
que je vous avais adress?, je vous fait part d'un nouveau travail de cartel
sur le nom propre suite ? des suggestions de Liliane et de Guy. A la
relecture je me rends compte que ce texte est tr?s dense et demanderait des
d?roulements qui feraient peut-?tre un ouvrage. En tous les cas bonne
lecture et merci de vos remarques en retour et peut-?tre d'un d?bat (il y a
mati?re).
Amicalement
Michel BORSOTTO
Psychanalyste
655 chemin du Prats
06390 COARAZE
04 93 79 36 59
<m.p.borsotto at wanadoo.fr>
Le nom propre. (version 2)
Cela a commenc? par l?oubli de noms propres, et donc une ?nigme, une
question. Oublier, perdre de vue.
Le premier texte de Freud dans ?Psychopathologie de la vie quotidienne?
s?intitule: Oubli des noms propres (1911). Voici sa derni?re phrase: ?Aussi
ne risquons-nous pas de d?passer les bornes de la prudence, en r?sumant la
situation de la fa?on suivante: ? c?t? du simple oubli d?un nom propre, il
existe des cas o? l?oubli est d?termin? par le refoulement.? Phrase on ne
peut plus prudente et qui ouvre ? l?int?r?t. Dans la suite de l?ouvrage il
poursuit par l?oubli des mots appartenant ? des langues ?trang?res, les
souvenirs-?crans, les lapsus, les actes manqu?s et termine par les croyances
au hasard et les superstitions.
Mettons en parall?le avec le s?minaire de Lacan ?L?identification?
1961-1962. IX. Entre ?Le transfert? VIII et ?L?angoisse? X.
Dans ?L?identification? Lacan parle de la fonction du nom propre
notamment dans les s?ances des 20 d?cembre 1961 et de janvier 1962.
Ce s?minaire est consid?r? comme un des plus importants.
Ce que j?y ai trouv? c?est un basculement. Apr?s ces s?ances sur le nom
propre Lacan aborde les surfaces: tores, cross-cap, bande de Moebius. Le
s?minaire devient un cours de topologie math?matique comme si arriv? ? ce
point du nom il butait sur quelque chose qui l?emp?che d?aller plus loin par
le langage. Il bute sur ce qu?il essaie de nommer. D?filent les termes de
trait unaire, de coche, de phallus, d?objet a, de regard, de voix, de
coupure, de signifiant intraduisible, d?Autre comme lieu, de d?sir, de
jouissance, de parole transfinie pour aller vers l?angoisse qui annonce le
s?minaire suivant. Cela bute sur l?Autre d?avant la question et cet
impossible ? dire, il nomme le point F. Lacan tente alors le d?fil?
math?matique pour dire autrement.
Cela renvoie ? Freud. Freud de ?Totem et Tabou?. Le p?re de l?origine
est hors langage. Il ne peut ?tre qu?un animal.
Le sujet se constitue ? partir de cela.
Notons que Lacan s?arr?tera, le 20 novembre 1963, ? la s?ance unique sur
?Les Noms du P?re?. Les arguments qu?il avance pour ne pas poursuivre ce
s?minaire ne m?ont pas convaincu.
Je l?analyse comme le point d?o? s?origine la r?p?tition du m?me dans sa
diff?rence. ?nigme du sujet pris dans le langage.
Mettons-nous en chemin.
Avant de na?tre le sujet est parl?, nomm?. A sa naissance il est pris
dans les rets du langage. Il constitue d?abord l?Autre comme un personnage:
la m?re, le p?re, les familiers et il va s?y chercher, butant sur la
question ?Che vuoi?? -
#
Que me veut-il? D?o? d?coulent les questions-demandes: Que suis-je pour
l?Autre? Qui suis-je? Quel est mon d?sir?
A un moment de l?existence la rencontre avec le miroir m?interpelle.
Rencontre avec l?image comme leurre. L?Autre me dit que c?est moi. C?est moi
cette image? Dans mon fors(t) int?rieur je ne le crois pas et je vais donc
r?p?ter la question. La question de l??tre.
Il y a d?abord le regard qui regarde et qui est regard?. Saisir quelque
chose de cette image sp?culaire qui me repr?sente. Arr?t.
Vient la voix. La voix qui nomme. ?C?est toi, tu es, tuer? Il veut ma
mort.?
Un nom. ?C?est ton nom. Tu t?appelles...
- Ah, bon je m?appelle, je suis...?
Vient un mot qui me signifie (en tous les cas c?est ce que le sujet
croit dans son fantasme en sachant bien que c?est faux). Il est une trace
mn?sique d?un objet, ce que Lacan appelle le signifiant. Ce mot est
constitu? de phon?mes, parce que je n?attache pas d?importance au sens de
mon nom, m?me si je m?appelle Dupont et que je n?habite pas forc?ment aupr?s
d?un pont. Ce qui m?attache dans mon nom ce sont des sons. Ce sont des sons
qui n?ont pas de sens. Ils font coupure. C?est le trait unaire ? partir
duquel je me compte, je compte pour moi. Ce signifiant de l?origine cens? me
repr?senter, je n?y suis pas. Je ne peux m?y saisir. Je m?arr?te ? ce
signifiant intraduisible qui fait coupure et ?nigme. Si je l?accepte, si il
fait sens, ? partir de l? je m?engage dans la recherche de ce JE et cela ne
s?arr?te plus. Je n?existe que dans le langage, dans une cha?ne signifiante
o? je ne me trouve pas.
?... En tant que le sujet parle, il ne peut faire que de s?avancer
toujours plus avant dans la cha?ne, dans le d?roulement des ?nonc?s, mais,
que se dirigeant vers les ?nonc?s, de ce fait m?me, dans l??nonciation il
?lide quelque chose qui est ? proprement parler ce qu?il ne peut pas savoir,
? savoir le nom de ce qu?il est en tant que sujet de l??nonciation.?
(L?identification p93)
Je vais me chercher dans l?Autre. Je l?institue. Je vais chercher dans
ce ?Tr?sor des signifiants? la r?ponse. J?institue le sujet suppos? savoir.
Il y a quelqu?un qui sait. Il y a quelqu?un qui a la r?ponse ? ma question:
?Qui suis-je? Qui est JE??.
Ce signifiant premier, cette coche, ce trait unaire si je l?accepte
-nous y reviendrons par le n?cessaire passage du n?vros? par la psychose -
m?inscrit dans la coupure, dans le langage, dans la soci?t?, dans l?ordre
des g?n?rations. J?accepte de vivre et donc de mourir. Castration.
Lacan nomme ce signifiant premier de plusieurs termes: trait unaire,
coche, puis phallus. Ce signifiant nommable mais irrepr?sentable qui
enclenche la parole du sujet et sa qu?te. Le parall?le est fait avec le nom
de Dieu impronon?able du t?tragramme YHVH et le ?Ehyeh ach?re Ehyeh? du
buisson ardent: ?Je serai ce que je serai?.
Le phallus devient le Nom du P?re pour faire fonction de s?paration.
S?paration de l?Autre d?vorant de la m?re. Je vais partir ? la recherche de
#
quelque chose qui manque. Il manque quelque chose. Je suis manquant. La Loi
m?oblige ? d?sirer selon l?ordre de mon sexe, il y a une dette symbolique,
une ali?nation, l?obligation d?un objet de d?sir. Privation. Je vais partir
? la recherche de ce quelque chose que l?Autre doit poss?der et qui me
comblera. Je vais partir par les couloirs de l?imaginaire et chercher le bon
objet, le bon signifiant qui sera la r?ponse ? mon ?nigme. La vie peut
m?apprendre que l?Autre ne l?a pas cet objet. Il est manquant, il lui manque
quelque chose. Je cherche alors autour de moi. Dans les regards, dans les
mots, dans les chairs, dans les objets. Rien. Frustration.
L?Autre n?existe pas comme personne, mais comme lieu. Il ne garantit
rien. Il devient le voile o? l?objet va se mettre ? couvert. Lieu ? la fois
int?rieur et ext?rieur. Dedans et dehors. M?taphore de la bande de Moebius.
D?couverte de la m?taphore. Quelque chose s?ajoute. Je cr?e du sens. Je cr?e
du sens autour de quelque chose d?irrepr?sentable, qui est vide, qui me fait
d?sirer et que Lacan a nomm? ?objet a?.
Dans un texte de 1925 ?La d?n?gation?, Freud parle de la fonction de
jugement qui attribue, ou retire, verbalement, une propri?t? ? une chose,
(jugement d?attribution) que Lacan appellera ?affirmation primordiale? et
qui institue le sujet de l?inconscient qui recherche ? partir de l? non pas
l?objet, mais sa trace, sa ?repr?sentation? positive s?il attribue, n?gative
s?il expulse, trace mn?sique. Il parle aussi du jugement d?existence qui,
soumettant les traces mn?siques de l?objet ? l??preuve de la r?alit?,
consacre la perte de cet objet et c?l?bre la naissance de l?objet ?
retrouver.
J?ek-siste par ce leurre auquel je dois croire. Mentir vrai, qui vient
en place de v?rit? pour tenter de saisir l?insaisissable, mais je n?en suis
plus la dupe.
La demande tourne autour de la trace de cet objet cause de mon d?sir et
elle se r?p?te par les signifiants qui se d?roulent. Je m?invente des
b?quilles: l?autre de l?amour, l?autre de la parole, l?autre du lien
social... A chaque tour du sens s?ajoute et fait tenir le sujet autour de ce
vide du d?sir. Je d?sire.
Mais d?o? vient tout cela? Quelque chose d?avant le langage. Freud a
invent? le concept d?inconscient. L?insu que je sais. Chemin faisant je me
rends compte que je ne suis pas sans savoir.
Ce que je peux en dire en r?sum?, c?est que la privation, la
frustration, la castration m?ont mis hors champ du d?sir de la m?re et que
cela a engendr? l?inconscient dont je sais quelque chose puisque sa
nomination m?oblige ? utiliser la n?gation - in, ne, pas - ce qui veut dire
que pour nier il faut que ?a existe. On ne peut faire sortir un lapin du
chapeau qu?? condition de l?y avoir pr?alablement mis.
Je n?existe que comme soumis ? cet inconscient, sujet de l?inconscient
et ma d?marche va se constituer comme une surface en contact avec le dedans
et le dehors, en d?placement perp?tuel le long de la cha?ne signifiante.
Cela va tourner par le d?fil? de la m?taphore des quatre objets (
regard, voix, sein, f?ces) et je vais m?y constituer comme
sympt?me-Nom-du-P?re
#
pour faire tenir les ronds borrom?ens du r?el, du symbolique et de
l?imaginaire R.S.I.
Cela tourne autour de la b?ance du vide de l?objet cause du d?sir.
Solitude de l??tre se supportant avec tous les autres autour de son
fantasme. Sujet castr?, ?tre pour la mort parce que il y a la vie.
?Vas vers toi-m?me? dit Dieu ? Abraham.
? Qui-es-tu toi? demandent-ils.
Ce que je vous dis depuis le commencement, r?pond J?sus? (Jean VIII, 25)
Mais parfois il y a retour ? la coche premi?re, non pas pour se
recompter et refaire faire un tour ? la demande, mais pour questionner ce
qu?il y a avant la coche, le trait unaire, le phallus, le Nom du P?re ce que
Lacan nomme la parole transfinie. J?ai dit que l? nous arrivons au hors
langage, avant la question. L? on n?ek-siste pas. Le sujet n?existe pas. Il
n?y a pas de s?paration. Pas de dedans dehors. Pas de coupure. Nous devons
passer par ce moment de psychose pour re-enclencher le fil signifiant.
Chaque n?vros? peut faire cette exp?rience et repartir vers son sympt?me.
Son sympt?me il va le retrouver par un point d?appui pour s?parer le
dedans du dehors. Ce rep?rage du dedans-dehors va servir ? Freud pour
?laborer le concept de pulsion. Et trouver en soi l?objet de satisfaction de
la pulsion va d?finir le narcissisme primaire, ce qui est plaisant ?
l?int?rieur. Plus tard, apr?s l?Oedipe, surviendra la marche vers
l?ext?rieur, ?Le monde hostile? et l??laboration du narcissisme secondaire.
Faire retour vers le narcissisme secondaire et son support, le fantasme.
Lacan, dans le s?minaire IX, apr?s ?tre pass? par les m?taphores
math?matiques du tore, du cross-cap, des surfaces, le 13 juin 1962, ?nonce:
?... la relation narcissique, narcissique secondaire, la relation ?
l?image du corps... ...est un relation compl?mentaire; c?est en tant que la
relation du sujet marqu? du trait unaire trouve un certain appui qui est de
leurre, qui est d?erreur, dans l?image du corps comme constitutive de
l?identification sp?culaire, qu?elle a sa relation indirecte avec ce qui se
cache derri?re elle, ? savoir la relation ? l?objet, la relation au fantasme
fondamental. Il y a donc deux imaginaires, le vrai et le faux, et le faux ne
se soutient que dans cette sorte de subsistance ? laquelle restent attach?s
tous les mirages du ?m?-conna?tre?... ... Cette relation du miroir...
...relation ? l?Autre qui est fondement du sujet, ... ... notre sujet est le
sujet du discours, le sujet du langage. C?est en situant ce qu?est ?$
coupure de a? par rapport ? la d?ficience fondamentale de l?Autre comme lieu
de la parole, ... ... le signifiant de A, du t?moin universel en tant qu?il
fait d?faut... ... (qui a ) une fonction de faux t?moin, c?est en situant la
fonction de a en ce point de d?faillance, en montrant le support que trouve
le sujet dans ce a... ... ce a au point de carence de l?Autre, qui est aussi
le point o? le sujet re?oit cet Autre, comme lieu de la parole, sa marque
majeure, celle du trait unaire, ... ... comme un sujet enti?rement attach?
au signifiant en tant
#
que ce signifiant est le point attach? de son rejet, ... ... hors de toute
la r?alisation signifiante... ... la relation de cet objet a avec la carence
de l?Autre ... ... ? un moment tout recule, tout s?efface dans la fonction
signifiante devant la mont?e, l?irruption de cet objet.? (p 379) ... ?le
point de l?impossible en tant qu?il est celui du d?sir.? (p 381)
Le sujet ne peut exister que dans cet enroulement autour de l?objet dans
une parole infinie. D?sirant, et pour pouvoir ?tre d?sirant, reconnaissant
la Loi de l?interdit de la jouissance. Ne pouvant se saisir, ne pouvant ?tre
l? que o? il n?est pas comme dans l?impossible de la saisie de la jouissance
dans le co?t ou l?orgasme.
Et si il ne peut se saisir d?sirant? Lacan parle de l?aleph de
l?angoisse
( a poin?on $ )
_____
aleph
Si il se per?oit dans l?Autre comme non d?sir?, il angoisse. Il a besoin
d?instituer l?Autre comme son Surmoi, ce lieu o? ?a parle, mais d?une parole
qui ne dit rien, une Loi sans parole. L?Autre qui pose le sujet en un lieu
d?avant la question. P?re de la horde primitive, d?avant l?interdit de
l?inceste, et qui ne peut ?tre qu?un animal. Freud ne peut que le nommer
Totem pour enclencher quelque chose, c?est la fonction du nom propre.
Marc-Alain Ouaknin parle de ?Tsimtsoum?, contraction, ?cart
diff?rentiel, ouverture dans la Loi sans rejeter celle-ci, pour ?chapper ?
la finitude et ? la rigidit? d?une structure. ?Le nom appara?t comme un trou
dans le langage, comme un silence dans lequel tous les autres mots puisent
leur force de signifier?. (p30). Le nom comme un tsimtsoum, introduction de
la diff?rence dans l?indiff?renci?.
A propos de l?oubli des noms propres Freud parle de quelque chose qui
peut ?tre refoul?, mais il n?en dit pas plus. J?ai soulign? sa prudence.
L?hypoth?se que je formule, ? c?t? de celle d?velopp?e par Lacan dans le
s?minaire V sur Les formations de l?inconscient (Signor, Signorelli, Herr,
la mort), ce serait que l?oubli d?un nom propre renverrait le sujet ? la
b?ance de sa propre nomination, son ?nigme. Face ? ce vide de ne pouvoir
nommer un autre il y aurait un retour du refoul? du sujet face ? l?angoisse
d?avant le trait unaire, d?avant la coupure, d?avant l?entr?e dans le
signifiant. Surgissement de la pr?sence de l?inconscient sans mot pour le
dire. D?o? le besoin de retourner vers les autres pour enclencher le
narcissisme primaire puis secondaire pour dire et ?tre reconnu. Besoin de la
r?surrection des mots apr?s avoir d?failli devant la r?surrection des morts.
Je rappelle que l?anecdote rapport?e par Freud sur l?oubli du nom concerne
les fresques de Signorelli ? Orvieto au sujet du Jugement Dernier (et de la
r?surrection des morts).
#
Et alors?
L?homme est une question. Adam-ma: homme quoi? Le nom offre
l?impensable, le vide, source du questionnement. Il ne s?agit pas de croire,
mais avant tout d?interpr?ter. Penser c?est d?passer.
Janvier-f?vrier 2005
Michel Pierre BORSOTTO
(Mika?l: Qui est comme Dieu?, Borsotto grosse bourse, en italien)
fils de Pierre, dit Victor
fils de Joseph, dit Pierre
fils de Pierre de Joseph, dit Celui qui va comme le vent,
demeurant ? Coaraze (la queue coup?e)
au hameau du Prats (Le Prath fleuve de l?Eden, traduction Chouraqui)
R?f?rences bibliographiques:
Freud: Psychopathologie de la vie quotidienne (1899-1900, avec Oubli des
noms propres 1911)
La d?n?gation (1925)
Lacan: Le S?minaire IX 1961-1962 L?identification
Le symbolique, l?imaginaire et le r?el, conf?rence du 8/7/1953
Introduction aux Noms-du-P?re, conf?rence du 20/11/1963
Marc-Alain Ouaknin: Concerto pour quatre consonnes sans voyelles (1991)
Liliane Fainsilber: Du texte de Freud au texte de Lacan (2001)
Dictionnaire de psychanalyse. Roland Chemama... (1998)
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